Encyclopédie méthodique/Beaux-Arts/Dictionnaire de la pratique/Vernis

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VERNIS. (subst. masc.) Il est bien difficile qu’un tableau qui vient d’être terminé ne soit pas embu en tout ou en partie. Il est nécessairement embu dans sa totalité, s’il a été peint sur une impression trop récente, ou s’il a été repeint en entier sur une ébauche qui n’étoit pas assez sèche : il l’est seulement en partie, si quelques endroits ont été repeints sur des couleurs couchées trop récemment. On détruit l’embu ; on rend aux teintes leur fraîcheur & leur vivacité, en couvrant la peinture d’un vernis.

Mais il a un inconvénient ; c’est qu’il peut détremper & délayer les couleurs qui ne sont pas encore parfaitement sèches, & le moindre danger dont l’artiste soit menacé, c’est de voir brouiller ses teintes. On se contente donc alors de prendre pour vernis un blanc d’œuf qu’on a soin de bien battre, & dont on frotte légérement tour le tableau avec une éponge ou un linge. Si l’on veut ensuite retoucher le tableau, ou le couvrir d’un vernis quand enfin il est bien sec, on enlève aisément le blanc d’œuf avec un linge mouillé.


Voici une manière de faire un vernis très-clair avec du blanc d’œuf. On le bat jusqu’à ce qu’il se soit élevé beaucoup d’écume ; on jette cette écume comme inutile, & l’on incorpore ce qui reste avec de l’eau-de-vie & du sucre candi. Mais il est toujours plus sûr de s’en tenir au simple blanc d’œuf, quand le tableau est très nouvellement peint.

Quand on ne doute plus qu’un ouvrage soit parvenu à l’état de parfaite siccité, il est temps de lui donner l’éclat d’un vernis. Cet éclat peut être appellé le fard des petits tableaux de cabinet, & comme toute espèce de fard, en prêtant à la nature un charme emprunté, il altère quelques-uns de ses véritables attraits. La base principale des vernis dont on fait usage pour cet objet, est de la térébenthine qui doit être fort claire, & de l’essence de térébenthine. On y joint une autre substance siccative, sans laquelle le vernis conserveroit toujours une qualité gluante & onctueuse : cette substance est ordinairement la gomme-laque blanche & bien claire. On lui préfere encore le mastic. Quoique la dose de ces ingrédiens ne soit pas bien déterminée, on peut prendre une once de térébenthine, deux onces d’essence & une demi-once de siccatif ; c’est-à-dire, de mastic ou de gomme-laque. On les mêle dans une fiole plus grande qu’il ne faut pour les contenir, & on met chauffer la fiole à un bain-marie qu’on laisse bouillir pendant un quart d’heure : mais l’eau doit être encore froide quand on y met la fiole ; car il faut que le mêlange s’échauffe peu-à-peu, & s’il étoit saisi par une chaleur subite, comme il est très-inflammable, il pourroit détonner, faire sauter le verre en éclat, & blesser les assistans. Pendant que le vernis cuit, on bouche légérement la bouteille, & l’on prend garde qu’elle ne se renverse. Une plus ou moins grande quantité de térébenthine rend le vernis plus ou moins épais. S’il n’a pas assez de corps, il faut vernir à plusieurs reprises, parce que l’essence de thérébentine s’évapore aisément, tandis que la thérébentine s’incorpore dans la couleur.

On fait aussi du vernis avec le sandaraque. C’est une gomme fort claire qu’on fait fondre à feu lent, dans l’esprit-de-vin ou l’essence de thérébentine. Ce vernis off trè-beau ; mais il ne convient point aux tableaux qui peuvent éprouver de l’humidité. Il les fait fariner, & il se montre, aux endroits qui ont été mouillés, des taches blanches qu’on ne peut détruire qu’en enlevant entièrement le vernis. D’ailleurs il est toujours à craindre que l’esprit-de-vin ne fasse écailler les peintures.

On couche le vernis avec une brosse douce de soies de porc ; quand le tableau n’est pas fort anciennement peint, il faut frotter bien légérement, de peur que l’essence de térébenthine détrempe les couleurs. Quelquefois le vernis refuse de prendre, & glisse sur les couleurs comme de l’eau sur un corps huilé. Dans ce cas, il faut souffler son haleine sur le tableau, & le vernis n’a plus de peine à prendre.

