Grand Traité d’instrumentation et d’orchestration modernes/Chapitre 1

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CHAPITRE 1er

Tout corps sonore mis en œuvre par le Compositeur est un instrument de musique. De là la division suivante des instruments dont il dispose actuellement.

INSTRUMENTS À CORDES.
Mises en vibration par des Archets Les Violons, Altos, Violes d’amour, Violoncelles et Contrebasses.
Pincées Les Harpes, Guitares et Mandolines.
À clavier Le Piano.
INSTRUMENTS À VENT.
À anches Les Hautbois, Cors Anglais, Bassons, Bassons-quintes, Contre-Bassons, Clarinettes, Cors de Basset, Clarinettes-Basses, Saxophones.
Sans anches Les Flûtes grandes et petites.
À clavier L’Orgue, Le Mélodium, Le Concertina.
À embouchure et en cuivre Les Cors, Trompettes, Cornets, Bugles, Trombones, Ophicléïdes, Bombardons, Bass-Tuba.
À embouchure et en bois Le Basson Russe, Le Serpent.
Les voix d’hommes, de femmes, d’enfants et de Castrats.
INSTRUMENTS À PERCUSSION.
D’une sonorité fixe et appréciable Les Timbales, les Cymbales antiques, les Jeux de timbres, le Glockenspiel, l’Harmonica à clavier, les Cloches.
D’une sonorité indéterminable et produisant seulement des bruits diversement caractérisés. Les Tambours,
Grosses-Caisses, Tambours de Basque, Triangles, Tamtams, Par. Chinois.

L’emploi de ces divers élémens sonores et leur application soit à colorer la mélodie, l’harmonie et le rythme, soit à produire des impressions sui generis (motivées ou non par une intention expressive,) indépendantes de tout concours des trois autres grandes puissances musicales, constitue l’art de l’instrumentation.

Considéré sous son aspect poëtique, cet art s’enseigne aussi peu que celui de trouver de beaux chants, de belles successions d’accords et des formes rythmiques originales et puissantes. On apprend ce qui convient aux divers instruments, ce qui pour eux est praticable ou non, aisé ou difficile, sourd ou sonore ; on peut dire aussi, que tel ou tel instrument est plus propre que tel autre à rendre certains effets à exprimer certains sentiments ; quant à leurs associations par groupes, par petits orchestres et par grandes masses, quant à l’art de les unir, de les mêler, de façon à modifier le son des uns par celui des autres, en faisant résulter de l’ensemble un son particulier, que ne produirait aucun d’eux isolement, ni réuni aux instruments de son espèce, on ne peut que signaler les résultats obtenus par les maîtres, en indiquant leurs procédés, résultats qui sans doute, seront encore modifiés de mille manières en bien ou en mal par les compositeurs qui voudront les reproduire.

L’objet de cet ouvrage est donc d’abord, l’indication de l’étendue et de certaines parties essentielles du mécanisme des instruments, puis l’étude fort négligée jusqu’à présent, de la nature du timbre, du caractère particulier et des facultés expressives de chacun d’eux et enfin celle des meilleurs procédés connus pour les grouper convenablement. Tenter de s’avancer au delà, ce serait vouloir mettre le pied sur le domaine de l’inspiration, où le génie seul peut faire des découvertes, parce qu’il n’est donné qu’à lui de le parcourir.