Essai sur la candidature

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Traduction par Eusèbe de Salverte .
Didot (p. 117-165).



DE LA


DEMANDE DU CONSULAT, OU

ESSAI SUR LA CANDIDATURE,

ADRESSÉ A M. T. CICÉRON,

PAR SON FRÈRE QUINTUS.
———

Vous possédez sans doute tous les moyens de réussir que peuvent donner l’esprit, l’expérience et l’étude ; cependant notre amitié m’impose, je crois, le devoir de vous soumettre les idées que m’a inspirées une méditation assidue sur votre candidature. Je me propose, non de vous rien apprendre de nouveau, mais de vous présenter rassemblées sous un seul point de vue, et dans un ordre raisonné, des choses qui, dans la pratique, semblent sans liaison entre elles et multipliées à l’infini (1).

Quelle est cette cité ? — Que demandez-vous ? — Qu’êtes-vous ? chaque jour, en descendant au forum, méditez ces idées : je suis un homme nouveau (2) ; je demande le consulat ; je suis dans Rome. L’éclat de votre éloquence doit surtout relever la nouveauté de votre nom. Le talent a toujours obtenu dans Rome une grande considération ; et l’homme jugé digne de défendre des accusés consulaires ne peut-être jugé indigne du consulat. Puisque cette gloire est l’origine de votre élévation, et que vous êtes par elle tout ce que vous êtes, présentez-vous constamment préparé à parler aussi bien que si chaque occasion devait offrir l’épreuve décisive de votre mérite. Les ressources que vous vous êtes, je le sais, ménagées dans cet art, tenez-les toutes prêtes et assurées au besoin ; et rappelez-vous souvent ce qu’a écrit Démétrius des études de Démosthène et de ses exercices assidus (3). Faites paraître ensuite le nombre et la qualité de vos amis. Plus heureux qu’aucun homme nouveau (4), vous avez pour vous tous les publicains, l’ordre équestre presque entier, beaucoup de villes municipales f5), plusieurs corporations (6), tant de personnes de tous les ordres défendues par vous, une foule de jeunes gens que vous attache l’amour de l’éloquence, enfin des amis nombreux et assidus chaque jour près de vous ; votre soin doit être de conserver ces avantages, et, par les prières, par les recommandations, par tous les moyens possibles, de persuader à ceux qui veulent vous servir et à ceux qui le doivent, qu’ils ne trouveront aucune autre occasion, les uns de vous prouver leur reconnaissance, les autres d’acquérir des droits à la vôtre. Rien ne seconde plus efficacement un homme nouveau que l’assentiment des nobles (7), et surtout des consulaires. Il importe que les personnages au nombre et au rang desquels vous voulez parvenir, vous jugent digne de ce rang et de cette association. Il faut les solliciter vivement et les faire solliciter en votre faveur. Il faut leur persuader que, pour nos sentiments politiques (8), nous avons toujours été unis au parti des grands et très-éloignés de celui du peuple ; que si jamais nous avons parlé dans le sens populaire, nous ne l’avons fait que pour nous concilier Pompée, afin qu’un homme d’un si grand crédit secondât le succès de notre candidature, ou du moins ne s’y opposât pas. Un suffrage ajoutera beaucoup à votre considération ; c’est celui des jeunes gens nobles : sachez vous les acquérir et conserver ceux qui déjà vous sont acquis. À ceux-ci, dont le nombre est considérable, faites connaître combien vous comptez sur leur appui ; et si vous amenez à désirer votre élévation, ceux qui n’y sont point contraires, ils vous deviendront très-utiles.

IL Homme nouveau, il vous est surtout avantageux d’avoir, pour concurrents, des nobles, dont personne n’osera dire que leur qualité doit leur servir plus qu’à vous votre mérite. P. Galba, L. Cassius, sortent du sang le plus illustre : quelqu’un sait-il, toutefois qu’ils prétendent au consulat ? Vous voyez donc combien vous sont inférieurs des hommes de la première naissance, mais dénués de moyens personnels. Antoine etCatisina vous effrayent-ils davantage ? Bien au contraire, un homme actif (9), habile, éloquent, irréprochable, vu favorablement de tous les juges, doit souhaiter de pareils compétiteurs; tous deux assassins dès l’enfance, ruinés tous deux, tous deux perdus de débauches. Nous avons vu vendre judiciairement les biens d’Antoine ; nous l’avons entendu affirmer avec serment qu’il ne pouvait, dans Rome, plaider à crédit égal contre un Grec ; nous l’avons vu expulsé du sénat. Noté si avantageusement par les censeurs, il demanda la préture en même temps que vous : Sabidius et Panthéra l’assistaient ; il n’avait pu trouver d’autres amis pour surveiller les scrutins. Préteur, il entretint publiquement chez lui une maîtresse achetée dans la prison des esclaves. Candidat consulaire, il a mieux aimé piller toutes les hôtelleries, en voyageant sous le prétexte honteux d’une légation libre, que d’être à Rome et de solliciter les suffrages du peuple. De quel éclat, grands dieux ! brille votre autre rival ! aussi noble que le premier, a-t-il plus de vertu ? Non ; mais plus d’audace. Antoine craint jusqu’à son ombre : Catilina ne craint pas même les lois. Né d’un père ruiné, élevé par une sœur adultère, c’est dans le carnage des citoyens qu’il a fait l’essai de ses forces, et son premier pas dans les affaires publiques a été le massacre des chevaliers romains. Créé par Sylla seul chef de ces Gaulois dont nous garderons longtemps le souvenir, et qui égorgèrent alors les Titinius, les Nannius, les Tanusius, ce fut au milieu d’eux qu’il assassina, de ses propres mains, le mari de sa sœur, Q. Cécilius, chevalier romain, homme irréprochable, étranger à tous les partis, dévoué en tout temps au repos par son caractère, et alors surtout par sa vieillesse.

