Gilles de Rais dit Barbe-Bleue/6

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H. Champion, libraire-éditeur. (p. 135-172).

VI


MAGIE. — ÉVOCATIONS.

Démons, évocations, magie : à ces mots, plus d’un lecteur sans doute se demande quelle fantasmagorie nous allons étaler devant ses yeux. Au risque peut-être de heurter de front bien des préjugés et d’exciter le rire des incrédules, l’auteur de cet ouvrage confesse qu’il tient pour réelles les scènes qu’il va décrire dans ce chapitre. Au XVIe siècle, le célèbre jurisconsulte Jean Bodin, d’Angers, dans son livre intitulé De la Démonologie ou le Fléau des Démons et des Sorciers », dédié à l’historien de Thou, pose une règle qui doit être, en ces matières, le fondement de toutes nos appréciations : « Je déduirai en son lieu, dit-il, la convenance et accord perpétuel d’histoires semblables des peuples divers et en divers siècles, rapportés aux actions des sorcières et à leurs confessions : il ne faut donc pas s’opiniâtrer contre la vérité, quand on voit les effets et qu’on ne connaît pas la cause [1]. » La saine critique se conforme à cette règle de raison, établie par un homme d’un grand bon sens. Si l’on refuse d’admettre une cause communément reconnue, parce qu’elle paraît contraire à la raison, au moins doit-on avouer les faits, et n’être pas assez déraisonnable pour les nier, sous le prétexte qu’ils sont inexpliqués ; les conséquences d’une pareille critique sont aussi évidentes que contraires au bon sens.

On peut discuter sur les causes ; mais les ténèbres dont elles sont entourées, n’obscurcissent en rien la lumière où sont placés les effets ; les faits sont indéniables. Qui les rejeterait devrait en même temps déchirer les pages les plus authentiques de l’histoire profane et religieuse. Ils ont reçu de la justice même, en effet, la marque de vérité la plus évidente qui puisse être imprimée à aucun événement humain ; confessés, affirmés par les coupables eux-mêmes, avec des torrents de larmes, devant des milliers de témoins accourus de tous les points de la Bretagne, du Maine, de l’Anjou et du Poitou ; devant un tribunal où siègent des hommes illustres par le rang, le nom et l’éducation ; au milieu des deux grandes cours, où s’exercent la justice de l’Église et celle de l’État ; relatés dans des documents officiels dont les originaux, grâce à la vigilance des siècles, nous sont parvenus dans toute leur intégrité ; signés des noms les plus respectables ; munis du sceau de l’autorité religieuse et civile ces faits sont indéniables.

Si ces évocations n’avaient pas eu lieu, accompagnées’ des crimes inouis contre la nature, contre Dieu et contre la société, l’Église n’aurait pu frapper cet homme d’un si grand coup.

Mais s’il faut admettre que les motifs de la condamnation, fondés sur les pratiques de la magie, sont établis sur les preuves les plus convaincantes, oserait-on dire, par exemple, que ces preuves elles-mêmes, c’est-à-dire les dépositions des témoins et les aveux des coupables, soient fausses, controuvées ? Gilles ne peut avoir menti jusque dans ses larmes, jusque en face de la mort, jusque sur le bûcher, en présence des siens en pleurs et de la honte éternellement attachée à sa mémoire. Loin de tout danger, le rôle est possible dans un charlatan qui met son profit et son orgueil à duper la foule crédule ; l’orgueil humain a de telles audaces ! Mais devant des juges qu’on sait devoir être inflexibles, et devant la mort qu’on sait être inévitable, de telles farces ne se jouent pas, ne peuvent se jouer ; on cache ces horreurs, on les nie effrontément, et c’est ce que Gilles a d’abord fait ; mais, après les avoir qualifiées de mensonge, on ne passe pas tout à coup à l’aveu de crimes, dont plus d’un méritait la mort ; on ne se charge pas soi-même, à moins qu’on ne soit sincère ; la lueur du bûcher et les lumières de l’éternité, qui sont proches, donnent aux scènes de Nantes les reflets d’une saisissante vérité. Il faut donc, ou admettre tout dans ces archives de la justice, ou en déchirer tous les feuillets : mais alors quels sont les documents de l’histoire que l’on osera garder intacts ? Aucun, absolument aucun : il faudra les déchirer tous.

Non pas, certes, que les évocateurs, par qui fut servie ou exploitée la passion de Gilles, aient toujours été de bonne foi ; ce n’est pas là notre pensée, et il importe de bien préciser les choses avant d’en faire le récit. On doit distinguer soigneusement entre les faits douteux et les faits certains. Il est à croire que le dépit de ne pouvoir évoquer le démon aux yeux de Gilles de Rais, poussa plusieurs de ces magiciens à prétendre qu’il leur apparaissait durant l’absence du baron. Ces supercheries étaient trop nécessaires à la conservation de ses bonnes grâces pour n’être pas naturelles, et trop naturelles pour n’avoir pas été inventées. Mais, à part ces mensonges, nés du besoin de servir leur cause et leur bourse, les complices de Gilles de Rais et Gilles lui-même ont avoué des faits, sur lesquels il ne nous parait pas possible d’élever le moindre doute. En y regardant de près, en effet, l’on distinguera facilement les évocations suspectes d’être entachées de mensonge ; ce sont celles qui ont été racontées au maréchal, à une époque antérieure à son procès, et qui sont simplement rappelées sans affirmation nouvelle, dans les dépositions des témoins. Mais en dehors de ces événements, dont les circonstances particulières sont rapportées dans le récit, il en est d’autres que les témoins et les coupables fortifient par leurs affirmations, devant les juges, loin par conséquent de toute préoccupation ou de faveur ou d’argent, sur lesquels ils ne sauraient désormais plus compter ; en face d’une mort redoutable qu’ils entrevoient et qu’ils ne sauraient fuir ; en sorte qu’il est impossible de douter de leur réalité. Prélati confesse et affirme que le démon lui est apparu plusieurs fois & Florence, dix fois à Tiffauges, une fois à Josselin ; trois fois, par son ministère, le démon, consulté sur l’avenir, a répondu aux questions de Gilles de Rais, et aux trois fois les réponses, fort précises, ont été confirmées par les événements. Un jour enfin, Prélati sortit d’une de ces évocations frappé par le démon [2], meurtri et presque mourant ; les témoins remportèrent dans les appartements de Gilles et lui prodiguèrent leurs soins pendant plusieurs jours qu’il demeura entre la vie et la mort. Répandue autour de ces affirmations, il y a comme une lumière de vérité, qui fait disparaître tous les doutes [3]. On admettra, si l’on veut, que ces hommes ont été dupés ; mais on ne peut croire qu’ils aient été dupeurs : ils ont été sincères devant leurs juges.

Quant à savoir s’ils ont pu voir réellement le démon, c’est une question qu’il serait trop long de débattre ici. Elle appartient plus à la foi et à la raison qu’à l’histoire ; et la solution doit nécessairement varier selon le système philosophique et théologique que l’on embrasse : une discussion sur ce point nous jetterait hors du sujet de cet ouvrage. L’on fera remarquer seulement que la possibilité des évocations parait indiscutable à celui qui admet l’existence des démons, et qui attribue à ces esprits méchants le pouvoir de se mettre en commerce avec nous. Aux yeux des hommes qui tiennent pour quelque chose la croyance des siècles passés, l’enseignement de l’Église catholique, le sentiment des Pères, des docteurs [4] et des théologiens [5], ou même, disons-le, les lumières de la simple raison humaine, éclairée surtout par la foi et manifestée dans les ouvrages des grands philosophes chrétiens, la question est toute résolue, et n’offre pas d’objections sérieuses : les limites, qui séparent les deux mondes, peuvent être franchies, et le démon, ou vain fantôme, ou réalité devenue sensible pour un moment aux yeux mortels, peut se mettre en communication directe et intime avec l’homme. Dans l’histoire de ces relations surnaturelles, tout n’est peut-être pas supercherie : la raison et la foi ne nous permettent pas, si nous croyons à ces autorités, de penser sur ce point autrement que l’Église, tant d’historiens et tant de philosophes. Quant aux hommes qui n’admettent aucune de ces autorités en cette matière, encore une fois, il faudrait, pour les amener à nos croyances, les conduire par de trop longs détours, et ce n’est ni le lieu ni le moment d’entreprendre un traité en règle sur l’existence des démons et sur leur pouvoir funeste.

Si donc il en est, qui, pour une raison ou pour une autre, rejettent ce sentiment, l’on ose croire, l’on présuppose qu’ils laissent à d’autres la liberté de penser autrement qu’eux sur ce sujet. À ces esprits-là, Bodin ; dès le XVIe siècle, disait avec malice : « Or, je n’espère pas que personne écrive contre cet œuvre, si ce n’est quelque sorcier qui défende sa cause : mais si j’en suis adverty, je lui diray ce que l’on dît en plusieurs lieux de ce royaume à ceux qui sont suspects d’être sorciers ; d’autant loin qu’on les voit, sans autre forme d’injure, on crie à haute voix : « Je me doubte ! » afin que les charmes et maléfices de telles gens ne puissent offenser. » À ses contradicteurs, l’auteur de ce livre ne criera pas comme Bodin : « Je me doubte ! je me doubte ! » : on sait bien que de telles gens ne sont pas sorciers ; mais pour arrêter sur leurs lèvres le sourire moqueur et les critiques dédaigneuses, peut-être suffira-t-il de répéter avec Bodin cette maxime d’un grand bon sens : « Il ne faut pas s’opiniâtrer contre la vérité, quand on voit les effets et qu’on ne connaît pas la cause. »

S’il faut s’en rapporter aux aveux contenus dans le procès, ce fut vers l’année 1426 que Gilles de Rais se livra, pour la première fois, aux pratiques occultes de la magie. Mais dans ce moment, ce ne fut pas sans doute avec cette passion que l’on remarque vers la fin de sa courte carrière, et qui fut toujours plus impérieuse à mesure qu’il s’enfonçait dans la ruine et le crime. En ce temps-là, en effet, sa fortune était encore intacte : le besoin de l’or ne se faisait donc pas sentir aussi vivement que plus tard, lorsqu’il commença à dissiper ses ressources. Quant à la puissance et aux honneurs, il n’y avait pas lieu de les demander au démon, puisque la guerre et la faveur l’y menaient plus directement qu’aucun autre chemin. Il convient donc d’attribuer ces premiers essais plus à la curiosité naturelle de son esprit, qu’au désir de combler les vides faits à ses trésors et à l’ambition des honneurs et de la puissance. Aussi bien, à cette époque, des soins plus nobles et plus dignes de sa jeunesse et de son nom occupaient heureusement sa vie : car l’ambition, depuis l’enfance grandissant dans son âme, n’aspirait encore à marcher à la réalisation de ses rêves que par les chemins de la gloire ; or la gloire se moissonnait à gerbes pressées dans les plaines de la France, converties depuis près de cent ans en vaste champ-clos, dont deux partis ennemis se disputaient la possession. On se rappelle le rôle important que Gilles de Rais joua dans ce suprême effort, où la patrie, reprenant vie à la voix résurrectrice d’une jeune fille, brisa les liens de mort dont l’anglais resserrait chaque jour sa captivité. Les soins de la guerre, l’importance de son grade dans l’armée, l’amour des armes l’occupaient trop pour lui laisser des loisirs, avant l’heure où la France, ayant rompu ses liens, sembla respirer et se reposa un instant avant de rejeter ses ennemis tout à fait au loin.

