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Extrait du décret de la sacrée congrégation de l’Inquisition de Rome/Édition Garnier

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EXTRAIT
DU DÉCRET DE LA SACRÉE CONGRÉGATION DE L’INQUISITION DE ROME,
À L’ENCONTRE D’UN LIBELLE INTITULÉ
LETTRES SUR LE VINGTIÈME[1].


Comme il est clair que le monde va finir, et que l’Antechrist est déjà venu, ledit Antechrist ayant envoyé déjà plusieurs lettres circulaires à des évêques de France, dans lesquelles il a eu l’audace de les traiter de Français et de sujets du roi, Satan s’est joint à l’homme d’iniquité pour achever de placer l’abomination de la désolation dans le lieu saint ; lequel Satan a pour cet effet composé et débité un livre digne de lui, livre hérétique, sentant l’hérésie, téméraire, et malsonnant. Il s’efforce d’y prouver que les ecclésiastiques font partie du corps de l’État, au lieu d’avouer qu’ils en sont essentiellement les maîtres, ainsi qu’ils l’avaient précédemment enseigné : il avance que ceux qui ont le tiers du revenu de l’État doivent au moins le tiers en contribution ; ne se souvenant plus que nos frères sont faits pour avoir tout, et ne rien donner. Le susdit livre en outre est notoirement rempli de maximes impies tirées du droit naturel, du droit des gens, des lois fondamentales du royaume, et autres préjugés pernicieux tendants méchamment à affermir l’autorité royale, à faire circuler plus d’espèces dans le royaume de France, à soulager les pauvres ecclésiastiques jusqu’à présent saintement opprimés par les riches.

À ces causes, il a semblé bon au Saint-Esprit et à nous de faire brûler ledit livre en attendant que nous puissions en faire autant de l’éditeur, qui a été en cette partie le secrétaire de Satan : déclarons au surplus, et mandons qu’on ait un soin particulier de nous payer nos annates ; condamnons Satan à boire de l’eau bénite à souper tous les vendredis ; et lui enjoignons d’entrer dans le corps de tous ceux qui auront lu son livre.

Fait à Rome, dans Sainte-Marie sans Minerve, à vingt-cinq heures du jour, le 20 mai 1750.

Signé : Coglione-Coglionaccio, cardinal-président. Et plus bas : Cazzo-Culo, secrétaire du Saint-Office.

FIN DE L EXTRAIT DU DÉCRET, ETC.
  1. On a vu par la note de M. H. de La Bédoyère, page 308, quelle fut l’origine de l’établissement du vingtième, que le clergé refusa de payer. Il parut un très-grand nombre d’écrits pour et contre ; un des plus remarquables est intitulé Lettres Ne repugnate, etc. (par Bargeton). Ces Lettres ne furent condamnées, à Paris, que le 1er juin 1750 ; à Rome, que le 25 janvier 1751. Ce ne peut être une parodie de ces condamnations qu’ait faite Voltaire, à moins d’avoir antidaté cette facétie. Mais il est à remarquer que la date qu’elle porte du 20 est précisément la veille du jour où fut condamnée, à Paris, la Voix du sage et du peuple ; voyez page 465.