III. Dirai-je que cet homme qui vous dispute le consulat est le même qui, aux yeux du peuple, promena par toute la ville, en le battant de verges, M. Marius, le citoyen le plus chéri du peuple ; qui le traîna au monument de Catulus, et l’y déchira par les plus affreux supplices ; qui, saisissant d’une main les cheveux de l’infortuné encore palpitant, lui trancha la tête de l’autre main, et porta en triomphe cette tête, qui inondait ses doigts de ruisseaux de sang ? Le même qui, depuis, a toujours vécu parmi des histrions et des gladiateurs, ministres, les uns de ses débauches, les autres de ses forfaits ; qui n’a jamais abordé les lieux les plus saints, les plus vénérables, que sa perversité n’y fît naître quelque soupçon d’infamie, lors même qu’il ne s’y trouvait pas d’autre coupable que lui ? Le même qui choisit pour amis, dans le sénat, des Curius et des Annius ; dans l’ordre équestre, des Vatius et des Pompilius ; et parmi nos clients, des Carvilius et des Sapala ? Le même enfin dont l’audace, la scélératesse, la profondeur dans l’art de corrompre sont telles, que ses débauches ont souillé des enfants nobles, presque dans les bras de leurs pères ?… Parlerai-je de sa préture en Afrique, des témoins entendus contre lui ? on a publié leurs dépositions ; relisez-les sans cesse. Mais ce que je ne dois pas omettre, c’est qu’il est sorti de ce jugement aussi pauvre que quelques-uns de ses juges l’étaient avant de l’absoudre, et si odieux, que chaque jour on s’efforce de le remettre en jugement. Telle est enfin sa position, qu’il redoute plus de dangers en demeurant tranquille, qu’il n’en brave en excitant une sédition. Combien vous êtes plus heureux que ne l’était naguère C. Célius ! Homme nouveau, il avait deux compétiteurs, dont la noblesse insigne faisait le moindre éclat ; hommes d’un très grand talent, de mœurs irréprochables, distingués pour leurs services, habiles et attentifs à tout dans leur candidature. Célius, cependant, l’a emporté sur l’un d’eux à qui il était bien inférieur par la naissance, et qu’il ne surpassait presque par aucun autre avantage. Si donc vous ne négligez aucun des moyens que vous donnent et la nature, et les études auxquelles vous avez consacré votre vie ; si vous faites ce que prescrit, ce que veut la conjoncture, ce que vous pouvez, ce que vous devez, vous lutterez avec avantage contre des compétiteurs moins illustres par leur brillante naissance, que fameux par leurs vices. Se trouvera-t-il en effet un citoyen assez pervers pour vouloir, par un seul vote, tourner à la fois deux poignards contre la république ?

IV.

Après avoir exposé les avantages que vous possédez et ceux que vous pouvez acquérir pour rehausser la nouveauté de votre nom, je passe à l’importance de votre demande. Vous demandez le consulat : tous vous en jugent digne, beaucoup vous l’envient. Né dans l’ordre équestre, le poste auquel vous aspirez est le plus éminent de la république, et tel encore qu’il élève plus que toute autre personne l’homme à la fois irréprochable, éloquent et courageux. Ne pensez point que la considération que vous promet le consulat échappe à ceux qui ont déjà obtenu cette dignité. Quant aux rejetons de familles consulaires qui n’ont pas encore égalé les honneurs de leurs ancêtres, tous, je crois, hors ceux qui vous portent une affection extrême, sont jaloux de votre élévation. Parmi les hommes nouveaux parvenus à la préture, ceux que ne vous attache point la reconnaissance répugnent également à se voir surpassés par vous en dignité. Dans le peuple même, vous n’ignorez pas combien vous avez d’envieux ; combien de gens, par une habitude contractée dans ces derniers temps, sont peu portés en faveur des hommes nouveaux. Il est impossible encore que les causes que vous avez défendues ne vous aient pas fait quelques ennemis. Jugez enfin vous-même si, par votre zèle extrême pour l’élévation de Pompée, vous ne devez pas craindre de vous être aliéné certaines personnes. Aspirant à la première charge de l’état, et instruit que bien des affections individuelles peuvent vous être contraires, il vous est indispensable d’unir la politique et la prévoyance à la persévérance et à l’activité.

