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Encyclopédie moderne/1re éd., 1823/Abyssinie (géographie)

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ABYSSINIE. (Géographie.) Grand pays de l’Afrique orientale au sud de la Nubie. Les limites qui le séparent de cette contrée de celle des Gallas au sud et au sud-ouest, et du royaume d’Adel au sud-est, varient suivant le sort incertain des armes. Si l’on y comprend les côtes de la mer Rouge à l’est de l’Abyssinie, qui autrefois dépendaient immédiatement de ce royaume, et les provinces occupées par les Gallas, il peut avoir 200 lieues de longueur du 15° au 7° degré de latitude nord, sur 250 lieues de largeur du 32° au 42° degré de longitude est de Paris. L’Abyssinie forme un plateau doucement incliné au nord-ouest, avec deux grands escarpements, l’un à l’est vers la mer Rouge, l’autre au sud vers l’intérieur de l’Afrique. Les plus hautes cimes sont le Lamalmon, l’Amba-Gédéon, le Samen, le Naméra ; ce n’est que sur ces deux dernières que l’on voit la neige rester un certain temps.

Un grand nombre de rivières considérables arrosent ce pays ; la plus célèbre est le Bahr-el-Azreck ou Nil d’Abyssinie, l’Astapus des anciens, qui traverse le lac de Dembea. Ce sont les sources de cette rivière que Bruce a prises pour celles du Nil d’Egypte : elles avaient été découvertes avant lui, en 1618, par le P. Paëz, missionnaire portugais.

L’élévation du sol, l’abondance des pluies pendant certaines saisons, les nombreux courants d’eau, rendent le climat des parties hautes de l’Abyssinie plus tempéré que sa position géographique ne le ferait croire ; mais dans les plaines et les vallées basses, les chaleurs sont étouffantes à l’intérieur du pays. La saison des pluies, qui commence en juin, dure jusqu’en septembre ; elles sont fréquemment accompagnées d’orages affreux, et si abondantes qu’elles font suspendre tous les travaux.et même cesser les opérations militaires. Les mois les plus sereins sont ceux de décembre et de janvier. Sur les bords de la mer Rouge, à l’est des montagnes, la saison des pluies commence lorsqu’elle a pris fin dans l’intérieur.

Les voyageurs qui ont visité cette contrée montagneuse ne parlent pas des mines qu’elle doit renfermer ; quelques relations disent néanmoins qu’il s’y en trouve de fer, de cuivre et de plomb ; probablement leur exploitation est très imparfaite. On retire de l’or extrêmement pur du lavage des sables et graviers de quelques fosses peu profondes. On trouve l’or le plus fin au pied de quelques montagnes des provinces occidentales. Dans les plaines situées au bas de la chaîne, on rencontre du sel gemme en cristaux d’une dimension considérable.

De vastes forêts couvrent plusieurs cantons de l’Abyssinie ; on y remarque le cusso, le vouginos, l’érythrine à fruit de corail, le tamarinier, diverses espèces d’acacias épineux, le dattier et d’autres arbres curieux. Le cafier croît spontanément sur quelques montagnes : les plus arides nourrissent des euphorbes ligneuses.

L’on cultive le sorgho ou millet, le froment, l’orge, et le tef, graminée du genre des poa, dont la graine est extrêmement mince et sert à faire des gâteaux. Deux récoltes ont lieu tous les ans, l’une pendant la saison des pluies, en juillet, août ou septembre ; l’autre au printemps : dans quelques endroits la terre donne jusqu’à trois récoltes. L’ensété, espèce de bananier, et la vigne obtiennent aussi les soins des Abyssins, mais ils font peu de vin ; ils aiment mieux une espèce d’hydromel. Les jardins offrent plusieurs espèces d’arbres fruitiers et de légumes ; les champs produisent des plantes oléagineuses inconnues en Europe. On trouve en Abyssinie le cypérus à papier, l’arbre qui donne le baume de Judée, et celui de la myrhe ; enfin les campagnes sont embaumées de l’odeur suave qu’exhalent les roses, les jasmins, les lis, et les œillets.

