Exégèse des Lieux Communs/106

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Mercure de France (p. 183-184).

CVI

Tout le monde a plus d’esprit que Voltaire.


Quand se décidera-t-on à fonder un prix de deux cent mille francs pour le malin qui dira ce que c’est que « tout le monde » ? Je ne le gagnerais pas, étant de ceux qui pensent que Voltaire, vu de pas bien haut, paraît avoir été aussi sot que tout le monde, ce qui jette peu de clarté sur la locution énigmatique.

Le Bourgeois, en sa qualité de suffragant universel, doit croire que Voltaire est avantagé par ce Lieu Commun, puisqu’il suppose qu’il n’a pas fallu moins que la masse entière, la totalité des hommes et des femmes pour bloquer plus d’esprit que n’en eut ce patriarche des imbéciles malfaisants.

Mais le sophisme est trop manifeste. Ce qui est demandé par le Bourgeois, c’est un niveau, rien de plus. Tout le monde, c’est lui-même, indéfiniment, au ras de la crotte, et il a raison d’imaginer Voltaire plus bas. Voltaire est son orifice excrémentiel.