Grand dictionnaire universel du XIXe siècle/France

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Sommaire

FRANCE (autrefois Gallia), Etat de l’Europe occidentale, que son heureuse conformation géographique, son histoire, sa littérature, ses arts et son industrie ont placé au premier rang des Etats civilisés. Cet article a été écrit avant les événements de 1870 et avant le traité de Francfort, qui en a été la conséquence. A défaut de toute autre considération, notre patriotisme nous fait un devoir de n’y rien changer. Que la revanche s’opère par les armes ou que la république universelle confonde les diverses nations de l’Europe dans une confédération d’Etats, les Etats-Unis d’Europe, la France, aujourd’hui mutilée, doit recouvrer, dans un avenir plus ou moins prochain, les deux provinces quelle a perdues.

Considérations générales. Sous le rapport de la beauté physique, la France n’a rien a envier à aucun autre Etat de l’Europe. Si, dans la description de notre belle patrie, nous devons éviter tout reproche de chauvinisme, il nous sera du moins permis de citer le témoignage d’étrangers, d’ennemis. Le chevalier Temple écrivait : « La France, noble et fertile Etat, le plus favorisé par la nature de tous ceux qui sont au monde. » De Maistre, reprenant pour son compte les paroles de Grotius, appelait la France de plus beau royaume après celui des cieux. » La France se distingue entre toutes les contrées de l’Europe par l’élégance et l’équilibre de ses formes. Nous empruntons les lignes suivantes à un des géographes les plus distingués de notre époque, à M. Elisée Reclus : « Les contours souples et mouvementés de la France s’harmonisent de la manière la plus heureuse avec la solide majesté de l’ensemble, et se développent régulièrement en une série d’ondulations rhytnmiques. Un méridien, que l’on peut considérer comme un axe idéal, réunit les deux extrémités saillantes du territoire national, en passant exactement à travers la capitale et le centre de figure, et partage la France tout entière en deux moitiés d’une symétrie parfaite, De chaque côté de cet axe, les quatre faces du grand octogone qui constitue le pourtour du territoire français se disposent suivant les lois d’une véritable polarité. Au N.-O., c’est le rivage de la Manche qui correspond à la frontière de Belgique, exposée au N.-E. ; à l’O., ce sont les côtes de la Bretagne méridionale et du Poitou qui forment, avec les plages rectilignes des Landes, un angle concave tourné vers la haute mer, tandis qu’à l’E. les limites de la France décrivent un autre angle concave vigoureusement accusé par les chaînes du Jura et le massif des Alpes. Enfin, au S.-O., l’arête des Pyrénées contraste avec les rivages méridionaux du Languedoc et de la Provence, dont la direction générale est perpendiculaire au S.-E. Ainsi la disposition symétrique des huit côtés de la périphérie est complète. Une diagonale, menée du N.-E. au S.-O à travers le centre de la France, réunit deux frontières terrestres, celles de la Belgique et de l’Espagne, tandis que la diagonale du N.-O. au S.-E. rejoint les deux mers, l’Atlantique et la Méditerranée. Pour comble de régularité, la France est parfaitement orientée dans le sens de l’équateur et du méridien. Le territoire français, si régulier dans sa forme, offre dans son relief une disposition des plus heureuses qui rappelle celle des corps organisés. Au centre, s’élève un plateau granitique, autour duquel rayonnent les fleuves et se sont déposées les alluvions des plaines, de même que dans les êtres vivants le sang circule et les chairs se forment autour de la solide charpente osseuse. A ce plateau central se rattache une série de chaînes de montagnes qui traversent diagonalement la France dans presque toute son étendue, des bords de la Garonne à la vallée du Rhin, et qui remplissent dans l’économie géographique de la contrée un rôle analogue à celui que joue l’épine dorsale dans le corps des animaux vertébrés. La France rappelle également les organismes supérieurs par là position excentrique de la capitale qui lui sert de foyer intellectuel. De même que le cerveau de l’homme se trouve situé dans la partie supérieure du corps, bien en dehors du tronc, de même la région de la France vers laquelle la pente générale des bassins et la nature géologique du sol font converger toutes les forces vives de la nation occupe la partie septentrionale du territoire et contraste par sa position avec le point culminant de l’intérieur, qui se dresse sur le rebord méridional du grand plateau central. » MM. Élie de Beaumont et Dufrénoy donnent à ces deux régions si distinctes de la France les noms de pôle attractif et de pôle répulsif. Ajoutons à ces traits généraux que la France, grâce à sa forme compacte et à l’heureuse disposition de ses bassins, constitue une individualité géographique parfaitement limitée, qu’elle n’est pas moins favorisée par la forme de son relief que par son heureuse position relativement à la masse continentale de l’Europe, et que son climat est un des plus agréables de la zone tempérée. « Enfin, dit encore M. Elisée Reclus, tous les avantages semblent s’être réunis sous la forme la plus compacte dans cette terre privilégiée, dont Strabon, saisi d’une admiration prophétique, célébrait déjà du temps des Gaulois barbares le magnifiqué avenir. »

Situation. Frontières continentales et maritimes. La France continentale est comprise entre 5°55’ de long. E. et 7°7’ de long. O., et entre 42°20’ et 51°5’ de lat. N.

La France politique a pour limites : au N. et au N.-O., depuis un point du littoral de la mer du Nord, situé entre Dunkerque et Ostende, jusqu’au cap Saint-Matthieu, la mer du Nord, le pas de Calais et la Manche ; à l’O., depuis le cap Saint-Matthieu jusqu’à l’embouchure de la Bidassoa, le golfe de Gascogne ou mer de France ; au S., depuis l’embouchure de la Bidassoa jusqu’au cap Cervera, les Pyrénées ; en partant de l’O., la frontière remonte pendant quelques kilomètres la Bidassoa, coupe le contre-fort entre la Bidassoa et la Nivelle, atteint les Aldudes entre la vallée de Bastan (Espagne) et celle de Boigorry (France), remonte le contre-fort jusqu’au col d’Orisson ; la, elle suit la crête de la grande chaîne jusqu’à la source de la Pique, et n’accorde à la France, dans ce trajet, que la forêt d’Iratie ; depuis la source de la Pique, la frontière court vers le N., pour laisser à l’Espagne le val d’Aran ou vallée supérieure de la Garonne, franchit ce fleuve à 48 kilom. de sa source, remonte vers le S. et atteint le bief de partage de la grande chaîne, qu’elle Quitte un instant pour donner à l’Espagne les sources de l’Ariége ; puis, franchissant brusquement la ligne de partage des eaux, elle donne à la France les sources de la Sègre et de ses premiers affluents ; elle reprend la grande chaîne, jusqu’au col de Pertus, où elle court directement au cap Cervera, abandonnant à l’Espagne le littoral compris entre les caps Cervera et Creus ; au S.-Ë., du cap Cervera à Menton, près de l’embouchure de la Roïa, la frontière est déterminée par la Méditerranée ; à l’E., depuis Menton, la frontière remonte au N. pour suivre l’arête des Alpes Maritimes, Cottiennes, Grées et Pennines, jusqu’au grand Saint-Bernard ; de là elle se dirige vers le N. jusqu’au lac de Genève, dont elle prend une partie de la rive gauche ; tourne ensuite autour de Genève, coupe l’Orbe près de sa source, laisse à la France les deux pentes jurassiques, atteint le mont Rixon, suit le faîte du Jura central, va joindre le Doubs au-dessus de la cascade appelée le Saut du Doubs, descend cette rivière jusqu’au-dessous du coude qu’elle fait à Sainte-Ursanne, passe entre le mont Terrible, qu’elle laisse à la Suisse, et les sources de l’Ill, qu’elle donne à la France, court parallèlement aux montagnes Bleues et arrive au Rhin un peu au S. d’Huningue ; enfin, elle descend le Rhin jusqu’à son confluent avec la Lauter ; au N., la frontière, depuis la mer du Nord jusqu’au Rhin, présente une ligne de pure convention ; elle part d’un point de la mer du Nord, qui est à 6 kilom E.-N.-E. de Dunkerque, longe d’abord le département du Nord, franchit le canal de Dunkerque à Fumes, passe les marais de la grande Moëre, traverse la Colme à Hondschoote (France) et l’Yser près de Rousbrudgge (Belgique), suit la Lys depuis Armetitières (France) jusqu’à Menin (Belgique), traverse le canal de Roubaix près de la ville de même nom, franchit l’Escaut à son confluent avec la Scarpe, puis la Haine, qui se jette dans l’Escaut à Condé (France), coupe le chemin de fer de Valenciennes à Bruxelles, entre Blanc-Misseron (France) et Quiévrain (Belgique) ; franchit la Sambre au-dessous de Maubeuge (France), coupe l’Helpe au-dessus d’Avesnes (France) et laisse à la Belgique une des sources de l’Oise ; elle fait ensuite un coude en rentrant en Belgique et se dirige parallèlement à la Meuse (rive gauche) jusqu’au-dessous de Givet (France), ou elle la franchit et la remonte (rive droite), pour couper la Semoy un peu au-dessus de son confluent, et le Chiers au-dessus de Longwy (France) ; continuant sa direction vers l’E., elle coupe l’Alzette près de sa source et au S. de Luxembourg (Hollande) ; passe la Moselle au-dessous de Sierck (France), longe la Prusse Rhénane, franchit la Nied, affluent de la Sarre, passe près de Sarrelouis (Prusse), arrive à la Blise, affluent de la Sarre, et la suit pendant quelques lieues ; traverse les Vosges au N. de Bitche (France), coupe le Schwolk et atteint la Lauter, qu’elle suit jusqu’à son crfnfluent avec le Rhin, au-dessous de Lauterbourg (France).

La France, entre Dunkerque et Bayonne, est baignée, au N. et à l’O., par les mers du Nord et de la Manche et le golfe de Gascogne ou mer de France. La côte française de la mer du Nord court de l’E. à l’O, jusqu’au cap Gris-Nez, en inclinant un peu au S, La côte de la Manche se dirige au S -S.-O., depuis le cap Gris-Nez jusqu’à la Seine, où elle court généralement à l’O. jusqu’au cap Saint-Matthieu. La côte du golfe de Gascogne court de l’O. à l’E, .un quart S., depuis le cap Saint-Matthieu jusqu’à l’embouchure de la Loire, et, depuis ce point jusqu’à la Bidassoa, elle a une direction générale vers le S. La côte française de la mer du Nord est basse, sablonneuse et peu découpée ; celle de la Manche, depuis le cap Gris-Nez jusqu’à l’embouchure de la Somme, se couvre de dunes. La côte de la Manche, depuis la Somme jusqu’à la Seine, présente alternativement des falaises, des dunes et des plages en pente douce. De hautes falaises régnent entre l’embouchure de la Seine et le golfe de Saint-Malo, sur tout le long de la presqu’île du Cotentin. La côte de la presqu’île de Bretagne, depuis la Sélune et le Couesnon jusquà la Loire, est découpée et déchirée ; elle se compose généralement de grands rochers granitiques très-escarpés. Entre la Loire et la Gironde, la côte est basse et marécageuse, quoiqu’elle continue à présenter quelques dentelures. De la Garonne à la Bidassoa, la côte est droite et remplie de dunes,

La France est baignée au S. par la mer Méditerranée. La côte française de la Méditerranée, depuis le cap Cervera jusqu’à Menton, près de l’embouchure de la Roïa, court du S. au N., du cap Cervera à l’embouchure de l’Aude ; le restant de la côte se dirige à l’E. La côte de France sur la Méditerranée est formée de rochers, depuis le cap Cervera jusqu’à l’embouchure du Tech ; elle est basse, marécageuse et coupée d’étangs, depuis le Tech jusqu’au cap Couronne. Du cap Couronne jusqu’à l’embouchure de la Roïa, elle est escarpée, élevée et dentelée.

« Une des grandes curiosités de la France, dit M. Michelet, c’est que sur toutes ses frontières elle ait des provinces qui mêlent au génie continental quelque chose du génie étranger : à l’Allemagne, elle oppose une France allemande ; à l’Espagne, une France espagnole ; à l’Italie, une France italienne ; entre ces provinces et les pays voisins il y a analogie et néanmoins opposition : ainsi, la Gascogne ibérienne n’aime pas l’ibérienne Espagne. Ces provinces analogues et différentes en même temps, que la France présente à l’étranger, offrent tour à tour à ses attaques une force résistante et neutralisante. Elle jette à la dure Angleterre la dure Bretagne, la tenace Normandie ; à la grave et solennelle Espagne, elle oppose la dérision gasconne ; à l’Italie, la fougue provençale ; au massif empire germanique, les solides et profonds bataillons de l’Alsace et do la Lorraine ; à l’enflure, à la colère belge, la sèche et sanguine colère de la Picardie, la sobriété, la réflexion, l’esprit indisciplinable et civilisable des Ardennes et de la Champagne. La France est le pays du monde où la nationalité se rapproche le plus de la personnalité individuelle. Les provinces diverses de climat se sont comprises, se sont aimées : toutes se sont senties solidaires. Le Gascon s’est inquiété de la Flandre ; le Bourguignon a joui ou souffert de ce qui se faisait aux Pyrénées ; le Breton, assis aux rivages de l’Océan, a senti les coups qui se donnaient sur le Rhin ; l’esprit local a disparu chaque jour ; l’influence du sol, du climat, de la race, a cédé à l’action sociale et politique. Le Français du Nord a goûté le Midi, s’est animé à son soleil ; le méridional a pris quelque chose de la ténacité, du sérieux, de la réflexion du Nord. La société, la liberté ont dompté la nature ; l’histoire a effacé la géographie. »

Orographie. La France forme une vaste pleine baignée par quatre mers. Des collines à pentes douces la parcourent dans tous les sens. Des montagnes de troisième et quatrième ordre, se dirigeant du S.-O. au N.-E., forment l’origine des pentes de ses deux grands versants. D’autres montagnes de premier et de second ordre la limitent au S.-O. et au S.-E. Toutes ces hauteurs donnent naissance aux nombreux fleuves qui l’arrosent, la fertilisent, et en font la plus belle et la plus riche contrée de l’Europe. La ligne de partage des eaux de la France est formée, en commençant par le S., par les Pyrénées jusqu’au pic de Corlitte ; par les Corbières occidentales, depuis le pic de Corlitte jusqu’au col de Narouze ; par les Cévennes, depuis le col de Narouze jusqu’au canal du Centre ; par la Côte-d’Or, par le haut plateau de Langres, par les monts Faucilles, par le talon méridional des Vosges, par le col de Valdieu, par le Jura, par le Jorat, par les Alpes bernoises et par le Saint-Gothard. Cette série de hauteurs détermine par son arête les deux grands versants de la France : l’un, tourné vers le N.-O. et l’O., est tributaire de l’Océan ; l’autre, tourné vers le S., est tributaire de la Méditerranée.

Notre but, dans cet article, étant seulement de faire l’orographie générale de la France, nous allons donner simplement la nomenclature et les dispositions des montagnes ou hauteurs qui composent la ligne générale de partage des eaux, ainsi que celle des rameaux ou contre-forts qui s’en détachent, et nous renvoyons, pour la description détaillée de toutes ces montagnes, aux articles qui leur sont consacrés dans le Grand Dictionnaire.

La chaîne des Pyrénées françaises court sur une longueur d’environ 380 kilom. et se divise en trois sections : les Pyrénées occidentales, du col de Goritty au mont Cylindre ; les Pyrénées centrales, du mont Cylindre au pic de Corlitte ; les Pyrénées orientales, du pic de Corlitte au cap Creus. La hauteur moyenne du massif des Pyrénées est de 2,000 mètres environ. Les monts principaux et les cols ou ports remarquables qui appartiennent à cette grande chaîne sont, en allant de l’E. à l’O. ; le pic de Corlitte ; le col de Puymoreins ; le pic de la Serrère, au fond de la vallée de l’Ariége ; le col de Rat, au fond de la vallée de Vicdessos ; le Montcalm, dans la vallée précédente ; le pic de Montvallier, au fond de la vallée de Salat ; le pic de Rions, dans la vallée d’Aran ; le col de Viella, dans la vallée précédente ; le col de la Picade, au fond de la vallée de Luchon ; le mont Crabioules, dans la vallée de Lys ; le mont Pique-Fourcanade, dans le même vallon ; le port d’Oo, au fond de la vallée de Sarboust ; le port de Clarabide, au fond de la vallée de Louron ; le port de Plan, au fond du vallon de Rioumajou ; la montagne de Troumousé, dans la vallée d’Aure ; le pic de la Cascade et la tour de Marboré, entre la vallée de la Cinca et celle de l’Estaubé ; la brèche de Rolland, le mont Taillon et le port de Gavarnie, dans les vallées de la Cinca et de l’Estaubé ; le mont Vignemale, dans la vallée de Cauterets ; le pic du Badescure, au fond de la vallée de Bun ; le Som de Soube, le port de Canfranc, dans le val d’Azun ; le pic d’Anic, à l’origine des vallées d’Aspe et de Baretous ; la montagne d’Hory, au fond de la vallée de Soule ; le sommet d’Abady, à la source de la Nive ; le port de Roncevaux, dans la vallée de la Nive. Les principaux rameaux français des Pyrénées sont, en allant de l’E. à l’O. : le Tech-Tet, qui comprend le Canigou et toutes ses branches ; le Tet-Aude, qui se détache du pic da Corlitte, court vers le S. sous le nom de Corbières orientales, tourne ensuite vers l’E. et expire dans la plaine de Narbonne ; l’Aude-Ariége (même origine que le précédent), qui court vers la N. sous le nom de Corbières occidentales, fait partie de la dorsale de l’Europe et se rattache aux Cévennes (point culminant, 2,333 mètres) ; l’Ariége-Salat, branche qui longe la rive gauche de l’Ariége et comprend toutes les hauteurs qui talutent les vallées d’Erce, de Vicdessos et de Rabat ; le Salat-Guronne, qui longe quelque temps la Garonne et couvre les anciens pays de Cominges et de Conserans ; la Garonne-Neste, contre-forts qui se détachent du faîte, depuis les sources de la Garonne et le Port-Vieux jusqu’à l’extrémité de la vallée d’Aure, et dont les points remarquables sont : l’étang du port de Venasque, le pic Quairal, le pic de Hermittans, le lac glacé du port d’Oo, le lac de Séculéjo, le pic d’Arré supérieur et le pic d’Arré inférieur ; le Neste-Baréges, connu aussi sous le nom de montagnes de Bigorre ou monts de l’Adour, rameau qui naît sur la limite des Pyrénées centrales et occidentales, court vers ie N., sépare le bassin de la Garonne de celui de l’Adour, jette un grand nombre de branches dans ces deux bassins et va se terminer par les collines du Médoc, à l’extrémité de la Gironde (points remarquables : cirques de Troumouse et d’Estaubé, col de Pimené, pic Long, pic Niéouvieille, pic de Cambielle, col du Tourmalet-Baréges, cascade et cirque de Gavarnie, vallée de Baréges ou du gave de Pau) ; le Baréges-Ossau, rameau qui se dirige ordinairement au N. et comprend les vallées de Cauterets, d’Azun et d’Ossau (points remarquables : lac de Gaube, cascade du Pont d’Espagne, pic de Gabisos, etc.) ; l’Ossau-Aspe, contre-fort qui se lie au faîte par le pic du Midi d’Ossau et court au N. jusqu’au confluent des deux gaves d’Oloron (points culminants : pic d’Aule, pic du Midi, vallée d’Ossau) ; l’Aspe-Céson, qui forme la vallée de Lordios, celle de Baretous, une partie du pays de Soule et court au N. jusqu à Navarreins et Sauveterre ; la Nivelle-Nivelle, qui commence à l’O. du port de Roncevaux, se prolonge jusqu’à Saint-Jean-de-Luz et contient le pays do Labourla Nivelle-Bidassoa, qui se détache du col de Belate, court au N.-O., sépare pendant quelques kilomètres la France de l’Espagne, constitue les montagnes des Aldudes, entre en France et expire à l’embouchure de la Bidassoa.

Les Cévennes appartiennent entièrement à la dorsale européenne. Elles commencent au col de Narouze, point de partage des eaux du canal du Midi, courent au N.-E. jusqu’au mont Pilate, l’un des sommets les plus remarquables du Lyonnais ; mais, à partir de ce point, elles se dirigent au N. : le canal du Centre les sépare de la Côte-d Or. Leur développement est d’environ 500 kilom. On appelle Cévennes méridionales la partie qui est au S. des sources de l’Allier, et Cévennes septentrionales la partie qui est au N. des sources de cette rivière. Les Cévennes méridionales forment cinq sections, savoir : 1º les montagnes Noires, qui commencent au N. de Castelnaudary et s’étendent vers l’E. jusqu’à la source du Jaur ; leur longueur est de 60 kilom. et leur élévation moyenne de 5 à 600 mètres ; 2º les montagnes de l’Espinous, qui continuent le tronc des Cévennes, en suivant la même direction que les précédentes pendant 40 kilom. ; la hauteur moyenne de ces montagnes est de 6 à 700 mètres ; 3º les montagnes de l’Orb, qui sont ainsi nommées parce qu’elles donnent naissance à l’Orb de Béziers ; elles suivent la même direction jusqu’aux sources de la Sorgue, sur une longueur de 25 kilom. ; la hauteur moyenne est de 7 à 800 mètres ; 4º les monts Garrigues, qui succèdent aux montagnes de l’Orb et se prolongent, sur une longueur d’environ 50 kilom., jusqu’au mont Laigonal, avec une hauteur moyenne de 8 à 900 mètres, et ont pour point culminant le pic de Montant (1,040 m.) ; 5º les monts du Gévaudan, qui courent du mont Laigonal aux sources de l’Allier, pendant 50 kilom. ; leur direction est du S.-O. au N.-E. Cette section a une hauteur moyenne de 1,200 mètres, et pour point culminant le mont Lozère (1,490 m.).

Les Cévennes septentrionales forment quatre sections, savoir : 1º les monts du Vivarais, commençant les Cévennes septentrionales, et courant pendant 80 kilom., depuis les sources de l’Allier jusqu’au mont Pilate ; leur direction est du S.-O. au N.-E., et leur élévation moyenne de 1,400 à 1,500 mètres ; les points culminants sont le Gerbier-des-Joncs (1,562 m.) et le Mezenc (1,774 m.) ; 2º les monts du Lyonnais, qui se dirigent au N., depuis le mont Pilate, point culminant (1,072 m.), jusqu’au mont de Tarare ; leur étendue est de 80 kilom., et l’élévation moyenne du massif d’environ 800 mètres ; 3º les monts du Beaujolais, qui succèdent aux précédents et courent au N. pendant 40 kilom., depuis le mont de Tarare, point culminant (1,450 m.), jusqu’à la source du Sornin ; l’élévation moyenne du massif est de 600 mètres ; 4º les monts du Charolais, qui partent de la source du Sornin, affluent de la Loire, courent au N. pendant 60 kilom. et terminent au grand canal du Centre le grand tronc des Cévennes. Leur élévation moyenne est de 400 mètres. La Haute-Joux (994 m.) forme le point culminant.

Parmi les rameaux orientaux qui se détachent des Cévennes méridionales, les plus importants sont : 1º les monts Coiron, que projettent les monts du Vivarais pour former la paroi du Nord de l’Ardèche jusqu’à son confluent avec le Rhône ; 2º le mont d Or, qui, en se détachant des monts du Lyonnais, se partage en deux branches : l’une se dirigeant vers le N.-E. et se terminant sur les bords de la Saône ; l’autre inclinée un peu plus vers le S. et expirant au confluent du Rhône et de la Saône ; 3º les monts du Màconnais, qui naissent au S. des monts du Charolais et qui bordent la Saône depuis le confluent de la Brévanne jusqu’à celui de la Grône.

Les rameaux occidentaux des Cévennes sont très-remarquables par leur étendue et leur élévation. Ces rameaux sont, en allant du S. au N. : 1º le rameau qui se détache des monts Espinous pour courir à l’O., sous le nom de Lacaune, entre l’Agout et l’Adou ; 2º le contre-fort entre le Lot et le Tarn, qui prend naissance au massif des monts Lozère, court vers le S.-O., forme le plateau de Lévezon, et se partage en deux branches, qui courent, l’une au N. entre le Lot et l’Aveyron, l’autre au S. entre l’Aveyron et le Tarn, jusqu’au confluent des deux rivières ; 3º le contre-fort entre la Loire et la Garonne, le plus remarquable des Cévennes, qui sépare le bassin de la Loire de celui de la Garonne, les couvre de ses nombreuses branches et forme les ceintures des bassins de la Charente et de la Sevré. Ce grand rameau se détache des monts du Gévaudan, entre la source du Lot et celle de l’Allier, et se dirige vers le N.-O., sous le nom de Margeride. Cette première section a une élévation moyenne de 1,200 mètres. Pierre-sur-Haute (1,634 m.) est son point culminant. Elle envoie vers l’O., entre le Lot et la Truyère,les monts d’Aubrac ou de Saint-Urcize. Les montagnes d’Auvergne, qui succèdent aux monts de la Margeride, se dirigent vers l’O. jusqu’au Plomb-du-Cantal, puis, vers le N., jusqu’au mont Dore, puis enfin, vers le N.-O., jusqu’au mont Odouze. Elles forment le plateau le plus élevé de l’intérieur de la France, et culminent par le Plomb-du-Cantal (1,85S m.) et le Puy-de-Sancy (l,897 m.), la plus haute sommité du mont Dore. Le mont Dore au N., entre l’Allier et la Sioule, donne un rameau fort important, que la forme particulière de ses sommets a fait appeler la chaîne des dômes. Son point culminant, le Puy-de-Dôme, a une hauteur absolue de 1,468 mètres et dépasse de 630 mètres le plateau qui lui sert de base. D’autres branches fort étendues, mais peu importantes par leur élévation, se détachent de la pente septentrionale des monts d’Auvergne pour séparer la Sioule, l’Allier et la Loire du Cher, le Cher de l’Indre, l’Indre de la Creuse. Sur le versant méridional des mêmes monts, nous signalerons le contre-fort qui se détache du massif du Cantal pour courir, à l’O., entre le Lot et la Dordogne. Le mont Bosat (1,517 m.) est le point culminant de ce rameau, dont une partie forme les montagnes du Quercy. Les monts du Limousin succèdent à ceux d’Auvergne et s’étendent du mont Odouze aux sources de la Charente. Leur partie orientale longe et talute le plateau de Millevaches. Le mont Odouze (1,304 m.) est le point culminant de ces montagnes, qui forment la limite occidentale, du plateau central de la France. Le mont Odouze envoie dans le bassin de la Loire un contre-fort qui, sous le nom de monts de la Marche, court au N., à l’O., puis encore au N., pour séparer la Vienne de la Gartempe et de la Creuse. Un autre rameau se détache de la partie occidentale des monts du Limousin, court au S.-O., sous le nom de collines du Limousin, puis, au N.-O., sous celui de collines de Saintonge, et se termine à l’embouchure de la Gironde par la pointe de la Coubre. Les monts du Poitou commencent à la source de la Charente, se prolongent jusqu’à celle du Thouetet Sont continués par les hauteurs du plateau de Gatine, qui expirent à l’embouchure de la Loire ; 4º le contre-fort entre la Loire et l’Allier, qui se détache des monts du Vivarais, et court vers le N., en prenant successivement le nom de monts du Velay, du Forez, de la Madeleine. Le puy de Montorcelle (1,652 m.) est le point culminant de ce contre-fort.

La chaîne des Vosges court du S.-S.-O. au N.-N.-E., entre le Rhin et la Moselle. Le revers oriental de ces montagnes domine les plaines de l’Alsace et de la Bavière Rhénane. Le revers occidental s’abaisse graduellement pour s’effacer dans les plateaux et les plaines de la Prusse Rhénane, de la Lorraine et de la Franche-Comté. Cette chaîne qui présente une longueur de 2S0 kilom., depuis le ballon d’Alsace jusqu’au confluent de la Moselle, peut se diviser en Vosges méridionales ou françaises et en Vosges septentrionales ou allemandes. Les Vosges françaises courent du S.-S.-O. ou N.-N.-E., depuis le ballon d’Alsace jusqu’à la source de la Lauter, et diminuent d élévation à mesure qu’elles s’avancent vers le N. Les montagnes les plus remarquables sont : le ballon de Servance (1,210 m.), le ballon d’Alsace (1,250 m.), le ballon de Guebwiller (1,426 m.), point culminant des Vosges ; les Chaumes (1,275 m.), le Bressoir (1,220 m.), le Champ-de-Feu (1,030 m.), le Donon (1,000 m.). La plus grande longueur des Vosges méridionales est de 80 kilom., à Remiremont ; à Saverne, elle n’est que de 8 kilom. La chaîne des Vosges n’appartient à la dorsale de l’Europe que par le ballon d’Alsace, son extrémité méridionale.

Les ramifications des Vosges renferment quatre sections de la dorsale européenne, savoir : les collines de Belfort jusqu’au col de Valdieu, les monts Faucilles, le plateau de Langres et la Côte-d’Or. 1º Les collines de Belfort se détachent des Vosges méridionales et se dirigent au S.-E. du ballon d’Alsace, vers le col de Valdieu, par où passe le canal de l’Est ou du Rhône au Rhin. On appelle trouée de Belfort la dépression que forment les collines qui relient les Vosges au Jura. 2º Les monts Faucilles prennent naissance au ballon d’Alsace et courent du S.-E. au N.-O., jusqu’aux sources de la Meuse. Ils ont pour point culminant les Fourches (190 m.), et leur hauteur moyenne est de 400 mètres. 3º Le plateau de Langres court des sources de la Meuse au mont Tasselot, en se dirigeant du N.-E. au S.-O. Sa longueur est de 80 kilom. et sa hauteur moyenne de 430 mètres. 4º La Côte-d’Or, qui succède au plateau de Langres, se dirige vers le S., depuis le mont Tasselot jusqu’au canal du Centre. Des monts Faucilles se détache un contre-fort qui commence vers la source du Madon, affluent de la Moselle, court vers le N., sépare le bassin de la Meuse de celui du Rhin, et comprend toutes les montagnes situées entre la Meuse et la Moselle. Son élévation moyenne est de 300 mètres. Il porte le nom d’Argonne orientale jusque vers le N. de la source de l’Ornes ; cette première partie présente une longueur de 130 kilom. Ce contre-fort s’écarte ensuite de la Meuse en faisant vers l’E. un détour pour prendre le nom d’Ardennes orientales. Du plateau de Langres se détache, depuis la source du Rognon, affluent de la Marne, un contre-fort qui sépare le versant de la Manche de celui de la mer du Nord et le bassin de la Seine de celui de la Meuse. Il prend successivement les noms de monts de Meuse, d’Argonne occidentale et d’Ardennes occidentales, jusqu’aux sources de la Somme et de l’Escaut, où il se divise en plusieurs séries de collines dont les principales sont celles de l’Artois, de la Picardie et de la Belgique. De la Côte-d’Or une longue branche s’étend de l’E. À l’O. sur une longueur de 600 kilom., sépare le versant de la Manche de celui du golfe de Gascogne, et le bassin de la Loire de celui de la Seine. Elle commence au mont Moresol. vers la source de l’Arroux, prend le nom de chaîne du Morvan jusqu’à la source du Loing et culmine par le Beuvron. Ce contre-fort se continue par un dos de terrain qui renferme la forêt d’Orléans, par le plateau d’Orléans, par les plateaux de Courville, par les collines du Perche, par les monts de la Normandie, qui poussent au N.-O. les montagnes du Cotentin pour former l’arête de cette presqu’île, depuis la source de la Vire jusqu au cap de la Hogue. Depuis la Vire, les monts de Normandie tournent brusquement vers le S., prennent le nom de montagnes du Maine et rencontrent, près des sources de la Vilaine, les montagnes de la Bretagne, qui continuent le long rameau de la Côte-d’Or. Les montagnes de Bretagne constituent la charpente de la presqu’île de ce nom, et commencent à la source de la Vilaine par des collines qui courent entre la Vire et le Couesnon ; puis elles se relèvent et conservent leur nom de monts de Bretagne et celui de Menez, jusqu’à la source du Blavet. Là, elles se bifurquent : la principale branche, sous le nom de monts d’Arrèe, conserve la direction E.-O, et va se terminer à la pointe Saint-Matthieu ; l’autre branche, sous le nom de montagnes Noires, court d’abord vers le S. puis vers l’O., et forme la ceinture orientale et méridionale du bassin de l’Aulne.

La chaîne du Jura français, située entre le Rhône et le Rhin, se dirige du N.-E. au S.-O.,sur une longueur de 300 kilom. et une largeur de 60. On divise le Jura : 1º en Jura méridional, depuis le Grand-Credo, sur les bords du Rhône, jusqu’au col de Saint-Cergues ; 2º en Jura central, depuis le col de Saint-Cergues jusqu’au mont Rixon, vers les sources du Doubs ; 3º en Jura septentrional, jusqu’au Rhin. Les principales montagnes du Jura sont : le Reculet (1,720 m.), le mont Tendre (1,699 m), le mont Dôle (1,681 m.). Le Jorat joint le Jura aux Alpes.

Les montagnes du système alpique français se composent d’une partie du versant septentrional des Alpes Pennines, du versant occidental des Alpes Grées, Cottiennes et Maritimes, et de tous les contre-forts de ces sections alpiques qui couvrent une partie du bassin du Rhône. Les Alpes Pennines commencent au groupe du Saint-Gothard et se terminent au mont Blanc. Les points culminants sont : le mont Rose (4,618 m.), le mont Cervin (4,522 m.), le mont Blanc (4,795 m.) ; c’est le point le plus élevé d’Europe. Les Alpes Grées se dirigent du N. au S., sur une longueur de 100 kilom. ; elles ont pour points culminants : le mont Iseran (4,045 m.) et le mont Cenis (3,300 m.). Les Alpes Cottiennes courent du N. au S-, pendant 100 kilom. Les points culminants sont : le mont Tabor (3,172 m.), le mont Genèvre (3,692 m.) et le mont Viso (3,836 m.). Les Alpes Maritimes commencent au mont Viso et se prolongent pendant 200 kilom., jusqu’au col de Cadibone. Elles forment un arc de cercle dont la convexité est tournée du côté de la France. Le point culminant de cette section est le mont Longet (3,153 m.).

Les rameaux que les Alpes françaises envoient dans le bassin du Rhône sont : 1º le rameau qui se détache des Alpes Pennines, au grand Saint-Bernard, court, au N.-O., entre le Rhône et l’Arve, et forme deux tranches entre lesquelles coule la Dranse ; 2º un contre-fort qui se détache du massif du mont Blanc en se bifurquant : une branche court entre l’Arve et le Fier et se termine sur les bords du Rhône par le mont Vouache, l’autre couvre de ses rameaux tout le pays situé entre le Rhône et l’Isère et porte le nom de Bauges ; 3º un contre-fort qui se détache du mont Iseran pour courir entre l’Isère et l’Arc ; 4º un rameau qui se détache du mont Tabor et se divise en deux branches : l’une qui court entre l’Arc, la Romanche et le Drac, et dont le point culminant, la montagne des Trois-Ellions, atteint 3,888 mètres ; l’autre, qui court au S.-O., longe la Durance et la sépare du Drac, de la Drôme et de l’Aigues, et se termine vers le confluent de la Durance, sous le nom de Lébéron ; 5º un contrefort qui part des Alpes Maritimes, entre la source du Var et celle de l’Ubaye, et se divise, dès l’origine, en deux rameaux : l’un, au N., suit la rive droite du Verdon jusqu’à son confluent avec la Durance ; l’autre rameau suit la rive gauche de la rivière et se termino dans la presqu’île de Giens, après avoir projeté plusieurs petites chaînes.

Hydrographie. Nous venons d’énumérer la série de montagnes et de collines qui forment, pour ainsi dire, la partie osseuse de la France ; nous allons donner la nomenclature de ce que l’on pourrait appeler sa partie artérielle, c’est-à-dire de ses cours d’eau. « Grâce, dit M. Elisée Reclus, à l’abondance et à la répartition assez égale des pluies qui tombent sur le territoire français, gràce aussi à la déclivité générale du sol, qui fait descendre rapidement les eaux des Alpes, des Pyrénées et du plateau central, et les empèche de séjourner dans les bas-fonds, la France est une des régions terrestres arrosées avec le plus de régularité et sur la plus grande surface. En moyenne, le territoire entier reçoit chaque année au moins 37 milliards de mètres cubes d’eau de pluie, total considérable qui, ramené à la seconde, donne encore 11,689 mètres cubes pour la précipitation de l’humidité pendant ce court espace. Or, la masse d’eau que tous les tributaires de l’Océan et de la Méditerranée leur apportent, en moyenne, semble devoir être, après les divers jaugeages partiels, de 3,500 mètres cubes d’eau au plus, soit d’un quart à un tiers de la quantité d’eau de pluie tombée dans leurs bassins. La Seine, la Loire, la Garonne, le Rhône roulent la plus grande partie de ces eaux et sont, avec le Rhin, les fleuves les plus importants du pays. En outre, deux cents rivières offrent aux bateliers un développement de plus de 7,000 kilom. de cours plus ou moins flottables ou navigables ; mais, de jour en jour, cette navigation devient relativement moins utile aux habitants, à cause de la concurrence que font aux voies naturelles les voies artificielles, canaux, routes, lignes de fer. »

Les hauteurs qui appartiennent à la dorsale de l’Europe, depuis les Pyrénées occidentales jusqu au Saint-Gothard, divisent la France en deux versants : l’un tourne vers le N.-N.-O., tributaire de l’océan Atlantique ; l’autre tourné vers le S.-E., tributaire de la mer Méditerranée. Le versant de l’océan Atlantique, qui occupe plus des trois quarts de la surface de la France, se subdivise en trois versants particuliers : 1º le versant français de la mer du Nord ; 2º le versant de la mer de la Manche ; 3º le versant de la mer de France ou golfe de Gascogne. Le versant français de la mer du Nord ne forme qu’une partie du versant continental de cette mer, et a pour ceinture le contre-fort qui parcourt le plateau de Langres jusqu’au cap Gris-nez, et la dorsale de l’Europe depuis les monts Faucilles jusqu’au Saint-Gothard. Le versant de la Manche embrasse la partie dos côtes comprise entre le cap Gris-Nez et la pointe Saint-Matthieu, et a pour ceinture le rameau qui s’étend du plateau de Langres et de la Côte-d’Or jusqu’au mont Moresol, et le rameau qui s étend du mont Moresol à la pointe Saint-Matthieu. Le versant de la mer de France ou golfe de Gascogne embrasse les côtes situées entre le.cap Saint-Matthieu et la Bidassoa ; il a pour ceinture le rameau du mont Moresol à la pointe Saint-Matthieu, la Côte-d’Or, depuis le mont Moresol jusqu’au canal du Centre, les Cévennes septentrionales et méridionales et les Corbières occidentales, les Pyrénées centrales et occidentales. Le versant de la mer Méditerranée embrasse les côtes de France comprises entre le cap Cervera et l’embouchure de la Roïa, et a pour ceinture les Pyrénées orientales, qui le séparent du versant hispanique de la Méditerranée ; la dorsale de l’Europe, depuis le pic de Corlitte jusqu’au Saint-Gothard ; les Alpes occidentales, qui le séparent du versant de l’Adriatique.

La ligne générale de partage des eaux est formée par plusieurs chaînes de montagnes, qui forment comme une arête centrale. Les ramifications que projette cette ligne de partage forment six bassins principaux, dont cinq sur le versant de l’O. et du N., et un sur le versant du S. Au fond de ces bassins coulent les fleuves de France et leurs affluents. Co sont : le bassin de la Garonne, le bassin de la Loire, le bassin de la Seine, le bassin de la Meuse, le bassin du Rhin et le bassin du Rhône.

Le bassin de la Garonne ou de la Dordogne et de la Garonne réunies est borné, à l’O., par le golfe de Gascogne ; au S., par les Pyrénées occidentales et centrales ; à l’E., par les Corbières occidentales et les Gévennes méridionales, au N., par les monts de la Margeride, d’Auvergne, du Limousin, du Poitou, ramifications des Cévennes. Les principaux cours d’eau compris dans le bassin de la Garonne, et dans les deux, bassins secondaires de la Charente et de l’Adour qui s’y rattachent, sont : la Cère, la Vézère, l’Isle, la Dronne, affluents de la Dordogne ; la Neste, l’Arize, l’Ariége, le Tarn, le Lot, la Truyère, le Gers, la Bayse, le Dropt et l’Aveyron, affluents de la Garonne ; la Gironde, la Leyre, l’Adour, le Gave de Pau, le Gave d’Oloron, la Têt, l’Aude, l’Hérault, etc.

