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Exposition de la doctrine de l’Église catholique orthodoxe/1884/Quatrième Partie/I

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Fischbacher / Félix Callewaert père (p. 435-445).


QUATRIÈME PARTIE




LITURGIE DE L’ÉGLISE ORTHODOXE




I

IDÉE GÉNÉRALE DE LA LITURGIE


On appelle liturgie la célébration du sacrifice de Jésus-Christ perpétué dans l’Église, d’une manière mystique, par le ministère sacerdotal.

Le Seigneur, ayant béni le pain et le vin, les donna séparément à ses apôtres en leur disant : « Ceci est mon corps, qui sera livré ;… ceci est mon sang, qui sera répandu ;… faites ceci en mémoire de moi ».

Fidèle à ce précepte du Seigneur, l’Église orthodoxe consacre séparément le pain et le vin, qui deviennent le corps et le sang du Christ. Le corps et le sang ainsi séparés, figurent et perpétuent le sacrifice rédempteur, une fois offert sur le Calvaire. Le sacrifice est unique ; mais il est perpétué, dans l’Église, non seulement par ses effets, c’est-à-dire par les grâces et les mérites dont il est la source, mais en lui-même par la réalité du corps et du sang offert à Dieu sous les apparences du pain et du vin.

Le sacrifice réel de Jésus-Christ a été consommé sur le Calvaire, mais il commença avec sa vie mortelle. C’est pourquoi la liturgie de l’Église orthodoxe est la mémoire de la vie entière du Sauveur.

Avant sa vie terrestre, Jésus-Christ vivait comme Messie, pour le peuple de Dieu, dans les prophéties et dans les rites qui constituaient le culte de l’ancienne loi, et qui étaient autant de figures de son sacrifice. Il était ainsi la raison de tout le culte judaïque, et c’est en lui, espéré comme Messie, que les élus de l’Ancien Testament ont été sauvés.

L’Église orthodoxe n’a point oublié cette phrase de la vie messianique de Jésus-Christ ; de sorte que sa liturgie est la mémoire complète du Sauveur : de sa vie messianique dans les rites figuratifs et les prophéties, de sa venue en ce monde, de sa prédication, de son sacrifice, de sa mort, de sa sépulture, de sa résurrection, de son ascension, de son règne éternel. L’Église orthodoxe applique ainsi, dans toute son étendue, la parole du Sauveur : « Faites ceci en mémoire de moi ». Jésus-Christ apparaît, en effet, tout entier dans la célébration de la liturgie.

L’Église orthodoxe considère la liturgie comme un véritable sacrifice, et ne le distingue pas du sacrifice de la croix. Lorsque Jésus-Christ a dit : « Ceci est mon corps, qui sera livré… Ceci est mon sang, qui sera répandu… », il n’a pas eu en vue seulement la mort qu’il allait subir sur le Calvaire, puisqu’il a donné le pain et le vin consacrés comme le même corps et le même sang qui allaient être sacrifiés sur la croix, et qu’il a prescrit de renouveler cette immolation en mémoire de lui.

La liturgie est donc en même temps une représentation du sacrifice du Seigneur, par les éléments eucharistiques ; et ce sacrifice lui-même continué, perpétué, puisque le corps et le sang du Seigneur s’y trouvent en leur état d’immolation ou de séparation.

C’est Jésus-Christ qui s’offre lui-même dans le sacrifice liturgique par le ministère sacerdotal, comme il s’est offert lui-même pendant sa vie terrestre. L’oblation étant réelle, il s’ensuit que le sacrifice est réel, quoique la mort ne soit que représentée d’une manière mystique.

La victime étant la même, le sacrifice liturgique ne peut être distingué du sacrifice de la croix.

Il est offert à Dieu seul et ne peut être offert qu’à lui, puisqu’il est l’acte d’adoration par excellence.

Il est offert pour les vivants afin que les mérites de Jésus-Christ leur soient appliqués ; il est offert « pour ceux qui sont morts dans la communion du corps et du sang de Jésus-Christ, comme dit le bienheureux Augustin (serm. 172, de Verb. Apost.) ; c’est pourquoi on en fait mémoire en offrant le sacrifice ».

Les morts qui ne sont pas séparés de l’Église participent aux effets du sacrifice de Jésus-Christ ; aussi l’Église a-t-elle toujours fait mention d’eux dans la célébration de la liturgie.

Elle a toujours fait aussi mention des anges et des saints, pour les glorifier en Jésus-Christ et les invoquer, afin que, célébrant, de concert avec eux, le saint sacrifice, toute l’Église y participe.

Ainsi l’Église entière, composée des fidèles du monde invisible et de ceux du monde visible, prend part au sacrifice liturgique et se trouve réunie autour de l’autel où l’immolation de l’Agneau de Dieu se perpétuera jusqu’à la fin des siècles[1].

L’Église romaine a conservé, touchant le sacrifice eucharistique, la même doctrine dogmatique que l’Église orthodoxe ; seulement, elle a adopté, touchant sa célébration, des usages contraires à ceux de l’Église primitive. Ainsi, elle célèbre des liturgies secrètes ou messes basses ; elle en célèbre plusieurs dans la même église et sur le même autel ; elle célèbre une foule de messes tous les jours. Ce sont là autant d’abus. D’après la doctrine de l’Église primitive, la liturgie doit toujours être célébrée à voix haute, afin que les clercs et les fidèles puissent y prendre part, au moyen des prières qu’ils doivent y réciter en réponse à celles du prêtre ; on ne doit pas célébrer la liturgie deux fois, le même jour, sur le même autel ; la liturgie ne doit être célébrée qu’a certains jours déterminés. Ces jours étaient primitivement, en Occident comme en Orient, les dimanche, mercredi et vendredi de chaque semaine, et les jours de fête.

Outre les abus que nous venons de signaler, l’Église romaine a introduit, dans la célébration de la liturgie, des changements qui seront indiqués plus bas.



  1. La liturgie ne constitue pas seule le culte public dans l’Église orthodoxe. Les autres offices en font également partie. Mais comme elle en est l’acte le plus important, nous avons cru pouvoir, dans le présent ouvrage, nous borner à son explication. Les autres offices n’ont qu’un caractère disciplinaire et peuvent varier, selon le caractère des peuples ; tandis que la liturgie étant le point central de toute la religion, elle appartient à la foi dans ses parties essentielles.

    Dans l’Église romaine, on appelle liturgie l’ensemble de tous les rites de l’Église ; la liturgie proprement dite est appelée messe. L’Église orthodoxe a retenu avec raison le nom de liturgie pour désigner la célébration du sacrifice de l’autel, puisqu’elle est, par excellence, la fonction publique (c’est le sens grammatical du mot λειτουργία) et l’acte important du ministère sacerdotal.