Escal-Vigor/Partie II/Chapitre VIII

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Société dv Mercvre de France (p. 194-210).

VIII

Demeuré seul, pour la première fois l’idée vint à Kehlmark de parcourir ses livres de comptes ; de s’édifier par lui-même sur l’état de ses affaires. Il avait donné sa procuration à Blandine. C’est elle qui gérait sa fortune. Il savait dans quel meuble elle serrait les pièces relatives à la comptabilité. La clef n’était point sur le tiroir. Sans hésiter il fit sauter la serrure. Et le voilà furetant parmi les paperasses ; parcourant des colonnes de chiffres, des actes notariés… Avant qu’il soit arrivé au bout de ses vérifications, il a vu clair : il est aussi bien que ruiné. L’Escal-Vigor est à peu près la seule de ses terres qui ne soit hypothéquée. Mais alors d’où vient l’argent par lequel on subvient à son faste, à ses largesses, à son train de vie princier ? Quel banquier généreux lui avance des sommes considérables sans garantie, sans la moindre chance d’être jamais remboursé ?

Soudain, il comprit.

Blandine ! Blandine qu’il venait d’insulter si grossièrement. Les rôles étaient renversés. C’était lui l’entretenu ! Au lieu de le calmer, dans les dispositions d’esprit où il se trouvait, cette découverte l’exaspéra.

Au diapason où il était monté, rien ne pouvait balancer l’injustice dont il avait à se plaindre.

Il relança la jeune femme :

— De mieux en mieux, fit-il. Je sais tout. Tu m’achètes, tu m’entretiens ; je ne possède plus un sou vaillant. L’Escal-Vigor devrait t’appartenir. C’est à peine s’il représente la valeur des sommes que tu m’as données. Mais, ma chère, vous avez fait un faux calcul en vous flattant ainsi de me lier à vous, de me rendre votre chose lige… Non, non, je ne suis pas à vendre. Je sortirai d’ici. Je vous laisse le château. Je ne veux rien de vous…

Puis, reprit-il, atrocement persifleur, comme s’il se mutilait lui-même, après ce que je t’en ai avoué, tu eusses fait une piètre acquisition en ma personne ! Ah ! Ah ! Ah !

Notre situation mutuelle est encore plus extravagante que je le croyais… Tu n’es vraiment pas dégoûtée. Mais, petite sotte, avec l’argent que te laissait mon aïeule, tu aurais pu te procurer un mâle, un solide amateur de femmes. Tiens, j’y pense, tu ne devais même pas chercher bien loin… Ce Landrillon…


Malheureux Kehlmark !

Dans son besoin de révolte et de représailles, il venait de porter à Blandine la pire des blessures. Ah, le misérable ! Il ne se doutait pas encore du plus grand des sacrifices qu’elle lui avait faits ! L’abandon de sa fortune n’était rien comparé à cet autre holocauste ! Quel démon venait de mettre sur les lèvres imprécatoires du Dykgrave le dernier nom qu’il eût dû prononcer.

Kehlmark ne devait jamais connaître jusqu’à quel point il s’était montré abominable en ce moment, mais à peine le nom de Landrillon fut-il sorti de sa bouche qu’une détente se produisit en lui : le blanc visage, les yeux implorateurs de Blandine lui révélèrent une partie du coup qu’il venait de lui porter.

Il reçut la femme défaillante dans ses bras :

— Ce n’est pas moi qui viens de parler, ma chérie. Pardonne-moi. C’est un passé de douleur inouïe et de secret opprobre ; ce sont mes sens exaspérés qui se vengent.

Et pour obtenir son pardon, il lui fit une confession générale, ou mieux un tableau complet de sa vie intérieure.

En se rappelant ses heures sombres il redevenait cruel et agressif comme tout à l’heure, puis il se reprenait à la caresser, et son exaltation sardonique confinait par moments à la folie :

— Ah, Blandine ! Blandine ! Ce que j’ai souffert, ce que je souffre encore, on ne le saura jamais que si on a passé par les mêmes affres !