Beaucoup de bêtes féroces, entre autres, les lions, les léopards, les panthères, les lynx bottés, les hyènes, infestent l’Abyssinie. La girafe, diverses espèces de gazelles, des singes, des sangliers, des buffles, l’éléphant, le rhinocéros à deux cornes, et l’hippopotame, se trouvent aussi dans ce pays. Quelques voyageurs ont dit que le zèbre y errait au moins dans les provinces méridionales ; ils font aussi mention de l’achkoko, petit animal de la famille des pachydermes. Les bœufs sont très gros ; l’âne et le mulet remplacent le cheval dans cette région montagneuse ; les lacs et les rivières sont remplis de crocodiles. Les oiseaux aquatiques y sont rares ; plusieurs oiseaux singuliers font l’ornement des campagnes et des forêts ; on y voit plusieurs espèces d’aigles et l’autruche. On ne connaît pas bien les sortes de poissons de cette contrée. Les abeilles y donnent un miel excellent. Quelques unes construisent leurs ruches sous terre. Les sauterelles causent quelquefois des dégâts effroyables ; mais l’insecte le plus funeste est le zemb ou tsaltsalya, espèce de mouche dont la vue et même le seul bourdonnement répand plus de terreur et de désordre parmi les animaux que tous les monstres de ces contrées ne pourraient en causer quand ils seraient le double plus nombreux qu’ils ne sont.

Le nom d’Abyssin vient d’Abbas-chi, terme par lequel les Arabes désignent ce peuple, pour indiquer qu’il est d’une origine mélangée ; les Abyssins ne s’en servent pas volontiers. Ils sont d’une taille élancée et bien prise ; ils ont les cheveux longs et les traits du visage assez semblables à ceux des Européens ; leur teint est bronzé ou d’un brun foncé ; quelques uns l’ont d’un brun olivâtre, d’autres de la couleur de l’encre pâle. On aperçoit dans leur physionomie quelques vestiges de celle des nègres. Les Énaréens, qui habitent dans le sud-ouest, ont le teint le plus clair ; les Ghihos, qui virent sur les côtes de la mer Rouge, sont les plus noirs ; les Hazortas, leurs voisins, sont cuivrés.

Au milieu de l’Abyssinie vivent des peuples barbares presque semblables aux nègres ; ils demeurent dans les cavernes et dans les bois. Ce sont les Agôs, les Founghîs, les Gougas, les Gafates et les Gallas, qui occupent actuellement plusieurs provinces de ce pays. Les Falasjas sont une tribu juive qui formait autrefois un état à peu près indépendant.

Les Abyssins s’appellent eux-mêmes dans leurs livres Itiopiavans ou Éthiopiens ; ils se désignent aussi par le nom de leurs provinces, par exemple Amharéens, Tigréens, etc., ou bien se donnent celui de Cachtams, c’est-à-dire chrétiens : c’est un titre dont ils sont très fiers. Le nom de leur pays est Manghesta Itiopia (royaume d’Ethiopie), ou, en ghéez, Ag-azi Ag-azian (pays des hommes libres). Les Grecs les ont nommés Axumites, d’après la ville d’Axum, dans la province de Tigré ; c’est l’ancienne métropole. On les a même appelés Indiens.

La langue ghéez, qui se parle dans le Tigré, et dans laquelle les livres abyssins sont écrits, est regardée comme un idiome dérivé de l’arabe. Son alphabet a de la ressemblançe avec celui des Coptes ; il n’est plus en usage que comme langue classique. Le ghéez est difficile à prononcer, mais moins encore que la langue amharique, usitée à la cour depuis le quatorzième siècle, et parlée dans la plupart des provinces. Ces deux langues ont surtout sept consonnes dont un organe européen ne saurait rendre la rudesse. L’amharique offre aussi beaucoup de racines arabiques ; mais, on reconnaît dans sa syntaxe des traces d’une origine particulière ; il n’a pas cette variété de formes grammaticales qui est un des caractères des langues asiatiques. Enfin les Gallas et d’autres peuples ont des dialectes et même des idiomes particuliers. Ces faits semblent indiquer que l’Abyssinie, peuplée d’abord d’habitants indigènes, en reçut ensuite qui lui vinrent de l’Arabie. La chronique des rois d’Axum commence comme celle de la plupart des peuples, par des fables. A une époque difficile à déterminer, une tribu d’Arabes Couchites, dont il est question dans les livres des Hébreux, s’établit dans les parties septentrionales et maritimes de l’Abyssinie. Les rois de ce pays font remonter leur origine à Menilehek, fils de Salomon et de la reine de Saba : il portait aussi le nom de David. Ses descendants régnèrent sans interruption jusqu’en 960 de J.-C. Cette période fut la plus brillante de l’Abyssinie ; ses rois avaient porté leurs conquêtes jusque dans une partie de l’Arabie. Axum leur capitale était une ville magnifique et faisait un commerce très étendu. Ils reçurent des ambassadeurs des empereurs de Constantinople ; leur puissance dans la mer Rouge les faisait respecter de tous les peuples voisins ; ils sont nommés plusieurs fois par les écrivains grecs et rrabes, dont les récits sont en général très conformes, quoique la différence d’orthographe, des noms et divers passages obscurs aient jusqu’à présent causé de grandes difficultés lorsqu’on a voulu les concilier.

