Géographie du territoire de Belfort/2

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II

Physionomie générale


Le Territoire de Belfort est occupé au nord par les montagnes des Vosges, et au sud par les dernières ramifications du Jura. Entre les extrémités de ces deux systèmes orographiques se creuse mie profonde dépression qui fait communiquer la vallée du Rhône avec celle du Rhin : « c’est, dit M. Élisée Reclus, la fameuse Trouée de Belfort, qui donne passage à un canal, plusieurs routes et chemins de fer, et que surveille une puissante forteresse. Pour les relations pacifiques et guerrières des nations limitrophes, cette large ouverture de Belfort, qui permet de contourner au nord le rempart du Jura, au sud celui des Vosges, eut toujours une importance capitale, et des événements récents ont prouve que, même de nos jours, après la construction de tant de routes entre les deux versants des monts, cette plaine intermédiaire est restée une des grandes voies historiques dans l’ensemble de l’Europe. » Immédiatement au nord de cette dépression, le massif vosgien arrondit ses premiers « ballons. »

Les Vosges, les montagnes, sinon les plus belles, du moins les plus agréablement arrondies et les mieux boisées qu’il y ait en France, forment, à l’ouest de la grande plaine du Rhin, le pendant exact de la Forêt-Noire, à l’est de cette même plaine. Ces deux chaînes sont tellement semblables par leur aspect, par leur nature géologique, qu’on peut les considérer comme les contre-forts extérieurs d’une chaîne aujourd’hui disparue, qui, après avoir rempli toute la largeur de la vallée rhénane, se serait d’abord effondrée dans le sens de la longueur et que les érosions du fleuve auraient plus tard détruite presque entièrement, en laissant comme témoins les deux chaînes parallèles de l’Alsace et de Bade.

Les Vosges doivent leurs formes rondes à la nature de leurs roches, grès, schistes, granits, qui ne se laissent pas tailler à l’emporte-pièce, qui ne s’effondrent pas par larges pans réguliers comme des craies ou des calcaires. Elles n’ont point de pics, mais elles se terminent par des espèces de dômes qui portent le nom de « ballons » et par des plateaux, généralement de peu d’étendue, qui s’appellent « hautes chaumes. » Leurs pentes sont ou gazonnées ou boisées.

C’est dans les Vosges que se dresse, à l’extrémité septentrionale du Territoire, le point culminant du département, le Ballon d’Alsace (1,257 mètres) ; le point le plus bas est le confluent de la rivière de Saint-Nicolas ou Bourbeuse avec l’Allaine (330 mètres), soit une différence de niveau de plus de 900 mètres. La ligne d’altitude la plus basse suit la rivière de Saint-Nicolas et le canal du Rhône au Rhin, qui traversent le Territoire dans la direction du nord-est au sud-ouest. Le sommet du Ballon d’Alsace offre une vue admirable. À l’est, à la limite des chaumes, on aperçoit, en Alsace, les hauteurs qui dominent le vallon des Charbonniers à son extrémité supérieure. Au sud-est, on a à ses pieds la belle et verte vallée de Massevaux, semée de villages, arrosée d’eaux vives dont le lac de Sewen marque l’origine, et dans le fond, la dominant à gauche, la hauteur du Rossberg. Au delà de ce riant paysage, en se portant vers le sud, le regard découvre au loin Belfort.
Belfort.
dont la forteresse se voit distinctement par les temps clairs, et que signalent les eaux miroitantes des étangs situés dans le voisinage de cette ville. Enfin, en se tournant vers l’ouest et le nord-ouest, on a devant soi la vallée de Presle et le Ballon de Servance (Haute-Saône), chargé de forêts de sapins. Au delà de ces premiers plans, on découvre, dans le lointain à l’est, la vallée du Rhin entre Mulhouse et Bâle, et les gradins méridionaux de la Forêt-Noire ; au sud-est, lorsque le temps est clair, les sommets découpés des Alpes bernoises, et même les glaciers resplendissants du Mont-Blanc. Parmi les cimes alpestres les plus distinctes, nous signalerons, en suivant la ligne de l’horizon, de gauche à droite le Wetterhorn, le Schreckhorn, l’Eiger, la Jungfrau, le Blumlisalp, etc. Enfin, si l’on se tourne de nouveau vers le sud et l’ouest, les lignes bleues et sinueuses du Jura, presque toujours visibles, encadrent au loin le ciel.

