Fragments (Anaximandre)

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Fragments
Traduction A. Reymond, 1919



A.9

Ἀναξίμανδρος

τῶν δὲ ἓν καὶ κινούμενον καὶ ἀπειρον λεγόντων Ἀ. μἐν Πραξιάδου Μιλήσιος Θαλοῦ γενόμενος διάδοχος καὶ μαθητὴς ἀρχήν τι καὶ στοιχεῖον εἴρηκε τῶν ὄντων τὸ ἄπειρον, πρῶτος τοῦτο τοὔνομα κομίσας τῆς ἀρχῆς. λέγει δ’ αὐτὴν μήτε ὕδωρ μήτε ἄλλο τι τῶν καλουμένων εἶναι στοιχείων, ἀλλ’ ἑτέραν τινὰ φύσιν ἄπειρον, ἐξ ἧς ἅπαντας γίνεσθαι τοὺς οὐρανοὺς καὶ τοὺς ἐν αὐτοῖς κόσμους· ἐξ ὧν δὲ ... τάξιν [Β 1], ποιητικωτέροις οὕτως ὀνόμασιν αὐτὰ λέγων.


A.10

ὑπάρχειν δέ φησι τῷ μὲν σχήματι τὴν γῆν κυλινδροειδῆ, ἔχειν δὲ τοσοῦτον βάθος ὅσον ἂν εἴη τρίτον πρὸς τὸ πλάτος. φησὶ δὲ τὸ ἐκ τοῦ ἀιδίου γόνιμον θερμοῦ τε καὶ ψυχροῦ κατὰ τὴν γένεσιν τοῦδε τοῦ κόσμου ἀποκριθῆναι καί τινα ἐκ τούτου φλογός σφαῖραν περιφυῆναι τῷ περὶ τὴν γῆν ἀέρι ὡς τῷ δένδρῳ φλοιόν· ἧστινος ἀπορραγείσης καὶ εἴς τινας ἀποκλεισθείσης κύκλους ὑποστῆναι τὸν ἥλιον καὶ τὴν σελήνην καὶ τοὺς ἀστέρας.

A.11

ταύτην δ’ ἀίδιον εἶναι καὶ ἀγήρω [Β 2], ἣν καὶ πάντας περιέχειν τοὺς κόσμους.


πρὸς δὲ τούτῳ κίνησιν ἀίδιον εἶναι, ἐν ἧι συμβαίνει γίνεσθαι τοὺς οὐρανούς.(3) τὴν δὲ γῆν εἶναι μετέωρον ὑπὸ μηδενὸς κρατουμένην, μένουσαν δὲ διὰ τὴν ὁμοίαν πάντων ἀπόστασιν. τὸ δὲ σχῆμα αὐτῆς γυρόν, στρογγύλον, κίονι λίθῳ παραπλήσιον [Β 5]· τῶν δὲ ἐπιπέδων ᾧ μὲν ἐπιβεβήκαμεν, ὃ δὲ ἀντίθετον ὑπάρχει.(4) τὰ δὲ ἄστρα γίνεσθαι κύκλον πυρός, ἀποκριθέντα τοῦ κατὰ τὸνκόσμον πυρός, περιληφθέντα δ’ ὑπὸ ἀέρος. ἐκπνοὰς δ’ ὑπάρξαι πόρους τινὰς αὐλώδεις, καθ’ οὓς φαίνεται τὰ ἄστρα· διὸ καὶ ἐπιφρασσομένων τῶν ἐκπνοῶν τὰς ἐκλείψεις γίνεσθαι.(5) τὴν δὲ σελήνην ποτὲ μὲν πληρουμένην φαίνεσθαι, ποτὲ δὲ μειουμένην παρὰ τὴν τῶν πόρων ἐπίφραξιν ἢ ἄνοιξιν. εἶναι δὲ τὸν κύκλον τοῦ ἡλίου ἑπτακαιεικοσαπλασίονα * * * τῆς σελήνης, καὶ ἀνωτάτω μὲν εἶναι τὸν ἥλιον, * * * κατωτάτω δὲ τοὺς τῶν ἀπλανῶν * * * ἀστέρων κύκλους· (6) τὰ δὲ ζῶια γίνεσθαι <ἐξ ὑγροῦ> ἐξατμιζομένου ὑπὸ τοῦ ἡλίου. τὸν δὲ ἄνθρωπον ἑτέρῳ ζώιῳ γεγονέναι, τουτέστι ἰχθύι, παραπλήσιον κατ’ ἀρχάς.



