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Encyclopédie méthodique/Beaux-Arts/Lointain

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Panckoucke (1p. 479-480).
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LOINTAIN, (subst. masc.). C’est la partie la plus éloignée dans un tableau. En particulier lorsque le tableau représente un fond de ciel, le lointain est ce qui approche le plus de l’horison, ou l’horison lui-même. Voyez l’article Horison.

Félibien, rendant compte d’une de ces conférences sur l’art dont s’occupoit autrefois à Paris l’Académie de Peinture, dit : Sur les montagnes & les collines qui sont dans le lointain paroissent des tentes, des feux allumés, & une infinite de gens épars de côté & d’autre… Cette manière de s’exprimer prouve que lointain d’un tableau n’est pas borné au plan de l’horison, mais qu’on appelle ainsi tous les objets qui en approchent, & s’éloignent des premiers plans.

C’est souvent par les figures du lointain, qu’on juge de la touche & de l’esprit du peintre, parce que, dans ces figures moins soignées, il a mis moins d’étude & plus de liberté d’exécution.

On ne peut raisonnablement donner de méthodes bien précises de traiter les lointains. Ils sont soumis, comme les autres parties du tableau, aux diverses circonstances des climats, des saisons, des heures, de l’état du ciel, &c. Il est ordinaire que les objets les plus voisins de l’œil paroissent plus solides de masses, plus vifs en couleurs, & plus nets dans l’expression de leurs formes que ceux qui sont plus éloignés. Cependant, si ceux-ci reçoivent la plats grande lumière, & que les autres en soient privés, alors les objets du lointain doivent être rendus d’une manière plus décidée, quoiqu’avec moins de détails.

Dans le discours où M. Oudry a développé les excellens principes de M. de Largilière, son maître, sur le coloris, il blâme la manie de certains artistes bornés qui, pour faire fuir les objets, emploient dans les lointains des teintes grises, dans le dessein de réserver, disent-ils, les brillantes couleurs sur les devans de leurs tableaux. M. Oudry pouvoit appuyer son assertion sur l’exemple des peintres coloristes qui n’hésitent pas de placer les teintes les plus riches dans les lointains, lorsque le vrai l’exige, sans, pour cela qu’ils s’enfoncent moins dans la toile. C’est ainsi qu’un soleil à l’horison montre dans la nature les teintes les plus brillantes. La justesse des tons, & non la rupture des teintes ; j’ai pensé dire la corruption, fait seule fuir les objets.

Quant à l’exécution, le comble de la perfection est de conserver la franchise des couleurs du lointain, en les noyant les unes dans les autres, & en leur donnant cette indécision de formes que la nature nous montre le plus ordinairement dans les objets très-éloignés. Le paysagiste appelléHermann d’Italie, nous a paru, entr’autres hommes habiles, traiter les lointains avec une pâte & une liberté de pinceau enchanteresse. (Article de M. Robin.)