Fin de vie (notes et souvenirs)/Chapitre XXXIV

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Imprimerie Julien Lecerf (p. 156-157).

XXXIV


L’au-delà de Brin d’herbe.

Tige de balsamine glanduleuse, Brin d’herbe rapporté du laboratoire, je l’ai vu sur ma cheminée se décolorer, se dessécher… puis il m’a donné le spectacle de sa transformation par le feu. Brûler, flamber, produire chaleur et lumière, n’était-ce pas comme un réveil pour Brin d’herbe ?

Lumière et chaleur, retour empressé à des éléments amis, tel a été l’au-delà de ma balsamine ; mais par delà ce triomphe du feu, quelle suite infinie d’autres manifestations vitales !

Brin d’herbe ne quitte pas la vie, il la tient, elle le tient par toute une éternité de métamorphoses, de vies, de revies.

Je pensais à Georges Pouchet, mort il y a quelques jours, qui a voulu qu’on rendît sa transformation aussi rapide que possible et s’est fait brûler comme Brin d’herbe.

Je t’ai vu, Brin d’herbe, dans cette apothéose du feu !

Tu fus flamme, lumière, chaleur, électricité ; peut-être tu fus âme !

En son enfance naïve, l’humanité voyant la matière si peu solide, si muable, si périssable, prenant en ce phénomène la vie pour la mort, imagina en dehors de la matière un être supérieur à tout, invisible, intangible, impérissable ; elle imagina l’âme, l’esprit.

Mais Matière-âme, Matière-vie et force, Matière qui emplit de sa substance infinie l’espace infini, qui nous stupéfie de son éternité, de son ubiquité, de son activité incessante, Matière possède en son essence inexplicable tout ce que vous prêtiez à l’esprit, à l’âme, à Dieu. Car si le mot Dieu vous plaît, il ne vous est pas interdit de le conserver en l’appliquant à l’infime Matière-Âme dont Brin d’herbe fut une manifestation.