(7) (…), ὑετοὺς δὲ ἐκ τῆς ἀτμίδος τῆς ἐκ γῆς ὐφ’ ἥλιον ἀναδιδομένης·


A.16

ἀλλὰ μὴν οὐδὲ ἓν καὶ ἁπλοῦν εἶναι ἐνδέχεται τὸ ἄπειρον σῶμα, οὔτε ὡς λέγουσί τινες [...] τὸ παρὰ τὰ στοιχεῖα, ἐξ οὗ ταῦτα γεννῶσιν, οὔθ’ ἁπλῶς. εἰσὶ γάρ τινες οἳ τοῦτο ποιοῦσι τὸ ἄπειρον, ἀλλ’ οὐκ ἀέρα ἢ ὕδωρ, ὡς μὴ τἆλλα φθείρηται ὑπὸ τοῦ ἀπείρου αὐτῶν· ἔχουσι γὰρ πρὸς ἄλληλα ἐναντίωσιν, οἶον ὁ μὲν ἀὴρ ψυχρός, τὸ δ’ ὕδωρ ὑγρόν, τὸ δὲ πῦρ θερμόν· ὧν εἰ ἦν ἓν ἄπειρον, ἔφθαρτο ἂν ἤδη τἆλλα· νῦν δ’ ἕτερον εἶναί φασι, ἐξ οὗ ταῦτα. νgl.Metaph. Λ 2 [59 Α 61].



A.17

οἱ μὲν γὰρ ἀπείρους τῷ πλήθει τούς κόσμους ὑποθέμενοι, ὡς οἱ περὶ Ἀ. καὶ Λεύκιππον καὶ Δημόκριτον καὶ ὕστερον οἱ περὶ Ἐπίκουρον, γινομένους αὐτοὺς καὶ φθειρομένους ὑπέθεντο ἐπ’ ἄπειρον, ἄλλων μὲν ἀεὶ γινομένων ἄλλων δὲ φθειρομένων καὶ τὴν κίνησιν ἀίδιον ἔλεγον· ἄνευ γὰρ κινήσεως οὐκ ἔστι γένεσις ἢ φθορὰ.


A.18

Ἀ. [sc. τὰ ἄστρα εἶναι] πιλήματα ἀέρος τροχοειδῆ, πυρὸς ἔμπλεα, κατά τι μέρος ἀπὸ στομίων ἐκπνέοντα φλόγας. 15, 6 (D. 345) Ἀ. καὶ Μητρόδωρος ὁ Χῖος καὶ Κράτης ἀνωτἀτω μὲν πάντων τὸν ἥλιον τετάχθαι, μετ’ αὐτὸν δὲ τὴν σελήνην, ὑπὸ δὲ αὐτοὺς τὰ ἀπλανῆ τῶν ἄστρων καὶ τοὺς πλάνητας. 16, 5 (D. 345) Ἀ. ὑπὸ τῶν κύκλων καὶ τῶν σφαιρῶν, ἐφ’ ὧν ἕκαστος [sc. ἀστήρ] βέβηκε, φέρεσθαι [sc. τοὺς ἀστέρας].

A.21

Ἀ. [sc. τὸν ἥλιον] κύκλον εἶναι ὀκτωκαιεικοσαπλασίονα τῆς γῆς, ἁρματείῳ τροχῷ παραπλήσιον, τὴν ἁψῖδα ἔχοντα κοίλην, πλήρη πυρός, κατά τι μέρος ἐκφαίνουσαν διὰ στομίου τὸ πῦρ ὥσπερ διά πρηστῆρος αὐλοῦ. καὶ τοῦτ’ εἶναι τὸν ἥλιον. 21, 1(D. 351)

Ἀ. τὸν μὲν ἥλιον ἴσον εἶναι τῇ γῇ, τὸν δὲ κύκλον, ἀφ’ οὗ τήν ἐκπνοὴν ἔχει καὶ ὑφ’ οὗ περιφέρεται, ἑπτακαιεικοσαπλασίω τῆς γῆς.


