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Exposition de la doctrine de l’Église catholique orthodoxe/1884/Quatrième Partie/II

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Fischbacher / Félix Callewaert père (p. 446-457).


II

LITURGIE PRÉPARATOIRE.


VIE MESSIANIQUE DE JÉSUS-CHRIST.


Le prêtre, après avoir fait les prières préparatoires, se revêt des habits sacerdotaux[1], et, accompagné du diacre, se rend à la table de Prothèse ou d’oblation. C’est une table placée au côté nord du sanctuaire et sur laquelle on a mis à l’avance cinq pains[2], du vin, les vases, les voiles et autres objets qui doivent servir pendant la célébration du sacrifice.

Le prêtre prend un des pains de la main gauche et fait, avec une lance qu’il tient de la main droite, trois signes de croix sur la partie qu’il doit enlever et qui doit être consacrée.

Cette partie du pain représente Jésus-Christ figuré dans l’Ancien Testament. C’est pourquoi, en prenant le pain, le prêtre prononce ces paroles : « En mémoire de Notre-Seigneur Dieu et Sauveur Jésus-Christ. » Puis il enfonce successivement la lance à droite, à gauche, en haut et en bas, de manière à pouvoir détacher la partie qui doit être consacrée. En enfonçant la lance, il prononce ces paroles prophétiques d’Isaïe : « Il a été conduit à la mort comme une brebis. » — « Il garda le silence et n’ouvrit pas la bouche ; il resta muet comme un agneau devant celui qui le tond. » — « Dans son abaissement, il a été livré au supplice. » — « Qui racontera sa génération ? »

Pendant que le prêtre immole ainsi, d’une manière figurative, l’Agneau rédempteur, le diacre se tient debout auprès de lui, tenant son étole à la main, et implorant le Seigneur.

Enfin le prêtre donne un cinquième coup de lance dans le côté du pain, afin de pouvoir enlever la partie destinée à la consécration ; il prononce en même temps ces paroles d’Isaïe : « Sa vie a été retranchée de la terre. » La partie du pain ainsi enlevée est appelée l’agneau, parce qu’elle est la figure de l’agneau pascal qui représentait Jésus-Christ dans l’Ancien Testament. On la place sur la patène[3] de manière à ce que l’empreinte soit en dessous. Alors le diacre dit : « Père, immolez. » Le prêtre coupe le pain sacré en forme de croix, en disant : « L’Agneau de Dieu qui a pris sur lui les péchés du monde est immolé pour la vie et le salut du monde. » Puis il retourne le pain sacré de manière à ce que l’empreinte soit au dessus, et il enfonce la lance dans le côté droit en disant ces paroles de saint Jean : « Un des soldats lui ouvrit le côté droit avec sa lance, et il en sortit du sang et de l’eau : celui qui l’a vu en rend témoignage et son témoignage est vrai ».

Aussitôt le diacre présente au prêtre la coupe dans laquelle il met le vin, figure du sang ; de l’eau, en souvenir de celle qui sortit du côté du Sauveur.

Tels sont les rites mystérieux par lesquels l’Église orthodoxe rappelle Jésus-Christ figuré dans l’Ancien Testament. Afin de mieux faire comprendre encore qu’il a été l’unique Rédempteur du monde, soit à titre de Messie attendu, soit à titre de Sauveur, fils de Dieu incarné, elle place autour du pain sacré tous les saints de l’Ancien et du Nouveau Testament, figurés par des parcelles des quatre autres pains placés sur la table de Prothèse. Un de ces pains figure la sainte Vierge. En le prenant, le prêtre prononce ces paroles : « À l’honneur et en mémoire de Marie, notre Reine très bénie, mère de Dieu et toujours vierge ! daigne, Seigneur, recevoir, par son intercession, ce sacrifice sur ton autel céleste ! » Puis il enlève une parcelle à la partie supérieure du pain et la place sur la patène, au côté droit du pain sacré, en disant, avec le Psalmiste : « La Reine se tient à ta droite, vêtue d’une robe rehaussée d’or, et entourée d’ornements variés. »