Le bassin de la Loire est borné à l’O. par l’océan Atlantique ; au S., par les montagnes qui formant la limite N. du bassin de la Garonne ; à l’E, par les Cévennes septentrionales et une partie de la Côte-d’Or ; au N., par la ramification de cette chaîne qui porte les noms de collines du Morvan et du Nivernais, de plateau d’Orléans, de collines du Perche, de Normandie, du Maine, et de monts Arrée. Les principaux cours d’eau du bassin de la Loire sont : l’Arroux, la Nièvre, le Thouet, la Dive, l’Authion, la Mayenne, l’Oudon, la Sarthe, le Loir, l’Erdre, le Brivé, affluents de la rive droite de la Loire ; l’Allier, le Loiret, le Cher, l’Indre, la Vienne, qui reçoit le Clain ; la Creuse, le Layon, la Sevré Nantaise et l’Achenau, qui reçoit la Boulogne ; l’Ognon et le Tenu, affluents de la rive gauche du fleuve. Les affluents secondaires de ce bassin et directs de l’Océan sont : l’Aune, le Scorp, le Blavet et la Vilaine avec ses affluents de droite, le Meu et l’Oust, qui reçoit l’Aff et l’Arz, et ses affluents de gauche, le Cher, le Don, l’Isac.

Le bassin de la Seine est borné au N. par la Manche ; au S., par les montagnes qui forment la limite N. du bassin de la Loire ; à l’E., par une portion de la Côte-d’Or et le plateau de Langres ; au N.-E. et au N., par le contre-fort de ce plateau, qui porte le nom de monts de la Meuse, Argonne occidentale, Ardennes occidentales, collines de Picardie et du pays de Caux. A ce bassin principal il faut rattacher les bassins secondaires de la Somme au N., de l’Orne et de la Vire au S. Parmi les cours d’eau compris dans le bassin de la Seine, nous signalerons : la Seine avec ses affluents, dont les principaux sont : l’Aube, la Marne, qui reçoit l’Ourcq et le Grand Morin ; l’Oise, qui reçoit l’Aisne et l’Andelle à droite, l’Yonne, le Loing, l’Eure et la Rille à gauche ; la Canche, la Somme et ses affluents, l’Avre à gauche, la Luce à droite ; la Toucques, la Dive, qui reçoit la Vie ; l’Orne, la Vire, la Douve, qui reçoit la Sève et la Tante : la Sienne, la Sée, la Sélune, le Couesnon, l’Arguenon, le Gouet, le Trieux, le Tréguier, le Guier, qui portent directement leurs eaux dans la Manche.

Le bassin de la Meuse est borné au N. par la mer du Nord ; au N.-O. et à l’O., par les montagnes qui forment la limite N. du bassin de la Seine ; au S., par les monts Faucilles ; à l’E., par le contre-fort de l’Argonne orientale et des Ardennes orientales. A ce bassin il faut ajouter le bassin secondaire de l’Escaut, la partie septentrionale des bassins de la Meuse et de l’Escaut se trouvant en dehors des limites politiques de la France. Le bassin principal est formé de la Meuse et de ses affluents, la Sambre et le Chiers.

Le bassin du Rhin (la partie O. et S. du cours du Rhin appartient seule aux bassins formés par le système orographique de la France) est borné à l’O. par les montagnes qui forment la limite E. du bassin de la Meuse ; au S.-O. et au S., par les monts Faucilles et les collines de Belfort. Parmi les affluents du Rhin qui prennent leur source en France, nous citerons : l’Ill, la Moder, la Lauter et la Moselle.

Le bassin du Rhône est borné à l’O. par les Pyrénées orientales, les Corbières occidentales et les Cévennes ; au N., par la Côte d’Or, le plateau de Langres, les Faucilles, les collines de Belfort ; à l’E., par le Jura, le Jorat, les Alpes Bernoises, Pennines, Grées, Cottiennes et Maritimes. Les cours d’eau les plus importants de ce bassin sont : le Furens, l’Ain, grossi de la Bienne ; la Saône, qui reçoit le Doubs, la Saille et la Reyssousse ; l’Ardèche, le Gard, affluents de la rive droite du Rhône ; l’Isère, la Drôme, la Durance, grossie de la Bléonne et du Verdon, affluents de la rive gauche du fleuve. Dans ce bassin, les affluents directs de la Méditerranée sont : l’Aude, l’Orb, l’Hérault, l’Argens et lé Var.

Hydrographie des côtes (caps, golfes, havres, ports, îles, etc.). D’après les récents travaux hydrographiques de M. Baude, le pourtour du littoral français, en suivant les sinuosités, est de 2,693 kilom., dont 619 sur la Méditerranée, 985 sur le golfe de Gascogne et 1,089 sur la Manche et Ta mer du Nord, jusqu’à Dunkerque ; mais ces côtes ont des aspects bien différents. Là où les montagnes arrivent jusque sur le littoral et plongent dans la mer leurs dernières collines, la côte est ferme, chargée de caps et de pointes rocheuses qui laissent entre leurs extrémités de grandes rades et des ports naturels. Lorsque, au contraire, les montagnes sont loin et qu’une vaste plaine sépare leur pied des bords de la mer, la côte est basse, unie, couverte de vase ou de dunes de sable, souvent aussi de marais salants et de lagunes pestilentielles. De la frontière de Belgique jusqu’au delà de Calais, le rivage, presque rectiligne, comme le sont en général les côtes basses, est rendu assez dangereux par les bancs de sable parallèles qu’ont déposés devant lui les eaux de la mer du Nord. Ses ports : Dunkerque, Gravelines, Calais, sont plutôt artificiels que naturels, et doivent être défendus à grands frais contre l’envahissement des alluvions. Une chaîne de dunes, qui a donné son nom à Dunkerque, borde la rive et dresse quelques-uns de ses tertres mobiles à 50 mètres de hauteur. À l’O. de Calais seulement, la côte, formée par les derniers escarpements des collines de l’Artois, offre une ligne de falaises qui flanquent les deux promontoires de Blanc-Nez et de Gris-Nez. C’est entre ces deux pointes que se trouve le port de Wissant, considéré par la plupart des archéologues comme le Portus Jtius où César s’embarqua pour l’Angleterre. Le cap Gris-Nez est le point de la côte de France le plus rapproché de la Grande-Bretagne. A partir de ce cap, la côte change brusquement de direction et court presque en ligne droite vers le S. jusqu’à l’entrée de la baie de la Somme. D’abord assez élevée, elle s’abaisse bientôt et les falaises sont remplacées par des chaînes de dunes que le vent poussait autrefois devant lui, et que l’on a fixées au moyen de plantations de joncs maritimes. Cette partie du rivage, battue fréquemment par de terribles vsnts d’ouest, est une des plus dangereuses du littoral français. Ses ports sont d’une entrée difficile et seraient promptement ensablés s’ils n’étaient entretenus à grands frais. La région comprise entre la mer et la base des collines de l’Artois, depuis l’embranchement de la Canche jusqu’à celui de la Somme, est de formation récente. Au S. de la baie de la Somme, la côte, commençant à prendre la direction du S.-O. qu’elle doit garder jusqu’au cap d’Antifer, offre quelques terres basses jadis parcourues par un bras de la Somme ; mais.elle se relève peu à peu pour former une falaise de 60 à 100 mètres de hauteur, coupée seulement de distance en distance par les embouchures des petites rivières du pays de Caux. Le Tréport, Dieppe, Saint-Valery-en-Caux, Fécamp, groupent leurs maisons dans une brèche de la falaise. Le grand courant de l’Atlantique, qui parcourt la Manche pour se rendre dans les mers du Nord, vient se heurter au cap d’Antifer et se divise en deux bras, dont l’un continue le courant principal jusqu’aux bouches de l’Escaut, tandis que l’autre reflué en arrière et se dirige au S., vers l’embouchure de la Seine. A l’O. de Honfleur et de la baie de Seine, la côte de Normandie, d’abord, infléchie vers le S., prend ensuite sa direction vers l’Occident jusqu’au golfe d’Isigny et de Carentan, obstrué de bancs de sable. Cette partie du littoral, beaucoup plus basse que le rivage du pays de Caux, est longée comme lui par un courant qui se porte de l’O. à l’E., en rongeant les rochers. A l’O. de l’embouchure de l’Orne, la côte, sauvage et inhospitalière, est, sur presque toute sa longueur, bordée de formidables écueils, dont le principal est celui du Calvados. Au golfe marécageux de Carentan commence la presqu’île du Cotentin, qui développe sa côte élevée dans la direction du N., en formant la belle rade de la Hougue. A la pointe de Barfleur, la côte se reploie vers l’O., et décrit en arc de cercle une gracieuse baie, dont Cherbourg occupe la partie centrale. Le promontoire de la Hogue limite, à l’O., la presqu’île du Cotentin et domine l’entrée du golfe des îles normandes. Le Raz-Bianchard, détroit qui sépare le cap de la Hogue de l’île anglaise d’Aurigny, le passage de la Déroute, les écueils des Grunes, les bancs Fêlés, les bas-fonds de la Chaussée-des-Bœufs, enfin les îlots rocheux de l’archipel Chausey, tels sont les principaux points redoutables que l’on rencontre du cap de la Hogue à la baie Saint-Michel. Sur tout ce parcours, qui est de 130 kilom., on ne rencontre que le port de Granville. La baie Saint-Michel, qui forme l’extrémité S.-E. du golfe des îles Normandes, est l’un des parages les plus curieux des mers françaises. À l’O. de la rade de Cancale, qui forme l’extrémité occidentale de la baie Saint-Michel, commence cette âpre côte granitique de Bretagne, hérissée de promontoires, frangée d’écueils, déchiquetée par de profondes découpures. Les premières indentations de la côte offrent encore, à l’heure du reflux, de très-vastes plages : telles sont les grèves qui s’étendent à 1 entrée de l’estuaire gardé par la ville de Saint-Malo, et qui ont remplacé une ancienne péninsule, dont l’île Sésambre est aujourd’hui le seul débris ; tels sont aussi les sables de Ploubalay, de la Frenay, et surtout ceux de la grande baie de Saint- Brieuc ; mais, plus à l’O., au delà de PaimpoL la cote, défendue par des archipels d’îlots rocheux, n’offre plus que rarement des plages sablonneuses. « La plupart de ces criques, dit M. Elisée Reclus, sont remplies de galets que le flot arrache aux rochers voisins et froisse incessamment avec un bruit sinistre. » Cette partie du littoral offre un grand nombre de ports : ceux qui sont situés aux embouchures des rivières de Lannion et de Morlaix, le détroit de Roscoff, l’Aber-Vrachi, l’Aber-Benoît, l’Aber-Ildut. Entre ces deux derniers havres, la côte tourne brusquement au S. ; on est rivé à l’extrémité occidentale de la péninsule de Bretagne, à cette limite qui a valu à la contrée le nom de Finistère. A 18 kilom. à l’O., apparaît l’île d’Ouessant, au S. de laquelle on trouve un archipel d’écueils et d’îlots noirâtres. Quand on a doublé le cap Saint-Matthieu, en se dirigeant à l’E., on rencontre le goulet qui donne accès dans la magnifique rade de Brest. À droite, c’est la presqu’île de Crozon, qui projette d’un côté la péninsule de Quélen pour former la rade de Brest, et, de l’autre, le cap de la Chèvre, qui protège la baie de Douarnenez, formée au S. par la pointe du Raz, en face de laquelle s’étend l’île de Sein. Immédiatement au S. de la pointe du Raz commence le revers méridional de la côte de Bretagne. Elle forme d’abord la baie d’Audierne, terminée par la pointe de Penmarch, ensuite l’anse de Benodet, la baie de la Forest, enfin l’important bras de mer qui donne accès à Port-Louis et à Lorient. Des récifs, des Ilots, l’île de Glenan, l’île de Groix, disposés parallèlement à la côte, indiquent en cet endroit l’existence d’une chaîne sous-marine, dont les cimes seulement apparaissent au-dessus des flots. Au delà de Lorient, la plage, basse et sablonneuse, est bordée d’un cordon littoral que les vagues ont percé, pour former dans l’intérieur des terres l’estuaire marécageux connu sous le nom de rivière d’Etel ; puis on rencontre la presqu’île de Quiberon, au S. de laquelle on voit Belle-Isle. La baie de Quiberon, protégée à l’O. par la presqu’île du même nom, s’arrondit en demi-cercle pour baigner les plages de Carnao et de Locmariaker, au delà desquelles s’ouvre le chenal qui mène dans le golfe intérieur du Morbihan. Puis vient l’estuaire de la Vilaine ; la côte change de direction et développe vers le S. ses baies et ses promontoires peu élevés. Le port du Croisic est le dernier qui s’ouvre sur cette partie, du littoral, au N. de l’embouchure de la Loire.

Au S. de la pointe Saint-Gildas, qui garde l’entrée méridionale de la Loire, la grande baie de Bourgneuf pénètre au loin dans les terres ; vers le S.-E., elle est presque fermée par l’île de Noirmoutier, séparée du continent par un détroit qui, à marée basse, livre passage aux voitures et aux charrettes. Une autre île se dresse à 15 kilom. en mer ; c’est l’île d’Yeu ou Dieu. À partir du détroit de Fromentine, la côte, à peu près rectiligne, bordée de hautes dunes et frangée d’un petit nombre de récifs, se dirige vers le S.-E. Au delà des Sables-d’Olonne, la côte se reploie graduellement vers l’E. et arrondit ses plages sablonneuses en une vaste circonférence, que remplissent les eaux de l’anse d’Aiguillon. Au S. de la presqu’île d’Arivert s’ouvre l’estuaire de la Gironde. Le point le plus remarquable du littoral Voisin est la pointe de Grave, au N. de laquelle se voit l’écueil de Cordouan. Ici encore la mer ronge et détruit les points les plus saillants. A la pointe de la Négade, située au S. d’un petit village de bains qui a remplacé l’ancienne ville de Soulac, ensevelie par les sables, commence cette remarquable côte des Landes, qui, sur une longueur de 200 kilom., est presque aussi régulière qu’un degré du méridien.

Les côtes de la Méditerranée, à l’extrémité orientale de la chaîne pyrénéenne, offrent quelque ressemblance avec celles de l’Océan entre Biarritz et l’embouchure de la Bidassoa ; mais elles sont plus.abruptes, plus déchiquetées et baignées par une mer plus profonde. La limite méridionale du golfe du Lion est marquée par la limite méridionale du cap Creus, mais c’est plus au N., au cap Cerbère, que commence la côte française. Elle s’infléchit d’abord à la petite anse de Banyuls ; puis, au delà du cap Béarn et de ses contre-forts, elle se resserre vers l’intérieur des terres, pour embrasser le mouillage de Port-Vendres. Viennent ensuite le port de Collioure et le promontoire d’Argelès. Alors la plage, basse et sablonneuse, se prolonge en ligne droite dans la direction du N. Le grand courant de la Méditerranée occidentale se dirige de l’E. à l’O., de Gênes sur Marseille, de Marseille sur Port-Vendres, en longeant la côte. Au delà de Marseille, il rencontre l’amas énorme de matières terreuses que le Rhône jette dans ses grandes crues. Il les emporte et les dépose le long de la côte du Languedoc et du Roussillon. Cette vase et les sables de la mer ont formé un immense bourrelet qui arrête les eaux de l’intérieur et les force à s’étendre en vastes lagunes salées, qui sont celles de Leucate, de Sigean, de Thau, de Mauguio, d’Aigues-Mortes. Presque tous les ports de cette partie de la côte ont été ensablés ; l’atterrage de Cette est lui-même menacé. Au S.-E. d’Aigues-Mortes, les bouches du Rhône forment l’île de la Camargue, au delà de laquelle s’étend la plaine de la Crau ; puis viennent le golfe de Fos et l’étang de Berre, à l’entrée duquel se trouve le port de Martigues. C’est immédiatement à l’E. du golfe de Fos que commence cette côte rocheuse et profondément découpée de la Provence, qui forme un si remarquable contraste avec les plages basses et uniformes du golfe du Lion. La première échancrure de ce golfe est celle dont Marseille occupe l’extrémité orientale. Plus loin, la côte, aux rochers blanchâtres coupés çà et là par des gorges pittoresques, forme une succession de promontoires et de golfes, au fond desquels se trouvent de petits ports : Cassis, La Ciotat, Bandol, etc. Puis, au delà du cap Sicié, ou voit bientôt les deux rades de Toulon dérouler harmonieusement leurs courbes vers le N.-O. La presqu’île de Giens est le cap le plus avancé de la Provence. Cette péninsule protège la rade d’Hyères. Au delà, le littoral français commence à prendre sa direction définitive vers le N.-E. Il forme successivement les rades et les baies de Bonnes, de Cavalerie, de Saint-Tropez, do Fréjus, de la Napoule, de Jouan. En face de la pointe qui sépare ces deux derniers golfes, se trouvent les deux petites îles de Lérins. Au N. d’Antibes, naguère encore la dernière ville française sur ce rivage, la côte s’abaisse et des plaines marécageuses s’étendent à la base des collines. Ces plaines sont formées par les alluvions du Var. Au delà de Nice, les collines se rapprochent de nouveau de la côte, qui présente de distance en distance de hardis promontoires. Entre Nice et la frontière, éloignée de 20 kilom. environ, se succèdent sans interruption les charmants paysages qui bordent la célèbre route de la Corniche. C’est d’abord la rade de Villefranche, les caps de Saint-Jean et de Saint-Hospice, la ville de Monaco, les caps Martin et Menton ; au delà, un simple petit ruisseau, appelé la Roya, indique les limite du territoire français.

Météorologie. La température moyenne de l’année diffère dans toutes les parties de la France, suivant la latitude, le relief des terres, l’éloignement de la mer, la direction des vents, l’inclinaison des versants, la nature géologique du sol ; chaque localité a, pour ainsi dire, son climat spécial. Nous nous bornerons à indiquer entre quelles limites thermométriques se trouve compris l’ensemble du territoire fronçais. Ces limites, suivant M. Elisée Reclus, sont : au N. la ligne isotherme ou d’égale température moyenne de 10° centigr., et au S. la ligue de 15°. A l’exception dos plateaux élevés et des hautes montagnes qui se dressent dans les régions froides de l’atmosphère jusqu’au-dessus des neiges éternelles, toutes les contrées de la France ont une température annuelle comprise entre ces deux lignes extrêmes. La vallée de la Loire est celle qui peut être considérée comme jouissant du climat moyen de la France. Quant au parcours total de la colonne thermométrique, on peut l’évaluer à 70° (de -30° à +40°) environ. Les plus fortes chaleurs égalent donc celles de la zone torride, et les froids les plus intenses sont à peine dépassés par ceux de la zone glaciale. La France est partagée en deux zones climatériques distinctes et pleines de contrastes par les montagnes du Limousin, de l’Auvergne et des Cévennes. La température moyenne est de 10° à 12° au N. de cette barrière, tandis qu’au S. elle varie de 13° à 15°. La région occidentale et la région orientale de la France présentent aussi un contraste remarquable. M. Charles Martins, en tenant compte de tous les phénomènes météorologiques, croit pouvoir diviser la France en cinq climats, qu’il désigne sous les noms suivants :

1º Le climat vosgien ou du N.-E. ;

2º Le climat séquanien ou du N.-O. ;

3º Le climat girondin ou du S.-O. ;

4º Le climat rhodanien ou du S.-E. ;

5º Le climat méditerranéen ou provençal.

D’après M. Vallès, la mesure annuelle de la pluie en France devrait être représentée par une tranche de 699 millimètres de hauteur pour le versant Océanique, et de 801 millimètres pour le versant de la Méditerranée ; d’où résulterait pour le pays une moyenne de 719 millimètres.

Constitution géologique du sol. Divisions naturelles. D’après la carte géologique de la France, publiée par MM. Dufrénoy et Élie de Beaumont, la France possède, à très-peu de chose près, la succession complète de tous les terrains stratifiés et non stratifiés ; mais l’étendue occupée par chacun d’eux varie beaucoup : ils couvrent approximativement la superficie ci-dessous indiquée, et sont à peu près répartis de la manière suivante :

Terrains d’alluuion (520,000 hectares) : dans toutes les vallées et surtout en Alsace, dans la Flandre maritime, la Vendée, sur le littoral entre Marseille et Port-Vendres.

Terrains volcaniques (520,000 hectares) : sur le plateau central, dans la Lorraine, la Provence, les Maures, le Languedoc et les Causses.

Porphyres et terrains carbonifères (comprenant 520,000 hectares) : sur le plateau central, au N.-E. et dans les Maures ; ils apparaissent, en outre, sur une foule de points à travers les terrains primitifs et de transition. Les terrains carbonifères se montrent dans les Corbières, le plateau central, la Bretagne, les Vosges, les Maures, au N.-E. des Ardennes, etc.

Terrains triasiques et pénéens (comprenant 2,700,000 hectares) : dans la partie E. de la Lorraine, à l’E. des Vosges, sur le plateau central N. et S.-O., dans les Pyrénées occidentales (le terrain pénéen apparaît surtout dans les Vosges).

Terrains de transition (5,400,000 hectares) : dans toute la longueur des Pyrénées, le centre de la Bretagne, du Cotentin et de l’Ardenne, les Vosges, les parties E. et S.-E. du plateau central.

Terrains crétacés (7,340,000 hectares) : dans la Champagne, le bassin de Paris, l’Aquitaine N., sur les deux revers des Pyrénées, dans le Languedoc, partie qui touche au plateau central, la Provence, au N.-E. des Maures ; quelques lambeaux dans les Alpes et le Jura.

Terrains jurassiques (10,600,000 hectares) : ils dessinent un huit ouvert au N. et au S., autour du plateau central et du bassin de Paris. Appendice au N.-E., vers Boulogne, et à l’E. par le Jura, qui envoie un rameau en Alsace.

Terrains primitifs (10,600,000 hectares) : ils forment le plateau central presque exclusivement, la Vendée, le littoral S.-O. de la Bretagne et des amas juxtaposés sur le littoral N., les Pyrénées orientales, les Maures, les Vosges méridionales et un massif des Alpes septentrionales. Ils forment ainsi cinq régions disposées circulairement autour du plateau central.

Terrains tertiaires (15,800,000 hectares): ils occupent presque le tiers de la France ; tout le bassin de Paris, moins la bande orientale ; la Limogne, l’Aquitaine, moins le N. ; la Bresse, une partie du Languedoc et de la Provence. On en trouve des parcelles éparses en Languedoc, en Vendée, en Alsace, dans la Bretagne E. ; en un mot, ils forment presque toutes les plaines de la France, et comblent les intervalles entre les plateaux et les chaînes de montagnes.

Ainsi qu’on le voit, les terrains les plus abondants en France sont d’abord les terrains tertiaires, ensuite les terrains primitifs et les terrains jurassiques. Les premiers forment principalement le bassin de Paris, tandis que les autres constituent surtout le massif du plateau central.

Nous extrayons les renseignements suivants sur les divisions naturelles du territoire français de l’excellent Dictionnaire des communes de France, de M. A. Jeanne. Les divisions naturelles du sol français ne sont nullement déterminées par les limites plus ou moins conventionnelles et souvent modifiées des provinces administratives ou politiques. Elles ne correspondent pas non plus aux divisions par bassins, car la constitution géologique du sol, l’élévation des lieux, la nature des produits peuvent varier dans ces mêmes bassins et présenter une ressemblance parfaite sur les confins de ces bassins limitrophes. De même les grands cours d’eau ne forment point les lignes de divisions géographiques ; car, en général, il unissent plutôt qu’ils ne séparent. Les divisions naturelles, spontanément reconnues par les habitants eux-mêmes, sont déterminées à la fois par la formation géologique et la configuration du sol, par la nature et la qualité des récoltes, la proximité de la mer et des montagnes, tous les phénomènes de la terre et du climat, enfin par l’origine de la race qui les habite. On a souvent reconnu que les contours des anciens pagi gaulois correspondaient assez exactement aux limites des formations géologiques. De nos jours, ces pagi se reconstitueraient encore d’eux-mêmes, si la centralisation administrative ne brisait assez souvent les affinités naturelles. Sans nous arrêter aux grandes divisions provinciales de l’ancien régime, donnons ici, en suivant la classification d’Omalius d’Halloy, la liste des principales régions naturelles de la France, en commençant par le Nord.


région du nord et du bassin de paris.
Flandre française, contrée basse et d’une fertilité extrême, habitée par une population, de souche germanique.
Cambrésis, plateau élevé qui se rattache au Hainaut de la Belgique.
Artois, contrée doucement Ondulée et d’une grande fertilité.
Boulonnais, collines entourées de terres basses.
Ponthieu, terres marécageuses situées près de l’embouchure de la Somme et jadis envahies par la mer.
Picardie (Amiénois, Santerre, Vermandois, Beauvaisis, Soissonnais, etc.), pays de collines crayeuses.
Pays de Caux, collines crayeuses de la haute Normandie, séparées par des vallons de prairies et de bois.
Ile-de-France, bassin de Paris, pris dans un sens plus restreint que le sens ordinaire.
Beauce, plateau uniforme, situé entre la Loire et la Seine, la meilleure terre à blé de la France.
Brie, pays plus accidenté que la Beauce, à l’E. de Paris.
Champagne pouilleuse, aride plaine de craie.
Sénonais, pays de formation crétacée, produisant des céréales et des vins, plus fertile que la Champagne pouilleuse.
Argonne, bande étroite de collines boisées.
Montagne de Reims, pays de vignobles.
Rethelois et Ardennes, pays de collines et de plateaux en partie boisés.


région orientale de la france.
Lorraine, région très-accidentée, formant plateau à 1 O. des Vosges.
Bassigny, district renfermant le plateau uniforme de Langres.
Alsace, plaine d’une extrême fertilité, située entre le Rhin et les Vosges.
Franche-Comté, vallées longitudinales du Jura français, plateau qui porte la base des montagnes et clos plaines avoisinantes.
Bresse, plateau qui s’étend au S.-O. du Jura, dans la direction de la Saône.
Dombes, continuation de la Bresse, plateau insalubre, parsemé d’étangs.
Bugey, chaînes parallèles du Jura, dans le département de l’Ain.
Gex, enclave française, située à l’E. de la grande chaîne du Jura.


région centrale de la france.
Rouergue, contrée montueuse où. les plateaux calcaires alternent avec les massifs granitiques.
Gévaudan, pays de montagnes, de plateaux, de gorges et de forêts.
Vivarais, pays traversé par de hautes chaînes en partie volcaniques.
Velay, contrée montueuse, comprise entre la chaîne du Vivarais et les monts de la Margeride.
Forez, chaîne de montagnes séparant deux riches vallées.
Lyonnais, Beaujolais, massif de montagnes, à l’O. de Lyon.
Charolais, pays montueux et monotone, entre la Saône et la Loire.
Auxois, Duesmois, Châlillonnnis et Auxerrois, pays appartenant au plateau de la Côte-d’Or, boisés en partie et produisant d’excellents vins.
Morvan, groupe isolé de montagnes porphyriques et granitiques.
Haute Auvergne, massif du Cantal.
Basse Auvergne, chaîne des monts Dore et des monts Dômes.
Limagne, fertiles plaines du haut Allier.
Limousin, plateau et collines granitiques, aux longues pentes nues ou plantées de chênes et de châtaigniers.
Bourbonnais, collines et vallées qui correspondent au département de l’Allier.
Nivernais, pays accidenté entre la Loire et le Morvan.
Berry, plateau fertile et peu élevé, au N. du Limousin.
Brenne, région marécageuse du Berry.
Sologne, plaine aride et insalubre, semblable à la Brenne, dont elle est séparée par les vallées du Cher et de l’Indre.
Gâtinais, pays infertile et cependant cultivé, qui s’étend au N.-E. de la Sologne.


région nord-ouest de la france.
Normandie, pays célèbre par ses riches pâturages.
Cotentin, presqu’île de la Manche.
Perche, pays de collines, très-fertile.
Maine, pays montueux.
Bretagne, pays de landes, de marais, de rochers et de montagnes.
Anjou, vallées de la Loire et de ses affluents.
Touraine, pays dont le plateau aride contraste avec les riches vallées.
Poitou, contrée de plateaux rougeâtres, coupés par de profondes vallées.
Gâtine et Bocage, pays montueux et en partie boisés.
Marais, terrains qui s’étendent autour du Poitou.


région sud-ouest de la france.
Aunis, région coupée de canaux d’écoulement, contiguë aux marais du Poitou.
Saintonge, pays de collines en partie couvertes de vignobles, mais offrant aussi quelques landes et des marais.
Angoumois, pays de coteaux plantés de vignes et n’offrant qu’une mince couche de terre végétale.
Périgord, ensemble de régions diverses, dont quelques-unes sont accidentées et très-boisées.
Bordelais (Fronsadais, Entre-Deux-Mers, Médoc et Bazadais), pays de. vignobles, arrosé par la Garonne, la Gironde et la Dordogne.
Agenais, pays de collines calcaires, dominant une des vallées les plus riches de la France.
Haut Quercy, plateaux accidentés et peu fertiles.
Bas Quercy, plaines de la Garonne, du Tarn et de l’Aveyron.
Armagnac, longue chaîne de collines monotones, rayonnant en divers sens autour du plateau de Lannemezan.
Landes, désert coupé de sable, de forêts, de bruyères, d’étangs.
Chalosse, pays accidenté et assez fertile, situé dans le bassin de l’Adour, sur les confins des Landes.
Béarn, contrée sillonnée par les ramifications des basses Pyrénées.
Basse Navarre, pays basque, situé sur le versant méridional des Pyrénées.
Bigorre, plaine de Tarbes et vallées environnantes.


région sud-est et du midi de la france.
Savoie, pays divisé en un grand nombre de vallées par les ramifications dos grandes Alpes ; les vallées principales sont celles du Faucigny, de la Tarentaise et de la Maurienne.
Dauphiné, autre pays de montagnes s’unissant à la Savoie par de nombreuses chaînes. Les massifs distincts et les vallées ont un nom qui est en même temps celui des districts adjacents. Les principales subdivisions sont : le Viennois, le Royannais, le Vercors, le Trièves, le Devoluy, l’Oisans. le Graisivaudan, la Chartreuse, le Queyras, le Valgodemar, le Champsaur.
Provence, contrée où les plaines fertiles sont dominées par des rochers et des montagnes nues. On y remarque la vaste plaine de cailloux roulés appelée la Crau.
Camargue, delta marécageux du Rhône.
Languedoc proprement dit, zone de plaines, située entre le pied des Cévennes et le bord de la mer.
Roussition, pays compris entre les massifs des Corbières et la chaîne des Albères.
Albigeois, pays accidenté et assez fertile.
Toulousain, plaines arrosées par la Garonne et l’Ariége.
Comminges, hautes vallées pyrénéennes du bassin de la Garonne.


Dimensions. Superficie. La France mesure du S. au N., sous le méridien de Paris, 956 kilom. ; de l’E. à l’O., entre le quarante-huitième et le quarante-neuvième parallèle, environ 926 kilom. ; du N.-O. au S.-E., depuis la côte du Finistère et l’embouchure de la Roya, 1,094 kilom. ; du N.-E. au S.-O., depuis le confluent de la Lauter et du Rhin jusqu’à l’embouchure de la Bidassoa, 988 kilom. Le contour total de la France est de 4,937 kilom., dont 2,693 pour les côtes et 2,244 pour les frontières continentales. La superficie actuelle est de 53,028, 894 hectares. Sous ce rapport, elle est, d’après M. Block, le troisième Etat de l’Europe : la Russie et l’Autriche passent avant elle. D’après le tableau publié par la statistique officielle de la France, cette superficie se divise de la manière suivante :

hectares.
Terres arables
25,628,313
Vignes
2,101,696
Prairies naturelles
5,160,780
Pâtures et patis
9,209,069
Forêts
8,985,970
Sol non agricole, routes et rivières
1,943,066
――――――
53,023,894

A ce total il faut ajouter la superficie de la Savoie et des Alpes-Maritimes, qui est de 1,211,788 hectares. « Les 130,000 hectares portés comme improductifs au cadastre des territoires nouvellement annexés représentent, dit M. Elisée Reclus, les sommités couronnées de neiges permanentes. Les espaces en pâturages occupent presque le tiers de la superficie productive, environ 300,000 hectares. Les forêts occupent une étendue d’environ 194,000 hectares. La surface annuellement ensemencée en céréales et en légumineuses est d’environ 200,000 hectares, qui rendent 2 millions d’hectolitres. La vigne s’étend sur une superficie de 14,000 hectares. »


Population. La population de la France paraît avoir été considérable de tout temps, mais on n’a pas de documents statistiques précis avant le commencement du xviiie siècle. Voici quelle a été la progression suivie par la population depuis 1700 jusqu’à nos jours :

hab.
1700 (d’après le rapport des intendants)
19,669,320
1772 (d’après d’Expilly)
21,000,000
1789 (d’après Necker)
24,800,000
1801 d’après le recensement
30,461,875
1821
32,569,000
1841
34,230,000
1851
35,783,170
1861
37,476,732
1866
38,067,094

non compris les 125,000 hommes de troupes qui, au 15 mai 1866, date du dernier recensement, étaient employés à Rome, en Algérie, au Mexique, dans les colonies d’outremer et les stations navales. Ce dernier chiffre, ajouté à celui de la population sédentaire, donne un total de 35,192,094 hab. Dans ce nombre, les territoires nouvellement annexés à la France, c’est-à-dire : la Savoie, la Haute-Savoie et une partie des Alpes-Maritimes, entrent pour 676,195 hab.

En France, les départements où la population est le plus dense sont ceux de la Seine, du Rhône, du Nord, du Haut-Rhin, du Bas-Rhin et du Pas-de-Calais. Les départements où la population est le plus clair-semée sont ceux de l’Indre, des Landes, de la Corse, de la Lozère, des Hautes-Alpes et des Basses-Alpes. Le nombre moyen des habitants, par kilom. carré, s’est élevé de la manière suivante, par périodes décennales, depuis 1801 : 51,2 ; 55,7 ; 60,9 ; 64,8 ; 67,5 ; 68,93 ; 70,3. Les départements industriels où se trouvent les plus grandes villes sont en proportion dix, cent et deux cents fois plus peuplés que les hauts départements des montagnes. Le total de 37,500 communes pour 38,000,000 d’hab. donne une moyenne d’un peu plus de 1,000 hab. par commune ; mais cette moyenne est sensiblement diminuée par les communes de plus de 10,000 hab., et enfin par l’immense population de la ville de Paris. Ces vastes agglomérations réduisent d’autant les petites communes, dont quelques-unes ne sont peuplées que d’une quarantaine d’habitants. Plus d’un tiers des Français habitent des communes de moins de 1,000 hab. On comptait en France, en 1859, suivant M. Elisée Reclus, 8,066,808 constructions, dont 141,706 usines et 7,925,102 maisons ou châteaux. En 1851, il y avait 7,384,789 maisons et 9,022,911 ménages, d’où il suit qu’à cette époque une maison contenait en moyenne 4,8 personnes ; un ménage comptait seulement 3,84 individus pour une famille.

Depuis le commencement du siècle jusqu en 1835, le nombre des mariages en France a suivi un mouvement ascensionnel soumis à de fortes oscillations. De 1835 à 1839, on peut évaluer à 79 le chiffre annuel moyeu des mariages par 1,000 hab. Les mariages diminuent sensiblement aux époques de cherté et de mortalité ; ils reprennent ensuite et regagnent à peu près tout ce qu’ils avaient perdu dans les mauvaises années. Sur 1,000 mariages, on en compte 930 entre garçons et filles ; 37 entre garçons et veuves ; 37 entre veufs et veuves. La fécondité des mariages est beaucoup moindre en France que dans tous les autres pays de l’Europe.

Le nombre de naissances par mariage et par habitant a sensiblement diminué en France depuis le commencement du siècle. En 1805, on comptait une naissance sur 30 hab, ; en 1851, on n’en comptait plus qu’une sur 37. La France voit naître chaque année environ 70,000 enfants naturels, parmi lesquels plus de 30,000 sont abandonnés par le père et la mère.

La vie moyenne est représentée par le quotient que l’on obtient en additionnant l’âge de tous les individus décèdés pendant une certaine période et en divisant ce total par le nombre des décèdés. D’après l’ensemble des décès de 1864, la durée de la vie moyenne en France serait de 37 ans et 6 mois. Avant la Révolution, elle n’était que de 29 ans. En Angleterre, la vie moyenne est sensiblement supérieure à celle de la France.

divisions administratives.

Avant la Révolution de 1789, la France était divisée en 32 gouvernements généraux, ou provinces, administrés par des intendants, et que séparaient les uns des autres des lignes de douanes intérieures. Ces provinces différaient par l’étendue, la population et l’importance. Mais la plus choquante inégalité entre elles était celle du droit. Les unes étaient affranchies de la gabelle ; d’autres payaient des impôts écrasants ; les unes avaient complètement perdu leur autonomie ; les autres avaient le droit de former des assemblées pour le prélèvement et la répartition des impôts. Aujourd’hui, la France est divisée en 89 départements.

tableau des anciennes provinces et départements qui y correspondent
provinces.
départements.
chefs-lieux.
Alsace
Haut-Rhin Colmar.
Bas-Rhin Strasbourg.
Angoumois Charente Angoulême.
Anjou Maine-et-Loire Angers.
Artois Pas-de-Calais Arras.
Aunis et Saintonge Charente-Inférieure La Rochelle.
Auvergne
Puy-de-Dôme Clermont-Ferrand.
Cantal Aurillac.
Béarn et Navarre Basses-Pyrénées Pau.
Berry
Cher Bourges.
Indre Châteauroux.
Bourbonnais Allier Moulins.
Bourgogne
Yonne Auxerre.
Côte-d’Or Dijon.
Saône-et-Loire Mâcon.
Ain Bourg.
Bretagne
Ille-et-Vilaine Rennes.
Côtes-du-Nord Saint-Brieuc.
Finistère Quimper.
Morbihan Vannes.
Loire-Inférieure Nantes.
Champagne
Ardennes Mézières.
Haute-Marne Chaumont.
Aube Troyes.
Marne Châlons-sur-Marne.
Dauphiné
Isère Grenoble.
Drôme Valence.
Hautes-Alpes Gap.
Flandre Nord Lille.
Foix Ariège Foix.
provinces.
départements.
chefs-lieux.
Franche-Comté
Doubs Besançon.
Jura Lons-le-Saunier.
Haute-Saône Vesoul.
Guyenne,
Gascogne et Quercy
Dordogne Périgueux.
Gironde Bordeaux.
Landes Mont-de-Marsan.
Hautes-Pyrénées Tarbes.
Gers Auch.
Lot-et-Garonne Agen.
Tarn-et-Garonne Montauban.
Aveyron Rodez.
Lot Cahors.
Ile-de-France
Aisne Laon.
Oise Beauvais.
Seine-et-Marne Melun.
Seine Paris.
Seine-et-Oise Versailles.
Languedoc
Haute-Garonne Toulouse.
Tarn Albi.
Aude Carcassonne.
Hérault Montpellier.
Gard Nîmes.
Lozère Mende.
Ardèche Privas.
Haute-Loire Le Puy.
Limousin
Haute-Vienne Limoges.
Corrèze Tulle.
Lorraine
Meuse Bar-le-Duc.
Moselle Metz.
Meurthe Nancy.
Vosges Epinal.
Lyonnais
Rhône Lyon.
Loire Saint-Etienne.
Maine
Mayenne Laval.
Sarthe Le Mans.
Marche Creuse Guéret.
Nivernais Nièvre Nevers.
Normandie
Eure Evreux.
Seine-Inférieure Rouen.
Orne Alençon.
Calvados Caen.
Manche Saint-Lô.
Orléanais
Eure-et-Loir Chartres.
Loiret Orléans.
Loir-et-Cher Blois.
Picardie Somme Amiens.
Poitou
Vendée Napoléon-Vendée.
Deux-Sèvres Niort.
Vienne Poitiers.
Provence
Basses-Alpes Digne.
Bouches-du-Rhône Marseille.
Var Draguignan.
Touraine Indre-et-Loire Tours.
Roussillon Pyrénées-Orientales Perpignan.
Corse Corse Ajaccio.
Territoires annexés
depuis 1789.
Alpes-Maritimes Nice.
Haute-Savoie Annecy.
Savoie Chambéry.
Vaucluse Avignon.


divisions religieuses.
Culte catholique.

