Fragments d’un voyage au Paraguay

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FRAGMENTS D’UN VOYAGE AU PARAGUAY,


PAR LE Dr A. DEMERSAY[1].


1844-1847. — TEXTE ET DESSIN INÉDITS.


De Paris aux rives de l’Uruguay.


Chargé en 1844 d’une mission scientifique dans le Paraguay, je dus pénétrer dans cette contrée par la province brésilienne de Rio-Grande d’el Sul, la guerre que nous soutenions alors contre Rosas me fermant la voie bien plus commode du Rio de la Plata.

Je ferai grâce au lecteur des incidents de cette première partie de mon voyage, à travers une province fort appauvrie par les discordes civiles. Nous couchions en plein air, sur notre selle installée dans ce but, et la liste des jours où je me suis endormi sans souper est assez longue pour que j’aie oublié les jours plus rares où nous pouvions obtenir de l’hospitalité des habitants un rôti (asado) de viande séchée au soleil.

À San-Borja, ancienne Mission des Jésuites, sur la rive gauche de l’Uruguay, j’eus le bonheur de rencontrer M. Aimé Bonpland, le botaniste célèbre, le compagnon de voyage de M. de Humboldt, qui a peu survécu lui-même à son meilleur ami. Ce que j’avais appris du Paraguay, de la réserve et de l’extrême circonspection dont il fallait s’y entourer dans les relations les plus ordinaires de la vie, me faisait vivement désirer de recevoir les conseils éclairés du savant compatriote qui avait eu le loisir de le bien connaître, durant les longues heures de son emprisonnement.

J’aurai toujours présente au souvenir mon entrevue avec le savant modeste, avec le vieillard affectueux dont je devais rester l’hôte pendant plusieurs mois, grâce aux événements politiques qui surgissaient incessamment dans les provinces voisines : je cède malgré moi au plaisir de la raconter.

Je n’avais pas jugé à propos d’accepter ces lettres de recommandation banale qui vous sont offertes à chaque instant en Amérique, et l’accoutrement dans lequel je me présentai, n’était pas, il faut l’avouer, de nature à m’en tenir lieu. Il était deux heures de l’après-midi, lorsque je mis pied à terre devant la demeure modeste que mon guide avait eu beaucoup de peine à découvrir à l’extrémité du village de San-Borja. Assailli depuis le matin par un violent orage, une pluie continuelle, tropicale, avait déformé mes habits. Mes longues et larges bottes détrempées par l’eau retombaient en spirales sur mes talons, où les retenaient d’énormes éperons en fer achetés dans la province de Saint-Paul. Un poncho en cotonnade anglaise rayée de couleurs tranchantes, assez semblable à ceux que portent les nègres, mais souillé d’une boue argileuse et rougeâtre, me couvrait les épaules, et le sabre obligé de Rio-Grandenses me battait aux jambes. Le désordre de cette tenue m’inspirait bien quelque inquiétude, car la présence d’un domestique français aussi pauvrement vêtu que le maître n’était pas faite pour rassurer l’hôte que je m’étais choisi ; et sans l’escorte que les autorités brésiliennes avaient mise à ma disposition, je courais grand risque de passer à des yeux moins indulgents pour un voyageur conduit dans ces contrées lointaines par un mobile au moins étranger à la science. Quelques mots me suffirent pour donner une autre expression aux regards scrutateurs et surpris de M. Bonpland, pour le mettre au courant de mes projets, et lui faire connaître le but de ma visite. Le soir, j’étais installé dans sa maison, et nous étions devenus en quelques heures de vieux amis de vingt ans.

Par suite des événements dont j’ai parlé plus haut, je ne pouvais penser à continuer mon voyage vers le Paraguay ; il fallait se résigner et attendre. Je donnai le change à mon impatience en recueillant précieusement les souvenirs du naturaliste célèbre qui, après avoir été le collaborateur de l’illustre Humboldt dans un voyage scientifique resté jusqu’ici sans égal, dut à son seul mérite, promptement apprécié par l’impératrice Joséphine, les fonctions d’intendant des domaines de la Malmaison et de Navarre. Ces fonctions, il les conserva jusqu’à la chute de l’empire. Alors, tourmenté du désir de revoir l’Amérique, il s’embarque de nouveau, arrive à Buenos-Ayres et entreprend une longue expédition qui devait le conduire à travers les pampas, le Grand-Chaco et la Bolivie, au pied des Andes qu’il voulait explorer une seconde fois. Mais, parvenu dans les anciennes Missions des Jésuites, situées sur la rive gauche du Paranà, M. Bonpland fut attaqué à l’improviste, saisi et garrotté par les soldats du docteur Francia, qui le retint prisonnier pendant dix années, en dépit d’une royale intervention et des démarches actives de M. de Chateaubriand alors ministre des affaires étrangères. En vérité, il faudrait interroger l’histoire peu connue de quelque vieux voyageur du seizième siècle pour trouver une existence plus aventureuse que celle-ci ; car, au temps où nous vivons, on rencontre parmi les savants peu de ces destinées bizarres et capricieuses où l’imprévu domine, et auxquelles semble présider une fatalité incompréhensible sans doute, mais dont il est difficile de méconnaître entièrement la puissance et les effets. Doué d’une mémoire peu commune, l’ancien intendant de Joséphine avait une conversation facile, enjouée, semée de traits anecdotiques, et fort attachante. Sa vigueur égalait sa mémoire, et malgré son grand âge, il était infatigable à cheval[2]. Comme son illustre ami M. de Humboldt, il avait puisé dans les Andes cette vitalité centenaire que n’usent ni l’activité du corps, ni les travaux de l’esprit. Il semble que les voyageurs qui ont exploré les hautes montagnes voisines du ciel soient comme les navigateurs des régions boréennes. Lorsqu’on visite Greenwich, on s’incline avec surprise devant des siècles ambulants qui ont passé leur jeunesse au milieu des glaces éternelles des pôles. La même longévité paraît réservée aux voyageurs qui ont atteint les sommets neigeux de l’Illimani et du Chimborazo.

Je consacrais chaque jour les heures de la sieste à la rédaction de mes notes, à l’étude des questions que mon hôte m’indiquait comme devant être l’objet de mes recherches. Sur ses instances pressantes, j’avais consenti à me remettre au dessin, que des études plus positives, mais non plus intéressantes, m’avaient fait abandonner. Je comprenais de quel prix devaient être un jour pour moi ces souvenirs incorrects, et sans me laisser rebuter par les imperfections du début, j’allais par les plus chaudes heures de la journée m’asseoir au milieu des ruines de l’église : là, abrité par un pan de muraille lézardée, je m’appliquais patiemment à reproduire un à un tous les détails archéologiques de cet édifice imposant, que l’on renversa quelques mois plus tard pour édifier à sa place une nouvelle construction. Bientôt je m’enhardis ; des richesses sculpturales mais inanimées de l’église jésuitique, je passai au paysage, et enfin aux hommes. Je fis le portrait de plusieurs Indiens, en commençant par les serviteurs de M. Bonpland. Topfer dit quelque part dans ses Voyages en zigzags, en parlant du talent comme peintres des nobles valaisans, « qu’ils sont réduits à se faire scrupuleux par gaucherie, et copistes par inexpérience : » je m’efforçais de mériter l’application de ce jugement d’un charmant esprit.

