Encyclopédie méthodique/Beaux-Arts/Brillant

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Panckoucke (1p. 81-82).
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BRILLANT. On dit, un ton brillant, une couleur, une lumière brillante ; on dit encore : ce tablean attire par le brillant de son coloris.

L’effet de la lumière & l’imitation de ses effets attirent effectivement la vue. Dans la Peinture, on dit, en parlant des moyens par lesquels on imite la lumière & ses effets, surtout lorsqu’ils sont heureux, qu’ils appellent le spectateur ; mais lorsqu’on appelle quelqu’un, on s’engage à satisfaire l’empressement qu’on occasionne. Le tableau brillant semble devoir offir à ceux qu’il a attirés, plus de perfection que le tableau qui se laisse chercher. Dans une galerie, dans un cabinet de tableaux, on court vers l’ouvrage brillant, persuadé qu’il doit répondre à l’idée qu’on s’en forme. Autant en arrive souvent aux hommes, & l’on est assez souvent trompé par la nature & par l’imitation.

Cette réflexion ne suppose pas cependant qu’il faille regarder ce charme qui attire comme un défaut. La Peinture, principalement, doit au sens de la vue un premier tribut. Mais il faut dire & répéter à la jeunesse, pour qui l’éclat & le brillant en tout genre ont trop d’attrait, qu’il est plus aisé de promettre ainsi, que de tenir cette sorte d’engagement. Souvent le brillant de la couleur nuit à l’accord essentiel que le spectateur attiré ne manque pas d’exiger, lorsqu’il s’est placé dans le point de vue du tableau. La plus grande partie des ouvrages des grands maîtres sont recommendablés par l’accord & par l’harmonie, soit de la couleur, soit de la composition, soit enfin du tout ensemble. Ce n’est que dans certains sujets que quelques Peintres célèbres ont eu pour but d’attirer principalement la vue, en imitant certains effets brillans, aux risques qui pouvoient en résulter pour la parfaite harmonie de leurs tableaux. Cette hardiesse peut être méditée & autorisée dans certaines circonstances ; mais le plus souvent elle n’est dans la jeunesse que l’effet général d’une prétention peu raisonnée, qui fait oublier que l’air interposé, les rejaillissemens & les reflets de la lumière rompent sans cesse les couleurs & les tons de la nature, pour la rendre véritablement harmonieuse ; que ces effets sont si favorables à nos organes, que nous modérons la lumière dans les lieux que nous habitons le plus ordinairement, lorsqu’elle y devient partiellement ou généralement trop brillante.

Pour revenir à la Peinture, il faut observer encore que les tableaux, au moment qu’ils sont terminés, sont autorisés à offrir une sorte de brillant dans le coloris, qu’on peut nommer fraîcheur de tons ; & que si ce brillant paroît quelquefois s’élever au-dessus de l’accord harmonieux qu’on desire, on doit l’excuser, dans la certitude que si le tableau est peint du’une manière franche & de couleurs solides, il acquerra, avec le tems, ce qui peut lui manquer pour une plus parfaite harmonie. Plusieurs Maîtres, célèbres & savans dans leur Art, ont prévu cet effet inévitable, & se sont permis un coloris plus brillant qu’il n’auroit dû l’être, mais c’étoit pour que la diminution opérée par le tems ne leur ôtât pas l’avantage dont ils vouloient s’assurer pous la suite. Si l’on demandoit comment & par quels procédés la nature opère ces changemens, qui font dire qu’un tableau s’est accordé, qu’il s’est peint, qu’il s’est fait, il ne seroit pas facile de l’expliquer d’une manière absolument claire pour tous les lecteurs ; mais pour en dire quelque chose, je ferai observer, qu’une multitude d’atômes & de poussières imperceptibles qui voltigent dans l’air, s’attachent sur la superficie de la Peinture, remplissent de petites cavités que l’œil n’y apperçoit pas, & que, répandus ainsi sur la surface du tableau, ils adoucissent la crudité des couleurs & les unissent par une sorte de ton général. D’un autre côté, quelques-unes des parties colorées perdent de l’éclat par une insensible évaporation, & gagnent de la solidité en prenant plus de ton. Les ombres surtout éprouvent cet effet, & le soin prévoyant du Peintre est de les composer de couleurs qui ne noircissent pas. Ainsi, d’une part, l’air étend peu-à-peu une sorte de voile harmonieux par l’effet


dont j’ai parlé d’abord ; & de l’autre, les couleurs pendant assez longtems après avoir été employées, conservent, s’il est permis de s’exprimer ainsi, une sorte de vie qui fait acquérir aux unes plus de consistance, & qui en fait perdre aux autres. Il résulte de ces observations, que l’Art du Peintre, relativement à cette partie, consiste, non-seulement à colorier de manière à contenter ceux qui jouissent de leurs ouvrages, lorsqu’ils viennent d’être produits ; mais encore à faire une estimation anticipée des changemens qui doivent s’opérer sur le coloris.