La France religieuse est divisée en 89 diocèses, administrés, pour les affaires spirituelles, par 18 archevêques et 71 évêques. A chaque diocèse est attaché un grand séminaire ; chaque chef-lieu de canton a son curé, chaque paroisse son desservant

archevêchés et diocèses.
évêchés suffragants et diocèses.
Paris (Seine).
Chartres (Eure-et-Loir).
Meaux (Seine-et-Marne).
Orléans (Loiret).
Blois (Loir—et-Cher).
Versailles (Seine-et-Oise).
Cambrai (Nord). Arras (Pas-de-Calais).
Lyon et Vienne
(Rhône et Loire).
Autun (Saône-et-Loire).
Langres (Haute-Marne).
Dijon (Côte-d’Or).
Saint-Claude (Jura).
Grenoble (Isère).
Rouen (Seine-Inférieure).
Bayeux (Calvados).
Evreux (Eure).
Séez (Orne).
Coutances (Manche).
Sens et Auxerre
(Yonne).
Troyes (Aube).
Nevers (Nièvre).
Moulins (Allier).
Reims (arr. de Reims
et Ardennes).
Soissons (Aisne).
Châlons-sur-Marne (Marne, excepté l’arr. de Reims).
Beauvais (Oise).
Amiens (Somme).
Tours (Indre-et-Loire).
Le Mans (Sarthe).
Angers (Maine-et-Loire).
Nantes (Loire-Inférieure).
Laval (Mayenne).
Rennes (Ille-et-Vilaine).
Vannes (Morbihan).
Quimper (Finistère).
Saint-Brieuc (Côtes-du-Nord).
Bourges
(Cher et Indre).
Clermont (Puy-de-Dôme).
Limoges (Haute-Vienne et Creuse).
Le Puy (Haute-Loire).
Tulle (Corrèze).
Saint-Flour (Cantal).
Avignon (Vaucluse).
Viviers (Ardèche).
Valence (Drôme).
Nîmes (Gard).
Montpellier (Hérault).
Albi (Tarn)
Rodez (Aveyron).
Cahors (Lot).
Mende (Lozère).
Perpignan (Pyrénées-Orientales).
Agen (Lot-et-Garonne).
Angoulême (Charente).
Poitiers (Vienne et Deux-Sèvres).
Périgueux (Dordogne).
La Rochelle (Charente-Inférieure).
Luçon (Vendée).
Bordeaux (Gironde).
Saint-Denis (Réunion).
Saint-Pierre et
Fort-de-France (Martinique).
Basse-Terre (Guadeloupe).
Auch (Gers).
Aire (Landes).
Tarbes (Hautes-Pyrénées).
Bayonne (Basses-Pyrénées).
Toulouse-Narbonne (Haute-Garonne).
Montauban (Tarn.et-Garonne).
Pamiers (Ariége).
Carcassonne (Aude).
Aix-Arles-Embrun
(Bouches-du-Rhône, excepté l’arr. de
Marseille).
Marseille (arr. de Marseille).
Fréjus et Toulon (Var).
Digne (Basses-Alpes).
Gap (Hautes-Alpes).
Nice (Alpes-Maritimes).
Ajaccio (Corse).
Chambéry (Savoie et Haute-Savoie).
Annecy (Haute-Savoie).
Tarentaise (Savoie).
Maurienne (Savoie).
Besançon (Doubs
et Hte-Saône).
Strasbourg (Bas-Rhin et Haut-Rhin).
Metz (Moselle).
Verdun (Meuse).
Belley (Ain).
Saint-Dié (Vosges).
Nancy (Meurthe).
Alger (province d’Alger).
Constantine (province de
Constantine).
Oran (province d’Oran).


Culte réformé.

60 départements possèdent des églises consistoriales, administrées par des pasteurs et des conseils ou consistoires. Ceux-ci élisent les pasteurs, qui sont ensuite confirmés par le gouvernement. Le conseil central des églises réformées siège à Paris.

Eglises consistoriales
Ain Ferney.
Aisne Saint-Quentin.
Alpes (Hautes-) Orpierre.
Ardèche La Mastre, la Voulte, les Ollières, Saint-Peray, Saint-Pierre-ville, Vallon, Vernoux.
Ardennes Sedan.
Ariège Le Mas-d’Azil, Saverdun.
Aube Troyes.
Aveyron Saint-Affrique.
Bouches-du-Rhône Marseille.
Calvados Caen.
Charente Jarnac.
Charente-Inférieure La Rochelle, la Tremblade, Marennes, Pons, Royan.
Cher Bourges, Sancerre.
Côte-d’Or Dijon.
Dordogne Bergerac, Montcarret
Doubs Besançon.
Drôme Crest, Dié, Dieulelit, la Motte, Chalançon, Valence.
Eure-et-Loir Marsauceux.
Finistère Brest.
Gard Aigues-Vives, Alais, Anduze, Calvisson, Lasalle, Nîmes, St-Arabroise, St-Chaptes, St-Hippolyte, St-Jean-du-Gard, St-Mamert, Sauve, Sommières, Uzès, Vaileraugue, Vauvert, Vézenobres, le Vigan.
Garonne (Haute-) Toulouse.
Gers Mauvezin.
Gironde Bordeaux, Gensac, Sainte-Foy.
Hérault Bédarieux, Ganges, Marsillargues, Montagnac, Montpellier.
Indre-et-Loire Tours.
Isère Mens.
Loire Saint-Etienne.
Loire (Haute-) Sainte-Voy.
Loire-Inférieure Nantes.
Loiret Orléans.
Loir-et-Cher Aunay, Josnes.
Lot-et-Garonne Castelmoron, Clairac, Lafitte, Nérac, Tonneins.
Lozère Barre, Florac, Meyrueis, St-Germain-de-Calberte, Vialas.
Maine-et-Loire Angers, Saumur.
Manche Cherbourg, Chefresne
Marne Reims.
Meurthe Nancy.
Meuse Bar-le-Duc.
Moselle Metz, Courcelles, Chauny.
Nord Lille.
Oise Les Ajeux.
Orne Athis, Montilly.
Pas-de-Calais Arras, Wancquetin.
Puy-de-Dôme Clermond-Farrand.
Pyrénées (Basses-) Orthez.
Rhin (Bas-) Bischwiller, Strasbourg.
Rhin (Haut-) Mulhouse, Sainte-Marie-aux-Mines.
Rhône Lyon.
Seine-et-Marne Meaux.
Seine-et-Oise Saint-Germain, Versailles.
Seine-Inférieure Bolbec, Dieppe, le Havre, Rouen.
Sèvres (Deux-) La Mothe-Saint-Héraye, Lezay, Melle, Niort, St-Maixent.
Somme Amiens, Templeux-le-Guérard, Contay.
Tarn Castres, Mazamet, Vabre, Viane.
Tarn-et-Garonne Montauban, Nègrepelisse.
Var Toulon.
Vaucluse Lourmarin.
Vendée Pouzauges.
Vienne Lusignan.
Vosges Saint-Dié.


Culte luthérien.

Les luthériens ou protestants de la confession d’Augsbourg se trouvent principalement au N.-E. de la France, notamment en Alsace. Leurs pasteurs sont nommés par le directoire. Le consistoire supérieur siège à Strasbourg, de même que le directoire, nommé par le consistoire et le gouvernement.

Eglises consistoriales
Alpes-Maritimes Nice.
Doubs Audincourt, Blamont, Monlbéliard, St-Julien.
Meurthe Fénétrange, Vibersviller.
Moselle Bœrenthal, Sarreguemines.
Rhin (Bas-) Barre, Bischwiller, Bouxwiller, Brumath, Dettwiller, Diemeringen, Dorlisheim, Drulingem, Gersheim, Hatten, Hingwiller, Ittenheim, la Petite-Pierre, Niederbronn, Oberbronn, Pfaffenhoffen, Saar-Union, St-Pierre-le-Jeune, St-Pierre-le-Vieux, St-Guillaume, Ste-Aurélie, St-Thomas, St-Nicolas, Vendenheim, Wasselonne, Wissembourg.
Rhin (Haut-) Andolsheim, Colmar, Munster, Riquewihr, Ste-Marie-aux-Mines.
Rhône Lyon.
Saône (Haute-) Héricourt, Trémoins, Champey.
Vosges Rothau.


Culte israélite.

Les israélite ont un consistoire central siégeant à Paris, et des synagogues consistoriales à Paris, Strasbourg, Metz, Nancy, Bordeaux, Marseille, Bayonne, Lyon.


divisions judiciaires.
Tribunaux de justice.

C’est la cour d’assises qui juge les affaires criminelles. Les affaires civiles et correctionnelles sont, dans certains cas déterminés, jugées par un tribunal de 1er instance, qui siège dans chaque arrondissement. Les cours d’appel peuvent réformer les jugements des tribunaux de 1er instance. La cour do cassation, qui siège à Paris, a pour mission de maintenir d’une manière absolue l’intégrité des lois françaises. Toutes les décisions des tribunaux de 1er instance et des cours d’appel peuvent être portées devant la cour de cassation.

cours d’appel.
départements du ressort.
tribunaux de 1er instance.
Paris
Seine Paris (le tribunal est divisé en plusieurs chambres).
Aube
Arcis-sur-Aube, Bar-sur-Aube, Bar-sur-Seine, Nogent-sur-Seine, Troyes.
Eure-et-Loir
Chartres, Châteaudun, Dreux, Nogent-le-Rotrou.
Marne
Châlons, Epernay, Reims, Sainte-Menehould, Vitry-le-François.
Seine-et-Marne
Coulommiers, Fontainebleau, Meaux, Melun, Provins.
Seine-et-Oise
Corbeil, Etampes, Mantes, Pontoise, Rambouillet, Versailles.
Yonne
Auxerre, Avallon, Joigny, Sens, Tonnerre.
Agen
Gers
Auch, Condom, Lectoure, Lombez, Mirande.
Lot Cahors, Figeac, Gourdon.
Lot-et-Garonne
Agen, Mannande, Nérac, Villeneuve-sur-Lot.
Aix
Basses-Alpes
Barcelonnette, Castellane, Digne, Forcalquier, Sisteron.
Alpes-Maritimes Grasse, Nice.
Bouch.-du-Rhône Aix, Marseille, Tarascon.
Var Brignoles, Draguignan, Toulon.
Amiens
Aisne
Château-Thierry, Laon, Saint-Quentin, Soissons, Vervins.
Oise
Beauvais, Clermont, Compiègne, Senlis.
Somme
Abbeville, Amiens, Doullens, Montdidier, Péronne.
Angers
Maine-et-Loire
Angers, Baugé, Chotet, Saumur, Segré.
Mayenne Château-Gontier, Laval, Mayenne.
Sarthe
La Flèche, Le Mans, Mamers, Saint-Calais.
Bastia
Corse
Ajaccio, Bastia, Calvi, Corte, Sartène.
Besançon
Doubs
Baume, Besançon, Montbéliard, Pontarlier.
Jura
Arbois, Dole, Lons-le-Saunier, Saint-Claude.
Haute-Saône Gray, Lure, Vesoul.
Bordeaux
Charente
Angoulême, Barbezieux, Cognac, Confolens, Ruffec.
Dordogne
Bergerac, Nontron, Périgueux, Ribérac, Sarlat.
Gironde
Bazas, Blaye, Bordeaux, La Réole, Lesparre, Libourne.
Bourges
Cher Bourges, Saint-Amand, Sancerre.
Indre
Châteauroux, Issoudun, La Châtre, Le Blanc.
Nièvre
Château-Chinon, Clamecy, Cosne, Nevers,
Caen
Calvados
Baveux, Caen, Falaise, Lisieux, Pont-l’Evêque.
Manche
Avranches, Cherbourg, Coutances, Mortain, Saint-Lô, Valognes.
Orne
Alençon, Argentan, Domfront, Mortagne.
Chambéry
Savoie
Albertville, Chambéry, Moutiers, Saint-Jean-de-Maurienne.
Haute-Savoie
Annecy, Bonneville, Saint-Julien, Thonon.
Colmar
Haut-Rhin Belfort, Cotmar, Mulhouse.
Bas-Rhin
Saverne, Sehlestadt, Strasbourg, Wissembourg.
Dijon
Côte-d’Or Beaune, Chàtillon, Dijon, Semur.
Haute-Marne Chaumont, Langres, Vassy.
Saône-et-Loire
Auttun, Chalon-sur-Saône, Charolles, Louhans, Màcon.
Douai
Nord
Avesnes, Cambrai, Douai, Dunkerque, Hazebrouck, Lille, Valenciennes.
Pas-de-Calais
Arras, Béthune, Boulogne, Montreuil, Saint-Omer, Saint-Pol.
Grenoble
Hautes-Alpes Briançon, Embrun, Gap.
Drôme Die, Montélimar, Nyons, Valence.
Isère
Bourgoin, Grenoble, Saint-Marcellin, Vienne.
Limoges
Corrèze Brives, Tulle, Ussel.
Creuse
Aubusson, Bourganeuf, Chambon, Guéret.
Haute-Vienne
Bellac, Limoges, Rochechouart, Saint-Yrieix.
Lyon
Ain
Belley, Bourg, Gex, Nantua, Trévoux.
Loire
Montbrison, Roanne, Saint-Étienne.
Rhône Lyon, Villefranche.
Metz
Ardennes
Charleville, Rethel, Rocroi, Sedan, Vouziers.
Moselle
Briey, Metz, Sarreguemines, Thionville.
Montpellier
Aude
Carcassonne, Castelnaudary, Limoux, Narbonne.
Aveyron
Espalion, Millau, Rodez, Saint-Affrique, Villefranche.
Hérault
Béziers, Lodève, Montpellier, Saint-Pons.
Pyrénées-Orient. Céret, Perpignan, Prades.
Nancy
Meurthe
Lunéville, Nancy, Sarrebourg, Toul, Vic.
Meuse
Bar-le-Duc, Montmédy, Saint-Mihiel, Verdun.
Vosges
Epinal, Mirecourt, Neufchâteau, Remiremont, Saint-Dié.
Nîmes
Ardèche Largentière, Privas, Tournon.
Gard Alais, Mimes, Uzès, le Vigan.
Lozère Florac, Marvejols, Mende.
Vaucluse
Apt, Avignon, Carpentras, Orange.
Orléans
Indre-et-Loire Chinon, Loches, Tours.
Loir-et-Cher Blois, Romorantin, Vendôme.
Loiret
Gien, Monargis, Orléans, Pithiviers.
Pau
Landes
Dax, Mont-de-Marsan, Saint-Sever.
Basses-Pyrénées
Bayonne, Oloron, Orthez, Pau, Saint-Palais.
Hautes-Pyrénées Bagnères, Lourdes, Tarbes.
Poitiers
Charente-Inférieure
Jonzac, La Rochelle, Marennes, Rochefort, Saintes, Saint-Jean-d’Angely.
Deux-Sèvres
Bressuire, Melle, Niort, Parthenay.
Vendée
Fontenay-le-Comte, Napoléon-Vendée, Sables-d’Olonne.
Vienne
Châtellerault, Civray, Loudun, Montmorillon, Poitiers.
Rennes
Côte-du-Nord
Dinan, Guingamp, Lannion, Loudéae, Saint-Brieuc.
Finistère
Brest, Châteaulin, Morlaix, Quimper, Quimperlé.
Ille-et-Vilaine
Fougères, Montfort, Redon, Rennes, Saint-Malo, Vitré.
Loire-Inférieure
Ancenis, Châteaubriant, Nantes, Paimbœuf, Saint-Nazaire.
Morbihan
Lorient, Napoléonville, Ploërmel, Vannes.
Riom
Allier
Cusset, Gannat, Montluçon, Moulins.
Cantal
Aurillac, Mauriac, Murat, Saint-Flour.
Haute-Loire Brioude, Le Puy, Yssingeaux.
Puy-de-Dôme
Ambert, Clermont-Ferrand, Issoire, Riom, Thiers.
Rouen
Eure
Les Andelys, Bernay, Evreux, Louviers, Pont-Audemer.
Seine-Inférieure
Dieppe, Le Havre, Neufchâtel, Rouen, Yvetot.
Toulouse
Ariége Foix, Pamiers, Saint-Girons.
Haute-Garonne
Muret, Saint-Gaudens, Toulouse, Villefranche.
Tarn Albi, Castres, Gaillac, Lavaur.
Tarn-et-Garonne
Castelsarrasin, Moissac, Montauban.


Tribunaux du commerce et de l’industrie.

Les villes commerciales et manufacturières les plus importantes possèdent des tribunaux de commerce. Les membres de ces tribunaux sont élus par les notables commerçants. Leurs décisions peuvent être réformées par les cours d’appel et de cassation. Voici, par ordre alphabétique, le nom des villes où siègent des tribunaux de commerce :

Abbeville, Agde, Agen, Aix, Ajaccio, Alais, Albi, Alençon, Ambert, Amiens, Anduze, Angers, Angoulême, Annonay, Antibes, Argentan, Arles, Arras, Aubenas, Auch, Aurillac, Autun, Auxerre, Auxonne, Avallon, Avignon.
Bagnères-de-Bigorre, Bar-le-Duc, Bastia, Bayeux, Bayonne, Beaune, Beauvais, Belfort, Bergerac, Bernay, Besançon, Béziers, Billom, Blaye, Blois, Bordeaux, Boulognesur-Mer, Bourges, Brest, Brignoles, Brioude, Brive.
Caen, Cahors, Calais, Cambrai, Carcassonne, Castelnaudary, Castres, Cette, Chalon-sur-Saône, Châlons-sur-Marne, Chambéry, Charleville, Charolles, Chartres, Châteauroux, Châtellerault, Châtillon-sur-Seine, Chaumont, Chauny, Cherbourg, Clamecy, Clermont (Hérault), Clermont-Ferrand, Cognac, Colmar, Compiègne, Condé-sur-Noireau, Coutances.
Dieppe, Dijon, Dôle, Draguignan, Dreux, Dunkerque.
Elbeuf, Epernay, Eu, Evreux.
Falaise, Fécamp, Fréjus.
Gournay, Granville, Grasse, Gray, Grenoble.
Havre (le), Honfleur.
Isigny, Isle-Rousse, Issoire, Issoudun.
Joigny.
Laigle, Langres, Laval, Libourne, Lille, Limoges, Limoux, Lisieux, Lodève, Lons-le-Saunier, Lorient, Louhans, Louviers, Lyon.
Mâcon, Mamers, Manosque, Mans (le), Marennes. Marmande, Marseille, Mayenne, Meaux, Metz, Millau, Mirecourt, Moissac, Montargis, Montauban, Montereau, Montpellier, Morlaix, Moulins, Mulhouse.
Nancy, Nantes, Narbonne, Neufchâtel, Nevers, Nice, Nîmes, Niort, Nuits.
Oloron, Orléan.
Paimpol, Paris, Pau, Périgueux, Perpignan, Pézenas, Poitiers, Pont-Audemer, Provins, Puy (le).
Quimper, Quintin.
Reims, Rennes, Riom, Roanne, Rochefort, Rochelle (la), Rodez, Romorantin, Rouen.
Saint-Alfrique, Saint-Brieuc, Saint-Dizier, Saint-Etienne, Saint-Flour, Saint-Gaudens, Saint-Geniès, Saint-Hippolyte, Saint-Jean-d’Angély, Saint-Jean-de-Losne, Saint-Lô, Saint-Malo, Saint-Martin (île de Ré), Saint-Omer, Saint-Pierre (île d’Oléron), Saint-Quentin, Saint-Tropez, Saint-Valery (Somme), Saint-Valery-en-Caux, Saintes, Salins, Sarlat, Saulieu, Semur, Sedan, Sens, Soissons, Souillac, Strasbourg.
Tarascon, Tarbes, Thiers, Tinchebrai, Toulon, Toulouse, Tournus, Tours, Troyes, Tulle.
Valenciennes, Vannes, Verdun, Versailles, Vervins, Vienne, Villefranche (Rhône), Villefranche-sur-Lot, Vimoutiers, Vire.
Yvetot.


divisions universitaires.

L’Université de France, au sommet de laquelle siège le conseil de l’instruction publique, comprend dix-sept académies (celle d’Alger non comprise), dont chacune est administrée par un recteur, assisté d’un conseil académique et d’inspecteurs pour chaque département de la circonscription. L’enseignement des Facultés embrasse la théologie, le droit, les lettres, les sciences et la médecine. Les établissements d’enseignement secondaire comprennent les lycées de l’Etat, les collèges entretenus aux frais des communes et un grand nombre d’écoles libres.

académies.
départements du ressort.
lycées.
colléges communaux.
Aix
B.-du-Rhône Marseille Aix, Arles, Tarascon.
Basses-Alpes
»
Barcelonnette, Digne, Manosque, Sisteron.
Alpes-Maritim.
Nice
Grasse, Antibes, Menton.
Corse Bastia Ajaccio, Calvi, Corte.
Var Toulon Draguignan.
Vaucluse
Avignon
Apt, Carpentras, Orange, Pertuis.
Besançon
Doubs
Besançon
Baume-les-Dames, Montbéliard, Pontarlier.
Jura
Lons-le-Saunier
Arbois, Dôle, Poligny, Saint-Amour, Saint-Claude, Salins.
Haute-Saône Vesoul Gray, Lure, Luxeuil.
Bordeaux
Gironde
Bordeaux
Libourne, La Réole, Blaye.
Dordogne Périgueux Bergerac, Sarlat.
Landes Mont-de-Marsan Saint-Sever.
Lot-et-Garonne Agen Marmande, Mezin.
Basses-Pyrén. Pau
Caen
Calvados
Caen
Bayeux, Falaise, Honfleur, Lisieux, Vire.
Eure Evreux Bernay.
Manche
Coutances
Avranches, Cherbourg, Mortain, Saint-Hilaire-du-Harcouët.
Orne
Alençon
Argentan, Domfront, Séez.
Sarthe Le Mans Courdemanche, Sablé.
Chambéry
Savoie Chambéry
Haute-Savoie » Annecy, Bonneville.
Clermont- Ferrand
Puy-de-Dôme
Clermont- Ferrand
Ambert, Issoire, Thiers.
Allier Moulins Cusset, Montluçon.
Cantal
»
Aurillac, Mauriac, Saint-Flour.
Corrèze » Tulle, Brives, Treignac.
Creuse » Guéret, Aubusson.
Haute-Loire Le Puy Brioude.
Dijon
Côte-d’Or
Dijon
Arnay-le-Duc, Auxonne, Beaune, Châtillon-sur-Seine, Saulieu, Semur.
Aube Troyes Bar-sur-Aube.
Haute-Marne Chaumont Langres, Vassy.
Nièvre Nevors Clamecy, Cosne.
Yonne
Sens
Auxerre, Avallon, Joigny, Tonnerre.
Douai
Nord
Douai, Lille
Armentières, Avesnes, Bailleul, Cambrai, Cassel, Cateau (le), Condé, Dunkerque, Estaires, Hazebrouck, Quesnoy (le), Saint-Amand-les-Eaux, Tourcoing, Maubeuge, Valenciennes.
Aisne
Saint-Quentin
Laon, Château-Thierry, Soissons.
Ardennes » Charleville, Sedan.
Pas-de-Calais
Saint-Omer
Arras, Béthune, Boulogne, Saint-Pol.
Somme Amiens Abbeville, Péronne.
Grenoble
Isère
Grenoble
Vienne, Saint-Marcellin, Bourgoin.
Hautes-Alpes
»
Gap, Briançon, Embrun.
Ardèche Tournon
Drôme
»
Valence, Romans, Montélimar.
Lyon
Rhône Lyon
Ain Bourg Nantua.
Loire Saint-Etienne
Saône-et-Loire
Mâcon
Autun, Chalon-sur-Saône, Charolles, Cluny, Louhans, Tournus.
Nîmes
Hérault
Montpellier
Agde, Bédarieux, Béziers, Cette, Clermont-de-l’Hérault, Lodève, Lunel, Pézénas.
Aude Carcassonne Castelnaudary.
Gard
Nîmes
Alais, Bagnols, le Vigan, Uzès.
Lozère » Marvejols, Mende.
Pyr.-Orient. Perpignan
Nancy
Meurthe
Nancy
Dieuze, Lunéville, Toul, Phalsbourg, Pont-à-Mousson.
Meuse
Bar-le-Duc
Commercy, Etain, Saint-Mihiel, Verdun.
Moselle
Metz
Sarrègnemines, Thionville, Forbach.
Vosges
»
Epinal, Mirecourt, Neufchâteau, Remiremont, Saint-Dié, Bruyères.
Seine
Seine 6 lycées et 2 collèges.
Cher
Bourges
Saint-Amand, Sancerre.
Eure-et-Loir
»
Chartres, Châteaudun, Nogent-le-Rotrou.
Loir-et-Cher Vendôme Blois, Romorantin.
Loiret Orléans Montargis.
Marne Reims Châlons-sur-Marne.
Oise
»
Beauvais, Clermont, Compiègne.
Seine-et-Marne
»
Melun, Meaux, Provins.
Seine-et-Oise Versailles Etampes, Pontoise.
Poitiers
Vienne
Poitiers
Châtellerault, Loudun, Civray.
Charente
Angoulême
Confolens, La Rochefoucault.
Charente-Infér. La Rochelle Rochefort, Saintes.
Indre Châteauroux Issoudun, La Châtre.
Indre-et-Loire Tours Chinon.
Deux-Sèvres Niort Melle, Parthenay.
Vendée Napoléon-Vend. Fontenay-le-Comte.
Haute-Vienne
Limoges
Eymoutiers, Magnac-Laval, Saint-Junien, Saint-Yrieix.
Rennes
Ille-et-Vilaine
Rennes
Dol, Fougères, Saint-Servan.
Côtes-du-Nord Saint-Brieuc Dinan, Lamballe.
Finistère Brest Quimper, Landerneau.
Loire-Infér. Nantes Paimbœuf.
Maine-et-Loire Angers Cholet, Saumur.
Mayenne Laval Ernée, Evron.
Morbihan
Lorient
Napoléonville
Auray, Vannes.
Strasbourg
Bas-Rhin
Strasbourg
Bouxwiller, Haguenau, Saverne, Sehlestadt.
Haut-Rhin
Colmar
Belfort, Sainte-Marie-aux-Mines, Mulhouse, Rouflach.
Toulouse
Haute-Garonne Toulouse Revel.
Ariége
»
Pamiers, Saint-Girons.
Aveyron Rodez Millau, Villefranche.
Gers Auch Condom, Lectoure.
Lot Cahors Figeac.
Hautes-Pyrén. Tarbes Vic-de-Bigorre.
Tarn Albi Castres, Gaillac.
Tarn-et-Garon.
»
Montauban, Moissac, Castelsarrasin.

Agriculture. Richesses végétales. Grâce à la nature de son sol, dont la qualité productive est très-grande, et grâce aussi à sa situation géographique qui lui permet d’écouler facilement ses produits, la France est un pays essentiellement agricole et qui se prête à presque toutes les cultures. La science agronomique y a fait de sensibles progrès depuis une cinquantaine d’années, mais elle n’est pas également avancée dans toute l’étendue du territoire, et plusieurs parties sont, sous ce rapport, très-arriérées. « On a fait beaucoup de découvertes applicables à l’agriculture, dit M. Michel-Chevalier, et la mise en œuvre de ces découvertes a été poursuivie par des hommes persévérants. Cependant, sur le continent européen, et en France au moins autant qu’ailleurs, le perfectionnement de l’agriculture a eu le caractère d’efforts éparpillés, plutôt que celui d’une marche majestueuse et en masse. Il y a eu beaucoup de progrès locaux, il n’y a pas eu de progrès général. On pourrait citer beaucoup de départements où l’on cultive la majeure partie du sol à peu près comme du temps de Columelle et de Caton. On y a conservé le même araire, et les Géorgiques y sont encore l’idéal du genre. »

De même que la France peut être partagée en plusieurs climats sous le rapport météorologique, de même elle peut être divisée sous le rapport des productions en plusieurs zones bien distinctes. Certains végétaux, l’olivier, le maïs et la vigne, offrent des bases certaines pour effectuer cette division. Ces limites sont généralement obliques aux parallèles ou aux méridiens, et sont.déterminées par les mouvements du terrain. La première zone, ou des oliviers, est limitée au N. par la ligne qui part des sources de la Garonne, et se dirige par Die jusque vers Embrun ; elle occupe donc tout le pays compris entre le littoral de la Méditerranée, le revers oriental des Pyrénées et le revers méridional des Cévennes inférieures et des Basses-Alpes. La deuxième zone, ou du maïs, s’étend au-dessus de la région précédente, jusqu’à une ligne qui, partant de l’embouchure de la Gironde, passe au N. de Nevers et se prolonge presque jusque sur le Rhin, vers son confluent avec la Lauter. La troisième zone est circonscrite par une ligne qui, partant de l’embouchure de la Loire, passerait au-dessus des sources de l’Eure, longerait la rive droite de l’Oise, et qui, laissant au S. l’Aisne et Verdun sur la Meuse, se dirigerait vers le Rhin au N.-E. Au delà de cette ligne, la vigne n’est plus cultivée ; elle est remplacée par le pommier, dont la culture caractérise la quatrième zone. Ajoutons que ces limites comportent de nombreuses exceptions.

Les quatre cinquièmes du sol français sont productifs. L’ensemble des propriétés agricoles représente une valeur approximative de 45 milliards répartis entre 7,846,000 propriétaires. Le dénombrement de 1866 accuse une population agricole de 19,598,000 hab.

Le vin, on peut le dire, est un produit français par excellence. La vingtième partie de la surface de la France est couverte de vignobles. « Nos 2 millions d’hectares de vignes, dit M. de Lavergne, produisent ou devraient produire, bon an mal an, au moins 20 hectolitres par hectare, soit 40 millions d’hectolitres par an. » La limite septentrionale de la viticulture commence près de Saint-Nazaire, à l’embouchure de la Loire, et se relève graduellement vers le N.-E. Dans le bassin de la Seine, c’est à Vernon et à Beauvais que se trouvent les derniers vignobles ; dans le bassin de la Meuse, c’est à Mézières. Le produit des vignobles français varie fort d’année en année. La production annuelle moyenne a été en :

1847-1851, de 43,000,000 d’hectolitres.
1852-1856 20,000,000
1854 10,500,000
1857-1861 34,000,000
1865 68,393,000
1867-1868 55,000,000

La vigne est cultivée dans 75 de nos départements, mais les trois quarts de la production se concentrent dans une trentaine. « Autrefois, dit M. de Lavergne, on transformait annuellement en eau-de-vie 8 à 10 millions d’hectolitres de vin. Depuis la grande hausse sur les vins, cette fabrication a fort diminué, et les distillateurs de betterave en ont prolité… Quand on entre dans le détail de la production par département, on trouve que la récolte a diminué de plus de moitié depuis dix ans dans la partie nord de la France. La Bourgogne seule a peu perdu ; mais les vignobles de la Lorraine et de la Champagne, ceux des bords de la Loire et de la Saintonge, si productifs jusqu’ici, ont été rudement éprouvés. Dans la partie S. du territoire, il y a eu perte aussi, mais moins forte ; la Gironde, le Gers, la Haute-Garonne, etc., évaluent à un quart environ le déficit moyen de leur récolte ; le Gard, le Var et Vaucluse sont restés stationnaires ; l’Aude et l’Hérault ont doublé leur production ; l’Hérault, qui occupait le troisième rang parmi nos départements viticoles, a passé brusquement au premier. Le prix des vins y a doublé comme la quantité. » En 1808, on y évaluait à 154 millions la valeur de la récolte, qui ne dépassait pas 25 millions en 1850. Quant à la superficie des vignes, les départements se classaient dans l’ordre suivant en 1862 : 1º Hérault ; 2º Charente-Inférieure ; 3º Charente ; 4º Gard ; 5º Gers ; 6º Rhône ; 7º Pyrénées-Orientales ; 8º Var ; 9º Aude ; 10º Gironde, etc. Quant à la valeur totale, qui était, en 1862, de 1,380,750,278 fr., l’Hérault est encore à la tête avec 154 millions. Viennent ensuite : Charente-Inférieure, 115 millions ; Gironde, 89 millions. Mais quant au prix de l’hectolitre la Gironde (48 fr. 44) et la Marne (48 fr. 18) sont les premiers. La valeur moyenne du produit par hectare est de 597 fr. 53. La valeur brute atteint 2,024 fr. dans le département de la Seine.

La culture de la pomme de terre est très-répandue en France, notamment dans l’Est et dans le Nord. Le nombre d’hectares ensemencés est de plus de 1 million, et la récolte annuelle de 96 millions d’hectolitres, donnant une valeur de 300 millions de francs. Le département du Bas-Rhin donne la récolte maximum : 7,250,000 hectolitres. Le fin et le chanvre forment une des plus riches cultures du pays. Le lin. en graines donne 740,000 hectolitres, et en filasse 37 millions de kilogr., le tout produisant 58 millions de francs. Le rouissage et le teillage, pour le filage et le tissage, quadruplent la valeur totale du produit. La culture du lin, en France, se fait dans le Nord, principalement dans les départements du Nord, du Pas-de-Calais, des Côtes-du-Nord, du Finistère, de la Somme, etc. La culture du chanvre est répandue dans tous les départements ; c’est dans celui de l’Isère que la récolte atteint son maximum. Les graines oléagineuses sont, outre le lin, le colza, la navette, le pavot ; leur culture n’est pratiquée en grand que dans le Nord. Les 175,000 hectares qu’occupe cette culture donnent un produit de 300,000 hectolitres, valant 50 millions de francs. Mais ce résultat est insuffisant et l’on introduit en France annuellement plus de 70 millions de kilogr. de graines grasses. Les plantes tinctoriales, c’est-à-dire la garance, le pastel, le safran, etc., ne sont cultivées que dans les départements du centre et du Midi. La culture de la betterave, répandue surtout dans le Nord, a donné, dans ces dernières années, des résultats trop variés pour que nous puissions en indiquer ici le chiffre. Quant au tabac, il n’est cultivé, par suite du monopole, que dans les 9 départements suivants : Nord, Pas-de-Calais, Haut-Rhin, Bas-Rhin, Haute-Saône, Lot, Lot-et-Garonne, Ille-et-Vilaine et Finistère.

Les fruits forment une des principales richesses de la France. Parmi les arbres fruitiers, il faut citer : le pommier, dont les fruits servent à la fabrication du cidre dans les provinces septentrionales, principalement en Normandie ; le châtaignier, qui, dans les pays pauvres du centre (Limousin, Cévennes, Auvergne, Périgord, Vivarais), fournit un aliment qui remplace les céréales ; et le mûrier qui, dans 8 ou 10 départements du S.-E. de la France, donne un produit de 100 millions. Le département le plus riche sous ca rapport est celui du Gard ; celui de l’Ardèche occupe le second rang. L’olivier, répandu à peu près dans les mêmes départements que le mûrier, occupe en France environ 120,000 hectares et donne un produit de 170,000 hectolitres d’huile d’une valeur de 30 millions de francs. La récolte maximum de ce produit se fait dans le département du Var. Après ces quatre grandes espèces d’arbres, il faut compter : le poirier, le prunier, le cerisier, l’abricotier, le pêcher, l’oranger, le citronnier, le figuier, l’amandier, etc. Il ne faut pas oublier les raisins de table, très-estimés, surtout ceux que l’on récolte aux environs de Fontainebleau et dont il se fait une grande exportation. Nous ne ferons qu’énoncer le produit des jardins potagers, qui occupent dans le Nord 135,000 hectares, donnant une valeur de 85 millions, et, dans le Midi, 125,000 hectares donnant une valeur de 40,000 millions.

Avant 1789, les forêts occupaient sur le sol de la France environ 12 millions d’hectares. Une grande partie fut défrichée pendant la Révolution, de telle sorte que l’étendue du sol forestier est à peu près aujourd’hui de 9 millions d’hectares, dont 5 millions au Nord et 4 au Midi. Voici les renseignements que donne M. Legoyt sur les forêts de la France en 1866 :

désignation.
contenance en hectares.
production en francs.
Bois de l’État
991,062
40,011,401
Bois de la couronne
67,332
2,997,400
Bois des communes et
des particuliers
7,976,982
214,500,000
――――――
――――――
Totaux
9,035,376
257,508,801

Les départements qui possèdent la plus grande étendue de forêts sont les suivants : Landes, Var, Vosges, Haut-Rhin, Gironde, Côtes-du-Nord, Finistère, Vendée, Manche, Seine. Les essences d’arbres des forêts françaises sont : le chêne, le charme, l’orme, le trène, le hêtre, le bouleau, le sapin, le pin, le chène-Hége, le mélèze. « L’étendue du sol forestier, dit M. Jules Clavée, serait plus que suffisante pour satisfaire à nos besoins, si l’exploitation en était réglée en vue de la plus grande production. Mais il s’en faut de beaucoup qu’il en soit ainsi, puisque nous en importons chaque année pour 70 millions de plus que nous n’en exportons. La production annuelle de nos forêts, qui n’atteint pas 38 millions de mètres cubes, pourrait, par un traitement plus rationnel, être portée à 51 millions, dont moitié au moins ropre à l’industrie. Ce serait un revenu annuel de 678 millions de francs. 300 millions, telle est donc la plus value annuelle que nous donnerait la simple substitution du régime de la futaie à celui du taillis. Nos chemins de fer seuls exigent annuellement 200,000 mètres cubes de bois pour leur entretien ; la marine militaire en emploie à peu près 80,000 mètres cubes chaque année ; la marine marchande au moins autant ; les constructions civiles en consomment 160,000, et nos établissements métallurgiques environ 7 millions. Joignez à cela la consommation pour les besoins domestiques, et vous aurez une idée de l’immense quantité de bois qu’exige la France. D’après le procès-verbal de l’enquête sur l’industrie parisienne faite en 1847 par les soins de la chambre de commerce, la valeur des produits créés par les industries qui employaient le bois s’élevait à 101,516,026 fr. à Paris seulement. Dans cet immense atelier, la charpenterie occupait le vingtième rang, l’industrie du bâtiment le neuvième, l’ébénisterie le huitième. Le nombre des patrons et ouvriers employés à la manipulation du bois dépassait 35,000 ; il a plus que triplé depuis cette époque. Pour faire face à cette consommation prodigieuse et toujours croissante, il faudrait que la plus grande partie de nos forêts fût traitée en futaie, et, cependant c’est à peine si le quart de leur étendue totale est soumis à ce régime. »

La question du reboisement est des plus importantes ; néanmoins, elle est encore à résoudre. Suivant M. Lavergne, de 1830 à 1865, il a été défriché 447,231 hectares, et, dans la même période, 530,801 hectares ont été plantés. C’est à partir dft 1859 seulement que les plantations sont devenues supérieures aux défrichements. Depuis 1860, la superficie totale des terrains reboisés ou regazonnés a dû atteindre 70,000 hectares à la fin de 1865. C’est une moyenne de 10,000 hectares par an. L’étendue des terrains à reboiser dépassant 1 million d’hectares, on en, aurait pour un siècle.