Le matin j’accompagnais M. Bonpland auprès de ses malades ; le soir, nous nous promenions dans les environs de la ville, en laissant toute liberté d’allure à nos chevaux. Parfois nous passions plusieurs jours de suite, campés au milieu des forêts vierges, afin de faire tout à l’aise de l’histoire naturelle. Cette vie aventureuse plaisait fort au célèbre voyageur, dont elle ravivait les lointains souvenirs. Souvent aussi nous allions jusqu’au Passo de l’Uruguay, petit hameau qu’habitait alors l’ancien gouverneur de Corrientes D. Pedro Ferré, exilé par la politique d’une province qu’il avait longtemps et sagement administrée. M. Ferré avait pour commensaux trois jésuites espagnols revenus depuis peu de mois du Paraguay, et je recueillais de leur bouche de précieux renseignements.


Missions orientales. — Les villes de l’Incarnation et de l’Assomption. — Le diable et le docteur Francia.

Cependant les complications politiques menaçaient de s’éterniser, et la route du Paraguay restait close. Pour mettre le temps à profit, je résolus alors d’explorer les Missions orientales, réunies au Brésil depuis le commencement du siècle, en accomplissant tout d’abord cette partie de mon itinéraire dont j’avais renvoyé l’exécution à mon retour. Mes préparatifs de départ furent poussés activement, et je partis pénétré des instructions de M. Bonpland, pour visiter une à une toutes les Missions de la rive gauche de l’Uruguay. Quelques-unes possédaient encore des ruines remarquables de leur splendeur passée ; l’emplacement des autres se révélait seulement par un amas confus de pierres amoncelées, envahies et presque cachées par une végétation parasite. Pour habitants, çà et là quelques pauvres Indiens disséminés alentour dans des cabanes, ou réfugiés dans les bâtiments des colléges. Ceux-ci prenaient soin des églises, quand elles étaient encore debout. De tous côtés la misère, la solitude, l’abandon. On pouvait suivre à leurs traces profondes les ravages de la guerre étrangère, causés par la double invasion des hordes indisciplinées d’Artigas, par celle du général Rivera en 1828 ; et les désastres plus récents, mais non moins déplorables, de la guerre civile apaisée depuis quelques mois.

Revenu de ce long voyage de privations et de fatigues, je trouvai chez M. Bonpland d’excellentes lettres du Paraguay. M. Pimenta Bueno, chargé d’affaires du Brésil à l’Assomption, auquel j’avais écrit en même temps qu’au président de la république, avait obtenu pour moi la permission refusée quelques mois auparavant à M. de Castelnau. Les instances de l’habile diplomate avaient eu raison des hésitations présidentielles, et à l’annonce de la délivrance d’un passe-port qui allait m’attendre à la frontière, il ajoutait l’offre courtoise de la plus franche hospitalité.

Mes préparatifs promptement terminés sous le coup de ces heureuses nouvelles, je pris enfin congé de l’excellent homme qui m’avait si cordialement accueilli ; et suivi de quelques soldats, je traversai lestement un pays sans ressources, peuplé de maraudeurs recrutés dans les rangs d’une armée ennemie.

Le jour où j’entrai dans la Mission d’Itapua, aujourd’hui ville de l’Incarnation, les retards, les fatigues et les dangers, j’oubliai tout. Les ordres du président Lopez m’y avaient précédé, et ce ne fut pas sans un vif sentiment de satisfaction que je reçus du commandant de la place le passe-port qui m’accordait les secours en hommes et en chevaux nécessaires pour me rendre dans la capitale de la nouvelle et mystérieuse république. Ainsi s’abaissaient devant moi des barrières que j’avais redouté si longtemps de trouver infranchissables.

Bâtie sur la rive gauche du Panama, au point où ce grand fleuve, descendant du nord, tourne droit à l’ouest pour aller rejoindre le Rio-Paraguay, l’Incarnation se trouve à trois cents kilomètres en ligne droite de l’Assomption, capitale de la république.

L’Assomption fut colonisée pour la première fois en 1536. Elle compte maintenant une population de douze mille âmes environ, et se trouve, selon les déterminations de l’Américain Page, par vingt-cinq degrés seize minutes trente secondes latitude sud, et soixante degrés de longitude. La ville est bien située, sur une berge élevée de cinquante pieds au-dessus de la rivière. Avec quelques améliorations, elle aurait une position commerciale avantageuse. Mais l’esprit d’entreprise individuelle n’y a qu’une sphère très-restreinte, vu que le playa ou le port est la propriété du gouvernement. En 1854, on y construisit un quai en pierre, mais bien que ce soit incontestablement un ouvrage en maçonnerie assez important, il serait insuffisant à faciliter les transactions, si jamais l’Assomption arrivait à un grand commerce extérieur.

La population est adonnée aux vieilles habitudes et continuera quand même à charger et à décharger les navires au moyen de canots, à moins qu’un étranger entreprenant ne propose un nouveau plan. Grâce aux règlements extraordinaires de Francia, les rues sont régulières et les façades des maisons sont partout unies. Un propriétaire un peu fantaisiste, dont la maison n’aurait pas été bâtie conformément aux prescriptions du dictateur, aurait eu la satisfaction de voir sa construction minée, divisée en deux ou quatre parties, selon les exigences de la symétrie, et cela sans aucun avis, sans aucun ordre préalable. On enlevait parfois des tranches de maisons et on laissait des salons et des chambres à coucher dans des dimensions moitié moindres qu’auparavant. Quelques-unes de ces malheureuses constructions ainsi rognées se trouvent encore dans les rues, faisant l’effet de « grandes pièces entamées » laissées après le dîner.

Les habitations se composent invariablement d’un seul étage ; quelques-unes d’entre elles sont grandes et bien construites, et contiennent six, huit ou dix chambres bien aérées, donnant sur une cour. Les briques qui entrent dans ces constructions sont de formes et de dimensions particulières, ayant de dix à douze pouces de long, huit de largeur sur environ deux pouces d’épaisseur. Les maisons les plus riches sont couvertes de tuiles ; les toits se projettent à trois ou à quatre pieds au delà des gouttières ; mais, dans la plupart des autres constructions, c’est le toit qui est achevé avant tout le reste ; on fixe des pieux dans la terre, au-dessus on pose des planches qui soutiennent les solives et les chevrons, et puis on met transversalement des lanières de caña ou de bambou, assez rapprochées les unes des autres pour retenir le mortier qui cimente les jointures ou unir les tuiles. Dans des maisons de ce genre, ce sont les troncs de palmier, préparés comme je viens de le décrire, qui sont le plus souvent employés.

Les principaux édifices publics sont : le Cabildo, la cathédrale et deux ou trois autres églises datant du temps des Jésuites. C’est dans le Cabildo que l’assemblée nationale tient ses séances. Les églises sont très-bien entretenues, excepté une qui paraît bien moins fréquentée que les autres. Les bons habitants en parlent rarement, car un terrible mystère pèse sur cette enceinte sacrée : elle contenait à une certaine époque les dépouilles mortelles du dictateur Francia. C’est la qu’il fut enterré et qu’on éleva un monument au-dessus de sa tombe. Mais un beau matin, au moment où selon l’habitude, l’église s’ouvrait aux fidèles, le monument fut brisé en mille morceaux qui jonchèrent aussitôt le sol, et les ossements du tyran disparurent à jamais, sans que personne se souciât de savoir comment ; et depuis lors la rumeur publique chuchote que le diable a réclamé son bien : l’âme et le corps du défunt.