Pauvre chérie, tu as cru que je t’en voulais et que je me plaisais à te faire du mal…

Voyons, sois raisonnable. Tu observes quelqu’un attaché au bûcher et brûlant à petit feu ; et c’est toi qui lui reproches le spectacle atroce que son supplice inflige aux âmes sensibles !… Ah ! un spectacle qu’il t’offrit bien malgré lui !

Et c’est cette victime martyrisée, ce patient endolori dont tout l’être est une perpétuelle torture, une crispante lancinance, c’est ce brûlé vif que tu accuses d’être ton bourreau.

Désormais, ô ma sœur, fais-lui grâce de tes mines dégoûtées, de ta vertueuse réprobation.

Ah, j’en ai assez ! Puisque je t’ai fait du mal inconsciemment, à toi la meilleure des femmes, je me demande pourquoi je ménagerais les sentiments de la turbe. Loin de m’humilier, je me redresse…

Tu me jugerais, tu me condamnerais, comme les autres ? À ton aise. Mais je te conteste même le droit de m’absoudre. Je ne suis ni malade, ni coupable. Je me sens le cœur plus grand et plus large que leurs apôtres les plus vantés. Aussi ne te montre point pharisienne à mon égard, ô mon irréprochable Blandine !

Et surtout plus de ces mots insultants et flétrisseurs, n’est-ce pas, en parlant de mes amours, de mes seules possibles amours !

Ces mots, ô mon ange, te faisaient perdre en une seconde tout le bénéfice de ton existence entière de bonté et de compréhension. Assez, de ce dévouement qui vous brûle au fer rouge… Assez de cautères !

— Henry, gémissait la pauvre femme, ne revenons point sur le passé ; arrache-moi le cœur mais ne me parle plus ainsi… C’en est fait. Loin de te blâmer, je fais plus que t’excuser, je t’approuve. Est-ce là ce que tu veux de moi ? Tiens, je me damne avec toi, je renie le baptême, l’Évangile et Jésus !

Il l’écoutait à peine, se débondait, levait toutes les vannes de son cœur.

Elle, transfigurée, l’avait assis doucement dans un fauteuil ; elle lui faisait un collier de ses bras et, joue contre joue, ils mêlaient leurs larmes. Mais elle convenait que le désespoir de Kehlmark avait la préséance sur le sien et elle consentait à n’être plus que maternelle.

— Dis-moi, Blandine, poursuivait-il, à qui m’est-il arrivé de faire du mal ? À toi ? Mais sans le vouloir ; je n’étais point celui que tu avais rêvé, ou du moins tel que tu l’eusses voulu. Je n’en puis rien. Tout le premier j’ai souffert de ta souffrance. Tu pleures en m’écoutant ; tu as raison, Blandine, si tu verses ces larmes à l’image de mon calvaire, de ma longue Passion… Ta compassion m’honore et me fait du bien. Mais si c’est de honte pour moi que tu pleures, ma chérie, si tu me réprouves et me renies, si tu partages le préjugé de ce monde occidental et protestant… oh alors, abandonne-moi, rengaine tes larmes, je n’ai que faire de ta sympathie honteuse.

Oui, à partir d’aujourd’hui je n’aurai plus de respect humain et de lâche pudeur, Blandine.

Un moment viendra où je proclamerai ma raison d’être à la face de l’univers entier…

Il en est temps. Mon enfer n’a que trop duré. Il avait commencé dès ma puberté. Envoyé au collège, mes camaraderies contractèrent toute la vivacité et la mélancolie du plus tendre des sentiments. Aux baignades, la nudité frileuse de mes compagnons m’induisait en de troublantes extases. En dessinant d’après l’antique, je goûtai les nobles académies masculines ; païen de vocation, je ne découvrais pas de vertu sans la revêtir des harmonieuses formes d’un athlète, d’un héros adolescent ou d’un jeune dieu, et j’accordai voluptueusement les rêves et les aspirations de mon âme à l’hymne de la chair gymnique. En même temps, je trouvai coqs et faisans plus beaux que leurs poules, tigres et lions plus prestigieux que lionnes et tigresses ! Mais je taisais et dissimulais mes prédilections. Je tentai même d’en imposer à mes yeux et à mes autres sens ; je me broyai le cœur et la chair, à les persuader de leurs méprises et de l’aberration de leurs sympathies. Ainsi, au pensionnat, j’aimai, en désespéré, William Percy, un jeune lord anglais, celui-là même qui avait failli me noyer, sans jamais oser lui témoigner que par une ferveur fraternelle l’ardeur dont je me consumais pour lui[1].

