Encyclopédie méthodique/Beaux-Arts/Dictionnaire de la pratique/Verdet ou verd-de-gris

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VERDET ou VERD-DE-GRIS. C’est le nom que l’on donne au cuivre dissous par le vinaigre. On le prépare, sur-tout en Languedoc, de la manière suivante : On humecte des grappes de raisins sechées avec du vin aigri ; on les met dans des vaisseaux de terre, pour qu’ils fassent une fermentation douce & lente pendant neuf ou dix jours ; on les écrâse ensuite dans les mains ; on en forme de petites boules que l’on met dans un vaisseau de terre ; on y verse assez de vin aigri pour que les boules y trempent à moitié. On couvre le vaisseau, & on laisse les boules en macération pendant douze ou quinze heures, ayant soin cependant de les remuer de quatre en quatre heures. On retire ces boules, un les arrange sur des bâtons quarrés, à la hauteur d’un pouce au-dessus du vin, & on les y laisse pendant dix à douze jours. Au bout de ce temps, on écrâse les boules entre les mains, on les met dans le même vaisseau dont on a parlé, en les arrangeant lits par lits, alternativement avec des lames de cuivre. Le premier lit est de cuivre, le lit suivant est de grappes de raisins, & ce sont aussi de ces grappes qui forment le dernier lit ; ensorte que les grappes occupent toujours le dessus de chaque lit. On bouche le vaisseau, & on le laisse en cet état pendant six ou sept jours. On retire alors les lames de cuivre ; elles sont couvertes de rouille ; on les pose les unes sur les autres, & on les humecte par les côtés avec du vin. On les tient enveloppées pendant quelque temps dans des linges qui ont été trempés dans le vin. Enfin on racle la rouille ou le verd-de-gris qui s’est formé sur les lames.

On met ce verd-de-gris dans des vessies ou dans des tonneaux ; il s’y dessèche, & forme des masses plus ou moins considérables. Réduit en poudre, il peut être employé dans la peinture.


Mais comme il arrive qu’il s’y rencontre de la terre fournie par les grappes de raisin qui s’y sont détruites en partie, & qu’il s’y trouve aussi différens corps étrangers, on a recours à la préparation suivante, pour le détacher de ces impuretés. On fait dissoudre dans du vinaigre blanc le verdet ; ensuite on filtre la dissolution, on la rapproche, par l’evaporation dans des vaisseaux. Elle fournit, par le refroidissement de beaux crystaux verdâtres, grouppés ensemble, & connus dans le commerce sous le nom de verdet distillé.

Ces crystaux de verdet ne diffèrent du verd-de-gris qu’en ce qu’ils contiennent une plus grande quantité d’eau, à laquelle ils doivent, & leur forme & leur belle couleur. Quand ils perdent l’eau de la crystallisation, & qu’ils son réduits en poudre, leur intensité diminue. Il est important d’avertir, & les artistes ne doivent pas oublier que ce verdet crystallisé étant employé dans la peinture à l’huile, est sujet à causer différentes altérations dans le tableau : l’eau de la crystallisation de ce sel n’étant point évaporée, s’échappe à l’aide du temps, & peut faire boursoufler l’enduit huileux. Il faut savoir aussi que les bleus fournis par le cuivre étant employés avec l’huiles, ne peuvent manquer de verdir.

Malachite. Le verd-de-gris ne doit sa couleur verte qu’à une portion de malachite qui le rencontre dans ce sel ; elle est produite par la matière grasse que cet acide contient.

Si la malachite n’étoit pas si rare, elle fourniroit un des plus beaux verds que l’on connoisse. Cette couleur est toute préparée par la nature, & l’on peut en produire d’artificielle, comme je l’ai démontré dans un mémoire que j’ai lu à l’Académie des Sciences.

La malachite est formée par une matière grasse & du cuivre. On en rencontre dans les différens pays où il y a des mines de ce métal. Les plus belles nous viennent de Sibérie ; elles se trouvent d’ordinaire dans les cavités des mines de cuivre, en morceaux protubérancés plus ou moins grands, plus ou moins compactes ; elles prennent accroissement comme les stalactatites & les stalagmites ; on s’en apperçoit facilement lorsqu’on les examine. La malachite tire son nom de sa couleur, qui ressemble à celle de la mauve, en grec μαλαχη. On en a long-temps distingué de quatre espèces : l’une verts & de couleur de mauve ; l’autre verte, mêlée de veines blanches & de taches vertes ; une autre d’un fond verd, mêlée de bleu ; la quatrième approchant de la couleur de la Turquoise.

On ne donne à présent ce nom qu’à une espèce de stalactite cuivreuse, d’un très-beau verd ; elle est susceptible du poli, & suivant le morceau & la coupe qu’on en fait, elle offre des dessins variés & fort agréables, soit par des lignes disposées les unes sur les autres, & de différentes nuances de verd, soit par des cercles de diverses grandeurs. J’ai trouvé des moyens de faire de la malachite artificielle, en suivant le procédé que je vais indiquer.

J’ai dissous du cuivre par l’alkali volatil dégagé du sel ammoniac, par le moyen de l’alkali fixe, en laissant cette dissolution, qui est d’un beau bleu d’azur, exposée à l’air dans un vaisseau. L’alkali, décomposant la matière grasse, reste inhérent au cuivre, & lui donne une couleur verte. Par l’évaporation insensible, on obtient des crystaux du plus beau verd, mais rassemblés confusément : c’est ce que je nomme malachite artificielle ; elle a toutes les propriétés de la naturelle.