V.

Deux moyens de succès partagent les soins d’un candidat : le zèle de ses amis et la bienveillance du peuple. L’un est le prix des bienfaits, des services, de l’ancienneté des liaisons, de l’obligeance et de l’amabilité naturelle. Mais, dans la candidature, ce nom d’amis souffre une acception plus étendue que dans le reste de la vie : quiconque vous témoigne de la bonne volonté, de la considération, quiconque se montre fréquemment dans votre maison, doit être compté au nombre de vos amis. Mais rien ne sert davantage que d’être agréable et cher aux personnes que nous attache une cause plus respectable, telle que la parenté ou l’alliance, quelque liaison politique ou quelque obligation. Plus ensuite un homme vous voit intimement et vous approche dans votre intérieur, plus vous devez tâcher qu’il vous aime et qu’il désire votre succès. Inspirez le même sentiment aux citoyens de votre tribu, à vos voisins, à vos clients, à vos affranchis, à vos esclaves enfin ; car notre réputation au forum émane presque entière de propos domestiques. Acquérez, en un mot, des amis de toutes les classes ; pour l’éclat, des personnages qu’illustrent leurs noms et leurs dignités, et qui honorent leur candidat, lors même qu’ils ne travaillent point à lui obtenir des suffrages ; pour être à l’abri de l’injustice, des magistrats, tels surtout que les consuls et les tribuns du peuple ; pour réussir auprès des centuries, des hommes qui y jouissent d’un grand crédit. Attachez-vous et confirmez dans leur bonne volonté ceux qui peuvent payer des suffrages de leur centurie un bienfait qu’ils ont reçu ou qu’ils attendent de vous : car, de nos jours, des hommes accrédités sont parvenus, à force de soins et d’adresse, à pouvoir se promettre des citoyens de leurs tribus tout ce qu’ils leur demandent. Obtenez donc, par quelque moyen que ce soit, que de tels hommes vous servent de cœur et avec cette volonté efficacement prononcée. Si les hommes étaient aussi reconnaissants qu’ils doivent l’être, ces ressources vous seraient assurées. J’ose espérer même qu’elles ne vous manqueront pas, puisque, depuis deux ans, vous vous êtes acquis tous les gens attachés aux quatre citoyens les plus puissants dans nos comices, à M. Fundanius, à Q. Gallius, à C. Orcininus, à C. Cornélius. J’étais présent, lorsque leurs amis vinrent vous confier leur défense : je sais à quoi ils s’engagèrent, et ce qu’ils vous garantirent. Vous devez aujourd’hui exiger d’eux qu’ils remplissent leurs promesses : il faut les interpeller, les prier, les presser, et leur faire bien sentir qu’ils ne trouveront aucune autre occasion de se montrer reconnaissants. Le souvenir de ces services récents, l’espoir des services que vous pouvez encore leur rendre, les exciteront sans doute à seconder votre demande. En effet, celle-ci est étayée principalement par les affections que vous concilie la défense des accusés. Efforcez-vous de bien distribuer et de faire bien remplir son emploi à chacun de ceux que vous avez obligés ; et si, jusqu’à ce jour, vous n’avez, comme je le sais, rien exigé d’eux, qu’ils sentent que vous avez réservé pour le moment actuel tout ce que vous pouviez attendre de leur reconnaissance.

