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Espagne. Mouvement des sciences et de l’industrie/02

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ESPAGNE.




MOUVEMENT DES SCIENCES ET DE L’INDUSTRIE.
(suite.)


Quelques agriculteurs espagnols font, depuis quelques années, de généreux sacrifices pour acclimater dans la Péninsule, le nopal et la cochenille. Cette nouvelle branche d’industrie promet de grandes richesses à l’Espagne, si on parvient à lui donner le degré de perfection dont elle est susceptible ; elle réussit en partie dans les provinces méridionales, mais il est à croire que bientôt elle va prendre dans toutes les provinces, de nombreux et rapide développemens. Pour éclairer le zèle de ses compatriotes, un homme qui a long-temps cultivé la cochenille en Amérique, M. Ortigosa, vient de publier un travail savant et consciencieux sur cette matière. Son manuel offre les détails les plus minutieux, et cependant les plus intéressans sur la culture du nopal et les terrains qui lui conviennent le mieux, sur l’éducation de la cochenille, et la manière de la récolter.

L’autorité supérieure s’occupe activement de mettre un terme aux pernicieux effets de l’excessive multiplication des rizières. Le riz offre, il est vrai, une nourriture saine, substantielle et facile à préparer ; non-seulement la récolte est sûre et abondante, mais le terrain où il a été semé peut, la même année, produire du froment ou toute autre céréale. Voilà sans doute de grands avantages, mais ils ne balancent pas à beaucoup près les funestes résultats de cette culture sur l’état sanitaire des cantons où elle est exploitée. Il n’est pas rare de trouver en Espagne des villages, où la stagnation et la corruption des eaux, la putréfaction d’une multitude d’insectes et de végétaux qui y périssent, occasionnent régulièrement, pendant les mois d’août, septembre et octobre, des épidémies terribles, qui presque toujours font disparaître des populations entières. Aussi les amis de l’humanité ne taxeraient pas d’inconséquence le gouvernement qui, en accordant des primes pour encourager la culture du riz, dans des terrains vaseux et humides, tels qu’à l’embouchure de l’Albufera, défendrait sous les peines les plus sévères, comme il l’a déjà fait pour deux villages dans la Huerta de Valence, Ribarroja et Villamarchante, de convertir en marais des terrains naturellement secs et arides. Nous allons chercher à montrer qu’il y aurait accroissement de population et de richesse, à donner ainsi une autre direction à l’industrie. À la Ribéra-del-Jucar, la culture du riz occupe un très-grand nombre de communes ; le produit annuel de la récolte est de 43,755,000 réaux de vellon. Qu’on juge maintenant combien cette somme, toute énorme qu’elle est, pourrait cependant s’augmenter. Dans les deux villages de Ribarroja et de Villa-Marchante, le produit annuel de la culture du riz, pour les années antérieures à la prohibition, a été de 57,960 pesos, tandis que dans les années qui l’ont suivie, le produit annuel des nouvelles cultures, s’est élevé à la somme de 106,548 pesos, sans qu’on y ait compris les fruits secs, les plantes potagères, le chanvre, etc., qui produisent plusieurs milliers de pesos.

Un avantage bien plus précieux encore, c’est que cette somme augmentée du double, n’a pas, comme les premières, été acquise aux depens de l’existence d’un grand nombre d’individus. Pendant les six années antérieures à la prohibition on a compte 230 naissances et 292 décès, c’est-à-dire un excédant de 62 morts sur les naissances ; au contraire, dans les six années postérieures, nous trouvons 404 naissances et seulement 274 décès, c’est-à-dire un excédant de 130 naissances sur les mortalités ; il est donc très-probable que cette mesure de l’autorité aura pour résultat infaillible de doubler la population et les richesses dans tous les cantons où elle croira nécessaire de prohiber la culture du riz.

L’utilité de la vaste et magnifique verrerie établie aux portes de Murcie, a été vivement sentie par les habitans de cette ville, qui ne pouvaient avoir d’autres cristaux que ceux qu’ils tiraient des environs de Valence et de Sainte-Marie. La grande quantité de matériaux qui se trouvent aux environs de Murcie, permet aux fabricans de livrer à des prix très-modérés les produits indispensables à cette grande ville, et que la difficulté du transport rendait de jour en jour plus rares et plus dispendieux.

Dans les environs de Lorca, vient de s’élever une fabrique de porcelaine et de losetas (fayence), qui déjà rivalise avec celle d’Alcara. Loin de se nuire, ces deux établissemens pourront à peine suffire aux nombreuses demandes qui leur sont faites de tous les points de la province.

La misère de la classe ouvrière de Valence a été un peu soulagée par l’ouverture d’une fabrique de cigarres qui occupe déjà plus de 800 femmes. On nous assure que les propriétaires ont l’intention d’augmenter leurs bâtimens, et que, par suite de l’agrandissement du local, ils pourront employer 4 ou 5,000 ouvriers. Les cigares qui sortent de leur établissement ne sont pas inférieurs à ceux des meilleures fabriques de la Havane.

