Explication suivie des quatre Évangiles/Chapitre 3

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Chapitre 2 Chaîne d’or sur l’évangile de saint Jean Chapitre 4


CHAPITRE III



Versets 1-3.



S. AUG. (Traité 12 sur S. Jean.) L’Evangéliste venait de dire que pendant le séjour de Jésus à Jérusalem, beaucoup crurent en son nom, en voyant les prodiges et les miracles qu’il opérait. De ce nombre était Nicodème, un des pharisiens. — Bède : (pour la fête de l’inv. de la sainte croix.) Saint Jean nous fait connaître son rang et sa dignité : « C’était un des chefs des Juifs, ». et la démarche qu’il fit : « Il vint de nuit trouver Jésus. » Il désirait s’instruire plus à fond dans un entretien secret des mystères de la foi, dont les miracles publics du Sauveur lui avaient fait connaître les premiers éléments.




S. Chrysostome : (hom. 24 sur S. Jean.) Cet homme était encore esclave de la faiblesse judaïque, et il vient de nuit, parce qu’il craignait de faire de jour cette démarche. C’est ce même motif de crainte auquel l’Evangéliste fait allusion, lorsqu’il dit : « Cependant plusieurs d’entre les princes mêmes crurent en lui, mais à cause des pharisiens, ils ne le confessaient pas, de peur d’être chassés de la synagogue. » (Jn 12, 12.) — S. AUG. (Traité 12.) Nicodème était du nombre de ceux qui crurent en Jésus-Christ, mais qui n’avaient pas encore reçu une nouvelle naissance, et c’est la raison pour laquelle il vient de nuit. C’est à ceux qui sont nés de nouveau de l’eau et de l’Esprit saint, que l’Apôtre dit : « Vous avez été autrefois ténèbres, vous êtes maintenant lumière dans le Seigneur. » — HAYM. Cette démarche qu’il fait la nuit est parfaitement appropriée aux dispositions de son âme, encore couverte des ténèbres de l’ignorance, et privée de cette vive lumière qui le fit croire parfaitement au Dieu véritable ; car la nuit, dans la sainte Ecriture, est le symbole de l’ignorance : « Et il lui dit : Maître, nous savons que vous êtes un docteur envoyé de Dieu. » Le mot rabbi, en hébreu, a la même signification que le mot magister, (maître) en latin. Il donne à Jésus le nom de maître, et non celui de Dieu, parce qu’il le regardait comme envoyé de Dieu, mais sans croire encore à sa divinité.




S. AUG. (Traité 12.) Quel motif l’avait porté à croire ? le voici : « Car personne ne saurait faire les miracles que vous faites, si Dieu n’est avec lui. » Nicodème faisait donc partie de ce grand nombre de Juifs qui avaient cru au nom de Jésus, en voyant les miracles qu’il opérait. — S. Chrysostome : (hom. 24.) Cependant les prodiges ne lui donnent pas encore une bien haute idée de Jésus, il avait de lui une opinion toute humaine ; il en parle comme d’un prophète envoyé de Dieu pour une mission spéciale, et qui a besoin pour la remplir d’un secours étranger, bien que son Père, en l’engendrant de toute éternité, lui ait communiqué toute perfection, qu’il se suffise à lui-même, et n’ait rien en lui d’imparfait. Comme le dessein de Nôtre-Seigneur, pendant un certain temps, était moins de révéler sa divinité, que de persuader qu’il n’était en rien contraire à son Père, son langage est empreint de ménagements et de modération, tandis qu’il déploie dans toutes ses actions un pouvoir souverain. C’est pour cette raison qu’il ne révèle clairement à Nicodème rien de sublime sur sa personne ; mais il corrige seulement l’opinion peu relevée qu’il avait de lui, en lui apprenant qu’il n’a besoin de personne pour opérer ses miracles : « Jésus lui répondit : « En vérité, en vérité, je vous le dis, nul, s’il ne naît de nouveau, ne peut voir le royaume de Dieu. » — S. AUG. (Traité 12.) Voilà ceux à qui Jésus se fie, à ceux qui sont nés de nouveau, et ne viennent pas trouver Jésus de nuit, comme Nicodème. Jésus lui dit donc : « Nul, s’il ne naît de nouveau, » etc. — S. Chrysostome : (hom. 24.) Paroles dont voici le sens : Comme vous n’êtes pas encore né de nouveau par la génération spirituelle dont Dieu est l’auteur, la connaissance que vous avez de moi est loin d’être spirituelle, elle est toute charnelle et toute humaine. Or, je vous le déclare, ni vous, ni un autre, quel qu’il soit, ne pouvez, sans cette nouvelle naissance qui vient de Dieu, comprendre la gloire dont je suis environné, et vous restez nécessairement en dehors du royaume ; car la génération dont le baptême est le principe, répand les plus vives lumières dans l’âme. Un peut encore suivre cette version : « Nul, à moins d’être né, » etc., c’est-à-dire votre naissance ne vient pas d’en haut, si vous n’avez pas reçu une foi ferme et inébranlable aux vérités révélées, vous êtes hors de la voie, et loin du royaume des cieux. Nôtre-Seigneur parle ici de lui-même, et veut faire comprendre qu’il n’est pas seulement ce qu’il parait extérieurement, mais qu’il est besoin d’autres yeux pour le voir tel qu’il est. Suivant les uns, cette expression : d’en haut, signifie du ciel, suivant les autres, dès le commencement. Si les Juifs avaient entendu cette doctrine, ils auraient bien vite laissé Jésus eu se moquant de lui, mais Nicodème, en continuant d’interroger Jésus-Christ, fait paraître l’amour d’un vrai disciple pour son maître.




Versets 4-8.



S. Chrysostome : (hom. 24.) Nicodème, en venant trouver Jésus, ne voyait en lui qu’un homme, mais lorsqu’il l’entend exposer des vérités supérieures à l’intelligence de l’homme, son esprit s’efforce de s’élever à la hauteur de ces enseignements ; toutefois les ténèbres qui couvrent son esprit ne lui permettent pas de s’y maintenir, il est encore dans le doute et l’incertitude, et il objecte une espèce d’impossibilité, pour engager Nôtre-Seigneur à s’expliquer plus clairement. Deux choses surtout le jetaient dans l’étonnement : la nouvelle naissance et le royaume, choses inouïes et inconnues parmi les Juifs. Nicodème s’attache surtout à la première difficulté qui troublait le plus ses idées : « Et Nicodème lui dit : Comment un homme peut-il naître lorsqu’il est vieux ? Peut-il rentrer dans le sein de sa mère et naître de nouveau ? »




Bède : L’observation de Nicodème semble indiquer que dans sa pensée un enfant peut rentrer dans le sein de sa mère et naître de nouveau. Mais il faut se rappeler qu’il était déjà avancé en âge, et qu’il se donne lui-même comme exemple : Je suis déjà vieux, semble-t-il dire, je veux sincèrement arriver au salut, comment donc puis-je rentrer dans le sein de ma mère et y prendre une nouvelle naissance ? S. Chrysostome : (hom. 24.) Quoi, vous appelez Jésus, Maître et Docteur, vous reconnaissez qu’il est envoyé de Dieu, et vous ne recevez pas ses enseignements, et vous lui faites une question capable de porter le trouble dans les esprits ? Chercher la raison des choses est en effet le propre de ceux dont la foi est encore faible, et il en est beaucoup qui ont perdu la foi au milieu de ces recherches, les uns en demandant : Comment Dieu a-t-il pu s’incarner ? Les autres : Comment peut-il rester ainsi impassible ? C’est sous l’impression de cette incertitude d’esprit que Nicodème fait cette question : « Comment un homme peut-il ? » etc. Mais voyez dans quelles pensées ridicules tombent ceux qui veulent mêler leurs conceptions aux vérités surnaturelles. — S. AUG. (Traité 11 sur S. Jean.) C’est l’Esprit qui parle ici, et cet homme n’a que des idées charnelles ; il ne connaissait qu’une seule naissance, celle qui vient d’Adam et d’Eve, et n’avait aucune connaissance de celle qui vient de Dieu et de l’Église. Nous devons toutefois entendre la naissance spirituelle comme Nicodème entendait la naissance charnelle, car de même qu’on ne peut rentrer dans le sein de sa mère, on ne peut non plus recevoir une seconde fois le baptême.




S. Chrysostome : (hom. 24 sur S. Jean.) Nôtre-Seigneur, voyant que Nicodème ne pouvait s’élever au-dessus de la génération charnelle, lui explique plus clairement le mode de cette naissance toute spirituelle : « Jésus lui répondit : En vérité, en vérité, je vous le dis, nul, s’il ne renaît de l’eau et de l’Esprit saint, ne peut entrer dans le royaume de Dieu. » — S. AUG. (Traité 11) Paroles dont voici le sens : Vous ne pensez qu’à la génération charnelle, mais il faut que l’homme naisse de l’eau et de l’Esprit saint pour entrer dans le royaume de Dieu. Pour recueillir l’héritage de son père dans le temps, l’homme doit naître du sein d’une mère mortelle ; pour parvenir à l’héritage éternel de Dieu le Père, il doit prendre une nouvelle naissance dans le sein de l’Église. L’homme est composé de deux substances différentes, d’un corps et d’une âme ; cette naissance spirituelle a aussi un double mode d’action, l’eau qui est visible sert à purifier le corps, et l’Esprit saint, dont l’opération est invisible, purifie l’âme qui est également invisible. — S. Chrysostome : (hom. 24.) Si l’on me demande comment l’homme peut recevoir de l’eau une nouvelle naissance, je demanderai à mon tour comment Adam a pu naître de la terre ? Au commencement la matière première était simplement de la terre, et la formation d’Adam est tout entière l’œuvre du Créateur ; de même ici la matière est l’eau, mais cette nouvelle naissance est tout entière l’œuvre de l’Esprit de grâce. Dieu alors donna au premier homme le paradis terrestre pour habitation, il nous ouvre maintenant le ciel. Mais pourquoi l’eau est-elle nécessaire à ceux qui reçoivent l’Esprit saint ? Voici la raison de ce mystère, c’est que l’eau est le symbole d’opérations divines, de la sépulture, de la mortification, de la résurrection et de la vie. En effet, lorsque notre corps est plongé dans l’eau, le vieil homme est comme enseveli, il disparaît tout entier dans cette immersion, et reparaît ensuite tout renouvelé. C’est encore pour vous apprendre que la vertu du Père, du Fils et du Saint-Esprit, remplit toutes choses, et que Jésus-Christ attendit trois jours pour ressusciter. ( hom. 26.) L’eau est pour le fidèle comme le sein de la mère pour l’enfant, c’est dans l’eau que le chrétien reçoit la vie et sa forme. Mais l’enfant ne se développe que graduellement dans le sein de sa mûre, tandis que dans l’eau, le chrétien reçoit sa forme en un seul instant. Il est en effet dans la nature des corps de ne se développer et de n’atteindre leur perfection que progressivement. Il n’en est pas ainsi des natures spirituelles, elles sont parfaites aussitôt qu’elles existent. Depuis le jour où Nôtre-Seigneur est sorti des eaux du Jourdain, l’eau ne produit plus seulement des reptiles et des animaux privés de raison, mais des âmes spirituelles et raisonnables.