VI. Trois choses surtout nous acquièrent la bienveillance des hommes et les portent à briguer pour nous des suffrages : les bienfaits, l’espérance, l’affection volontaire ou née de la conformité de sentiments. Il faut donc examiner comment on doit mettre en œuvre chacun de ces moyens. Les moindres services suffisent pour engager les hommes à seconder un candidat : à plus forte raison ceux qui vous doivent leur salut (et ils sont nombreux) sentent que si, dans une occasion qui vous est personnelle, ils ne s’acquittent point envers vous, un blâme général les frappera sans retour. Il faut néanmoins les solliciter encore, et les induire à penser que vous pouvez, à votre tour, avoir des obligations à ceux qui vous en avaient eu jusqu’à présent. Ceux que vous attache l’espérance sont, de tous, les plus zélés et les plus actifs. Qu’ils vous voient toujours prêt et déterminé à les servir, toujours attentif aux soins qu’ils se donnent, toujours observateur exact et juste appréciateur des services que chacun vous rend. Quant à ceux qui, par choix, s’affectionnent à vous, employez, pour les confirmer dans cette disposition, et les remercîments, et les discours les plus appropriés aux motifs qui semblent déterminer chacun d’eux en votre faveur, et l’assurance d’une bienveillance réciproque, et enfin l’espoir de conduire cette première liaison jusqu’à l’attachement et l’amitié intime. Dans ces diverses classes d’hommes, discernez soigneusement ce que chacun peut faire, afin de savoir comment vous devez capter sa bienveillance, et ce que vous pouvez en espérer et en exiger. Il est des personnes très accréditées dans leurs cités et leurs municipalités ; il en est d’autres pleines d’activité et de moyens, qui, sans avoir auparavant recherché ce crédit, peuvent néanmoins sur-le-champ s’employer efficacement pour le candidat, objet de leur gratitude ou de leur bienveillance : il faut les cultiver toutes, de manière qu’elles voient bien que vous savez ce que vous devez attendre de chacune d’elles, que vous sentez ce que vous en recevez, que vous vous rappelez ce que vous en avez reçu. Il est, au contraire, des êtres sans crédit, ou même odieux dans leurs tribus, dépourvus de l’énergie ou du talent nécessaire pour se rendre utiles dans l’occasion. Distinguez-les soigneusement, de peur de fonder sur eux une espérance trop grande, à laquelle leurs faibles secours ne répondraient pas.

VII. Quoiqu’il soit nécessaire de se présenter assuré et soutenu d’affections déjà formées et consolidées, on peut néanmoins, dans la candidature même, acquérir des amis nombreux et utiles. Au milieu de tant de désagréments, cette position vous offre du moins l’avantage de pouvoir, sans honte, vous unir d’amitié avec qui vous voulez ; ce que vous ne sauriez faire le reste de la vie. Vous paraissez absurde, en toute autre occasion, si vous prodiguez l’offre de votre amitié. Si aujourd’hui vous ne la prodiguez pas, et très vivement, et à beaucoup de monde, personne ne vous croira au nombre des candidats. Or, j’ose l’affirmer, il n’est aucun homme, s’il ne tient par quelque affection à l’un de vos compétiteurs, dont vous n’obteniez facilement, dès que vous vous y efforcerez, qu’il mérite, pour ses services, votre amitié et votre reconnaissance, il suffira qu’il pense que vous attachez un grand prix à ses bons offices, que vous les ressentez sincèrement, qu’il les place bien, et que, de cette occasion, doit naître une amitié solide et durable, et non point passagère et bornée au temps des comices. Non, il n’y aura personne, pour peu qu’il ait de sentiments honnêtes, qui laisse échapper cette occasion offerte d’acquérir votre amitié, surtout lorsqu’un sort favorable ne vous donne pour concurrents que des gens dont l’amitié est à mépriser ou à fuir, et qui, loin d’atteindre le but que je vous propose, ne peuvent même y prétendre. Comment Antoine essayerait-il de rechercher ses concitoyens, et de se les attacher, lorsqu’il ne peut, de lui-même, les appeler par leurs noms ? Quoi de moins sensé que d’espérer qu’un homme que vous ne connaissez pas s’empressera à vous servir ? Pour faire porter aux honneurs un citoyen par des gens qu’il ne connaît pas et dont on n’a point capté les suffrages en sa faveur, le comble de la considération et de la gloire, et les plus grandes actions, suffisent à peine ; comment donc un homme méchant, inactif, noté d’infamie, pourrait-il, sans talent, sans crédit et sans amis, l’emporter sur vous, qu’étayent le zèle d’un grand nombre d’hommes et l’estime de tous, si vous ne vous rendiez coupable d’une impardonnable négligence ?