Pour terminer cet aperçu des richesses végétales, il nous reste à dire quelques mots des prairies et des pâturages. En 1842, il existait 4,198,198 hectares de prairies naturelles, et 1,576,567 hectares de prairies artificielles. En 1862, les prairies naturelles occupaient 5,021,246, et les prairies artificielles 2,772, 660 hectares. D’après la statistiquede 1862, le rendement moyen des prairies naturelles serait, dit le Dictionnaire des communes de France, de 28,42 quintaux métriques, et celui des prairies irriguées, de 37,91 quintaux métr. à l’hectare. 1,803,113 hectares de prairies sur 5,021,246 étaient irrigués, soit un peu plus du tiers. Au point de vue des superficies, ce sont les landes, les pâtis et les bruyères, les terrains vagues et ne donnant à peu près aucun produit, qui occupent le premier rang. Prés, prairies artificielles, pâturages et fourrages verts occupaient ensemble, en 1862, 14,726,610 hectares, ayant produit 1,889,444,000 francs. La superficie consacrée aux fourrages et aux pâturages est donc presque égale à celle des céréales ; mais la valeur produite n’est que des 2 cinquièmes. Les pays de la France les plus abondants en prairies naturelles sont : la Normandie, si renommée pour ses gras pâturages ; l’Auvergne et la Lorraine, où les étages inférieurs des montagnes se tapissent de verdure ; -la Vendée et le Limousin, la Flandre et la Picardie. À ces prairies naturelles et artificielles il faut ajouter les pâtures et pâtis, c’est-à-dire les terrains vagues, les landes, les bruyères, etc., où l’on fait paître les troupeaux et qui ne peuvent être cultivés. Ces terrains n’occupent pas moins de 8 millions d’hectares et appartiennent tous au Midi, et à ses parties les plus montagneuses.

Richesses minérales. Le sol de la France étant formé, comme nous l’avons vu, de presque tous les terrains géologiques, renferme dans son sein une grande variété de minéraux ; mais les métaux précieux y sont peu abondants. La houille et le fer s’y trouvent, au contraire, en grande quantité. « Quand on jette, dit M. Simonin (Revue nationale, 1865), un coup d’œil sur la carte géologique de France, cet admirable monument élevé par nos ingénieurs des mines à l’industrie nationale, on remarque au Nord, au centre et au Midi, et surtout disséminées autour d’une ligne méridienne qui passe à environ 100 kilom. à droite de celle de Paris, une série de taches noires irrégulièrement délimitées. Ces taches, à la teinte conventionnelle, sont l’exacte représentation graphique de nos bassins houillers. Si nous lisons les noms gravés en regard, nous y trouvons plus d’une localité connue et depuis longtemps parmi nous populaire. Ce sont : dans le Midi, Alais, la Grand’Combe et Bessége ; au centre, Saint-Étienne et Rive-de-Gier, les plus productives de nos houillères ; puis le Creuzot, Blanzy et Epinac ; au Nord, enfin, Valenciennes, où se rencontrent les mines de Denain et d’Anzin, marchant de pair avec celles de la Loire, et formant le prolongement du riche bassin de Mons et de Charleroi, qui fait la fortune de la Belgique. » À gauche des bassins précités s’en trouvent d’autres presque aussi importants : Aubin, dans l’Aveyron ; Commentry, dans l’Allier ; puis, çà et là, des gîtes qui tiennent encore une assez large place dans notre production houillère : les bassins d’Aix, dans les Bouches-du-Rhône ; de Carmaux, dans le Tarn ; de Decize, dans la Nièvre ; de Graissessac, dans l’Hérault ; de Ronchamp, dans la Haute-Saône ; du Drac, dans l’Isère. N’oublions pas non plus les bassins du Maine et de la basse Loire ; enfin, celui de la Sarre, dans la Moselle, où vient finir souterrainement le fertile terrain de Sarrebruck. La quantité totale de la houille produite par toutes nos mines était, en 1864, de 111 millions de quintaux métriques. Cette quantité est allée toujours en augmentant, et l’on s’est assuré, par la comparaison d’états statistiques soigneusement dressés depuis 1811, qu’elle a doublé presque tous les quinze ans. Malgré cette étonnante ascension, le chiffre de notre production est bien loin d’égaler celui de notre consommation, qui marche dans une progression encore plus rapide. Nous tirons chaque année de l’étranger près de 50 millions de quintaux de houille ; c’est près de la moitié de notre production actuelle ou du tiers de notre consommation totale. La Belgique, la Grande-Bretagne et les provinces rhénanes suppléent à notre déficit, la première pour les trois cinquièmes, les deux autres chacune pour un cinquième à peu près. Le prix moyen de vente du charbon français, sur le carreau même des mines, oscille entre 11 et 12 francs la tonne de 1,000 kilogr., soit 1 fr. 10 à 1 fr. 20 le quintal. Sur la plupart des lieux de consommation, il est souvent triple et quadruple, tant le prix du transport vient augmenter la valeur du combustible. Le nombre des ouvriers employés dans les mines de houille atteint près de 100,000, et le salaire moyen de la journée de travail est de plus de 3 francs.

Les mines de fer occupent par leur nombre, leur étendue et le chiffre de leur production, le second rang parmi les mines françaises. Elles sont très-disséminées sur la surface du territoire. Encore plus que dans les houillères, les gîtes sont épars et ne semblent suivre aucune loi dans leur dispersion ; mais, en tenant compte de la composition chimique des minerais et de l’allure géologique des gîtes, ces mines peuvent se diviser en trois classes : les mines d’alluvion, les mines en couches ou stratifiées et les mines en filons. En reportant sur une carte de France tous ces gîtes ferrifères, on trouve quéles mines d’alluvion sont surtout répandues dans les Landes, le Périgord, le Berry, le Nivernais, la Champagne, la Franche-Comté ; les mines en couches dans la Lorraine, la Bourgogne, le Languedoc ; enfin, les mines en filons en Alsace, en Bretagne, dans le Dauphiné, la long des Alpes et sur tout le versant des Pyrénées. La plupart de ces gîtes sont connus de toute antiquité ; ils ont été fouillés par les premiers habitants dé la Gaule, les Celtes, nos pères, qui savaient travailler le fer. « La quantité de fer produite peut donner, comme celle de houille extraite, une idée de l’importance politique du pays ; aujourd’hui surtout que le fer, plus encore que la houille, concourt à la défense des États. » En 1859, nous extrayions de notre sol plus de 35 millions da quintaux de minerais de fer de toute nature, et nous produisions 10,000 quintaux de fonte. En dix ans, de 1851 à 1861, le chiffre annuel de notre fabrication avait doublé. De ce chef donc, comme de celui de nos houillères, la prospérité de nos établissements est allée en croissant. En 1864, la quantité totale de fonte produite était de 12,121,000 quintaux, d’une valeur de 139,400,000 francs. Le cinquième du chiffre de la production représente la quantité de fonte fabriquée au charbon de bois ; les deux tiers, la quantité fabriquée au combustible minéral et végétal. En 1864, la fabrication totale du fer obtenu avec la fonte produite par nos usines, déduction faite de la fonte de moulage, a atteint en nombre rond le chiffre de 8 millions de quintaux, dont les sept huitièmes en fer à la houille. On peut estimer à 60,000 au moins le nombre des ouvriers attachés en France aux mines et aux fonderies de fer (hauts fourneaux, forges, aciéries). Le salaire journalier moyen des ouvriers des mines de fer est de 2 fr. 50 à 3 fr. Le safaire des ouvriers des usines est beaucoup plus élevé.

Outre les mines de fer, la France posséde des gisements de galène argentifère, de cuivre, de manganèse et d’étain. En 1852, 24 mines diverses étaient exploitées par 2,103 ouvriers qui recevaient un salaire annuel total de 685,505 fr., soit 386 fr. en moyenne ; 18 de ces mines produisaient des galènes argentifères ; 2 de rantimoine, 2 du manganèse, 1 du cuivre et 1 de l’étain. En 1864, 50 mines diverses, exploitées par 4,228 ouvriers, moyennant un salaire de 1,800,000 francs, donnaient pour 3,600,000 francs de produits. La France est également riche en substances pierreuses. Lea carrières souterraines ou à ciel ouvert s’élevaient, en 1860, à 24,000, sur lesquelles 22,000 en exploitation ; elles occupaient une population de 87,500 ouvriers, dont la production moyenne était évaluée à 41,047,519 fr. Les pierres taillées ou polies pour les arts ou l’ornement, les matériaux de construction, les ardoises, le kaolin, l’argile commune, les pierres à chaux et à plâtre, la marne, le sable, etc., sont les principaux produits de cette industrie. Parmi les autres substances minérales non métalliques que l’on trouve en France, nous devons encore mentionner : le lignite, la tourbe, le pétrole, le bitume, l’asphalte et le sel. Les salines des bords de l’Océan et de la Méditerranée, les mines de sel gemme, dites de l’Est, occupent environ 25,000 ouvriers et produisent 3 millions et demi de quintaux métriques de sel.

Les eaux minérales doivent être comptées parmi les produits minéralogiques du sol, à cause des substances qu’elles contiennent et qui leur communiquent des vertus d’une si haute importance pour la guérison ou l’adoucissement des maladies. On peut répartir les sources minérales de France en six principaux groupes ou systèmes, non compris celui de la Corse. Le système de sources le plus important est celui des Pyrénées. En Europe, aucune chaîne do montagnes ne peut rivaliser avec la chaîne pyrénéenne pour le nombre et l’efficacité des eaux thermales et minérales de toute nature, sulfurées sodiques, sulfurées calciques, salines, ferrugineuses. En 1860, on comptait 554 sources minérales, dont 187 utilisées, jaillissant sur le versant français des Pyrénées. Ces eaux alimentent 83 thermes dans 53 stations thermales, à la tète desquelles se trouvent Bagnères-de-Bigorre, Bagnères-de-Luchon, les Eaux-Bonnes, Cauterets, Baréges, Amélie-les-Bains, etc. Less ources du plateau central et de l’Auvergne, au nombre de 200 environ, sont remarquables par leur uniformité de composition : le carbonate de soude associé au chlorure de sodium prédomine dans toutes les eaux chaudes de cette région, tandis que les eaux froides sont, presque sans exception, fortement chargées d’acide carbonique.(Dr Herpin.) Les eaux les plus fréquentées de ce groupe de sources minérales sont celles du mont Dore, de Vichy, de Néris et de Saint-Galmier, et, plus au nord, celles de Pougues. Le troisième groupe comprend les eaux qui jaillissent dans les régions accidentées du N.-O., la Bretagne, la Vendée, la Normandie, et se compose, en général, de sources ferrugineuses présentant dans leur composition des variations assez notables. Le groupe du N.-E., dans lequel on peut comprendre les Ardennes, les Vosges, les monts Faucilles, se distingue par des eaux renfermant pour la plupart une forte proporportion de sulfure de sodium : les sources sont, presque sans exception, ferrugineuses, salines ou sulfurées salines. Les eaux les plus fréquentées de ce groupe ou système des Alpes sont sulfureuses ou acidulées salines (Aix-les-Bains). Enfin, les sources qui jaillissent dans les plaines, loin des montagnes primitives ou volcaniques, sont relativement assez rares et ne jouissent que d’une faible vertu minéralisante.

Richesses animales. Les animaux domestiques sont : d’une part, les chevaux, les ânes, les mulets ; d’autre part, les bêtes à cornes, les moutons, les chèvres, les porcs. D’après M. Block, en comptant 1 bœuf, 1 cheval ; 10 moutons ou 4 porcs pour une tête de gros bétail, la répartition du bétail pour la France est de 34 par hectare et de 494 par 100 habitants.

Le nombre de têtes de gros bétail a presque doublé en France, de 1812 à 1866. D’après le recensement de 1858, il naît en France, année moyenne, 4 millions de veaux ; sur ce nombre, le dixième est emporté par les accidents ou la maladie. Dans le cours de la première année, 1,800,000 environ sont livrés à la boucherie, et 2,400,000 réservés à l’élevage. En 1840, on comptait, en France, 2,818,000 chevaux ; en 1850, 2,984,000 ; en 18G8, plus de 3 millions. On évalue à 1,500,000 environ le nombre des chevaux appliqués aux divers travaux agricoles. En 1860, il a été importé 7,180 chevaux et il en a été exporté 13,750. « Le mouvement du commerce des chevaux éprouve en France, dit M. Villermé, une tendance prononcée à. se diriger du nord vers le midi. C est par les frontières belges que se fait l’importation la plus active ; c’est vers l’Espagne et l’Italie que se dirige la plus grande partie de nos exportations. » On compte en France et en Angleterre 6 chevaux par 100 hectares de superficie totale, et 10 en Belgique ou 15 chevaux et 19 bêtes propres au travail par 100 hectares labourables. En 1839, on comptait en France 373,841 mulets, et 413,519 ânes ou ânesses. De 1827 à 1857, la France a exporté 29,330 ânes, 476,230 mulets ; elle a importé 40,860 ânes et 20,450 mulets.

Quant à l’espèce ovine, on comptait en France :

29,130,000 têtes en 1829.
32,151,000 têtes en 1839.
38,541,080 têtes en 1852.
30,386,233 têtes en 1866.

Il s’est donc opéré une assez forte diminution dans le nombre de ces animaux. Les bêtes ovines représentent un capital de 360 millions. La tonte donne par an une valeur de 220 millions. Les meilleurs moutons sont ceux des coteaux secs, dont l’herbe, fine et courte, est entremêlée de plantes aromatiques, et ceux du bord de la mer, connus sous le nom de prés salés, parce qu’ils s’imprègnent d’exhalaisons salines. On trouve les premiers dans le Berry, la Sologne, les Ardennes, l’Auvergne, le Languedoc, le Roussillon, etc. ; les autres, dans la Normandie, la Flandre, la Vendée, etc. Les races ovines ont été singulièrement améliorées depuis un siècle, sous le rapport de la laine, par l’introduction des mérinos d’Espagne. Les laines indigènes ne suffisent pas, néanmoins, à l’activité des fabriques françaises, et l’on importe annuellement plus de 24 millions de kilogr. de laines étrangères. L’Ile-de-France, l’Orléanais, le Rouergue, la Champagne, le Berri, l’Artois, la Picardie, nourrissent beaucoup de moutons.

On comptait en France :

4,910,721 porcs en 1839.
5,082,141 porcs en 1852.
5,203,000 pores en 1802.
5,789,624 porcs en 1860.

Le département ou l’on élève le plus de porcs est celui de la Dordogne. Les meilleurs jambons sont peut-être ceux de Bayonne, préparés avec le sel de Salies. On compte en France euviron 1,300,000 chèvres, qui sont principalerqent répandues en Corse, dans les Landes et dans la Provence, c’est-à-dire dans les districts pauvres et montagneux. La race a été améliorée par la croisement des chèvres du Thibet.

Aux produits donnés par tous ces animaux, il convient d’ajouter ceux qui provienent de la volaille ; leur valeur est estimée à plus de 150 millions. Les meilleures volailles sont celles du Maine, de la Bresse, du Périgord et de la Normandie. Dans le Languedoc et l’Alsace, on engraisse principalement des oies ; dans le Périgord, des dindes, etc. Il ne nous reste plus qu’à dire un mot des abeilles. En 1800, on évaluait à 2,200,000 le nombre des ruches ; elles produisaient, en miel, 6,670,000 kilogr., évalués à 5,550,000 fr. ; en cire, 1,620,000 kilogr, évalués à 2,870,000 fr. Pour compléter ce qu’il est utile de dire à propos de la faune de la France, nous devons nommer les animaux sauvages, nuisibles ou utiles qui l’habitent : l’ours (Alpes, Pyrénées), le lynx (Alpes), le loup, le sanglier, le renard, confinés dans les vieilles forêts de nos montagnes, sont à peu près les seuls mammifères sauvages qui restent dans notre pays ; parmi les petits, on compte : le putois, la belette, la fouine, le blaireau, la taupe, le hérisson, le rat, le loir, etc. On trouve encore l’écureuil dans les forêts des Vosges, la marmotte dans les Alpes et les Pyrénées, l’hermine dans les Vosges ; la loutre habite les bords de plusieurs rivières.

Le gibier est très-abondant ; on rencontre partout les lièvres, les lapins ; les chevreuils, es daims et les cerfs sont plus rares ; c’est seulement dans les plus hautes montagnes que l’on trouve l’isard et le chamois. On estime la valeur vénale des animaux sauvages tués chaque année, en France, à 30 ou 40 millions de francs. La France possède à peu près toutes les espèces d’oiseaux qui vivent en Europe. Outre les volatiles de basse-cour, on trouve la perdrix dans les plaines et les bois ; la gelinotte, dans les montagnes ; la bécasse, dans les étangs ; dans les vergers, le bouvreuil, la fauvette ; partout les moineaux, les pinsons, les merles, etc. On ne rencontre guère le becfigue et le flamant rouge que dans le Midi, Parmi les oiseaux malfaisants, on trouve partout les pies, les corneilles, les corbeaux, les milans, les éperviers ; on ne voit guère que dans les Alpes et les Pyrénées l’aigle et le vautour. Parmi les oiseaux voyageurs, il faut citer l’hirondelle, l’alouette, la tourterelle, la grive, l’ortolan et la caille ; sur les bords des étangs, les vanneaux, les pluviers, les outardes, etc. Les reptiles sont en petit nombre ; l’aspic et la vipère sont dangereux. La couleuvre et le lézard sont assez communs, ainsi que les grenouilles, le crapaud de diverses espèces, la salamandre et même les tortues. Les poissons d’eau douce sont innombrables, et il serait trop long de citer ici le nom de toutes les espèces qui habitent nos rivières. Quant aux produits de la pèche maritime, nous mentionnerons seulement la raie, le turbot, le saumon, la sole, le maquereau, et surtout le merlan et la sardine. La pèche de ce dernier poisson rapporte plus de 2 millions aux pêcheurs bretons.

Industrie. « L’industrie française, dit M. Lavallée, déjà, si florissante dans le xviie et le xviiie siècle, a pris depuis cinquante années un prodigieux développement, et la France est aujourd’hui une des trois grandes nations manufacturières du monde. Si elle le cède à l’Angleterre pour la fabrication des machines, le nombre et le bon marché de certains produits, les faciles débouchés que ces produits trouvent dans d’immenses possessions coloniales ; si elle accepte la concurrence de l’Allemagne pour la fabrication des tissus, des poteries, des instruments de fer, elle n’a pas d’égale pour toutes les industries qui exigent de la grâce, de l’élégance, pour tout ce qui est affaire d’art plutôt que de métier, et tous les peuples du monde achètent, imitent ou envient ses produits, où le prix de la matière est centuplé par l’habileté et le goût de l.’ouvrier. » Au premier rang de l’industrie française, il faut placer les articles de Paris, c’est-à-dire la fabrication des bronzes et des plaqués, la bijouterie, l’orfèvrerie, l’horlogerie, l’ébénisterie, la tabletterie, la librairie, les instruments de musique, de chirurgie, de mathématiques, la quincaillerie, la coutellerie, les modes, les fleurs artificielles, la carrosserie, l’ameublement, la passementerie, etc. Viennent ensuite les tissus de soie et de coton, de lin, de laine. La production de la soie et sa transformation en étoffes constituent l’une de nos principales richesses industrielles et agricoles. On peut évaluer à plus d’un milliard et demi le mouvement des valeurs auxquelles la soie donne lieu en France.


Voici la distribution de la population industrielle entre les divers groupes de produits, d’après le recensement de 1866.
désignation des industries. ouvriers avec leurs familles. patrons, ouvriers et leurs familles.
hommes.
femmes.
Industrie des bâtiments
500,555
300,376
2,120,369
           textile
531,621
689,911
1,946,680
           de l’habillement
279,153
529,127
1,930,633
           de l’alimentation
138,723
77,030
1,664,246
           des transports
183,563
117,560
1,197,348
           des objets de métal
150,368
100,933
457,499
           métallurgique
60,116
48,965
136,894
           des mines et carrières
126,062
98,701
369,266
           du bois
49,953
29,468
263,808
           céramique
69,502
53,079
205,573
           de luxe
48,899
39,402
140,297
           de l’ameublement
42,265
31,739
125,997
           relative aux sciences et arts
44,595
37,556
119,717
           du cuir
37,470
26,808
102,982
           des produits chimiques
21,991
16,284
59,249
           de guerre
15,372
13,254
54,653
           de l’éclairage
14,130
10,312
48,397
Industries diverses
16,083
14,558
54,319
Totaux
2,331,121
2,235,061
10,997,927


En 1860, M. Block (Statistique de la France) évaluait ainsi qu’il suit la production de l’industrie française :

produits minéraux, chimiques, etc.
Millions de fr.
Mines et carrières
265
1,077
Industrie des fers
292
Bijouterie, orfèvrerie
200
Métaux et ouvrages divers
154
Produits chimiques
80
Arts céramiques
86
produits végétaux.
Chanvre et lin
250
3,506
Coton
630
Industrie de l’alimentation (sucres, boissons, vins, alcools, cidre, vinaigre)
2591
Bois
35
produits animaux.
Soie
1200
2,614
Laines
921
Peaux, cuirs
400
Os, ivoire, colle forte
30
Pêche
63
industries diverses.
Bâtiment
870
5,493
Ameublement
548
Habillement
1369
Tissus mélangés
330
Dentelles et broderies
90
Industries des matières grasses
156
Papeterie, imprimerie
60
Autres industries
500
――――――
Total général
12,692


L’industrie houillère s’est considérablement développée depuis le commencement du siècle. La progression a été surtout remarquable dans ces dernières années :

1858
6,600,000
francs.
1862
9,000,000
1864
11,200,000
1867
12,360,000
1868
12,804,100


La production de 1857 s’est ainsi répartie dans les principaux bassins (pour 1,000) :

Loire
0,280
Valenciennes
0,242
Alais
0,096
Creuzot et Blanzy
0,070
Aubin
0,046
Commentry
0,056
Divers
0,201


Il existe en France près de 40 concessions d’asphalte, comprenant une superficie de 28,287 hectares. L’extraction des tourbières occupe de 50,000 à 55,000 ouvriers. La production des mines de fer a été, en 1859, de 3,500,000 tonnes, d’une valeur de 12,000,100 fr. Les carrières faisaient vivre 165,804 individus en 1861. A la même époque, les mines de sel gemme occupaient 2,090 individus, et la prouction du sel marin 12,820 personnes. Les mines de sel gemme existent surtout dans les départements de l’Est. Les sources salées se rencontrent principalement dans l’Ariége, les Basses-Pyrénées, le Doubs, la Meurthe et la Moselle. La plus grande partie du sel provient des marais salants qui couvrent nos côtes.

L’industrie cotonnière, qui comprend la fabrication des calicots, percales, rouenneries, mousselines, tulles, velours de coton, etc., est presque entièrement de création moderne. La Normandie, la Flandre, l’Alsace sont les principaux centres de cette industrie, dont les produits étaient évalués, en 1860, à près de 400 millions de francs. La fabrication des toiles est ancienne en France. Elle a principalement pour centres la Flandre, la Normandie, la Bretagne. Les toiles fines, les batistes sortent de Valenciennes, de Saint-Quentin, de Cambrai ; les toiles ordinaires de Lisieux, de Guingamp, de Cholet, de Fécamp, etc. ; les coutils et le linge de table, de la Flandre ; les dentelles, de Valenciennes, de Lille, d’Alençon. L’ensemble représente une valeur de près de 400 millions de francs.

« La manufacture de laine, dit Porter, est depuis longtemps pour la France l’une des branches les plus importantes de son industrie : sur toutes les places du globe, la draperie française occupe le premier rang. » Cette industrie, qui date principalement de Colbert, mais qui n’a pris d’extension que depuis l’introduction des mérinos d’Espagne, consomme plus de 70 millions de kilogrammes de laine, dont la moitié est importée de l’étranger, et donne une valeur de plus de 930 millions de francs. La filature se fait principalement à Reims, à Tourcoing, à Amiens, à Rethel, etc. Cette industrie comprend, non-seulement les draps qui se fabriquent à Sedan, à Elbeuf, à Louviers, à Lodève, à Carcassonne, etc., mais les mérinos, les flanelles, les mousselines et les satins de laine qui sortent des fabriques de la Flandre et de la Picardie ; les tapis se fabriquent à Aubusson, à Abbeville, à Amiens, à Tourcoing ; les châles à Paris et à Lyon ; la bonneterie dans la Picardie, etc. À la suite de l’industrie si multiple et si active des tissus, il faut nommer celle des cuirs et des peaux, qui donne des produits ayant, d’après le rapport de l’Exposition de Londres, une valeur de 300 millions de francs ; ce chiffre est aujourd’hui dépassé ; on l’évalue à près de 400 millions. Nous avons précédemment parlé de l’industrie métallurgique en France ; nous devons ajouter ici la construction des machines, qui se fait à Paris, au Creuzot, à Mulhouse, à Lille ; la fabrication des armes, dont le siège principal est à Saint-Étienne, à Tulle, à Mutzig : les porcelaines (Sèvres, Chantilly, Limoges) ; les verreries (Rive-de-Gier, Alais, Choisy-le-Roi, etc.) ; les cristaux (Baccarat et Saint-Louis) ; les glaces (Saint-Gobain). Il faut nommer enfin la fabrication des produits chimiques, dont la valeur est évaluée à près de 55 millions de francs, et dont les centres sont les départements de la Seine, des Bouches-du-Rhône, du Nord ; celle des papiers, qui sortent principalement des fabriques de Seine-et-Marne, de Seine-et-Oise, de la Charente, de l’Ardèche, etc. Pour compléter ce rapide aperçu de l’état de l’industrie en France, nous dirons que l’ensemble des valeurs créées par l’industrie française représente plus de 5 milliards, et que le nombre des machines à vapeur s’est élevé, en 25 ans, de 7,000 à 25,000.

Commerce intérieur et extérieur. Navigation. Paris de commerce. Banques et compagnies financières. Le commerce de la France est très-considérable, et il n’y a rien là qui étonne, quand on songe qu’elle possède une immense étendue de terrain et que son sol est essentiellement agricole. « Ce commerce, dit M. Block, embrasse dans sa sphère l’ensemble des transactions de toute nature qui interviennent entre les individus d’une même nation. Ces opérations dépassent de beaucoup celles du commerce extérieur, et l’on peut dire, sans exagération, qu’en France les premières sont au moins décuples des secondes. En effet, le commerce extérieur ne sert qu’à compléter les approvisionnements du pays ou à écouler le superflu de la production. Que l’on songe à l’énorme mouvement d’affaires qui a lieu chaque année entre les 39 millions d’habitants de la France ; que l’on considère qu’il n’est pas pour ainsi dire d’objet qui, avant d’arriver à la consommation, ne passe par trois ou quatre intermédiaires et ne donne ainsi lieu à plusieurs opérations commerciales ; que l’on ajoute à ces achats et à ces ventes effectives les opérations de banque et les institutions de crédit, qui sont les auxiliaires du commerce, et l’on reconnaîtra qu’il n’y a rien d’excessif à attribuer une valeur approximative de 30 ou 40 milliards au mouvement du commerce intérieur. »

Le tableau suivant indique le mouvement du commerce d’importation et d’exportation pendant l’année 1866.
nature des marchandises. importation. exportation.
Objets de consommation.
Millions.
Millions.
Céréales
49     
178     
Riz
10     
۰     
Œufs, gibier
۰     
38     
Viandes salées et viandes fraîches
5     
7     
Poissons de mer
22     
21     
Fruits de table
21     
23     
Fromages et beurres
20     
72     
Légumes secs et farines
2     
۰     
Huile d’olive
26     
4     
Sels de marais ou de salines
۰     
۰     
Sucre raffiné
۰     
70     
      des colonies françaises
54     
۰     
      de l’étranger
40     
۰     
Poivre et piment
۰     
۰     
Girofle
۰     
۰     
Café
79     
۰     
Cacao
12     
۰     
Vins
4     
258     
Eaux-de-vie, esprits et liqueurs
6     
81     
Tabac en feuilles
20     
۰     
Médicaments
۰     
12     
Objets d’usage domestique.
Linge, habillements et confection
۰     
119     
Tissus de soie et de fleuret
13     
467     
Tissus de laine
42     
301     
Tissus de coton
23     
86     
Tissus de lin, de chanvre, de poil
20     
31     
Modes, fleurs artificielles, articles de Paris et plumes
2     
41     
Chapeaux de paille, d’écorce, de feutre
8     
9     
Nattes
8     
۰     
Savons et parfumerie
۰     
23     
Poterie, verres et cristaux
۰     
36     
Papier et ses applications
۰     
35     
Tabletterie, bimbeloterie, mercerie, parapluies, meubles divers et instruments de musique
۰     
210     
Horlogerie
2     
8     
Orfèvrerie et bijouterie
۰     
16     
Armes et coutellerie
۰     
3     
Produits agricoles.
Graines à ensemencer
25     
27     
Bestiaux
80     
۰     
Chevaux, mules et mulets
12     
81     
Instruments aratoires, limes, râpes et scies
۰     
۰     
Guano et autres engrais
20     
۰     
Œufs de vers à soie
8     
۰     
Houblon
6     
۰     
Matières premières.
Suif brut, saindoux
22     
8     
Peaux ouvrées, tannées, corroyées, maroquinées
۰     
162     
Peaux brutes, pelleteries et poils de toute sorte
133     
33     
Soies et bourres de soie
307     
107     
Coton en balles
426     
68     
Laines en masse
245     
33     
Chanvre, jutes et lin
80     
۰     
Fils de coton, de laine
26     
25     
Fils de lin ou de chanvre
9     
8     
Bois communs
180     
32     
Bois exotiques
11     
۰     
Arachides, noix, graines oléagineuses, tourteaux, huiles volatiles
68     
155     
Couleurs, indigo, cochenille, safran, garance, garancin
23     
40     
Fers, fonte brute, aciers
11     
1     
Machines et mécaniques
15     
8     
Outils et ouvrages en métaux
7     
39     
Or battu, tiré, laminé, filé, cendres et regrets
2     
3     
Cuivre
48     
7     
Plomb
16     
۰     
Zinc
19     
۰     
Etain brut
19     
۰     
Soufre
9     
۰     
Nitrates de potasse et da soude
5     
۰     
Potasses
5     
۰     
Stéarines, produits chimiques
Minerais de toute sorte
18     
8     
Houille crue
146     
۰     
Divers
302     
227     
Totaux
2,793     
3,180     
Moyenne quinquennale
2,517     
2,815     

On voit par ce tableau que les importations exercent une grande influence sur nos exportations ; car la plupart des marchandises importées servent d’aliment au travail national.

Le commerce intérieur et extérieur est favorisé par de nombreuses institutions de crédit, par une grande quantité de voies de communication et par une navigation très-active. Au 1er janvier 1869, l’effectif de la marine marchande était de 15,002 navires, jaugeant 983,996 tonneaux. D’après leur tonnage, les navires à voiles et à vapeur se classaient ainsi :

noms des ports. nombre de navires. tonnage.
Dunkerque
297
33,984
Le Havre
441
112,032
Nantes
679
112,046
Bordeaux
428
123,672
Marseille
850
155,625
Autres ports
12,370
446,637
Totaux
15,065
983,996

La navigation côtière d’un port français à un autre port français se nomme cabotage. Le cabotage français a transporté, en 1866, 2,141,000 tonnes.

Nous ne ferons qu’énuméner ici les principales institutions de crédit (banques et compagnies financières) auxquelles le Grand Dictionnaire consacre des articles spéciaux. Il y a trois catégories d’établissements financiers : 1º ceux de la haute banque ; 2º les maisons d’escompte et de recouvrement ; 3º les maisons de simple spéculation. La Bourse est une des grandes forces de l’État et du monde entier. La plupart des grandes villes de France possèdent un marché de valeurs mobilières ; La Banque de France a pour mission de remplacer, dans le mouvement des échanges, l’étalon métal par l’étalon papier. Elle a des succursales dans la plupart des villes un peu importantes de la province.

Parmi les diverses sociétés financières qui abondent à Paris, nous citerons : le Crédit foncier, la Société des dépôts et comptes courants, la Société pour le développement du commerce et de l’industrie, etc. Signalons aussi les caisses d’épargne, la Caisse des retraites pour la vieillesse et de nombreuses sociétés d’assurances contre l’incendie, la grêle, les assurances maritimes, etc.,

Colonies. Les possessions coloniales de la France étaient autrefois plus considérables que de nos jours. Elles comprenaient : dans l’Amérique septentrionale, la Nouvelle-France, qui se composait de la plus grande partie du bassin du fleuve Saint-Laurent et se divisait ainsi : 1º Acadie ou Nouvelle-Écosse et île de Terre-Neuve, cédées à l’Angleterre, en 1713, par la paix d’Utrecht, avec la réserve du droit de pêche, dont la France jouit encore sur les bancs de Terre-Neuve ; 2º Canada, cédé à l’Angleterre par le traité de Paris, en 1763. La Louisiane, qui comprend la plus grande partie du bassin du Mississipi, fut cédée à l’Espagne en 1763, rétrocédée à la France en 1801 et définitivement vendue aux États-Unis en 1803. Aux Antilles, la France possédait, en 1789, la partie occidentale d’Haïti ou Saint-Domingue ; l’est lui fut cédé par l’Espagne à la paix de Bàle, en 1795 ; mais déjà la révolte des noirs avait réduit à néant l’autorité de la métropole ; l’expédition que Bonaparte y envoya, en 1802, échoua, et, en 1825, Charles X reconnut l’indépendance d’Haïti.. Sainte-Lucie a été cédée à l’Angleterre en 1814 ; la Dominique, Saint-Vincent, Tabago furent cédés par la paix de Paris à la même puissance, en 1763 ; Saint-Barthélémy fut abandonné à la Suède en 1784. En Asie, Dupleix avait étendu la domination de la France dans l’Indoustan, depuis les rives de la Krishna au N. jusqu’au cap Comorin au S., c’est-à-dire sur 800 kilom. environ du littoral de la côte de Coromandel et 250 kilom. dans l’intérieur. La paix de Paris, en 1763, sacrifia ces magnifiques conquêtes. En Afrique, dans l’océan Indien, l’île de France ou île Maurice a été cédée à l’Apgleterre en 1814. A Madagascar, la France avait formé divers établissements : Fort-Dauphin, Louisbourg, Foulpoint, Tamatave, Tintingue, abandonnés aujourd’hui.

Actuellement, les colonies françaises sont : 1º en Afrique, au N., l’Algérie ; à l’O., sur le fleuve du Sénégal, l’île Saint-Louis et les îles voisines ; les postes militaires de Lampsar, de Richard-Tol, de Merinaghen et de Dragoua ; enfin les postes de Podor, de Bakel, de Makana et de Senou-Debou ; sur la côte, l’île de Gorée- ; dans la Gambie, le comptoir de Sedhiou ; sur la côte de Guinée, les comptoirs d’Assinie, du Dabou et du Grand-Bassam ; les escales des Darmoukours, du Désert du Coq ; à l’E., dans l’océan Indien, les îles de la Réunion, Sainte-Marie, Madagascar, et, dans le groupe des Comores, les îles Mayotte, Nossi-Bé, Nossi-Cumba, Nossi-Tassi et Nossi-Mitsiou ; 2º en Asie, dans l’Indoustan, le territoire de Pondichéry, de Karikal, d’Yanaou, de Chandernagor, de Mahé ; 3º dans l’Amérique septentrionale, les îles Saint-Pierre et Miquelon ; 4º aux Antilles, la Martinique, la Guadeloupe et ses dépendances, Marie-Galante, les Saintes, la Désirade, la moitié de l’île Saint-Martin (l’autre partie appartient aux Hollandais) ; 5º dans l’Amérique méridionale, la Guyane ; 6º en Océanie, les îles Marquises, la Nouvelle-Calédonie, l’île de Chappertow et deux archipels placés seulement sous la protection de la France ; les îles Taïti, ou archipel de la Société, et les îles Gambier, dans l’archipel Dangereux. Les colonies françaises, non compris l’Algérie, comptent environ 820,000 habitants, dont 120,000 Européens.

Histoire. Indiquer les points culminants, citer les dates principales des fastes de la France, depuis les temps les plus reculés jusqu’à nos jours, mentionner les personnages importants, exposer aussi brièvement que possible les faits saillants qui ont concouru à la formation de l’unité française, tel est le but que nous nous proposons ici. Cette manière de procéder ressort du cadre même de notre ouvrage, où chacun des grands faits et des personnages de notre histoire fait l’objet d’un article spécial.

Lorsque Jules César fit la conquête de la Gaule, ce pays n’était point plongé dans la barbarie, comme le prétendent quelques auteurs. Les cités importantes que les Romains trouvèrent dans cette contrée, sa situation agricole et manufacturière, son organisation religieuse et politique, prouvent qu’une civilisation assez avancée régnait au milieu de la grande fédération gauloise. Pour tout ce qui concerne la France jusqu’au règne de Clovis, nous renverrons le lecteur au mot Gaule. Pharamond, le premier roi de nos annales, est peut-être un personnage fabuleux. Ce qui est certain, c’est que Mérovée donne son nom à la première dynastie des rois francs (448). Childéric, son successeur (458), est le père de Clovis ou Clodovech. A l’avènement de Clovis, la Gaule était divisée en plusieurs Etats. Ce prince, à la tête des guerriers de sa tribu, résolut de faire la conquête de toute la contrée. Avec l’aide d’un autre chef franc, il défit Syagrius à Soissons (486) et mit fin à la domination romaine, qui avait duré six siècles dans la Gaule. Il soumit ensuite divers peuples belges et s’unit aux Bourguignons en épousant Clotilde, nièce de leur roi (493). Des bandes d’Alamans ravageaient sans trêve la rive gauche du Rhin ; Clovis marcha contre ces hordes, et, après les avoir complètement défaites à Tolbiac, il s’empara de leur territoire. A la suite de cette victoire, où il avait cru voir l’intervention divine, cédant aux pressantes sollicitations de Clotilde, qui était chrétienne, il se fit baptiser en grande pompe à Reims, avec 3,000 de ses guerriers. Clovis, quelque temps après, soumit les Bretons, mais il leur laissa leurs rois ou comtes particuliers, rendit tributaires les Bourguignons et défit les Visigoths près de Poitiers. Après avoir ravagé plutôt que conquis toute l’Aquitaine, Clovis massacre les chefs francs, saliens ou ripuaires, étend son autorité du Rhin au Rhône, aux Pyrénées et à l’Océan, substitue la France à la Gaule et établit sa résidence à Paris. A sa mort (511), ses quatre fils se partagèrent ses États : Thierry eut la France orientale (Austrasie), entre la Meuse et le Rhin, sans compter les provinces d’Allemagne ; il résidait à Metz. Clotaire obtint la France occidentale (Neustrie) ; Soissons était sa résidence. Childebert fut élu roi de Paris, avec les provinces occidentales, depuis Amiens, y compris la Bretagne, Poitiers, Bordeaux, jusqu’aux Pyrénées. A Clodomir, roi d’Orléans, échurent les provinces de la Loire (le Maine, l’Anjou, la Touraine, le Berry). Ce partage est des plus bizarres. Pour obéir aux sollicitations de Clotilde, leur mère, qui avait à cœur de venger d’anciens malheurs, les quatre fils de Clovis attaquèrent les Bourguignons et les vainquirent à Vézéronce, près de Vienne. Clodomir succomba dans cette guerre, et la Bourgogne fut conquise ou rendue tributaire (534). La Provence fut aussi enlevée aux Ostrogoths. La mort de ses frères laissa Clotaire seul roi de France (558). Son autorité s’étendait sur toute l’ancienne Gaule et une grande partie de l’Allemagne occidentale. Ses quatre fils se partagèrent ses États ; mais, dans ce partage, les divisions géographiques ne furent pas plus respectées qu’elles na l’avaient été à la mort de Clovis ; chacun voulut demeurer au nord de la Loire, et pourtant avoir sa part des riches villes romaines du Midi. Caribert, roi de Paris, posséda Tours, Chartres et la plus grande partie de l’Aquitaine, plusieurs villes de Provence, notamment Marseille. Gontran, roi d’Orléans, commanda principalement à la Bourgogne et à la moitié de la Provence. Le roi de Neustrie, Chilpéric, avait aussi sa part de l’Aquitaine et de la Provence, ainsi que Sigebert, roi d’Austrasie. « Caribert, dit M. Artaud, après un règne de six années, n’a laissé dans l’histoire que le souvenir de son incestueuse polygamie. Il est inutile de raconter ici la querelle de Sigebert et de Chilpéric, les luttes acharnées de Brunehaut et de Frédégonde, guerres sanglantes, causées autant par la jalousie des nations cis et trans-rhénanes que par l’antipathie des frères et la haine de leurs épouses. La mort de Sigebert (575) et de Chilpéric (584) transmit leurs couronnes à deux enfants mineurs, Childebert et Clotaire, sous la protection de leur oncle Gontran. Mais autant Frédégonde inspirait d’aversion au Bourguignon, autant il sentait d’affection pour le fils de Brunehaut ; privé d’enfants, il s’accoutume à voir en lui son successeur. Cependant, comme Gontran est l’ennemi prononcé de cette haute aristocratie terrienne qu’il voyait déjà tendre à une entière indépendance, les barons d’Austrasie lui suscitent un rival : c’est Gondovald, fils naturel du vieux Clotaire ; Gontran renouvelle son alliance avec Childebert II. Il présente son neveu aux comices de Bourgogne et le proclame son successeur. Gondovald se retire vers les Pyrénées, afin de s’appuyer sur l’Espagne ; il se renferme dans Comminges ; mais la trahison l’en arrache, et tous les outrages sont prodigués à son cadavre. » Sous l’influence de Frédégonde et de Brunehaut, la Neustrie ou France romaine et l’Austrasie ou France barbare engagèrent une lutte où la victoire resta à la barbarie. Aidés des hordes germaniques, les Austrasiens de Brunehaut ravagèrent la Neustrie ; ils allaient triompher quand Frédégonde fit assassiner Sigebert (575) dans son camp, près de Vitry (Pas-de-Calais) ; Brunehaut fut même un instant sa prisonnière. Plus tard, elle envoya assassiner son propre époux, Chilpéric, à Chelles, et lutta heureusement contre es Austrasiens, sur lesquels elle gagna la grande victoire de Leucofao (597). Elle mourut tranquille et glorieuse, jouissant du fruit de ses crimes et de ses victoires. Plus tard, avec Brunehaut, succomba la civilisation romaine. Cette femme supérieure, respectée des empereurs, des évêques, qui voyaient en elle la protectrice éclairée des arts et de la civilisation, fut livrée par les leudes austrasiens à Clotaire II, fils de Frédégonde, qui la condamna à une mort horrible (613). On sait que cette reine infortunée fut attachée par les cheveux à la queue d’un cheval indompté.