S. AUG. (du bapt. des enf., 1, 30.) Nôtre-Seigneur ne dit pas : Nul, s’il ne renaît de l’eau et de l’Esprit saint, n’obtiendra pas le salut ou la vie éternelle, mais : « N’entrera pas dans le royaume de Dieu, » et il en est qui concluent de ces paroles, qu’à la vérité les enfants doivent être baptisés pour être avec le Christ dans le royaume de Dieu, où ils ne peuvent entrer que par le baptême, mais qu’ils ne laissent pas, s’ils viennent à mourir sans baptême, d’obtenir le salut et la vie éternelle, parce qu’ils ne sont esclaves d’aucun péché. Mais pourquoi duc nouvelle naissance, si ce n’est pour produire un renouvellement complet de vie ? Ou quel sera l’obstacle qui empêchera l’image de Dieu, d’entrer dans le royaume de Dieu, si ce n’est le péché ?




HAYM. De si grands et de si profonds mystères étaient au-dessus de l’intelligence de Nicodème, aussi Nôtre-Seigneur cherche-t-il à se faire comprendre par une comparaison empruntée à la naissance charnelle : « Ce qui est né de la chair est chair, » etc., c’est-à-dire, de même que la chair engendre la chair, ainsi l’esprit engendre l’esprit. — S. Chrysostome : (hom. 26.) Elevez-vous donc au-dessus des choses sensibles, et n’allez point penser que l’esprit engendre la chair, car la chair elle-même du Sauveur n’a pas été produite par l’esprit seul, mais par la chair. Mais ce qui est né de l’esprit est spirituel, la naissance dont il est ici question n’est point celle qui produit la substance, mais celle qui lui donne l’honneur et la grâce. Si telle a été la naissance du Fils de Dieu, qu’a-t-il de plus que ceux qui ont eu part aussi à cette naissance ? Comment est-il le Fils unique de Dieu ? Car je suis ne aussi de Dieu, mais sans sortir de sa substance. Et s’il n’a point pour principe la substance même de Dieu, en quoi diffère-t-il de nous. Que dis-je ? Il serait même inférieur à l’Esprit saint, car cette nouvelle naissance n’a lieu que par la grâce de l’Esprit saint. Aurait-il donc besoin du secours de l’Esprit saint pour continuer à être le Fils de Dieu ? En quoi cette doctrine différerait-elle de la doctrine des Juifs ? Considérez ici la dignité de l’Esprit saint, l’Ecriture lui attribue les œuvres mêmes de Dieu, elle a dit plus haut : « Ils sont nés de Dieu. » Ici elle nous déclare que c’est l’Esprit saint qui les engendre. Nôtre-Seigneur voit que ces paroles : « Celui qui est né de l’esprit est esprit, jettent de nouveau le trouble dans les idées de ce pauvre pharisien, et il emprunte pour se faire comprendre un nouvel exemple aux choses sensibles : « Ne vous étonnez pas que je vous aie dit : Il faut que vous naissiez de nouveau, » paroles qui indiquent visiblement le trouble produit dans l’esprit de Nicodème. L’objet de la comparaison que choisit le Sauveur, n’appartient pas précisément au monde matériel, il n’atteint pas non plus la nature incorporelle ; ce terme de comparaison, c’est le vent : « Le vent souffle où il veut, vous entendez sa voix, mais vous ne savez d’où il vient ni où il va ; ainsi en est-il de tout homme qui est né de l’Esprit. » Voici l’explication de ces paroles : Rien ne peut arrêter le vent, il suit son impulsion naturelle, à plus forte raison l’action de l’Esprit saint ne pourra être entravée ni par les lois de la nature, ni par les bornes et les limites de la naissance corporelle, ni par aucun autre obstacle semblable. Qu’il soit ici question du vent, c’est ce que prouvent clairement les paroles suivantes : « Et vous entendez sa voix, » c’est-à-dire, le son dont il frappe les airs. Car le Sauveur n’eût point dit à un infidèle qui ne connaissait point l’action de l’Esprit saint : « Vous entendez sa voix. » Il ajoute : « Il souffle où il veut, » non pas que le vent se détermine par un choix libre et volontaire, mais parce qu’il suit l’impulsion qu’il a reçue de la nature, et que sa force n’est entravée par aucun obstacle : « Et vous ne savez d’où il vient, ni où il va, » c’est-à-dire, si vous ne pouvez connaître la voie que suit le vent dont vous entendez le son, et qui est sensible au toucher, comment pourriez-vous pénétrer les opérations de l’esprit de Dieu ? « Ainsi, ajoute Nôtre-Seigneur, est tout homme qui est né de l’Esprit. »




S. AUG. (Traité 12 sur S. Jean.) Mais qui de nous, par exemple, ne voit pas venir l’auster du midi au nord, ou un autre vent de l’orient à l’occident ? Dans quel sens donc ne savons-nous pas d’où il vient, ni où il va ? — Bède : (hom. pour l’Inv. de la sainte Cr.) C’est donc l’Esprit saint qui souffle où il veut, parce qu’il a le pouvoir de choisir l’âme qu’il veut combler de la grâce de sa présence et de ses lumières, et vous entendez sa voix, lorsque celui qui est rempli de l’Esprit saint, parle en votre présence. — S. AUG. (Traité 12.) Vous entendez le son des psaumes, le son de l’Evangile, le son de la parole divine, c’est la voix de l’Esprit saint. Nôtre-Seigneur s’exprime de la sorte, parce que l’Esprit saint anime invisiblement la parole et le sacrement, pour nous donner une nouvelle naissance. — ALCUIN. Vous ne savez d’où il vient, ni où il va, car alors même que l’Esprit saint descendrait en votre présence dans l’âme d’un de vos frères, vous ne pourriez voir ni comment il y est entré, ni comment il en sortirait, parce qu’il est invisible de sa nature. — HAYM. Ou bien encore, vous ne savez d’où il vient, parce que vous ignorez comment il conduit les hommes à la foi, ni où il va, parce que vous ne savez non plus comment il les élève jusqu’à l’espérance : « Ainsi est tout homme qui est né de l’Esprit, c’est-à-dire : L’Esprit saint est un esprit invisible, ainsi celui qui naît de l’esprit naît également d’une manière invisible. — S. AUG. (Tr. 12.) Ou bien, lorsque vous serez né vous-même de l’Esprit saint, vous serez une énigme pour celui qui n’a point encore eu part à cette naissance, il ne saura ni d’où vous venez, ni où vous allez. C’est pour cela que le Sauveur ajoute : « Ainsi en est-il de tout homme qui est né de l’Esprit. » — THEOPHYL. Quoi de plus propre à confondre Macédonius, cet ennemi de l’Esprit saint, qui ose enseigner que ce divin Esprit n’est qu’un serviteur, puisque d’après ces paroles, l’Esprit saint opère dans la plénitude de sa puissance, et agit là où il veut et comme il veut ?




Versets 9-12.



HAYM. Nicodême ne peut comprendre les mystères de la puissance divine que le Sauveur vient de lui révéler ; sans donc les révoquer en doute, il lui en demande la raison, non dans l’intention de le blâmer, il l’interroge dans le désir de s’instruire : « Nicodème lui répondit : Comment cela peut-il se faire ? »—S. Chrysostome : (hom. 26.) Il reste encore dans les basses régions du judaïsme et malgré la comparaison si claire qui lui a été donnée, il continue d’interroger, aussi Nôtre-Seigneur lui parle-t-il avec plus de sévérité : « Jésus lui dit : Vous êtes maître en Israël, et vous ignorez ces choses ? » — S. AUG. (Traité 12) Que signifient ces paroles ? L’intention de Nôtre-Seigneur est-elle de blesser ce maître en Israël ? Non, il voulait le faire naître de l’esprit. Or, l’humilité est la condition indispensable de cette naissance, puisque c’est l’humilité elle-même qui nous fait naître de l’esprit. Or, Nicodème était comme enflé de son titre de maître, et il se croyait un homme important, parce qu’il était docteur des Juifs. Nôtre-Seigneur réprime donc son orgueil, pour qu’il puisse naître de l’esprit. — S. Chrysostome : (hom. 26.) Il n’accuse pas ses mauvaises dispositions, il lui reproche seulement son ignorance et son défaut de jugement. Mais quel rapport, me demandera-t-on, pouvait-il y avoir entre cette naissance dont Jésus-Christ venait de parler et les croyances des Juifs ? Le voici : La création du premier homme, la formation de la femme d’une des côtes d’Adam, les femmes stériles qui sont devenues mères, les miracles dont l’eau a été l’instrument, Elisée faisant surnager le fer sur l’eau, les Juifs passant la mer Rouge à pied sec, Naamon le syrien guéri de la lèpre dans les eaux du Jourdain, étaient autant de symboles figuratifs de cette naissance spirituelle, et de la purification qu’elle produit dans l’âme. Les oracles des prophètes rendent à leur tour témoignage quoique d’une manière plus cachée à la manière dont s’accomplit cette naissance, par exemple dans ces paroles : « Votre jeunesse sera renouvelée comme celle de l’aigle ; » (Ps 12) « Bienheureux ceux dont les iniquités sont pardonnées. » (Ps 31) Isaac lui-même a été une figure de cette naissance. Voilà pourquoi Nôtre-Seigneur dit à Nicodème : « Vous êtes maître en Israël et vous ignorez ces choses ! » Le Sauveur donne une nouvelle preuve de la vérité de ses paroles en ajoutant par condescendance pour la faiblesse de ce pharisien : « En vérité, en vérité je vous le dis, nous disons ce que nous savons, et nous attestons ce que nous avons vu, et vous ne recevez pas notre témoignage. » La vue est pour nous le plus sûr de tous les sens, et si nous voulons convaincre quelqu’un de l’existence d’une chose, nous lui disons que nous l’avons vue de nos yeux. C’est pour cette raison que Nôtre-Seigneur, parlant à Nicodème un langage humain, lui donne pour motif de certitude qu’il a vu ce dont il parle. Il ne peut être ici question de la vue des yeux du corps, et il est évident que le Sauveur veut parler ici d’une connaissance des plus certaines et qui exclut jusqu’à la possibilité de l’erreur. Or, ces paroles : « Nous savons » s’appliquent ou à lui seul ou à son Père conjointement avec lui.