Du Ballon d’Alsace, les Vosges envoient au sud-est et au sud-ouest deux importantes ramifications, entre lesquelles s’ouvre la belle vallée de la Savoureuse ou de Giromagny et qui offrent une série de ballons couronnés de petits plateaux fertiles. Le massif occidental, le moins considérable mais le plus élevé, sépare la vallée de Giromagny de celle du Rahin (Haute-Saône). Il offre successivement, à partir du Ballon d’Alsace, des altitudes de 1,120 mètres, de 1,001 mètres (Ballon de Saint-Antoine), de 1,091, de 1,150 (Planche des Belles-Filles) et de 815 mètres au mont Saint-Jean, qui domine Auxelles-Haut ; au sud de cette montagne, le territoire s’abaisse subitement de 300 à 400 mètres ; ce ne sont plus les Vosges.

Le massif montagneux qui se dresse à l’est de la vallée de Giromagny a 10 kilomètres environ à vol d’oiseau dans sa plus grande largeur ; il sépare la vallée de Giromagny de celle de Massevaux (Alsace). C’est dans ce massif que naissent les rivières de la Madeleine, de Saint-Nicolas et de Riervescemont. La ligne de faîte du massif offre, du nord-ouest au sud-est, des altitudes de 1,142, 1,091 (signal des Plaines), 1,069, 1,077 mètres (le Boerenkopf), 1,005,928 mètres (signal de Sudel), et de 800 mètres à la montagne des Boulles, au-dessus de Hougemont, bourg au sud duquel le territoire n’est plus qu’à 400 mètres d’attitude. Le reste du massif offre une hauteur moyenne de 700 à 900 mètres au-dessus du niveau de la mer.

De Sermamagny à la sortie du Territoire de Belfort, la Savoureuse est dominée par des hauteurs dont l’altitude dépasse généralement 400 mètres, et atteint même 647 mètres à la montagne du Salbert et 493 à la forêt d’Arsot, montagnes dominant au nord-ouest et au nord la ville de Belfort, qu’entourent des collines (la Miotte, la Justice, etc.) élevées d’une cinquantaine de mètres au-dessus de la rivière. Tout le territoire compris entre Lachapette-sous-Rougemont, Belfort et Delle, d’une part, et la limite orientale du département, de l’autre, offre une altitude inférieure à 400 mètres.

Près de Delle, au sud de la trouée de Belfort, s’élèvent des monts calcaires, en partie boisés (512 mètres d’attitude dans la forêt de Florimont), situés sur la limite de la France, de l’Alsace et de l’ancien évêché de Bâle ou pays de Porrentruy et de Délémont, terre de langue française et de religion catholique faisant aujourd’hui partie du canton de Berne (Suisse). Des sites pittoresques embellissent ce massif, commencement du Jura. La chaîne du Jura n’appartient pas seulement au département qui porte son nom, mais encore aux départements du Doubs, de l’Ain, de la Savoie et de la Haute-Savoie, et pénètre aussi sous d’autres dénominations jusque dans l’Isère et la Drome. En Suisse, le Jura occupe toute la lisière occidentale de la confédération entre le Rhône et le Rhin ; puis, franchissant ce fleuve près de l’embouchure de l’Aar, il pénètre en pleine Allemagne, et, sous le nom de Rauhe Alp (âpre montagne) et d’Erzgebirge (monts des métaux), se développe jusqu’aux bords de l’Elbe. Sa longueur totale est d’environ 900 kilomètres.