Quelques mots sur le docteur Francia, dictateur du Paraguay.

L’histoire du Paraguay, depuis sa sortie des mains de l’Espagne, n’est autre que celle du personnage célèbre qui eut l’art de maintenir son pays durant trente années sous le joug du plus capricieux despotisme ; de l’homme étrange que sa politique égoïste et cruelle place au rang des fléaux de l’humanité.

José-Gaspar-Rodriguez de Francia, né vers 1757, mort à l’Assomption le 20 septembre 1840, aimait à répéter que le sang qui coulait dans ses veines était un sang français ; mais rien ne justifie cette prétention puérile. Après avoir pris le grade de docteur en droit canon à l’Université célèbre de Cordova, dirigée par les Franciscains depuis l’expulsion des Jésuites, le jeune José-Gaspar revint dans sa patrie, se fit homme de loi, et sut mériter l’estime, sinon l’affection de ses concitoyens, par son talent et son intégrité ; aussi, lorsque quelques années plus tard le moment de constituer un gouvernement, après la déposition du gouverneur Velasco, fut arrivé, la place du docteur se trouva-t-elle marquée d’avance dans ses conseils. Élu successivement membre d’une junte exécutive, premier consul, dictateur pour trois ans, il eut l’art de se faire nommer dictateur perpétuel par un congrès composé de pauvres gens incapables de comprendre l’étendue et la signification du titre et des prérogatives redoutables qu’ils venaient de lui conférer. Alors, délivré de la crainte des caprices toujours inquiétants du scrutin, Francia, qui avait su se contenir pendant sa magistrature temporaire, donna libre carrière à ses instincts et fit peser sur son malheureux pays le joug de la tyrannie la plus odieuse.

La découverte d’une conspiration ourdie contre le despote et ses principaux séides, augmenta les terreurs de son esprit soupçonneux et défiant. Les coupables furent saisis, emprisonnés, et fusillés pour la plupart. La torture arracha aux autres quelques aveux, et amena la découverte de nouveaux complices. Plus d’un citoyen, injustement dénoncé, fut jeté dans ces cellules étroites, plus affreuses que les plombs de Venise. Rarement le prisonnier parvenait même à connaître le motif de son arrestation. Quant à la durée de la peine, elle était toujours illimitée : ou le prisonnier mourait dans les fers, ou, après de longues années de cruelles souffrances, Francia l’envoyait au supplice : c’était sa manière de faire place à d’autres.

Désireux de mettre son pouvoir à l’abri de toute tentative de renversement, il prit le parti de fermer le Paraguay et de l’isoler des provinces voisines, trop souvent en proie (il est juste de le dire aussi) à l’anarchie et à la guerre civile. Imbu de cette étrange maxime économique, à savoir que les Anglais et généralement tous les Européens ruinent les autres nations par leur commerce, il se fit le seul trafiquant du pays, dont il échangeait les produits à Itapua, contre des armes et des munitions qu’il y recevait du Brésil. Il prit ainsi au piége et retint prisonnier pendant de longues années, quelques-uns jusqu’à sa mort, des négociants étrangers et des savants qui avaient tenté d’explorer ce pays encore si peu connu des naturalistes, malgré les beaux travaux de Félix de Azara. Parmi ces derniers il faut citer les docteurs Rengger et Longchamp, et avant eux M. Bonpland, qui expia par dix années d’une dure captivité son amour désintéressé pour la science.

Les années, en s’accumulant sur la tête de Francia, furent impuissantes à calmer les accès de son humeur fantasque et ses excentricités sanguinaires ; et la mort le surprit dans l’exercice d’un despotisme inflexible, après quelques jours de maladie, pendant lesquels il continua de s’occuper seul de l’expédition des affaires. Vainement on le presse de se désigner un successeur, afin de préserver le pays de l’anarchie ; à ces instances il se contente de répondre qu’il ne manquera pas d’héritiers. Peu s’en fallut qu’il ne sortît de la vie par un crime. Saisi tout à coup d’un violent accès de colère contre son médecin (curandero), il se lève, s’arme d’un sabre, et allait en frapper l’homme de l’art tremblant et déjà résigné, lorsque ses forces le trahissent et il tombe évanoui. Aux cris du barbier accourt le sergent de garde, qui refuse d’approcher avant d’en avoir reçu l’ordre de sa bouche :

« Mais il ne parle plus, dit le mulâtre.

— Peu importe, répond le soldat, fidèle observateur de la consigne ; s’il revenait, il me punirait d’avoir désobéi. »

Enfin on le porte mourant sur son lit, et le 20 septembre 1840 au matin il expire, à l’âge de quatre-vingt-trois ans.

Francia était d’une taille moyenne. Nerveux et maigre, il offrait tous les signes qui caractérisent le tempérament bilieux. De beaux yeux noirs enfoncés sous l’orbite et couverts d’épais sourcils, des regards perçants et un front largement développé imprimaient à sa physionomie un remarquable cachet d’intelligence et de pénétration. Admirateur enthousiaste de l’empereur Napoléon, il croyait le copier en montant à cheval en robe de chambre, avec des bas de soie et des souliers à boucles d’or : un tricorne de dimensions fabuleuses, et qui représentait dans sa pensée le petit chapeau historique, complétait son costume, dont il avait pris le modèle sur une caricature de Nuremberg. Malgré ce léger ridicule, le maintien grave et digne de Francia commandait le respect, et son abord était imposant. Fort de cette première impression, il cherchait par une hauteur étudiée à intimider son interlocuteur. Mais s’il rencontrait une contenance ferme et un regard assuré, son ton devenait plus doux ; il causait avec esprit et laissait voir alors des connaissances étendues sur les sujets les plus variés. Sans amis, sans parents auprès de lui, car il congédia bientôt sa sœur sous le prétexte le plus frivole et emprisonna ses neveux, il cherchait des distractions dans l’étude, et y consacrait les instants que ne réclamait pas le gouvernement de sa république.

« L’époque moderne, dit le commandant Page[3], n’a rien produit de comparable à ce régime odieux du dictateur du Paraguay. Pendant tout un quart de siècle, et au mépris des avis et des reproches des gouvernements étrangers, Francia régna en tyran sur ce beau pays et commit une foule de crimes, sous ce prétexte spécieux, érigé par lui en aphorisme, que la liberté doit être mesurée aux hommes sur leur degré de civilisation. À sa mort, malgré les exécutions sans nombre qui souillèrent son règne, les prisons de l’Assomption regorgeaient de prisonniers. Il y en avait plus de sept cents, dont quelques-uns enfermés depuis vingt ans. Comme les prisonniers de la Bastille délivrés le 14 juillet, ces malheureux étaient physiquement anéantis, quelques-uns d’entre eux tombés dans l’idiotisme. En rentrant dans le monde, ils n’y ont retrouvé ni leurs foyers ni leurs familles, balayées par cet affreux courant de tyrannie. »


Ethnographie et population du Paraguay. — Caractères physiologiques et moraux des habitants.