HAYM. Mais pourquoi dit-il au pluriel : « Nous savons ? » Nous répondons que c’était le Fils unique de Dieu qui parlait de la sorte et qu’il montrait ainsi comment le Père est dans le Fils, le Fils dans le Père, et comment le Saint-Esprit procède invisiblement de tous les deux. —ALCUIN. Ou bien il parle au pluriel en ce sens : Moi et tons ceux qui ont eu le bonheur de renaître de l’Esprit saint, nous comprenons ce que nous disons et ce que nous avons vu dans le sein du Père, nous l’attestons publiquement dans le monde, et vous qui êtes charnels et superbes, vous ne recevez pas notre témoignage. — THEOPHYL. Ce n’est point à Nicodème que s’appliquent ces paroles, mais à toute la nation juive qui persévéra jusqu’à la fin dans son incrédulité. — S. Chrysostome : (hom. 26.) Ce n’est non plus ni le mécontentement ni l’aigreur qui inspirent ces paroles à Nôtre-Seigneur, mais un sentiment de douceur et de bonté, ainsi nous apprend-il lorsque nos paroles n’auront point porté la persuasion dans les cœurs, à ne point nous laisser aller ni à la tristesse, ni à la colère, mais à rendre notre parole digne de foi, en évitant non-seulement la colère, mais les cris qui sont une cause de disputes. Jésus, sur le point de révéler des vérités sublimes, semble se retenir par égard pour la faiblesse de ses auditeurs, il ne s’élève pas aussitôt à ces vérités dignes de sa grandeur, mais traite de choses plus en rapport avec la disposition des esprits : « Si vous ne croyez pas lorsque je vous parle des choses qui sont sur la terre, comment croirez-vous lorsque je vous parlerai des choses qui sont dans le ciel ? » — S. AUG. (Traité 12.) C’est-à-dire, si vous ne croyez pas que je puisse relever le temple que vous aurez renversé, comment croirez-vous que les hommes puissent être régénérés par l’Esprit saint ? — S. Chrysostome : (hom. 27.) Ou bien encore, ne soyez point surpris, s’il appelle le baptême une chose terrestre, il l’appelle ainsi, parce qu’il se confère sur la terre, et qu’en comparaison de cette naissance étonnante qui fait sortir le Fils de la substance du Père, la naissance même spirituelle de la grâce est une chose terrestre. Et c’est avec raison qu’il ne dit pas : Vous ne comprenez point mais : « Vous ne croyez pas, » car qu’un homme ne puisse faire entrer une vérité dans son intelligence, c’est un signe de folie ou d’ignorance, mais qu’il refuse de donner son adhésion à une vérité qu’il doit simplement croire, ce n’est plus de la folie, c’est une incrédulité coupable. Nôtre-Seigneur révélait ces vérités bien que ceux qui entendaient refusaient de les croire, parce que plus tard elles devaient être crues d’une foi vive.




Versets 13.



S. AUG. (Du bapt. des enfants, 1, 31.) Après avoir relevé l’ignorance de ce pharisien qui s’élevait au-dessus des autres à cause de son titre de docteur, et blâmé l’incrédulité de ceux qui refusent de recevoir le témoignage de la vérité, Nôtre-Seigneur ajoute qu’il en est cependant qui croiront malgré l’incrédulité des autres, et à cette question : « Comment cela peut-il se faire ? » il répond : « Et personne n’est monté au ciel que celui qui est descendu du ciel, le Fils de l’homme qui est dans le ciel, » paroles dont voici le sens : L’effet de la génération spirituelle est de rendre les hommes célestes de terrestres qu’ils étaient, grâce qu’ils ne peuvent obtenir qu’en devenant mes membres, de manière que celui qui monte soit le même qui est descendu, c’est-à-dire que Nôtre-Seigneur regarde son corps ou son Église, comme lui-même. — S. GREG. (Moral,, 27, 11.) Comme nous sommes devenus une seule chose avec lui, il remonte seul avec nous dans le ciel d’où il est descendu seul en lui-même ; et ainsi celui qui reste toujours dans le ciel, ne cesse de monter tous les jours dans le ciel. — S. AUG. (Du bapt. des enfants.) Bien que ce soit sur la terre qu’il soit devenu Fils de l’homme, il n’a point jugé indigne de sa divinité qui est descendue jusqu’à nous de porter le nom de Fils de l’homme, tout en restant dans le ciel, de même qu’il a honoré son humanité du nom de Fils de Dieu, car l’unité de personne qui existe entre les deux natures fait qu’il n’y a qu’un seul Christ et fils de Dieu qui s’est rendu visible sur la terre, de même que le Fils de l’homme demeurait dans les deux. La foi a des mystères plus incroyables, prépare à croire des vérités moins difficiles ; car si la nature divine si éloignée de nous a pu cependant s’unir à la nature humaine, de manière à ne former qu’une seule personne ; il est bien plus facile de croire que les hommes sanctifiés ne fassent qu’un avec le Fils de Dieu fait homme, et que tandis que tous montent au ciel par un effet de sa grâce, il monte lui seul au ciel d’où il est descendu.




S. Chrysostome : (hom. 27.) Ou bien encore, comme Nicodème l’avait abordé en lui disant : « Nous savons que vous êtes un docteur envoyé de Dieu, » Nôtre-Seigneur veut détruire l’idée qui faisait de lui un maître à la manière des nombreux prophètes qui avaient paru sur la terre, et c’est pour cela qu’il ajoute : « Et personne n’est monté au ciel que celui qui est descendu du ciel, le Fils de l’homme qui est dans le ciel. » — THEOPHYL. Lorsque vous entendez dire que le Fils de l’homme est descendu du ciel, n’allez pas croire que la chair elle-même en est descendue, c’est là une erreur des hérétiques qui enseignaient que le Christ avait pris son corps dans le ciel, et n’avait fait que passer par le sein de la Vierge. — S. Chrysostome : (hom. 27.) La dénomination de Fils de l’homme ici ne comprend pas seulement la chair du Sauveur, mais désigne toute sa personne par celle des deux natures qui est inférieure. Maintes fois Nôtre-Seigneur la désigne tout entière sous le nom de sa divinité, ou sous celui de son humanité. — Bède : Qu’un homme descende sans vêtements du sommet d’une montagne dans une vallée, et qu’il remonte sur cette montagne après s’être revêtu de ses habits et de ses armes, on pourra dire avec raison que celui qui remonte est le même qui est descendu.




S. HIL. (De la Trin., 10.) Ou bien encore, entant qu’il est descendu du ciel, il est le principe de sa conception dans le sein de Marie, car ce n’est pas d’elle-même qu’elle a donné naissance au corps du Sauveur, bien qu’elle ait contribué pour toute la part naturelle à son sexe, nu développement et à l’enfantement de ce corps. Or, il est devenu le Fils de l’homme par suite de la chair qu’il a prise dans le sein de la Vierge. Il est dans le ciel en vertu de cette nature divine et immuable dont l’infinité ne fut jamais resserrée dans les limites étroites d’un corps matériel, mais qui, tout en demeurant par la puissance du Verbe, sous la forme d’un serviteur, ne laissa pas comme maître du ciel et de la terre d’être présent par son immensité dans toutes les parties de ce vaste univers. Il est donc descendu du ciel, parce qu’il est le Fils de l’homme, et il est dans le ciel, parce que le Verbe en se faisant chair n’a point perdu sa nature de Verbe de Dieu. — S. AUG. (Traité 12.) Vous êtes surpris qu’il soit à la fois sur la terre et dans le ciel, mais il communique le même privilège à ses disciples. Ecoutez, saint Paul : « Notre vie, dit le grand Apôtre, est dans les cieux. » Or, si saint Paul qui n’était qu’un homme vivait à la fois sur la terre et dans les cieux, le Dieu du ciel et de la terre ne pouvait-il pas être en même temps dans le ciel et sur la terre ? — S. Chrysostome : (hom. 27.) Voyez comme ce qui nous parait élevé est indigne de la grandeur du Fils de Dieu. Non-seulement il est dans le ciel, mais il remplit tout de son immensité. Cependant il condescend à la faiblesse de celui à qui il parle, et il l’élève peu à peu à des idées plus sublimes.

Versets 14-15.



S. Chrysostome : (hom. 27.) Le Sauveur vient d’exposer les grands bienfaits du baptême, il en découvre maintenant la cause, c’est-à-dire la croix : « Et comme Moïse a élevé le serpent, » etc. — Bède : Il fait titrer ce docteur de la loi mosaïque dans le sens spirituel de cette loi, et il lui rappelle un fait de l’ancienne histoire de sa nation qu’il lui présente comme la figure de sa passion et du salut du genre humain. — S. AUG. (du bap. des enf., 32.) Un grand nombre d’Israélites moururent par suite des morsures des serpents ; ce fut donc par ordre du Seigneur, que Moïse éleva dans le désert un serpent d’airain, et ceux qui le regardaient étaient aussitôt guéris. Ce serpent élevé, c’est le symbole de la mort de Jésus-Christ, avec cette particularité que c’est en qui produit le mal qui devient ici le signe de ce qui doit la réparer. C’est le serpent, en effet, qui a été l’auteur de la mort, en persuadant à l’homme le péché qui a été la cause de sa mort. Or, Notre-Seigneur n’a point transporté dans sa chair le péché qui était le venin du serpent, mais seulement la mort. Ainsi sa chair qui n’avait que la ressemblance du péché a souffert la peine séparée du péché, pour détruire dans la vraie chair du péché et la peine et la faute.




THEOPHYL. Considérez maintenant le rapport de la figure à la vérité. Ce serpent d’airain avait la forme d’un serpent sans en avoir le venin, et c’est ainsi que Nôtre-Seigneur est venu avec la ressemblance de la chair de péché, mais sans le moindre péché. Il a été élevé, c’est-à-dire suspendu dans les airs, pour sanctifier l’air après avoir sanctifié la terre par les qu’il y avait imprimés. On peut encore entendre par cette élévation la gloire de Jésus-Christ ; car cette élévation de la croix sur laquelle il a été attaché, est devenue la gloire du Sauveur. Il veut être jugé par les hommes, et la sentence qu’ils prononcent contre lui devient le jugement qu’il porte lui-même contre le prince du monde. Adam a été soumis justement à la mort, parce qu’il a péché, mais le Seigneur, en souffrant injustement la mort, a triomphe de celui qui l’avait livré à la mort et a délivré ainsi Adam de la mort. Mais le démon s’est trouvé complètement vaincu ; car il n’a pu inspirer au Sauveur attaché sur la croix aucun sentiment de haine contre, ceux qui crucifiaient ; au contraire, son amour pour eux semblait s’en accroître, et le portait à prier son Père pour eux. C’est ainsi que la croix de Jésus-Christ est devenue son exaltation et sa gloire. — S. Chrysostome : (hom. 27.) Nôtre-Seigneur ne dit pas : Il faut que le Fils de l’homme soit suspendu, mais : « Il faut qu’il soit élevé, » cette dernière expression est plus convenable, et le Sauveur s’en sert pour montrer le rapport intime de l’Ancien Testament avec le Nouveau, nous apprendre que ce n’est point malgré lui qu’il a souffert la mort, et que cette mort a été pour un grand nombre un principe de vie et de salut.