Un autre pain figure les saints de l’Ancien et du Nouveau Testament, qui sont représentés par des parcelles placées à gauche du pain sacré, en lignes verticales. Sur la première ligne : saint Jean-Baptiste, les prophètes, les apôtres ; sur la seconde ligne : les saints évêques, les martyrs, les saints moines ; sur la troisième : les saints anachorètes, les parents de Jésus-Christ selon la chair, le saint dont on célèbre la fête le jour où a lieu la liturgie, les saints dont on implore les prières, saint Jean Chrysostôme ou saint Basile, selon que c’est la liturgie de l’un ou de l’autre qui est récitée.

Un autre pain figure les fidèles vivants : ceux d’abord qui sont revêtus du ministère ecclésiastique : patriarches, métropolitains, évêques, prêtres, diacres ; ensuite ceux qui sont revêtus du pouvoir temporel, et en particulier le chef de l’État et sa famille ; puis ceux pour lesquels le prêtre veut spécialement prier. Tous sont représentés par des parcelles placées au dessous du pain sacré.

Le dernier des pains représente les fidèles défunts : ecclésiastiques, princes et tous autres orthodoxes décédés dans l’espoir de la résurrection et dans la communion de l’Église. Ils sont aussi figurés par des parcelles placées au dessous du pain sacré, avec les fidèles vivants, afin que la grâce du sacrifice tombe sur eux tous.

Ensuite, le prêtre recouvre la coupe et la patène, chacune avec un voile, puis étend un voile plus grand sur les deux, encense les saints dons et supplie Dieu de les agréer ; puis il se rend à l’autel pour commencer la liturgie des catéchumènes.



L’Église romaine n’a rien conservé de cette liturgie préparatoire. Cependant, d’après quelques usages qui sont encore en vigueur, on peut croire qu’elle fut usitée d’abord et que la négligence l’a fait tomber en désuétude. Ainsi, le prêtre, avant de dire la messe, trace des lignes sur l’hostie qui doit être consacrée, afin de la rompre plus facilement pendant le sacrifice, et il couvre le calice d’un voile, quoiqu’il n’ait encore mis dedans ni le vin ni l’eau. Un grand nombre de prêtres romains poussent même la négligence jusqu’à charger un simple laïc, attaché à l’Église sous le titre de sacristain, de cette préparation si abrégée des éléments eucharistiques ; ce sacristain porte même les éléments sur l’autel, et dispose tout ce qui est nécessaire au sacrifice.



L’Église anglicane, n’ayant conservé qu’un abrégé de la liturgie romaine, ne possède aucun rite pour figurer la vie messianique de Jésus-Christ et rappeler aux fidèles l’union de l’Ancien et du Nouveau Testament, en Jésus-Christ, seul médiateur.



Les Églises protestantes n’ayant conservé qu’un simulacre de liturgie, nous n’avons pas à nous occuper de leurs doctrines dans cette partie de notre ouvrage.



  1. Les habits sacerdotaux sont : 1° la robe qui est ordinairement de couleur blanche ; 2° l’étole ; 3° la ceinture ; 4° les surmanches, espèces de manchettes qui recouvrent les manches de la robe ; 5° la chasuble. Si le prêtre a reçu le droit de porter l’épigonate, il la met avant la chasuble.
  2. Les pains portent à la partie supérieure une empreinte divisée en quatre parties par une croix, et portant le monogramme du Christ en lettres grecques : ΙΣ. ΧΣ. ΝΙ. ΚΑ : Jésus-Christ, vainqueur.
  3. On appelle ainsi un petit plateau sur lequel on dépose le pain sacré et les parcelles figuratives. Afin que le voile dont elle est couverte ne touche, ni à ce pain ni aux parcelles, on place au dessus une étoile formée de deux demi-cercles fixés ensemble par un écrou dont la tête a la forme d’une étoile.