VIII. Sachez donc vous assurer de toutes les centuries par des affections nombreuses et variées. Recherchez d’abord ceux qui sont le plus près de vous, les sénateurs, les chevaliers, et les hommes actifs et accrédités dans les autres ordres de l’état. On trouve dans les tribus urbaines beaucoup d’hommes habiles, beaucoup d’affranchis adroits et influents au forum. Ceux d’entre eux que vous pourrez gagner, soit par vous-même, soit par des amis communs, travaillez de toutes vos forces à vous les concilier ; sollicitez-les, faites-les solliciter ; témoignez-leur qu’ils vous rendent le service le plus important. Occupez-vous ensuite de la ville entière, de toutes les corporations, des villages, des hameaux voisins. Si vous y intéressez en votre faveur les personnages principaux, vous pourrez, grâce à leur influence, compter sur le reste des citoyens. Ayez ensuite toujours présentes à la pensée et à la mémoire l’Italie entière et ses divisions, afin de ne pas laisser une municipalité, une colonie, une préfecture, un seul endroit où vous ne vous assuriez un appui suffisant. Cherchez même et découvrez des hommes de chacun de ces pays ; faites connaissance avec eux, captez et affermissez leur bienveillance, afin que parmi leurs compatriotes ils sollicitent des suffrages, et se fassent, pour ainsi dire, candidats en votre faveur. Ils vous désireront pour ami, dès qu’ils croiront que vous désirez leur amitié. Pour qu’ils n’en doutent pas, employez les discours les plus propres à le leur persuader. Les habitants des municipalités et de la campagne pensent être nos amis dès qu’ils nous sont connus de nom ; et s’ils croient encore pouvoir s’assurer en nous un appui, ils ne manquent point l’occasion de le mériter. Les candidats en général, et vos compétiteurs surtout, ne connaissent point ces hommes-là ; vous les connaissez déjà, et vous aurez peu de peine à les connaître parfaitement ; ce qui est essentiel pour vous les attacher. Mais quoique important, cela ne suffit pas, si vous ne leur donnez l’espoir d’être affectionnés et servis par vous ; si vous ne paraissez non seulement bon nomenclateur, mais encore ami reconnaissant. Inspirant ainsi le désir de vous servir aux hommes qui ont du pouvoir sur quelque portion de leurs concitoyens par des relations de municipalité, de cité ou de corporation et en même temps assuré, au sein des centuries, de ceux à qui l’expérience de la brigue donne un grand poids dans leurs tribus, vous pouvez concevoir des espérances bien fondées. Il vous sera, je crois, plus aisé encore de réussir auprès des centuries de l’ordre équestre. Il faut connaître tous les chevaliers (ils sont en petit nombre), vous les attacher : l’âge même des jeunes gens rend leur amitié plus facile à acquérir, et d’ailleurs vous rassemblerez sans peine autour de vous les sujets les plus distingués d’entre eux, et les plus amis de l’éloquence : enfin, vous êtes vous-même chevalier, et tous voteront dans le sens de leur ordre si vous avez soin de vous en assurer les centuries par l’affection de chaque individu, non moins que par le vœu de l’ordre entier. Et rien n’est plus utile à la fois et plus honorable que le zèle de ces jeunes gens qui escortent un candidat, et, parcourant les centuries, lui rapportent ce qui l’intéresse, et briguent pour lui les suffrages.

IX. Puisque j’ai parlé du cortège d’un candidat, j’observe qu’il est indispensable de réunir chaque jour près de vous une multitude d’hommes de toutes les classes, de tous les âges, et de tous les ordres. Leur affluence est le présage de ce que vous trouverez de crédit et de partisans dans les comices. Trois sortes de personnes la composent : les clients qui viennent vous saluer chez vous, ceux qui vous conduisent au forum, et ceux qui vous suivent partout. Aux premiers, qui prodiguent leur hommage à plus de monde, et qui, grâce à l’usage établi, sont les plus nombreux, montrez que vous attachez un grand prix à cette légère marque de considération ; prouvez à tous ceux qui viennent chez vous, que vous les remarquez ; témoignez-le à leurs amis, qui doivent le leur redire ; dites-le fréquemment à eux-mêmes. Souvent ainsi les hommes qui vont saluer plusieurs compétiteurs, s’ils en distinguent un plus attentif à leurs soins, se livrent à celui-là et abandonnent les autres ; et insensiblement, à leur hommage banal et peu sincère, succède, pour servir votre demande, un zèle exclusif et inébranlable. Si vous découvrez, ou si l’on vous fait apercevoir dans les promesses d’un client l’intention de vous tromper, ayez grand soin de dissimuler que vous le sachiez ou qu’on vous l’ait dit. Si quelqu’un veut se justifier, comme craignant de vous être suspect, affirmez que vous n’avez jamais eu, que vous ne devez point avoir de doute sur son affection ; car jamais celui qui se croit soupçonné par vous ne vous sera sincèrement attaché. N’en cherchez pas moins à pénétrer les intentions réelles de chaque individu, afin d’y proportionner votre confiance. Plus utiles que ceux qui se contentent de vous saluer chez vous, ceux qui vous conduisent au forum doivent recevoir le témoignage et la preuve que leurs services vous sont aussi plus agréables. Autant que vous le pourrez, descendez avec eux au forum à des heures réglées : l’affluence qui, tous les jours, y accompagne un candidat ajoute beaucoup à sa réputation. La troisième classe est celle des hommes qui vous escortent assidûment. A ceux qui le font volontairement, témoignez qu’un si éminent service vous inspire une éternelle reconnaissance. Exigez de ceux qui vous doivent cet office qu’ils ne vous quittent jamais, autant que le permettront leur âge et leurs affaires. Quand ils ne pourront vous accompagner, qu’ils chargent de ce soin les personnes qui leur sont attachées. Je désire vivement, et je crois très important pour votre succès, que vous paraissiez toujours au milieu d’une foule nombreuse. Ce qui vous acquerra une gloire et une considération immenses, c’est que l’on voie autour de vous ceux dont vous avez défendu les causes, et qui vous doivent leur salut et leur absolution dans les tribunaux. Puisqu’ils ne peuvent trouver aucune autre occasion de vous prouver leur gratitude, demandez-leur franchement ce service, pour récompense unique d’avoir conservé gratuitement, aux uns l’honneur, aux autres la fortune et la vie.