S. AUG. (du bapt. des enf.) Ceux qui regardaient le serpent d’airain élevé dans les airs, étaient guéris de la maladie, et délivrés de la mort ; de même celui qui reproduit en lui la ressemblance de la mort de Jésus-Christ en croyant en lui et en recevant le baptême, est délivré tout à la fois du péché par la justification, et de la mort par la résurrection. C’est ce que le Sauveur exprime par les paroles suivantes : « Afin que tout homme qui croit en lui ne périsse point, mais qu’il ait la vie éternelle. » Quel besoin pour l’enfant de reproduire en lui la mort de Jésus-Christ par le baptême, si son âme n’était point infectée par la morsure du serpent ?




S. Chrysostome : (hom. 27.) Il n’est pas sans intérêt de remarquer que Vôtre-Seigneur jette comme un voile sur sa passion, pour ne point répandre la tristesse dans l’âme de celui qui l’écoutait ; mais il parle ouvertement du fruit de sa passion ; car si ceux qui croient au crucifié ne périssent pas, à plus forte raison celui qui a été crucifié ne doit point périr.




S. AUG. (Traité 12 sur S. Jean.) Il y a cette différence entre la figure et la réalité, que les Israélites étaient guéris de la mort pour cette vie temporelle, tandis que les autres le sont pour la vie éternelle.




Versets 16-18.



S. Chrysostome : (hom. 27.) Nôtre-Seigneur venait de dire : « Il faut que le Fils de l’homme soit élevé, » paroles qui sont une prédiction voilée de sa mort, il craint donc qu’elles ne jettent la tristesse dans l’âme de Nicodème, qu’elles ne lui donnent de sa personne, une idée toute humaine, et ne lui fassent regarder la mort comme le terme définitif de son existence ; il redresse donc ses idées, en lui enseignant que c’est le Fils de Dieu qui est livré à la mort, et que sa mort a été la cause de la vie éternelle. Il ajoute donc : « C’est ainsi que Dieu a aimé le monde, qu’il lui a donné son Fils unique. » Ne soyez donc pas surpris, s’il est nécessaire que je sois élevé en croix pour votre saint, telle est la volonté de mon Père, qui vous a aimés à ce point, de livrer son Fils pour des serviteurs ingrats et impies : « C’est ainsi que Dieu a aimé le monde ! » Il ne pouvait exprimer plus fortement la grandeur de cet amour ; car ces deux termes : Dieu et le monde, sont sépares par une distance infinie. En effet, c’est celui qui est immortel, qui est sans commencement, dont la grandeur est infinie, qui a aimé ceux qui sont sortis de la terre et de la cendre, et qui sont pleins de péchés innombrables. Mais ce qui suit exprime plus fortement encore cet amour : Ce n’est pas un serviteur, ce n’est pas un ange, ce n’est pas un archange, c’est son propre Fils qu’il a donné. S’il eût eu plusieurs fils, et qu’il en eût sacrifié un, ce serait déjà la preuve d’un amour immense, mais c’est son Fils unique qu’il nous a donné. — S. HIL. (de la Trin., 6.) Donner une créature à une autre créature, est un témoignage d’amour, et cependant le don d’une chose de si peu d’importance, et que nous devons bientôt perdre, n’a pas grand mérite. Les présents d’un grand prix attestent une charité plus étendue, et les grands dons sont la preuve d’un grand amour. Dieu a aimé le monde, et lui a donné non pas un fils adoptif, mais son Fils unique, son Fils propre, son Fils par naissance, son Fils véritable. Ce n’est point ici un fils par création, par adoption, un fils qui ne le serait pas en réalité. Quel plus grand témoignage d’amour et de charité que d’avoir donné pour le salut du monde un Fils, son Fils propre, son Fils unique !




THEOPHYLACTE. Notre-Seigneur a dit plus haut que le Fils de l’homme est descendu du ciel, bien que la chair n’en soit point descendue ; et il s’exprime de la sorte, parce qu’en vertu de l’unité de personne qui est en Jésus-Christ, il attribue à l’homme toutes les propriétés de la nature divine. De même ici, il attribue au Verbe de pieu les propriétés de la nature humaine. En effet, le Fils de Dieu est toujours demeuré impassible, mais comme en vertu de l’union hypostatique le Fils de Dieu et l’homme qui a souffert la mort ne faisaient qu’une seule personne, on dit que le Fils de Dieu a été livré à la mort, parce qu’il a souffert véritablement, non pas dans sa propre nature, mais dans la chair qu’il s’était rendue propre. Or, les plus grands avantages découlent pour nous de ce don qui dépasse la portée de l’esprit humain. Ecoutez la suite : « Afin que tout homme qui croit en lui, ne périsse pas, mais qu’il ait la vie éternelle. » En effet, l’Ancien Testament promettait aux fidèles observateurs de la loi de longs jours sur la terre, l’Evangile promet une vie impérissable et éternelle.




Bède : Remarquez que Nôtre-Seigneur applique au Fils unique de Dieu les mêmes paroles qu’il avait dites précédemment du Fils de l’homme élevé sur la croix : « Afin que tout homme qui croit en lui, » etc., parce qu’en effet, notre Créateur et notre Rédempteur, le Fils de Dieu qui existe avant tous les siècles, s’est fait homme à la fin des siècles. Il nous avait créés par un acte de sa puissance divine pour jouir de la félicité de la vie éternelle, il nous a rachetés par la faiblesse de la nature humaine qu’il s’est unie pour nous remettre en possession de la vie que nous avons perdue.




ALCUIN. On ne peut douter que le Fils de Dieu ne donne la vie au monde, puisque c’est l’unique raison pour laquelle il est venu en ce monde, comme il le déclare lui-même : « Car Dieu n’a pas envoyé son Fils dans le monde pour juger le monde, » etc. — S. AUG. (Traité 12 sur S. Jean.) Pourquoi a-t-il été appelé le Sauveur du monde, si ce n’est parce qu’il devait sauver le monde ? Le médecin a donc fait tout ce qui dépendait de lui pour guérir le malade et celui qui ne veut pas suivre les prescriptions du médecin, ne doit attribuer sa mort qu’à lui-même. — S. Chrysostome : (hom. 28.) Il est beaucoup d’âmes lâches et sans force qui, pour multiplier plus librement leurs transgressions et s’endormir au sein de la plus profonde indifférence, abusent de la miséricorde de Dieu, et s’autorisent de ces paroles du Sauveur pour dire : « Il n’y a point d’enfer, il n’y a point de supplice, Dieu nous pardonne tous nos péchés. » II faut donc nous rappeler qu’il y a deux avènements de Jésus-Christ : le premier, qui est accompli ; le second, qui doit avoir lieu plus tard. Le premier a eu pour objet, non pas de juger nos crimes, mais de nous les pardonner ; dans le second, Nôtre-Seigneur viendra, non plus pour pardonner, mais pour juger. C’est du premier de ces deux avènements qu’il dit : « Je ne suis pas venu pour juger le monde. » Comme il est la bonté même, il ne veut pas juger, il nous remet tous nos péchés dans le baptême d’abord, et ensuite dans le sacrement de pénitence ; et s’il avait agi autrement, tous les hommes auraient péri sans exception, car tous ont péché, et ont besoin de la grâce de Dieu. Mais que personne ne s’autorise de ces paroles pour pécher avec impunité, et qu’il apprenne quel sera le châtiment de celui qui ne croit pas : « Il est déjà jugé. » Il dit précédemment : « Celui qui croit, n’est pas condamné, » remarquez, celui qui croit, non pas celui qui cherche avec curiosité. Mais qu’en sera-t-il de ceux dont la vie aura été souillée par le crime ? Saint Paul déclare qu’ils ne sont pas au nombre des vrais fidèles : « Ils font profession, dit-il, de connaître Dieu, mais ils le renoncent par leurs œuvres. » (Tite, 1, 16.) Ces paroles signifient que celui qui croit ne sera pas jugé sur le point de la foi, il sera puni plus sévèrement pour les crimes qu’il aura commis, mais il ne le sera pas pour les crimes d’infidélité dont il n’est point coupable. — ALCUIN. Ou bien encore, celui qui croit en lui, et s’attache à lui comme le membre à son chef, ne sera pas jugé.




S. AUG. (Traité 12.) Mais que va-t-il dire de celui qui ne croit pas, et quelle sentence attendez-vous de sa bouche, si ce n’est qu’il est jugé ? Ecoutez, en effet, ce que dit le Sauveur : « Celui qui ne croit pas est déjà jugé. » Le jugement n’a pas encore été rendu public, mais il a déjà eu lieu, car le Seigneur connaît ceux qui lui appartiennent, il connaît ceux à qui est réservée la couronne et ceux qu’attendent les flammes éternelles. — S. Chrysostome : (hom. 28.) Ou bien encore, il s’exprime de la sorte, parce que l’incrédulité est elle-même un châtiment pour l’âme impénitente, car quel plus grand supplice eu soi que d’être placé en dehors de la lumière ? Ou bien Notre-Seigneur ne fait que prédire ce qui doit arriver : celui qui s’est rendu coupable d’homicide avant même la sentence du juge qui le condamne, est déjà condamné par la nature même de son crime ; il en est de même de l’incrédule, et c’est ainsi qu’Adam mourut le jour où il mangea du fruit de l’arbre de la science du bien et du mal.