Ainsi donc, Gilles ne s’adonna à l’étude soutenue de la magie qu’après la mort de Jeanne d*Arc, peut-être même seulement en 1432, après la mort de Jean de Craon, son aïeul maternel. C’est à cette époque, en effet, qu’il reporte de bien plus grands crimes encore, mais qui sont, comme nous le verrons bientôt, intimement liés à ses opérations magiques.

Nous sommes plus fixés sur ses complices dans cet art mystérieux. M. Vallet de Viriville raconte « que Gilles consulta les nécromants des deux sexes, qu’il choisit d’abord sous sa main, en Bretagne, puis à Paris. » Ces complices sont loin d’être tous nommés dans les deux procès : ni Gilles de Rais, ni ses amis ne se rappellent le nom de chacun en particulier. On sait seulement qu’ils arrivaient de tous les points de la Bretagne comme des environs de Poitiers, de l’Angleterre comme de l’Italie. Hommes ou femmes (car, de toutes les sciences occultes, la magie est celle qui compte le plus d’adeptes, prêtres ou prêtresses, dans les deux sexes), ils viennent l’un après l’autre, attirés ou par une puissance qui les mettra à l’abri de la justice, ou par le flair de l’or qui les allèche. Car la renommée du maréchal, sa réputation de science et d’habileté, si grandes qu’elles soient, sont moins puissantes encore que l’appât de son argent, ses prières et ses promesses. Gilles de Sillé, Roger de Bricqueville, Eustache Blanchet, et bien d’autres encore, initiés aux secrets du maître, sont chargés de parcourir les pays limitrophes ou lointains, pour y découvrir ce que l’ombre y cache de plus célèbre parmi les évocateurs et les lui amener, à quelque prix que ce soit [6].

Mais ils ne réussirent pas toujours dans leurs démarches. Deux vieilles sorcières, que Gilles de Sillé était allé consulter au nom de son maître, refusèrent de se rendre près de lui. Seulement elles lui firent savoir, au nom de Satan, qu’il n’obtiendrait jamais aucune apparition, tant qu’il mettrait, disait l’une, son affection dans l’Église catholique, dans les cérémonies religieuses et dans sa chapelle ; tant qu’il n’abandonnerait pas, ajoutait l’autre, certaine œuvre qu’il pourchassait [7]. Il y en eut plusieurs qui périrent misérablement en route ; l’un tomba, du bateau qui le portait, dans la rivière où il se noya, sans le moindre secours du diable, son maître [8] ; un autre alla de vie à trépas dans les jours mêmes qui précédèrent son arrivée. Devant ses juges, Gilles se réjouissait plus tard de ce que Dieu n’avait pas permis qu’ils vinssent jusqu’à lui, ou du moins qu’il pût se livrer avec eux aux crimes qui lui étaient habituels ; rendant à Dieu et à l’Église catholique grâces d’une faveur dont il était évidemment redevable, disait-il, à la miséricorde de l’un et aux supplications de l’autre [9].

Mais s’il montra tant de repentir devant le tribunal, il faut croire, à en juger du moins par la fureur avec laquelle il se lança dans le crime avec d’autres évocateurs, qu’il ne supporta pas ces contre-temps avec la résignation chrétienne dont il fit étalage devant la cour ecclésiastique de Nantes. Car en voici qui sont arrivés sains et saufs : voici le trompette Du Mesnil ; voici Jean de la Rivière ; voici un nommé Loys ; voici un quatrième dont il ignore même le nom, tant furent nombreux les évocateurs qui vinrent par devers lui ! tant il s’inquiétait peu de leur personne, pourvu qu’ils fussent tels qu’il les voulait, habiles dans leur art et riches en promesses !  [10]. Voici enfin, parmi tous les autres, Antoine de Palerme. Ils sont décidés à tout entreprendre, et leur puissance ne se mesure qu’aux ordres de leur nouveau maître, qui ne connaît point de bornes à ses désirs. Lui-même nous a laissé les détails des scènes de magie dont il fut l’inspirateur : c’est donc surtout à la lumière de ses propres aveux que nous allons les décrire.

À quelque distance de la ville et du château de Tiffauges [11] s’étendait un grand bois : la solitude profonde et mystérieuse du lieu invitait Jean de la Rivière, un de ces magiciens qu’Eustache Blanchet lui avait amenés de Poitiers, à le choisir comme l’endroit le plus favorable à l’évocation du démon : lieu propice entre tous, en effet, et bien capable d’exciter l’imagination de l’évocateur, puisqu’il a prêté des descriptions si effrayantes et si fausses à la fois à l’historien de Roujoux [12]. En homme habile, Jean de la Rivière s’entoure de précautions contre le danger mystérieux auquel il veut faire croire. Gilles, Henriet, Poitou et Blanchet l’ont suivi jusque sur la lisière du bois ; l’évocateur a revêtu une cuirasse et pris une épée ; ainsi armé, il s’avance seul sous les arbres. Seul, en effet, il peut y pénétrer ; ses compagnons courraient le plus grand péril à le suivre : plus effrayés encore que crédules, ils demeurent donc à l’entrée de la futaie, en proie aux vives inquiétudes qu’excite naturellement le merveilleux. La nuit est sombre et ajoute encore par les ténèbres à la solitude pénétrante du lieu ; les minutes s’écoulent : tout à coup on entend un grand bruit sous les arbres : ce sont des coups d’épée, des cris, une lutte à mort entre l’évocateur et le démon. En effet, voici le maître qui revient bientôt, éperdu, épuisé, couvert de sueur ; il retrouve ses compagnons, transis et mourant d’effroi, à la place où il les a laissés et qu’ils n’ont pas osé abandonner. Une terreur feinte peut-être, mais assurément bien imitée, décompose ses traits et fait trembler sa parole, tanquam perterritus et turbatus [13]. Il a vu le démon : il avait la forme et les allures d’un léopard ; il venait droit à lui, quand, à sa grande surprise, il a passé sans le regarder et sans daigner lui adresser la parole. Mais Jean de la Rivière n’indiqua pas la cause de ce silence étonnant. Sur ce récit, Gilles et ses compagnons rentrèrent au château, où ils passèrent la nuit « à boire et à se réjouir ensemble [14]. » Le lendemain, ou quelques jours après, l’évocateur vint dire à Gilles qu’il lui manquait, pour réussir, plusieurs choses nécessaires, et qu’il devait partir pour aller les chercher. Gilles fut vivement contrarié à cette nouvelle ; il consentit pourtant à le laisser aller, et lui donna même vingt écus d’or, en le priant instamment de revenir. Jean de la Rivière le lui promit en effet ; mais, soit qu’il mourut, soit qu’il n’eut plus l’espoir de tromper encore le maréchal, de ce jour il ne reparut pas au château de Tiffauges, et Gilles n’en reçut plus aucune nouvelle.

Ce récit montre que le compagnon de Jeanne d’Arc, l’émule de la Hire et de Xaintrailles, n’était pas aussi hardi contre le démon que brave contre les Anglais. Était-ce l’effet d’un défaut de courage ou d’une superstition irrésistible ? Je l’ignore ; mais jamais il ne se montra bien courageux dans toutes ces circonstances mystérieuses où sa croyance en la puissance du démon était soigneusement entretenue par d’effrayants récits. Un événement, plus curieux encore que celui qui précède, et où la peur du maréchal offre un caractère ridicule, nous montre à quel point il était accessible aux frayeurs que donnent les démons. C’était toujours à Tiffauges : un évocateur, dont le nom échappait plus tard à la mémoire du maréchal, venait d’arriver : on convint de faire une nouvelle tentative auprès du diable. Dans une chambre du château, Gilles de Sillé, l’évocateur et le baron se réunissent donc un certain jour. Sur le sol, l’évocateur trace un cercle magique et commande à ses deux compagnons d’y entrer avec lui. Le maréchal obéit sans difficulté, sinon sans crainte ; mais Gilles de Sillé refuse obstinément d’y prendre place ; il recule même jusqu’à une croisée, tremblant d’une frayeur mystérieuse qu’il ne peut maîtriser, tenant entre ses bras une image de la Vierge Marie, prêt enfin, à la moindre apparence de danger, à sauter par une fenêtre restée ouverte. Devant l’obstination de ses refus, Gilles et l’évocateur s’enferment tous deux dans le cercle magique. La peur est communicative, dit-on ; Gilles de Rais se prend bientôt à trembler malgré lui ; il est tenté de faire le signe de la croix ; mais l’évocateur le lui a défendu au risque de courir les plus grands périls ; il n’ose, il hésite : tout à coup il se rappelle une prière à la Vierge, l’Alma Redemptoris ; aussitôt l’évocateur, hors de lui-mème : « Sautez hors du cercle ! » s’écrie-t-il. À ces mots, Gilles de Sillé enjambe la fenêtre ; le baron fait le signe de la croix, s’élance, ferme la porte derrière lui, et se sauve à toutes jambes. Au dehors, il rencontre Gilles de Sillé, non moins tremblant que lui. Gilles de Rais lui apprend que le malheureux évocateur, ainsi abandonné seul à la fureur du diable, est battu à coups redoublés, et tellement que le bruit en vient, en effet, jusqu’à leurs oreilles, « pareil à celui d’une épée qui tombe sur une couette. » Gilles, cependant, s’enhardit peu à peu, à mesure que les coups se font plus rares ; il ose même entr’ouvrir la porte ; mais quel spectacle s’offre à sa vue ! tout près du seuil, ensanglanté, le visage meurtri, le corps roué de coups et brisé de contusions, ayant en particulier au front une grosseur énorme, ne pouvant plus se soutenir, le malheureux évocateur, sur le point de rendre l’âme, était étendu gisant. Gilles et son compagnon le prennent doucement dans leurs bras, l’emportent dans la chambre du maréchal, où ils le couchent dans son lit et le soignent de leur mieux ; et le baron, dont la foi fut toujours vivante et forte, le fait confesser en prévision de la mort. Mais le malade se rétablit peu à peu, à la grande joie du maréchal. Toutefois, Gilles garda toujours de cet événement terrible un souvenir, qui entretint dans son cœur, jusqu’à la fin, une crainte irrésistible du démon et de ses colères [15].

