Fables d’Ésope (trad. Chambry, 1927)/L’Avare

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List2.svg Pour les autres éditions de ce texte, voir L’Avare (Ésope).

Traduction par Émile Chambry.
FablesSociété d’édition « Les Belles Lettres » (p. 149).
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L’AVARE


Un avare convertit en or toute sa fortune, en fit un lingot et l’enfouit en un certain endroit, où il enfouit du même coup son cœur et son esprit. Tous les jours il venait voir son trésor. Or un ouvrier l’observa, devina ce qu’il en était, et, déterrant le lingot, l’emporta. Quelque temps après, l’avare vint aussi, et, trouvant la place vide, il se mit à gémir et à s’arracher les cheveux. Un quidam l’ayant vu se lamenter ainsi, et s’étant informé du motif, lui dit : « Ne te désespère pas ainsi, l’ami ; car, tout en ayant de l’or, tu n’en avais pas. Prends donc une pierre, mets-la à la place de l’or, et figure-toi que c’est ton or ; il remplira pour toi le même office ; car à ce que je vois, même au temps où l’or était là, tu ne faisais pas usage de ton bien. »

Cette fable montre que la possession n’est rien, si la jouissance ne s’y joint.