S. GREG. (Mor., 26, 20.) On peut encore donner cette explication. Au dernier jugement, il en est qui périront sans être jugés, et c’est d’eux qu’il est dit ici : « Celui qui ne croit pas est déjà jugé, » car alors on ne discutera pas la cause de ceux qui se présenteront devant le tribunal du Juge sévère avec la condamnation que leur aura méritée leur incrédulité ; ce sont ceux qui ont toujours professé la vraie foi, mais dont les œuvres ne seront pas conformes à la foi qui seront jugés et condamnés. Quant à ceux qui n’ont jamais cru aux mystères de la foi, ils n’entendront point les reproches du juste Juge au dernier jour, ils ont été jugés par avance au milieu des ténèbres de leur incrédulité, et ils ne méritent même pas d’être convaincus et condamnés par celui qu’ils ont dédaigné de connaître. Le prince qui se trouve à la tète d’un royaume, punit différemment un de ses sujets coupables, et l’ennemi qui l’attaque au dehors ; pour le premier, il examine et discute ses droits ; quant à l’ennemi, il lui déclare la guerre, et lui inflige le châtiment que mérite sa méchanceté sans examiner les prescriptions de la loi contre son crime, car pourquoi punir au nom de la loi celui qui n’a jamais pu se soumettre à la loi ?




ALCUIN. Mais pour quelle raison celui qui ne croit point est-il déjà jugé ? La voici : « Parce qu’il ne croit point an nom du Fils unique de Dieu, » car c’est par ce nom seul qu’on peut être sauvé. Dieu n’a pas un grand nombre de Fils qui puissent sauver, il n’a que ce Fils unique pour être le Sauveur des hommes. — S. AUG. (du bapt. des enf., chap. 33.) Où donc placerons-nous les enfants qui ont reçu le baptême, si ce n’est parmi ceux qui ont fait profession de la foi chrétienne ? c’est une grâce qui leur est acquise, et par la vertu du sacrement, et par l’engagement que contractent ceux qui les présentent. Par la même raison, nous plaçons les enfants qui n’ont pus été baptisés parmi ceux qui n’ont pas eu la foi.

Versets 19-21.



ALCUIN. Nôtre-Seigneur fait connaître à la fois la cause de l’incrédulité des hommes et celle de leur condamnation : « Or, la cause de cette condamnation est que la lumière est venue dans le monde, » etc. — S. Chrysostome : (hom. 28.) C’est-à-dire, ils n’ont eu besoin ni de recherches, ni d’efforts pour trouver la lumière, la lumière elle-même est venue vers eux sans qu’ils aient été à sa rencontre : « Et ils ont mieux aimé les ténèbres que la lumière. » Voilà ce qui rend les hommes tout à fait inexcusables. Le Sauveur est venu les arracher aux ténèbres et les conduire à la lumière, comment donc peut-on avoir pitié de celui que la lumière vient trouver et qui refuse de s’approcher de cette lumière ?




Bède : Cette lumière, c’est Nôtre-Seigneur lui-même, dont l’Evangéliste a dit plus haut : « Il était la vraie lumière, » etc. (Jean, 1.) Les ténèbres sont les péchés. — S. Chrysostome : (hom. 28.) Cette haine de la lumière devait paraître une chose incroyable pour plusieurs (car il n’est personne qui préfère les ténèbres à la clarté), il fait donc connaître la cause de cet aveuglement : « Car leurs œuvres, ajoute-t-il, étaient mauvaises. » S’il était venu pour juger les hommes, cette haine de la lumière aurait eu quelque raison, car celui qui a conscience de ses crimes, cherche à fuir le juge qui doit le condamner, mais les coupables se présentent sans crainte devant celui qui n’a pour eux que des paroles de pardon. Quoi de plus naturel donc pour les hommes dont la conscience était chargée de si grands crimes, d’aller au-devant du Sauveur, qui leur apportait le pardon ? C’est ce que plusieurs ont fait, et nous voyons les publicains et les pécheur ; venir s’asseoir à la même table que Jésus. Mais il en est dont la mollesse est si grande, que leurs mains tombent de langueur devant les travaux de la vertu, et qu’ils persévèrent dans le mal jusqu’à la fin de leur vie ; Nôtre-Seigneur flétrit ouvertement cette lâcheté : « Quiconque fait le mal, hait la lumière, » ce qui est vrai de ceux qui veulent obstinément persévérer dans le mal. — ALCUIN. « Tout homme qui fait le mal hait la lumière, c’est-à-dire, que celui qui est dans la résolution de pécher, qui aime le péché, hait par-là même la lumière qui découvre le péché. — S. AUG. (Confess., 10, 23.) Les hommes ne peuvent souffrir d’être trompés, et ils veulent tromper, voilà pourquoi ils aiment la lumière quand elle se découvre, et la détestent quand elle les découvre eux-mêmes. La juste punition de cet aveuglement sera que la lumière les mettra en évidence malgré eux, pendant qu’elle-même leur sera cachée. Ils aiment donc la lumière de la vérité, mais ils ne peuvent souffrir ses censures : « Et il ne vient point à la lumière, de peur que ses œuvres ne soient découvertes. » — S. Chrysostome : (hom. 28.) On ne songe point à reprendre de ses vices celui qui vit dans l’idolâtrie, les dieux qu’il adore sont esclaves des mêmes vices, et ses œuvres sont conformes à ses croyances. Les disciples de Jésus-Christ, au contraire, qui mènent une vie déréglée, sont accusés par tous les gens de bien ; mais y a-t-il des païens qui soient vraiment vertueux ? Je n’en connais point quant à moi. Ne me citez pas, en effet, des hommes qui sont naturellement doux et honnêtes (ce n’est point là de la vertu), mais montrez-moi un homme qui soutient un rude combat contre ses passions, et vit selon les règles de la sagesse, cela vous est impossible. La promesse d’un royaume éternel, la menace de l’enfer, et tant d’autres vérités non moins importantes suffisent à peine pour retenir les hommes dans la pratique du bien, comment voulez-vous que ceux qui n’ont aucune de ces convictions aient quelque ardeur pour la vertu ? Vous rencontrez peut-être chez quelques-uns d’entre eux des vertus apparentes, qui n’ont pour motif que l’amour de la gloire. Aussi dès qu’ils peuvent espérer qu’ils ne seront point découverts, ils ne se font aucun scrupule de suivre tous leurs mauvais désirs. Or, à quoi leur sert d’être tempérants, de ne point ravir le bien d’autrui, s’ils sont esclaves de la vaine gloire ? Ce n’est point là de la vertu, l’esclave de la vaine gloire n’est pas moins coupable que le fornicateur, et cette passion lui fait commettre des fautes, et plus nombreuses et plus graves. Mais admettons qu’il y ait chez les païens quelques hommes vertueux, cela ne contredit nullement ce que nous disons, parce que ces hommes vertueux sont rares et forment l’exception.




Bède : Dans le sens moral, ceux qui préfèrent les ténèbres à la lumière, sont ceux qui poursuivent de leur haine et de leurs calomnies, les prédicateurs qui leur enseignent la saine doctrine.




« Mais celui qui fait la vérité vient à la lumière, afin que ses œuvres apparaissent. » — S. Chrysostome : (hom. 28.) Nôtre-Seigneur ne veut point parler ici de ceux qui sont devenus chrétiens dès le commencement, mais uniquement de ceux qui, parmi les Juifs et les Gentils, devaient embrasser la vraie foi, et il veut nous enseigner qu’il est impossible à celui qui vit dans l’erreur, de prendre la résolution d’embrasser la vraie foi, à moins d’être décidé tout d’abord à mener une vie vertueuse et pure. — S. AUG. (du bapt. des enf.) Nôtre-Seigneur dit que les œuvres de celui qui vient à la lumière sont faites en Dieu, parce qu’il comprend que sa justification est l’œuvre, non de ses mérites, mais de la grâce de Dieu.




S. AUG. (Traité 12 sur S. Jean.) Mais si Dieu a trouvé mauvaises toutes les œuvres des hommes, comment se fait-il que quelques-uns ont obéi à la vérité, et sont venus à la lumière qui est Jésus-Christ ? « Ils ont mieux aimé, dit plus haut le Sauveur, les ténèbres que la lumière, » là est le point important. Il en est beaucoup qui ont aimé leurs péchés, il en est beaucoup qui les ont confessés. Dieu accuse vos péchés, si vous les accusez vous-même, vous faites cause commune avec Dieu. Il faut que vous haïssiez en vous ce qui est votre œuvre, et que vous aimiez en vous l’œuvre de Dieu. Le commencement des bonnes actions, c’est de confesser les mauvaises : alors vous faites la vérité, vous ne vous écoutez pas, vous ne vous flattez pas ; vous approchez volontiers de la lumière, car jamais votre péché ne vous déplairait, si Dieu ne faisait briller sa lumière à vos yeux et ne vous découvrait sa vérité. Or, on peut se placer dans la vérité de la confusion et s’approcher de la lumière par la pratique des bonnes œuvres, même quand il ne s’agit que de ces péchés légers de paroles ou de pensées, ou de l’usage immodéré des choses permises, parce qu’en effet, ces péchés légers, s’ils se multiplient et qu’on n’y fasse aucune attention, donnent la mort. Bien petites sont les gouttes d’eau qui remplissent le fleuve, bien petits sont les grains de sable, et cependant, ayez à porter une masse de grains de sable, c’est un poids qui vous écrasera. Une ouverture qu’on néglige dans la cale d’un vaisseau, produit les mêmes effets qu’une masse d’eau qui fait irruption ; cette eau entre peu à peu dans la cale, mais à force d’entrer sans qu’on songe à l’épuiser, elle coule à fond le vaisseau. Or, au sens moral, épuiser l’eau c’est empêcher par nos bonnes œuvres, par nos gémissements, nos jeûnes, nos aumônes, le pardon des injures, que nous ne soyons accablés sous le poids écrasant de nos fautes.




Versets 22-26.



S. Chrysostome : (hom. 29.) Rien qui marche plus à découvert, comme aussi rien de plus fort que la vérité ; elle ne cherche pas à se cacher, elle ne craint aucun danger, ne redoute aucune embûche, elle ne désire point la gloire que donne le grand nombre, et n’est soumise à aucune des faiblesses humaines. C’est ainsi que Nôtre-Seigneur venait à Jérusalem aux jours de fête, non pour se produire ou par amour de la gloire, mais pour communiquer à un plus grand nombre ses divins enseignements, et opérer des miracles dans leur intérêt. Après que les fêtes étaient passées, il se rendait ordinairement sur les bords du Jourdain, où une foule considérable se réunissait : « Après cela, Jésus vint avec ses disciples dans la terre de Judée, » etc. — Bède : Ces paroles : « Après cela, » ne signifient pas immédiatement après l’entretien avec Nicodème, qui eut lieu à Jérusalem ; et il s’écoula un certain espace de temps, avant que Jésus revînt de la Galilée en Judée.