Dans toutes ces évocations, si le diable ne se montrait pas à lui, Gilles croyait du moins sentir sa présence, et c’était assez pour piquer sa curiosité et exciter sa passion. D’où venait donc que l’esprit malin demeurait sourd à sa voix ? Rien ne manquait pourtant du côté du baron : les cercles magiques, les figures mystérieuses tracées sur le sol et sur la muraille, les appels multipliés, les promesses, rien n’était oublié ; mais si grand que fût son désir de voir le démon, de lui parler et de signer un pacte avec lui, encore bien qu’il fit tout dans ce dessein, il ne vit rien, s’il entendit quelque chose [16]. Jusqu’où n’allaient pas cependant sa docilité et son obéissance aux ordres des magiciens ? Invocations pressantes, enfants immolés, offrandes honteuses, débauches inouies, promesses et obligations étroites de servir le nouveau maître [17], tout était mis en œuvre, et toujours en vain. Un de ces hommes, anglais ou picard d’origine, appelé Jean de son nom [18], lui demanda un jour, au nom du démon, une cédule écrite de sa main et signée avec le sang tiré de son petit doigt. Gilles se prêta à cette exigence du démon. Il se fit piquer le petit doigt avec un instrument pointu, et, au bas de la lettre, écrite tout entière de sa main, de sa plume trempée dans son sang, il écrivit en toutes lettres son nom [19].

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L’évocation eut lieu dans une prairie de Machecoul, tout près d’une auberge, à l’enseigne de l’Espérance : mais le diable n’apparut pas ; et Gilles, tenant l’évocateur pour charlatan sur un dire de l’hôtelière dont il était connu [20], en fut quitte pour recommencer avec un autre, sinon tout aussi charlatan, au moins aussi malheureux dans ses tentatives.

L’occasion ne tarda pas à se présenter. Pour cette fois, ce fut le trompette du Mesnil qui lui demanda de se prêter à la même comédie. Le baron, par espoir de réussir enfin, accorda tout ce qu’on exigeait. Il écrivit une nouvelle cédule, où il promettait avec serment de donner au démon, à chaque fois que celui-ci se présenterait, telles choses qu’il désignait, et dont le souvenir lui échappait dans la suite. La lettre achevée, il tira de nouveau de son petit doigt quelques gouttes de sang, et signa comme la première fois son nom en entier : « GILLES ».

Quant aux termes de la lettre, il ne put les rappeler précisément à ses juges : il se ressouvint seulement qu’il demandait au démon trois choses, science, puissance et richesses ; lui promettant en échange tout ce qu’on demanderait, à l’exception expresse toutefois et de son âme et de sa vie. Mais toute démarche fut inutile : le démon ne se montra pas [21]. Il allait plus loin encore pour briser toutes les résistances ; car il n’est pas d’extravagances qui ne soient passées par la tête de cet insensé. Plus il lui était difficile d’évoquer l’esprit malin, et plus il redoublait ses efforts. Il osa même, une fête de la Toussaint, faire chanter l’office du jour en l’honneur des esprits maudits et des damnés, détournant ainsi en faveur du diable et de l’enfer des hommages qui ne sont dûs qu’aux saints et à Dieu. Mais l’indigne mascarade, où le dépit apparaît si manifestement sous la farce sacrilège, fut aussi inutile que tout le reste : l’offrande dérisoire du sacrifice divin ne lui réussit non plus que l’oblation de son propre sang ; la déception était au bout de toute tentative, amère et cruelle comme le rire moqueur.

Science, pouvoir, richesses : trois choses qui sont l’objet de tous les vœux du maréchal ; âme et vie : deux biens exclusifs, sur lesquels il ne permit jamais au démon d’étendre sa patte velue. À quelque époque de son existence qu’on le prenne, au début, dans la carrière des armes, comme à la fin, dans les pratiques de la magie, la science, la richesse et la puissance, terme inévitable où tendent tous ses désirs et tous ses efforts, sont constamment le but qu’il met à son ambition. Elles répondent à un triple besoin de sa vie : sa curiosité naturelle, son amour de la gloire humaine, sa passion de l’or, qui étaient si étroitement unies par le lien de l’ambition. Pour arriver à son but, on peut croire qu’il n’était rien qu’il ne fût décidé d’avance à faire : travaux guerriers, qui le menèrent si vite à la gloire militaire et aux honneurs de l’État ; folles dépenses, qui le conduisirent si rapidement à la ruine de sa fortune ; crimes de toutes sortes, qui le précipitèrent, les mains tendues vers des promesses jamais réalisées, dans un abîme où il s’engloutit ; tout semble jeu d’enfant à son ambition. Coûte que coûte, lui fallût-il donner pour prix de ces chimères, repos, bonheur, gloire, fortune, il voulait la science, mais la science qui mène à la richesse ; il voulait de l’or, mais l’or qui mène à la puissance ; il voulait la puissance enfin, mais une puissance qui donne une réalité aux rêves du pouvoir les plus extravagants. À tout prix, il veut refaire sa fortune qui croule, remonter au rang élevé d’où il déchoit, et consolider les bases de sa grandeur qui menace ruine. Il tuait même pour atteindre, dit Monstrelet « intentions aucunes, haultesses, et chevances et honneurs désordonnés » ; « par quoy il retournast au premier estat de sa seigneurie »  [22], ajoutent les procédures civiles. Et pourtant, chose étrange ! si décidé qu’il fût à faire le sacrifice de tout, il y eut toujours deux choses que l’instinct de la conservation et les lumières vivaces de la foi lui firent toujours réserver : son âme et sa vie. Sa vie ; car, à quoi bon la science, la richesse et le pouvoir, si le démon, qui d’une main lui eût donné les objets de ses désirs, de l’autre lui eût enlevé le temps, c’est-à-dire le moyen d’en jouir ? Son âme ; car, même dans les ténèbres les plus profondes et les plus épaisses du mal, la foi envoyait jusqu’à lui ses lumières ; et le repentir, qui sourdait par moments dans son cœur remué violemment par le remords, lui disait que le Dieu qui pardonne, pour pardonner, veut encore avoir sur une âme des droits reconnus [23].

Celui qui s’élève si haut par ses propres désirs est incapable de modération. À cette époque, où, dans la pensée de presque tous les contemporains de Jeanne d’Arc, des apparitions, venant du ciel, avaient précédé et amené les plus grands événements de notre histoire, les esprits étaient fort enclins au merveilleux ; et il était facile aux hommes mauvais, comme l’était Gilles, de croire aux influences surnaturelles, même venant de l’enfer : Gilles s’obstinait dans ses espérances avec une ténacité opiniâtre, d’où la raison elle-même est bannie et où il n’y a plus de place qu’à une folle ambition. Oui, il y a dans les désirs que Gilles de Rais avait de la puissance un excès qu’il est fort curieux de remarquer, parce qu’il nous paraît lié à la grande révolution de son siècle. Nul, plus que Gilles de Rais, n’avait dû être frappé du caractère surprenant, qui éclate dans la mission de Jeanne d’Arc. À ses côtés, il avait assisté à ses brillants faits d’armes ; il avait vu tomber devant elle les bastilles des Anglais et Orléans délivrée en quatre jours. À ses côtés, il avait pris part à la campagne de la Loire, aux expéditions non moins glorieuses de Reims et de Paris, au cours desquelles tant de villes, livrées par la trahison ou tombées de vive force aux mains des ennemis, ouvraient leurs portes d’elles-mêmes, le plus souvent sans coup férir, à un roi jusque-là toujours vaincu. Le peuple, les capitaines, toute l’armée, au dire du secrétaire de la ville de Metz, croyaient que rien ne saurait plus résister et « que tout ce que le dauphin et la Pucelle entreprenaient leur réussissait en tout sans aucune résistance ». Ni Gilles de Rais ni ses contemporains ne s’y trompaient, surtout, lorsque après la mort de Jeanne, le roi eut repris le cours de ses succès ; évidemment une force supérieure menait les forces humaines. Le maréchal de Rais avait été témoin de cet enthousiasme ; lui-même avait subi l’attrait de ce merveilleux ; il avait ouï raconter tous les prodiges dont l’imagination du peuple entourait la naissance, la jeunesse et la personne de l’héroïne : son ambition osa se promettre, l’insensé ! de renouveler à son profit les choses étonnantes qu’il avait vues. C’est sans doute dans ce dessein qu’il prêta son concours à la fausse Pucelle : pourquoi cette femme, qu’on disait, qu’il crut peut-être un moment être la même que la Pucelle d’Orléans, ne ferait-elle pas pour lui ce qu’elle avait accompli pour Charles VII ? N’y avait-il pas quelque analogie entre la détresse présente du maréchal et la détresse passée du dauphin ? Mais, comme tant d’autres, cette illusion fut de courte durée. Alors, par honte, — ou par un reste de pudeur qui ne permet pas au crime de compter sur l’appui du ciel, il rechercha la protection de l’enfer. Ainsi que Dieu, le démon a sa puissance ; il peut donner à ceux qui le servent un pouvoir limité sans doute, mais enchanté cependant : c’est donc à lui que Gilles demande, science, or et puissance, et ce pouvoir merveilleux de faire tomber devant lui, au gré de ses caprices, les forteresses et les villes les mieux défendues par l’art et par la nature, sans que personne puisse jamais prévaloir contre lui  [24]. Voilà bien, si je ne me trompe, le rêve d’une puissance semblable à celle qu’exerça la Pucelle d’Orléans et qui servit si heureusement les intérêts de la patrie. Par les esprits trop vastes, tout est conçu hors des limites naturelles : il n’y a pas d’hommes, auquel on puisse plus justement appliquer le mot de Salluste, parlant de Catilina : « Vastus animus, immoderata, incredibilia, nimis alta semper cupiebat ». L’empire du monde, les royaumes de la terre, les villes, les campagnes immenses, voilà ce qu’il aperçut un jour des sommets où l’ambition avait porté ses désirs ; et pour posséder toutes ces richesses, il n’hésita pas un seul instant à se courber devant le maître : il se jeta aux pieds du Tentateur, et il l’adora.