Depuis que l’Espagne est privée de ses possessions en Amérique, elle cherche à réparer ses pertes en exploitant les richesses minérales qu’elle avait si long-temps négligées. Une loi sur les mines a été publiée en 1825 ; les étrangers aussi bien que les nationaux sont invités à se livrer à ce genre d’industrie ; un grand nombre de mines ont été concédées à des particuliers ; le gouvernement ne s’est réservé que les mines d’Almaden (mercure), de Rio-Tinto (cuivre), de Linares et de Falset (plomb), d’Alcaraz (calamine), de Marbella (graphite), et les soufrières d’Hellin et de Bena-Maurel.

Un seul particulier, don Gaspard Bemisa, fait exploiter pour son propre compte cinq mines d’argent, Santa-Victoria, Santa-Casilda, los Cervigueros, Pozzo-Rico, et Cazalla. Ces deux dernières sont inondées, et l’on travaille à les dessécher. Il existe encore beaucoup d’autres mines d’argent. Celles-ci sont les plus riches et les mieux administrées.

Les mines de cuivre de Rio-Tinto, dont l’exploitation avait été négligée, et qui produisaient cependant un revenu de 4, 500 arrobes par an, viennent d’être concédées à M. Remisa, qui possède, en outre avec quelques associés, la mine de la Cruz à Linarès. Une société d’Espagnols et d’Anglais connue sous le nom de société Ibérique, s’est fait concéder au Collada de la Plata une mine de cuivre de très-bonne qualité et d’un grand produit.

Dans presque toutes les provinces de l’Espagne, il existe des mines de plomb. Dans les Alpujarras seules, on a ouvert plus de 2,000 puits, dont on exporte tous les ans 400 à 500,000 quintaux de plomb de première qualité. Les seules mines de Linarès suffisent aux besoins du royaume. Après ces mines viennent celles de Falset et de Barambio.

Les mines d’étain de Monterey en Galice, n’ont pu encore être exploitées faute de capitaux. Le fer abonde dans la Biscaye, dans les montagnes de Cuenca et de Ronda, et particulièrement dans la Sierra-Morena.

Sous le nom de Nostra Senora de la Concepcion, une compagnie de négocians vient d’établir, à Roverda, près de Marbella, une immense forge pour exploiter le minéral magnétique qui abonde dans les environs, et que, jusqu’à présent, il avait été impossible de réduire à l’état de fusion, à cause de l’imperfection des procédés suivis par les habitans du pays. La compagnie à déjà fait des sacrifices énormes pour assurer le succès de cette entreprise colossale, et pour lui donner toute la perfection dont elle est capable. Elle a chargé un de ses membres de visiter les principales fabriques d’Italie, d’Allemagne, de France et d’Angleterre, pour en rapporter des plans et des modèles d’après lesquels on modifiera tout ce qui paraîtra susceptible d’amélioration. Déjà cet établissemment offre l’aspect d’une petite ville : douze maisons sont destinées à loger les ouvriers étrangers, une multitude de fourneaux de toutes dimensions ont été élevés avec goût et solidité. L’un d’eux à 32 pieds de haut. Les machines à cylindre exécutées en Angleterre coûtent 2,000 livres sterling. Les deux plus fortes roues hydrauliques ont 26 pieds de diamètre. Elles ont été construites à Malaga sur des modèles tirés du Hanovre. L’eau nécessaire pour alimenter toutes ces roues, est amenée par un canal d’une demi-lieue d’étendue, ouvert dernièrement aux frais de la compagnie, et qui contient un volume d’eau, représentant une force de 40 chevaux. Déjà cet établissement est en état de livrer au commerce, tous les ans, 20,000 quintaux de fer affiné ; il est très-probable que dans quelques années, il pourra facilement en fournir une quantité beaucoup plus considérable.

D’après un rapport de l’intendant des Asturies, dressé conformément à l’ordre du roi d’Espagne, il paraît prouvé que dans cette province, le charbon de terre est tellement abondant, que ses montagnes pourraient en fournir à toute l’Europe. On y trouve des filons qui ont plus de 30 pieds de large, des districts qu’on pourrait appeler des charbonnières, et dans plusieurs parties, la montagne est uniquement composée de chnarbon sans mélange d’aucune autre matière. Le gouvernement désirait savoir si les propriétaires de mines pourraient livrer annuellement 400,000 quintaux de ce minéral pour l’entreprise de la navigation du Tage ; ils se sont engagés à le livrer en aussi grande quantité qu’on le demanderait, à raison de trois réaux et demi le quintal, rendu à bord, dans les ports de Pison et d’Aviles.

Quand les paysans ne trouvent plus d’ouvrage, ils vont extraire du charbon de terre ; il leur suffit de fouiller le sol, et, quand l’ouverture est devenue trop profonde, ils l’abandonnent pour aller en commencer une autre à quinze ou vingt pas plus loin.