ALCUIN. Le mot Judée signifie ceux qui confessent et qui reçoivent la visite de Jésus-Christ, car là où il trouve la confession des péchés ou des louanges divines, Jésus s’y rend avec ses disciples (c’est-à-dire suivi de sa doctrine et de ses lumières), et il demeure dans cette âme pour la purifier de ses crimes : « Et il y demeurait avec eux et il baptisait. » — S. Chrysostome : (hom. 29.) Gomme l’Evangéliste déclare plus bas que Jésus ne baptisait pas, mais ses disciples, il est évident qu’il faut entendre également que ses disciples seuls baptisaient. — S. AUG. (Traité 13 sur S. Jean.). Le baptême que donnait le Sauveur après qu’il fut baptisé n’était pas celui qu’il avait reçu ; il avait voulu être baptisé par son serviteur pour nous tracer la voie de l’humilité et nous conduire jusqu’au baptême du Seigneur, c’est-à-dire à son baptême, mais Jésus baptisait comme étant lui-même Seigneur, le Fils de Dieu.




Bède : Jean continue de baptiser alors même que Jésus baptise, les ombres ne sont pas encore entièrement dissipées, et le précurseur ne doit cesser son ministère que lorsque la vérité se manifestera dans tout son jour : « Or, Jean baptisait à Ænon, » etc. Ænon veut dire eau, en hébreu et l’Evangéliste donne pour ainsi dire la signification de ce nom en ajoutant : « Parce qu’il y avait là beaucoup d’eau. » Salem est une petite ville située sur les bords du Jourdain, et où Melchisédech régna autrefois. —S. JER. (Lettre 126 à Evagr.) Peu importe qu’on dise Salem ou Salim, les Hébreux emploient très rarement les voyelles au milieu des mots, et les mêmes mots ont une prononciation et un accent tout différents suivant la volonté personnelle des lecteurs ou la diversité des pays.




« Et plusieurs y venaient se faire baptiser. » — Bède : Le baptême de Jean avait avant le baptême de Jésus-Christ la même efficacité que les enseignements de-la foi qui sont donnés aux catéchumènes, Il prêchait la pénitence, annonçait le baptême de Jésus-Christ, et attirait les hommes à la connaissance de la vérité qui venait de se manifester au monde ; c’est ainsi que les ministres de l’Église commencent par enseigner ceux qui veulent embrasser la foi, ils leur font voir ensuite l’énormité de leurs péchés, leur en promettent la rémission par le baptême de Jésus-Christ, et les attire ainsi à la connaissance et à l’amour de la vérité.




S. Chrysostome : (hom. 29.) Pendant que les disciples de Jésus baptisent, Jean Baptiste continue de baptiser lui-même jusqu’à son incarcération, comme l’indique l’Evangéliste en ajoutant : « Car Jean n’avait pas encore été mis en prison. » — Bède : Nous voyons ici clairement que cet Evangéliste raconte les faits de la vie de Jésus-Christ qui ont précédé la captivité de Jean-Baptiste. Ces faits ont été passés sous silence, par les autres Evangélistes qui commencent leur récit par les événements qui suivirent cette incarcération. — S. AUG. (Traité 13 sur S. Jean.) Or pourquoi Jean baptisait-il ? Parce qu’il fallait que le Christ fût baptisé. Mais le Sauveur ne fut pas le seul qui fut baptisé par le précurseur, afin que le baptême de Jean ne parût point supérieur au baptême du Seigneur.— S. Chrysostome : (hom. 29.) Pourquoi encore continuait-il de baptiser jusqu’alors ? S’il avait cessé débaptiser, on eût attribué sa conduite à un sentiment de jalousie ou de mécontentement. Au contraire en continuant de baptiser, il ne cherchait point sa propre gloire, mais il envoyait de nouveaux disciples à Jésus-Christ ; et sa parole avait mille fois plus d’efficacité que celle des disciples du Sauveur, car son témoignage était à l’abri de tout soupçon, et sa réputation était beaucoup plus grande aux yeux de tous. Il baptisait encore pour ne pas augmenter l’esprit de rivalité de ses disciples. Je pense du reste que Dieu permit la mort de Jean-Baptiste, et que Jésus ne commença qu’après la mort du précurseur le cours de ses prédications, afin que l’affection du peuple tout entier lui fût acquise, les esprits n’étant plus partagés sur le mérite respectif de l’un et de l’autre. En effet, les disciples de Jean nourrissaient des sentiments de jalousie contre les disciples de Jésus-Christ, et contre Jésus-Christ lui-même ; dès qu’ils virent que les disciples du Sauveur baptisaient, ils engageront une discussion avec ceux qui recevaient leur baptême, discussion qui avait pour objet la supériorité du baptême de Jean sur celui des disciples de Jésus-Christ : « Or, il s’éleva une question entre les disciples de Jean et les Juifs, » etc. Ce furent les disciples de Jean et non les Juifs qui soulevèrent cette question. Ce que l’Evangéliste fait entendre en disant que cette question s’éleva, non parmi les Juifs, mais entre les disciples de Jean et les Juifs.




S. AUG. (Traité 13.)Les Juifs soutenaient probablement que Jésus était supérieur à Jean, et qu’on devait recevoir son baptême ; les disciples du précurseur, au contraire, ne comprenant pas encore cette supériorité, défendaient le baptême de leur maître. On vint donc trouver Jean-Baptiste pour qu’il décidât la question : « Les premiers étant venus trouver Jean, lui dirent : Maître, celui qui était avec vous au delà du Jourdain, baptise, » etc. — S. Chrysostome : (hom. 29.) C’est-à-dire, celui que vous avez baptisé ; mais ils se gardent bien de s’exprimer de la sorte, car alors ils eussent été forcés de rappeler aussi la voix qui se fit entendre au-dessus de lui ; ils se contentent donc de dire : « Celui qui était avec vous, celui qui était confondu avec vos disciples, qui n’avait rien qui le distinguât de nous, se sépare maintenant de vous, et baptise lui-même. Ils ajoutent : A qui vous avez rendu témoignage. » C’est-à-dire celui dont vous avez manifesté la gloire, sur qui vous avez attiré les regards, ose remplir le même ministère que vous ; car que signifient ces paroles : « Voilà qu’il baptise ? » Et ce n’est point le seul grief qu’ils formulent contre Jésus auprès de son précurseur, ils se plaignent encore de voir ses disciples perdre de leur considération, et leur nombre diminuer de jour en jour. « Et tous vont à lui. »— ALCUIN. C’est-à-dire, tous vous abandonnent et courent se foire baptiser par celui que vous avez baptisé.




Versets 27-30.



S. Chrysostome : (hom. 29.) Aux questions que lui font ses disciples, Jean-Baptiste ne répond point par de sévères reproches, dans la crainte qu’en se séparant de lui, ils ne se portent à une autre extrémité, il leur parle donc en termes très-modérés : « Jean répondit : L’homme ne peut rien recevoir s’il ne lui a été donné du ciel. » C’est-à-dire, si la personne de Jésus-Christ est environnée d’un éclat extraordinaire, si tous s’empressent à l’envi autour de lui, il ne faut pas vous en étonner, c’est Dieu qui est l’auteur de ces merveilles. Ce qui est purement humain, se découvre facilement, est faible et passe avec rapidité, mais telle n’est point la gloire de Jésus-Christ, ce n’est point ici l’œuvre de l’homme, tout est empreint d’un caractère divin. Ne soyez pas surpris s’il ne parle point du Sauveur en termes plus relevés, ses disciples étaient dominés par un sentiment trop vif de jalousie pour qu’il fût opportun ou même possible de les enseigner à fond ; il veut donc simplement leur inspirer un sentiment de crainte, en leur montrant qu’ils tentent l’impossible et se mettent en opposition avec Dieu. — S. AUG. ( Traité 13) On peut dire encore que Jean veut parler ici de lui-même : Comme homme, j’ai tout reçu du ciel ; si donc je dois à Dieu d’être quelque chose, voulez-vous donc que je m’annihile moi-même en parlant contre la vérité ?




S. Chrysostome : (hom. 29.) Remarquez comme Jean-Baptiste retourne contre eux le trait dont ils avaient voulu se servir contre Jésus-Christ, ça disant : « Celui à qui vous avez rendu témoignage. » Il leur répond : « Vous-mêmes, vous m’êtes témoins que j’ai dit : Je ne suis point le Christ, » c’est-à-dire, puisque vous croyez à la vérité de mon témoignage, vous devez en conclure que je dois lui céder tout honneur. Il ajoute : « Mais que j’ai été envoyé devant lui, » c’est-à-dire, je suis un simple ministre, je fais connaître les ordres et la volonté de celui qui m’a envoyé, je ne cherche pas à le flatter dans une pensée d’intérêt personnel, je n’ai d’autre but que de remplir la mission que le Père m’a confiée.




ALCUIN. On pouvait lui faire cette difficulté : Puisque vous n’êtes pas le Christ, qui êtes-vous donc ? ou quel est celui à qui vous rendez témoignage ? Il répond : Il est l’Epoux, et je suis, moi, l’ami de l’Epoux, et envoyé devant lui pour préparer son Epouse à le recevoir : « Celui qui a l’Epouse, est l’Epoux. » Cette Epouse, c’est l’Église formée de toutes les nations, elle est vierge par l’intégrité de son âme, la perfection de sa charité, l’unité de la foi catholique, la concorde qui est le fruit de la paix, la pureté de son cœur et de son corps ; elle a un Epoux qui la rend mère tous les jours. — Bède : C’est bien inutilement qu’une vierge a la pureté du corps, si elle n’y joint la chasteté de l’âme. Mais pour cette épouse, Jésus-Christ se l’est unie sur le lit nuptial du sein virginal de sa mère, et l’a rachetée du prix de son sang.

THEOPHYL. Jésus-Christ est encore l’Epoux de toute âme fidèle, et le lieu où se contracte cette union, c’est l’Église où l’âme reçoit le saint baptême. Les arrhes que l’Epoux donne à l’Epouse sont la rémission des péchés, la communication du Saint-Esprit ; et il réserve pour l’autre vie des dons plus parfaits à ceux qui en seront dignes. Nul autre ne peut prétendre à l’honneur d’être l’Epoux, que Jésus-Christ seul. Tous les docteurs sont des paranymphes comme le Précurseur ; mais Dieu seul est la source de tous les biens célestes, tous les autres ne sont que les ministres dont il se sert pour répandre ces biens.