Pour enlever le vernis de dessus un tableau, en se sert de petits morceaux de linge trempés dans de l’esprit-de-vin, dont on frotte le vernis changeant souvent de linge. Cette opération exige beaucoup de soins & de prudence, sur-tout quand la peinture n’est pas ancienne, parce que l’esprit-de-vin, qui dissoud le vernis, peut aussi dissoudre la couleur. Quand le vernis est bien sec, on peut l’ôter en frottant avec le bout du doigt.


Vernis pour les plâtres. La manière de vernir les plâtres est un procédé qui appartient aux arts, puisque son objet est de conserver dans leur beauté des ouvrages de l’art. Prenez quatre gros du plus beau savon, & quatre gros de la plus belle cire blanche : ratissez le savon & la cire dans une pinte d’eau contenue dans un vase neuf & vernissé. Tenez le tout sur des cendres chaudes, jusqu’à ce que le savon & la cire soient bien fondus. Alors trempez-y votre morceau de plâtre que vous tiendrez suspendu par des fils. Soutenez-le un moment dans ce mêlange. Un quart d’heure après, trempez-le de rechef. Vous laisserez sécher la pièce pendant cinq à six jours, & alors vous la frotterez légérement avec une mousseline dont vous aurez enveloppé un de vos doigts. Ce mêlange, qu’on appelle improprement vernis, ne produit aucune épaisseur ; il conserve au plâtre toute sa blancheur, mais il lui donne un poli & un luisant qui n’est pas toujours favorable aux productions de la sculpture. Si le morceau étoit trop grand pour être tenu suspendu dans l’eau de savon & de cire, il faudroit y jetter de cette eau de façon qu’elle pût entrer dans tous les enfoncemens du travail. Les artistes aiment mieux conserver leurs plâtres dans leur état virginal ; & sans leur donner aucun vernis, ils leur laissent prendre celui du temps. Voyez l’article Tableau.

Vernis à la bronze. Avant de donner la recette de ce vernis, nous allons faire connoître différentes manières d’imiter le bronze dont nous n’avons pas parlé à l’article Bronzer. Toutes peuvent être employées sur des figures de pierre, de plâtre, de bois & d’ivoire. C’est dans la dernière seule de ces manières que l’on fait usage du vernis à la bronze.


Couleur de bronze antique. Il faut d’abord encoller les figures avec de la colle de parchemin bien chaude. On donne deux couches de olle. Quand elles sont sèches, on broye de


la terre d’ombre avec de l’huile grasse, & on en donne une couche sur le sujet, ayant soin que la couleur soit aussi peu épaisse qu’il est possible. On la laisse sécher deux ou trois jours. Ensuite on donne sur cette première couche une seconde couche de verd-de-gris, mêlé d’un peu de noir de fumée & broyé à l’huile grasse. Quand cette teinte a séché au point de ne happer presque plus, on prend de la purpürine à sec & en poudre, & on en couvre le sujet avec une petite brosse ou un pinceau : la purpurine est happée par la couche qui lui sert de fond, & qui n’est pas encore parfaitement sèche. Après cette opération, mettez de l’huile grasse dans les principaux enfoncemens, jettez-y du verd-de-gris en poudre, & ôtez avec le doigt ce qu’il y en a de trop. Enfin, vous aurez de l’or coquille que vous prendrez avec le doigt à sec, & dont vous frotterez les rehauts.

Voyez les articles Colle, Huile grasse, Or-coquille. Voici comment se fait la purpurine, dans les grandes villes, on peut en acheter. Mettez dans un creuset deux onces d’étain fin en rapures ; deux onces de mercure vif ; un quarteron de soufre vif en poudre ; une once de sel ammoniac. Broyez le tout sur le porphyre, & mettez-le dans un creuset & sur un feu de charbon. Faites chauffer jusqu’à la fusion, & remuez avec une verge de crainte que le mêlange ne s’attache au creuset. Quand il aura pris une couleur d’or, vous y jetterez encore un peu de mercure & vous jetterez encore. Laissez refroidir, & cassez le creuset pour en tirer la purpurine.