Au Paraguay, comme dans la plupart des colonies européo-américaines, une observation superficielle suffit pour constater au sein de la population, la présence d’éléments hétérogènes. On y reconnaît aisément l’existence simultanée de trois races séparées par des différences profondes dans leurs caractères physiologiques, leur origine, leurs aptitudes et leurs instincts. La race guaranie, chez laquelle le naturaliste remarque plus d’un trait d’organisation mongolique, autochtone et maîtresse du sol au moment de la découverte, constitue le plus important de ces éléments ; viennent ensuite la race latine ou conquérante sortie de l’Espagne, et la race nègre, importée par celle-ci des rivages de l’Afrique. Il est assurément plus aisé de se figurer que de décrire les mélanges à tous les degrés, les croisements nombreux et presque infinis qui ont dû naître du contact de ces trois variétés de l’espèce humaine vivant ainsi pêle-mêle depuis plusieurs siècles. Je ne m’y arrêterai pas : je craindrais de répéter des définitions trop connues[4].

La race latine se personnifie dans cette poignée d’aventuriers intrépides, sortis de la péninsule ibérique à la suite de Sébastien Cabot, d’Ayolas et d’Alvar Nunez.

Lorsque ces découvreurs audacieux remontèrent le Paranà et le Rio-Paraguay, en quête du Roi d’argent (Rey plateano), ils trouvèrent les rives des deux fleuves au pouvoir d’un peuple puissant, partagé en de nombreuses tribus que beaucoup d’écrivains ont à tort considérées comme autant de nations distinctes, et qui s’étendait presque sans interruption du trente-quatrième au seizième degré de latitude sud, en couvrant les provinces de Corrientes, du Paraguay, et la partie méridionale du Brésil. C’était la nation guaranie, dont le nom tient une large place dans l’histoire des peuples aborigènes de ce demi-continent. Mais sur cette vaste étendue, les Guaranis ne formaient pas un corps homogène, soumis à l’autorité d’un chef commun, obéissant à une même direction ; et ce fractionnement en tribus souvent hostiles, le défaut d’union ou la rivalité des chefs, en affaiblissant leur résistance, rendirent leur défaite plus facile à des hommes qu’aucun obstacle n’arrêtait dans des luttes continuelles avec la nature terrible du désert. On le sait, la force ne fut pas d’ailleurs leur unique point d’appui, et de nombreuses unions avec les femmes indigènes, unions dont Martinez de Irala fut l’ardent promoteur, constituent peut-être le plus puissant levier de la conquête de cette belle province.

Tandis qu’à Buenos-Ayres la race latine, dédaignant de s’allier aux Indiens peu nombreux ou hostiles des pampas, se conservait sans mélange et pour ainsi dire dans toute sa pureté, ou se renouvelait seulement à l’aide des recrues fournies par l’Espagne, au Paraguay elle était contrainte par les circonstances, à moins de hauteur et de fierté. Ce fut, en effet, une nécessité à la fois politique et physiologique pour les hardis soldats des expéditions centrales de l’Amérique du Sud, de s’allier à la race qu’ils allaient soumettre. D’un côté, leur nombre ne fut jamais en rapport avec celui de leurs ennemis ; de l’autre, le chiffre des femmes qui émigrèrent dans l’intérieur, demeura à toutes les époques dans d’insuffisantes proportions. En choisissant des épouses parmi les Indiennes, en déclarant Espagnols les métis qui naquirent de ces alliances, les conquérants firent faire à la colonisation de rapides progrès, car ils créèrent dans leurs établissements, pour les défendre, un peuple nouveau, orgueilleux de ses ancêtres, jaloux de conserver la gloire et d’étendre encore les immenses domaines dont il héritait.

Tel est le point de départ de la population du Paraguay, qui conserve profondément gravée l’empreinte de son origine maternelle. Il convient d’ajouter que les races américaines, en général, se prêtent admirablement à ces mélanges intimes avec le sang européen. Ainsi, tandis que certains caractères physiques du nègre, par exemple l’état crépu des cheveux, la grosseur et la saillie des lèvres, persistent souvent au delà de la cinquième génération, ceux de l’Indien, très-affaiblis dès la première, disparaissent presque entièrement à la troisième. Aussi, toutes les fois que des circonstances analogues à celles dont je viens de parler se sont présentées, le même fait remarquable d’assimilation s’est-il produit. Et ce résultat si intéressant pour l’ethnologie, on peut le constater géographiquement : en effet, à mesure que l’on s’éloigne du littoral, l’élément européen diminue, et l’élément indien augmente, pour finir par dominer. C’est ainsi que minorité sur les côtes du Pérou et du Chili, il devient majorité à Cochabamba, à la Paz et à Chuquisaca ; mais nulle part, je crois, cette prédominance n’est plus saillante et mieux caractérisée que dans les plaines du Paraguay, où la race des vaincus a pour ainsi dire absorbé celle des vainqueurs, auxquels elle a imposé son langage et ses habitudes. C’est d’ailleurs, comme on l’a fait judicieusement observer, c’est le propre des colonies d’origine latine d’offrir de nombreux mélanges des nations conquérantes avec les nations conquises, tandis que la race du Nord, le sang anglo-saxon s’est conservé pur dans le nouveau monde comme dans l’Inde, sans se croiser jamais avec celui qu’il était appelé à dominer. Cette remarque n’a pas besoin de commentaires ; et toutes les explications que pourrait fournir de cette opposition l’étude des influences climatériques ou l’examen des institutions civiles et politiques, disparaissent devant une cause qu’il faudrait appeler la loi du sang, car, partout supérieure aux lois sociales et à l’action des agents extérieurs, elle suffit à déterminer le caractère primordial des races.

En considérant sous ce double rapport l’ensemble du nouveau continent, on pourrait dire que la race conquérante domine dans le Nord-Amérique ; que la race importée s’élève au Brésil à une supériorité numérique incontestable, tandis qu’au Paraguay la race autochthone a imprimé tous ses caractères au peuple issu de son alliance avec les Européens.

Considérée dans son ensemble, la nation paraguayenne, isolée par la politique des peuples de même origine qui l’avoisinent, est remarquable tout à la fois par ses caractères physiologiques et ses qualités morales. On peut y suivre les modifications imprimées à la race latine par la race autochthone, et constater les heureux résultats du mélange des deux sangs, résultats déjà signalés par M. d’Orbigny sur d’autres points de l’Amérique méridionale.

Ainsi, en prenant pour modèle le type général, et sans s’arrêter aux exceptions, on peut dire que les hommes sont généralement grands et bien conformés. Leur taille, souvent supérieure à celle des Européens, est élancée et bien prise. La cause de cette amélioration nous échappe ; il faut admettre des influences locales qui modifient ce trait de conformation qui par sa généralité devient ici un caractère de race. Des mesures nombreuses prises dans plusieurs localités sur des individus adultes, m’ont donné pour moyenne de la taille, un mètre sept cent vingt millimètres.

Leur extérieur régulier n’offre d’ailleurs rien de remarquable. Leur air est doux et efféminé, et leur démarche a perdu cette gravité que l’on accorde généralement aux Espagnols.

