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Fleur des ondes/Explication

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La Cie d’imprimerie Commerciale (p. 100-102).


V

EXPLICATION


Après l’attentat dont ils avaient été victimes, Fleurs des Ondes et Philippe, qui n’avaient pas reconnu leur agresseur, ne se crurent plus en sûreté dans la grotte :

— « Pour qu’on ait osé pénétrer jusqu’ici, dit la jeune fille, il faut que le charme soit rompu, et la superstition ne nous protégerait plus contre la fureur des Iroquois. Fuyons ! »

Elle détacha de la muraille un souvenir qu’elle tenait de son père, un étui en acier, puis elle confia à ses amis quelques provisions. C’était tout ce qu’elle pouvait emporter dans ce départ précipité. S’enveloppant dans un manteau de fourrure, Fleur des Ondes dit résolument « Partons » !

Mais au moment de franchir le seuil, elle se retourna, promenant un regard ému sur tous ces objets qui avaient été les humbles et muets témoins de sa vie. En quittant pour ne plus y revenir la caverne où s’étaient écoulées les heures sereines de son enfance, elle sentait comme tout cela lui tenait au cœur. Sortant de la barbarie qui lui avait été douce, pour aller vers la civilisation qui la traiterait peut-être en étrangère, cette reine de la forêt se demandait si elle ne s’acheminait pas vers le désenchantement. Son âme sensible éprouvait comme le remords d’une ingratitude en abandonnant son misérable gîte. Il lui semblait entendre de douces voix plaintives qui gémissaient tout bas : « Tu nous regretteras ».

Philippe, devinant l’émotion de sa cousine, lui prodigua des paroles d’encouragement. Tous trois partirent à la file indienne, Fleur des Ondes battant la marche. Ils suivirent, pendant quelque temps, le bord de la rivière, en ayant soin de se tenir à la lisière du bois. C’était par un beau clair de lune, mais de temps en temps, de gros nuages couraient dans le ciel, enveloppant la nature d’un voile opaque.

Dans la blanche lumière de la nuit, sous la protection de leur guide, les fugitifs se sentaient rassurés ; mais quand l’ombre peuplait de fantômes la forêt, ils hâtaient instinctivement leur marche.

Philippe avait franchement peur, et il aurait pu l’avouer sans honte, car ce n’était pas pour lui-même qu’il tremblait, mais bien pour l’aimable et brave fille qui s’était dévouée à le sauver.

Ce fut ainsi, sans prononcer une parole, qu’ils traversèrent le pays et atteignirent la bourgade des Algonquins, à l’heure Le Carcois y ramenait le corps inanimé de sa fiancée. À ses premiers pas hors de sa retraite, Fleur des Ondes se heurtait à un deuil et trébuchait sur un cadavre. Elle en éprouva une crainte superstitieuse de l’avenir.