Au sortir de Bodenberg Schloss, quand je te rencontrai, Blandine, je crus rentrer, par mon amour pour toi, dans l’ordre commun. Mais, malheureusement pour tous deux, cette rencontre ne fut qu’un accident dans ma vie sexuelle. Malgré des efforts loyaux et héroïques, une tyrannique concentration de volonté pour les fixer sur la meilleure et la plus désirable des femmes, mes postulations charnelles se détournèrent bientôt de toi et je ne t’aimai plus que de toute mon âme, ô Blandine ! À cette époque, des restes de scrupules chrétiens, ou plutôt bibliques, me dégoûtaient de moi-même. Je me faisais horreur et me croyais véritablement maudit, possédé, désigné aux feux de Sodome !

Puis, l’injustice, l’iniquité de mon destin me réconcilia, sourdement, avec moi-même. J’en arrivai à n’accepter en mon for intérieur que le témoignage de ma propre conscience. Fort de mon honnêteté absolue, je m’insurgeai à part moi contre l’orientation amoureuse du plus grand nombre. Des lectures achevèrent de m’édifier sur la raison d’être et la légitimité de mes penchants. Des artistes, des sages, des héros, des rois, des papes, voire des dieux justifiaient et exaltaient même par leur exemple le culte de la beauté mâle. En mes rechutes de doute et de remords, pour me retremper dans ma foi et ma religion sexuelle, je relisais les brûlants sonnets de Shakespeare à William Herbert, comte de Pembroke, ceux, non moins idolâtres, de Michel-Ange, au chevalier Tommoso di Cavalieri, je me fortifiai en reprenant des passages de Montaigne, de Tennyson, de Wagner, de Walt Whitmann et de Carpenter ; j’évoquais les jeunes gens du banquet de Platon, les amants du bataillon sacré de Thèbes, Achille et Patrocle, Damon et Pythias, Adrien et Antinoüs, Chariton et Mélanippe, Dioclès, Cléomaque, je communiai en toutes ces généreuses passions viriles de l’Antiquité et de la Renaissance qu’on nous vante cuistreusement au collège en nous en taisant le superbe érotisme inspirateur d’art absolu, de gestes épiques et de suprêmes civismes.

Cependant ma vie extérieure continuait à être une contrainte, une dissimulation perpétuelle. J’atteignis, au prix d’une discipline impie, à la maîtrise du mensonge. Mais ma nature droite et probe ne cessait de se soulever contre cette imposture. Représente-toi, ma pauvre amie, l’antagonisme atroce entre mon caractère ouvert et expansif, et ce masque dénaturant et calomniant mes impulsions et mes affinités ! Ah, je puis bien te l’avouer à présent, plus d’une fois, mon indifférence charnelle pour la femme menaça de tourner en une véritable haine. Et toi-même, ma Blandine, tu faillis m’exaspérer contre ton sexe tout entier, toi, la meilleure des femmes ! Le jour où tu te flattas de me séparer de Guidon Govaertz, je sentis ma piété presque filiale pour toi se transformer en une complète exécration. Dans ces conditions, tu comprendras que souvent, refoulé et isolé, virtuellement anathème, je pensai perdre la raison !

Plus d’une fois, je roulai sur la pente des aberrations. Puisqu’on me taxe de monstruosité, me disais-je, puisque je suis déchu, socialement réprouvé, autant jouir du bénéfice de mon ignominie.