La peau est blanche, parfois avec de très-légères nuances de bistre. Souvent on peut y saisir des traces non équivoques de sang indien. Dans les campagnes, il faut joindre à cette cause l’influence des agents atmosphériques. Beaucoup d’individus ont la peau d’un blanc mat très-remarquable.

Produit hétérogène du mélange à tous les degrés de trois races d’origine et de provenance distinctes, la population présente l’homogénéité la plus complète et la plus entière uniformité dans ses mœurs, ses goûts, dans ses habitudes et ses sentiments religieux. J’omets à dessein de parler de ses convictions politiques : elle a eu rarement à les manifester, car il est bien difficile de prendre au sérieux les délibérations d’un congrès national, émané du suffrage universel, chez un peuple indifférent à tout, à peine entré dans les voies de la civilisation, et auquel on a appris à répéter à tout propos les mots sacrés d’indépendance et de patrie, en lui imposant en politique, en industrie, en commerce, une tutelle et des entraves à faire regretter le régime si durement reproché à la métropole.

Résignés, doux, patients, flegmatiques, bienveillants dans les relations ordinaires de la vie, les Paraguayos, profondément imbus du sentiment de l’autorité, se montrent en toute circonstance d’une soumission aveugle, presque servile, vis-à-vis de leurs magistrats. Ils obéissent avec la plus entière abnégation aux ordres émanés de leur « Suprême Gouvernement, » ou de ses moindres agents. La doctrine de l’obéissance absolue, pratiquée pendant trois siècles, n’avait pas eu le temps de faire naufrage dans le rapide passage des institutions coloniales à l’étrange républicanisme inauguré par le dictateur, et il n’était pas homme à lui laisser perdre son prestige. Aussi s’attacha-t-il toujours à semer au sein d’une population déjà craintive, l’effroi et la terreur par des exécutions répétées à de courts intervalles, et toujours sans jugement. Ces habitudes de soumission la séparent des peuples de la Plata, qui sortis tout armés du sein de l’insurrection ne savent pas obéir ; aussi voit-on alternativement chez eux, comme le remarque fort justement M. de Brossard, la liberté dégénérer en licence, et l’autorité réagir jusqu’au despotisme.

Ses mœurs paisibles et sa douceur, l’habitant du Paraguay les doit à plusieurs causes : à une disposition innée d’abord ; ensuite au bonheur qu’il a eu, bonheur payé un peu cher, de n’être pas lancé par une soudaine et violente transition, dans l’ère révolutionnaire au milieu de laquelle se débattent épuisées, depuis l’Indépendance, les provinces Argentines. Enfin, il les doit encore, selon moi, à son mode d’alimentation.

Sous une forme d’apparence frivole, le spirituel auteur de la Physiologie du Goût a formulé cet axiome d’une grande vérité : Dis-moi ce que tu manges, je te dirai ce que tu es. Je n’hésite pas à en faire ici l’application.

L’influence de la nourriture, incontestable chez les animaux, assez évidente dans tous les pays, nulle part ne m’a paru plus sensible que chez les Paraguayos.

L’Argentin ne quitte le sein maternel que pour mordre dans un morceau de bœuf saignant et souvent cru. Il dédaigne les fruits spontanés de la terre, d’ailleurs fort rares au milieu des solitudes qui l’environnent, et redoute par-dessus tout le travail et les soins que réclame la culture de ceux que l’homme s’est assimilés. Il n’en est pas de même au Paraguay. Des obstacles nombreux à l’accroissement illimité du bétail, en imposant un ordre et une économie nécessaires dans l’exploitation des troupeaux, laissent assez prévoir que l’éducation des hommes s’y accomplit dans des conditions bien différentes. Des habitudes sédentaires leur sont d’ailleurs imposées par les occupations agricoles, car l’agriculture, objet du dédain des gauchos, est justement honorée dans un pays dont elle a été jusqu’ici l’unique ressource.

La viande ne constitue pas, en effet, la base de la nourriture du Paraguayo, laquelle est plutôt végétale qu’animale. Une partie peu considérable de la population des villes se nourrit habituellement de viande, en y associant dans de fortes proportions la racine de manioc et les oranges ; une autre partie, plus nombreuse, ne mange de la viande que de temps à autre ; une autre enfin n’en mange jamais, ou seulement à de rares intervalles, et s’alimente exclusivement de la racine du Jatropa manihot, et des fruits que fournit en abondance le précieux végétal multiplié jusqu’à l’excès par la prévoyance des Jésuites. Ces différences dans les habitudes et la manière de vivre, expliquent en partie, je le crois, aux yeux du voyageur qui débarque à l’Assomption, après avoir touché à Buenos-Ayres et à Corrientes, le contraste frappant qu’il remarque entre tous ces anciens sujets de l’Espagne, dont les allures, le caractère et l’esprit sont si différents.

Le couteau n’est donc pas, comme pour ses voisins, l’ultima ratio de l’habitant du Paraguay. Il ne le passe pas, en se levant, à sa ceinture, pour le conserver tout le jour sur lui, dans sa maison. Il ne le porte qu’en voyage, et d’une manière peu apparente. Il devient alors sa seule arme, car le sabre est le signe distinctif des employés du gouvernement et des postillons qui portent ses ordres.

Protégé dans sa vie par une administration vigilante et ferme, le Paraguayo n’a pas besoin de se faire justice à lui-même ; et loin de chercher à entraver l’action de la justice, il lui prête, le cas échéant, un énergique concours. Un vol d’une certaine importance a-t-il été commis (car les crimes y sont rares, presque inconnus) ; signale-t-on la présence d’un malfaiteur dans le district ; à la voix du juge de paix (juez comisionado), soudain les habitants sont sur pied ; ils traquent le coupable comme ils feraient d’une bête fauve ; conduits, il est juste de le dire, dans cette circonstance, autant par leur aversion pour le crime, que par leur déférence profonde aux ordres du magistrat.

L’isolement du pays, en le mettant à l’abri des révolutions presque incessantes dans les provinces voisines, a eu du moins pour résultat de préserver ses habitants de leurs tristes conséquences. La manière de vivre du Paraguayo, ses occupations agricoles, ses habitudes sédentaires, tranquilles ; une placidité qu’aucun événement soit extérieur, soit intérieur, ne vient troubler, le maintiennent dans des dispositions d’une remarquable douceur ou, à parler vrai, d’une indifférence complète. Dans son patriotisme aveugle, il ne voit rien au delà, il ne met rien au-dessus de son pauvre pays, dont ses chefs lui exagèrent à tout propos la fertilité et l’importance. Pour lui, le monde finit aux confins de la république. Parfois, il entend parler de l’Europe, et plus souvent de Buenos-Ayres ; mais il n’en sait que ce qu’on veut qu’il en sache, c’est-à-dire, ce qu’il en apprend par hasard du juge de paix de son district, auquel parvient chaque semaine le journal souvent rédigé par le présidant, et toujours publié sous ses yeux. La feuille officielle arrive-t-elle enfin, après de longs jours d’attente ? Quelques amis en petit nombre, fonctionnaires tous ou à peu près, aussitôt convoqués, se réunissent chez le magistrat qui fait la lecture des articles du « Suprême Gouvernement, » lentement, avec gravité, en coupant sa lecture de quelques apostrophes à l’adresse autrefois de Rosas, aujourd’hui sans doute du Brésil ou des Nord-Américains, suivant les circonstances et les besoins de la politique du moment. La lecture achevée, la prose officielle va dormir précieusement enfermée dans un coffre de cuir qui la met à l’abri de la dent des insectes.