Cette splendeur s’éclipsa. En 925, Gudit, femme juive, fille des souverains de cette nation, qui occupaient un canton de l’Abyssinie, réussit, par ses intrigues, à se faire un parti puissant dans la province dont son mari était gouverneur. Profitant de la mort du roi décédé après un règne très court, et de la désolation qu’une maladie contagieuse avait répandue dans l’empire, elle surprit la montagne de Damot, fit massacrer tous les princes de la famille royale qui, d’après l’usage, y étaient détenus, détruisit Axum, et transféra le siège du gouvernement dans le Carta. En langue amharique Gudit est nommée Assaut (le feu.) Une nouvelle dynastie monta sur le trône : elle professait le judaïsme ; au bout de cinq générations elle s’éteignit ; celle qui lui succéda embrassa le christianisme. Cette dynastie zagaïque rendit volontairement la couronne, en 1268, à un prince de l’ancienne race salomonique, qui s’était conservée dans la province de Choa. Celle-ci y fixa sa résidence qu’elle transféra ensuite à Gondor. Elle règne encore aujourd’hui, mais elle ne possède plus la totalité de l’Abyssinie.

Des guerres civiles désolèrent ce pays. Vers la fin du dix-huitième siècle, elles le bouleversèrent entièrement ; les Gallas en envahirent une partie. L’Abyssinie est aujourd’hui divisée en trois états indépendants les uns des autres : le Tigré au nord-est, l’Amhara. à l’ouest, les provinces de Choa et d’Effat au sud. Le rejeton de la race de Salomon végète obscurément à Gondar, dans une province de l’Amhara ; un ras ou vice-roi a la réalité du pouvoir ; un autre ras commande sans contrôle dans le Tigré : il a dans sa dépendance l’ancienne métropole d’Axum, et règne de fait. Sa résidence est à Antalo, dans la vallée de Chelicut. Les Gallas occupent en maîtres les deux provinces du sud, et, par leurs incursions, tiennent l’Amhara dans des alarmes continuelles. Leur capitale est Ankober. Cet état de choses représente assez bien celui de l’Europe féodale vers le treizième siècle.

A l’est du Tigré, différents territoires sont gouvernés par des chefs qui tous ne reconnaissent pas également l’autorité du ras. Enfin la côte d’Abesch, ou la lisière comprise entre les montagnes et la mer Rouge, et dont la partie méridionale a été nommée Dankali, est peuplée par les Hazorta, les Bejah, les Chiho, les Danakil, les Goba et d’autres hordes barbares, qui n’obéissent qu’à leur chef indigène. Les ports de Massonah et de Souakem sont entre les mains des mahométans, commandés aujourd’hui par des lieutenants du pacha d’Egypte. Leurs extorsions font le plus grand tort aux relations commerciales de l’Abyssinie de ce côté.