A.22

Ἀ. [sc. τὴν σελήνην] κύκλον εἶναι ἐννεακαιδεκαπλασίονα τῆς γῆς…


A.23

περὶ βροντῶν ἀοτραπῶν κεραυνῶν πρηστήρων τε καὶ τυφώνων. Ἀ. ἐκ τοῦ πνεύματος ταυτὶ πάντα ονμβαίνειν· ὅταν γὰρ περιληφθὲν νέφει παχεῖ βιασάμενον ἐκπέσῃ τῇ λεπτομερείαι καὶ κουφότητι, τόθ’ ἡ μὲν ῥῆξις τὸν ψόφον, ἡ δὲ διαστολὴ παρὰ τὴν μελανίαν τοῦ νέφους τὸν διαυγασμὸν ἀποτελεῖ.




A.24 Ἀ. ἄνεμον εἶναι ῥύσιν ἀέρος τῶν λεπτοτάτων ἐν αὐτῷ καὶ ὑγροτάτων ὑπὸ τοῦ ἡλίου κινουμένων ἢ τηκομένων.


A.27

Ἀ. τὴν θάλασσάν φησιν εἶναι τῆς πρώτης ὑγρασίας λείψανον, ἧς τὸ μὲν πλεῖον μέρος ἀνεξήρανε τὸ πῦρ, τὸ δὲ ὑπολειφθὲν διὰ τὴν ἔκκαυσιν μετέβαλεν.



A.30

Ἀ. ἐν ὑγρῷ γεννηθῆναι τἀ πρῶτα ζῶια φλοιοῖς περιεχόμενα ἀκανθώδεσι, προβαινούσης δὲ τῆς ἡλικίας ἀποβαίνειν ἐπὶ τὸ ξηρότερον καὶ περιρρηγνυμένου τοῦ φλοιοῦ ἐπ’ ὀλίγον χρόνον μεταβιῶναι.

A.30

οὐ γὰρ ἐν τοῖς αὐτοῖς ἐκεῖνος ἰχθῦς καὶ ἀνθρώπους, ἀλλ’ ἐν ἰχθύσιν ἐγγενέσθαι τὸ πρῶτον ἀνθρώπους ἀποφαίνεται καὶ τραφέντας, ὥσπερ οἱ γαλεοί, καὶ γενομένους ἱκανους ἑαυτοῖς βοηθεῖν ἐκβῆναι τηνικαῦτα καὶ γῆς λαβέσθαι.}}


Anaximandre de Milet, fils de Praxiadès, concitoyen et associé de Thales disait que la cause matérielle et l’élément premier des choses était l’infini, et il fut le premier à appeler de ce nom la cause matérielle. Il déclare que ce n’est ni l’eau ni aucun autre des prétendus éléments, mais une substance dif­férente de ceux-ci, qui est infinie, et de laquelle procèdent tous les cieux et les mondes qu’ils renferment. Et les choses retournent à ce dont elles sont sorties «comme il est prescrit ; car elles se donnent réparation et satisfaction les unes aux autres de leur injustice, suivant le temps marqué », comme il le dit en ces termes quelque peu poétiques. Phys. Op. fr. 2 (R. P. 16; DV2, 9).


Il dit que la Terre est de forme cylindrique, et que sa pro­fondeur est égale au tiers de sa largeur. Il dit qu’à l’origine de ce monde une chose capable de pro­duire le chaud et le froid fut séparée de l’éternel. Il s’en forma une sphère de flamme qui se développa autour de l’air qui encercle la Terre, comme l’écorce croît autour d’un arbre. Quand elle eut été déchirée et enfermée en de certains anneaux, le soleil, la lune et les étoiles vinrent à l’existence. — ps. Plut. Strom.fr. 2. (R. P. 19 ; DV, 2, 10.)


Il dit qu’elle est éternelle et toujours jeune, et qu’elle envi­ronne tous les mondes (Hipp. Réf. I, 6 (R. P. 17 a ; DV 2, 11,1).

Et à part cela, il y avait un mouvement éternel au cours duquel s’accomplit la naissance des mondes. La terre plane librement, sans être soutenue par rien. Elle demeure en place parce qu’elle est à égale distance de tout. La forme en est convexe et ronde, pareille à une colonne de pierre. Nous sommes sur l’une des surfaces, et l’autre est du côté opposé. Les corps célestes sont des roues de feu séparées du feu qui encercle le monde, et encloses dans l’air. Et elles ont des évents pour respirer, sortes de trous pareils à des tuyaux, par lesquels sont vus les corps célestes. Pour cette raison, aussi, lorsque les évents sont obstrues, les éclipses se produisent. Et la lune semble tantôt croître et tantôt décroître, selon que ces trous s’ouvrent ou se ferment. Le cercle du soleil est vingt-sept fois plus grand que celui (de la terre, tandis que celui) de la lune est dix-huit fois aussi grand. Le soleil est le plus haut de tous, et les roues des étoiles fixes sont les plus basses. Les créatures vivantes naquirent de l’élément humide, quand il eut été évaporé par le soleil. L’homme était, au début, sem­blable à un autre animal, à savoir à un poisson. — Hipp., Réf. l, 6 (R. P. 22 a; DV 2, 11, 6).