Après le dévouement absolu des magistrats de tout rang aux fonctions qui leur sont confiées, et sur la même ligne, il faut placer leur désintéressement. Tous tiennent à honneur de servir leur pays (el Estado, la Patria), et ils le servent avec un zèle qui ne se dément jamais. Là, presque toutes les fonctions sont gratuites ; celles qui très-exceptionnellement émargent au budget, le grèvent de sommes on ne peut plus minimes. Point de gros traitements[5]. Le respect de la chose publique est descendu dans la classe la plus infime de la population, et l’on ne saurait citer un exemple d’improbité envers l’État, même de la part du plus nécessiteux. Puisse cet exemple trop rare devenir contagieux dans les autres républiques du nouveau monde, et même un peu dans l’ancien !

Ce qui précède laisse assez prévoir ce que l’on doit attendre de la population, et les ressources qu’elle peut offrir au gouvernement au point de vue militaire. Plein de confiance en lui-même et dans ses chefs, inaccessible à l’enthousiasme, prévenu par un effet de l’éducation contre tout ce qui est étranger (tagüe), soumis jusqu’à la plus entière abnégation, le soldat paraguayo, peu propre à la guerre offensive, possède de précieuses qualités pour la défense de son pays, que l’Europe entière, dont il n’a aucune idée, ne saurait à ses yeux égaler en puissance et en richesse. En inspirant à ses concitoyens un patriotisme aveugle, mais qui peut devenir entre des mains habiles un levier puissant, si le dictateur a fait naître au dehors une idée exagérée des forces de son pays, il lui a montré qu’il pouvait conquérir l’indépendance : en lui enseignant l’art difficile de l’obéissance, il lui a donné le moyen de la conserver. Déjà cette politique a porté ses fruits. On retrouve dans notre hémisphère, chez quelques peuples du Nord, la sobriété, le flegme et la résignation de l’habitant du Paraguay, et l’on a pu dire, non sans raison, qu’il était le Russe de l’Amérique.


Le Quartel del Cerito.

Le président Lopez repousse hautement les prétentions de la confédération Argentine et de la Bolivie à la propriété exclusive du Grand-Chaco, immense contrée presque inconnue encore, située à l’occident du Rio-Paraguay, sur laquelle les autorités espagnoles établirent à plusieurs reprises des postes et des blockhaus pour contenir les hordes sauvages et défendre la province de leurs incursions (voy. t. III, p. 321). Le fort Bourbon ou Olympo fut fondé en 1792, et plus tard on créa l’établissement du Quartel del Cerrito, à cinq lieues de l’Assomption.

Plusieurs motifs m’ayant fait prendre la résolution d’aller passer quelques jours au Quartel, j’en fis part au président, qui voulut bien mettre à mes ordres un canot et quelques hommes. La voie de la rivière est plus longue, mais elle est aussi plus sûre. Je quittai donc l’Assomption dans une après-midi du mois d’août, et après avoir passé la nuit dans un des postes de la rive gauche (ils sont de ce côté très-rapprochés), je débarquai de bonne heure le lendemain dans une clairière ouverte à travers les arbres qui bordent le fleuve. Là se trouvait un piquet de soldats, d’où j’expédiai un exprès (chasque) au commandant du fort qui vint à ma rencontre en m’amenant des chevaux et une escorte.

Nous partîmes, et après une demi-heure de marche, nous aperçûmes le Quartel. L’emplacement du poste paraît bien choisi. Placé au centre d’une plaine découverte, sur une élévation peu considérable, mais d’où la vue s’étend sans obstacle, il est, de jour, à l’abri d’une surprise. Grâce à l’exhaussement du sol, les pâturages qui l’environnent, d’excellente qualité, se trouvent hors de l’atteinte des inondations du fleuve, et les troupeaux y multiplient dans d’incroyables proportions.

L’établissement consiste en un long bâtiment couvert en paille, dans lequel logent, d’un côté, le commandant et son second (alferes), de l’autre, les soldats. Au milieu s’ouvre une large porte qui donne accès dans une pièce destinée aux armes et aux munitions. J’y ai remarqué un petit canon de bronze, espèce de pierrier monté sur un affût de campagne. À ce corps de logis principal sont adossées d’autres dépendances consacrées aux usages domestiques.

Une forte palissade faite de pieux hauts de trois à quatre mètres entoure le Quartel : l’espace qu’elle renferme est un carré dont les côtés ont quatre-vingts mètres, avec des angles en pan coupé, garnis d’un banc sur lequel se place une sentinelle dont la tête seule dépasse le sommet de l’estacade. Une espèce de cage, élevée sur une poutre gigantesque, domine au loin la campagne. De jour, un soldat s’y tient ; mais il en descend vers le soir, car par une nuit obscure les sauvages pourraient l’atteindre de leurs flèches en dépit de sa vigilance.

La garnison se compose de vingt-cinq hommes pris dans toutes les armes, mais le plus ordinairement parmi les lanciers. Tous les deux mois elle relève le détachement placé près du fleuve, que sa faiblesse numérique, son isolement, et l’absence de clôture autour du rancho qu’il occupe, astreignent à un service de surveillance incessant et fort pénible.

Il y aurait, en effet, de l’imprudence à se fier aux dispositions pacifiques des Indiens et à leurs démonstrations amicales. Si leurs agressions ne sont pas continuelles, si des années s’écoulent souvent sans qu’on ait à leur reprocher même une tentative de vol, tout à coup, profitant de l’obscurité profonde d’une nuit tempétueuse, ils apparaissent en bandes nombreuses, poussent le cri de guerre, et lancent une grêle de flèches sur les sentinelles : puis ils se retirent en enlevant tout ce qu’ils peuvent réunir de troupeaux.

Ces brigandages périodiques n’empêchent pourtant pas certaines relations de s’établir entre la garnison et ses irréconciliables ennemis. Parmi les tribus, il en est d’ailleurs qui portent aux blancs une haine moins vivace : de ce nombre sont les Lenguas, qui viennent souvent troquer des chevaux contre de l’eau-de-vie, des oranges, quelques épis de maïs, ou de menus objets de fabrication européenne. Dans le court trajet du fleuve au poste, j’avais rencontré quelques Indiens de cette nation, et sur le désir que j’exprimai de les voir de plus près, le commandant les invita à venir me trouver. Dès le lendemain matin ils accoururent : la promesse d’une bonne ration d’eau-de-vie leur avait fait faire diligence. Je recueillis alors sur eux, et tout à l’aise, à l’aide d’un interprète, les renseignements suivants :


Indiens du Grand-Chaco. — Lenguas, Tobas, Machicuys.

Nation lengua. — Aujourd’hui très-peu nombreuse, et presque éteinte, la nation lengua vit au nord du Pilcomayo, unie et mélangée aux Énimagas et aux Machicuys, à peu de distance du Quartel. Leurs ennemis actuels sont les Tobas unis aux Pitiligas, aux Chunipis et aux Aguilots. Ces derniers constituent une horde nombreuse de l’autre côté du Pilcomayo.