X. Cette partie de la candidature dépend tout entière du zèle de nos amis : je ne dois donc point passer sous silence les précautions qu’elle exige. Partout sont à craindre la ruse, les embûches, la perfidie. Ici sans doute serait déplacée l’interminable discussion des caractères auxquels on peut distinguer l’ami vrai du faux ami : il suffit, sur ce point, d’éveiller votre attention. L’excellence de vos vertus a forcé les mêmes hommes à vous porter envie et à feindre de vous aimer. Retenez donc ce précepte d’Epicharme :

Ne point croire légèrement,
Voilà le nerf de la sagesse.

Après vous être assuré les services de vos amis, il faut connaître les motifs et les diverses classes de vos ennemis et de vos adversaires. Vous en avez de trois sortes : ceux que vous avez offensés ; ceux qui vous haïssent sans cause ; ceux qui sont fortement attachés à vos compétiteurs. Auprès de ceux que vous avez offensés en plaidant contre eux pour un ami, excusez-vous de bonne foi sur la nécessité où vous étiez d’agir ainsi ; donnez-leur l’espoir, promettez-leur que, s’ils veulent devenir vos amis, vous soutiendrez leurs intérêts avec autant de zèle et d’activité. Pour guérir de leur prévention défavorable ceux qui vous haïssent sans cause, adoucissez-les par de bons offices, par des espérances, par l’assurance que vous chercherez à leur être utile. Les mêmes moyens vous serviront à l’égard de ceux que vous rend contraires leur amitié pour vos compétiteurs : montrez même pour ceux-ci de la bienveillance, si vous pouvez le faire avec quelque vraisemblance.

XI. Après avoir suffisamment parlé des moyens de vous assurer des amis, je dois traiter de l’autre partie de la candidature, qui a pour objet la faveur populaire. Elle se compose de la nomenclation, de la complaisance, de l’assiduité, de l’affabilité, de la renommée et de l’espoir public. Faites d’abord éclater le soin de bien connaître vos concitoyens, perfectionnez cette connaissance pour en faire chaque jour avec eux plus d’usage ; rien, suivant moi, ne leur sera plus agréable et ne vous rendra plus populaire. Gagnez ensuite sur vous de paraître agir naturellement dans ce qui est le plus éloigné de votre naturel. Quelque puissant que soit notre caractère, il semble néanmoins, pendant quelques mois que dure la candidature, pouvoir se ployer à des ménagements politiques. Ainsi, vous ne manquez pas de l’aménité qui convient à un homme bon et aimable ; mais vous avez ici besoin d’une sorte de complaisance qui, vicieuse et déshonorante dans le reste de la vie, est indispensable dans la candidature. Elle est coupable quand, par la flatterie, elle corrompt l’homme à qui elle s’adresse ; on doit moins la blâmer quand elle se borne à conquérir sa bienveillance : un candidat ne peut s’en passer, lui dont les traits, la physionomie, les discours, doivent se ployer aux idées et aux affections de tous ceux qu’il aborde. Il n’y a rien à prescrire concernant l’assiduité : le mot seul explique quel est ce devoir. Il est essentiel sans doute de ne pas s’absenter ; cependant l’assiduité ne consiste pas uniquement à être à Rome et dans la place publique, mais à solliciter sans cesse, à rechercher souvent les mêmes personnes, à empêcher qu’aucune ne puisse dire : Que m’importe ce qu’obtiendra ce candidat qui ne m’a rien demandé, qui ne demande point avec instance, avec énergie ? L’affabilité se répand dans un cercle immense : elle s’exerce d’abord dans notre intérieur ; et, vantée par nos amis, elle nous rend agréable à la multitude, quoiqu’elle ne puisse s’étendre jusqu’à elle. Votre affabilité paraîtra aussi par les festins que vous donnerez et que donneront vos amis dans divers quartiers et dans chaque tribu. Elle se manifestera enfin par vos bons offices que vous devez prodiguer, et, pour ainsi dire, rendre vulgaires. Que jour et nuit l’accès près de vous paraisse facile, moins encore par l’ouverture des portes de votre maison que par la sérénité de votre front et de vos yeux, qui sont les vraies portes de l’âme. Si votre physionomie exprime peu de bienveillance et de prévenance, il n’importe guère que vos portes demeurent ouvertes. Les hommes, surtout quand ils s’adressent à un candidat, veulent non seulement que l’on s’engage à les satisfaire, mais que l’on s’y engage en leur témoignant autant de zèle que de considération. Il ne vous sera pas malaisé sans doute, pour tout ce que vous devez faire, de témoigner que vous le ferez avec zèle et avec plaisir ; il vous le sera davantage (et ce conseil convient moins à votre caractère qu’à la circonstance) de refuser avec grâce ce que vous ne pouvez accorder : l’un est d’un homme bon, l’autre d’un candidat habile.

