Examen important de Milord Bolingbroke/Édition Garnier/Chapitre 16

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Examen important de Milord BolingbrokeGarniertome 26 (p. 242-243).
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CHAPITRE XVI.

DES FAUSSES CITATIONS ET DES FAUSSES PRÉDICTIONS DANS LES ÉVANGILES.

Pour encourager les premiers catéchumènes, il était bon de citer d’anciennes prophéties et d’en faire de nouvelles. On cita donc dans les Évangiles les anciennes prophéties à tort et à travers. Matthieu, ou celui qui prit son nom, dit[1] : « Joseph habita dans une ville qui s’appelle Nazareth, pour accomplir ce qui a été prédit par les prophètes : Il s’appellera Nazaréen. » Aucun prophète n’avait dit ces paroles ; Matthieu parlait donc au hasard. Luc ose dire, au chapitre XXI[2] : « Il y aura des signes dans la lune et dans les étoiles ; des bruits de la mer et des flots ; les hommes séchant de crainte attendront ce qui doit arriver à l’univers entier. Les vertus des cieux seront ébranlées, et alors ils verront le Fils de l’homme venant dans une nuée avec grande puissance et grande majesté. En vérité, je vous dis que la génération présente ne passera point que tout cela ne s’accomplisse[3]. »

La génération passa, et si rien de tout cela n’arriva, ce n’est pas ma faute. Paul en dit à peu près autant dans son épitre à ceux de Thessalonique[4] : « Nous qui vivons et qui vous parlons, nous serons emportés dans les nuées pour aller au-devant du Seigneur au milieu de l’air. »

Que chacun s’interroge ici ; qu’il voie si l’on peut pousser plus loin l’imposture et la bêtise du fanatisme. Quand on vit qu’on avait mis en avant des mensonges si grossiers, les Pères de l’Église ne manquèrent pas de dire que Luc et Paul avaient entendu, par ces prédictions, la ruine de Jérusalem. Mais quel rapport, je vous prie, de la prise de Jérusalem avec Jésus venant dans les nuées avec grande puissance et grande majesté[5] ?

Il y a dans l’Évangile attribué à Jean un passage qui fait bien voir que ce livre ne fut pas composé par un Juif. Jésus dit : «[6] Je vous fais un commandement nouveau, c’est que vous vous aimiez mutuellement. » Ce commandement, loin d’être nouveau, se trouve expressément, et d’une manière bien plus forte, dans le Lévitique[7] : « Tu aimeras ton prochain comme toi-même. »

Enfin, quiconque se donnera la peine de lire avec attention ne trouvera, dans tous les passages où l’on allègue l’Ancien Testament, qu’un manifeste abus de paroles, et le sceau du mensonge presque à chaque page.

  1. Matth., II, 23. (Note de Voltaire.)
  2. 25, 32.
  3. Voyez le Dîner du comte de Boulainvilliers (second entretien).
  4. IV, 17.
  5. On fut si longtemps infatué de cette attente de la fin du monde qu’aux vie, viie, et viiie siècles, beaucoup de chartres, de donations aux moines, commencent ainsi : « Christ régnant, la fin du monde approchant, moi, pour le remède de mon âme, etc. » (Note de Voltaire, 1771.)
  6. Jean, XIII, 34. (Id.)
  7. Lévitique, XIX, 18. (Id.)