C’est surtout avec les Machicuys, que les restes de la nation lengua sont unis et confondus. En effet, ils disent ne plus former que douze familles, et le cacique des Mascoys est en même temps le leur. Ce cacique se nomme Viskê. Les Paraguayos lui ont donné le surnom de Casacapyta, mot hybride formé d’un vocable espagnol et de pyta, rouge, qualificatif guarani. Ce surnom vient d’une casaque rouge dont lui fit présent un officier du Quartel.

Les Lenguas ont des payes ou médecins qui n’administrent aux malades que de l’eau et des fruits, et pratiquent des succions avec la bouche sur les plaies et les endroits douloureux. Ils entremêlent cette opération de jongleries et de chants accompagnés avec des calebasses (porongos) qu’ils secouent aux oreilles du malade. Ces porongos remplis de petites pierres, font un bruit assourdissant. Les payes sont en même temps sorciers, prédisent les événements, et lisent dans l’avenir.

Quelques femmes (la coutume n’est pas générale) se tatouent d’une manière indélébile à l’époque de la puberté, qui toujours est marquée par une fête. Cette fête consiste dans une réunion de famille, où les hommes s’enivrent avec de l’eau-de-vie s’ils ont pu s’en procurer par échange, ou avec la liqueur fermentée (chicha) qu’ils tirent des fruits de l’algarobo.

Le tatouage des femmes consiste en quatre raies bleues, étroites et parallèles, qui tombent du haut du front sur le nez qu’elles suivent jusqu’à l’extrémité, sans continuer sur la lèvre supérieure, et en anneaux irréguliers, dessinés sur les côtés du front jusqu’aux tempes exclusivement, sur les joues et le menton.

Les deux sexes se percent les oreilles dès l’âge le plus tendre, et y passent un morceau de bois dont ils augmentent sans cesse le diamètre, de telle sorte que vers l’âge de quarante ans, ce trou offre d’énormes dimensions. J’en ai mesuré plusieurs, et j’ai trouvé pour moyenne, dans le sens longitudinal, six centimètres. Le diamètre antéro-postérieur était un peu moins considérable. Ces morceaux de bois, pleins, sont irrégulièrement arrondis, et m’ont présenté, dans leur plus grand diamètre, jusqu’à quatre centimètres et demi. Souvent aussi les Lenguas les remplacent par un long morceau d’écorce d’arbre roulé en spirale comme un ressort de pendule. Quelle que soit sa nature, ce morceau de bois se nomme ilaskê.

Les Lenguas se peignent les cheveux, qu’ils coupent sur le haut du front, et font une mèche, qui du milieu de la tête va rejoindre en passant au-dessus de l’oreille gauche, la masse réunie et attachée derrière la tête, avec un ruban ou une corde de laine. Ces cheveux toujours noirs, droits et généralement longs et très-fins, soyeux même, sont donc tombants entre les deux épaules. Les femmes ne réunissent pas ainsi leur chevelure tous les jours. J’en ai vu plusieurs qui la laissaient flotter. Au reste, s’ils se peignent quelquefois, on ne peut pas dire que les Lenguas aient soin de leurs cheveux ; leur extrême malpropreté s’y oppose. Il est en effet impossible de rien voir de plus sale que cette nation, si semblable en cela aux autres.

Les Lenguas ont pour armes un arc et des flèches qu’ils portent derrière le dos serrées dans un cuir. Ils ont aussi une hache qu’ils appellent achagy, et qu’ils portent de la même manière. Ils tiennent à la main une makana, bâton fait de bois dur et pesant. À cela ils ajoutent encore une lance garnie de fer, et quelques-uns les bolas et le lazo. Ils sont excellents cavaliers, montent à poil, avec leur femme et leurs enfants, plusieurs sur le même cheval, et ils montent à droite, les femmes comme les hommes. Ils n’ont pas de mors et se contentent d’un morceau de bois : ils font des rênes avec des fils de caraguata.

Leur couleur brun olivâtre, plus foncée que celle des Tobas, des pommettes saillantes, leurs petits yeux, une face large, aplatie, leur nez ouvert, un peu écrasé, leur large bouche, de grosses lèvres, donnent à la physionomie de ces sauvages un aspect singulier, auquel ne contribue pas médiocrement une paire d’oreilles tombant jusqu’à la base du cou, et chez quelques individus jusqu’aux clavicules. Les Lenguas, comme tous les Indiens. deviennent hideux en vieillissant.

Quelques semaines s’étaient écoulées depuis mon excursion sur ce point, et je rentrais à l’Assomption après un nouveau voyage dans l’intérieur du pays, lorsque j’appris que le Quartel avait été l’objet d’une agression tout à fait imprévue de la part des tribus du Chaco, et qu’à la suite d’un engagement dans lequel deux Indiens avaient trouvé la mort, les soldats avaient pu reprendre le bétail dérobé, et faire des prisonniers, aussitôt dirigés sur la capitale, et confiés à la garde de la troupe dans la caserne de cavalerie située près de l’arsenal et du port. L’occasion était on ne peut plus favorable pour continuer mes études ethnographiques et les compléter : dès le lendemain j’accourais à la caserne.

Je trouvai, en arrivant, une douzaine d’Indiens chargés de fers (grillos), et assis çà et là au milieu d’une cour étroite. Couverts de sordides vêtements européens, de ponchos en guenilles, ou drapés à l’antique dans de mauvaises couvertures, les prisonniers, parmi lesquels figuraient deux enfants, l’un de huit ans, l’autre de quinze, paraissaient tristes et abattus. Ils gardaient un silence profond, dont j’eus quelque peine à les tirer.

À côté des Lenguas que j’avais vus au Quartel, il y avait des Tobas et des Machicuys ; mais quoique connu des premiers, ce fut en vain que mon interprète les questionna sur le motif de leur agression.

Nation toba. — Les Tobas nommés par les Énimagas et les Lenguas, Natocoet et Yucanabacté, et Guanlang dans la langue mataguaya, sont d’une taille généralement élevée et bien prise. J’en ai mesuré trois, et j’ai trouvé un mètre quatre-vingt-un centimètres, un mètre soixante-dix-sept centimètres, et un mètre soixante-onze centimètres. Leur système musculaire est développé, et leurs membres, bien conformés, se terminent, comme chez toutes les nations du Chaco, par des mains et des pieds à faire envie à des Européennes.

Ils ont un front ordinaire, non fuyant ; des yeux vifs, plus grands que ceux des Lenguas, et surmontés de sourcils minces et peu fournis : l’iris est noir. Ils ne s’arrachent pas les cils. Leur nez, régulier, allongé, s’arrondit à son extrémité en s’élargissant un peu. La bouche légèrement relevée aux angles, mieux proportionnée et moins largement fendue que celle des Lenguas, est garnie de belles dents qu’ils conservent dans un âge fort avancé. Ils n’ont pas non plus les pommettes saillantes et la face aussi large.

Les Tobas paraissent avoir renoncé à l’usage du barbote qu’ils portaient encore au temps d’Azara : aucun d’eux n’avait de cicatrice à la lèvre intérieure. Leurs oreilles n’étaient pas percées. Ils laissent croître et flotter librement leurs cheveux sans les attacher. Quelques-uns cependant les coupent carrément sur le front : cette coutume existe même chez certaines femmes.