La pluie est produite par l’humidité pompée de la terre par le soleil. — Hipp. Réf. l, 6, 7 (Dox. p. 560; DV, 2, 11).


D’ailleurs, il ne peut pas y avoir un corps un et simple qui soit infini, ni, comme le prétendent quelques-uns, un corps dis­tinct des éléments — lesquels en dérivent ensuite — ni un corps sans cette qualification. Car il est des philosophes qui font de ce corps (distinct des éléments) l’infini, au lieu de le placer dans l’air ou dans l’eau, pour éviter que les autres choses ne soient détruites par leur infinité. Ils (les éléments) sont en opposition l’un à l’autre — l’air est froid, l’eau humide, et le feu chaud — et c’est pourquoi, si l’un d’eux était infini, les autres cesseraient d’exister à l’instant. Aussi ces philosophes disent-ils que l’infini est autre chose que les éléments, et que c’est de lui que ceux-ci procèdent. Arist. Phys. Γ, 5, 204 b 22 (R. P. 16 b; DV, 2, 16).


Ceux qui admettaient des mondes innombrables, par exemple Anaximandre, Leucippe, Démocrite et, à une date postérieure, Epicure, soutenaient qu’ils naissaient et périssaient à l’infini, quelques-uns venant sans cesse à l’existence et d’autres péris­sant.




Anaximandre disait que les étoiles sont des condensations d’air pareilles à des cerceaux, pleines de feu, soufflant des flammes à un certain point par des orifices. Le soleil est le plus haut de toutes ; après lui vient la lune, et au-dessous de celle-ci les étoiles fixes et les planètes. — Aétius, II, 13, 7; 15, 6 (R. P. 19 a ; DV 2, 18).



Anaximandre disait que le soleil est un anneau vingt-huit fois aussi grand que la terre, semblable à une roue de char, avec une jante creuse et pleine de feu, montrant le feu à un certain point, comme à travers la bouche d’un soufflet. —Aét. II, 20, 1 (R. P. 19a; DV 2, 21.)

Anaximandre disait que le soleil est égal à la terre, mais que l’anneau par lequel il respire et par lequel il est mû en cercle est vingt-sept fois aussi grand que la terre. — Aét.II, 21,1. (Dox. p. 351 ; DV 2, 2l.)


Anaximandre disait que la lune est un anneau dix-huit fois aussi grand que la terre... —Aét. II, 25, 1. (Dox. p. 355; DV 2, 22.)



Anaximandre soutenait que le tonnerre et l’éclair sont causés par le vent. Quand il est enfermé dans un nuage épais et qu’il s’échappe avec violence, la rupture du nuage produit le bruit, et la déchirure offre l’aspect lumineux par contraste avec l’obs­curité du nuage.—Aét. III, 3, 1 (Dox. p. 367 ; DV, 2, 23).



Anaximandre soutenait que le vent est un courant d’air (c’est-à-dire de vapeur) qui s’élève quand ses particules les plus fines ci les plus humides sont mises en mouvement ou dissoutes par le soleil. — Aét. III, 6,1 (Dox. p. 374 ; DV, 2, 24).



La mer est ce qui reste de l’humidité primordiale. Le feu en a desséché la plus grande partie, et transformé le reste en sel en le brûlant. — Aét. III, 16, 1. (R. P. 20 a; DV 2, 27.)



Les premiers animaux furent produits dans l’humide, enfer­més chacun dans une écorce épineuse. Avec le temps ils firent leur apparition sur la partie la plus sèche. Quand l’écorce éclata, ils modifièrent leur genre de vie en peu de temps. —Aét.V, 19, 1 (R. P., 22; DV, 2,30).


Il prétend qu’au début les êtres humains naquirent dans l’in­térieur de poissons, et qu’après avoir été nourris comme les requins, et être devenus capables de se protéger eux-mêmes, ils furent finalement jetés sur le rivage, et prirent terre. — Plut. Symp. Quaest., 730 f (R. P., 22; DV 2, 30).