Une partie de cette côte aride et sablonneuse est inhabit^ble à cause du manque d’eau et de l’excès de la chaleur ; dans la saison des pluies, les lagunes fréquentes le long du rivage se remplissent de même que les puits creusés par les habitants. Des dattiers et d’autres arbres couvrent les îles et les plages. Le fond de la mer, peu profonde, abonde en corail. Un peu de pain, du poisson, du lait de chèvre ou de chameau, rarement la chair de ces animaux, font la nourriture des habitants. Les creux des rochers furent dans les temps anciens et sont encore leurs demeures : c’est delà qu’est venu le nom de Troglodytes, par lequel on les désignait. La misère de ces hommes est si grande qu’ils ne peuvent offrir que de l’eau aux étrangers qui abordent chez eux : sous leur climat brûlant c’est un présent inestimable. Des voyageurs rapportent que les femmes Danakil ont la physionomie fort agréable.

L’empereur d’Abyssinîe prend le titre de Neguça Nagast’z Aitiopia, roi des rois d’Ethiopie ; ce qui l’a fait désigner par quelques voyageurs sous le nom de Grand Négus. Certains écrivains l’ont aussi nommé Prêtre-Jean, par suite de l’ancienne confusion de l’Inde avec l’Ethiopie. On savait que le monarque de l’Abyssinie était chrétien, et on ne crut pouvoir lui attribuer une dénomination plus convenable que celle qui impliquait des fonctions sacerdotales. Ce nom, qui prit naissance au milieu des ténèbres du moyen âge, est une corruption de Presta-Kan, prêtre-roi. Il appartenait à un prince mogol, de la secte des nestoriens ; les relations italiennes le travestirent en Prêtre-Gianni. Le premier voyageur qui parla de ce prêtre Jean 3 le plaça dans l’Inde habitée par des nègres. Or, lorsque les Portugais, dans le cours de leurs découvertes, furent arrivés au Congo, ils apprirent des habitants que, très loin derrière eux, vivait dans l’intérieur de l’Afrique un prince chrétien ; il n’en fallut pas davantage pour transformer le Grand-Négus en Prêtre-Jean.

Quoique doués de bonnes qualités, car ils sont affables, prévenants et hospitaliers, et de dispositions heureuses qui se manifestent chez ceux auxquels l’éducation permet de les développer, les Abyssins, entourée de peuples à demi sauvages et dégradés par le gouvernement despotique » languissent dans un état voisin de la barbarie. Leur bravoure n’étant pas dirigée par la tactique ne leur sert qu’à se faire massacrer en plus grand nombre s’ils succombent dans le combat. Vainqueurs, ils se livrent à une extrême férocité, et dans leurs triomphes, peu fréquents, ils portent en trophée les parties sexuelles de leurs ennemis restés sur le champ de bataille. Bruce, voyageur anglais qui raconté cette coutume atroce, est d’accord sur ce point avec Ludolf. C’est aussi lui qui dit que dans leurs festins d’apparat, les Abyssins découpent, pour les manger sur-le-champ, des tranches de chair d’un bœuf vivant, dont le sang ruisselle dans le vestibule, et dont les mugissements se mêlent aux cris de joie des convives (il ajoute que l’hydromel renforcé d’opium anime la brutale gaieté de ces odieux banquets. Un autre Anglais, M. Salt, qui a visité l’Abyssinie depuis Bruce, affirme que sur ce point, comme sur quelques autres, son compatriote a exagéré. les faits. Il convient que les Abyssins mangent de la viande crue qu’ils assaisonnent d’une sauce de sang frais ; il convient que cette chair crue est servie pendant que les fibres sont. encore palpitantes, mais il assure que l’on commence par séparer la tête du corps, de l’animal. Il dit aussi que Bruce s’est trompé en racontant que les grands seigneurs abyssins, par l’effet d’une indolence dédaigneuse, se font mettre par leurs serviteurs les aliments dans la bouche. Du reste, les Abyssins se feraient scrupule de manger avec d’autres qu’avec des chrétiens.

Les maisons des Abyssins sont des cabanes rondes, couvertes d’un toit conique. Ils ont pour vêtement une robe de coton et une espèce de manteau. Les enfants vont nus jusqu’à l’âge de puberté. Quelques tapis de Perse, de la poterie de terre noire, forment leurs principaux objets de luxe. Les arts et les métiers sont en grande partie abandonnés aux étrangers, et surtout aux juifs ; ces derniers sont les seuls forgerons, maçons et couvreurs qu’il y ait dans le pays.

Les rois et les ras ont auprès d’eux des bouffons qui plaisantent tout le monde, comme le faisaient les fous que les princes de l’Europe entretenaient autrefois à leur cour, et qui, de même, disent parfois des vérités.