Couleur de bronze moderne. Encollez comme ci-dessus. Prenez une partie de verd-de-gris, une partie de litharge d’or, une partie de terre d’ombre, deux parties de minium, & une partie d’ochre rouge. Broyez bien le tout à l’huile grasse. Donnez-en une couche au sujet, & laissez-la sécher jusqu’à ce qu’elle ne happe que fort peu. Vous aurez du cuivre rouge en poudre ; & avec une brosse ou pinceau, vous en couvrirez à sec le sujet. Les rehauts se font avec la même poudre qu’on applique avec le doigt.

Voici comment on met le cuivre en poudre. On prend des battures de cuivre en feuilles ou livrets. On les broye avec de l’eau dans laquelle on a fait dissoudre de la gomme arabique, puis on les lave dans cinq ou six eaux & on les fait sécher.


Autre manière de bronzer. Prenez une once d’or d’Allemagne en feuilles, & les broyez avec du miel sur une glace. Mettez cet or broyé au miel dans une écuelle, & versez par dessus de l’eau de pluie ou de fontaine. Il faut renouveller ces ablutions deux fois par jour, & les continuer pendant cinq à six jours. Vous laisserez ensuite sécher votre poudre ; avant de l’appliquer, vous couvrirez la figure d’une couche de terre d’ombre broyée à l’huile grasse ; & quand cette couche sera assez sèche pour ne plus happer que foiblement, vous la couvrirez au pinceau d’une mince épaisseur de votre poudre ; & quand cet appareil sera sec, vous vernirez le tout légérement avec de l’huile grasse.


Autre. On prend du miel blanc, on le mêle avec l’or à l’aide d’un couteau sur le porphyre. On le met dans un vase de fayence, & on jette par dessus du vinaigre en assez grande quantité pour que le mêlange en soit couvert. On verse le vinaigre par inclinaison ; on jette de l’eau sur le mêlange deux ou trois fois par jour, pendant quatre à cinq jours. On jette l’eau ; on laisse sécher le mêlange, & on s’en sert avec un pinceau doux. Pour préparer le sujet à recevoir la bronze, on le frotte d’huile grasse, jusqu’à ce qu’il n’en boive plus. On le couvre d’une ou deux couches de terre d’ombre broyée à l’huile grasse. Cette couche étant sèche, on en met une ou deux autres de terre d’ombre & de stil-de-grain, jusqu’à ce que le sujet soit d’un verd-brun. Ces couches doivent être fort minces & très-unies. Il ne reste plus qu’à appliquer la bronze comme ci-dessus.


Autre, extraite de l’ancienne Encyclopédie. On prend du brun-rouge d’Angleterre broyé bien fin, avec de l’huile de noix & de l’huile grasse. On en peint toute la figure qu’on veut bronzer, puis on laisse bien sécher cette peinture. Quand elle est bien sèche, on y donne une autre couche de la même couleur, qu’on laisse encore sécher. Après quoi, l’on met dans une coquille ou godet du vernis â la bronze, & avec un pinceau imbibé de ce vernis, & que l’on trempe dans de l’or d’Allemagne en poudre, on l’étend le plus également qu’il est possible sur la figure qu’on veut bronzer. Au lieu d’or d’Allemagne, on peut prendre de beau bronze qui n’est pas si cher, & qui fait un bel effet. On en trouve de plusieurs couleurs chez les marchands.


Vernis d la bronze. On le compose en prenant une once de gomme-laque plate qu’on réduit en poudre très-fine, & qu’ensuite on met dans un matras de verre de Lorraine qui tienne trois demi-septiers. Alors on verse par-dessus un demi-septier d’esprit-de-vin, & l’on bouche le matras, le laissant reposer pendant quatre jours, pour laisser dissoudre la gommelaque. Il faut néanmoins pendant ce temps-là


remuer le matras, comme en rincent, quatre ou cinq fois par jour, afin d’empêcher que la gomme-laque ne se lie en masse & ne s’attache aux parois du marras-. Si, au bout de ces quatre jours, la gomme n’est pas dissoute, on mettra le matras sur un petit bain de sable, à un feu trés-doux, pour la faire dissoudre entiérement, & lorsqu’elle sera dissoute, le vernis sera fait. En mettant l’esprit-de-vin sur la gomme qui est dans le matras, vous le verserez peu-à-peu afin qu’il pénètre mieux la poudre, & de temps en temps, il faut cesser de verser l’esprit-de-vin, & remuer le matras en rinçant, & continuer jusqu’à ce qu’on y ait mis tout l’esprit-de-vin, pour qu’il soit bien mêlé avec la gomme-laque.