Exégèse des Lieux Communs/104

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Mercure de France (p. 181-182).

CIV

Qui n’entend qu’une cloche n’entend qu’un son.


Il semble puéril de conclure que le même individu qui entendrait une dizaine de cloches, par exemple, entendrait une dizaine de sons différents et antipathiques les uns aux autres. Pourtant c’est exactement ce que le Bourgeois veut dire.

Au fond il lui faut des cloches contradictoires, des cloches qui hurlent de sonner ensemble, des cloches sourdes qui ne s’entendent pas elles-mêmes. L’harmonie surnaturelle des carillons de nos églises l’exaspère et l’idiotifie. Observez-le, un jour de grande fête, au moment où les cloches sonnent à toute volée. Vous sentirez, vous verrez en lui la présence d’une bête qui se retourne et qui tressaille. Les cloches bénies vont atteindre, jusque dans les entrailles de cet homme, on ne sait quelles appétences mystérieuses vers l’anarchie. Car tel est le secret du Bourgeois. Il est anarchiste, mystérieusement, — dans les profondeurs.

Par là s’explique sa haine des cloches, lesquelles ne peuvent être consacrées que par un Évêque, annonciateur et démarcateur d’Unité divine. Une cloche unique, un son unique, auraient trop l’air de venir du ciel, et c’est pour cela qu’ils font peur.