Cuivre soyeux. La mine de cuivre soyeux de la Chine pourroit être employée en peinture aux mêmes usages que la malachite. Cette mine ne doit son origine qu’à la décomposition des crystaux cuivreux formés par l’alkali volatil & le cuivre. Si l’on expose à l’air un de ces crystaux, il se couvre d’une efflorence verte, devient cellulaire, augmente de volume & diminue de poids.


Verd de montagne. Ce n’est qu’une altération du bleu. Il faut considérer les terres de couleur bleue, comme étant encore dans l’état salin. Elles doivent cette couleur à une dissolution de vitriol cuivreux, qui est décomposé en passant sur une terre calcaire : l’acide qui sert de base à ce sel, s’en empare, la terre cuivreuse se dépose, la terre calcaire lui donne une couleur bleue. Peut-être vient-elle du mixte salin qui se dégage, quand l’acide s’unit à la terre calcaire. Cette couleur bleue n’est que de peu de durée, & toujours elle passe au verd.

C’est un effet dont il est très-essentiel que le peintre soit averti. Lorsqu’on a mêlé le bleu de montagne avec l’huile, & qu’elle a porté sur ce bleu son action, l’acide qui entre dans l’huile comme partie constituante, agit sur le cuivre, & le sel qui en résulte est verd. L’huile elle-même étant propre à dissoudre ce précipité de cuivre, lui donne la même couleur.

On trouve dans le commerce un bleu de montagne qui est d’un bleu clair tirant sur le verd. On le tire de la pierre d’Arménie. On commence par réduire cette pierre en une pou-


dre très fine ; on la jette dans de l’eau, & on l’y remue : on donne le temps à la partie la plus pesante de tomber au fond, on décante l’eau, & on recueille la poudre qui s’est précipitée. On se met à la broyer de nouveau, on la mêle avec de l’eau de gomme assez claire, on l’y délaye avec soin, on laisse tomber au fond la partie la plus déliée pendant une demi-heure, on la ramasse & on la fait sécher. (Ce que nous venons de transcrire peut servir de supplément ou de correctif à ce qu’on lit sur le verd de montagne, à l’article Bleu.)

Il vient du verd de montagne de Hongrie. On peut en obtenir d’artificiel, en faisant dissoudre du vitriol bleu dans de l’eau, & en y ajoutant de l’alkali fixe ou volatil, ou de la terre calcaire. Le précipité lavé donne un assez beau bleu, susceptible de la même métamorphose que le naturel, qui perd bientôt cette couleur pour devenir d’un très-beau verd.


Terre de Verone. La terre connue sous ce nom est d’un verd sale. Elle tire son nom d’une ville d’Italie, d’où on nous l’envoie. On en débite dans le commerce de deux espèces. L’une est une terre argilleuse, qui doit sa couleur verte au cuivre ; l’autre, qui est moins estimée, est une espèce de marne de la même couleur : toutes deux se changent au feu en un verre noir. La première est plus seccative que la seconde. (Note de M. Sage, de l’Académie des Sciences, communiquée à M. Watelet, & trouver dans les papiers de cet amateur.)

Déjà, dans plusieurs articles de ce Dictionnaire, on a prévenu les peintres contre les couleurs qui proviennent de cuivre. Toutes menacent plus ou moins leurs ouvrages d’altération : la prudence & le soin de leur gloire leur ordonnent donc de s’abstenir de celles qui ont fait l’objet de cet article. On peut seulement en faire usage dans des travaux qui doivent être de peu de durée.


Cendre verte. Elle est ainsi que la cendre bleue, & le verd & le bleu de montagne, & que la terre de Vérone, are combinaison de rouille de cuivre. Toutes ces substances deviennent brunes au feu. Poussées à la vitrification, elles pourroient servir dans la peinture en émail, sur la porcelaine & sur la faïence. Le verd-de-gris, ainsi vitrifié, y produit la couleur d’émeraude, & peut donner un verre brun rougeâtre.


Verd de vessie. Il se compose avec les bales mûres de nerprun. On reconnoît leur maturité à leur couleur noire. On les écrâse, on les fait bouillir, on en exprime le suc qui est visueux, en le passant à travers un linge ou un tamis de crin ; on le met évaporer à petit feu, jusqu’à ce qu’il soit réduit en une consistance de miel. On y ajoute, en petite quantité, de l’alun de roche. La liqueur perd son rouge-noir pour prendre un beau verd. On la garde dans des vessies, ce qui lui a fait donner le nom qu’elle porte. On suspend ces vessies dans un lieu chaud, où la couleur se duroit ; alors elle ne risque point de se gâter. Si on mêle à ce verd de la craie ou de l’eau de seche, c’est une laque verte. On peut conserver cette décoction en liqueur dans des bouteilles bien bouchées : elle s’y conserve bien, & fournit un beau verd pour le lavis.

Verd de zinc. Voici ce que prescrit, pour faire cette couleur, l’Auteur du Traité de la peinture au pastel : « Dissolvez séparément du zinc dans de l’esprit de nître, & du safre bien calciné dans de l’eau régale. Mêlez ensuite une partie de la dissolution de zinc avec deux parties de celle de safre. D’un autre côté, dissolvez de la potasse dans de l’eau chaude, versez trois parties de cette dernière dissolution dans le mêlange du zinc & du safre. Rassemblez le précipité sur un filtre avec de l’eau. Quand l’eau sera passée au travers du filtre, mettez-le dans un creuset, & poussez-le au feu, jusqu’à ce qu’il soit devenu verd. Il faut ensuite le laver à plusieurs reprises. »

Vermillon. (subst. masc.) C’est un mélange de cinnabre & de minium. Cette couleur est mauvaise à l’huile. Les peintres doivent même se défier du cinnabre qu’ils achètent en poudre, car il est souvent mêlée de minium. Au reste, c’est souvent le cinnabre qu’on appelle vermillon.