Dans la lutte de l’Austrasie et de la Neustrie, l’assassinat des deux rois avait laissé l’empire mérovingien à de jeunes enfants ; les leudes leur avaient choisi pour tuteurs des chefs puissants qui, sous le nom de maires du palais, s’élevèrent plus tard à la royauté. Clotaire II, l’assassin de Brunehaut, était devenu maître de l’héritage de Clovis. Mais là, rien n’était homogène : dans le Nord, la vieille race gauloise n’aimait pas les Francs ; dans le Midi, au delà de la Loire, la population, toute romaine, avait en horreur le joug des Francs demi-sauvages ; les Bretons étaient toujours en révolte ; les Gascons quittaient sans cesse les Pyrénées et ravageaient les possessions franques ; les Visigoths d’Espagne possédaient toujours la Septimanie ; les Lombards d’Italie avaient attaqué la Provence ; les Bourguignons étaient toujours tributaires ; enfin, dans la Neustrie et l’Austrasie, toujours rivales, les maires du palais annulaient de plus en plus la faible autorité des descendants de Clovis. De plus, les leudes, qui avaient créé les maires du palais, avaient obtenu l’hérédité de leurs gouvernements et des biens qu’ils avaient envahis. Telle fut l’origine de la féodalité ou indépendance des grands de toute autorité royale.

Dagobert 1er avait pris le titre de roi des Francs et du peuple romain ; il apaisa les Gascons et les Bretons, rétablit l’ordre dans ses vastes États, grâce surtout au concours de ses deux illustres ministres, Eloi et Ouen, et fonda pour y placer son tombeau la célèbre abbaye de Saint-Denis. Ce prince mourut en 938, à l’âge de trente-six ans, laissant le trône mérovingien à des fantômes de rois, appelés rois fainéants, qui abandonnèrent toute leur autorité aux maires du palais. Pour se soustraire à la domination tyrannique des maires du palais, les leudes d’Austrasie se constituèrent en république aristocratique et prirent pour chef Pépin d’Héristal, duc d’Austrasie. Ebroïn marche aussitôt contre les grands de l’Austrasie et de la Neustrie réunis, et taille leur armée en pièces à Leucofao (680), peut-être Loixi, sur le territoire de Laon, suivant M. Artaud. Mais, sept ans plus tard, Pépin finit la grande lutte de l’Austrasie contre la Neustrie par la victoire de Testry, près de Saint-Quentin (687). Devenu maître absolu, Pépin laissa le titre de roi à Thierry III et régna de fait sous le nom de duc et pair des Francs. « Pépin, dit M. Artaud, distribua aux grands qui avaient combattu à ses côtés des titres de duc, de patrice, de comte ; il rétablit les anciennes assemblées nationales et donna aux évêques et abbés le droit d’y prendre place. Il retourna en Germanie, oùl’appelaient des victoires à remporter sur les Frisons, et laissa au roi Thierry son fils aîné Grimoald pour maire du palais. » Pépin mourut en 714, après avoir vu ses deux fils légitimes le précéder dans la tombe. Son fils naturel, Chartes Martel, hérita de sa haute dignité. Cet illustre guerrier est d’abord vaincu par les Frisons ; mais c’est là le seul échec qu’il doive subir dans sa carrière héroïque. En effet, après avoir surpris l’armée neustrienne à Stevolo, il remporte sur Chilpéric II une victoire complète dans les plaines de Cambrai (717), puis il triomphe à Soissons des Aquitains qui, sous leur duc mérovingien Eudes, étaient venus au secours de la Neustrie. Cette suprématie austrasienne replaça le siège de l’empire des Francs entre la Meuse et le Rhin, vrai centre de la germanique Austrasie. « C’est, dit un historien, du sein de la vieille forêt des Ardennes, dont la majesté et la profondeur lassèrent la hache de César, que Charles Martel s’élança contre les Frisons, les Germains, les Bretons, les Aquitains toujours armés. Mais un terrible ennemi se présenta bientôt : les Arabes, vainqueurs des Visigoths, envahirent la Septimanie ; Narbonne tomba en leur pouvoir (721) ; ils triomphèrent d’Eudes, duc d’Aquitaine, et se répandirent avec d’autant plus de rapidité que les peuples du Midi préféraient leur élégante domination à la barbarie des Francs. » En 752, sous la conduite d’Abdérame, ils avaient pénétré jusqu’à la Somme et à la Loire, pris Poitiers ; ils marchaient sur Tours. Charles Martel accourut à la tète d’une puissante armée. Une sanglante bataille s’engagea entre Tours et Poitiers. Le chef ennemi fut tué avec plus de 30,000 de ses guerriers. Pour se venger de l’antipathie des provinces méridionales, Charles Martel y promena le fer et la destruction, et, lorsque l’armée franque évacua enfin le Midi horriblement saccagé, elle emporta un butin immense. Toutefois, les Arabes gardèrent la Septimanie ; l’Aquitaine, que les Francs appelaient territoire des Romains, et les provinces du Sud furent tributaires, mais restèrent ennemies. Charles Martel mourut en 741. Carloman et Pépin se partagèrent le royaume. Les Saxons, les Allemands et les Bavarois s’unirent contre les fils de Charles Martel, mais ils furent vaincus sur les bords de la Lech (743). Sur ces entrefaites, Carloman, au comble de la gloire et de la puissance, dit tout à coup adieu au monde. Dès lors, tous les obstacles étant aplanis, le trône attendait le second fils de Charles Martel, Resté seul au pouvoir, Pépin convoque les comices à Soissons. Déjà le pape Zacharie a prononcé entre le roi de nom et le roi de fait. Saint Boniface donne à Pépin l’onction royale, tandis que le stupide Childéric III est envoyé dans le monastère de Sithium (752). Ainsi, dit M. Artaud, finit l’histoire de ces rois fainéants, enfermés comme des femmes dans leur château de Maumagne ou promenés une fois par année aux comices nationaux dans une molle basterne. »

Cédant aux pressantes sollicitations du pape Etienne, qui était venu d’Italie implorer son secours contre les Lombards, Pépin force les cluses lombardes, assiège Astolphe, roi des Lombards, dans Pavie et le force à capituler. Il dépose ensuite sur le tombeau de saint Pierre les clefs des villes conquises, au lieu de les rendre à l’empereur, et jette ainsi les premiers fondements de la puissance temporelle des papes (755). Puis, aidé des débris des Visigoths irrités contre les Arabes, il s’empare de la Septimanie et laisse une sorte d’indépendance à cette province encore toute romaine, et qui s’appela Gothie jusqu’au xiiie siècle. Pépin attaqua l’Aquitaine, fit pendant neuf ans une guerre d’extermination, changea le pays en désert et ruina le duc mérovingien Waïffre (768), sans pouvoir néanmoins soumettre entièrement ce pays aux hommes du Nord. Peu après, la mort enlevait Pépin, qui fut enterré dans la basilique de Saint-Denis, sur le seuil, et le front contre terre, par humilité, dit M. Artaud. Plus tard, quand la gloire eut sacré son fils, on écrivit sur sa tombe : Ci-gît Pépin, père be Charlemagne. La puissance de Pépin passa à son fils Charlemagne, qui donna à sa dynastie le nom de carlovingiens. Charlemagne fut sans contredit le plus grand homme du moyen âge. « Ce grand prince, dit un écrivain, sentit le premier combien la civilisation devait l’emporter sur la barbarie, et il voulut s’élever au niveau de ces Romains que le reste des Francs avait méprisés comme des vaincus et des esclaves. Il fit d’abord son éducation à lui-même et ensuite celle de son peuple. Il réagit sur ces Austrasiens, sur ces barbares d’outre-Rhin qui avaient fait la grandeur de sa famille, et il voulut les élever tout au moins au niveau des autres Francs. Ce fut par la propagation de la religion chrétienne et par la fondation d’évêchés puissants qu’il y procéda. Chaque année presque il fut obligé de combattre ou les Saxons ou quelque autre peuple du Nord, et chacune de ses victoires fut suivie de conversions en masse et de colonies religieuses fondées dans les forêts. Ses moyens furent souvent injustes, souvent cruels, mais le succès les couronna. La civilisation fit, sous son règne, plus de conquêtes sur la barbarie qu’elle n’en avait fait depuis des siècles. Lorsqu’en subjuguant l’Italie il vit de près les merveilles des grands peuples de l’antiquité, il voulut faire participer à leur gloire l’Austrasie, sa patrie, et Aix-la-Chapelle, sa capitale ; il y ranima donc les études ; il renouvela les arts ; il enseigna à ses sujets à honorer toutes les distinctions de l’intelligence. Enfin, dans la dernière année du siècle, il changea sa couronne de roi contre celle d’empereur ou d’Auguste, se proclamant ainsi le monarque des vaincus plutôt que des vainqueurs, et le représentant des progrès plutôt que celui de la barbarie. On peut dire que la vie de Charlemagne fut absorbée tout entière dans ses luttes contre les Saxons, toujours indomptés, contre les Slaves, les Arabes, les Avares, etc. Couronné empereur à Rome (800) par le pape Léon III, il put se considérer comme le successeur des empereurs romains d’Occident. Craint et respecté par les empereurs de Constantinople, il reçut d’Haroun-al-Raschid, calife de Bagdad, les clefs du saint sépulcre de Jérusalem. Bourguignons, Bretons, Aquitains, Romains, tous s’honoraient d’être les sujets d’un chef si illustre. Par le capitulaire de Thionville (806), l’empereur partagea son empire en trois royaumes : 1º Aquitaine ; 2º Italie ; 3º Germanie. Ce dernier royaume comprenait l’Austrasie, la Neustrie et une partie de la Bourgogne. L’Aquitaine comprenait le reste de la Bourgogne, la Gascogne, la Provence, la Septimanie, la Marche d’Espagne, etc. Charlemagne mourut à Aix-la-Chapelle en 814, après avoir fait reconnaître pour son successeur Louis le Débonnaire, qui était roi d’Aquitaine. Grâce au génie de Charlemagne, l’unité avait régné dans ses vastes Etats, que la faiblesse de son successeur va laisser se fractionner entre les petits-fils du conquérant ; Lothaire fut associé à l’empire ; Pépin eut l’Aquitaine, Louis la Bavière, Bernard l’Italie, Charles le royaume d’Allemagne. Dès lors commence la décomposition de cet immense empire. Tout se soulève : sur le Rhin, la vieille Austrasie, toujours barbare ; le long de l’Océan, la Neustrie ; enfin, dans le Sud, l’Aquitaine. La Neustrie, où le clergé, si docile sous Chariemagne, a ressaisi toute son autorité, se venge sur l’Austrasie par les évêques, qui dégradent la majesté impériale dans la pénitence publique qu’ils font subir à l’empereur à Attigny-sur-Aisne (822) ; car il ne faut pas oublier que les mérovingiens étaient Neustriens, tandis que les carlovingiens étaient Austrasiens. C’est en vain que, pour mieux imprimer dans l’esprit de son fils l’idée de son indépendance, Charlemagne avait voulu qu’il prit la couronne sur l’autel et se la mît lui-même sur la tète. Louis, dès le début de son règne, avait eu hâte de soumettre son diadème à la tiare ; de là ses humiliations et ses revers. Peu de temps après le triste spectacle d’Attigny, les Neustriens, sous l’influence d’un abbé de Corbie, du nom de Wala, déposent l’empereur dans une assemblée tenue à Verberie, près de Senlis, et l’enferment dans un cloître. L’Austrasie se soulève aussitôt contre les prétentions de la Neustrie, et la diète de Nimègue (830) rend l’empire à Louis le Débonnaire. Peu après, les Austrasiens et les Neustriens réunis se jettent sur l’Aquitaine révoltée, la ravagent horriblement, puis se séparent dans les champs du Mensonge (entre Bàle et Strasbourg), où l’empereur, indignement abandonné par ses soldats, est entraîné en Neustrie et dégradé de la majesté impériale à l’assemblée de Compiègne par Ebbon, archevêque de Reims (833). Mais l’Austrasie vint encore arrêter ces vieilles vengeances de la Neustrie, et rendit de nouveau l’empire à Louis, dans la seconde assemblée de Nimègue. De nouveaux partages, de nouvelles révoltes de ses fils ingrats soulevèrent l’Allemagne et l’Aquitaine. Enfin, le vieil et infortuné empereur mourut en Austrasie, à Ingelheim, sur le Rhin (840). Cette mort fut le signal de luttes épouvantables. La Neustrie et l’Austrasie, États du Nord, gouvernés par Charles le Chauve et Louis le Germanique, s’unirent contre l’Aquitaine et l’Italie, Etats du Sud, qui obéissaient à Lothaire, fils aîné du Débonnaire. (Aussitôt après la mort de son père, Lothaire avait revendiqué les droits attachés à la dignité impériale.) Les deux armées comptaient 150,000 hommes chacune. Un choc épouvantable eut lieu à Fontenay ou Fontenailles, près d’Auxerre (841). Le combat ne dura que six heures, mais il fut si meurtrier que 80,000 hommes trouvèrent la mort dans la mêlée. L’épouvantable effusion de sang qui se fit dans cette journée eut un double résultat : d’abord, de livrer la France sans défense aux incursions des Normands, ensuite de faire prédominer la langue romane et de servir ainsi à la transformation de la nation franque en peuple français. Lothaire, vaincu, rassemblait une nouvelle armée pour résister aux vainqueurs qui voulaient se partager entre eux l’empire. Mais les trois frères se rapprochèrent et conclurent la paix à Verdun (843), où fut signé le célèbre traité de partage de l’empire : la France occidentale, jusqu à la Meuse, à la Saône et au Rhône, fut assignée à Charles ; la Germanie, jusqu’au Rhin, à Louis ; l’Italie, avec la Provence, à Lothaire. Celui-ci étendit son pouvoir jusqu’aux bouches du Rhin, à travers cette langue de terre qui, séparant Louis et Charles, fut appelée Lotharingia, c’est-à-dire la part de Lothaire, et plus tard, quand le nom se fut altéré, la Lorraine. Charles le Chauve n’eut d’autorité réelle qu’en Neustrie. La Bretagne s’était érigée en royaume indépendant ; le Septimanie et l’Aquitaine luttaient toujours contre les Francs oppresseurs ; les Sarrasins d’Espagne infestaient les côtes de la Méditerranée. Mais ces ravages n’étaient rien, si on les compare à ceux des Normands. A dater de l’année même de la mort de Charlemagne, ces terribles pirates s’enhardirent tous les jours davantage dans leurs expéditions de brigandage : ils arrivaient avec des flottes toujours plus nombreuses ; ils remontaient les rivières aussi loin qu’elles portaient bateau, et ils étendaient leurs déprédations sans rencontrer jamais de résistance. Ils prennent, saccagent, incendient Bordeaux, Nantes, Tours, Rouen, Amiens, des villes même plus reculées, Limoges, Clermont, Bourges. Ils trouvent Paris vide de. ses habitants, et leurs barques suffisent à peine au butin qu’ils emportent. Robert le Fort, duc de Neustrie, fut le plus rude adversaire des Normands. Ce héros neustrien est le premier des ancêtres connus de la troisième dynastie ou dynastie capétienne. Il succomba près de la Loire, dans sa lutte contre les pirates, tandis que Charles le Chauve achetait la retraite de ces mêmes pirates à prix d’or, ce qui ne réussit qu’à exciter davantage leur cupidité. À cette époque de désordre, les anciennes flottes de Charlemagne avaient été détruites, et rien ne protégeait plus les côtes. Les grands se faisaient aussi les complices des Normands dans leur œuvre de destruction, quand cela était utile à leur puissance. A la mort de Lothaire (855), ses trois fils se partagèrent ses Etats. Louis obtint l’Italie et le titre d’empereur ; le jeune Lothaire, le royaume de Lorraine. La Provence échut au troisième. Mais la mort du roi de Provence suivit de près ce partage, et ses frères s’emparèrent de son héritage. Peu d’années après mourut le roi de Lorraine, frappé, ont dit les uns, par le jugement de Dieu ; empoisonné dans l’eucharistie, suivant une opinion plus vraisemblable. L’empereur Louis II ne tarda pas à suivre ses deux frères dans la tombe, et le pape Jean VIII, dont Charles avait su capter l’affection, s’empressa de lui décerner la couronne impériale. « C’est ainsi, dit Sismondi, que le pape se substituait à toute cette nation décorée de la toge, dont il se disait le représentant, et au nom de laquelle il invoquait les anciennes coutumes pour donner un nouveau maître à la terre. » Par le fameux traité de Kiersy, près de Laon, les grands arrachèrent à la faiblesse de Charles l’hérédité de leurs duchés, comtés, seigneuries. C’est ce traité qui ouvre la grande ère féodale des fiefs (877). Cette même année, Charles meurt à Brios, dans les montagnes de Savoie, empoisonné par le juif Sédécias, son médecin, que pousse on ne sait quel mobile. Louis II, le nouveau roi, tente en vain, à son avènement, de se concilier des partisans en prodiguant les fiefs et les abbayes. Il viole l’édit de Kiersy, et aussitôt tous ceux qui ont des fiefs à recueillir ou à transmettre s’arment contre lui. Les mécontents, grâce à l’intervention d’Hincmar, archevêque de Reims, consentent à remettre l’épée dans le fourreau, et Louis, surnommé le Bègue, reçoit l’onction royale du pape Jean VIII (878). Louis meurt à Compiègne en 879. L’assemblée de Meaux couronne ses deux fils, Louis et Carloman ; l’un obtient l’Aquitaine et l’autre la Neustrie. Les deux frères remportent de très-grands avantages sur les Normands, qui avaient recommencé leurs incursions dévastatrices ; puis Carloman meurt (884) d’une blessure profonde reçue dans une chasse au sanglier. Sous Charles le Gros, l’empire de Charlemagne fut à peu près reconstitué ; mais la nullité de ce prince le fit déposer, et ce vaste empire, démembré à jamais, se fractionna en six royaumes : France, Allemagne, avec la dignité impériale, Italie, Lorraine, Bourgogne, Navarre. Comme première atteinte aux droits de la race austrasienne des carlovingiens, la France ou Neustrie se donna pour roi Eudes, comte de Paris et duc de France, fils de Robert le Fort, et comme lui redoutable adversaire des Normands, qui continuaient leurs ravages, tandis que les Sarrasins détruisaient Antibes. Saint-Tropez, attaquaient Arles, Fréjus et Marseille, s’établissaient dans l’île de la Camargue, formaient une place d’armes à Fraxinet, près de Nice, créaient une ligne de postes fortifiés depuis Fréjus jusqu’à Saint-Maurice en Valais, d’où ils infestaient tout le pays (888). Cependant Charles le Simple réclama contre l’élévation du Neustrien Eudes. Par transaction, il régna au nord de la Seine et Eudes jusqu’à la Loire, au delà de laquelle les grands d’Aquitaine affectaient l’indépendance. La mort d’Eudes laissa Charles le Simple seul roi (898).

Le fait le plus saillant de cette époque est l’établissement légal des pirates Scandinaves dans le nord de la France. En 911, Roll ou,Rollon, cet illustre chef des Normands de la Seine, avait ramené ses bandes d’Angleterre ; il ravageait les rives de l’Yonne et de la Saône. Repoussé de Chartres par le duc de Bourgogne et le comte de Paris, il n’en traita que plus durement encore le reste du pays. Pour mettre un terme aux déprédations des Normands, qui couvraient le pays tout entier de désolation et de deuil, Charles offrit à Rollon un territoire pour s’établir avec ses guerriers. Il conclut avec ce terrible chef, à Saint-Clair-sur-Epte, en 912, un traité qui donna à Rollon la partie de la Neustrie qui s’étend des rivières d’Andelle et d’Aure jusqu’à l’Océan ; il y ajouta le pays entre les rivières d’Andelle et d’Epte et le domaine de la Bretagne, dans le but de maintenir les Bretons presque toujours en révolte ouverte. 20,000 Normands et une foule d’aventuriers s’unirent à Rollon, qui donna le nom de Normandie à sa conquête. Tous les Normands furent nobles ; les Neustriens furent serfs. Rollon exigea, en outre, pour épouse, Gisèle, la fille du roi. Charles mit pour condition à ce mariage la conversion du chef normand au christianisme. L’éloignement de leur pays avait affaibli chez ces barbares la croyance aux dieux nationaux, et cette condition, posée par le roi do France, ne fut pas une difficulté. Ajoutons que le pays prospéra sous la domination normande.

Cependant la royauté carlovingienne allait s’affaissant de jour en jour. Charles le Simple n’eut bientôt plus que les villes de Laon, de Reims, de Compiègne et quelques châteaux, tandis que les tout-puissants ducs de France et d’autres grands vassaux l’effaçaient en grandeur et en autorité. Enfin, le dernier flot des peuples barbares arriva ; c’étaient les Hongrois, qui s’avancèrent en Aquitaine jusqu’à Toulouse, dévastant tout sur leur passage et ne laissant derrière eux qu’un affreux désert. Leurs hordes, battues par les Aquitains, se jetèrent sur la Champagne et pénétrèrent jusqu’en Vermandois (954). Hugues Capet succéda à son père, Hugues le Grand, comme duc de France (956). Quand les seigneurs de la France septentrionale ou Neustrie élurent à Noyon et firent sacrer à Reims (987) Hugues Capet, arrière-petit-fils de Robert le Fort, la France méridionale resta étrangère à cette révolution, se contentant de l’indépendance de ses grands seigneurs. Hugues possédait le comté de Paris, l’Orléanais et une partie de la Picardie ; il réunit ces possessions à celles des derniers carlovingiens et en forma le domaine de la couronne, qu’il rendit héréditaire dans sa famille, de même qu’il permit aux grands de transmettre leurs duchés et comités à leurs descendants, sous sa suzeraineté. Les concessions au clergé furent immenses. C’est de ce duché de France que les capétiens sauront soumettre de gré ou de force les vingt peuples différents qui couvrent le sol. On comptait alors 70,000 fiefs, 1 million de nobles, 100,000 guerriers, 100 petits Etats souverains, parmi lesquels 8 supérieurs ou grands feudataires, possesseurs de grands fiefs ou pairies féodales : 1º le comté de Flandre, entre l’Escaut et la Sommes ; 2º le comté de Vermandois, sur les rives de la Somme ; 3º le duché de Normandie, fondé par Rollon et ayant sous sa suzeraineté la Bretagne ; 4º le duché de Bourgogne ; 5º le duché de Gascogne ; 6º le duché de Toulouse, entre les Cévennes et la haute Garonne ; 7º le comté de Barcelone, entre les Pyrénées et l’Ebre ; 8º le duché de Guyenne. Outre ces huit grands feudataires laïques, il y eut six pairs ecclésiastiques : l’archevêque de Reims, les évêques de Laon et de Langres, nommés aussi ducs, et les trois évêques de Beauvais, de Châlons et de Noyon, nommés aussi comtes. En dehors de cette hiérarchie féodale étaient la Lorraine et le royaume de Bourgogne. Hugues Capet n’eut aucune autorité sur les vassaux du Nord et du Midi ; mais il traça à ses successeurs la marche qu’ils avaient à suivre pour les dominer (996). Lorsque Louis d’Outremer mourut, laissant la couronne à son fils Lothaire, les grands s’aperçurent à peine que le trône avait changé de maître, et la France du sud ne connut pas probablement le nom du nouveau roi. Hugues le Grand avait été roi de fait, bien qu’il n’eût pas jugé à propos de se faire décerner ce titre. En mourant, il laissait la Bourgogne à son deuxième fils, Henri, et le duché de France, avec le comté de Paris, à l’aîné, Hugues, surnommé Capet. Louis V mourut en 987, empoisonné, dit-on, par la reine, son épouse. Il ne laissait pas de fils. Hugues Capet se fit proclamer roi (v. ci dessus). Avec Louis V se termina la dynastie carlovingienne, qui avait duré 235 ans et donné treize rois à la France.

Hugues Capet eut pour successeur son fils Robert, qu’il avait fait sacrer de son vivant. On était alors aux approches de l’an 1000, et c’était une croyance générale, que le monde devait finir avec cette année fatale. L’an 1000 s’écoula sans autre fait digne de remarque qu’une fertilité extraordinaire. On s’étonna beaucoup de vivre encore ; ce fut une sorte de résurrection ; on eût dit, suivant un historien, que chacun dépouillait le vieil homme et que le monde allait commencer une vie nouvelle. Robert, que les chroniques du temps appellont le bon roi Robert, fut, malgré sa piété, excommunié pour avoir épousé Berthe de Bourgogne, sa parente à un degré prohibé. Après avoir résisté pendant quelque temps aux lois canoniques, il se décida a renvoyer la reine et épousa Constance, fille de Guillaume Taillefer, comte de Toulouse, qui fit affluer en France (Neustrie) les enfants d’Aquitaine. Ce mariage eut donc une grande importance au point de vue du rapprochement de la race du Nord et de celle du Midi. Le duc de Bourgogne, Henri, étant mort sans enfants, son fief, qui devait revenir au roi, fut réclamé par un fils que la duchesse de Bourgogne avait eu d’un premier mariage, et il s’ensuivit une guerre de quatorze ans, à laquelle mit fin un traité assurant le duché de Bourgogne à Robert, et laissant le comté de Dijon avec la Franche-Comté au prétendant. Robert mourut à Melun en 1031, à l’âge de soixante-dix ans, après avoir vu ses dernières années attristées par les intrigues ambitieuses de la reine Constance. Henri Ier, qui lui succéda, eut tout d’abord à combattre sa mère et le parti puissant qui soutenait son frère cadet, Robert. Ce dernier fut vaincu à Villeneuve-Saint-Georges ; mais, pour assurer la paix, Henri lui céda le duché de Bourgogne. Cependant, aux horreurs de la guerre civile se joignirent celles de la faim, et d’un mal terrible, connu sous le nom de mal des ardents, et des guerres privées que les seigneurs se faisaient sans cesse entre eux. Grâce à son influence, le clergé fit établir la Trêve de Dieu, qui défendait d’exercer le droit de guerre privée depuis le mercredi soir de chaque semaine jusqu’au lundi matin. C’est aussi à cette époque que commença à paraître la chevalerie, espèce d’institution militaire qui prit un si grand développement au temps des croisades.

Henri Ier, après avoir assuré la paix entre lui et son frère cadet, eut aussi quelques démêlés avec le duc de Normandie, Guillaume le Bâtard, fils et successeur de Robert le Diable. La guerre se termina à l’avantage de Guillaume, à qui le traité de Rouen assura la libre possession de son duché de Normandie (1055). Philippe n’avait que sept ans quand il succéda à son père (1060). La régence du royaume fut confiée à Baudouin V, comte de Flandre. Pendant cette minorité, deux grands événements s’accomplirent : la conquête des Deux-Siciles par les Normands, et celle de l’Angleterre par Guillaume le Bâtard (1060). Devenu roi, Philippe, ayant voulu enlever la Flandre à Robert le Frison, se fit battre à Cassel (1071), et il irrita Guillaume le Bâtard, qui marchait sur Paris avec 10,000 lances en guise de cierges, lorsque la mort l’arrêta à Mantes (1087). Mais ce n’étaient pas seulement les comtes ou ducs de Flandre et de Normandie qui devenaient aussi puissants que le roi de France. Le Vermandois grandissait sous Hugues, frère du roi ; dans le Midi, l’Aquitaine et la Gascogne se réunissaient sous la main d’une même famille, qui possédait ainsi la moitié de la France méridionale. De plus, quelques villes du Midi, Avignon, Marseille, Toulouse, se gouvernaient elles-mêmes et faisaient la paix et la guerre à leur gré. Des seigneurs aquitains allèrent guerroyer en Espagne contre les Maures ; ce fut comme l’avant-garde des croisades.

« Sur le sommet volcanique de l’Auvergne, cette vieille patrie gauloise des Arvemes, dont le chef Vercingétorix fit pâlir un instant César, retentit alors, dit un historien, le cri de la guerre sainte, qui émut le monde chrétien : Déjà un Arverne pur sang, Gerbert, obscur paysan gaulois, que la science éleva à la papauté sous le nom de Sylvestre II, avait jeté sur le monde chrétien le cri des croisades. Ce fut en 1095 qu’un autre Gaulois, Urbain II, réunit dans Clermont, la ville arverne, cinq cents évêques et abbés, plusieurs milliers de grands seigneurs, de barons, et une foule de peuple qui se répandit partout en criant : Dieu le veut ! Austrasie, Neustrie, Aquitaine, tout s’émeut à ce cri puissant. » Des croix d’étoffe rouge furent distribuées à chaque guerrier, qui fit serment de partir : de là le nom de croisés et celui de croisades. Le départ fut fixé au 15 août 1096 ; mais les plus pauvres ou les plus enthousiastes se mirent en route avant cette époque, sous la conduite de Pierre l’Ermite et d’un certain Gauthier surnommé sans Avoir ; ces bandes indisciplinées, après avoir tout saccagé et pillé sur leur passage, furent massacrées sur plusieurs points des pays qu’elles traversaient, notamment en Hongrie. L’armée régulière partit à l’époque fixée. Elle était forte de 600,000 guerriers. Ses principaux chefs étaient Godefroy de Bouillon, duc de la basse Lorraine ; Robert Courte-Heuse, duc de Normandie ; le comte de Flandre, le comte de Toulouse, etc. Les croisés, parvenus à Constantinople, passèrent le Bosphore, s’emparèrent de Nicée et d’Antioche, et arrivèrent enfin sous les murs de Jérusalem, mais réduits à 25,000 combattants. Ils entrèrent dans la cité le 15 juillet 1099, après un siège de quarante jours. Godefroy de Bouillon fut proclamé roi de Jérusalem. Philippe Ier resta étranger à tout ce mouvement, qui, en épuisant la noblesse, devait augmenter la puissance du roi et amener le prestige qui environna la royauté sous saint Louis. Les croisades, produisirent aussi l’émancipation des communes, qui, soutenues par les rois dans leur lutte contre les vassaux oppresseurs, appuyèrent à leur tour l’indépendance de la royauté contre les seigneurs féodaux. Cette émancipation, qui aura pour résultat la fondation de l’unité par la royauté, commença sous Louis VI, dit le Gros (1120). Ce monarque eut à lutter d’abord contre les intrigues de sa propre belle-mère, Bertrade, qui avait excité ses grands vassaux à la révolte, et, pendant dix ans, il guerroya sans relâche contre les rebelles, dont il fit raser les donjons féodaux. Mais le plus redoutable de ces grands vassaux fut sans contredit le roi d’Angleterre, Henri Ier, troisième fils de Guillaume le Bâtard, qui fit à son suzerain une guerre longue et acharnée. Ce fut le premier début de cette lutte de sept siècles, qui a ensanglanté et dévasté tant de contrées. Louis tourna ensuite ses regards vers le Sud, où il voulut faire reconnaître son autorité. Les rois de France ne possédaient, en effet, au delà de la Loire, que la vicomté de Bourges, achetée par Philippe Ier (1100), mais plusieurs fois aliénée. Il fut bien inspiré quand il unit son fils, Louis VII le Jeune, à Eléonore d’Aquitaine, qui lui apportait en dot presque tout le midi de la France. Dans une guerre contre le comte de Champagne, Thibaut IV, le roi, ayant ordonné de mettre le feu à l’église de Vitry (Marne), 1,300 personnes qui s’y étaient réfugiées périrent. Dévoré de remords, ce prince crut expier ce meurtre en partant, malgré son sage ministre Suger, pour la terre sainte, où le sultan Nour-Eddin avait fait Un épouvantable massacre de chrétiens. La seconde croisade fut prêchée par saint Bernard (1147), ce moine célèbre, fondateur de l’abbaye de Clairvaux. Cette expédition eut une issue fatale. Trahis par les empereurs grecs, harcelés par les musulmans, tourmentés par la famine en Asie Mineure, les croisés attaquèrent vainement Damas et revinrent en Europe sans gloire et sans armée, après deux années de revers et de malheurs (1149). Mais une chose plus funeste à la France fut le divorce de Louis VII et de la reine Eléonore, qui avait accompagné le roi en Palestine et lui avait donné de nombreux sujets de plainte par sa conduite. Eléonore reprit sa dot et porta ce riche héritage à la maison d’Anjou, en épousant Henri Plantagenet, duc de Normandie, comte d’Anjou, du Maine et de Touraine, qui devint l’année suivante roi d’Angleterre sous le nom de Henri II, et qui fut la tige de cette redoutable maison des Plantagenets, l’ennemie acharnée de la maison de France. Ainsi la royauté retombait dans sa faiblesse primitive ; elle avait à peine en souveraineté un quinzième du royaume, tandis que Henri Plantagenet en avait près du tiers. La partie qu’il possédait s’étendait depuis l’embouchure de la Somme jusqu’à celle de l’Adour, sauf la Bretagne, son arrière-fief, dont il fit la réunion par alliance (1171). Il était impossible que Louis VII vît sans inquiétude une telle puissance entre les mains d’un de ses vassaux. La lutte commença entre le roi d’Angleterre et le roi de France, son suzerain, qui triompha. Henri II, à la paix de Montmirail (1169), cédait à ses enfants ses possessions sur le continent, à la condition de rendre hommage au roi de France. Il est vrai que ces conditions furent éludées. Les souverains d’Angleterre, rois purement français, regardaient l’Angleterre comme une terre étrangère, qu’ils possédaient à titre de conquête, et ils préféraient le séjour de Rouen ou de Bordeaux à celui de Londres. Philippe-Auguste, quoique fort jeune quand il succéda à son père, montra tout d’abord beaucoup d’énergie, et prouva qu’il était bien l’homme qu’il fallait pour augmenter le domaine royal et porter de nouveaux coups à la féodalité. Il réunit d’abord à son domaine les comtés de Vermandois, de Valais, d’Amiens, d’Artois, puis il fit cause commune avec les fils de Henri II, révoltés contre leur père, et imposa au vieux Plantagenet le traité d’Azay-sur-Cher (Indre-et-Loire). Le mariage de Philippe-Auguste avec Isabelle de Hainaut, dernier rejeton du sang carlovingien, confondit les droits des deux dynasties. La prise de Jérusalem par Saladin appela sur ces entrefaites Philippe-Auguste à la troisième croisade. Les trois plus grands princes de la chrétienté, le roi de France, l’empereur d’Allemagne, Frédéric Barberousse, et le roi d’Angleterre, Richard Cœur de Lion, prirent la croix. L’empereur partit le premier et périt en Asie Mineure, dans les eaux du petit fleuve Sélef ; Philippe-Auguste, après avoir confié la régence de son royaume à l’archevêque de Reims, son oncle, eut avec Richard une entrevue dans laquelle les deux rois se jurèrent une amitié éternelle, appelant l’anathème sur celui qui violerait le premier ses serments. Ils s’embarquèrent, l’un à Gênes, l’autre à Marseille, et allèrent passer l’hiver en Sicile. Au printemps, Philippe fit voile pour Saint-Jean-d’Acre, tandis que Richard allait soumettre l’île de Chypre et la donnait à Gui de Lusignan (1191). Après la prise de Saint-Jean-d’Acre, Philippe revint dans ses Etats, et, malgré.la foi jurée, tenta de profiter de l’absence de Richard pour lui reprendre quelques-unes des provinces qu’il possédait en France. A cette nouvelle, Richard reprit la route de ses Etats ; mais, retenu prisonnier par l’empereur d’Allemagne, il dut payer une rançon pour obtenir sa liberté. Une partie de la Normandie était déjà réunie au domaine royal de France quand Richard reparut. Son frère, Jean sans Terre, qui avait fait alliance avec Philippe-Auguste, effrayé de son retour, massacra la garnison française d’Evreux pour obtenir son pardon. Le roi de France, affaibli par cette défection, fut battu à Fréteval, près de Vendôme, et cet événement mit fin aux hostilités. Richard succomba au siège de Chalus (1199), dans une guerre contre le vicomte de Limoges, son vassal.

Jean sans Terre, s’étant emparé du trône d’Angleterre, au détriment de son neveu, fut cité par le roi de France à comparaître devant la cour des pairs, qui prononça la confiscation de toutes les terres qu’il tenait comme fiefs de la couronne de France. Philippe se chargea d’exécuter lui-même la sentence, et recouvra, dans une courte et heureuse guerre, la Normandie, l’Anjou, la Touraine, le Maine et le Poitou (1204). Cependant l’empereur Othon IV, le comte de Flandre, Ferrand, les peuples d’Aquitaine et ceux de l’Anjou, du Maine et de la Normandie se liguèrent avec Jean sans Terre contre le roi de France. L’armée ennemie envahit la France par le nord-est et rencontra l’armée de Philippe près du pont de Bouvines, entre Lille et Tournai, le 27 juillet 1214. La victoire se déclara pour le roi de France.

Pendant que ces événements se passaient dans l’Occident, une quatrième croisade avait lieu en Orient. L’enthousiasme religieux s’exalta sous l’éloquence de Foulques, curé de Neuilly-sur-Marne. Cette fois, ce sera la Neustrie qui en aura toute la gloire, en envoyant le comte de Flandre Baudouin monter sur le trône de Constantinople (1204). Le ducs de Bourgogne, les comtes de Champagne l’avaient suivi et étaient allés s’embarquer sur les flottes de Venise. Pendant ces merveilleuses expéditions, la Lorraine, la Bourgogne, la Provence étaient toujours étrangères à la France. Metz était la capitale de la Lorraine inférieure ; Toul, Verdun, Strasbourg en étaient les cités importantes. Besançon recevait quelquefois la visite de son suzerain, l’empereur d’Allemagne. Lyon, Vienne, etc., étaient florissantes. Arles, séjour brillant des comtes de Provence, contrastait fortement avec la rudesse demi-barbare des villes du Nord.

