Fragments historiques sur l’Inde/Édition Garnier/Avertissement de Beuchot

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FRAGMENTS HISTORIQUES

SUR L’INDE

ET

SUR LE GÉNÉRAL LALLY

(JUIN-DÉCEMBRE) 1773


AVERTISSEMENT DE BEUCHOT.

Les trente-six articles dont se composent ces Fragments historiques n’ont pas été publiés en même temps pour la première fois. Les vingt premiers, dont l’auteur s’occupait en juin 1773 (voyez sa lettre à d’Argental, du 28 juin), étaient imprimés en auguste, et envoyés à Paris le même mois (voyez les lettres à Richelieu, du 7 auguste, et à d’Argental, du 27). Ils formaient une brochure de iv et 162 pages, qui avait pour titre : Fragments sur l’Inde et sur le général Lally. Voltaire avait voulu appeler l’attention sur Lally[1]. Le fils de cet infortuné général, qui s’est, dans un temps, acquis quelque considération en défendant la mémoire de son père, avait ainsi changé l’épigraphe mise par Voltaire :

Heu ! miser extremo curris bellator ad Indos,
Per mare, supplicium quœrens, per saxa, per ignes.

Les vers de l’épigraphe de Voltaire sont d’Horace, livre I, épître i, vers 43-46.

Une réimpression, page par page, est suivie du Précis du procès du comte de Morangiés (qu’on a vu ci-dessus, page 33), et ce serait immédiatement après les vingt premiers chapitres des Fragments sur l’Inde qu’il eût fallu les mettre en suivant rigoureusement l’ordre chronologique. Mais c’eût été scinder les deux parties du même ouvrage, inconvénient plus grave que la disposition que j’ai adoptée.

Les chapitres xxi à xxxvi virent le jour à la fin de 1773, puisqu’il en est question dans les Mémoires secrets du 16 janvier 1774. Ils étaient numérotés i à xvi, et formaient, avec quelques autres écrits, une brochure de iv et 264 pages, intitulée Fragments sur l’Inde, sur l’Histoire générale, et sur la France. Les morceaux qu’on trouvait à la suite des seize articles sur l’Inde étaient : 1° Fragment sur la justice, à l’occasion du procès de M. le comte de Morangiés ;Fragment sur le procès criminel de Montbailli ;Fragment sur l’Histoire générale, en seize articles.

Je les ai tous rétablis à la suite des articles sur l’Inde.

B.


  1. On sait que Voltaire se trouva mêlé, en 1745, aux affaires du prétendant Charles-Édouard, et qu’il fut même chargé de rédiger un manifeste du roi de France en faveur de ce prince, qui venait de débarquer en Écosse. Il eut, en ces circonstances, des relations presque quotidiennes avec l’Irlandais Lally, homme d’un grand courage, mais qu’il jugea absurde, violent et intéressé.

    En 1762, c’est-à-dire dix-huit ans après, le nom de Lally revint aux oreilles du seigneur de Ferney avec un orage de malédictions. L’Irlandais, qu’on avait nommé gouverneur général des établissements français aux Indes, n’avait pas su défendre nos colonies contre les Anglais, et une troupe d’actionnaires et de marchands ruinés criaient dans Paris à la trahison. Ils criaient si haut et ils crièrent si longtemps que, pour les apaiser, le parlement dut, au bout de trois années, leur sacrifier le général, qui fut condamné à la peine de mort. Voltaire, à cette nouvelle, écrivit à d’Alembert cette phrase restée célèbre : « Tout le monde avait le droit de tuer Lally, excepté le bourreau ; » puis il ajouta un chapitre à son Précis du Siècle de Louis XV pour flétrir la sentence.

    Or le patriarche ne s’occupait plus de cette affaire quand, au mois de