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Encyclopédie méthodique/Beaux-Arts/Luisant

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Panckoucke (1p. 480-481).
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LU

LUISANT, (participe pris substantivement). Le luisant est un effet de la lumière réfléchie sur les tableaux à l’huile, qui, vus d’un certain point, ne permet pas de les considérer. Cet inconvénient a toujours lieu, lorsque les rayons lumineux forment un angle droit avec la superficie peinte, & qu’en même tems les rayons visuels tombent dessus dans le même dégré. Ainsi le luisant disparoît, dès que l’ouvrage


est exposé à la lumière, de façon qu’il la reçoit obliquement, tandis que l’œil du regardant est dans une situation parallèlle au tableau. Le luisant est aussi moins nuisible à la jouissance du spectateur, lorsqu’il se place de manière que les rayons visuels sont un angle obtus avec l’ouvrage peint, tandis que ceux de la lumière éclairent le tableau en face. Mais il faut convenir que dans ce dernier cas, il est difficile que l’ouvrage soit bien jugé : d’où il suit qu’une peinture à l’huile, placée verticalement, doit recevoir une lumière, constamment oblique ou glissante, soit qu’elle vienne d’enhaut ou latéralement : alors seulement le luisant n’empêchera pas qu’il ne soit vu & jugé commodément. Dans les places ouvertes, la peinture à l’huile aura toujours des momens de la journée dans lesquels elle paroîtra luisante à ceux qui la regarderont en face, jusqu’à ce que l’air ait détruit ce vernis que produit la sortie des huiles. Mais bientôt après cette destruction suit totalement celle des couleurs elles-mêmes.

Les peintures en détrempe, aux pastels, à la fresque, à l’encaustique n’ont pas l’inconvénient de luire ; parce que leur surface étant tendre ou poreuse, absorbe les rayons de la lumière : au lieu que celle à l’huile, devenant très-dure, lorsqu’elle est sèche, prend un poli presqu’autant susceptible de luisant, que les diverses sortes de vernis qui se couchent sur les tableaux de ce genre. Ces corps durs réfléchissent les rayons de la lumière, qui tombent en face du tableau, & produisent le même luisant qui s’observe sur les glaces, les minéraux, & enfin sur tous les corps polis.

Quand le brillant du vernis reçoit le jour obliquement, avouons qu’il ajoute à la vérité des tableaux relativement aux objets de la nature des corps durs & polis ; mais aussi les corps brutes & poreux, prennent par-là un éclat qui leur ôte de leur vrai caractère, en donnant, par exemple, aux vases de terre, l’éclat de la faïance, aux draps celui du satin, ou au moins d’une étoffe de soye, & aux chairs la dureté de l’ivoire. Voyez le mot ivoire. Et cet inconvénient n’est pas balancé par l’avantage qui en résulte pour les corps polis de leur nature. Car le peintre doit savoir sans le secours des vernis, même avec le seul crayon, par les tons de clair & d’obscur, rendre l’effet du brillant ou luisant, tel qu’on le voit, sur les objets naturels.

Nous ne devons pas taire un moyen assez simple d’empêcher que la peinture à l’huile ne soit luisante, quoiqu’il porte avec soi une cause de destruction. Ce moyen s’emploie dans la peinture de décoration destinée à recevoir diverses lumières : c’est de mêler beaucoup d’essence de térébentine aux couleurs broyées à l’huile. Cette liqueur divise le corps gras & empêche cette coagulation d’où naît le luisant. On sent assez que dans cette vue, il ne faut mettre aucun verni sur ces sortes d’ouvrages.

Tout ce que nous venons de dire sur le luisant, le doit faire regarder comme un des désavantages de la peinture à l’huile. Cependant nous conviendrons qu’il ajoute dans les petits tableaux à ce qu’ils ont de précieux. Il en fait autant de bijoux, autant de jolis tableaux d’émail. La manière nette, propre & lisse des petits tableaux flamans & hollandois, concourt encore à cet éclat séduisant qui fait porter ces jolis tableaux à des prix incroyables ; parce qu’en les acquérant, on met à l’écart tout ce que, dans les productions de la peinture, on est en droit d’attendre de grand, de noble, de choisi, de correct & d’instructif.

Nous venons de considérer le luisant par rapport à la matière qui constitue les tableaux à l’huile, il faut actuellement l’envisager du côté de l’art.

C’est un défaut dans la plupart des tableaux fortis des Ecoles allemandes, flamandes & hollandoises, que d’arrondir tellement les objets qu’ils montrent par tout l’effet qui ne doit appartenir qu’aux corps luisans de leur nature. Cela vient peut-être de ce qu’ayant copié les effets de la lumière dans des lieux renfermés, les peintres de ces Ecoles ne les ont pas aussi étudiés dans les instans & dans les lieux où la lumière rend les masses qui la reçoivent larges & exemptes de cette multitude de demi-teintes qui les rétrécissent, & ne sont propres qu’à produire une lumière petite & brillante. Sans exclure ce dernier effet, qui existe comme l’autre dans la nature, on peut dire qu’il est moins propre aux grandes scènes, & qu’il ne doit jamais être employé dans celles où le soleil répand sa lumière.

La pratique offre à la sculpture divers moyens d’imiter la surface des corps ; mais c’est sur-tout sur le marbre qu’elle les employe pour rendre le luisant, & atteindre celui des corps les plus polis.

La gravure rend les corps luisans, non-seulement en copiant avec justesse les tons qui les expriment dans les tableaux qu’elles copient ; mais encore par la disposition des tailles simples, nettes, larges & fermes jusqu’à la lumière. Des cuirasses, des meubles de bronze & de dorure dans les ouvrages de Balechou, de Masson, de Drevet & autres grands artistes, prouvent jusqu’où l’art peut porter l’expression des surfaces luisantes, malgré la simplicité des moyens qu’il employe. (Article de M. Robin).