Une croisade d’un nouveau genre fut entreprise à cette époque contre des hérétiques que l’on désignait sous le nom d’Albigeois, parce qu’ils étaient répandus autour d’Albi, dans le Languedoc et dans la Provence. Cette horrible croisade fut prêchée par le pape Innocent III. La guerre ne fut qu’une longue suite de massacres. Le comte de Toulouse, qui soutenait les hérétiques, fut dépouillé de ses Etats, et le pape les donna au comte Simon de Montfort, qui commandait l’armée des croisés. Philippe-Auguste mourut en 1223, avant la fin de la croisade, mais après un règne fécond en événements importants, qui contribuèrent beaucoup à l’agrandissement du domaine royal. Louis VIII continua d’abord l’œuvre de son père contre les Anglais, auxquels il enleva l’Aunis, la Saintonge, le Limousin, le Périgord et presque tout le pays jusqu’à la Garonne. Il reprit ensuite la guerre contre les Albigeois et s’empara d’Avignon, conquête qui amena la réunion à la couronne de quelques provinces voisines ; mais il mourut bientôt en Auvergne, à Montpensier, en 1226. La minorité de son fils Louis IX vit se terminer la guerre contre les Albigeois par le traité de Meaux, qui ajouta au domaine royal les comtés de Carcassonne, de Béziers, de Nîmes, de Narbonne, d’Agde, de Maguelonne, etc. Ce traité préparait, en outre, la réunion du comté de Toulouse, par le mariage de Jeanne, fille de Raymond VII, avec Alphonse de Poitiers, frère du jeune roi. Les grands vassaux du royaume voulurent profiter de la minorité de Louis IX pour relever leur puissance ; mais Blanche de Castille, régente du royaume, déjoua tous leurs projets. Bientôt même Thibaut, comte de Champagne et l’un des chefs des révoltés, acheta la protection du roi en lui cédant les comtés de Blois, de Chartres et de Châteaudun. Devenu majeur, Louis IX songea d’abord à régler ses rapports avec l’Angleterre. Une nouvelle révolte des seigneurs avait éclaté, et Henri III était venu lui-même à leur secours. Saint Louis marcha contre les étrangers et les vainquit à Taillebourg et à Saintes (1242). Le traité d’Abbeville, conclu en 1359, régla les droits respectifs de la France et de l’Angleterre. Henri III renonça à toute prétention sur la Normandie, le Maine, la Touraine, le Poitou, et prêta hommage au roi de France comme duc d’Aquitaine ou de Guyenne. Louis IX, de son côté, lui abandonna la Saintonge et l’Aunis. Pour accomplir un vœu fait pendant une maladie qui avait mis ses jours en danger, le roi dévot entreprit la septième croisade. Il s’embarqua à Aiguës-Mortes (1248), accompagné des ducs de Bourgogne, de Bretagne, de Brabant, et d’une foule d’évêques et de seigneurs qui auraient pu troubler la royaume pendant son absence. Les désastres de cette expédition accablèrent la France de douleur. De retour en France, après avoir acheté sa liberté par la restitution de Damiette, dont il s’était emparé au début de l’expédition, saint Louis trouva la paix rétablie dans son royaume et la consolida pur un repos de quinze années. C’est dans cet intervalle qu’il conclut le traité d’Abbeville (v. ci-dessus). Une seconde et dernière croisade l’enleva malheureusement à la France. Il s’embarqua à Aigues-Mortes avec ses trois fils (1270) et fit voile vers Tunis. A peine était-il arrivé dans cette ville qu’une maladie pestilentielle décima l’armée chrétienne. Attaqué lui-même de la peste, saint Louis se fit étendre sur un lit de cendres, où il mourut après avoir langui vingt-deux jours. Il eut pour successeur Philippe III le Hardi. Les conquêtes dans le Midi amenaient les rois da France à porter leurs armes au delà des Pyrénées. Philippe soumit la Navarre révoltée contre Jeanne, qui épousa plus tard Philippe le Bel, et réunit ainsi à la couronna la Navarre et la Champagne. Le Comtat-Venaissin fut donné au pape par la France (1273). Philippe le Bel sut réunir à son domaine la Marche et l’Angoumois : il fit épouser à l’un de ses fils l’héritière du comté de Bourgogne, enlevé ainsi à l’empire germanique ; puis il menaça les Anglais en Gascogne et en Guyenne. Mais ceux-ci avaient alors pour roi l’habile Edouard Ier, qui pourtant ne put empêcher le roi de France d’envahir la Flandre, la plus riche conquête qu’eût encore faite un roi capétien. Cependant la sanglante défaite que les Flamands firent éprouver aux Français à Courtrai (1302), où périt Robert d’Artois avec trois cents des plus illustres chevaliers, et que ne répara point la victoire de Mons-en-Puelle (1304), fut cause que la France ne posséda la Flandre que jusqu’à la Lys. Mais, tandis que Philippe le Bel guerroyait si rudement contre les Flamands et les Anglais, il triomphait dans la grande lutte qu’il avait engagée contre la papauté. Délivré du redoutable Boniface VIII, il élevait au pontificat Clément V, qui se fit couronner à Lyon, transporta à Avignon le siège pontifical, et signa, dit-on, au concile de Vienne, la suppression de l’ordre des Templiers, mesure qui eut des conséquences déplorables (1212). A son retour du concile, Philippe s’empara de Lyon, ville du royaume d’Arles, libre da l’autorité allemande et gouvernée par son archevêque. Elle voulut résister ; mais une armée soumit à la France cette antique capitale de la Gaule romaine (1314). L’évêque de Strasbourg, prince de l’empire germanique, conquit le landgraviat de la basse Alsace. Ce fut à cette époque que la loi saligue, qui ne concernait que les terres féodales, fut appliquée à la couronne de France par l’exclusion des femmes (1317). Les trois fils de Philippe le Bel régnèrent successivement après lui sur la France et la Navarre. Louis X, l’aîné, surnommé le Hutin, favorisa les progrès des villes en leur vendant des privilèges, et, par un édit publié en 1315, il affranchit tous les serfs de ses domaines ; mais il leur fit payer cet affranchissement, qu’il ne leur fut pas permis de refuser. Une cruelle famine et une inutile expédition en Flandre sont les seuls faits importants du reste de ce règne. Philippe le Long succéda à Louis X (1316). Ce prince, auquel on doit de sages règlements sur l’administration des finances et de la justice, mourut en 1322, et, comme il ne laissait que des filles, Charles IV, troisième fils de Philippe le Bel, fut appelé au trône. Quelques hostilités contre les Anglais en Guyenne amenèrent la conquête de l’Agenais, qui fut suivie d’un traité de paix.

Avec Charles le Bel s’éteignit la famille des capétiens directs (1328). Elle fut remplacée par la famille des Valois, que l’on partage en trois branches : la première, celle des Valois directs, a donné sept rois à la France (1328-1498) ; la seconde, celle des Valois-Orléans, ne compte qu’un seul roi (1498-1515) ; la troisième, celle des Valois-Angoulème, a fourni cinq rois (1515-1589).

A la mort de Charles le Bel, trois prétendants réclamèrent la couronne : Philippe, comte de Valois, neveu de Philippe le Bel par son père ; Édouard III, roi d’Angleterre, petit-fils de Philippe le Bel par sa mère ; enfin, Philippe, comte d’Evreux, qui avait épousé Jeanne, fille de Louis X. L’assemblée des pairs et des grands barons de France porta son choix sur Philippe de Valois. Ce prince céda la Navarre à Philippe d’Evreux. Édouard III vint d’abord prêter hommage au roi de France pour le duché de Guyenne ; mais il ne tarda pas à renouveler ses prétentions à la couronne. Alors éclata entre la France et l’Angleterre cette longue guerre que l’on appelle la guerre de Cent ans. Commencée en 1348 par la révolte de la Flandre, elle ne fut terminée qu’en 1453 par la prise de Bordeaux. Pendant qu’Édouard III comprimait un soulèvement des Écossais, les cités flamandes s’insurgeaient contre le comte de Flandre. Philippe alla lui-même au secours de son vassal, gagna une bataille sous les murs de Cassel et s’empara de cette ville, que les Flamands regardaient comme imprenable. Le pays, soumis pour quelque temps, se révolta de nouveau, à la voix du brasseur Jacques d’Artevelde, et les Français perdirent la bataille navale de l’Ecluse. Une trêve d’un an fut conclue ; mais, avant l’expiration de cette trêve, la guerre recommença au sujet de la succession de Bretagne. Les deux maisons de Montfort et de Penthièvre se disputaient le duché, devenu vacant. Philippe se déclara pour Charles de Blois, représentant la maison de Penthièvre, et Edouard III prit parti pour Jean de Montfort. La guerre, qui dura vingt-trois ans, se termina par le traité de Guerande. En 1345, Edouard III débarqua près de Barfleur, à la tète d’une immense armée, prit Caen et marcha sur Paris ; mais, effrayé par la bonne contenance des troupes qui protégeaient la capitale, il se hâta de repasser la Seine. Philippe de Valois le poursuivit, et, le 26 août 1346, eut lieu la désastreuse bataille de Crécy, dans laquelle il fut fait usage de canons pour la première fois. 30,000 Français furent tués ou faits prisonniers. A la suite de cette bataille, Edouard III marcha sur Calais, qui se rendit après un siège immortalisé par le dévouement légendaire d’Eustache de Saint-Pierre. A tous ces désastres se joignirent une horrible peste, connue sous le nom de peste de Florence, la famine, le massacre des juifs, les folies des flagellants et l’établissement de la la gabelle ou impôt du sel. Philippe de Valois mourut en 1350. Malgré tous les malheurs qu’éprouva la France sous son règne, le domaine royal s’agrandit par la réunion de plusieurs provinces ou duchés, notamment du Valois, de l’Anjou, du Maine, de la Champagne, de la Brie, du comté de Montpellier, du Dauphiné, etc. Cependant Edouard avait envahi l’Artois, tandis que son fils, le fameux prince Noir, ravageait tout le Languedoc, puis venait gagner la fameuse bataille de Poitiers (1356), où le roi Jean, qui avait succédé à Philippe de Valois, perdit la liberté. Là périt toute la fleur de la chevalerie qui avait survécu à Crécy. La France consternée se sentit plongée dans un abîme de malheurs. Paris devint un foyer de troubles sous la funeste influence de Charles de Navarre. Les paysans se soulevèrent contre les nobles et formèrent la redoutable ligue qui fut appelée Jacquérie. Le roi Jean, prisonnier à Londres, n’hésitait pas à rendre, pour obtenir sa liberté, toutes les conquêtes de ses ancêtres sur les Plantagenets et à payer 4 millions d’écus d’or. Ainsi les Valois anéantissaient l’œuvre des capétiens. La France refusa de semblables conditions ; la guerre recommença avec fureur, et Edouard dicta la paix de Brétigny (1360). Le duc d’Anjou, fils de Jean le Bon, qui devait rester en otage en Angleterre jusqu’à ce qu’on eût fourni la somme stipulée, s’étant enfui de Londres, Jean alla se constituer de nouveau prisonnier et mourut en captivité. Le Dauphin succéda à son père sous le nom de Charles V. Les commencements de son règne furent marqués par deux traités importants. La victoire de Cocherel, remportée par Du Guesclin sur les troupes du roi de Navarre, et la bataille d’Auray décidèrent, en 1365, la conclusion des traités de Saint-Denis et de Guerande. Du reste, la sagesse de Charles V et la vaillante épée de Du Guesclin. réparèrent les malheurs qui avaient accablé la France sous les règnes précédents. Le héros breton fit si bien en Aquitaine, en Guyenne, en Poitou, en Normandie, que le vieux Edouard, en mourant, ne possédait plus en France que Bayonne, Bordeaux et Calais (1377). L’Angleterre se révolta contre son roi à la nouvelle de la reddition de Brest et de Cherbourg. Cependant des révoltes en Languedoc, en Bretagne, une guerre sanglante en Flandre, etc., balancèrent tant de succès ; puis la démence du roi Charles VI vint mettre le feu aux quatre coins de la France et la replongea dans un nouvel abîme de malheurs. Sous la fatale influence d’isabeau de Bavière, femme de l’infortuné roi, deux factions puissantes se partagèrent le royaume : l’une obéit à Jean sans Peur, duc de Bourgogne, l’autre au duc d’Orléans, qui, assassiné par son rival, eut pour successeur son fils. Celui-ci épousa la fille du comte d’Armagnac et appela à lui toute la noblesse de Gascogne, appuyée des ducs de Bretagne, de Bourbon et de Berry (1410). Dans cette sanglante guerre civile, les Armagnacs représentent le midi, les Bourguignons le nord de la France. Ces deux factions sollicitèrent l’appui de l’Angleterre, qui vint profiter de nos discordes civiles. Henri V, débarqué près du Havre, recula devant une armée française commandée par le Dauphin, marcha en hâte vers Calais, ville alors anglaise, et gagna la bataille d’Azincourt (1415). Cette grande bataille fut aussi funeste à la France que l’avaient été celles de Crécy et de Poitiers. 8,000 gentilshommes perdirent la vie à la journée d’Azincourt, et le jeune duc d’Orléans fut au nombre des prisonniers. Le vainqueur ne profita point de sa victoire et retourna en Angleterre. Alors les Bourguignons et les Armagnacs inondèrent Paris de sang. Les Bourguignons égorgèrent dans les prisons le comte d’Armagnac et tous ses partisans. Mais, l’année suivante, le duc de Bourgogne ayant accepté une entrevue au pont de Montereau avec le dauphin Charles, sous prétexte d’une réconciliation solennelle, y fut traîtreusement assassiné par Tanneguy Duchâtel. Ce nouveau crime jeta dans le parti des Anglais son fils et successeur Philippe le Bon. Le duc de Bourgogne et Isabeau de Bavière firent signer au pauvre insensé qui portait le titre de roi de France le honteux traité de Troyes, par lequel il déshéritait son propre fils et donnait au roi d’Angleterre, avec la main de sa fille, Catherine de France, le titre de régent du royaume et d’héritier de la couronne. A la mort de Charles VI, le fils de Henri V fut proclamé roi de France à Paris et à Londres, sous le nom de Henri VI. Mais le Dauphin se fit couronner à Poitiers sous le nom de Charles VII. Le règne de ce dernier prince commença par une longue suite de revers ; la France sembla tout à fait perdue dans ces luttes terribles. Les Anglais étaient partout vainqueurs, à Crevant-sur-Yonne, à Verneuil, près d’Evreux, et leurs succès avaient presque réduit Charles VII au territoire de Bourges. Orléans, la seule place qui se défendît encore, était assiégé. Alors apparut Jeanne Darc ; son courage, ses victoires, son martyre sauvèrent la France en répandant partout l’horreur du nom anglais (1431). Le tout-puissant duc de Bourgogne, dont les riches possessions entouraient le royaume à l’est et au nord, abandonna le parti anglais, qui dès lors faiblit chaque jour. Toutes les provinces que possédaient les Anglais furent successivement enlevées, et bientôt l’Angleterre ne posséda plus en France que Calais, qu’elle perdit bientôt, et les îles normandes de Guernesey et de Jersey, qu’elle a toujours conservées (1453). Ce règne, si glorieux pour nos armes, avait été un instant agité par la faction de l’aristocratie, dite la Praguerie, contre le roi Charles VII, sous l’influence tracassière du Dauphin, le futur roi Louis XI. A ces désordres s’étaient mêlés en même temps ceux des bandes errantes de soldats mercenaires habitués au pillage. Pour s’en débarrasser, le roi les envoya en partie faire une expédition contre les Suisses (1444), tandis que d’autres bandes allaient dans la Lorraine révoltée contre René d’Anjou ; là, les grandes cités s’étaient rendues indépendantes de l’empire. Charles prit un grand nombre de villes, assiégea Metz, l’une de ces républiques puissantes, odieuses à la haute aristocratie française ; elle se racheta. Toul et Verdun en firent autant. Charles VII posait ainsi les bases de l’unité territoriale. Il avait préparé ses victoires par l’établissement d’une armée régulière. Une taille perpétuelle ou impôt permanent était destinée a fournir la solde de cette armée. C’est encore au règne de Charles VII qu’il faut rapporter les premiers développements du commerce national. Ce roi songea surtout à abaisser la grande puissance de la maison de Bourgogne ; l’accomplissement de ce projet, si utile à la monarchie, occupa tout le règne de Louis XI, prince fourbe et cruel, mais d’une prudence et d’une habileté consommées. Louis XI avait compris que, tant que la royauté n’aurait pas abattu l’orgueil des grands vassaux, le royaume, affaili par le morcellement féodal, ne pourrait lutter avec avantage contre les ennemis extérieurs et serait mal administré au dedans. Les premiers actes de ce prince ne laissèrent aucun doute sur ses intentions ; aussi les seigneurs s’unirent-ils contre lui sous prétexte d’assurer le bien général ; leur ligue fut, pour cette raison, appelée Ligue du bien public. Les principaux membres étaient le duc Charles le Téméraire, le comte de Charolais et le duc de Berry, frère du roi. La bataille indécise de Montlhéry fut suivie des traités de Conflans et de Saint-Maur, qui assuraient des conditions avantageuses aux princes confédérés ; mais le roi n’avait signé la paix que pour affaiblir ses ennemis en les divisant. Une seconde ligue s’étant formée deux ans après, Louis XI reprit la Normandie à son frère, contraignit le duc de Bretagne à se séparer de la ligue et voulut traiter lui-même avec Charles le Téméraire, qui le retint prisonnier à Péronne et lui arracha un traité assurant Amiens, Abbeville, Saint-Quentin, Péronne, etc., au duc de Bourgogne, et promettant la Champagne au duc de Berry. Mais à peine libre, le roi s’empressa d’éluder le traité. La mort de Charles le Téméraire devant Nancy (1477) mit fin à la redoutable puissance des ducs de Bourgogne. Louis XI avait voulu s’assurer cet immense héritage ; mais Marie, fille du duc, épousa Maximilien, archiduc d’Autriche, auquel elle apporta la plus grande partie de ses riches domaines. Le traité d’Arras (1482) fut l’un des derniers grands actes de la féodalité souveraine ; il consomma le démembrement de la maison de Bourgogne. La France y gagna la Franche-Comté, l’Artois et la Picardie. De plus, la Flandre fit hommage au roi de France. Le reste des provinces bourguignonnes qui formèrent la magnifique dot de Marie empêchait la France d’occuper jusqu’au Rhin le cadre naturel de l’ancienne Gaule. Ces provinces rhénanes seront lougtemps le champ de bataille où la France disputera ses limites naturelles. Louis XI obtint, en outre, du roi d’Aragon le Roussillon et la Cerdagne ; par droit de succession, l’Anjou et le Maine lui revinrent, ainsi que la Provence ; mais cette principale partie de l’ancien royaume d’Arles regardait la France comme étrangère, voulant conserver ses droits et sa législation, et exigea que les rois de France portassent le titre de comtes de Provence. Louis XI mourut plein d’inquiétudes, après avoir traîné pendant quelque temps une existence misérable dans son château de Plessis-lès-Tours et, essayé en vain de prolonger son existence par les plus ridicules pratiques superstitieuses. Charles VIII succéda à Louis XI en 1483 ; son mariage (1491) avec l’héritière de Bretagne lui donna pour toujours cette province si longtemps rebelle, si longtemps l’alliée de l’Angleterre. Les circonstances le forcèrent à rendre à l’Autrtche l’Artois et la Franche-Comté, à l’Espagne la Cerdagne et le Roussillon, affaiblissant ainsi l’œuvre de Louis XI. Il crut réparer ces pertes en allant faire la conquête du royaume de Naples, héritage de la seconde maison d’Anjou. Il avait conçu, dit-on, un projet gigantesque. Il ne s’agissait de rien moins que de se diriger vers la Grèce, d’enlever Constantinople aux Turcs et de rétablir un empire chrétien d’Orient. Mais ce grand projet n’eut aucune suite ; la conquête de Naples (1495) fut éphémère, et, pendant ce temps, un orage formidable se formait contre le roi de France dans le nord de l’Italie. Venise, Milan, Florence et le pape, ligués avec Maximilien, Ferdinand le Catholique et Henri VII, avaient résolu d’enfermer Charles VIII dans le royaume de Naples ; mais ce prince remporta sur les confédérés la brillante victoire de Fornoue, qui lui ouvrit un libre passage à travers l’Italie. Charles VIII mourut en 1498, à l’âge de vingt-sept ans, regretté du peuple, qui aimait jusqu’à ses défauts. Charles ne laissait pas d’enfants. La couronne revint au premier prince du sang, Louis, duc d’Orléans, qui reprit les projets de son successeur. Outre les prétentions que lui avait liguées Charles VIII sur le royaume de Naples, il réclamait encore le Milanais, comme petit-fils de Valentine Visconti. Ces guerres de vanité et d’amour-propre, en concentrant toutes les forces de la France en Italie, l’empêchèrent de prendre part aux grandes entreprises dont le génie de Christophe Colomb avait donné le signal.

A Louis XII succéda (1515) le duc d’Angoulême, François Ier, qui continua les expéditions d’Italie, auxquelles vint encore se mêler la désastreuse querelle entre ce nouveau roi de France et Charles-Quint, au sujet de la couronne impériale. Comme arrière-petit-fils de Charles le Téméraire, Charles-Quint réclamait la Bourgogne, et, comme empereur germanique, le Milanais. François Ier revendiquait le royaume de Naples et la Navarre. Vaincu dans cette lutte, François Ier alla, prisonnier à Madrid, signer un traité honteux et funeste qu’il n’exécuta point (1526) ; mais il exécuta celui de Cambrai, par lequel il renonçait à Naples, à Milan, à la souveraineté de la Flandre et de l’Artois. « Ce règne de galanterie, d’art, de fêtes, fut ruineux pour la France, dit un historien. François Ier, vrai héros du moyen âge, paralysa par ses imprudences la valeur des Lautrec, des Nemours, des Bayard. » La politique sans franchise de Charles-Quint ralluma la guerre en 1542. Cette fois, l’Angleterre s’était unie à l’Autriche et voulait partager la France. Le roi déploya toutes ses forces, envoya cinq armées sur toutes les frontières envahies ; il avait, au grand scandale de la chrétienté, réclamé le secours de Soliman, sultan des Turcs, qui lui envoya sa flotte. Affaibli par des défaites, des désastres imprévus, Charles-Quint évacua la France, signa le traité de Crespy-en-Laonnais (1544), renonçant à la Bourgogne comme François Ier renonçait à Naples. Le Milanais devait être donné au fils de celui-ci, le duc d’Orléans. Les Anglais firent aussi la paix, moyennant une indemnité de 2 millions d écus d’or (près de 20 millions de francs), et la possession temporaire de Boulogne, que reprit bientôt Henri II. Les dernières années du règne de François Ier furent troublées par des discordes religieuses qui aboutirent au sanglant massacre des Vaudois (1545). François Ier mourut en 1547, à l’âge de cinquante-trois ans. C’est surtout comme protecteur des lettres, des sciences et des arts, que François Ier a bien mérité de la France et de l’Europe entière. Son nom est inséparable du nom de la Renaissance. Henri II, appelé au secours de l’Allemagne protestante, alla s’emparer des Trois-Evéchés (Metz, Toul, Verdun), s’assura de la Lorraine, menaça Strasbourg, puissante ville impériale, et s’empara d’une partie du Luxembourg. Charles-Quint vint attnquer Metz avec une armée de 100,000 hommes. Le duc de Guise repoussa l’ennemi et lui fit éprouver des pertes considérables. La guerre se faisait en même temps en Italie et en Piémont, et le maréchal de Brissae s’y montrait prudent général et habile tacticien. En 1557, la France perdit la fameuse bataille de Saint-Quentin contre les Espagnols de Philippe II, maître des Pays-Bas ; mais elle répara ce désastre par la prise de plusieurs villes, entre autres de Calais (1558). Ainsi échappa à l’Angleterre sa dernière possession sur le sol français. Enfin, le traité de Cateau-Cambrésis mit fin à la guerre. La France garda les Trois-Evêchés et la ville de Calais ; Philibert-Emmanuel fut remis en possession de son duché de Savoie, dont il avait été dépouillé, et Henri II renonça à toute espèce de droit sur le royaume de Naples. Un double mariage scella ce traité : la fille du rqi de France épousa Philippe II, et sa sœur, Philibert-Emmanuel. Le règne de Henri II se termina, comme celui de son père, par des troubles religieux. Le protestantisme avait fait de grands progrès en France. « Dès 1547, il y avait, dit M. Magin, dix-sept provinces et trente-trois villes dans lesquelles avaient pénétré les idées nouvelles. Henri II avait voulu en arrêter le développement par des édits qui ne firent qu’échauffer le zèle des protestants. » La Rochelle, Poitiers, Bourges, Orléans, devinrent les foyers de la Réforme. En 1551, il y avait en France plus de 2,000 Eglises réformées. Les protestants d’Allemagne et d’Angleterre soutinrent ceux de France ; des batailles avaient été perdues par les catholiques et les protestants, quand l’horrible massacre de la Saint-Barthélémy (24 août 1572) vint épouvanter la Réforme sans l’abattre. Cet affreux crime fut commis sous la fatale influence de Catherine de Médicis, des Guises et des cruelles agitations de la Ligue. Les réformés se battirent en désespérés. Henri de Bourbon, héritier présomptif de la couronne, chef du parti protestant, vit la puissance catholique faiblir par le massacre des Guises à Blois, et l’assassinat de Henri III, dernier des Valois (1589). Plusieurs fois vainqueur des fanatiques catholiques de la Ligue, qui faisaient de Paris affamé le centre de leurs fureurs, Henri IV eut à lutter contre le duc de Parme, au service de l’Espagne. Vainqueur à Arques et à Ivry, Henri IV triompha de tous les obstacles, abjura la Réforme à Saint-Denis, fut couronné à Chartres et entra solennellement à Paris, accordant une amnistie générale (1594). Ce ne fut pourtant qu’à force d’or que Henri arracha les belles provinces que les ambitieux avaient prises, sous la protection de Philippe II, dont les armées étaient toujours menaçantes. Pour assurer la paix intérieure, le roi de France signa l’édit de Nantes (1593), qui assurait aux protestants la liberté religieuse, et leur abandonnait un certain nombre de places de sûreté, notamment La Rochelle et Montauban. Avec Henri IV commence la dynastie des Bourbons. La première partie du règne de ce prince est signalée par des guerres et des conquêtes ; la seconde est remarquable par les réformes et les améliorations administratives que ce grand roi, aidé du sage Sully, son ministre et son ami, réalisa dans le royaume. En 1600, la France n’offrait qu’un déplorable chaos d’anarchie et de misère. Henri IV s’efforça de réparer tant de maux. Il échangea avec la Savoie le marquisat de Saluces contre la Bresse et le Bugey, et obtint ainsi le Rhône pour limite jusqu’à Genève. Il rétablit les finances, diminua les impôts, protégea l’agriculture et l’industrie, apaisa la sédition, déjoua les complots. Après avoir rendu à la France sa prospérité, et s’être élevé lui-même au comble de la gloire et de la puissance, Henri IV voulait étendre en Europe son influence et abaisser la maison d’Autriche, quand il tomba sous le poignard de l’infâme Ravaillac (14 mai 1610). La mort de ce grand roi laissa le trône à un enfant de neuf ans, Louis XIII, et la régence à une faible femme, Marie de Médicis, qui abandonna toute l’autorité au Florentin Concini. A la faveur des troubles, les protestants s’agitèrent ; leur assemblée à La Rochelle publia (1621) une déclaration d’indépendance, partagea en huit cercles les Eglises réformées, régla les levées d’argent et d’hommes, en un mot organisa la république protestante. En 1623, Richelieu entra au conseil du roi ; il sut prendre avec fermeté la direction des affaires, et y déploya aussitôt toutes les ressources et toute la vigueur de son génie. Les plans de Henri IV furent repris et complétés. Richelieu se proposa un double but : affermir le pouvoir de la royauté, afin de maintenir l’unité de la monarchie ; placer la France au premier rang parmi les puissances européennes. Pour atteindre ce double but, il fallait, au dedans, abattre le parti protestant et la noblesse ; au dehors, abaisser la maison d’Autriche : ce à quoi tendirent tous les efforts de ce grand ministre. La Rochelle était le boulevard protestant ; cette ville tomba, malgré le secours de l’Angleterre, grâce aux gigantesques travaux de siége exécutés par ordre du cardinal, qui réussit en peu de temps à imposer sa volonté à l’Europe entière et à abmsser la haute aristocratie française, dont il déjoua les intrigues et les dangereux desseins. Le parti protestant ruiné et la noblesse humiliée, Richelieu s’occupa de l’abaissement de la maison d’Autriche, et alors commença la fumeuse guerre de Trente ans. La guerre se fit à la fois en Allemagne, dans les Pays-Bas, en Italie, en Espagne, avec des succès divers ; mais, durant les dernières années de la première période de la guerre ou guerre de Sept ans, la France triompha : l’Alsace, la Cerdagne, le Roussillon, la Catalogne, Arras, Turin, Sedan, Perpignan, etc., succombèrent sous les coups des années françaises. Ainsi les frontières éLaient protégées, la maison d’Autriche abaissée, la France puissante, quand Richelieu mourut (1642). Le roi le suivit de près dans la tombe.

Louis XIV n’avait pas encore cinq ans lorsqu’il fut appelé au trône par la mort de son père. Le parlement de Paris déclara régente la reine mère Anne d’Autriche. Mazarin fut bientôt appelé au ministère, et il est juste de reconnaître que cet Italien a fait de grandes choses pour la France. Son premier titre de gloire fut l’heureuse et brillante conclusion de la guerre de Trente ans. L’Espagne avait cru pouvoir se relever de ses humiliations ; mais le prince de Condé inaugura le règne de Louis XIV en remportant sur elle la célèbre victoire de Rocroy (1043) ; il prit Thionville, Philippsbourg, Mayence et plusieurs autres places sur la rive droite du Rhin. L’année suivante, il remporta sur les impériaux la fameuse bataille de Nordlingen, prit Dunkerque, tandis que Turenne faisait déposer les armes à la Bavière. Enfin la victoire de Lens (1648), gagnée par Condé, et d’autre victoires de Turenne amenèrent la glorieuse et célèbre paix de Westphalie. La France obtint la possession définitive des Trois-Evêchés (Metz, Toul, Verdun), les landgraviats de haute et basse Alsace, Belfort, Huningue, les villes impériales de Haguenau, Landau, Wissembourg, etc., excepté la ville impériale de Strasbourg, la république de Mulhouse ; le droit de garnison dans Philipsbourg, le boulevard de l’empire, et Pignerol, clef de l’Italie. Mais, tandis que la France se couvrait ainsi de gloire au dehors, l’intérieur était compromis par les troubles de la Fronde, entre le parti de la cour et le parti de la noblesse appuyé du parlement (1648-1653). « La cour, dit M. Artaud, s’enfuit à Saint-Germain… Elle appela Condé contre les frondeurs. Les hostilités commencèrent, et, après une guerre dont les bons mots, les épigrammes et les chansons des deux partis semblaient faire une guerre pour rire, la cour rentra à Paris. Mais un nouveau parti ne tarda pas à se former : c’était celui des petits-maîtres, à la tête duquel se trouvaient Condé et le prince de Conti. La reine fit arrêter les princes ; un an après, les frondeurs la forcèrent à les délivrer et à chasser son premier ministre. Cependant Mazarin rentra en France l’année suivante, escorté par 6,000 hommes, et reprit sa place dans le conseil du roi. Condé se plaça à la tête de ses ennemis, tandis que Turenne, un moment dans les rangs des Espagnols qui essayaient de profiter des troubles de la France pour s’agrandir à ses dépens, commandait les troupes royales. Les deux armées arrivèrent aux environs de Paris, et y livrèrent la bataille du faubourg Saint-Antoine, durant laquelle Mlle de Montpensier, fille du duc d’Orléans, fit tirer le canon de la Bastille sur les soldats du roi. Enfin, la cour accorda une amnistie générale, et rentra de nouveau à Paris. Cette amnistie n’empêcha point l’arrestation du cardinal de Retz et le retour de l’objet des haines populaires, de ce Mazarin, auquel la cour avait insensiblement préparé les esprits. Le parlement, oubliant les opinions qu’il avait professées, condamna à mort le prince de Condé, qui alla offrir son épée aux Espagnols. » Les troubles civils apaisés, la. lutte éclata ou plutôt fut reprise entre la France et l’Espagne, et Turenne défit, à la bataille des Dunes, don Juan d’Autriche et Condé, qui avait compromis sa glorieuse réputation en s’unissant aux ennemis de sa patrie. En 1560, la paix des Pyrénées mit fin à la guerre. Cette paix, signée dans l’île des Faisans, sur la Bidassoa, confirma à la France la possession du comté d’Artois, moins Arras et Saint-Omer, d’une partie des comtés de Flandre et du Hainaut, du duché de Luxembourg et des comtés de Roussillon et de Conflans. Ce traité, qui est certainement l’œuvre capitale de Mazarin, stipula également le mariage de Louis XIV avec la fille aînée de Philippe IV, roi d’Espagne, ainsi que le retour et la réintégration du prince de Condé dans ses emplois et dignités. A la mort de Mazarin (1661), Louis XIV, révélant tout à coup une énergie que ses courtisans ne lui soupçonnaient pas, déclara que c’était à lui seul qu’appartenait désormais l’administration des affaires. « Ce prince, dit un historien, avait en lui-même l’étoffe de quatre rois. Il soumit tout à l’ascendant de sa volonté absolue ; car il vit tout, fit tout, gouverna tout par lui-même. Il donna à la France une administration sage et énergique à l’intérieur, et une attitude imposante à l’extérieur. Louvois organisa l’armée, tandis que Colbert rétablit les finances, releva le commerce, créa une marine imposante. Le canal du Languedoc fut commencé ; des colons français allèrent peupler Cayenne et le Canada. Le duc de Beaufort, chargé d’une expédition contre les corsaires barbaresques, les mit pour quelque temps dans l’impossibilité de tenir la mer, pendant que le pape était obligé de donner satisfaction à la France pour des insultes faites à Rome à l’ambassadeur français. Louis XIV acheta Dunkerque aux Anglais, auxquels Turenne l’avait remis après l’avoir enlevé aux Espagnols. Il fournit des secours à l’empereur, attaqué par les Turcs, à la Hollande contre l’Angleterre, et au Portugal. Le château de Versailles, la colonnade du Louvre, l’établissement d’un grand nombre de manufactures, attestèrent la sollicitude de Colbert pour les beaux-arts et le commerce (1667). » A la mort de Philippe IV, Louis XIV, faisant valoir les droits acquis sur les Pays-Bas à Marie-Thérèse, fille de ce monarque, qu’il avait épousée, fit la conquête de la Flandre en trois mois. La Franche-Comté tomba aussi en son pouvoir ; mais la paix d’Aix-la-Chapelle, en rendant cette province à l’Espagne, conserva à la France les nouvelles possessions qu’elle venait de conquérir en Flandre. Pour faire repentir la Hollande de la coalition qu’elle avait formée afin de forcer la France à la paix, Louis XIV, après avoir réussi à l’isoler des autres puissances de l’Europe, lui déclara la guerre en 1672, En peu de temps, la majeure partie de la Hollande se trouve au pouvoir des Français, et cet État ne doit son salut qu’à la ligue formée contre Louis XIV par l’empereur, l’électeur de Brandebourg, l’électeur palatin, l’Espagne et l’Angleterre. Néanmoins, le roi de France continue la guerre avec succès. Le Palatinat est mis à feu et à sang ; Turenne remporte victoires sur victoires en Alsace, mais la mort de ce grand capitaine est suivie de revers..Cependant la victoire sourit de nouveau à la France, et la paix de Nimègue (1678) lui assure la Franche-Comté, Valenciennes, Bouchain, Condé, Cambrai, Aire, Saint-Omer, Ypres, Warvich, Varneton, Poperingue, Bailleul, Cassel, Bavay et Maubeuge. Les événements qui suivirent cette paix glorieuse sont : la prise de Strasbourg, le bombardement d’Alger, la soumission de Gênes et l’impolitique révocation de l’édit de Nantes, qui force plus de 200,000 protestants à quitter le sol français. La guerre recommence de nouveau, en 1688, contre l’empereur d’Allemagne et les principaux États de l’empire, l’Espagne, la Suède, la Hollande et la Savoie. Les maréchaux de Luxembourg et Catinat remportent les victoires de Fleurus, de Staffarde, de Nerwinde et de la Marsaille. Quant à l’Angleterre, quoique victorieuse à La Hogue, elle a le dessous en plusieurs rencontres. La paix de Ryswick (1697) met fin à cette guerre désastreuse pour l’Europe entière.

Charles II, roi d’Espagne, ayant institué en mourant Philippe, duc d’Anjou, second fils du Dauphin, héritier de toute la monarchie espagnole, Louis XIV accepta ce testament en s’écriant, dit-on : « Il n’y a plus de Pyrénées. » L’empereur, la Hollande, l’Angleterre, etc., mécontentes de voir un Bourbon ceindre son front de la couronne d’Espagne, se liguèrent de nouveau contre la France (1702), et alors commença cette désastreuse guerre de la Succession, qui ne se termina qu’en 1713. Quelques victoires entremêlées de quelques revers, la conquête de la Savoie, le projet de marcher sur Vienne, tel fut le début ; mais là s’arrêtèrent les succès de l’armée française, En 1704, l’Angleterre, par son grand général Marlborough, et l’Autriche, par le prince Eugène, remportèrent à Hochstædt une sanglante victoire sur la France. Villars, qui termina la guerre civile contre les protestants des Cévennes, appelés Camisards, empêcha les alliés vainqueurs d’envahir la France. En 1706, Marlborough gagna sur Villeroy la sanglante bataille de Ramillies qui entraîna la perte des Pays-Bas espagnols, tandis que le prince Eugène nous forçait d’évacuer l’Italie. Louis XIV voulut protéger de toutes ses forces les Pays-Bas. Le prince Eugène et Marlborough réunirent leurs armées, et battirent à Oudenarde notre armée de Flandre, dernier espoir de la France. Ce désastre, un hiver rigoureux, la famine, une affreuse misère, obligèrent Louis XIV à demander la paix. Les conditions parurent si humiliantes que la France se décida à continuer la guerre. La sanglante journée de Malplaquet, gagnée par Eugène et Marlborough (1709), vint accabler tous les courages. Louis XIV, ce roi soleil, s’humilia jusqu’à offrir de l’argent pour détrôner son petit-fils, le roi fugitif d’Espagne ; mais il s’indigna de la nécessité d’aller le détrôner lui-même. Le grand roi avait résolu d’aller mourir au champ d’honneur, à la tête de sa noblesse, quand la victoire de Villars à Denain sauva la France et amena la paix d’Utrecht (1713), qui, pour première clause, défendait que les couronnes de France et d’Espagne fussent jamais réunies sur la même tête. Par différents traités, Louis XIV reconnut Anne pour reine d’Angleterre, consentit à la démolition des fortifications de Dunkerque et à ce que la Grande-Bretagne conservât Gibraltar et les ports qu’elle avait dans la Méditerranée ; il restitua au duc de Savoie Exilles, Fénestrelles, la vallée de Pragelas en échange de la vallée de Barcelonnette et de ses dépendances ; la Hollande obtint plusieurs villes de Flandre pour lui servir de barrière, et restitua Lille, Aire, Béthune et Saint-Venant. L’empereur voulut continuer la guerre ; mais les succès du maréchal de Villars le forcèrent de signer le traité de Rastadt. Accablé d’une si longue humiliation et de chagrins domestiques, Louis XIV mourut le 1er septembre 1715, après un règne de soixante-douze ans, le plus long de notre histoire. Le peuple, oubliant de longues années de gloire, alluma des feux de joie sur le passage de son cercueil. Louis XV, arrière-petit-fils de Louis XIV, n’avait que cinq ans à la mort du grand roi. La régence, confiée au duc d’Orléans, se présenta d abord sous l’aspect le plus paisible. La conspiration de Cellamare, ambassadeur d’Espagne, fut déjouée aussitôt que formée ; mais bientôt le ruineux système de finances de Law, l’administration équivoque du Régent et l’immoralité profonde du cardinal Dubois précipitèrent la France dans un abîme de malheurs. La chute du système du célèbre financier fut le signal du bouleversement universel des fortunes. Louis XV commença à régner par lui-même sous l’influence du duc de Bourbon, qui lui fit épouser Marie Leczinska, fille de Stanislas, ex-roi de Pologne. Le cardinal Fleury, devenu premier ministre, fit face, malgré son grand âge, aux nombreuses difficultés des affaires politiques et rétablit un peu d’ordre dans les finances. Résolu de garder la paix à tout prix, il aida faiblement Stanislas à remonter sur le trône de Pologne, et, après quelques campagnes sur le Rhin et en Italie, signa le traité de Vienne, qui rétablit la paix. Par ce traité, Stanislas abdiquait ses droits au trône de Pologne : on lui accordait en dédommagement la Lorraine et le Barrois, pour être annexés à la France après sa mort. Le duc de Lorraine reçut en échange la Toscane (1738).