Les forfaits sadiques d’un Gilles de Rais tentaient mon insomnie.

Te rappelles-tu l’enfant que tu arrachas un jour de mes bras ? Rageur, je te frappai d’un couteau, et, cependant, tu n’avais pas lu dans mon arrière-pensée ! Un autre jour, quand nous habitions encore à la ville, j’accostai un jeune rôdeur du port, déguenillé comme les petits coureurs des grèves de Klaarvatsch. Aiguillonné par une perversion abominable, j’allais l’emporter à l’écart, derrière un monceau de ballots.

Je soulevai le mioche sur mes bras : le garçonnet souriait à pleines lèvres, il n’avait point peur, quoique je dusse avoir, en ce moment, la face congestionnée d’un apoplectique strangulé par l’asphyxie. Le monsieur voulait jouer sans doute et lui donnerait ensuite la pièce. L’enfant était potelé comme une pêche, aussi brun que ses haillons de velours, et ses yeux marrons pétillaient d’espiègle caresse. Tandis que je pressais le pas, la gorge sèche, il se mit même, câlin, à me tirer la barbiche. Le voile de soufre et de bitume se déchira devant mes yeux. Je me rappelai mon enfance, ma grand’mère, toi, Blandine, mon ange ! Non, non ! Je déposai le petiot et m’enfuis. Depuis lors je répudiai ces sinistres suggestions enfantées par la foi catholique. Non, ne déflore point l’innocence ou du moins épargne la faiblesse, me disais-je. N’aspire que le parfum qui s’exhale vers toi ! N’abuse de l’enfant qui s’ignore ou du mâle à venir !

Peu de temps après, mon aïeule mourut. Je résolus de me mettre à la recherche de l’être que je pourrais aimer selon ma nature ; c’est pourquoi je m’exilai en cette île ; j’avais le pressentiment d’y rencontrer mon élu. Guidon n’eut qu’à se montrer pour que mon cœur se projetât aussitôt vers lui. Je lui reconnus, avec des aptitudes aux arts que j’aime, des orgueils et des notions de vies différentes de ceux de la foule domestiquée. Comment, d’ailleurs, demeurer insensible à la muette et délicate imploration de ses yeux ? Il m’avait deviné aussi bien que je l’avais senti. Lui seul, le premier, assouvirait mon premier besoin d’être ! Si notre chair a mal fait, la plus totale ferveur morale fut notre complice. Nos sentiments s’accordèrent avec nos désirs !…

Mais non, la nature ne désavoue, ne répudie rien de ce qui nous béatifie. Ce sont les religions bibliques qui veulent que la terre nous ait enfantés pour l’abstinence et la douleur. Imposture ! L’exécrable créateur que celui qui se complairait en la torture de ses créatures ! À ce compte, le pire des sadismes serait celui d’un prétendu Dieu d’amour ! Notre supplice ferait sa volupté !…

Tu t’expliques à présent ma vie, et tu comprends pourquoi je te parle si orgueilleusement malgré ta splendeur d’âme, ô Blandine !

Tu m’as connu autrefois quelques amis de ma caste, des gens excellents, une élite capable de toutes les indulgences et de toutes les compréhensions, des penseurs, des esprits d’avant-garde, qu’aucune spéculation, fût-elle la plus osée, ne semblait devoir effaroucher. Tu te rappelles combien ils me recherchaient. Eh bien, souviens-toi de mes subites tristesses en leur compagnie pourtant si cordiale ; de mes éclipses prolongées, de mes apparentes bouderies. Quelle en était la cause ? Au milieu d’une conversation enjouée, au plus fort de nos confidences et de nos épanchements, je me demandais quel accueil me feraient ces mêmes amis s’ils lisaient dans mon âme, s’ils se doutaient de ma différence. Et à cette seule idée, je m’insurgeais intérieurement contre cet opprobre qu’ils n’eussent point manqué de m’infliger, tout supérieurs et audacieux qu’ils se prétendaient. Les plus généreux se seraient abstenus de tout blâme, mais m’eussent évité comme un lépreux. Combien de fois en des milieux moins cultivés, lorsque j’entendais flétrir, avec des gestes et des sobriquets horribles, les amants de ma sorte, ne fus-je pas sur le point d’éclater, de proclamer ma solidarité avec les prétendus transgresseurs et de cracher au visage de tous ces implacables honnêtes gens !