Chez un peuple vif et gai comme le sont les Abyssins, les mariages, les naissances, en un mot tous les événements importants sont célébrés par des fêtes et des réjouissances. C’est, dit M. Salt, une chose remarquable que la joie et la bonne intelligence qui régnent dans ces réunions ne soient pas troublées par les scènes d’ivresse qu’elles ne manquent jamais de produire. Il est très rare qu’en pareille occasion il s’élève une querelle entre les personnes d’un rang élevé.

Le principal amusement des classes inférieures dans les fêtes qui suivent la fin du carême, est le jeu du kersa, qui ressemble beaucoup au mail. De grandes troupes se réunissent ; quelquefois des villages entiers se défient réciproquement. Dans ce dernier cas, la partie est vivement disputée, et lorsque les joueurs, sont à peu près d’égale force, il faut souvent une journée entière pour la décider. Les vainqueurs retournent chez eux en dansant et en poussant de grands cris, et sont reçus au milieu des acclamations des femmes de leur parti. Souvent on s’échauffe tellement de part et d’autre que les antagonistes s’accablent mutuellement d’injures et s’adressent des menaces terribles ; enfin, comme cela n’arrive que trop souvent dans des pays bien plus policés, on en vient aux coups, mais alors même on ne se sert que des crosses avec lesquelles on a joué : toutefois plus d’un combattant est laissé, mort sur la place.

Il n’est pas étonnant que les Abyssins, joignant à une imagination vive une grande ignorance, soient en proie aux idées les plus extravagantes et les plus absurdes. Ils croient que la plupart de leurs maladies sont causées par la funeste influence de l’esprit malin. Ils supposent à tous les ouvriers en fer la faculté de se transformers en hyènes pendant la nuit et de se repaître alors de chair humaine, et sont persuadés que si ces hommes sont blessés durant leur métamorphose, la plaie se retrouve à la partie correspondante de leur corps lorsqu’ils ont repris leur forme naturelle. Du reste cette opinion existait chez tes Grecs et les romains.

Plusieurs usages des Abyssins rappellent ceux du peuple hébreu avant le règne de Salomon. M. Salt dit qu’il fut si frappé de cette ressemblance que parfois il avait peine à ne pas s’imaginer qu’il se trouvait au milieu des Israëlites, et que, reporté à quelques mille ans en arrière, il vivait au temps où les rois étaient pasteurs et où les princes de la terre, armés de lances et de frondes, allaient sur des ânes ou des mulets combattre les Philistins. Les Abyssins nourrissent contre les Gallas les sentiments de haine invétérée dont les Israélites étaient animés contre leurs ennemis.

Presque tout le commerce de l’Abyssinie a lieu par Adoueh, ville du Tigré ; on y apporte de Massouah du plomb, de l’étain, du cuivre, des feuilles d’or, de petits tapis de Perse de couleur éclatante, mais à bas prix ; de la soie écrue, du coton, du velours, du drap de France, des maroquins d’Egypte, de la verrerie et de la verroterie de Venise ; la plupart de ces marchandises qui viennent d’Europe sont expédiées d’Egypte par mer à Djeddah, sur la côte d’Arabie, d’où elles vont à travers le golfe à Massouah. L’Abyssinie commerce aussi par des caravanes avec l’Egypte ; mais les marchands sont exposés à mille périls dans le long trajet par terre qui sépare les deux pays, et surtout en traversant la Nubie. L’Abyssinie fournit aux pays étrangers de l’ivoire, de l’or, enfin des esclaves, cette marchandise si commune en Afrique.

Le commerce intérieur ne peut que souffrir beaucoup des troubles continuels du royaume. Cependant Adoueh a des fabriques de toiles de coton fines et grossières. La matière première est fournie par les territoires que baigne le Tacazze, ce coton passe pour meîllear que celui que l’on tire de Massouah. Gondar a aussi des manufactures de toile, de qualité inférieure à celles d’Adoueh. Les provinces situées au sud de cette dernière ville abondent principalement en bétail et en grains. On fabrique dans la province de Samen de petits tapis que M. Salt a trouvés bien supérieurs à ce qu’il s’attendait à voir sortir des ateliers de l’Abyssinie. Les habitants d’Axum et des environs sont renommés pour la préparation du parchemin. On façonne le cuivre et le fer dans toute l’étendue du royaume, mais les chaînettes de ce dernier métal les mieux finies viennent des provinces du sud ; on dit qu’elles sont l’ouvrage des Gallas.