Mais en même temps, cet esprit trop vaste dans ses pensées est soumis à tous les changements capricieux de la passion, qui toujours est mobile dans les esprits faibles. Non seulement il change continuellement de moyens pour arriver au but constant de ses désirs ; mais il connaît encore toutes les alternatives du désespoir et de l’espérance. Cette agitation perpétuelle de son esprit et de son cœur est l’un des traits les plus visibles de son caractère. Or, on peut juger, par la grandeur de cette ambition, quelles amertumes et quelles colères suivaient l’insuccès de toutes ses entreprises : multum displicens et iratus erat, dit le procès [25]. C’était vainement qu’il avait fait fouiller les pays les plus lointains pour y découvrir les premiers maîtres du monde dans les sciences occultes ; vainement qu’il avait versé l’or à flots ; vainement qu’il avait fait couler son sang. La passion, si grande qu’on la suppose, ne l’empêchait pas de voir que ses ressources s’épuisaient, que ses plus belles terres étaient vendues, que les créanciers se faisaient plus rares, plus exigeants, et que, pour peu que cet état de choses continuât, c’était la ruine, et une ruine pleine de hontes. Devant un avenir si sombre, à bout d’expédients aussi bien que de patience et d’or, Gilles maudissait sa destinée ; de nouveau il doutait ouvertement de la magie et des magiciens, quand, un soir, un dernier évocateur, qui devait donner une nouvelle impulsion à son activité en réveillant ses espérances et en faisant éclore en lui comme une nouvelle floraison de chimères, vint frapper à la porte du château de Tiffauges. Cet homme, qui exerça sur Gilles, jusqu’aux derniers jours de sa liberté et jusqu’à la veille de sa mort, une si grande influence, était un italien venu directement de Florence.

Vers le milieu de l’année 1438, dans un hôtel de Florence, deux hommes, un italien et un français, se rencontraient à la même table. Les premiers jours se passèrent à parler de choses et d’autres, ainsi qu’il arrive entre étrangers : un certain Guillaume de Monte-Pulciano les avait mis en relation [26] ; d’abondantes libations et de copieux festins, offerts par le français, les mirent en amitié. Ils se rencontraient souvent ensemble avec un certain Nicolas de Médicis, de Florence, et un nommé François, du diocèse de Castellane. Un jour, tout en causant, l’un d’entre eux, cédant évidemment à un mouvement de curiosité qui n’était pas irréfléchie, porta la conversation sur un autre sujet que la littérature, les arts et la poésie, et, s’adressant à son nouvel ami : « Connaissez-vous, lui demanda-t-il, le grand art de l’alchimie ? » — « Oui », lui répondit son compagnon, grand buveur par habitude [27]. Sa réponse flatta manifestement son interlocuteur. Encouragé par cet aveu, il jugea en effet le moment venu de pousser plus loin : « Et l’évocation des démons ? » hasarda-t-il. — « Tout aussi bien », répondit son convive, qui pour un pot de vin aurait évoqué tous les diables [28]. Ce fut sur le visage de l’interrogateur comme un éclair de joie : « S’il en est ainsi, dit-il, voulez-vous me suivre en France ? » — « Très volontiers, dit l’italien ; j’ai même en Bretagne, dans la ville de Nantes, un cousin nommé Martel, que je serais fort aise de revoir. » — « Rien n’est plus heureux, dit le français, je connais dans ces contrées un illustre seigneur, le baron de Rais, dont le plus ardent désir est d’avoir en sa compagnie un homme expert dans les sciences secrètes. Si vous êtes vraiment versé dans ces arts divins et que vous vouliez venir avec moi vers lui, il vous en reviendra, j’en suis sûr, les plus grands avantages. » — « Très volontiers ! » reprit de nouveau l’italien joyeux ; et moi, je me fais fort d’enrichir en trois mois celui qui voudra bien me recevoir [29]. » Sur cette conversation, les deux nouveaux amis convinrent du jour du départ, et se séparèrent non moins contents l’un de l’autre que chacun de soi-même : tous deux bénissaient la fortune ; car ils avaient trouvé, l’un, le moyen de conserver, l’autre, celui de mériter les bonnes grâces d’un illustre et riche seigneur. Le français était un prêtre, Eustache Blanchet, soi-disant venu en Italie pour affaires privées près la cour romaine ; l’italien se nommait François Prélati.

L’imagination nous représente d’ordinaire le magicien et l’alchimiste du moyen âge comme un vieillard usé par les années, solitaire, négligé de barbe, de chevelure et d’habits. Tel est le vieillard de Téniers, au musée de Bordeaux, dans la Lecture diabolique. Le coude appuyé sur une table, un livre dans la main droite, et les yeux pétillants fixés sur le vieux parchemin jauni par le temps, sa tête repose sur sa main gauche. Les rides de son visage prennent encore quelque chose de grimaçant, au rire infernal qui les détend. Deux figures ignobles, deux vraies figures de démon, ricanent dans l’ombre ; en avant, une vieille femme à genoux tient une torche fumeuse. Des flacons d’eaux mystérieuses sont déposés sur un billot grossier, contre lequel s’appuient de lourds in-folios décousus par l’usage. Enfin, pour compléter la scène, sur la table, une tête de mort près de l’encrier noir, et, dans l’air, des chauves-souris au vol rapide, tournoyant et fantastique ; des serpents, monstres ailés et vomissant des flammes, s’agitent autour de la tête du vieux savant, symboles des idées monstrueuses qui s’agitent sous ce crâne dénudé et jauni. Tel n’était pas François Prélati.

Michelet fait de cet homme un prêtre de Pistoie, en Italie ; M.  Vallet de Viriville en fait un prêtre de Florence : mais ils se trompent l’un et l’autre et sur son pays et sur sa profession ; car ils sont contredits sur ces deux points par les deux procès. François Prélati était né en Italie, au de Lucques, dans le Val-Noir, à Monte-Catini, tout auprès de la ville de Pistoie [30]. Il avait vingt-trois ans lorsqu’il vint en France. Agrégé de bonne heure à la cléricature, il avait reçu la tonsure des mains de l’évêque d’Arezzo [31]. C’était un esprit curieux, rempli de l’amour de la science et de la littérature, versé dans la connaissance de la belle latinité et remarquable par la pureté et l’élégance de son parler latin [32]. L’Italie, déjà si avancée dans le progrès des lettres, lui avait fourni de beaux modèles et des maîtres illustres en l’art de bien dire. Déjà les strophes harmonieuses de Pétrarque avaient charmé les oreilles de ce peuple artiste ; déjà la grande épopée de Dante, le plus beau poème de l’Italie et du moyen âge, avait enivré un peuple si naturellement ami de l’harmonie et de la beauté idéale. Cette culture intellectuelle, très avancée pour une époque où les peuples voisins sortaient à peine de la barbarie, si l’on pense à la littérature et aux beaux-arts, avait déjà fait de l’Italie une terre privilégiée, qui nourrissait pour le reste du monde des maîtres et des modèles. Ses peintres n’étaient pas moins connus que ses poètes ; avec les Papes d’Avignon, avec les ducs d’Anjou, rois de Naples et de Sicile, si épris d’amour pour les beaux-arts, ils avaient passé des rives du Tibre et du golfe de Naples dans les villes de la Provence et sur les bords de la Loire. Le roi René dont le goût des arts est prouvé moins encore par ses œuvres que par les largesses dont il combla les artistes en tout genre, en avait peuplé son palais et ses châteaux. Nous sommes portés à croire qu’avec des goûts si semblables à ceux du roi René, son suzerain, Gilles de Rais, dont l’unique ambition était de réunir autour de lui toutes les grandeurs et de lutter en faste et en prodigalités avec les princes, attira, de la cour d’Anjou à la sienne, des maîtres charmants et habiles, dont le nom était dans toutes les bouches. Les qualités brillantes de l’Italie savante et littéraire étaient faites pour lui plaire, et il n’était pas éloigné de croire que Prélati était à tout le moins aussi élevé par la science au-dessus de tous les autres alchimistes et évocateurs, qu’il l’était sur les autres hommes par les lettres, le beau langage et les belles manières. Comme ses juges lui demandaient la raison de son affection pour cet italien, il répondit qu’il trouvait tout en lui : habileté, complaisance, langage recherché et plein d’images, activité et rouerie dans les affaires. Ainsi, Prélati n’était pas seulement un brillant esprit, séduisant par ses belles paroles et ses manières agréables, il était surtout habile alchimiste, habile nécromancien (habilis), habile flatteur (eidem Egidio gratus), habile parleur (quod pulchre et ornate verbis latinis loqueretur), et surtout habile à se rendre nécessaire (ac eciam circa negotia ejusdem Egidii diligentem se exhibebat [33].)

Les sciences occultes, dont il faisait profession et où un certain fonds de vérité s’enveloppe de tant d’obscurités et de mystères, ce qui veut dire souvent de tant d’artifices et de duperies, avaient particulièrement fait des progrès en Italie. C’est de la haute Italie que s’envolèrent, au moyen âge et jusque dans les temps modernes, ces alchimistes, ces magiciens, ces évocateurs des démons, ces astrologues, qui s’abattirent sur toute l’Europe, mais surtout sur la France, et plus tard jusque dans les palais de nos rois, à la suite des Médicis. Mais à l’époque où nous sommes, nulle part, plus qu’à Florence, les sciences occultes ne s’étaient propagées dans l’ombre. En 1437, le jeune Prélati, qui avait l’esprit ouvert à toutes les curiosités humaines et divines et le cœur accessible à toutes les ambitions, se mit en commerce avec un médecin de Florence, grand évocateur des esprits malins, du nom de Jean de Fontenelle. Celui-ci l’avait, un certain jour, emmené dans une chambre située à la partie supérieure de sa maison, et il avait évoqué le démon en sa présence : des oiseaux s’étaient montrés à leurs yeux ; il en était venu vingt-cinq qui avaient la forme de corbeaux, noirs comme eux et muets, car ils n’avaient rien dit aux deux évocateurs. Une seconde fois, Barron (c’était le nom d’un diable très puissant,) leur était apparu sous la forme d’un beau jeune homme, à qui Jean de Fontenelle avait présenté Prélati. Ils passèrent ensemble un traité formel, aux termes duquel le nouvel adepte promit de donner au démon, à chaque fois qu’il se rendrait à sa voix, une poule, un pigeon ou une tourterelle [34]. Nous rapportons des aveux faits devant des juges à la veille d’une condamnation à mort : nous ne les discutons pas.