Bède : Le Seigneur a donc confié son Epouse à son ami, c’est-à-dire à l’ordre des prédicateurs qui doivent être pour elle pleins de zèle, non dans leur intérêt, mais dans l’intérêt de Jésus-Christ. Voilà pourquoi Jean-Baptiste ajoute : « Mais l’ami de l’Epoux qui se tient debout et l’écoute, » etc. — S. AUG. (Traité 13.) Il déclare donc : Ce n’est pas mon Epouse. Vous demeurez donc étranger à la joie des noces ? Tout au contraire, répond-il, je partage la joie de l’Epoux, parce que je suis son ami. — S. Chrysostome : (horn. 29.) Mais comment Jean-Baptiste, qui avait dit précédemment : « Je ne suis pas digne de dénouer les courroies de sa chaussure, » se proclame maintenant son ami ? Ce n’est pas qu’il prétende à l’honneur d’être son égal, il veut simplement exprimer la plénitude de son allégresse ; car la joie des serviteurs, dans ces circonstances, est loin d’être aussi grande que celle des amis. C’est encore par condescendance pour la faiblesse de ses disciples, qu’il se dit l’ami de Jésus-Christ ; ils s’imaginaient que tout ce qui se passait le blessait vivement ; il leur fait voir que loin d’en être blessé, il est au comble de la joie, si l’Epoux est connu de son Epouse.




S. AUG. (Traité 13.) Mais pourquoi se tient-il debout ? parce qu’il ne tombe pas ; et pourquoi évite-t-il de tomber ? parce qu’il est humble. Voyez comme il s’appuie sur un terrain solide : « Je ne suis pas digne de dénouer les courroies de ses souliers. » Il se tient debout et l’écoute ; s’il venait à tomber, il ne l’entendrait pas, l’ami de l’Epoux doit donc se tenir debout et l’écouter, c’est-à-dire persévérer dans la grâce qu’il a reçue, et écouter la voix qui le remplit d’allégresse. Je ne me réjouis pas, dit-il, de ce que j’entends ma voix, mais de ce que j’entends la voix de l’Epoux ; ma joie c’est d’entendre, comme la sienne est de parler ; je suis l’oreille, il est la parole. Celui qui est chargé de garder la fiancée ou l’épouse de son ami, veille avec soin à ce qu’elle ne donne son affection à aucun autre. Mais s’il consentait lui-même a prendre dans son cœur la place de son ami, et qu’il abusât du dépôt qui lui est confié, ne serait-il pas un objet d’horreur pour le genre humain tout entier ? Combien je vois d’adultères qui veulent posséder cette Epouse qui a été achetée à un si grand prix, et dont toutes les paroles tendent à obtenir une affection qui n’est due qu’à l’Epoux ?




S. Chrysostome : (hom. 29.) Ou bien encore, ces paroles : « Qui se tient debout, » ont un sens particulier, et signifient que le ministère de Jean-Baptiste est à son terme, et qu’il ne lui reste plus qu’à se tenir debout et à écouter. Il passe ici de la figure à l’objet figuré, il a pris pour comparaison l’époux et l’épouse, il montre comment se fait leur union, c’est-à-dire par la voix et par la doctrine : « Car la foi vient de ce qu’on a entendu, et on a entendu, parce qu’on prêche la parole de Dieu. » (Rm 10) Et comme il voit toutes ses espérances réalisées, il ajoute : « Cette joie est donc pleinement réalisée pour moi, » c’est-à-dire l’œuvre qui m’a été confiée est pleinement accomplie, et il ne me reste plus rien à faire. — THEOPHYL. Je me réjouis donc de ce que tous s’empressent de tourner vers lui leurs regards. Si l’épouse (c’est-à-dire le peuple), ne se fût pas approchée de l’Epoux, moi, son ami, son paranymphe, je serais dans la douleur. — S. AUG. (Traité 14.) Ou bien encore, ma joie est au comble, parce qu’il m’est donné d’entendre la voix de l’Epoux. C’est la faveur que je désirais, je n’en réclame pas d’autre, de peur de perdre la grâce que j’ai reçue. Car celui qui cherche sa joie en lui-même sera toujours triste, mais celui qui la place en Dieu ne verra jamais cesser sa joie, parce que Dieu est éternel. — Bède : L’homme se réjouit d’entendre la voix de l’Epoux, lorsqu’il comprend qu’il doit placer sa joie, non dans sa propre sagesse, mais dans la sagesse qu’il a reçue de Dieu ; car celui-là seul est l’ami de l’Epoux, qui ne recherche pour prix de ses bonnes œuvres ni la gloire, ni les louanges, ni les avantages de la terre, mais ne se propose que les récompenses éternelles.




S. Chrysostome : (hom. 29.) Jean-Baptiste veut éteindre dans le cœur de ses disciples tout sentiment d’envie, non-seulement pour le présent, mais pour l’avenir, et il ajoute : « Il faut qu’il croisse et que je diminue, » c’est-à-dire, ma mission et mon ministère touchent à leur fin, tandis que la mission et la gloire de Jésus doivent toujours aller en croissant. — S. AUG. (Traité 14.) Mais que signifient ces paroles : « Il faut qu’il croisse ? » Dieu ne peut ni croître ni diminuer ; Jean-Baptiste et Jésus, sous le rapport de la naissance temporelle, étaient contemporains, et les quelques mois qui séparaient l’une de l’autre ne faisaient pas une différence d’âge. Ces paroles renferment un grand mystère ; avant la venue du Seigneur, les hommes mettaient toute leur gloire en eux-mêmes, il est venu et s’est fait homme pour diminuer la gloire de l’homme, et accroître la gloire de Dieu. Il est venu, en effet, pour pardonner les péchés à l’homme, à la condition qu’il les confesserait. Or, l’homme s’humilie quand il confesse ses péchés, et Dieu s’élève, pour ainsi dire, quand il exerce la miséricorde. Cette vérité se trouve exprimée dans la mort différente de Jésus-Christ et de Jean-Baptiste ; Jean fut diminué de la tête, et Jésus fut élevé en croix. Remarquez encore que Jésus vint au monde, lorsque les jours commencent à croître, tandis que la naissance de Jean eut lieu lorsqu’ils commencent à décroître. Que la gloire de Dieu croisse donc dans notre âme, et que notre propre gloire s’amoindrisse, pour qu’elle puisse elle-même s’accroître en Dieu. Or, plus vous avancez dans la connaissance de Dieu, plus aussi Dieu paraît croître en vous ; car il ne peut croître en lui-même, puisqu’il est parfait de toute éternité. Lorsque les yeux d’un aveugle sont guéris de leur cécité, il commence d’abord par voir un peu la lumière ; le jour suivant, il la voit davantage, la lumière paraît croître pour lui ; cependant elle a toute sa plénitude, toute sa perfection, qu’il la voie ou qu’il ne la voie point ; ainsi l’homme intérieur fait des progrès dans la connaissance de Dieu, et Dieu paraît croître en lui, tandis qu’il s’amoindrit lui-même et tombe, pour ainsi dire, de sa propre gloire, pour se relever dans la gloire de Dieu.




THEOPHYL. Ou bien encore, lorsque le soleil paraît, la lumière des antres astres du ciel paraît s’éteindre, et cependant elle n’est pas éteinte en réalité ; elle est simplement éclipsée par une lumière plus brillante ; c’est ainsi que le Précurseur paraît éclipsé comme une étoile par le soleil. Quant à Jésus-Christ, on le voyait croître successivement à mesure qu’il se révélait par ses miracles, il ne croissait pas en vertus suivant l’erreur insensée de Nestorius, mais il croissait en révélant successivement les preuves de sa divinité.




Versets 31-32.



S. Chrysostome : (hom. 30.) De même que le ver ronge le bois, et la rouille le fer, ainsi la vaine gloire perd l’âme qui la nourrit et l’entretient. Aussi devons-nous mettre tous nos soins à détruire en nous cette malheureuse passion. Malgré tant de raisons convaincantes, Jean-Baptiste peut à peine guérir ses disciples atteints de cette funeste maladie, et il est comme obligé de leur apporter de nouvelles raisons : « Celui qui vient d’en haut, est au-dessus de tous. » Puisque vous avez en si grande estime mon témoignage, leur dit-il, et que vous ne voyez rien qui soit plus digne de foi, sachez donc que ce n’est pas à celui qui habite la terre, à recommander comme digne d’être cru celui qui vient du ciel. Tel est le sens de ces paroles : « Il est au-dessus de tous, » c’est-à-dire, il se suffît à lui-même, et sa grandeur est en dehors de toute comparaison. — THEOPHYL. Jésus-Christ, en effet, vient d’en haut et descend du Père, et il occupe une place si élevée qu’elle le distingue et le sépare de tous les hommes. — ALCUIN. Ou bien encore : « Il vient d’en haut, » c’est-à-dire des hauteurs que la nature humaine occupait avant le péché du premier homme. C’est sur ces hauteurs que le Verbe de Dieu a pris la nature humaine, dont il a revêtu les peines, sans prendre la faute.

« Celui qui tire son origine de la terre, est de la terre (c’est-à-dire est terrestre), et parle de la terre » (c’est-à-dire des choses terrestres.) — S. Chrysostome : (hom. 30.) Cependant Jean-Baptiste ne venait pas tout entier de la terre, il avait une âme et il participait de l’esprit, qui ne vannent point de la terre. Pourquoi donc déclare-t-il qu’il vient de la terre ? Cette manière de s’exprimer signifie simplement dans l’intention du Précurseur, qu’il est peu de chose, parce qu’il vient de la terre, qu’il est né sur la terre, et qu’il ne peut en aucune sorte entrer en comparaison avec Jésus-Christ qui est venu du ciel : « Il parle de la terre, » non pas dans ce sens qu’il parle d’après ses propres inspirations, mais comparativement à la doctrine de Jésus-Christ, comme s’il disait : Ma personne, ma doctrine sont trop inférieures pour entrer en comparaison avec la personne et la doctrine de Jésus-Christ ; elles sont ce qu’il convient d’être à la nature humaine et terrestre, comparée à celui en qui sont cachés tous les trésors de la sagesse et de la science de Dieu. (Col 2, 3.) — S. AUG. (Traité 14.) Ou bien, ces paroles : « Il parle de la terre, » doivent s’entendre de l’homme qui suit ses propres inspirations ; car lorsqu’il parle un langage divin, c’est Dieu qui l’éclairé et qui l’inspire, comme le reconnaît le grand Apôtre : « Ce n’est pas moi, mais la grâce de Dieu avec moi. » (1 Co 15, 10.) C’est-à-dire que Jean, considéré en lui-même, vient de la terre, et parle le langage de la terre, et s’il vous a fait entendre le langage du ciel, ce n’est point de lui-même, mais par un effet de la grâce qui l’a rempli de ses lumières.




S. Chrysostome : (hom. 30.) Jean-Baptiste, ayant étouffé tout sentiment d’envie dans le cœur de ses disciples, leur parle de Jésus-Christ avec une plus grande liberté, car tout ce qu’il aurait pu dire auparavant eut été inutile, et n’eût point trouvé d’écho dans des esprits si mal disposés. Il continue donc en ces termes : « Celui qui vient du ciel est au dessus de tous. » — LA GLOSE. C’est-à-dire celui qui vient du Père est au-dessus de tous de deux manières : Premièrement, au-dessus de la nature humaine, qu’il n’a prise que dans un état exempt de péché, et secondement, parce qu’il partage l’élévation du Père dont il est l’égal.