XII. Vous demande-t-on une chose que vous ne promettriez pas sans blesser l’honneur ou nuire à vos intérêts, par exemple, de plaider contre un ami ? Sachez refuser avec aménité, en vous excusant sur les devoirs de l’amitié ; témoignez que ce refus vous coûte ; assurez que, dans toute autre occasion, vous vous en dédommagerez. Un homme qui avait présenté sa cause à divers orateurs disait devant moi qu’il avait été plus agréablement refusé par l’un qu’accepté par l’autre. Ainsi l’on est plus sensible aux paroles et aux manières, qu’au service même et à la réalité. Il est possible encore de vous persuader sur ce point, mais il reste un précepte plus difficile à faire adopter à un platonicien tel que vous ; je dois pourtant ce conseil à votre position : l’homme que vous refusez de servir, parce que vos liaisons avec ses adversaires s’y opposent, peut vous quitter sans ressentiment et sans humeur ; si, au contraire, vous lui dites seulement, pour excuser votre refus, que vous êtes occupé tout entier des affaires de vos amis ou de causes plus importantes antérieurement entreprises, il se retire à coup sûr votre ennemi. Tels sont les hommes ; tous aiment mieux un mensonge qu’un refus. C. Cotta, cet homme consommé dans l’art de la brigue, disait qu’il promettait à tout lemonde tant qu’on ne lui demandait rien de contraire à son devoir, et qu’il s’acquittait envers ceux dont la reconnaissance lui semblait la plus avantageuse. « Si je ne refuse personne, ajoutait-il, c’est qu’il arrive souvent que celui qui a reçu ma promesse n’en réclame point l’exécution ; c’est souvent aussi que je me trouve moi-même plus de loisir que je ne l’avais espéré. On n’emplit point sa maison de clients, quand on n’accepte de causes qu’autant que l’on en croit pouvoir terminer ; le hasard faisant arriver celle sur laquelle on comptait le moins, et empêchant de suivre celle qui semblait la plus instante. Le plus grand risque enfin est d’offenser celui qu’a trompé votre promesse ; mais cet inconvénient est incertain, est éloigné, et ne s’étend qu’à peu de gens, tandis que vous promettez à tous. Par des refus, au contraire, vous indisposez certainement, et dès à présent, un plus grand nombre de personnes ; car les gens qui veulent pouvoir compter sur votre assistance sont plus nombreux que ceux qui en usent. Il vaut donc mieux offenser un jour, peut-être, quelques clients dans le forum, que tous, et sur-le-champ, dans votre maison. Les hommes sont plus irrités contre celui qui les refuse que contre celui qu’ils voient empêché, par une cause légitime, de tenir sa promesse, mais plein du désir d’y satisfaire aussitôt qu’il le pourra » .

Pour ne point m’écarter de mon plan, je dois, en traitant de la part qu’a la popularité dans la candidature, observer que les soins que je viens de vous prescrire influent moins encore sur le zèle de nos partisans que sur notre réputation parmi la multitude. Sans doute on enflamme ce zèle en répondant avec affabilité, en se livrant avec chaleur aux affaires et à la défense de ses amis : mais je discute ici ces moyens comme propres à vous concilier le peuple, à faire que votre maison se remplisse avant le jour, que beaucoup d’hommes s’attachent à vous par l’espoir de votre assistance, qu’ils vous quittent mieux disposés encore qu’ils n’étaient venus ; qu’enfin le plus grand nombre possible de citoyens entendent parler de vous de la manière la plus avantageuse.