Tel était l’homme qu’avait rencontré Eustache Blanchet, à Florence, chez l’évêque de Montréal [35], dit vulgairement de Mondovi. Au jour convenu du départ, François Prélati emporta un traité de l’évocation des démons et d’alchimie, et les deux voyageurs partirent pour la France. Arrivés, après une longue route, dans la province ecclésiastique de Tours, à la petite ville de Saint-Florent-le-Vieil, à mi-route d’Angers à Nantes, sur les charmantes rives de la Loire, les deux compagnons s’arrêtèrent, et soit qu’ils eussent besoin de repos, soit que Prélati, enchanté par le paysage, voulût en admirer la beauté, ils y séjournèrent pendant quelque temps. De cette petite ville, Eustache Blanchet, au bout de quelques jours, écrivit au maréchal de Rais pour lui annoncer l’arrivée du grand homme. Aussitôt qu’il eut reçu cet avis, Gilles dépêcha vers eux deux de ses plus fidèles serviteurs, Henriet et Poitou, avec de bons chevaux pour les deux voyageurs : c’est avec cette escorte que, dix-huit mois environ avant le mois d’octobre 1440, François Prélati se présenta aux portes du château de Tiffauges. À la vue de l’italien, dit le procès, à la vue de ses manières si distinguées ; quand il entendit son langage ; quand il constata que tout ce que Blanchet lui avait écrit de sa science et de son habileté était encore au-dessous de la réalité, Gilles laissa éclater sa joie ; toutes ses espérances se réveillèrent ; ses rêves évanouis se reformèrent devant ses yeux ; une nouvelle ardeur, comme un sang nouveau, circula dans ses veines : il allait donc enfin, — après combien de tentatives ! — faire de l’or, raffermir sa fortune ébranlée, monter à ce pouvoir sans bornes qui était l’objet de sa suprême ambition. Rêves trompeurs ! folles espérances [36] !

Mais avant qu’une dernière et dure expérience vienne lui faire toucher du doigt la vanité de son espoir et de ses chimères, les fourneaux se rallument avec un nouvel éclat et les mascarades des évocations recommencent. À peine François Prélati, son nouveau maître, est-il arrivé, que Gilles le tourmente déjà pour travailler à la fusion des métaux et mener à bonne fin le grand œuvre. Ils s’enferment tous deux dans une chambre close à tout profane, où l’on trouva plus tard une main de cire et un pied de fer [37] ; c’est à peine si Blanchet, Henriet et Poitou peuvent, du dehors, y jeter un regard curieux et saisir, au vol, quelques paroles entrecoupées [38], Tant de précautions furent inutiles ; vaines furent l’habileté des ouvriers et leur persévérance opiniâtre ; vain leur espoir, aussi vain que le souffle qui passe.

En même temps que les opérations alchimiques, les évocations magiques se renouvellent. Nombreuses elles sont, marquées toutes par quelque crime nouveau, toujours ridicules et mystérieuses, souvent ensanglantées par le meurtre. Dès les premiers jours qui suivirent son arrivée à Tiffauges, Prélati fit la connaissance d’un médecin, breton bretonnant, qui demeurait dans la ville, chez un nommé Geoffroy Lecomte, dont il soignait la femme pour une maladie d’yeux. Ce médecin, attiré sans doute en ces lieux par l’espoir de quelque bonne fortune, montra à l’italien un livre écrit à l’encre noire, partie sur papyrus, partie sur parchemin, orné enfin de rubriques. Ce livre traitait d’évocations, de médecine, d’astrologie et de plusieurs autres choses cachées. Prélati le demanda à son nouvel ami, et, joyeux, vint en toute hâte le montrer au maréchal. Gilles en parcourut rapidement les pages avec lui, et, soit que ce livre fût d’accord avec les principes scientifiques de l’italien, soit qu’il contînt même des secrets qui lui étaient inconnus, ils résolurent de tenter, d’après les principes que ce livre renfermait, une nouvelle évocation du démon [39].

Une nuit donc de l’été 1439 [40], après un souper copieux et prolongé bien avant dans la nuit, Gilles, Prélati, Blanchet, Poitou et Henriet se rassemblèrent vers minuit au château de Tiffauges, dans une grande salle qui donnait sur cette belle vallée de la Crûme, pleine d’eaux limpides et de verdure [41], L’un d’eux tenait à la main un flambeau et un cierge de cire blanche. Sur l’ordre de Gilles et de Prélati, Blanchet, Henriet et Poitou avaient déjà apporté une grande quantité de charbon, du feu, de l’encens, une « pierre d’aimant », des torches, des chandelles, et un pot de terre destiné à recevoir le feu et l’encens. Quand toutes ces choses furent préparées, Gilles et Prélati tracèrent avec la pointe d’une épée un grand cercle sur le sol ; et dans l’intérieur de ce cercle, en quatre endroits, ils dessinèrent des croix, des caractères de toutes sortes et des signes en forme d’armoiries semblables à une tête. Le réchaud s’allume ; une flamme pâle s’élève, dont les reflets donnent aux murs et aux visages des opérateurs cette teinte sombre et sinistre avec laquelle les romanciers ont toujours peint ces fantasmagories. À ce moment, Prélati allume un second feu, dans un angle de la chambre, non loin de la porte, et tout près du mur ; puis, il décrit sur la muraille elle-même, à l’aide d’un instrument pointu, divers autres dessins, qui représentent des armoiries comme ceux du cercle [42] . On jette sur les charbons ardents des poudres magnétiques, « vulgairement appelées poussière d’aimant », de l’encens, de la myrrhe et de l’aloès ; une fumée odoriférante s’élève en nuage épais et remplit la salle de tous ces parfums mélangés [43] ; enfin, quand tout est préparé pour l’arrivée du démon, Prélati fait ouvrir les quatre fenêtres de la salle disposées en forme de croix et dont le symbolisme doit jouer un grand rôle dans la cérémonie de l’évocation.

Quand tous ces préparatifs sont achevés, Gilles commande aux trois témoins de sortir de la salle, de se rendre à sa chambre à coucher, et d’y veiller en attendant son retour : surtout il leur défend bien, sous peine d’encourir toute sa colère, de revenir sur leurs pas pour voir et entendre ce qui se passerait entre Prélati et lui, leur recommandant en outre de garder un silence absolu sur tout ce qu’ils ont pu voir [44]. Les trois serviteurs obéirent à son ordre, et se retirèrent dans la chambre du maréchal. Poitou ne tarda pas à s’endormir : mais Henriet et Eustache Blanchet, ou par curiosité, ou par terreur, ne purent fermer les yeux avant l’arrivée de Gilles et de Prélati. Ceux-ci cependant se sont mis à l’œuvre : ils sont entrés dans le grand cercle magique tracé sur le sol de la salle ; Prélati a dans la main le livre des évocations, où il est affirmé que les démons « ont le pouvoir de révéler les trésors cachés, d’enseigner la philosophie et diriger les actions vers le succès [45] » ; Gilles tient dans la sienne une cédule dictée par son maître, et signée de sa main et de son sang, tout prêt à la donner au démon aussitôt qu’il apparaîtra [46]. Alors commence une longue série de prières, souvent interrompues ou accompagnées de protestations, de promesses et d’offrandes. Tantôt debout au milieu du cercle, tantôt à genoux devant le génie du mal, deux heures durant, ils l’adorent, ils lui font des sacrifices, ils lui adressent mille invocations ; ils lisent ensemble dans le livre mystérieux [47] ; tour à tour suppliants et impérieux, tantôt ils commandent avec autorité et tantôt ils prient humblement : « Je vous adjure, Barron, Satan, Bélial, Beelzébuth, au nom du Père, du Fils et du Saint-Esprit ; au nom de la Vierge Marie et de tous les saints, apparaissez ici en personne pour parler avec nous et faire à notre volonté [48] ! » Les évocateurs s’arrêtent ; ils attendent impatiemment, les yeux tournés vers les fenêtres ouvertes ; et Gilles, sa cédule à la main, dit du fond du cœur : « Oh ! venez, esprits puissants, qui montrez les trésors cachés, la science, la philosophie de la vie [49] ; venez à ma voix ; je vous promets tout, hors mon âme et ma vie, tout, si vous voulez me livrer, au gré de mes désirs, or, science et pouvoir [50]. » Malgré ces promesses, ces prières, ces adorations, malgré les saints noms invoqués, devant qui tout tremble au ciel et dans les enfers ; malgré la colombe, le pigeon, la tourterelle ou le coq offerts pour l’allécher [51], le démon demeura sourd à la voix de Gilles : rien n’apparut ; il n’entendit rien. Seulement, durant que Poitou dormait, dans la chambre de Gilles, Blanchet et Henriet entendirent sur le toit de la maison comme les pas d’un animal à quatre pattes, qui marchait avec un grand bruit vers la lucarne de la poterne du château, près du lieu où étaient le baron et Prélati. Mais il se gardèrent bien d’en parler à Gilles de Rais, quand celui-ci leur demanda s’ils n’avaient rien vu ou rien entendu. Quelque temps après, vers une heure ou une heure et demie du matin, les deux évocateurs regagnaient la chambre où se trouvaient les trois amis ; Prélati, mécontent d’une tentative inutile, malgré tous les efforts qu’il avait déployés ; Gilles, la mort dans l’âme et la rage au cœur{lié}}[52], perdant malgré lui tout espoir, et redisant, à qui voulait l’entendre, que personne au monde n’avait le pouvoir de faire venir le démon ; que faux étaient tous les récits que l’on faisait de telles évocations, et folles les espérances des évocateurs [53]. Aspirer si haut pour tomber si bas serait risible, si ce n’était si terrible.

