Galehaut, sire des Îles Lointaines/08

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Plon-Nourrit et Cie (2p. 128-129).


VIII


Messire Gauvain ne répondit mot : il était trop dolent de la mort de son bon cheval. Et quand Hector vint lui dire, tout honteux, de ne point se blesser des propos du nain, il répliqua qu’il ne s’en souciait point. Au reste, il ne tarda pas à faire paraître ce qu’il valait : car, à quelques jours de là, il vainquit le chevalier Fée ; il n’y a pas d’utilité à raconter comment.

Pour le faire court, le conte dit seulement que, lorsque Ségurade eut crié merci, le sénéchal de la dame de Roestoc et Hector se hâtèrent de le relever, blessé comme il était, et de l’emporter au château, et la dame courut à leur suite, ainsi qu’une grande partie du peuple qui voulait voir ce qu’on ferait du vaincu : de manière qu’il ne resta que très peu de gens sur le champ autour de monseigneur Gauvain. Un valet, du pays qui tenait son cheval le lui amena et l’aida à monter. Et, se voyant oublié, il piqua des deux et s’enfonça dans le bois.

Cependant la dame de Roestoc rejoignait le cortège qui emportait Ségurade. Hector lui demanda avec surprise ce qu’elle avait fait de son champion. Elle tourna la tête et, ne l’apercevant point, changea de couleur et revint en toute hâte sur ses pas. Mais les gens qui étaient restés sur le terrain lui apprirent que le chevalier vainqueur s’en était allé tout seul. Aussitôt elle commença de mener le plus grand deuil qu’on eût jamais vu, pleurant, frappant ses poings l’un sur l’autre et criant qu’elle était déshonorée. Et vainement Hector, avec tous les chevaliers et les sergents de Roestoc, explora la forêt : on ne sut retrouver aucunes traces de monseigneur Gauvain. Là-dessus, la dame jura que jamais elle n’aurait repos avant de savoir le nom du chevalier qui l’avait délivrée, et elle partit avec Hector et son amie pour la cour du roi Artus où elle espérait en avoir nouvelles. Et en punition des outrages que le nain Groadain avait faits au vainqueur du chevalier Fée, elle le condamna à traverser toutes les villes par où l’on passerait, attaché par un licou à la queue de son palefroi.