Flavie/II

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Michel Lévy Frères (p. 31-34).

RÉPONSE DE ROBERTINE


FRAGMENT


Paris, 10 avril 185…

… Quant à l’histoire de ton mariage, ah ! ma chère fauvette, nous serons donc toujours folle ?

Espérons que le beau Malcolm mettra un peu d’amour dans ce cœur endormi, et la délicieuse lady Rosemonde un peu de plomb dans cette cervelle éventée.

Je me flatte que ta prochaine réponse m’éclaircira le grand mystère de la poignée de main à l’homme sans gants. Hé ! ceci est grave. Si Malcolm allait être démocrate !

Je voudrais bien qu’il le fût un peu, et qu’il réussit à te le cacher jusqu’au jour où il aurait assez d’influence sur toi pour te faire comprendre que les idées excessives ne valent rien, et que nous vivons dans un temps où un homme sans gants est pourtant un homme.

Mais c’est trop tôt pour avancer devant toi une proposition si hasardée. Je me tais et j’attends la suite de ce roman.

Tu as une manière de voir l’Italie qui me charme. Voilà un voyage qui m’instruit considérablement ! Allons, il te profitera bien assez si tu nous ramènes de là un beau et bon mari.

Je m’intéresse à ce Malcolm autant qu’on peut s’intéresser à un téméraire qui cherche l’absolu dans un tas de chiffons.

Et sa mère, est-elle assez folle aussi, celle-là, de croire qu’il suffit de ta fierté et de ta chasteté pour que son fils soit heureux avec toi !

Ma chère, on te flatte bien assez, je peux te dire tes vérités, puisqu’il est convenu, d’ailleurs, que tu m’aimes un peu plus que la première venue, à cause de ma franchise brutale. Ça te divertit et ça te change comme disent les bonnes femmes. J’espère toujours que cela te changera, toi, réellement ; ou bien, que tu poses un peu cette légèreté et qu’au fond tu te soucies du bonheur et de la vérité tout autant qu’une autre ; plus, peut-être ! qui sait ?

Le ciel serait fort inconséquent s’il donnait à une créature tant de séductions irrésistibles, et qu’il n’eût oublié que le cœur et la raison. Cela ne se peut pas, chère adorable fille !

Tu es bonne, tu es juste et généreuse, n’est-ce pas ? Oui, tu aimeras, et tu mériteras l’amour que tu inspires, le jour où tu le partageras.

Je ne te dis rien de moi. C’est toujours la même chose. Un bon mari que j’adore, des enfants que j’idolâtre, etc., etc.…