Ce sont là des scènes, en effet, auprès desquelles les plus effrayantes de Théocrite et de Virgile ne sont qu’amusement d’enfants ; ce sont même des drames réels auxquels on n’oserait croire, s’ils n’étaient appuyés par toutes les affirmations de l’histoire. Gilles n’avait pas reculé devant ces horreurs : ce qu’elles avaient de mauvais n’était pas ce qui l’affligeait, mais ce qu’elles avaient d’inutile et de vain. À lutter contre ses doutes et son découragement, Prélati employait toutes les ressources de son éloquence et toute l’autorité de son passé ; et son adresse en l’art de persuader, jointe à la haute opinion que le maréchal avait de son pouvoir et de sa science, entretenaient toujours le mourant espoir de Gilles de Rais. Deux fois encore, le baron tenta personnellement l’évocation à Bourgneuf et à Josselin, pendant un voyage qu’il fit auprès du duc de Bretagne dans les derniers mois de sa liberté et de sa vie [54], au mois de juillet 1440 ; mais le démon ne fut pas plus favorable. Gilles conçut alors l’espérance qu’il le serait davantage à ses intimes [55].

Un soir donc, Poitou partit de Tiffauges avec Prélati pour faire une nouvelle évocation. Par une nuit des plus noires, ils se rendirent du côté de l’auberge de l’Espérance, près d’une vieille maison inhabitée, située sur la route de Montaigu, au-dessous de l’étang du château, dans une prairie, qui s’étendait à une portée d’arc de cet étang [56]. Prélati emportait du feu, de l’encens, divers aromates, un cierge, une pierre « d’aymant » et le livre des évocations. Poitou avait grand peur ; mais l’ordre du maréchal était formel, impérieux, inévitable : il avait fallu cependant que Prélati l’assurât qu’il ne courrait aucun péril et ne recevrait aucune blessure. Prélati, à l’aide d’un couteau, traça dans la prairie le cercle magique avec des croix, des figures et des caractères mystérieux ; de nouveau, le charbon et le cierge furent allumés ; les parfums donnèrent leur fumée ; mais Prélati défendit expressément à Poitou de faire le signe de la croix sur le feu et le flambeau. Lui, cependant, son livre à la main, recommença toutes les cérémonies de l’évocation tant de fois essayée en vain. Pendant une demi-heure environ, Poitou, debout dans le cercle, tenant entre ses doigts une cédule écrite et signée de la main de Gilles lui-même, tremblant de frayeur et n’osant faire le signe de la croix, de crainte de mourir, comme l’en avait menacé l’évocateur, attendait avec impatience. La cédule portait écrits ces mots : « Veni ad voluntatem meam, et faciam tibi quidquid volueris, excepta anima mea et diminutione vitæ meæ. Viens à ma volonté, et je ferai tout ce que tu voudras, me réservant toutefois mon âme et ma vie ! » Les paroles mystérieuses de Prélati, auxquelles il ne comprend rien et où il ne distingue que le nom de Barron, l’obscurité de la nuit, la solitude des lieux, l’approche d’un orage, ajoutent encore à la terreur de Poitou ; sans que Prélati s’en aperçoive, il fait secrètement le signe de la croix ; tout à coup un grand vent s’élève comme un tourbillon, et les nuages crèvent en une pluie torrentielle. Prélati et Poitou n’ont que le temps de s’enfuir de ce lieu maudit ; mais la nuit est si noire qu’ils se dirigent avec les plus grandes difficultés ; ils arrivent mouillés jusqu’aux os, et, pour comble de mésaventure, trop tard pour rentrer au château : le pont-levis est relevé ; et ils sont obligés d’aller chercher un refuge dans la ville. Heureusement que Blanchet, qui attendait leur retour, leur a fait préparer un grand feu et un lit pour la nuit [57] .

Barron, qui se montrait obstinément sourd lorsque Gilles de Rais était présent, l’était moins, paraît-il, quand Prélati était seul. Dans les entretiens secrets qu’il avait avec ce savant, il lui découvrait les motifs de sa mauvaise volonté pour le maréchal : Gilles lui avait fait, disait-il, des promesses qu’il n’avait pas réalisées. Le démon lui avait demandé, par exemple, qu’il servît trois pauvres en son honneur, à trois grandes fêtes de l’année ; et Gilles, l’ayant fait une fois à la Toussaint, avait ensuite oublié sa promesse ; et bien d’autres choses encore, dont peut-être l’artifice couvrait aux yeux du maréchal le savoir-faire de Prélati [58]. Mais en même temps que l’italien entretenait adroitement Gilles de Rais dans une sorte de soumission en lui donnant tous les torts, il avait soin de nourrir sa foi et ses espérances par le récit des merveilleuses choses que lui disait le démon.

Un jour, l’esprit lui apparut sous la forme d’un beau jeune homme. Prélati, au nom de Gilles, lui demanda des richesses. À ce moment, il aperçut dans la chambre une grande quantité de lingots d’or. Au bout de quelques jours, il voulut y toucher, mais l’esprit malin lui défendit d’y mettre la main, car le moment n’était pas encore venu. Prélati alla porter cette nouvelle à Gilles de Rais. « Puis-je voir cet or ? » demanda le maréchal. « Oui », répondit Prélati ; et sur cette réponse, ils se rendirent tous les deux à la chambre où cet or était renfermé. Mais, au moment où Prélati ouvrit la porte, un énorme serpent vert, de la grosseur d’un chien, lui apparut couché sur le plancher : « N’entrez pas ! n’entrez pas ! cria-t-il au maréchal, car j’aperçois un grand serpent. » À ce cri, Gilles s’enfuit épouvanté, et Prélati après lui. Mais, sa première frayeur passée, le maréchal veut revenir à la chambre. Pour s’enhardir contre les attaques du démon, il a pris dans ses mains une croix, qui renferme une portioncule de la vraie croix ; ainsi protégé, dans sa pensée, contre tout péril, il s’imagine pouvoir entrer impunément dans le lieu redoutable. Mais Prélati l’arrête ; il lui fait comprendre qu’il est mal d’employer une croix bénite à de pareils usages, et le maréchal se range à son avis. Dans la suite, Gilles revint à cette même chambre ; mais il n’aperçut que des oripeaux d’or, dont, au seul toucher de Prélati, il ne resta qu’un peu de poussière jaune : « d’où je connus bien, disait Gilles à ses juges, la fausseté de l’esprit malin [59] ». Si l’on se demande comment Gilles, malgré tant d’avortements de ses entreprises, persévérait toujours dans sa foi en Prélati et dans ses espérances, il faut en chercher la raison dans sa crédulité naturelle et dans l’excès colossal de son ambition.

Quelque temps après cet événement, Gilles partit pour le Berry, et se rendit à Bourges, vraisemblablement pour paraître à la cour. En quittant Prélati, il lui recommanda ses affaires et le pria de lui écrire bientôt le résultat de ses évocations. Au bout de quelques jours, Gilles reçut de l’italien une lettre et un petit coffret. Dans cette lettre, Prélati annonçait au maréchal, « par paroles couvertes, et en français, que ses affaires allaient bien ». Le démon lui était apparu encore avec les traits d’un beau jeune homme, qui lui avait remis sur une pierre d’ardoise une poussière noire ; le démon lui avait dit en même temps de la transmettre au baron, qui devait la déposer dans une petite custode d’argent pour la porter à son cou : « Vous avez là, continuait Prélati, une chose bien précieuse ; et en vous conformant aux ordres du démon, il vous en reviendra de grands biens : gardez soigneusement cette richesse. » Gilles reçut ce présent des mains de Poitou [60], qui avait fait le voyage de Tiffauges à Bourges à dessein de le lui remettre. La poudre mystérieuse était renfermée dans un linge de « sandal », contenu lui-même dans un vase d’argent. Le maréchal se conforma pendant quelque temps aux prescriptions de Prélati, et porta à son cou le petit coffret ; puis, impatient des retards mis à la réalisation de ses rêves [61], il le quitta et rendit la poudre à l’italien. Celui-ci la conserva précieusement dans un petit coffret d’argent, qu’il avait lui-même dans sa chambre, chez un habitant de Machecoul ; et c’est là qu’elle fut trouvée à l’époque de l’arrestation de Gilles et de ses complices [62].

De nouveau, l’esprit de Gilles était fortement ébranlé par les doutes qui l’assaillaient de toutes parts, quand une nouvelle aventure vint, dans les derniers mois de sa liberté, lui prouver le pouvoir redoutable du démon. Si l’italien Prélati était honoré des visites du diable, il en courait aussi tous les dangers ; et fut un jour si grand le péril qu’il faillit en perdre la vie. Ce jour-là, Eustache Blanchet était sorti dans la ville de Tiffauges pour rendre visite à quelques confrères, de ses amis, lorsqu’un envoyé de Gilles de Rais le manda sur l’heure au château. Eustache, étant accouru en toute hâte, trouva dans une galerie le maréchal tout en larmes : « Ah ! je l’ai entendu pousser de grands cris dans cette chambre ; et, à sa voix, il se mêlait des coups terribles : je n’ai osé entrer ; je Vous supplie d’y pénétrer vous-même pour voir ce qui se passe. » — « Je me garderai bien de le faire, répondit Blanchet tout effrayé lui-même : non, non, je n’entrerai pas ! » — Cependant, après bien des prières, et pour complaire au maréchal, il s’avança dans la direction de la chambre ; mais au lieu de se diriger vers la porte, il passa dans le jardin, et, par une fenêtre, il cria de toutes ses forces : « Maître François ! Maître François ! » Prélati ne répondit rien ; mais Eustache Blanchet l’entendit distinctement qui gémissait et se plaignait comme un homme grièvement blessé. Alors, sans oser en découvrir plus long, il retourna vers Gilles et lui rapporta ce qu’il avait entendu : à ces détails, la douleur et les larmes du maréchal redoublèrent. Enfin ils virent François Prélati sortir de là chambre, pâle, défait, se soutenant à grand’peine sur ses jambes : il put cependant, en s’appuyant sur ses deux amis, gagner la chambre de Gilles. Là, il raconta que le démon l’avait frappé avec violence : « Comme l’esprit malin lui était apparu, dit-il, il l’avait interrogé sur les évocations, et s’était permis de dire que les diables n’étaient que des vilains sans aucune puissance ; sur quoi le démon, irrité, lui avait trop bien prouvé que son pouvoir n’était pas une puissance vaine. » Ce récit paraissait plus que vraisemblable ; car les coups étaient si graves qu’une fièvre ardente prit le blessé. Gilles voulut qu’il couchât dans sa propre chambre et dans son lit, le fit confesser, et pendant sept ou huit jours que l’italien fut en danger de mort, il lui présenta tous les remèdes, sans permettre à personne de lui donner ses soins. Grâce à ses délicates attentions, François Prélati revint à la santé ; mais il demeura toujours vivement frappé de cette aventure : Eustache Blanchet témoigne qu’il lui entendit souvent affirmer depuis ce temps que les « esprits malins étaient créés d’une matière plus noble que la Bienheureuse Vierge Marie [63] ».