Les Abyssins aiment beaucoup les peintures. Les murs de leurs églises en sont couverts : il n’est pas de chef qui ne soit charmé d’avoir un tableau peint sur une des parois de sa salle principale. Les peintres abyssins exagèrent toujours d’une manière étrange les dimensions de l’œil, et représentent constamment le visage de face, excepté lorsque le personnage est un juif ; alors ils le montrent de profil.

Il est difficile d'avoir des données précises sur la population d'un pays gouverné d'une manière si peu régulière. On a évalué le nombre des habitants à 3,500,000. Ce nombre n'offre rien d'improbable. Il est même très faible relativement à la surface du pays. Les revenus des souverains proviennent de la dîme en nature de toutes les productions des domaines, des péages, du tribut payé par les gouverneurs.

Peu de voyageurs européens ont pénétré en Abyssinie. Pierre Covilham, Portugais, y fut envoyé par son gouvernement à la fin du quinzième siècle. On pense qu'il y fut retenu par force ; il y finit ses jours. Les Portugais y envoyèrent ensuite une ambassade pompeuse qui fut suivie de tentatives pour y établir la religion catholique ; il en résulta des guerres qui ne finirent que vers le milieu du dix-septième siècle. Elles engendrèrent une haine profonde contre les chrétiens de l’Europe. Poncet, médecin français, alla en Abyssinie en 1700, pour guérir le roi d’une maladie devant laquelle l’art des docteurs du pays avait échoué ; il réussit, et put quitter le royaume. Des missionnaires, guidés par leur zèle, essayèrent ensuite d’y pénétrer : ils périrent. Enfin en 1769, James Bruce, Ecossais, excité par le désir de voir un pays si curieux, y arriva, y fit un long séjour, et en parcourut quelques provinces. Depuis son retour en Europe, jusqu’en 1805, aucun voyageur n’avait obtenu la permission d’entrer en Abyssinie. A cette époque, M. Salt y parvint, et laissa en partant quelques uns de ses compatriotes, pour essayer d’établir des relations commerciales entre cette contrée et sa patrie : il y est retourné en 1809, et eq est reparti sans avoir pu effectuer son projet.

Legatio magni Indorum presbyteri Joannis ad Emmanuolem regem Lusitaniæ, etc., 1513, par Dam. A. Goez. Anvers, 1552, 1 vol. in-8°.

Alvarez (Franc.) verdadeira informaçion das terras do Preste Joam das Indias. Lisboa, 1540, in-fol.

Relation do ambaixada gô Joad Bermudez trouxa do imperador da Ethiopia. Lisboa, 1563, in-4°.

De Abyssinorum rebus libri tres, P. N. Godigno. Lugduni, 1615, in-12.

Historia geral de Ethiopia a alta, etc., por Manoel d’Almeyda, abbreviada por Tellez. Coimbra, 1660, in-fol.

Historia geral de Ethiopia, par J. F. dos Santos. Evora, 1009, in-fol.

Relation historique de l’Abyssinie, trad. du portugais de Lobo, par Legrand. Paris, 1728, in-4°.

Relation du révérend patriarche d’Éthiopie, par Mendez, trad. du portugais. Lille, 1633.

Litteræ annuæ patrum Soc. Jesu. Gandavi, 1626.

Nuove e curiose lettere dell’Ethiopia. Florence, 1622.

Ludolf. Historia œthiopica. Francfort, 1681, in-fol.

Commentarius ad historiam. Francfort, 1691, in-fol.

Poncet. Voyage en Éthiopie (se trouve dans les Lettres édifiantes, t. iii, édition de 1781.

Sont traduits en français :

Bruce. Voyage en Nubie et en Abyssinie, 5 vol. in-4°.

Salt. 1er Voyage, dans ceux du lord Valentia. fr.

— 2° Voyage. Londres, 1803 1 in-4°.

E…S.