La couleur de la peau, moins foncée que celle des Lenguas, est d’un brun olive, sans reflets jaunâtres : au reste, j’avoue qu’il est très-difficile d’exprimer ces nuances si variées de coloration.

Rien ne pouvait distraire les hommes de leur taciturnité ; à toutes nos questions leur physionomie restait impassible, froide et sérieuse. Quelques voyageurs accordent aux femmes encore jeunes un sourire gracieux, une figure intéressante ; mais leurs traits se déforment de bonne heure, et, comme les hommes, elles deviennent d’une laideur repoussante. En même temps, le sein d’un volume normal, d’abord bien placé, s’allonge au point de leur permettre d’allaiter leurs enfants qu’elles portent derrière le dos.

Ainsi réunie aux Mbocobis, la nation toba occupe, ou plus exactement parcourt une étendue considérable des plaines du Chaco. On la rencontre sur les bords du Pilcomayo, depuis son embouchure jusqu’au pied des premiers contre-forts des Andes, où elle est en contact et souvent en guerre avec les Chiriguanos.

Généralement nomades, les Tobas sont pêcheurs et chasseurs. Pour armes, ils ont des bolas, des flèches, des makanas et de longues lances armées de pointes de fer. Quelques-unes de leurs tribus, plus sédentaires, ajoutent les produits de l’agriculture à ceux de la chasse ; elles cultivent le maïs, le manioc et les patates.

Les enfants des deux sexes vont nus ; les hommes et les femmes portent une pièce d’étoffe enroulée autour des reins, ou se drapent dans un manteau fait de la dépouille des animaux sauvages. Les femmes ont pour ornements des colliers et des bracelets de perles de verre ou de petits coquillages ; et dans certaines tribus, les hommes s’entourent le corps de longs chapelets blancs, composés de petits fragments de coquilles arrondis en forme de boutons, et enfilés de manière à conserver une position uniforme.

La circonstance à laquelle nous avons dû de retrouver à l’Assomption ces hordes indomptables, laisse assez pressentir ce qu’il nous reste à dire de leurs mœurs et de leurs habitudes. Les Tobas, fiers, jaloux de leur liberté, ont de tout temps montré des dispositions hostiles aux créoles et n’ont cessé d’inquiéter leurs établissements, tantôt en les attaquant à force ouverte, tantôt en pillant leurs troupeaux. Les villes de Corrientes et de Santa-Fé, cette dernière surtout, eurent beaucoup à souffrir de leurs déprédations. Les Santafécinos, aidés par les gouverneurs des provinces voisines, ont à plusieurs reprises dirigé contre leurs ennemis implacables de coûteuses et sanglantes expéditions. Cette lutte entre la barbarie et la civilisation continue de nos jours plus ardente que jamais. Un voyageur raconte que les Indiens ont fait sur les rives du Salado, du mois d’avril 1854 au mois d’août 1855, six invasions qui ont coûté à la province de Santiago cent treize habitants emmenés comme captifs ou assassinés sur place. Nulle sécurité pour les habitations éparses ni même pour les villes. Ces hordes pillardes, qui savent doubler les forces et la vitesse du cheval, traversent comme une avalanche d’immenses déserts, et tombent tout à coup sur de pauvres familles, presque folles de frayeur et sans défense. Qu’on suppose ces Indiens pourvus quelque jour d’armes à feu, et ils viendront impunis asseoir leurs tentes sur les ruines des cités. En attendant que le croisement des races les fasse entrer, modifiés et adoucis, dans la grande famille humaine, l’imminence du péril oblige à des mesures énergiques d’extermination dont l’intéressant récit nous entraînerait trop loin.

Machicuys. — Tout en admettant une identité presque complète entre les Tobas et les Mbocobis, nous faisons nos réserves jusqu’à plus ample informé à l’égard des Machicuys, que M. d’Orbigny regarde comme une tribu des Mbocobis et des Tobas dont ils parleraient la langue. L’étude spéciale que nous avons faite ne nous permet pas de partager cette manière de voir.

À côté des différences de langage, nous en trouvons d’autres. Ainsi, plus sédentaires, agriculteurs, doués de mœurs moins farouches, les Machicuys se rapprochent des Lenguas par les dimensions extraordinaires du lobule des oreilles, par leurs armes et la manière de combattre. Azara dit qu’ils s’en éloignent par la forme de leur barbote, lequel ressemblerait à celui des Charruas. Nous répéterons ici l’observation que nous avons faite précédemment : aucun des Machicuys que nous avons vus ne présentait la cicatrice de l’ouverture destinée à recevoir ce sauvage ornement qu’ils abandonnent, à l’exemple encore des Botocudos du Brésil, tandis que certaines peuplades de l’ancien continent le conservent religieusement. C’est ainsi que les Berry, nation noire des bords du Saubat, affluent de la rive droite du Nil, se percent la lèvre inférieure pour y introduire un morceau de cristal de plus d’un pouce.

La taille, les formes, les proportions des Machicuys, sont celles des Lenguas. Comme eux, ils ont de petits yeux, la face large, une grande bouche, le nez épaté, les narines ouvertes. Ils laissent flotter leurs cheveux, dont les boucles épaisses couvrent en partie leur visage, et retombent sur leurs épaules.

Le langage de ces nations est, comme celui de tous les Indiens du Chaco, très-accentué et rempli de sons arrachés avec effort du nez et de la gorge : il présente des redoublements de consonnes d’une extrême difficulté de prononciation.

Tels sont les caractères principaux de l'organisation des Indiens que nous avons pu observer. Dans la crainte de redites, je renvoie le lecteur désireux de plus amples détails, aux ouvrages que j’ai cités dans le courant de cette notice, et à ceux qui trouveront place dans la bibliographie du Paraguay et des Missions.

Alfred Demersay.



  1. Ces fragments sont extraits de l’Histoire physique, économique et politique du Paraguay et des Établissements des Jésuites. Deux volumes grand in-8, avec Atlas de quatorze planches teintées et deux cartes, ouvrage publié en quatre livraisons. En vente : le premier volume de texte et deux livraisons de l’Atlas. Le deuxième volume est sous presse, et paraîtra prochainement. Paris ; librairie Hachette et Cie.
  2. Né le 22 août 1773, M. Bonpland avait alors plus de soixante-douze ans. Le nom de sa famille était Goujaud, mais elle reçut à une époque déjà ancienne, on ignore pour quel motif, le surnom de Bonpland. À la longue, le nom de Goujaud disparut et fit place au surnom ; substitutions fréquentes dans l’histoire privée des familles. Bonpland est mort le 11 mai 1858.
  3. La Plata, the Argentine Confederation and Paraguay, a narrative, etc., by Thomas, J. Page, U. S. N., commander of the expédition. London, 1859.
  4. Personne n’ignore la signification des mots mulâtre, métis, quarteron, salto-atras, etc. On appelle zambo l’individu né de l’alliance des sangs nègre et indien.
  5. Qu’on en juge. Le président touche annuellement huit mille piastres (43 200 fr.) ; l’évêque cinq cents piastres (2 700 fr.). Les officiers de l’armée ont une paye insignifiante, et les simples soldats ne reçoivent que la nourriture et l’habillement.