Bientôt commença la guerre de la Succession d’Autriche (1740)., dont la France voulait obtenir une partie, entreprise contre laquelle le cardinal Fleury avait protesté avant de mourir. Louis XV, à la tête d’une nombreuse armée, pénétra dans les Pays-Bas autrichiens. Le maréchal de Saxe, au service de la France, gagna sur les armées anglaise et hollandaise la bataille de Fontenoy, et conquit toute la Flandre (1745), tandis qu’une autre armée envahissait l’Italie, Enfin, les victoires de Raucoux et de Lawfeld (1747) firent trembler la Hollande. Tous ces succès furent balancés par des désastres dans nos colonies ; de plus, l’approche d’une armée russe détermina la France à signer la paix d’Aix-la-Chapelle, qui ne lui donnait aucune compensation de ses énormes sacrifices (1748). « À partir de cette époque, dit un historien, Louis XV disparut honteusement des affaires, se renfermant, comme les princes de l’Orient, au fond de son palais, laissant toute l’autorité à Mme de Pompadour, qui précipita la France dans la désastreuse guerre de Sept ans (1756), tandis que la ruine de nos colonies dans l’Inde et l’Amérique était suivie de l’anéantissement de notre marine. Le ministère du duc de Choiseul fit conclure le pacte de famille entre les diverses branches de la maison de Bourbon (1761). La paix de Paris, qui mit fin à la guerre de Sept ans (1763), décida de l’abandon presque total de nos colonies à l’Angleterre, qui dès lors ne rencontra plus d’obstacle à l’empire des mers. En 1766, la mort de Stanislas fit réunir la Lorraine à la France, qui acheta encore la Corse aux Génois. Humiliée et affaiblie sous le despotisme de Louis XV, la France ne put empêcher le démembrement de la Pologne. »

Les premières mesures de Louis XVI, dont l’avènement sembla ramoner le calme et la tranquillité dans le royaume, furent de rétablir les anciens parlements et de rendre plusieurs édits favorables au peuple. Lorsque ce prince infortuné monta sur le trône, la France semblait ruinée ; les finances se trouvaient dans un tel désordre que l’économie n’était plus un remède suffisant. Le roi épousa Marie-Antoinette, de la maison d’Autriche (1770). Il secourut les Américains dans leur guerre d’indépendance contre la tyrannique métropole, puis attaqua sur mer les Anglais, auxquels il opposa une marine qui se releva de ses anciens désastres ; la paix de Versailles (1783) nous rendit quelques colonies. L’ouverture des états généraux (1789) commença la grande Révolution. Les états se formèrent bientôt en Assemblée nationale constituante. Les biens du clergé et les domaines du roi, devenus biens nationaux, furent vendus pour rétablir les finances. En 1790, l’ancienne division par provinces fut abolie, et la France divisée en quatre-vingt-trois départements. Alors on ne tint compte ni des coutumes ni des souvenirs ; on abolit les privilèges ; il n’y eut plus ni Provence ni Bretagne, mais seulement la France, unité nationale poursuivie avec tant de constance depuis Hugues Capet. Avignon et le Comtat-Venaissin furent enlevés au pape et incorporés à la France. Tout cela s’accomplit au milieu d’une grande fermentation des esprits. L’Europe émue prit les armes. Les Prussiens et les Allemands attaquèrent la France par le nord. Dumouriez les repoussa ; il gagna la victoire de Valmy sur les Prussiens et celle de Jemmapes sur les Autrichiens (1792). Alors la Constituante, puis la Législative, dont nous n’avons point à retracer ici la marche et les travaux, furent remplacées par la Convention, qui abolit la royauté, proclama la République et concentra en elle seule tous les pouvoirs. Louis XVI monta sur l’échafaud (21 janvier 1703). Dumouriez, maître de la Belgique, alla faire quelques conquêtes en Hollande, tandis que d’autres généraux attaquaient l’Allemagne et que Bonaparte, alors simple officier d’artillerie, arrachait Toulon aux mains des Anglais. La Vendée soulevée lutta contre les troupes de la République avec une grande énergie. En même temps, le général Bonaparte accomplit sa célèbre campagne d’Italie. Par le traité de Campo-Formio, Bonaparte assura à la France la rive gauche du Rhin ; peu après (1798), il partit pour la funeste campagne d’Égypte. Pendant son absence, les Autrichiens et les. Russes enlevèrent à la France les provinces conquises en Allemagne et en Italie. Masséna, par sa victoire de Zurich, sauva la France d’une invasion. Bonaparte accourut d’Égypte, débarqua à Fréjus. Il fut nommé premier consul, après avoir, le 18 brumaire an VIII (19 novembre 1799), renversé le Directoire qui avait succédé à la Convention. Bonaparte commença alors cette gigantesque épopée, qui aboutit la paix de Lunéville (9 février 1801). La paix d’Amiens, signée l’année suivante avec l’Angleterre, obligea celle-ci à rendre toutes ses conquêtes dans les colonies ; mais la Grande-Bretagne ne tarda pas à reprendre les armes, et Bonaparte réunit à Boulogne une flotte immense pour transporter son armée en Angleterre. Ces préparatifs demeurèrent inutiles. Le pape Pie VII, qui avait conclu avec Bonaparte le concordat de 1801, vint couronner Napoléon empereur héréditaire des Français (1804), titre auquel l’ambitieux conquérant ajouta bientôt celui de roi d’Italie. Parvenu au but de ses ardents désirs, Bonaparte rêva la suprématie européenne. L’Angleterre, la Russie et l’Autriche s’unirent contre la France. Bonaparte, devenu Napoléon, répondit à cette redoutable alliance en se mettant en campagne avec la grande armée. Après avoir complètement détruit l’armée austro-russe dans une brillante série de victoires couronnée par la bataille d’Austerlitz, il signa, le 20 décembre, la paix de Presbourg, qui dépouillait l’Autriche de l’État de Venise, de la Dalmatie. de l’Albanie, etc., et donnait un nouvel accroissement au territoire français. L’année suivante, Napoléon, conquit le royaume de Naples et remporta les victoires d’Iéna et d’Auerstædt sur la Prusse, qui, malgré ses assurances de paix, était entrée dans une nouvelle coalition. En 1807, les batailles d’Eylau et de Friadland achevèrent la destruction des armées russes et amenèrent la paix de Tilsitt. Tant de puissance enivra Napoléon ; il envoya ses légions victorieuses asservir le Portugal et l’Espagne. Cette guerre injusted êvora ses armées et prépara sa chute. Cependant l’Autriche voulut recommencer la lutte avec le géant qui faisait encore trembler le monde. La guerre s’ouvre donc de nouveau en Allemagne, et les batailles d’Abensberg, d’Eckmühl, d’Ebersberg, d’Essling et de Wagram ont bientôt forcé l’empereur François à demander de nouveau une paix humiliante. Napoléon, se voyant sans postérité, divorça avec Joséphine Beauharnais pour épouser l’archiduchesse Marie-Louise, fille de l’empereur d’Autriche (1810). Cependant, partout en Europe les esprits fermentaient contre Napoléon ; la Russie enfin osa lui résister, et, en retirant ses armées jusque dans les steppes glacées de la Moscovie, amena le désastre de 1812. L’année suivante, les batailles de Dresde et de Leipzig ouvrirent aux alliés le chemin de la France, épuisée et fatiguée de tant de gloire si chèrement acquise. Malgré la glorieuse et brillante campagne de France, Napoléon dut abdiquer et se retirer à l’Ile d’Elbe (11 avril 1814). Louis XVIII monta sur le trône de France ; il y était à peine assis que Napoléon débarqua à Cannes (1er mars 1815) et arriva à Paris en triomphateur. Bientôt 300,000 hommes l’entourent, tandis que Louis XVIII se retire à Gand. Mais l’Europe lance ses dernières armées contre la France. Napoléon envahit la Belgique, remporte sur les Prussiens la victoire de Fleurus (16 juin) et va succomber à Waterloo. La France dut subir les fameux traités de 1815.

Le règne de Louis XVIII prouva que ce souverain n’avait rien appris, rien oublié. Le milliard des émigrés mit à deux doigts de la banqueroute la France, déjà ruinée par les guerres de l’Empire et par l’invasion. Mais si grande était la lassitude que, malgré la triste expédition d’Espagne, Louis XVIII put mourir dans son lit. Charles X, qui lui succéda, n’eut pas cette bonne fortune. Un réveil s’était produit dans les esprits. L’assassinat du duc de Berry, qui seul avait troublé le règne du père de Gand, avait lancé le gouvernement dans une voie funeste. Charles X voulut s’appuyer sur la réaction. Il fut brisé en 1830, malgré cette alliance du trône et de l’autel sur laquelle il avait cru pouvoir se reposer. La prise d’Alger fut le seul événement remarquable de ce règne sans gloire. Louis-Philippe, d’abord nommé lieutenant général du royaume, fut appelé au trône. Avec ce prince commence le despotisme de la bourgeoisie. Pour satisfaire aux exigences de cette classe à idées étroites et uniquement préoccupée de spéculations, le nouveau roi, qui ne se souvenait plus du duc d’Orléans, rompit avec son passé libéral et sacrifia constamment les intérêts des prolétaires. De nombreuses émeutes se produisirent sous son règne, qui s’épuisa dans des luttes stériles de parlement. Guizot, Thiers ; Thiers, Guizot, tel fut le jeu de bascule auquel la France assista pendant dix-huit ans. Guizot l’emporta et avec lui son système, qui nous débarrassa du dernier roi. Le 24 février, la République fut proclamée. Elle dura quelques mois. Le peuple, fatigué des intrigues d’une Assemblée réactionnaire et d’une faction bien connue sous le nom de Comité de la rue de Poitiers, se jeta dans les bras du prince Louis-Napoléon, neveu de l’empereur. L’ancien conspirateur de Strasbourg et de Boulogne fut d’abord nommé président de la République pour quatre ans ; puis, dans une nuit à jamais néfaste, il égorgea celle qui lui avait rendu une patrie, et l’Empire sortit, au matin du 3 décembre, d’un ruisseau de sang. Que dire de ce règne qui ne fut qu’une suite de rapines ? Rien, si ce n’est qu’il s’effondra le 4 septembre 1870 dans un ruisseau de boue. V. Napoléon III, Guerre de 1870 et Quatre septembre.

Tableau chronologique des souverains de la France.
première race.  mérovingiens.
Pharamond (douteux) 420
Clodion 428
Mérovée 447
Childéric 1er 458
Clovis 481-511
Premier partage.
austrasie.
Thierry Ier 511
Théodebert Ier 534
Théodebald 548-555
orléans.
Clodomir 511-524
paris.
Childebert Ier 511-558
neustrie.
Clotaire Ier
(Seul roi de 558 à 561.)
511
Deuxième partage.
paris.
Caribert 561-567
orléans et bourgogne.
Gontran 561-593
neustrie.
Chilpéric Ier 561
Clotaire II
(Seul roi depuis 613.)
584
Dagobert Ier 628-638
austrasie.
Sigebert 561
Childebert II
(roi de Bourgogne depuis 593.)
575
Théodebert II 595-612
bourgogne.
Thierry II 595-613
austrasie.
Sigebert II 638-656
Childéric II
(Seul roi depuis 670.)
660-673
Dagobert II 673-679

L’Austrasie, depuis 679, n’est plus gouvernée que par des ducs, qui, en 687, deviennent maires héréditaires de Neustrie et de Bourgogne :

Pépin d’Héristal, mort en  714
Charles-Martel, mort en  741
Pépin le Bref avec Carloman jusqu’en 747 ; seul de 747 à 768.
neustrie et bourgogne.
Clovis II
(Seul roi la dernière année.)
 638-656
Clotaire III  660
Thierry III  670
Clovis III  691
Childebert III  693
Dagobert III  711
Chilpéric II, désigné par les Neustriens  715
Clotaire IV, désigné par Charles-Martel  717
Interrègne  737
Childéric III  742
deuxième race.  carlovingiens.
Pépin le Bref  752
Charlemagne (avec Carloman jusqu’en 771)  768
Louis Ier, le Débonnaire  814
Charles II, le Chauve  840
Louis II, le Bègue  877
Louis III et Carloman  879
Carloman seul  882
Charles le Gros  884
Eudes (famille capétienne)  887
Charles III, le Simple, opposé à Eudes dès
893 ; seul roi à partir de

 898
Robert (famille capétienne), opposé à
Charles le Simple

 922
Louis IV, d’Outre-mer  936
Lothaire  954
Louis V  986
troisème race.  capétiens.
Capétiens directs.
Hugues Capet  987
Robert  996
Henri Ier 1031
Philippe Ier 1060
Louis VI, le Gros 1108
Louis VII, le Jeune 1137
Philippe II (Auguste) 1180
Louis VIII 1223
Louis IX (saint Louis) 1226
Philippe III, le Hardi 1270
Philippe IV, le Bel 1285
Louis X, le Hutin 1314
Jean Ier (posthume) 1316
Philippe V, le Long 1316
Charles IV, le Bel 1322
Valois (issus de Charles de Valois, frère de Philippe le Bel).
Philippe VI, de Valois 1328
Jean II, le Bon 1350
Charles V, le Sage 1364
Charles VI 1380
Charles VII 1422
Louis XI 1461
Charles VIII 1483
Valois-Orléans (issus de Louis d’Orléans, frère de Charles VI).
Première branche issue du premier fils de Louis d’Orléans.
Louis XII 1498
Seconde branche (Orléans-Angoulème, issue du troisième fils de Louis d’Orléans.
François Ier 1515
Henri II 1547
François II 1559
Charles IX 1560
Henri III 1574
Bourbons (issus de Robert, comte de Clermont, sixième fils de saint Louis).
Henri IV 1580
Louis XIII 1610
Louis XIV 1643
Louis XV 1715
Louis XVI
(Décapité en 1793.)
1774
République proclamée en 1792
1º Convention
1792
2º Directoire
1795
3º Consulat
1799
Napoléon Ier, empereur 1804
Louis XVIII 1814
Les Cent-Jours 1815
Louis XVIII 1815-1824
Charles X 1824-1830
Louis-Philippe Ier 1830-1848
République 1848-1852
Napoléon III, empereur 1852-1870
République (4 septembre) 1870

Litt. Langue et littérature française. V. français.

Beaux-arts. I. Architecture. L’histoire de l’architecture, en France, embrasse sept époques ou périodes principales : 1º l’époque antéhistorique, à laquelle se rapportent les monuments celtiques ou druidiques, de date et d’origine incertaines, et quelques monuments grecs et phéniciens, élevés dans le Midi, sur les bords de la Méditerranée, par les colons venus d’Orient ; 2º l’époque romaine ou gallo- romaine, qui date de la conquête des Gaules par César et prend fin au moment où les Francs assoient leur domination sur les rives de la Seine ; 3º l’époque latine, dont les monuments ne furent, à vrai dire, ’que des altérations de la construction romaine ; 4º l’époque romane, durant laquelle le style de la période précédente s’épure et finit par revêtir un caractère véritablement local ; 5º l’époque ogivale, improprement appelée l’ère gothique ; 6º l’époque de la Renaissance, pendant laquelle l’art de bâtir revient aux modèles de l’antiquité, sans toutefois se borner en France, comme dans d’autres pays, à des pastiches, à des réminiscences, mais finit par dégénérer, sous Louis XV, dans des conceptions d’un goût bizarre et quelque peu extravagant ; 7º l’époque contemporaine, dont le début est marqué par la réaction exagérée du classicisme gréco-romain, et qui, à travers la révolution romantique, aboutit à l’éclectisme actuellement en vigueur. Les articles spéciaux que le Grand Dictionnaire consacre à ces diverses formes de l’architecture nous dispensent d’entrer ici dans de longs développements. V. gothique, romano-celtique, gallo-romain, renaissance, ogival, classique.

Les constructions en pierres brutes, menhirs, dolmens, tumulus, allées couvertes, etc., que les Gaulois ont élevées sur divers points de leur territoire, principalement en Bretagne, attestent, par leurs dimensions colossales, des moyens mécaniques dont nous sommes justement étonnés ; mais il n’est guère permis de donner le nom d’architecture à l’art qui a consisté à transporter, à mettre debout, à équilibrer ces blocs énormes ou à en former de grossiers assemblages. Les Gaulois, comme la plupart des peuples de la race des Aryas, ont eu le goût du gigantesque ; ils n’ont pas possédé le sentiment du beau. Quant aux monuments d’origine grecque ou phénicienne, que quelques archéologues ont cru reconnaître dans le midi.de la France, ils n’ont aucune importance et sont, d’ailleurs, d’une authenticité douteuse ; il nous suffira de dire que Marseille, l’antique Massilia, fondée par les Phocéens, n’a conservé aucun vestige de la prospérité et de la puissance dont elle jouit avant l’arrivée des soldats de César.

En revanche, les monuments de l’époque romaine sont très-nombreux en France, bien que plusieurs des villes les plus florissantes de cette période, Autun et Lyon, entre autres, en aient été presque entièrement dépouillées par les ravages de l’invasion et les outrages du temps. Autun, la Bibracte gauloise, l’Augustodunum des Romains, possédait, au dire d’Eumène, des temples d’une rare magnificence, des théâtres et des cirques spacieux, des écoles célèbres, une vaste enceinte fortifiée ; il n’en reste que des débris peu considérables, entre autres, deux portes assez élégantes, les substructions d’un amphithéâtre, les restes d’un temple de Janus et un curieux monument funéraire appelé la pierre de Couhard. Lyon, dont Agrippa fit le point de jonction des quatre grandes voies qui sillonnaient les Gaules, où Auguste séjourna trois ans, où soixante tribus gauloises fondèrent, en l’honneur de ce prince, un temple magnifique, inauguré, l’an 744 de Rome, par Drusus ; Lyon, que Claude, Néron, Trajan, Adrien et Antonin le Pieux se plurent à embellir, n’a conservé, en fait d’antiquités, que les ruines des vastes aqueducs qui y amenaient les eaux du Mont-d’Or, du mont Pilât et des montagnes de Montromont. Incendiée par Septime Sévère, après la victoire de ce prince sur Albin (197), la capitale de la Lyonnaise tomba et demeura au rang de simple municipe jusqu’à la fin de la domination romaine. Tandis que Lyon s’éclipsait ainsi, Arles parvenait à l’apogée de la prospérité, et l’on peut dire de la puissance. Constantin y résida, y éleva de nombreux édifices, et pensa mémo, un instant, dit-on, à en faire la capitale de son immense empire. Malgré les ravages commis, dans la suite, par les barbares, et malgré le zèle iconoclaste des premiers chrétiens, Arles est une des villes de France les plus intéressantes sous le rapport des antiquités : les ruines du théâtre d’Auguste, et surtout les Arènes, l’un des plus beaux types de l’architecture romaine, suffisent pour attester combien cette ville dut être florissante. Avignon, que Pline et Pomponius Mela placent au premier rang des cités de la Grande Narbonnaise, n’offre pas de vestiges de la domination romaine. Mais, dans les villes voisines, les antiquités abondent : Orange, Carpentras, Cavaillon possèdent de remarquables arcs de triomphe ; à Orange, on admire, en outre, les ruines d’un théâtre. A Marseille, l’art romain, comme l’art grec, n’a laissé aucune trace ; mais, à quelques lieues de cette ville, à Saint-Chainas, on remarque un beau pont monumental, le pont Flavien. A Nîmes comme à Arles, la civilisation romaine a marque son empreinte dans des édifices d’une rare élégance : les Arènes, la Maison-Carrée, la fontaine de Diane, la tour Magne, la porte d’Auguste et la porte de France, sont connues de tous les antiquaires ; il faut y ajouter le célèbre pont du Gard, situé à 18 kilomètres environ de Nîmes, œuvre magnifique du génie antique, que l’Italie peut envier à la France. En revenant dans la vallée du Rhône, nous trouvons Vienne, l’antique capitale des Allobroges, qui, sous les Romains, devint l’une des plus belles villes de la Gaule : Martial, Ausone ont vanté son opulence ; d’autres écrivains nous apprennent que plusieurs de ses rues étaient pavées en mosaïque ; parmi les monuments de l’époque romaine qu’on y admire encore, nous citerons le temple d’Auguste et de Livie, dont les proportions rappellent celles de la Maison-Carrée de Nîmes, les portiques du Forum, un théâtre et une pyramide funéraire, dans laquelle certains archéologues ont prétendu reconnaître le tombeau de Ponce-Pilate. Les monuments romains sont rares dans le sud-ouest de la France ; on ne peut guère citer que des restes de remparts à Carcassonne ; des fragments empruntés à divers édifices et encastrés dans les parois extérieures des murs de Narbonne ; les portiques d’un amphithéâtre appelé vulgairement le palais Gallien, à Bordeaux ; un arc de triomphe, des thermes, et un amphithéâtre à Saintes, etc. Sur les bords de la Loire, à Tours, on voit une muraille galloromaine du ive siècle siècle et les substructions d’un vaste amphithéâtre. Dans le Nord, les antiquités romaines les plus remarquables sont les Thermes de Julien, à Paris ; un aqueduc à Metz ; un arc de triomphe à Besançon, dit la Porte Noire, un monument analogue à Reims ; une construction militaire, dite la Tour de César, à Provins, etc.

« Lorsque les barbares firent irruption dans les Gaules, dit M. Viollet-le-Duc, le sol était couvert de monuments romains ; les populations indigènes étaient formées de longue main à la vie romaine ; aussi fallut-il trois siècles de désastres pour faire oublier les traditions antiques. Au vie siècle il existait encore, au milieu des villes gallo-romaines, un grand nombre d’édifices épargnés par la dévastation et l’incendie ; mais les arts n’avaient plus, quand ils s’établirent définitivement sur le sol, un seul représentant ; personne ne pouvait dire comment avaient été élevés les monuments romains. Des exemples étaient encore debout, comme des énigmes à deviner pour ces populations neuves. Tout ce qui tient à la vie journalière, le gouvernement de la cité, la langue, avait encore survécu au désastre ; mais l’art de l’architecture, qui demande de l’étude, du temps, du calme pour se produire, était nécessairement tombé dans l’oubli. » Les quelques fragments d’architecture qui nous restent du vie, du viie et du viiie siècle, ne sont que de pâles reflet de l’art romain. Les églises sont bâties sur le modèle de la basilique ; les habitations des rois et des grands, sur le modèle de la villa galloromaine. C’est à cette reproduction maladroite des types romains que quelques archéologues donnent le nom de style latin ou de roman primitif. Le bois tenait une grande place dans les constructions de cette période ; tous les édifices étaient couverts d’une charpente apparente ; beaucoup même étaient entièrement faits de bois : c’est ce qui explique pourquoi il est si souvent question, dans l’histoire de ce temps, de monuments détruits par des incendies. Ordinairement, les églises de cette époque possédaient, sous l’abside, une crvpte dans laquelle était déposé un corps saint. Plusieurs de ces constructions souterraines ont échappé à la ruine des édifices qui les recouvraient, et ont été conservées lors de la réédification de ces monuments. Au reste, l’usage des cryptes se maintint jusqu’à la fin de l’ère romane. et c’est même du xie siècle et du xiie que datent la plupart de celles que nous voyons aujourd’hui.

Parmi les rares églises françaises où l’on retrouve le style latin ou style roman primitif, une des plus intéressantes est l’église de la Basse-Œuvre, à Beauvais, que l’on croit avoir été construite vers la fin du viiie siècle. La nef est celle d’une basilique romaine avec ses collatéraux ; elle était primitivement couverte par une charpente ; elle a deux rangs de piliers à section carrée, portant des archivoltes plein-cintre ; l’emploi du petit appareil et des cordons de briques révèle nettement la méthode de construction romaine. Ce style apparaît plus franchement encore dans le baptistère de Venasque (Vaucluse) : cet édifice, qui est voûté, et qui, d’ailleurs, est de très-petites dimensions, ressemble à une salle de thermes antiques ; il remonte au viiie ou au ixe siècle. L’influence latine se maintint, pendant presque toute la durée de l’ère romane, dans les régions du sud-est de la France ; mais, dans les autres provinces, elle s’altéra plus ou moins rapidement, suivant que ces provinces se mirent en rapport avec des centres de civilisation voisins, ou trouvèrent, dans leur propre sein, des éléments nouveaux. De là une très-grande variété de types dans l’architecture romane.

Le règne de Charlemagne fut, pour l’architecture comme pour les autres arts, une époque de grande prospérité. Ce prince déploya un zèle extrême pour bâtir des églises et des palais. Emeric David, ordinairement si judicieux, se trompe lorsqu’il dit que « Charlemagne suivit les Romains dans tout ce qu’il construisit à Aix-la-Chapelle. » La magnifique cathédrale de cette ville révèle, par de nombreux détails de construction et d’ornementation, notamment par sa coupole centrale, l’introduction d’un style nouveau venu de l’Orient. Le puissant empereur avait mandé de Byzance des architectes qui enseignèrent aux nôtres leur méthode de bâtir. L’art latin, toutefois, ne fut pas entièrement abandonné ; il fut associé à l’art byzantin, et il en résulta une forme d’architecture particulière, à laquelle on a donné le nom de style romano-byzantin. Ce style, dont le caractère spécial est la coupole portée sur pendentifs, ne fut pas seulement en vigueur sur les bords du Rhin ; on le retrouve dans les provinces du sud-ouest, le long des Pyrénées et dans le bassin de la Garonne, où il florit du xe au xiie siècle : l’église abbatiale de Saint-Front, aujourd’hui cathédrale de Périgueux, est le plus ancien et le plus remarquable monument romano-byzantin qu’il y ait dans ces provinces ; comme Saint-Marc de Venise, dont elle a presque les dimensions, elle est couverte par cinq coupoles posées sur de larges arcs doubleaux et sur pendentifs. Les détails seuls accusent la manière romane. Saint-Front est le type d’où sont dérivées les nombreuses églises à coupoles qui furent construites dans l’Aquitaine au xie et au xiie siècle, et dont les principales sont les cathédrales de Cahors et d’Angoulême, les abbatiales de Souillac, de Saint-Amand-de-Boixe, de Saint-Avit-Senieur, de Fontevrault et de Saint-Hitaire de Poitiers, les églises de Solignac, de Gensac, de Trémolac, de Saint-Emilion.

Après la mort de Charlemagne, au ixe et xe siècle, l’art roman proprement dit ne produisit qu’un bien petit nombre d’édifices remarquables ; parmi ceux qui nous restent de cette période, il nous suffira de citer la nef de l’abbatiale de Saint-Remy, à Reims, construite pour recevoir une charpente, avec doubles collatéraux voûtés ; l’église de Vignory, dans la Haute-Marne ; les églises de Beaugency et de Germiny-les-Près, dans le Loiret ; de Saint-Menoux, dans l’Allier ; de Saint-Jean, au Puy ; d’Ainay, à Lyon ; la crypte de la cathédrale d’Auxerre ; le porche de l’église de Poissy et la tour de Saint-Germain-des-Prés, à Paris.

Avec le xie siècle commence une véritable renaissance pour l’architecture. Une activité prodigieuse se manifesta dans toutes les provinces ; l’art roman se dépouilla rapidement de sa barbarie primitive et enfanta d’innombrables édifices d’un caractère à la fois plus pur et plus riche, plus grandiose et plus noble. L’honneur de cette rénovation appartient aux puissantes corporations monastiques, qui possédaient alors, le privilège et en quelque sorte le monopole de la science, et qui, à la supériorité intellectuelle, joignaient une influence politique, due non-seulement à leurs immenses richesses, mais surtout à la résistance qu’elles ne cessaient d’opposer au despotisme aveugle de la féodalité et à son esprit de désordre. Les monastères français devinrent des écoles où se formèrent des maîtres qui se répandirent ensuite dans tous les pays de la chrétienté.

La célèbre abbaye de Cluny, en Bourgogne, fut l’un des centres artistiques les plus importants de cette belle période ; son église, commencée vers la fin du xie siècle et dédiée en 1131, était la plus vaste qu’il y eût en Occident ; il’n’en reste qu’une des branches du transsept. L’école clunisienne ou bourguignonne, dit M. Viollet-le-Duc, fit, la première, des efforts persistants pour allier la voûte au plan de la basilique antique. Nous en avons un exemple complet dans la nef de la magnifique abbatiale de Vézelay, construite au xie siècle . Au xiie siècle , cette école, parvenue à sa plus haute perfection, emprunte aux édifices antiques certains détails d’architecture, tels que les pilastres cannelés et les corniches à modillons ; elle couvre le sol d’une quantité d’églises bâties en grands et solides matériaux, dont les principales sont : l’abbatiale de La Charité-sur-Loire ; les églises de Paray-le-Monial, de Semur en Brionnais ; du Bois-Sainte-Marie et de Châteauneuf, dans Saône-et-Loire ; de Saulieu, de Beaune et de Saint-Philibert de Dijon, dans la Cote-d’Or, etc. D’autres églises bourguignonnes, bien que n’ayant pas été construites par les clunisiens, présentent les plus grandes analogies avec les œuvres de cette école : telles sont l’abbatiale de Saint-Philibert, de Tournus, et la cathédrale d’Autun, la première avec nef du commencement du xie siècle, précédée d’un vaste narthex à deux étages, la deuxième bâtie au xiie siècle.

L’école auvergnate peut passer pour la plus belle école romane, selon Al. Viollet-le-Duc ; seule, elle sut, dès le xie siècle, élever des églises entièrement voûtées et parfaitement solides ; elle s’étendait, au Nord, jusque sur les bords de l’Allier et de la Nièvre ; au Sud, jusqu’à Toulouse. Parmi les édifices qu’elle a élevés, nous citerons : au xie siècle, la cathédrale du Puy, l’église Saint-Jean, dans la même ville ; les églises do Polignac ; de Notre-Dame-du-Port, à Clermont ; de Royat ; de Saint-Paul, à Issoire ; de Saint-Nectaire, d’Ennezat, de Gannat, de Saint-Pourçain ; au xiie siècle : l’abbatiale de Saint-Sernin, à Toulouse ; la cathédrale de Tulle ; les églises de Cogniat, de Chantel et de Châtel-Montagne, dans l’Allier ; de Beaulieu et d’Uzerches, dans la Corrèze ; de Saint-Etienne, à Nevers ; de Saint-Julien, à Brioude ; de Saint-Martin, à Brive-la-Gaillarde.

Dans le Poitou, l’art roman produisit, dès le xie siècle, comme en Auvergne, des églises voûtées durables, en contre-butant les voûtes des grandes nefs par celles des collatéraux ; mais, tandis que les églises auvergnates comprennent des collatéraux voûtés en arêtes, avec galeries supérieures, les églises romanes du Poitou se composent généralement de trois nefs à peu près égales en hauteur, voûtées au moyen de trois berceaux, disposition qui est loin d’avoir la môme élégance. L’école poitevine se laissa d’ailleurs influencer par l’école du Périgord, dont nous avons signalé plus haut le caractère byzantin : à son exemple, elle admit le système des coupoles, notamment dans la construction de l’église Saint-Hilaire, de Poitiers, qui date du xie siècle. A ce même siècle appartiennent la nef de l’abbatiale de Saint-Savin, le porche et la nef de la cathédrale de Limoges ; au xiie siècle, la cathédrale de Poitiers, la façade de Notre-Dame-la-Grande et l’église de Sainte-Radogonde, de la même ville ; les abbatiales de Charroux et de Solignac ; l’abbatiale du Dorat, qui offre un mélange du style auvergnat et du style périgourdin ; les églises de Parthonay, de Melle, d’Airvault et de Bressuire, dans les Deux-Sèvres.

L’école normande conserva, plus longtemps que les autres, le système des couvertures en charpente apparente, sauf pour les sanctuaires, qui étaient voûtés en cul-de-four ; c’est d’après ce principe que furent élevées les deux abbatiales de Saint-Étienne et de la Trinité, à Caen, fondées par Guillaume le Conquérant et Mathilde, sa femme. Les Normands furent, d’ailleurs, d’habiles et actifs constructeurs. Au xie siècle furent bâties les deux abbatiales que nous venons de citer, la cathédrale d’Evreux (continuée pendant les siècles suivants et achevée seulement au xvie siècle), et l’église du Mont-Saint-Michel ; au xiie, une des tours et une partie du chœur de la cathédrale de Rouen, les abbatiales d’Eu, de Saint-Georges de Bocheville, de Jumiéges et de Saint-Wandrille ; les églises de Saint-Gilles et de Saint-Nicolas, à Caen ; la partie inférieure de la nef de la cathédrale de Bayeux, l’église de Sainte-Marie-aux-Anglais, etc.

L’école champenoise, comme l’école normande, continua à faire usage des couvertures en charpente jusqu’au xie siècle et même jusqu’au xiie ; mais elle déploya dans les autres dispositions architectoniques un style ample et robuste. Ses principales productions sont : au xie siècle, l’église de Saint-Jean, à Châlons, et certaines parties de Saint-Remy, de Reims ; au xiie, une des tours de la cathédrale de Châlons et l’église Notre-Dame de la même ville, le chœur de Saint-Remy, et la cathédrale de Langres, bel édifice qui semble avoir été élevé sous l’influence de l’école bourguignonne. À son tour, l’école champenoise propagea son style jusque dans la Brie, où furent élevés, au xiie siècle, quelques jolis édifices, entre autres, les églises de Saint-Quiriace, à Provins, de Moret, de Nemours, etc. La cathédrale de Meaux, qui date do la même époque, appartient à une autre école, celle de l’Ile-de-France.

L’école de l’Ile-de-France ou école française proprement dite, qui s’est développée dans un rayon assez étendu autour de Paris, a produit dés œuvres de la plus grande importance pendant la période romane : au xie siècle, la crypte de l’abbatiale de Saint-Denis ; la nef de Saint-Germain-des-Prés et le chœur de Saint-Martin-des-Champs, à Paris ; la façade de l’église de la Basse-Œuvre, le narthex à deux étages de l’abbatiale de Saint-Leu d’Esserent et l’abbatiale de Morienval, dans l’Oise ; au xiie siècle, la célèbre abbatiale de Saint-Denis, bâtie par l’abbé Suger, ministre de Louis VII, reconstruite en partie sous Louis IX ; la cathédrale de Paris, commencée vers 1180, le chœur de Saint-Germain-des-Prés et l’église Saint-Julien-le-Pauvre, à Paris ; les églises de Boulogne et de Montmartre ; la nef, le chœur et les clochers de l’église de Poissy ; les églises Notre-Dame d’Etampes, Notre-Dame de Mantes, de Vernouillet (sauf le clocher, qui est du xiiie siècle), de la Ferté-Aleps, de Tracy-le-Val, de Creil-en-l’Ile ; les anciennes cathédrales de Senlis et de Noyon, la nef de Saint-Etienne, de Beauvais, l’abbatiale de Saint-Germer, etc.

L’école lyonnaise, qui procédait à la fois de l’école bourguignonne et de l’école auvergnate, construisit : au xie siècle, le clocher et l’abside de l’église d’Ainay ; au xiie, le chœur de la cathédrale de Lyon, la cathédrale de Valence, l’église de Nantua, l’église de Saint-Chef (Isère), composée d’une large nef couverte en charpente, avec collatéraux, d’un transsept étroit et d’une abside circufaire, qui sont voûtés, etc.

Diverses écoles florirent dans le Midi pendant la période romane ; en général, elles se distinguent par un goût persistant pour certains détails de l’architecture antique. Parmi les édifices qu’elles élevèrent, nous citerons : l’ancienne cathédrale de Saint-Nazaire, à Carcassonne, l’un des plus remarquables édifices du midi de la France (le chœur et le transsept sont du xive siècle) ; l’église circulaire de Rieux-Minervais, dans l’Aude, l’abbatiale de Saint-Victor, à Marseille, le narthex à trois étages de l’abbatiale de Moissac (Tarn-et-Garonne) ; au xiie siècle, les cathédrales de Toulouse, de Bézrers, les abbatiales de Saint-Gilles (Gard), de Fontfroide (Aude), de Sainte-Foi, à Conques (Aveyron), de Saint-Guilhem-le-Désert (Hérault), du Thoronnet (Var), de Saint-Trophime, à Arles, de Silvacane (Bouches-du-Rhône), de Saint-Martin-du-Canigou (Pyrénées-Orientales), le chœur de l’église Saint-Paul, à Narbonne (avec bas-côtés et chapelles rayonnantes), les églises de Thor (Vaucluse), des Saintes-Maries, en Provence, d’Elne et de Serrabone (Pyrénées-Orientales), de Saint-Gaudens (Haute-Garonne), de Saint-Macaire (Hérault), de Loupiac-de-Cadillac (Gironde), etc. En remontant vers la Loire, on rencontre l’école byzantine du Périgord, dont il a été parlé ci-dessus, et sa voisine, l’école de la Saintonge, dont les types les plus purs, au xiie siècle, sont les églises Saint-Eutrope et Sainte-Marie-des-Dames, à Saintes, et l’église de Surgères. L’influence de ces deux écoles se fait sentir dans quelques provinces du bassin de la Loire, le Berry, l’Orléanais, la Touraine, l’Anjou, le Maine, le Limousin, la Manche, et y fait naître un style mixte auquel appartiennent : au xie siècle, la crypte de la cathédrale de Chartres, l’église circulaire de Neuvy-Saint-Sépulcre (Indre), l’église Saint-Ours, de Loches, le mngnifique narthex de l’abbatiale de Saint-Benoît-sur-Loire, la nef de la cathédrale du Mans, primitivement couverte par une charpente, et l’église Notre-Dame-du-Pré, dans la même ville ; au xiie siècle, la cathédrale d’Angers, les abbatiales de Fontgombaud, de la Trinité, à Vendôme, de Déols, près de Châteauroux, du Dorât (Haute-Vienne) et de Saint-Benoît-sur-Loire ; les églises de Saint-Laumer, à Blois, de Notre-Dame-de-la-Coulture, au Mans, de Saint-Genou (Indre) et de la Souterraine (Creuse). Cette dernière église, l’un des exemples les plus remarquables du style mixte que nous venons de signaler, présente deux coupoles, l’une sur la première travée, avec clocher au-dessus, l’autre au centre de la croisée ; elle a une abside carrée, une crypte, quatre chapelles dans les bras de la croix ; ses collatéraux sont très-étroits et très-élevés, leurs voûtes contre-butent celles de la nef.

Dans le nord de la France, l’école flamande a laissé fort peu de productions de l’époque romane. En Alsace, l’école rhénane, qui n avait pas cessé de travailler activement depuis le règne de Charlemagne, jette un nouvel et plus vif éclat au xiie siècle ; c’est alors que furent construits le chœur et le transsept de la cathédrale de Strasbourg, l’abbatiale de Marmoutier, les églises de Schelestadt, de Guebwiller, de Rosheim, de Murbach, de Neuwiller, etc. La cathédrale de Besançon, bâtie à la même époque, appartient aussi à l’école rhénane.

Le xiie siècle fut une époque de grand travail artistique : l’art de bâtir fit d’immenses efforts, se modifia, se perfectionna peu à peu, et finit par créer un style tout nouveau. « L’architecture romane des xe et xie siècles, qui a encore une apparence écrasée, lourde et massive, se développe au xiie siècle, dit M. D. Ramée : elle devient plus majestueuse et plus élancée, plus élégante, plus proportionnée dans les diverses parties qui la composent, plus harmonieuse dans son ensemble, et enfin plus légère et plus délicate. La ligne perpendiculaire, la plus noble de toutes celles employées dans l’architecture, commence à prédominer et a attirer l’attention : les portes se haussent, les nefs s’élèvent, les fenêtres s’élancent ; nous voyons apparaître des clochers d’une grande hauteur, mais la pyramide polygonale qui les surmonte reste encore peu élevée. » Un grand mouvement politique et social, l’émancipation des communes, l’affermissement du pouvoir royal, l’abaissement de la féodalité, favorisèrent les efforts des artistes et des savants. A la fin du xiie siècle, l’architecture, tout en conservant quelque chose de son origine théocratique, commence à être pratiquée par des artistes laïques. « Bien qu’elle soit contenue encore dans les traditions romanes, dit M. Viollet-le-Duc, elle prend un caractère de soudaineté qui fait pressentir ce qu’elle deviendra cinquante ans plus tard ; elle laisse apparaître parfois des hardiesses étranges, des tentatives qui bientôt deviendront des règles. Chaque province élève de vastes édifices qui vont servir de types ; et, au milieu de ces travaux partiels, mais qui se développent rapidement, le domaine royal conserve le premier rang… Philippe-Auguste régnait alors ; son habileté comme politique, son caractère prudent et hardi à la fois, élevaient la royauté à un degré de puissance inconnue depuis Charlemagne. L’un des premiers, il avait su occuper sa noblesse à des entreprises vraiment nationales… Le pays se constituait enfin ; l’unité gouvernementale apparaissait, et, sous son influence, l’architecture se dépouillait de ses vieilles formes, empruntées de tous côtés, pour se ranger, elle aussi, sous des lois qui en firent un art national. »

L’innovation hardie qui allait amener la transformation de l’architecture française fut la construction des voûtes en tiers-point ou voûtes ogivales. On a beaucoup discuté sur l’origine de cette forme architectonique ; il est certain qu’on trouve, en divers pays, surtout en Orient, longtemps avant l’ère ogivale française, des exemples d’arc en tiers-point ; mais, de même que l’emploi qui fut fait de l’huile pour le mélange des couleurs, par des peintres bien antérieurs aux Van Eyck, n’enlève pas à ces derniers l’honneur d’avoir généralisé et fait prédominer ce genre de peinture ; de même l’emploi systématique, raisonné, qui a été fait de l’ogive par nos constructeurs nationaux, doit faire considérer l’architecture ogivale ou gothique comme un art éminemment français.