Tous ces récits de Prélati, et plus encore les coups dont il avait été la victime, prouvaient à Gilles de Rais, plus qu’il n’était nécessaire, l’existence et le pouvoir réel des démons. Aussi, il n’était rien qu’il ne fît pour se les rendre plus faciles, malgré qu’il ne pouvait obtenir la faveur insigne de les voir et de leur parler. D’ailleurs, autant il était prêt à tout leur donner, autant, ce semble, ils étaient prêts à tout lui demander. Par un caprice inexplicable, ils exigent un jour un acte de charité chrétienne : pour mériter leurs bonnes grâces, Gilles donnera à manger à trois pauvres, à trois grandes fêtes de l’année ; mais le lendemain, le démon lui ordonne d’arracher de son cœur son affection à la sainte Église catholique et à sa chapelle [64]. Le maréchal avait formé un projet qui déplaisait à l’esprit maudit, peut-être celui de revenir à la vertu par un repentir sincère ; le démon lui enjoignit de renoncer à son dessein. D’autres fois enfin, par un dernier excès, celui qui fut homicide dès le commencement, demande qu’on lui apporte les membres d’un petit enfant ; le cœur, la main et le sang doivent lui être offerts en sacrifice [65]. Comme le dit Monstrelet : « Profitant toujours en pis, (il) était venu à la méconnaissance de Dieu, ne lui restant plus faire conscience de rien pour abominable péché que ce fût… Il continua longtemps ainsi, toujours désirant et venant à nul point de aucune perfection, s’aveuglant de plus en plus [66]. » Car il en est ainsi : ces évocations, par certains côtés, sont tellement ridicules qu’il en faudrait rire ; par certains autres aussi, elles sont si terribles qu’il faudrait en pleurer ; le grotesque ne le cède qu’à l’odieux : outre la perversité des désirs qu’elles dénotent dans cet homme, elles ont servi à des violences et à des meurtres aussi horribles qu’incontestables.

Un jour que Henriet et Poitou étaient entrés dans la chambre de leur maître, ils aperçurent, à leur grande surprise, Gilles tenant « la main, le cœur, les yeux et du sang » d’un petit enfant, qu’il venait de faire mourir sous leurs yeux ; il enveloppa ces parties sanglantes dans un linge blanc, les mit dans un verre, et les déposa sur la « symaise » de la cheminée [67] ; puis il leur ordonna de fermer sa chambre à clef et de n’y laisser pénétrer personne. Le soir, Gilles prit les parties sanglantes de l’enfant, les cacha dans sa manche [68] (en ce temps-là, les grands seigneurs au repos portaient d’amples vêtements), et les apporta, comme une offrande digne de plaire au démon, dans l’appartement de Prélati. Ce fut là tout ce que purent savoir Henriet et Poitou ; mais les récits de Gilles et de Prélati nous permettent de compléter ce drame dont les deux serviteurs n’avaient vu que le prélude : la fin n’en fut dévoilée qu’au jour des débats judiciaires. Les deux complices, en effet, se rendirent à la chambre où ils avaient déjà fait une première évocation, et ils recommencèrent les mêmes cérémonies dans le dessein d’offrir au démon le sang, la main, les yeux et le cœur de la victime ; mais le démon ne se montra pas. Lorsque le baron, furieux de ce nouvel échec, le cœur plus lourd par le poids d’un nouveau crime, se fut retiré, Prélati prit les parties offertes en sacrifice, les roula dans un linge de lin, et quitta discrètement le lieu de l’évocation. Il traversa la partie du château qui est comprise entre le côté qui regarde la Crûme et celui que baigne la Sèvre, et vint, d’un pas furtif, tremblant d’être surpris, inhumer ces restes en terre sainte, au pied des murs de la chapelle dédiée à saint Vincent ; puis il se retira sans avoir été aperçu et comme soulagé d’un grand poids qui pesait sur sa poitrine [69].

Combien de fois se renouvela le drame ? Nul ne le saura jamais. Seulement Eustache Blanchet disait parfois à Henriet et à Poitou : « Il est impossible que le maréchal réussisse dans ses entreprises, s’il n’offre au démon le sang et les membres d’enfants mis à mort [70]. » De son côté, François Prélati témoignait qu’il avait entendu dire à un serviteur et ami de Gilles de Rais, du nom de Guillaume d’Auxi, que son maître avait tué de nombreux enfants dans sa chambre, à Tiffauges, et au-dessus du portail du château de Machecoul, « pour offrir aux démons leur sang et leurs membres pendant les évocations diaboliques ; ut offerret illorum sanguinem et membra demonibus, faciendo predictam invocacionem de ipsis demonibus [71]. » Et Prélati, qui savait à quels crimes menait la magie noire, ne trouvait dans ce témoignage rien qui ne fût très vraisemblable. Tels étaient les crimes des sorciers : ainsi le prescrivaient les livres qui traitaient de magie et d’évocations. Gilles les connaissait à fond, jusque là que, dans son habileté, il employait lui-même son génie et son temps à tracer le plan et les règles de ces évocations. Un jour, il avait emmené dans sa bibliothèque, qui lui servait en même temps de cabinet de travail et d’étude, Eustache Blanchet et Gilles de Valoys, prêtre comme Blanchet, pour leur montrer un livre, qui traitait des cérémonies dé sa collégiale de Machecoul, et dont il émaillait lui-même, en véritable artiste, la couverture [72]. Eustache Blanchet, tout en écoutant parler le maréchal et en admirant son œuvre, aperçut sur le bureau cinq ou six feuilles de papier, qui piquèrent vivement sa curiosité. De grandes marges bordaient ces feuilles, que, des deux côtés, couvrait une écriture rouge, tracée de la main de Gilles lui-même et entremêlée de croix et d’autres signes également rouges. La pensée vint immédiatement à Blanchet que cette écriture était faite avec le sang de quelque pauvre enfant ; car il avait ouï raconter, disait-il, que le maréchal faisait tuer des enfants pour écrire un certain livre avec leur sang. Henriet vit également ce livre ou un autre semblable entre les mains du maréchal, et il lui sembla qu’il était écrit avec du sang ou du vermillon [73].

Quelques années plus tard, Monstrelet, à la lumière des débats de Nantes qui avaient éclairé tant de choses monstrueuses, confirmait expressément tous ces bruits : « Desquels enfants ou autres créatures, après qu’il les avait fait mourir violentement, faisait prendre aucune partie de leur sang, duquel on écrivait livres, où il y avait conjurations diaboliques et autres termes contre notre foi catholique [74]. » On disait d’ailleurs partout, dans la contrée, qu’il écrivait un livre avec le sang des enfants ; et le peuple, dont l’imagination grossit facilement les choses, répandait la terreur en répétant de tous côtés que ce livre le rendrait tout-puissant ; qu’il n’y aurait plus ni forteresse à tenir contre lui, ni personne à lutter contre sa puissance [75]. On raconte que le seigneur de Rais « use de l’art et science de négromancie et qu’il fait murtrier et occire grand nombre d’enfants, afin d’en avoir et recueillir le sang, dont il escript tous ses caractères de divinements requis pour invoquer les infernales esprits, tendant parvenir par leur moyen à recouvrer grans trésors et richesses [76]. » Bruits étranges, qui offrent une coïncidence remarquable avec les espérances démesurées du maréchal de Rais. Tous ces faits sont une preuve convaincante des crimes dont se rendaient coupables les magiciens et les évocateurs, en même temps qu’ils sont une sorte d’apologie de la sévérité que les pouvoirs établis employèrent à les poursuivre [77].

Ces crimes honteux n’étaient cependant que le prélude de crimes encore plus infâmes, par lesquels le fidèle se préparait au culte du maître. Dieu, qui est tout pureté et tout amour, veut que l’homme l’honore par un culte pur et tendre, car il ne se communique qu’aux chastes et aux aimants. Le démon, au contraire, dont la révolte est tout haine et perversion, exige de ses fidèles deux choses contraires à la pureté et à l’amour : la débauche et la cruauté. C’est ce que l’on remarque dans toutes les religions païennes, et il suffit d’ouvrir les procès de Gilles de Rais, pour découvrir, dans les aveux des coupables, les traces d’une corruption et d’une cruauté effrayantes. Les procès de Gilles de Rais servent de preuves aux récits des historiens et des moralistes. Il est à remarquer, en effet, que la plupart des évocations qui s’y trouvent signalées, sont précédées de débauches et de cruautés sans nom. Nous en parlerons plus au long dans le chapitre suivant ; mais il importe de le remarquer dès à présent : l’appel au démon, à Tiffauges, à Machecoul, à Bourgneuf, à Josselin, est presque toujours préparé par des actes d’une corruption et d’une cruauté telles que l’antiquité religieuse et païenne, avec ses Sodomes et ses Éleusis, ses Néron et ses Caius, n’offre rien de semblable à l’imagination. La vie et le procès de Gilles de Rais suffisent à démontrer à quels excès pouvait pousser le culte des démons, et de quels dangers la sorcellerie menaçait la société religieuse et politique : on s’estime heureux aujourd’hui de voir arraché du sol un arbre qui donnait de pareils fruits de mort.

Mais si les crimes, ordinaires aux magiciens et aux évocateurs du XVe siècle, furent communs à Gilles de Rais et à beaucoup d’autres coupables, il en est qui n’appartiennent qu’au maréchal. Rien de ce que nous avons à raconter ne ressemble à ce que nous avons déjà vu : l’ombre incertaine du soir ne diffère pas plus des ténèbres de la nuit. Sans exemple comme sans imitation, ces crimes sont tels par leur nature et leur énormité, que, parmi les hommes qui ont épouvanté la terre, Gilles de Rais tient une place à part, presque sans analogie, ni avec ceux qui l’ont précédé, ni avec ceux qui l’ont suivi : « Il fallait à ces ennemis du Créateur quelque chose de plus impie encore (que les sacrifices et les offices en l’honneur du diable), le contraire de la Création, la dérision meurtrière de l’image vivante de Dieu. Cette religion du diable avait cela de terrible, que, peu à peu, l’homme étant parvenu à détruire en soi tout ce qu’il avait de l’homme, il changeait de nature et se faisait diable. Après avoir tué pour son maître, d’abord sans doute avec répugnance, il tuait pour lui-même avec volupté [78]. » Oui, le génie du mal était apparu, apportant de là-bas des crimes nouveaux, inouïs.




