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Encyclopédie méthodique/Beaux-Arts/Localité

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Panckoucke (1p. 479).
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LOCALITÉ, (subst. fém.). Nous noua permettons d’emprunter de l’Italien ce mot qui manque à notre langue, peur exprimer la qualité de ce qui n’appartient qu’à un certain lieu. La localité est ce qui attache à un seul lieu, la figure d’un tableau, & l’empêche d’être générale. Par exemple, la couleur noire sera une localité, qui attachera une figure de cette couleur au sol de l’Afrique.

Il est une localité nécessaire ; nous venons d’en donner un exemple en parlant de la couleur propre aux Africains. Il n’est pas moins nécessaire de donner à des Orientaux un caractere qui ne soit pas celui de l’Europe. Si l’on devoit introduire dans un tableau la figure d’un Kalmouk, il faudroit oublier la beauté idéale, & même la belle nature, pour exprimer la laideur locale qui est propre aux Kalmouks. Ce seroit même sous ces traits qu’il faudroit représenter Gengiskan & ses Officiers.

Il est une autre localité qui est un défaut ; c’est celle de donner à des figures qui devroient avoir une beauté générale, un caractère qui n’appartient qu’à un pays. Le défaut sera frappant, si le pays n’est pas celui de ces figures, mais seulement celui de l’artiste.

Voyez l’Apollon du Vatican, la Vénus de Médicis, le Laocoon, les belles figures de Raphaël. Leurs beautés ne sont pas locales : elles sont belles par tout où l’on a des idées justes de la beauté. Les figures des peintres Vénitiens sont des figures purement vénitiennes ; leurs physionomies l’indiquent aussi-bien que leurs vêtemens : elles ne sont ni plus belles ni autrement belles qu’on ne l’est ordinairement à Venise. Les hommes qu’a représentés Paul Véronèse sont des nobles Vénitiens ; ceux qu’a peints le Bassan, sont des paysans du même pays. Les Vierges, les femmes juives, les Romaines, les Levantines de Rubens, sont des Flamandes. Il y eut un temps où les figures peintes par certains artistes François, même estimés, n’étoient d’aucun pays, on oseroit même dire d’aucune nature, sans en approcher davantage de l’idée générale de la beauté.

Le moyen de parvenir à représenter la beauté générale, n’est pas de peindre de pratique,


d’après une idée superficielle qu’on s’est faite de la nature ; mais de choisir de beaux modèles, & d’en saisir les grandes formes, les formes principales sans s’attacher aux mesquineries individuelle.

Quoique le paysage soit un genre inférieur à l’histoire, il a sa majesté qui n’a pas été dégradée par les grands maîtres : il a reçu d’eux une beauté générale, par laquelle il s’est élevé bien au-dessus de la localité. Les paysages du Poussin, du Gaspre, de Claude le Lorrain, de Salvator-Rose, sont de beaux sites qui ne semblent pas appartenir exclusivement à un coin particulier de la terre. Ce sont de beaux paysages. Ceux des peintres Flamands ne représentent que des sites particuliers à la Flandre ; ce sont de belles vues. Un paysage purement local est le fruit d’une étude unique ; un beau paysage est le résultat d’un grand nombre d’études.

Le portrait est soumis plus que les autres genres, à la localité. Puisqu’il doit représenter fidellement une ressemblance individuelle, il doit offrir aussi le caractère du pays auquel appartient l’individu. L’artiste est encore assujetti dans ce genre, à la localité du costume, & souvent même d’une mode passagère, qui sera oubliée dans l’instant où le tableau sera fini. Mais il ne faut pas qu’à ces localités obligées, il joigne encore celle d’une manière vicieuse, qui appartient à la nation du peintre, ou celle de certaines affectations, de certaines minauderies qui plaisent dans l’instant où elles sont de mode, & restent éternellement ridicules, quand la mode est passée. Que le portrait se généralise au moins par la naïveté d’un maintien naturel. Les portraits du Titien & de Van-Dyck sont d’une attitude simple & vraie ; ils continuent d’être admirés. La plûpart des portraits faits en France dans le XVIIIe siècle, sont d’une afféterie locale dont tout le monde est aujourd’hui rebuté. Tout le talent de ceux qui les ont faits, les garantit à peine du mépris. (article de M. Levesque.)