S. Chrysostome : (hom. 30.) Après ces idées si hautes et si relevées sur Jésus-Christ, Jean-Baptiste descend de ces hauteurs et parle, pour ainsi dire, un langage plus humain : « Et ce qu’il a vu et entendu, il en rend témoignage. » C’est par ces deux sens de l’ouïe et de la vue que nous arrivons à une connaissance certaine de toutes choses, et nous sommes regardés comme des maîtres dignes de foi, lorsque nous enseignons les choses que nous avons vues ou entendues. Jean-Baptiste applique cette vérité à Jésus-Christ en disant de lui : « Et ce qu’il a vu et entendu, il en rend témoignage, » il établit ainsi que les paroles du Sauveur ne renferment aucune erreur et qu’elles sont la vérité même. Quant à moi, semble-t-il dire, j’ai besoin d’être instruit par celui qui vient du ciel, et j’annonce ce qu’il a vu et entendu, c’est-à-dire les vérités dont il a seul une connaissance entière et parfaite. — THEOPHYL. En entendant ces paroles : « Il rend témoignage de ce qu’il a vu et entendu, » n’allez pas croire que le Fils de Dieu ait besoin d’apprendre quelque chose de son Père ; tout ce que le Fils connaît en vertu de sa nature vient de son Père, et c’est en ce sens qu’il apprend de son Père tout ce qu’il sait. Mais qu’est-ce que le Fils a pu entendre du Père ? Peut-être la parole du Père ? Mais il est lui-même la parole, le Verbe du Père. — S. AUG. (Traité 14.) Lorsque vous concevez la parole que vous devez dire, vous voulez exprimer une idée, et la conception de cette idée est déjà une parole dans votre cœur. Or, de même que vous avez dans votre cœur la parole que vous devez dire, et qu’elle est vraiment en vous, ainsi Dieu a produit sa parole, son Verbe, c’est-à-dire a engendré son Fils. Donc, comme le Verbe de Dieu est le Fils de Dieu et que c’est le Fils de Dieu qui a parlé, celui qui parlait le Verbe du Père a voulu nous faire connaître non sa parole, mais le Verbe, la parole du Père. Jean-Baptiste a exposé ce mystère autant qu’il était nécessaire de le faire, et de la manière la plus convenable.




Versets 33-36.



S. Chrysostome : Jean-Baptiste vient de dire expressément de Jésus-Christ : « Il atteste ce qu’il a vu et entendu » pour défendre contre l’accusation d’erreur les enseignements du Sauveur auxquels un si petit nombre devait ajouter foi, comme il le déclare lui-même : « Et personne ne reçoit son témoignage ; » personne, c’est-à-dire un petit nombre de personnes ; car il avait des disciples qui ajoutaient foi à ses paroles. Jean-Baptiste fait ici allusion à ceux de ses disciples qui ne croyaient pas encore en Jésus-Christ et condamne en même temps l’indifférence coupable des Juifs. C’est ce que l’Evangéliste avait dit lui-même au commencement de son Evangile : « Il est venu chez lui, et les siens ne l’ont pas reçu. » (C’est-à-dire les Juifs qui lui appartenaient d’une manière toute particulière.)




S. AUG. (Traité 14.) Ou bien encore, il est un peuple qui est comme réservé à la colère de Dieu, et qui doit être condamné avec le démon ; personne, parmi ce peuple, ne reçoit le témoignage du Christ. Jean-Baptiste a donc considéré cette division que la différence de disposition et d’esprit établit dans ce mélange d’hommes qui composent le genre humain, il a séparé par la pensée ceux que la distance des lieux n’a point encore séparés, et il a vu deux peuples, le peuple des infidèles, et le peuple qui a embrassé la foi. Il jette les yeux sur lès infidèles, et dit : « Personne ne reçoit son témoignage. » Puis se détournant de la gauche, il regarde à droite et ajoute : « Celui qui reçoit son témoignage atteste que Dieu est véridique. » — S. Chrysostome : (hom. 30.) C’est-à-dire prouve qu’il est véridique. Jean-Baptiste veut inspirer ici une crainte salutaire en disant : « Que Dieu est véridique, » et il montre par là qu’on ne peut refuser de croire en Jésus-Christ sans accuser de mensonge et d’erreur Dieu qui l’a envoyé, parce qu’il n’enseigne que la doctrine qu’il a reçue de son Père : « Car celui que Dieu a envoyé, dit les paroles de Dieu. » — ALCUIN. On peut encore entendre ces paroles : (signavit, il a marqué d’une empreinte) dans ce sens qu’il a gravé dans son cœur un signe distinct et spécial que Jésus est le vrai Dieu qui a souffert pour le salut du genre humain.




S. AUG. (Traité 14.) Que signifient ces paroles : « Dieu est véridique, » si ce n’est que l’homme est menteur et que Dieu est le seul qui soit vrai ? Quel est l’homme en effet, qui peut dire ce que c’est que la vérité, s’il n’est éclairé par celui qui ne peut mentir. Dieu est donc vrai, et Jésus-Christ est Dieu. En voulez-vous la preuve ? Recevez son témoignage et tous la trouverez. Mais si tous ne le reconnaissez pas comme Dieu, vous n’avez pas encore reçu son témoignage. Jésus est donc le Dieu Véridique, et c’est Dieu qui l’a envoyé. C’est un Dieu qui a envoyé un Dieu, réunissez-les, vous avez un seul Dieu. Ces paroles : « Celui que Dieu a envoyé, » Jean-Baptiste les appliquait à Jésus-Christ, pour bien établir la distinction qui existait entre le Sauveur et lui. Quoi donc ? Est-ce que Jean-Baptiste n’était pas aussi l’envoyé de Dieu ? Oui, mais écoutez la suite : « Parce que Dieu ne lui donne pas son esprit avec mesure. » Aux hommes, il la donne avec mesure, à son Fils unique il le donne sans mesure. L’un reçoit de l’Esprit le don de parler avec sagesse, l’autre reçoit du même Esprit le don de parler avec science. (1 Co 12) Celui-ci reçoit une grâce, celui-là en reçoit une autre. La mesure est une espèce de partage dans les dons, mais Jésus-Christ ne reçoit pas avec mesure les grâces dont il est le principe et la source.




S. Chrysostome : (hom. 30.) Par Esprit, Jean-Baptiste entend ici l’opération de l’Esprit saint, et il veut nous apprendre que tous nous avons reçu dans une certaine mesure cette divine opération de l’Esprit saint, tandis que Jésus-Christ l’a reçue toute entière, comment donc avoir le moindre soupçon contre sa parole ? Il ne dit rien qui ne soit de Dieu, qui ne soit de l’Esprit saint ; il ne parle point pour le moment du Dieu Verbe, et se contente de confirmer sa doctrine par l’autorité du Père et de l’Esprit saint ; car les Juifs croyaient qu’il existe un Dieu et admettaient aussi l’existence de l’Esprit saint, (sans en avoir toutefois une idée convenable) mais ils ne connaissaient pas l’existence du Fils.— S. AUG. (Traité 14.) Il venait de dire du Fils : « Il ne lui a pas donné i’Esprit avec mesure. » Il ajoute : « Le Père aime le Fils » et encore : « Et il a tout remis entre ses mains » pour vous faire comprendre toute l’étendue de ces paroles : « Le Père aime le Fils. » En effet, le Père aime Jean ou Paul, et cependant il n’a pas tout remis entre leurs mains. Le Père aime le Fils, mais comme un père aime son fils, non pas comme un maître aime son serviteur ; comme on aime non pas un fils adoptif, mais comme un fils unique. C’est pour cela qu’il lui a tout remis entre ses mains, afin que la grandeur du Fils soit égale à la grandeur du Père. Lors donc qu’il a daigné nous envoyer son Fils, gardons-nous de penser qu’il nous ait envoyé quelqu’un qui lui soit inférieur.




THEOPHYL. Ainsi donc, en vertu de sa divinité, Dieu a tout donné à son Fils par nature et non par grâce ; ou bien il a tout remis entre ses mains, sous le rapport de son humanité, car Nôtre-Seigneur Jésus-Christ est le maître de tout ce qui existe dans le ciel et sur la terre.




ALCUIN. Puisque toutes choses ont été remises entre ses mains, donc aussi la vie éternelle. C’est pour cela que Jean-Baptiste ajoute : « Celui qui croit au Fils a la vie éternelle. » — Bède : La foi dont il est ici question, n’est pas celle qui ne consiste qu’en paroles, mais la foi qui reçoit sa perfection des œuvres. — S. Chrysostome : (hom. 31.) Une veut donc point dire qu’il suffit de croire au Fils pour avoir la vie éternelle, puisque Nôtre-Seigneur déclare lui-même expressément que ce ne sont pas ceux qui se contentent de dire : Seigneur, Seigneur, qui entreront dans le royaume des cieux. Il nous apprend encore que le blasphème contre l’Esprit saint, suffit pour précipiter dans l’enfer. Ne croyons pas même que la foi pleine et entière au Père, au Fils et au Saint-Esprit, suffise pour le salut, il faut y joindre une vie sainte et une conduite exemplaire. Et comme le saint Précurseur sait que la menace des châtiments a plus d’efficacité que la promesse des récompenses, il conclut son discours par ces paroles : « Celui qui ne croit point au Fils ne verra pas la vie, mais la colère de Dieu demeure sur lui. » Remarquez comme il fait remonter au Père l’idée de châtiment, il ne dit pas : La colère du Fils, bien qu’il soit juge lui-même, il ne parle que de la juste colère du Père pour leur inspirer une crainte plus vive. Et il ne dit point : La colère de Dieu demeurera en lui, mais : « Elle demeurera sur lui, » c’est-à-dire, qu’elle ne le quittera jamais. Et pour qu’on ne pense pas qu’il ne s’agit ici que d’une mort temporelle, il ajoute : « Il ne verra point la vie. » — S. AUG. (Traité 14.) Il ne dit point : La colère de Dieu vient à lui, mais : « Elle demeure sur lui, » parce que tous les hommes qui naissent à cette vie mortelle, portent avec eux la colère de Dieu qui est tombée sur le premier Adam. Le Fils de Dieu est venu sans avoir de péché, et il s’est revêtu de notre immortalité, et il a souffert la mort pour nous rendre la vie. Celui donc qui refuse de croire au Fils, mérite de voir demeurer sur lui cette colère de Dieu, dont l’Apôtre a dit : « Nous étions par nature des enfants de colère. » (Ep 2)