Exposition de la doctrine de l’Église catholique orthodoxe/1884/Première Partie/I

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Fischbacher / Félix Callewaert père (pp. 32-42).


I

TRINITÉ


« Je crois en Dieu Père… et en Jésus-Christ, Fils unique de Dieu… et au Saint-Esprit. »


Les trois premiers paragraphes du Symbole se rapportent : le premier, au Père ; le second, au Fils ; le troisième, au Saint-Esprit.

Le Symbole repose donc sur le dogme de la Trinité.

Il y a en Dieu trois personnes :

Le Père, principe tout-puissant, duquel émanent : le Fils, par génération ; le Saint-Esprit, par procession ; et lequel a donné l’être à toutes les créatures, soit visibles, soit invisibles ;

Le Fils, engendré du Père de toute éternité et par lequel la puissance divine s’est manifestée par la création de tout ce qui a une existence contingente ;

Le Saint-Esprit, qui procède du Père, qui a par conséquent la nature divine, et qui doit être l’objet d’une adoration simultanée avec le Père et le Fils.

Les trois personnes ayant la même substance divine ne sont qu’un Dieu, et sont coéternelles. Cependant, elles sont distinctes par leurs attributs personnels. On doit remarquer qu’on se sert du mot personne, parce qu’il n’en existe pas dans le langage humain qui puisse exprimer la distinction dans une substance unique. Il ne faut pas entendre ce mot dans un sens humain.

L’attribut personnel du Père est d’être principe ; celui du Fils est d’être engendré du Père ; celui du Saint-Esprit de procéder du Père. Il y a donc deux actes distincts dans le Père, comme principe de ses propres opérations : l’un est appelé génération et a le Fils pour objet ; l’autre est appelé procession, dont l’objet est le Saint-Esprit.

Ces deux actes, incompréhensibles en eux-mêmes, ont pour effet l’éternelle production du Fils et du Saint-Esprit.

On ne doit, dans la sainte Trinité, ni distinguer les attributs essentiels, ni confondre les attributs personnels ; car, en donnant aux personnes des attributs essentiels différents, on en fait plusieurs dieux et l’on attaque le dogme de l’unité de Dieu ; en donnant au contraire l’attribut personnel d’une personne à une autre, on détruit la distinction personnelle et l’on attaque le dogme de la Trinité des personnes. Enfin, en faisant d’un attribut personnel un attribut essentiel, on donne aux trois personnes, qui ont la même essence, ce qui ne peut appartenir qu’à une seule.

Le Père, outre sa double opération intime et éternelle, a une action extérieure dont l’objet est le monde soit invisible, soit visible. Le premier est composé des êtres contingents spirituels ; le second, des êtres contingents matériels.

L’action extérieure du Père a lieu par le Fils, et l’Esprit Saint exerce sur les deux mondes son influence, par suite de la mission qu’il reçoit du Père et du Fils. Cette mission se manifeste surtout dans l’inspiration faite aux hommes choisis de Dieu pour annoncer ses volontés aux autres hommes, avant l’incarnation du Fils ; et, dans l’Église, par son influence sur les âmes et dans la conservation du dépôt de la doctrine divine.

On commettrait une grave erreur en confondant la mission ou l’envoi du Saint-Esprit, par le Père et le Fils, avec la procession éternelle par laquelle il est produit ; car cette procession ne peut venir que du Père, unique principe dans la Trinité, et on ne pourrait, ni directement ni indirectement, attribuer cette procession éternelle au Fils, sans lui attribuer l’attribut personnel du Père, et sans attaquer, par conséquent, le dogme même de la Trinité des personnes.




DIFFÉRENCES ENTRE LES ÉGLISES CHRÉTIENNES TOUCHANT LE DOGME DE LA TRINITÉ.


Toutes les Églises chrétiennes admettent ce dogme, c’est-à-dire, qu’elles croient : 1° qu’il n’y a qu’un Dieu ; 2° qu’il y a trois personnes, distinctes entre elles, et qui ne sont qu’un Dieu.

Cependant, l’Église romaine a attaqué indirectement le dogme de la Trinité en ajoutant, dans le Symbole, après ces mots : qui procède du Père, ceux-ci : et du Fils, en latin Filioque.

Cette addition prit naissance en Espagne au septième siècle. Au huitième, elle s’était introduite en France où elle rencontrait cependant de zélés adversaires. Au commencement du neuvième siècle, Charlemagne proposa à Léon III de l’approuver ; mais ce pape s’y refusa. Sous l’influence de Charlemagne, dont la domination s’étendait sur la plus grande partie de l’Europe centrale, l’addition fut adoptée par un grand nombre d’Églises. Celle d’Orient protesta contre l’innovation. Sa voix ne fut pas écoutée, et l’Église de Rome elle-même adopta l’addition à la prière de l’empereur Henri Ier, au commencement du onzième siècle. Depuis lors, l’addition fut reçue dans toutes les Églises occidentales.



Au seizième siècle, les Églises anglicane et protestantes ne se préoccupèrent pas de cette addition, et la première la conserva avec le symbole après sa séparation de l’Église romaine.

Elle chercha même, comme l’Église romaine, à la justifier. Pour cela on employa deux moyens : le premier consiste à donner au Fils le titre de principe secondaire dans la Trinité ; le second, à alléguer des passages des Pères de l’Église pour prouver que l’addition est conforme à la doctrine traditionnelle.

L’Église orientale n’eut pas de peine à prouver que, dans la Trinité, il ne peut y avoir rien de secondaire ; que l’attribut de principe est exclusivement l’attribut personnel du Père, et qu’on ne peut le donner au Fils, à un degré quelconque, sans lui attribuer quelque chose de la personnalité du Père, et, par conséquent, sans miner le dogme de la Trinité. Elle n’eut pas de peine non plus à prouver que, parmi les textes des Pères que l’on alléguait, les uns étaient absolument controuvés, les autres falsifiés et tronqués ; que les textes vrais ne se rapportaient qu’à la mission, à l’envoi du Saint-Esprit, et non pas à sa procession éternelle.

L’addition faite au symbole, en Occident, est donc, non seulement un acte illégitime, irrégulier, d’une Église particulière, mais encore elle renferme une erreur formelle contraire à la croyance catholique.

Au lieu de chercher à donner aux mots Filioque une interprétation qui puisse sauvegarder le dogme de la Trinité, il vaudrait mieux convenir de bonne foi que l’addition n’est pas orthodoxe, et retrancher du symbole une expression dangereuse, contraire à la parole de Dieu et à la vraie tradition de l’Église.