  1. Bodin, De la Démonologie, éd. 1570, préf. p. 9.
  2. Proc. ecclés., déposition de Blanchet ; p. LXXXI.
  3. Proc. ecclés., Conf. de Prélati ; p. LXIX, LXX, LXXI, LXXII, etc.
  4. Bréviaire romain. Leçons de saint Cyprien.
  5. La Sorbonne, en 1835, disait : « Per tales artes et ritus impios et incovocationes demonum nullus unquam sequatur effectus ministerio demonum, error. » Voltaire, Diction, philosophique, t. V. p. 338. Edit. Dupont. Paris. 1826.
  6. Proc. ecclés., Acte d’accusatioD, p. XXIII ; p. LIV, LV. — Proc. civ., f° 401, r° et v°, Conf. de Gilles.
  7. Proc. civ., fos 404, v° ; 403, r° ; Conf. de Gilles. — Proc. ecclés., Conf. de Gilles, p. LVIII.
  8. Proc. Civ., fo 405, r<>. — Proc. ecclés., Conf. de Gilles, p. LVII.
  9. Proc. ecclés., Conf. de Prélati, p. LXX.
  10. Proc, ecclés., Conf. de Gilles, p. LVII.
  11. Pouzauges, dit deux fois le Procès ecclésiastique ; Tiffauges, dit une fois le Procès civil. Nous avons pris le nom de Tiffauges sur la foi de Gilles lui-même, d’autant plus qu’il ne résida que très rarement à Pouzauges.
  12. De Roujoux, Hist. des rois et des ducs de Bretagne. Paris, 1828-29, 4 vol. in-8°.
  13. Proc. ecclés., Déposit. de Blanchet, p. LXXIX.
  14. Proc. ecclés., Conf. de Gilles, p. LVI, et surtout Conf. de Blanchet, p. LXXIX. — Proc. civ., fos 402, v°, et 403, r° ; Conf. de Gilles.
  15. Proc. ecclés., Conf. de Gilles, p. LVI. LVII. — Proc. civ. f° 103, r° et v°.
  16. Proc. civ., f° 401, v° ; Conf. de Gilles.
  17. Proc. ecclés., Conf de Gilles, p. XLV.
  18. Proc. civ., fos 389, v°, et 390, r°.
  19. Fac-simile tiré d’un document ayant appartenu à M. Benjamin Fillon. Lettre signée, sur vélin, 3 septembre 1438 ; 1 p. in-f° oblong. Précieuse pièce relative à la cession faite par Gilles de la place de Champtocé au duc de Bretagne, moyennant certaines rentes qu’il avait transportées auparavant à Jean de Malestroit, évêque de Nantes, chancelier de Bretagne.
  20. Proc. civ., f° 390, v° et r° ; Conf. de Poitou.
  21. Proc, ecclés. Conf. de Gilles, p. LV. — Proc. civ., fos 401, vo et 402, ro et vo ; Conf. de Gilles.
  22. Proc. ecclés., Acte d’accusation, p. XXIV ; Conf. de Gilles, p. LI. — Proc. civ., f° 387, r°, et 396, v°.
  23. Proc. ecclés., Conf. de Gilles, p. XLVI, LI, LV. — Proc. civ. fos 396, v°, 401, v°, et 402, r° et v° ; Conf. de Gilles. La crainte d’être emporté par le démon, à laquelle il fait allusion en termes très clairs devant ses juges, s’explique par sa crédulité, entretenue par les récits légendaires dont le moyen âge est plein.
  24. Proc. ecclés., Acte d’accusation. art. XXIV, p. XXIII. Conf. de Blanchet, p. LXXVI.
  25. Proc. ecclés., Conf. de Gilles, p. LI.
  26. Proc, ecclés., Conf. de Prélati, p. LXV ; Conf. de Blanchet, p. LXXIII, LXXXIX.
  27. Proc, ecclés., Paroles de Blanchet ; Conf. de Poitou, p. LXXXIX et alibi. — Proc. civ., Conf. de Henriet.
  28. Ibidem.
  29. Proc. eeclés., Conf. de Blanchet, p. LXXIII.
  30. Proc, ecclés., Conf. de Prélati, p. LXV. — Monte-Calini di val di Nievole près de Pistoie, au diocèse de Lucques, en Italie.
  31. Proc, ecclés., p. LXV.
  32. Proc, ecclés., Conf. de Gilles, p. LIII.
  33. Proc. ecclés., Conf. de Gilles, p. LIII.
  34. Procès ecclés., Conf. de Prélati, p. LXIX.
  35. Le diocèse de Mondovi (Montis regalis du Procès), est situé en Piémont.
  36. Proc. ecclés., Conf. de Blanchet, p. LXXIII, LXXIV, etc, ; Conf. de Prélati, p. LXVI, LXVII, LXVIII, etc.
  37. Proc. civ., Conf. de Henriet, f° 375, v°.
  38. Proc. ecclés., Conf. de Blanchet, p. LXXIV.
  39. Proc. ecclés., Conf. de Prélati, p. LXVI.
  40. Proc. ecclés., Conf. de Henriet, p. CI.
  41. Proc. ecclés., conf. de Blanchet, p. LXXX. — Conf. de Prélati, p. LXVI. — Poitou dit que ce fut à Machecoul.Proc. civ. f° 388, v°. Mais il y a faute de copiste, puisque le même Poitou désigne Tiffauges dans la Proc. ecclés. p. LXX, XIX.
  42. Proc. civ., Conf. de Poitou, fo 388, vo.
  43. Proc. ecclés., Conf. de Prélati, p. LXVI.
  44. Proc. ecclés., Conf. de Poitou, p. XI.
  45. Proc. ecclés., Conf. de Prélati, p. lxvii.
  46. Proc. civ., f° 397, v° et r° ; 398, r° ; Conf. de Gilles.
  47. Proc. ecclés., Conf. de Prélati, p. lxvii.
  48. Proc. ecclés., Conf. de Prélati, p. lxvii.
  49. Proc. ecclés., Conf. de Prélati, p. lxvii.
  50. Proc. civ., f° 396, r° et v° ; Conf. de Gilles.
  51. Proc. ecclés., Conf. de Prélati, p. LXVII.
  52. Proc. ecclés., Conf. de Gilles, p. LI.
  53. Proc. ecclés., Conf. de Blanchet rapportant les paroles d’Alain de Mazières. — Pour les autres détails : Conf. de Blanchet, p. LXXIX, LXXX ; de poitou, p. LXXXIX, XC ; de Henriet, p. XCIX. — Proc. civ., fos 395, r° et v° ; 396, r° ; 397, r° et v°.
  54. Proc. ecclés., Conf. de Gilles, p. XLVI, LI, LIII ; Conf. de Prélati, p. LXIX, LXXI. — Proc. cir., fos 395, v° ; 398, v°, et 399, r°.
  55. Proc, civ, f° 396, r° et v°. Conf. de Gilles.
  56. Proc. ecclés., Conf. de Prélati, p. LXVII, LXVIII.
  57. Proc. ecclés., Conf. de Prélati, p. LXVII, LXVIII, LXIX, LXX ; Conf. de Poitou, p. XC, XCI. — Pro. civ. f° 389, r° ; Conf. de Gilles, fos 397, v°, et 398. r°.
  58. Proc. ecclés., Conf. de Prélati, p. LXVIII, LXIX ; Conf. de Gilles, p. LIII. — Proc. civ., fos 396, r° et v° ; 397, r° et v° ; 399 r°, Conf. de Gilles.
  59. Proc. ecclés., Conf. de Gilles, p. LII, LIII ; Conf. de Prélati, p. LXXI.
  60. Proc. ecclés., Prélati désigne Denys Gascard, de Pouzauges, p. LXX.
  61. Proc. civ., f° 490, v°, Conf. de Gilles.
  62. Proc. ecclés., Conf. de Gilles, p. LIII ; Conf. de Prélati, p. LXX. — Proc. civ., f° 390, r° et v° ; Conf. de Gilles.
  63. Proc. ecclés., de Blanchet, p. LXXXI, LXXXII.
  64. Proc. ecclés., Conf. de Prélati, p. LXXII ; — Proc. civ., fos 406 r°, 400, v° ; Conf. de Gilles.
  65. Proc. civ., f° 397. r° ; Conf. de Gilles.
  66. Monstrelet. I. c.
  67. Proc. ecclés., Conf. de Prélati, p. LXVIII ; Conf. de Poitou, p. LXXXVIII ; Conf. d’Henriet, p. CI ; — Proc. civ., Conf. de Poitou, f° 388, r°.
  68. Proc, civ., f° 288, r°. Conf. de Poitou.
  69. Proc. ecclés., Conf. de Gilles, p. LI et LII ; Interrogatoire simultané de Gilles et de Prélati, p. XLVI ; Conf. de Prélati, p. LXIX ; Conf. de Poitou, p. LXXXVIII. — Proc. civ., f° 388, r° ; Conf. de Poitou ; 397, r°. Conf. de Gilles.
  70. Proc. ecclés., Conf. de Poitou, p. LXXXVIII.
  71. Proc. ecclés., Conf. de Prélati, p. LXVIII.
  72. proc. ecclés., cour. de Blanchet, p. LXXVII.
  73. Proc. civ., f° 382, r° ; Conf. de Henriet.
  74. Monstrelet, I. c.
  75. Proc. ecclés., Dép. de Blanchet, p. LXXV. LXXVI.
  76. Alain Bouchard, Grandes Chroniques de Bretagne.
  77. « Charlemagne édicta les peines les plus sévères contre ceux qui osaient manger de la chair humaine et contre ceux qui se livraient à la magie. Les deux crimes se confondaient sans doute, et l’on prétendait, par d’horribles sacrifices, se rendre propices les esprits infernaux. » Revue des Deux-Mondes, 15 novembre 1884, l’Anthropophagie et les sacrifices humains, par M. le marquis de Nadaillac, membre de l’Institut. La seule lecture de cet intéressant travail, auquel on désirerait peut-être une conclusion moins pessimiste, prouve que le culte des démons, plus que toutes les autres causes, a conduit aux sacrifices humains et aux horreurs qui les accompagnent ; et c’est une opinion que M. le marquis de Nadaillac nous a émise de vive voix.
  78. Michelet, Hist. de France, t. V, l. c.