Et mes souffrances aussi, quand on mettait la conversation sur la galanterie et les bonnes fortunes ! Forcé de rire, de me mêler à cet assaut d’historiettes croustilleuses et même de raconter à mon tour une gaudriole ou une prouesse libertine, je me sentais lever le cœur et me reprochais ma lâche complaisance.

Le Berger de Feu dont tu m’entendis naguère conter la légende refusa de se rendre en pèlerinage à Rome pour se jeter aux pieds du pape et implorer sa miséricorde. Ce pécheur répudiait tout arbitre entre sa conscience et la foule. Je fus plus humble. Un jour j’écrivis à un révolutionnaire illustre, à un de ces porteurs de torches, qui passent pour être en avance sur tout leur siècle et qui rêvent un monde de fraternité, de bonheur et d’amour. Je le consultai sur mon état comme s’il s’était agi de celui d’un de mes amis. L’homme de qui j’attendais la consolation, une parole rassurante, un signe de tolérance, me répondit par une lettre d’anathème et d’interdit. Il criait raca sur le transfuge de la morale amoureuse, se montrant aussi implacable pour les êtres d’exception que le pape de la légende pour le chevalier Tannhæuser. Ah ! Ah ! ce pape de la révolution me voua pour la vie au Venusberg ou mieux à l’Uranienberg !

Cette excommunication majeure qui aurait dû me désespérer me rendit au sentiment de ma dignité individuelle, de mes devoirs envers ma nature. J’ai puisé la force de vivre conformément à ma conscience, à mes besoins, dans l’iniquité même qui m’était faite par l’humanité ; mais, isolé, je passai par des alternatives de découragement et de révolte, et tu t’expliqueras à présent, ma pauvre chérie, mes humeurs bizarres, mes prodigalités, mes excès, mes exploits de casse-cou. Oui, je cherchais toujours l’oubli, et plus d’une fois la mort !

— Tu as souffert plus que moi, lui dit Blandine, comme il s’arrêtait soulagé, avec une sorte de sérénité, le visage presque épanoui, illuminé de franchise, — mais du moins ne souffriras-tu plus par ma faute !… Je me convertis à ta religion d’amour, je me dépouille de mes derniers préjugés. Non seulement je t’excuse, mais je t’admire et t’exalte… je consens à ce que tu voudras… Sois tranquille, Henry, tu n’entendras plus une plainte, encore moins un reproche…

Guidon, celui que tu chéris de corps et d’âme, sera mon ami, je serai sa sœur. Nous quitterons ce pays, si tu veux, Henry, nous irons vivre ailleurs, à trois, modestement mais désormais apaisés et réconciliés…

Confondu par tant d’abnégation, le Dykgrave s’écria :

— Oh, ne pouvoir t’aimer que comme une mère, une mère encore plus tendre que la meilleure, ma sainte Blandine, mais seulement une mère !…

Elle lui ferma la bouche par ce cri :

— Ah ! voilà pourquoi quelque chose m’empêcha jadis d’aller rechercher l’autre dans sa prison !

Il y avait du triomphe, de la jubilation dans ce désespoir de Blandine. C’était la folie sublime du sacrifice. La femme s’élevait jusqu’à l’ange.

Elle devait monter plus haut encore, rejeter toute jalousie charnelle.

Joignant le geste à la promesse, elle demanda à Kehlmark d’appeler Guidon, et quand le jeune homme se fut présenté, elle lui prit les mains, elle les mit elle-même dans celles du maître, puis elle déposa un baiser chaste, mais secourable comme la tombe, sur le front rougissant du disciple.

  1. Voir, dans Mes Communions : Climatérie.