XIII. Maintenant je dois parler de la renommée, à laquelle il faut attacher une grande importance. Mais, pour se la concilier, tous les moyens dont j’ai parlé sont les plus efficaces : la gloire de l’éloquence, l’affection des publicains et de l’ordre équestre, la bienveillance des nobles, un nombreux cortège de jeunes gens, les assiduités des citoyens que vous avez défendus, une foule d’habitants des municipalités accourus évidemment dans le dessein de vous servir. Obtenez que l’on dise et que l’on pense généralement de vous que vous connaissez tous les citoyens, que vous les interpellez d’une manière flatteuse ; que vous sollicitez continuellement et avec habileté ; que vous êtes affable et libéral. Faites que, longtemps avant le jour, votre maison soit remplie de clients, et qu’on y remarque en grand nombre des personnes de tous les rangs ; satisfaites beaucoup de gens par des services réels, et tous par vos discours ; parvenez enfin, comme cela est possible en unissant les soins et l’adresse à l’activité, non pas seulement à ce que votre réputation, par tous ces moyens, arrive jusqu’au peuple, mais à ce que le peuple même n’existe, pour ainsi dire, qu’au milieu des affections qui vous sont favorables. Il faut réchauffer aussi chez la multitude urbaine, et parmi ceux qui dominent dans les assemblées du peuple, cette popularité que vous avez conquise en travaillant à l’élévation de Pompée, en vous chargeant de la cause de Manilius, en défendant Cornélius ; popularité que personne encore n’a possédée, sans être assuré en même temps de la faveur et de l’opinion publiques. Tâchons surtout que tout le monde sache combien Pompée vous appuie, et combien importe à ses intérêts le succès de votre demande. Ayez soin enfin que toute votre candidature soit pompeuse, brillante, mémorable, populaire, et qu’elle unisse l’éclat à la dignité ; que même, s’il est possible, vos compétiteurs ne trouvent aucune occasion de faire tomber sur vous quelqu’un des soupçons de crimes, de débauches ou de coupables largesses, auxquels leurs mœurs les exposent. Mais ce qui est le plus désirable, c’est que l’estime générale fasse reposer sur vous l’espérance de la république. Non que vous deviez, dans la candidature, entreprendre de régir l’état au sénat et aux comices. Faites seulement que, d’après votre conduite antérieure, le sénat espère trouver en vous un défenseur de son autorité ; les chevaliers et les gens riches et pacifiques, d’après toutes vos actions, un ami de l’ordre et de la tranquillité publique ; la multitude (mais uniquement d’après la popularité de vos discours aux assemblées et dans les tribunaux), un magistrat qui ne sera point contraire à ses intérêts.

XIV. Voilà ce que j’avais à vous dire sur ces deux idées que, tous les matins, en descendant au forum, vous devez, je crois, méditer : Je suis un homme nouveau, je demande le consulat.

Reste la troisième idée : je suis dans Rome. Rome ! cette cité formée du concours des nations, où l’on rencontre tant d’embûches, tant de tromperies, tant de vices de tous genres ; où il faut supporter l’arrogance, l’obstination, la malveillance, l’orgueil, la haine et l’injustice de tant de personnes. Combien, au milieu de la corruption si grande et si variée d’un si grand nombre d’hommes, combien ne faut-il pas de prudence et d’art pour échapper aux pièges, aux bruits publics, au danger d’offenser ; pour que le même homme se ploie à une diversité si étrange de mœurs, de discours et d’inclinations ! Ainsi donc, et plus que jamais, suivez la route que vous avez choisie, excellez dans l’éloquence. A Rome, c’est l’éloquence qui attire et attache les hommes, et les détourne de vous repousser et de vous nuire. Mais comme le vice le plus grand peut-être de notre cité est que souvent les largesses y triomphent de l’honneur et du mérite, sentez sur ce point quelles sont vos forces ; songez que vous êtes l’homme le plus propre à inspirer à vos compétiteurs la crainte d’une accusation et d’un jugement. Qu’ils sachent que vous les surveillez, que vous les épiez ; qu’ils redoutent à la fois votre activité, le poids et l’éloquence de vos discours, et surtout le zèle de l’ordre équestre pour vos intérêts. Ce n’est pas que je vous invite à paraître à leurs yeux comme méditant déjà leur accusation, mais bien à la leur faire craindre assez pour prévenir de leur part des largesses criminelles. C’est ainsi qu’il faut user de toutes vos facultés, de toutes vos forces, pour obtenir l’objet de votre demande. Je n’ai jamais vu, en effet, de comices si achetés, où pourtant quelques centuries ne votassent gratuitement en faveur des candidats qu’elles affectionnaient le plus. Si donc nous apportons à cette affaire un soin proportionné à son importance ; si nous enflammons au plus haut degré le zèle de ceux qui nous sont attachés ; si, à chacun des hommes accrédités et bien disposés en notre faveur, nous savons assigner son emploi ; si nous menaçons de la loi nos compétiteurs ; si nous effrayons les dépositaires de leur argent ; et si, par quelque moyen, nous contenons dans le devoir les distributeurs des bulletins ; nous pouvons obtenir qu’il n’y ait point de largesses, ou qu’elles soient sans effet. Voilà ce que je n’ai pas cru savoir mieux que vous, mais pouvoir rassembler et écrire pour votre usage, plus facilement que vous ne le feriez au milieu des soins qui vous occupent. Quoique j’aie rédigé mes idées de manière à servir les autres candidats bien moins que vous seul et dans votre demande actuelle, dites-moi pourtant si vous y trouvez quelque chose à ajouter, à corriger, ou à retrancher ; car je veux que cet Essai sur la candidature acquière toute la perfection dont il est susceptible.