Voici, d’après M. Viollet-le-Duc, comment s’opéra cette grande révolution architectonique : « Dès le milieu du xiie siècle, les constructeurs avaient reconnu que l’arc plein-cintre avait une force de poussée trop considérable pour pouvoir être élevé à une grande hauteur sur des murs minces ou des piles isolées, surtout dans de larges vaisseaux, à moins d’être maintenu par des culées énormes ; ils remplacèrent l’arc plein-cintre par l’arc en tiers-point, conservant seulement l’arc plein-cintre pour les fenêtres et les portées de peu de largeur ; ils renoncèrent complètement a la voûte en berceau, dont la poussée continue devait être maintenue par une butée continue. Réduisant les points résistants de leur construction à des piles, ils s’ingénièrent à faire tomber tout le poids et la poussée de leurs voûtes sur ces piles, n’ayant plus alors qu’à les maintenir par des arcs-boutants indépendants, et reportant toutes les pesanteurs en dehors des grands édifices… Evidant de plus en plus leurs édifices, et reconnaissant à l’arc en tiers-point une grande force de résistance en même temps qu’une faible action d’écartement, ils l’appliquèrent partout, en abandonnant l’arc plein-cintre, même dans l’architecture civile. »

Le xiie siècle fut ainsi une véritable époque de transition, durant laquelle l’ogive se substitua timidement, lentement, progressivement au plein-cintre, s’associant d’abord à lui dans la construction des voûtes et des arcades, comme on le voit dans plusieurs des monuments que nous avons cités. Elle fait sa première apparition, en France, au portail de Saint-Denis, en 1140 ; puis on la voit, au portail de Chartres, en 1145, au chœur de Saint-Germain-des-Prés, en 1163, et à celui de Notre-Dame de Paris, en 1182. Au xiiie siècle, l’art ogival se développe avec ampleur, avec hardiesse, et, en même temps, avec une science admirable ; il ne se borne plus à remplacer le plein-cintre par l’ogive en tiers-point, il adopte une méthode de construction complètement nouvelle, dont toutes les parties se déduisent les unes des autres avec une rigueur impérieuse ; il affecte même un système d’ornementation qui n’a rien de commun avec celui de l’époque précédente. « Le xiiie siècle, a dit M. de Caumont, est la belle époque de l’architecture ogivale. Dès le xive siècle, il y eut moins de rectitude dans les lignes, moins d’harmonie dans l’ensemble ; l’architecture perdit de son élévation ; on remarqua plus de recherche et moins de naïveté dans les figures… Une pensée domine dans les monuments du xiiie siècle, savoir : l’élancement, la direction vers le ciel. » On a donné au style de cette belle période le nom de style ogival primitif ou à lancettes ; par ce mot de lancettes, les Anglais désignent les fenêtres de cette époque, qui, par leur forme étroite, élancée et aiguë, rappellent vaguement un fer de lance.

Les plus beaux spécimens de l’architecture religieuse du xiiie siècle sont : la nef et le portail de Notre-Dame de Paris et les deux pignons du transsept du même édifice, construits, en 1257, par Jean de Chelles ; la Sainte-Chapelle, bâtie par Pierre de Montereau ; la cathédrale d’Amiens, une des merveilles de l’art ogival, élevée, de 1220 à 1288, par Robert de Luzarches, par Thomas de Cormont et son fils Regnault ; la cathédrale de Reims, commencée, eu 1212, sur les plans de Robert de Coucy ; le chœur de la cathédrale de Beauvais, le plus large qu’il y ait en France ; la nef et le chœur de la cathédrale de Chartres ; les chœurs des cathédrales de Troyes, d’Auxerre, de Soissons, de Tours, du Mans ; les cathédrales de Bourges, de Coutances, de Laon ; d’importantes parties des cathédrales de Séez, de Bayeux, de Dijon, de Toul ; les nefs des cathédrales de Metz et de Strasbourg, et le portail de ce dernier édifice, commencé, en 1277, par le célèbre architecte Erwin de Steinbach ; l’abbatiale de Saint-Yved, à Braisnes (Aisne), et celle de Saint-Julien, à Tours ; les églises de Saint-Urbain, à Troyes, de Notre-Dame de Dijon, de Notre-Dame de Semur, de Flavigny (Côte d’Or) ; de Saint-Pierre, à Chartres, de Saint-Amand et de Montiérender, en Champagne, de Mousson (Meurthe) et de Saint-Hilaire, à Melle (Deux-Sèvres). Ces divers édifices sont situés dans les provinces du Nord ; l’art ogival pénétra plus tardivement dans le Midi : toutefois, le xiiie siècle vit s’élever à Agen une église entièrement gothique, celle des Jacobins.

Le style gothique ou ogival du xive siècle, auquel les archéologues ont donné le nom de rayonnant, ne diffère de celui du xiiie siècle que par une plus grande variété, une plus grande richesse dans l’ornementation. Suivant les uns, il perdit ainsi de sa pureté et de sa gravité ; suivant d’autres, il atteignit à son plus haut degré de puissance et de perfection, et sut allier la grandeur à l’élégance, la majesté à la richesse. Cette question, comme toutes les questions de goût, ne saurait être tranchée d’une manière absolue (de gustibus et coloribus, etc.) ; nous nous contenterons de dire qu’à notre avis l’art ogival ne fit que développer, au xive siècle, les qualités en germe dans ses productions antérieures. Ce siècle acheva et ornementa beaucoup d’églises commencées au xiie ; la plus belle, parmi celles qu’il construisit, est l’abbatiale de Saint-Ouen, à Rouen, qui fut terminée seulement au xve siècle. A la même époque appartiennent la façade de la cathédrale de Lyon, celle de l’église Saint-Martin, à Laon, la nef et le transsept de la cathédrale d’Auxerre, le chœur de la cathédrale de Viviers, les chapelles du chœur de Notre-Dame de Paris, les pignons du transsept de la cathédrale de Rouen. La nouvelle architecture produisit, dans le Midi, le chœur et la nef de l’ancienne cathédrale de Carcassonne, la nef et le cloître de l’ancienne cathédrale de Béziers, la nef de la cathédrale d’Albi et l’église Saint-Hilaire, à Agen.

Au xve siècle, le style ogival s’épanouit complètement ; c’est un luxe, une prodigalité d’ornements qui justifient bien le nom de fleuri ou de flamboyant donné à ce style. Les constructions les plus remarquables de cette période sont : la façade de la cathédrale de Rouen et l’église de Saint-Maclou, dans la même ville ; l’église de Notre-Dame-de-l’Epine, en Champagne ; le chœur de Saint-Germain-l’Auxerrois, à Paris ; celui de la cathédrale de Metz et celui de la cathédrale de Toulouse ; la magnifique flèche de la cathédrale de Strasbourg, celle de la cathédrale d’Autun ; la nef de la cathédrale de Nantes ; le chœur de Saint-Étienne, à Beauvais ; la façade et le clocher de l’église Saint-Martin, à Clamecy ; le chœur de l’église du Mont-Saint-Michel. Le xve siècle termina ou modifia beaucoup d’églises anciennes, mais il en bâtit peu de fond en comble.

Pendant la période ogivale, l’architecture civile et l’architecture militaire élevèrent d’importants monuments : forteresses, châteaux, palais, hôtels de ville, hôpitaux, halles, bourses. On trouvera, dans les articles spéciaux consacrés à ces divers mots, l’indication de ceux de ces édifices qui se sont conservés jusqu’à nous.

Aux noms des architectes de cette période que nous avons déjà cités, il faut ajouter ceux de Jean d’Orbois, qui fut employé aux travaux de la cathédrale de Reims ; Eudes de Montreuil, qui construisit, à Paris, plusieurs églises aujourd’hui détruites ; Jean Ravy, qui travailla à Notre-Dame de Paris ; Enguerrand Le Riche, architecte de la cathédrale de Beauvais ; Hugues Libergier, qui bâtit, à Reims, l’église Saint-Nicaise, chef-d’œuvre malheureusement détruit ; Villard de Honnecourt, qui dirigea les travaux du chœur de la cathédrale de Cambrai ; Jean Langlois, architecte de Saint- Urbain, à Troyes ; Pierre de Corbie, artiste éminent, constructeur de plusieurs églises en Picardie ; Guillaume de Sens, qui bâtit, au xiie siècle, la cathédrale de Cantorbéry ; Matthieu d’Arras et Pierre de Boulogne, par qui fut élevée la cathédrale de Prague, etc.

Vers la fin du xve siècle et le commencement du xvie, sous les règnes de Louis XII et de François Ier, des artistes italiens, Fra Giocondo, Serlio, Vignole, importeront le goût de l’architecture néo-romaine, dite de la Renaissance. Toutefois, les dispositions de l’art ogival ne furent pas complètement abandonnées ; elles persistèrent longtemps encore, surtout dans l’architecture religieuse, et furent associées, la plus souvent, aux formes de l’architure romaine antique. Parmi les architectes de cette période de transition, on nomme Roger Ango, architecte du Palais de justice de Rouen ; Pierre Desaubeaux et les frères Leroux, architectes et sculpteurs de Notre-Dame et de Saint-Maclou, dans la même ville ; François Gentil, qui travaillait à Troyes ; Pilon l’Ancien, à Solesmes : Michel Colombe, à Nantes ; François Marchand et Viart, à Orléans ; Pierre Valence et Jean Juste, à Tours. C’est par ces deux derniers que fut construite la splendide résidence du cardinal d’Amboise, à Gaillon.

Au xvie siècle, le style italien prédomine dans la contsruction des palais, des châteaux et des hôtels aristocratiques. En 1533, Dominique Boccadoro, de Cortone, donna les plans de l’Hôtel de ville de Paris. A ce même siècle appartiennent la grande façade du château de Blois, l’hôtel de Jacques Cœur à Bourges, les châteaux de Madrid, de la Muette, de Saint-Germain-en-Laye, de Chantilly, de Villers-Cotterets, d’Ecouen, d’Azay-le-Rideau, de Chambord. L’école française produisit alors d’éminents artistes. Philibert Delorrae bâtit le château d’Anet et commença les Tuileries, que continuèrent Bullant et Androuet Du Cerceau. Pierre Lescot construit une partie du Louvre et la fontaine des Innocents. Jamin continue le château de Fontainebleau, commencé par l’Italien Serlio. Nicolas Bachelier et son fils élèvent d’élégants hôtels à Toulouse.

Nous avons dit eue l’architecture religieuse demeura plus fidèle que l’architecture civile au style ogival. Les chapelles des châteaux de Chenonceaux, de Blois, d’Ecouen, sont construites dans ce style, ainsi que les flèches de la cathédrale de Chartres, de Notre-Dame de Rouen, do Saint-André, à Bordeaux, de Saint-Jean, à Soissons, de Saint-Pierre, à Coutances, les façades de la cathédrale de Tours et de l’église Saint-Michel, à Dijon, les églises de Brou (Ain), de Saint-Pierre, à Caen, de la Ferté-Bernard (Sarthe), de Saint-Wulfran, à Abbeville, de Saint-Eustache, à Paris. M. Viollet-le-Duc a dit de ce dernier édifice : « C’est une sorte de squelette gothique revêtu de haillons romains cousus ensemble comme les pièces d’un habit d’arlequin. » Ce jugement sévère pourrait s’appliquer à beaucoup d’édifices du xvie siècle.

Au xviie siècle, les architectes français s’abandonnent tout à fait à l’imitation de l’art romain ; ils se préoccupent avant tout de placer des ordres ; ils en mettent en tout et partout. Il faut cependant leur rendre cette justice, qu’ils surent conserver dans leurs édifices une certaine grandeur, une sobriété de lignes et un instinct des proportions que l’on ne retrouve nulle part ailleurs en Europe à cette époque. Jacques Desbrosses construit le palais du Luxembourg, le portail de l’église Saint-Gervais, à Paris, et l’aqueduc d Arcueil ; François Mansart (1598-1666), les châteaux de Choisy, de Gesvres, et autres palais aujourd’hui détruits, et le Val-de-Grâce ; Ch. Errard (1606-1689), l’église de l’Assomption ; Pierre Le Muet (1591-1669), la façade du Val-de-Grâce ; L. Levau, une partie du Louvre et des Tuileries et la nef de Saint-Sulpice, le collège des Quatre-Nations (Institut), et l’hôtel Lambert (détruit) ; Claude Perrault (1613-1688), la colonnade du Louvre et l’Observatoire ; Lemercier, l’église de l’Oratoire, la Sorbonne ; P. Puget, le célèbre sculpteur, les maisons du Cours, à Marseille ; Fr. Blondel (1618-1688), la porte Saint-Denis ; Jules Hardouin-Mansart (1647-1708), Trianon, Marly, Versailles et le dôme des Invalides ; Libéral Bruant, l’hôtel des Invalides, la Salpêtrière ; A.Lepautre, les ailes du château et la grande cascade de Saint-Cloud ; Aug.-Ch. Daviler (1653-1700), divers édifices à Montpellier, à Nimes, à Carcassonne, à Béziers, a Toulouse ; Robert de Cotte (1657-1735), l’église Saint-Roch, terminée par son neveu, Jules de Cotte, et divers monuments en Lorraine et en Alsace ; le père François Derrand, jésuite, l’église Saint-Louis, à Paris ; Gittard, l’église Saint-Jacques-du-Haut-Pas ; Gabriel Leduc, l’église Saint-Louis-en-l’Ile, commencée par Levau, et une partie de l’église du Val-de-Grâce ; etc. Parmi les constructions les plus heureuses de cette époque, il faut citer encore l’église Saint-Etienne-du-Mont, à Paris, une des dernières et des plus ravissantes productions de l’art ogival expirant.

L’architecture française perd toute noblesse et toute pureté de goût au xviiie siècle ; elle s’obstine à aller chercher en Italie des modèles qu’elle reproduit sans discernement. « Depuis Louis XIV, dit M. Viollet-le-Duc, les architectes qui paraissaient présenter le plus d’aptitude, envoyés à Rome sous une direction académique, jetés ainsi, en sortant de l’école, dans une ville dont ils avaient entendu vanter les innombrables merveilles, perdaient peu à peu cette franchise d’allures cette originalité native, cette méthode expérimentale qui distinguaient les anciens maîtres des ceuvres ; leurs cartons pleins de modèles amassés sans ordre et sans critique, ces architectes revenaient, étrangers au milieu des ouvriers qui, jadis, étaient comme une partie d’eux-mêmes, comme leurs membres. » Les principaux architectes du xviiie siècle sont : Jacques Gabriel (1667-1742), qui donna les dessins de la place Louis XV (aujourd’hui de la Concorde) et ceux de l’Ecole-Militaire ; J.-B.-A. Le Blond (1679-1719), qui publia divers ouvrages sur son art et devint premier architecte du czar Pierre le Grand ; Gilles Oppenor, qui prit une large part aux travaux du Palais-Royal et de Saint-Sulpice ; Germain de Boffrand (1667-1754), qui fut premier architecte du duc de Lorraine ; de Wailly, qui construisit le théâtre de l’Odéon et fit, avec Falconnet, la chapelle de la Vierge à Saint-Roch ; Contant d’Ivry, qui donna les premiers plans de la Madeleine et travailla au Palais-Royal ; Moller, qui construisit le palais de l’Élysée pour le comte d’Evreux ; Lemaire, qui bâtit, en 1706, l’hôtel du prince de Soubise, devenu l’hôtel des Archives ; Soufflot, l’architecte du Panthéon et de l’Ecole de droit ; Jacques-Denis Antoine, à qui l’on doit l’hôtel des Monnaies et qui travailla, avec Moreau, Descoutures et Desmaisons, à la reconstruction du Palais-de-Justice, incendié en 1776 ; Rousseau, l’auteur du charmant hôtel du prince de Salm (1786), devenu le palais de la Légion d’honneur (incendié) ; Gondouin, qui fît l’Ecole de médecine ; Ledoux, les barrières de Paris ; Louis, le Théâtre-Français, les galeries du Palais-Royal et le théâtre de Bordeaux ; Hardi, l’église de la Daurade, à Toulouse ; Chalgrin, le Collège de France, l’église Saint-Philippe-du-Roule et l’une des tours de Saint-Sulpice ; etc. On peut citer encore : Petit-Radel, Detournelle, Hubert, Fr. Franque, Beaumont, Renard, Jacques Danet, le P. Buffet, le frère jacobin Bullet, etc.

Sous le premier Empire et sous la Restauration, le classicisme à outrance domina en architecture comme dans les autres arts. C’est alors que furent construits ou achevés, la Madeleine, par Pierre Vignon et Huvé ; le Panthéon, par Rondelet ; l’Arc de triomphe du Carrousel, une des ailes du Louvre, et beaucoup d’autres édifices, par Fontaine et Percier ; le Corps législatif, par Poyet ; le palais du quai d’Orsay, par Lacornée : la Bourse, par Brongniart ; l’Arc de triomphe de l’Étoile, par Chalgrin, Goust et Huyot ; Saint-Vincent-de-Paul, commencé en 1824 par Lepère et terminé par Hittorf ; la fontaine du Châtelet, par Brolle ; la colonne Vendôme (abattue), par Gondouin et Peyre ; etc.

Sous Louis-Philippe, l’architecture classique commença à être violemment battue en brèche par les romantiques, qui ramenèrent le goût aux chefs-d’œuvre de notre art national. De grands écrivains, Victor Hugo, Montalembert, aidèrent à cette réaction par d’éloquents plaidoyers. Depuis trente ans, l’architecture française a déserté à peu près complètement les traditions académiques et fait des tentatives en tous sens, reproduisant tantôt le roman, tantôt le gothique, tantôt le style renaissance, quelquefois même amalgamant le tout, et cherchant à faire des édifices nouveaux avec des éléments antiques, moyen âge et modernes. Quelques œuvres heureuses sont sorties de ce grand travail d’assimilation, mais il y a eu aussi beaucoup d’erreurs commises, beaucoup de fautes de goût ; le second Empire surtout a favorisé un style riche jusqu’à la profusion et à l’incohérence, fastueux jusqu’à la lourdeur. Le nouvel Opéra, construction gigantesque où il y a certainement beaucoup de détails excellents, peut être cité comme le type le plus complet de cette architecture luxueuse, de qui l’on pourrait dire ce qu’Apelle disait d’une Hélène peinte par un de ses contemporains : « Ne pouvant la faire belle, l’auteur l’a faite riche. » C’est à M. Ch. Garnier qu’est dû le nouvel Opéra. Les autres architectes les plus en renom, depuis 1830 jusqu’à nos jours, sont : MM. Gau, Blouet, Achille Leclère, Visconti (par qui a été achevé le Louvre), V. Baltard (l’architecte des Halles), Labrouste, de Gisors, Lassus, Viollet-le-Duc, F. Debret, Duban, Duc (l’auteur de la belle façade du Palais-de-Justice), Lefuel (le reconstructeur des Tuileries), Vaudoyer, Espérandieu (l’architecte de Notre-Dame-de-la-Garde et du Palais des Arts, à Marseille), Boileau, C. Dufeux, Ballu, Boeswilvald, César Daly, Chabrol, Pascal Coste, Hénard, Lenoir, Millet, Van Cleemputte, A, Verdier, Questel, Révoil, F.-L. Reynaud, A.-N. Normand, etc.

— II Sculpture. Les figures bizarres qui sont tracées sur quelques dolmens celtiques révèlent suffisamment l’inaptitude des Gaulois pour les arts du dessin. Des monnaies grossièrement frappées et d’informes statuettes en terre cuite, qui ne paraissent pas remonter au delà de l’époque de l’invasion romaine, ont été retrouvées : l’art n’a rien à voir dans ces ouvrages. Il est probable que la plupart des sculptures que l’on considère comme appartenant à l’époque gallo-romaine sont dues à des artistes venus d’Italie : le style ne diffère pas sensiblement de celui des ouvrages exécutés, pendant la même période, dans les autres provinces de l’empire, le plus ou moins d’imperfection, de rudesse, qu’on y remarque, s’explique aisément par la rareté des matériaux de choix, et sans doute aussi par le peu d’empressement des artistes en renom à venir se fixer dans un pays barbare. Il ne serait pas impossible, toutefois, que, par la suite, des centres artistiques se fussent formés en Gaule, au temps où les empereurs résidèrent dans cette contrée. Autun, Lyon, Arles, qui eurent des écoles de rhéteurs, pourraient bien avoir possédé aussi des écoles de sculpteurs et de peintres. Mais nous sommes réduits, sur ce sujet, à de pures conjectures. Tout ce que nous apprennent les historiens, c’est qu’un Gaulois, nommé Zénodote, qui sculptait des statuettes et des vases avec une minutieuse délicatesse, fit pour la ville des Arvernes un Mercure colossal, et fut mandé ensuite à Rome par Néron pour exécuter une statue de ce prince. Les fragments de sculpture, assez nombreux, que nous offrent les monuments élevés en Gaule, sous la domination romaine, n’ont guère qu’un intérêt archéologique : « Considérés comme œuvres d’art, dit M. Viollet-le-Duc, ils ne causent qu’un ennui et un dégoût profonds. Nulle apparence d’individualité, d’originalité ; les auteurs de ces œuvres monotones travaillent à la tâche pour gagner leur salaire. Reproduisant des modèles déjà copiés, ne recourant jamais à la source vivifiante de la nature, traînant partout, de Marseille à Coutances, de Lyon à Bordeaux, leurs poncifs, ils couvrent la Gaule romanisée de monuments tous revêtus de la même ornementation banale, des mêmes bas-reliefs mous et grossiers d’exécution, comme ces joueurs d’orgues de nos jours qui vont porter les airs d’opéra jusque dans nos plus petits villages. — La sculpture dans les Gaules, au moment des grandes invasions, c’est-à-dire au ive siècle, n’était plus un art, c’était un métier, s’abâtardissant chaque jour. Au point de vue de l’exécution seule, rien n’est plus plat, plus vulgaire, plus négligé. Mais comme composition, comme invention, on trouve encore dans ces fragments une sorte de liberté, d’originalité qui n’existe plus dans les tristes monuments élevés en Italie depuis Constantin jusqu’à la chute de l’empire d’Occident. L’esprit gaulois laisse percer quelque chose qui lui est particulier dans cette sculpture chargée, banale, sans caractère, et s’affranchit parfois du classicisme romain en pleine décadence. »

Emeric David signale, d’après les chroniqueurs, divers travaux d’orfèvrerie exécutés sous les rois de la première race. Au ive siècle, le roi Gontran et quelques princes de sa famille firent exécuter, pour l’église Saint-Bénigne, de Dijon, des bas-reliefs en argent et en vermeil, formant un tableau de sept coudées et demie de haut sur dix de large, où étaient représentées la Nativité et la Passion de Jésus-Christ. Du temps de Dagobert, saint Eloi se rendit célèbre à la fois comme orfèvre et comme ministre. Les images des saints, les portraits des princes, les devants d’autel, les vases sacrés et la vaisselle des rois et des grands seigneurs étaient en argent ou même en or fondu et travaillé au marteau et au ciseau. Ce faste ne fit point abandonner la sculpture en pierre. Malgré l’opposition manifestée pendant longtemps par quelques évêques contre l’emploi des figures en ronde-bosse dans l’intérieur des églises, ce genre de sculpture fut fréquemment employé dans les diverses provinces. Sous le règne de Dagobert, saint Virgile, archevêque d’Arles, orna les murs de l’église de Saint-Honorat de bas-reliefs de marbre représentant l’histoire de Jésus-Christ. Vers 1 an 806, dans l’église abbatiale de Saint-Faron, le tombeau du duc Otger fut orné de sept statues et de neuf figures en bas-relief. Tandis que la peinture, la sculpture, l’art de la mosaïque et celui de la fabrication des vitraux enrichissaient à l’envi l’église, les palais et les thermes d’Aix-la-Chapelle : tandis que les églises de Fulde, de Trêves, de Salzbourg, de Saint-Gall abondaient en monuments de tous les genres, la France se couvrait pareillement de nouveaux édifices. On remplissait en même temps, on décorait les anciens, si ce n’est avec goût, du moins avec toute la magnificence à laquelle il était possible d’atteindre.

S’il est vrai que, sous Charlemagne et ses successeurs, des tentatives nombreuses aient été faites pour renouer la chaîne brisée des arts, il faut bien avouer aussi que ces tentatives ne produisirent guère que de pâles copies des types de l’antiquité romaine, sous une influence byzantine plus ou moins prononcée.

Ce n’est qu’à la fin du xie siècle que l’on voit apparaître les premiers embryons de la sculpture française. À cette époque, les seules provinces de la Gaule qui eussent conservé des traditions d’art de l’antiquité étaient celles où l’organisation municipale s’était maintenue. En Provence, dans une partie du Languedoc, et à Toulouse notamment, les arts n’avaient pas subi une lacune complète ; ils s’étaient perpétués. Dans la première de ces provinces, les sculpteurs travaillaient encore d’après les modèles que leur offraient les restes assez nombreux des monuments antiques. L’école de Toulouse, abandonnant au contraire toute tradition romaine, s’inspirait des œuvres d’art rapportées de Byzance. L’influence bizantine dominait également sur les bords du Rhin, où elle avait été importée par Charlemagne. Dans les provinces occidentales, le Périgord, la Saintonge, le Poitou, et, plus au nord, en Normandie, en Picardie, dans l’Ile-de-France, la statuaire était à peu près nulle ; mais l’imitation byzantine s’était fait jour dans la composition et l’exécution des rinceaux, des chapiteaux, des frises d’ornement. Dans l’Auvergne, le Nivernais et le Berry, l’ornementation conservait un caractère gallo-romain, tandis que les traditions byzantines inspiraient la statuaire. Ces mêmes traditions avaient pénétré dans le Limousin, qui possédait une école de sculpture relativement florissante. Une autre école, la plus importante et la plus féconde de toutes, l’école clunisienne, avait pris aussi pour point de départ, pour modèle, l’art byzantin ; mais, comme elle avait eu le bon esprit de recourir en même temps à l’observation, à l’étude directe de la nature, elle réussit à secouer le joug des types consacrés, à se soustraire peu à peu à l’hiératisme des arts grecs de la décadence. Parmi les nombreux exemples qui attestent la supériorité de cette école, il nous suffira de citer le tympan de la grande porte de l’église abbatiale de Vézelay et celui de la grande porte de la cathédrale d’Autun. Si, dans ces sculptures, la composition, la manière dont les personnages sont groupés, l’exactitude et la vivacité du geste dénotent une influence byzantine incontestable, une imitation heureuse des miniaturistes grecs, il est à remarquer que les têtes ne rappellent nullement les types admis par ces peintres : elles reproduisent, avec une délicatesse d’observation et une ampleur souvent très-remarquables, les types occidentaux.

Au xiie siècle, la statuaire française s’éloigne de plus en plus de l’hiératisme byzantin pour s’appliquer à l’étude de la nature. Cette tendance se remarque dans la plupart des provinces. L’école de Toulouse, l’un des centres artistiques les plus importants du midi de la France, se distingue par une recherche intelligente de la vérité, du mouvement, de l’effet, en même temps que par la précision et l’habileté de l’exécution : les sculptures du petit hôtel de ville de Saint-Antonin (Tarn-et-Garonne), les chapiteaux provenant des cloîtres de l’église de Saint-Sernin (vers 1140) et déposés au musée de Toulouse, d’autres fragments qui existent à Moissac, à Saint-Hilaire, à Saint-Bertrand de Comminges, témoignent d’une finesse d’observation et d’une richesse de style exceptionnelles.

Une autre école qui se développa à Angoulême, à Limoges, à Uzerche, à Tulle, à Brive, à Souillac et à Cahors, entreprit de rompre le joug des méthodes byzantines, sans tomber toutefois dans la délicatesse quelque peu affétée et précieuse de la sculpture toulousaine : le tympan de la porte septentrionale de la cathédrale de Cahors, qui paraît appartenir au commencement du xiie siècle, est un spécimen fort remarquable des productions de cette école.

En Provence, !a statuaire demeure encore attachée aux modèles antiques : le portail de Saint-Trophyme, d’Arles, terminé en 1152, est comme le dernier soupir en France de l’art gréco-romain. En revanche, dans les provinces du Nord, la statuaire s’affranchit peu à peu de la tradition et produit des œuvres empreintes d’un individualisme très-accentué. Parmi ces œuvres, nous citerons : les statues du portail occidental de la cathédrale de Chartres, dont les formes allongées et comme emmaillottées dans des vêtements étriqués accusent le faire byzantin, mais dont les têtes ont l’aspect de portraits, et de portraits exécutés par des maîtres ; les statues baptisées du nom de Clovis et de Clotilde, qui, de l’église Notre-Dame de Corbeil, ont été transportées au musée des monuments français, puis dans l’église abbatiale de Saint-Denis ; les chapiteaux de la crypte de Saint-Bénigne, à Dijon ; le tympan de la porte Sainte-Anne de la cathédrale de Paris ; les sculptures du portail de l’église de Laon et de celui de l’église de Châteaudun ; le portail septentrional de l’église de Semur, en Auxois ; les statues de Henri II, roi d’Angleterre, de Richard Cœur de Lion et des deux reines, femmes de ces deux princes, à l’abbaye de Fimtevrault, etc. Pour prouver combien les ouvrages de la sculpture étaient multipliés à cette époque, il suffirait de rappeler les plaintes de saint Bernard contre cette espèce de luxe. Saint Bruno avait de son côté prohibé, dans les communautés de son ordre, les peintures et les sculptures ; mais l’influence de l’exemple avait eu plus de force que le précepte.

Le xiiie siècle fut, pour la France, comme pour l’Italie, une époque de renaissance artistique. Les statuaires français, complètement affranchis de tout esprit d’imitation étrangère et de toute tradition symbolique, recherchèrent la reproduction naïve de la vie ; ils apportèrent du naturel dans le développement des draperies ; ils donnèrent de l’intention et de la justesse aux inflexions du corps. « Cette école du xiiie siècle, qui n’avait certes pas étudié l’art grec en Occident et qui en soupçonnait à peine la valeur, se développe comme l’école grecque, dit M. Viollet-le-Duc. Après avoir appris la pratique du métier, elle ne s’arrête pas à la perfection purement matérielle de l’exécution et cherche un type de beauté. Va-t-elle le saisir de seconde main, d’après un enseignement académique ? Non ; elle le compose en regardant autour d’elle. Pour la sculpture d’ornement, cette école procède de la même manière, c’est-à-dire qu’elle abandonne entièrement les errements admis pour recourir à la nature comme à une source toujours vivifiante. Apprendre le métier, le conduire jusqu’à une grande perfection en se faisant le disciple soumis d’une tradition, puis un jour se lancer à la recherche de l’idéal quand on se sent des ailes assez fortes, c’est ce qu’ont fait les Grecs, c’est ce qu’ont fait les écoles du xiiie siècle. » Le rôle que joue la statuaire dans les cathédrales de cette époque est considérable. Si l’on visite celles de Paris, de Bourges, de Reims, d’Amiens, de Chartres, on est émerveillé, ne fût-ce que du nombre prodigieux de statues et de bas-reliefs qui complètent leur décoration.

De toutes les écoles de sculpture que compte notre pays au xiiie siècle, la plus pure, la plus élevée est sans contredit l’école de l’Ile-de-France, celle à laquelle nous devons les admirables sculptures de la façade occidentale de Notre-Dame de Paris, qui, à l’exception de celles de la porte Sainte-Anne, dont il a déjà été parlé, datent des premières années du xiiie siècle. Ces sculptures, d’une exécution large et simple, souple et ferme à la fois, présentent dans l’expression des têtes une pureté et une noblesse voisines de l’idéal, une rare justesse dans les mouvements du corps, un art très-profondément étudié et senti dans l’agencement des lignes de certaines compositions. « On parle beaucoup, lorsqu’il est question de cette statuaire du xiiie siècle, lisons-nous dans le Dictionnaire raisonné de l’architecture française, de ce qu’on appelle le sentiment religieux, et l’on est assez disposé à croire que ces artistes étaient des personnages vivant dans les cloîtres et tout attachés aux plus étroites pratiques religieuses. Mais, sans prétendre que ces artistes fussent des croyants tièdes, il serait cependant assez étrange que ce sentiment religieux se fût manifesté d’une manière tout à fait remarquable dans l’art de la statuaire précisément au moment où les arts ne furent plus guère pratiqués que par des laïques, et sur ces cathédrales pour la construction desquelles les évêques se gardaient bien de s’adresser aux établissements religieux. Il ne serait pas moins étrange que l’art de la statuaire, pendant tout le temps qu’il resta confiné dans les cloîtres, ne produisit que des œuvres possédant certaines qualités entre lesquelles ce qu’on peut appeler le sentiment religieux n’apparaît guère que sous une forme purement traditionnelle. Voici le vrai. Tant que les arts ne furent pratiqués que par des moines, la tradition dominait, et la tradition n’était qu’une inspiration plus ou moins rapprochée de l’art byzantin. Si les moines apportaient quelques progrès à cet état de choses, ce n’était que par une imitation plus exacte de la nature. La pensée était pour ainsi dire dogmatisée sous certaines formes ; c’était un art hiératique tendant à s’émanciper par le côté purement matériel. Mais lorsque l’art franchit les limites du cloître pour entrer dans l’atelier du laïque, celui-ci s’en saisit comme d’un moyen d’exprimer ses aspirations longtemps contenues, ses désirs et ses espérances. L art, dans la société des villes, devint, au milieu d’un état politique très-imparfait, une sorte de liberté de la presse, un exutoire pour les intelligences toujours prêtes à réagir contre les abus de l’état féodal. La société civile vit dans l’art un registre ouvert où elle pouvait jeter hardiment ses pensées sous le manteau de la religion : que cela fût réfléchi, nous ne le prétendons pas, mais c’était un instinct, l’instinct qui pousse une foule manquant d’air vers une orte ouverte. Les évêques, au sein des villes du Nord, qui avaient dès longtemps manifesté le besoin de s’affranchir des pouvoirs féodaux, dans ce qu’ils crurent être l’intérêt de leur domination, poussèrent activement à ce développement des arts, sans s’apercevoir que les arts, une fois entre les mains laïques, allaient devenir un moyen d’affranchissement, de critique intellectuelle dont ils ne seraient bientôt plus les maîtres. Si l’on examine avec une attention profonde cette sculpture laïque du xiiie siècle, si on l’étudie dans ses moindres détails, on y découvre bien autre chose que ce qu’on appelle le sentiment religieux : ce qu’on y voit, c’est avant tout un sentiment démocratique prononcé, dans la manière de traiter les programmes donnés, une haine de l’oppression qui se fait jour partout, et ce ui est plus noble, ce qui en fait un art digne de ce nom, le dégagement de l’intelligence des langes théocratiques et féodaux… Il ne faudrait pas croire cependant que ces statuaires du xiiie siècle n’ont pas pu, quand ils l’ont voulu, exprimer cette sérénité brillante et glorieuse qui est le propre de la foi. A Paris, à Reims, bon nombre de figures sont empreintes de ces sentiments de noble béatitude que l’imagination prête aux êtres supérieurs à l’humanité. Les anges ont été pour eux un motif de compositions remarquables, soit comme ensemble, soit dans l’expression des têtes. » On peut voir dans les voussures de la porte principale de Notre-Dame de Paris deux zones d’anges à mi-corps, dont les gestes et les expressions sont d’une grâce ravissante. La cathédrale de Reims a conservé une grande quantité de ces représentations d’êtres supérieurs, traitées avec un rare mérite.

Les sculpteurs du xiiie siècle ont possédé le sens dramatique beaucoup plus qu’on ne croit généralement. Les groupes de damnés, sculptés dans les voussures de la porte centrale de Notre-Dame de Paris, ont une expression terrible que font mieux ressortir encore la béatitude et le calme des élus. Les Prophètes, les Vices du portail de la cathédrale d’Amiens, les bas-reliefs des porches de Notre-Dame de Chartres offrent des scènes très-pathétiques. Les nombreuses figures colossales, exécutées à cette époque, se font remarquer par un caractère de véritable grandeur qu’elles doivent à la largeur du modelé, à la simplicité de l’ajustement. Mais il est une qualité, dans la bonne statuaire de cette période, dont on ne saurait trop tenir compte : c’est celle qui consiste à bien répartir la lumière sur les compositions ou les figures isolées, afin d’obtenir un effet, une pondération des masses. Rien de plus intime, d’ailleurs, que l’alliance de la sculpture et de l’architecture dans les monuments du xiiie siècle. La sculpture d’ornement y sert de lien, de transition naturelle entre les formes architectoniques et celles de la figure humaine. Les façades des cathédrales de Paris, d’Amiens, certaines parties de Notre-Dame de Chartres, de la cathédrale de Laon, montrent avec quelle entente de la composition les maîtres de cette brillante époque savaient rattacher l’ornementation à l’architecture. Les motifs de cette ornementation étaient puisés tantôt dans une flore plantureuse, dont les moindres détails étaient reproduits avec une souplesse et une réalité extraordinaires, tantôt dans une faune composée d’animaux réels, tels que lions, panthères, ours, etc., ou d’animaux fabuleux, comme le griffon, le phénix, la harpie, la sirène, le basilic, la salamandre, le dragon, la guivre, la caladre, le pérédoxion, etc.

Sous le rapport iconographique, la statuaire des cathédrales de cette époque diffère essentiellement de celle des églises monastiques élevées antérieurement. Au lieu de s’en tenir presque exclusivement aux sujets tirés des légendes, elle va chercher ses inspirations dans l’Ancien et le Nouveau Testament ; elle se passionne pour les encyclopédies et essaye de rendre saisissables pour la foule certaines idées métaphysiques. Si les scènes principales indiquées dans le Nouveau Testament prennent la place importante, si le Christ assiste au Jugement, si le royaume du ciel est figuré, si l’histoire de la Vierge se développe largement, si la hiérarchie céleste entoure le Sauveur ressuscité, à côté de ces scènes purement religieuses apparaissent l’histoire de la Création, le combat des Vertus et des Vices, des figures symboliques, l’Eglise personnifiée, les Vierges sages et les Vierges folles, la Terre, la Mer, les productions terrestres, les Arts libéraux ; puis les Prophètes qui annoncent la venue du Messie, les ancêtres du Christ, le cycle davidique commençant à Jessê. Il y a dans cette statuaire de nos grandes cathédrales un ordre, et un ordre très-vraisemblablement établi par les évêques, suivant un système étranger a celui qui avait été admis dans les églises conventuelles ; mais, à côté de cet ordre, il y a l’exécution qui, elle, appartient à l’école laïque. Or, c’est dans cette exécution qu’apparaît un esprit d’indépendance tout nouveau alors, mais qui, pour cela, n’en est pas moins vif. Dans les représentations des Vices condamnés à la géhenne éternelle, les rois, les seigneurs, ni les prélats ne font défaut. Les Vertus ne sont plus représentées par des moines, comme sur les chapiteaux de quelques portails d’abbayes, mais par des femmes couronnées : l’idée symbolique s’est élevée ; parmi ces Vertus apparaît, comme à Chartres, la Liberté (Libertas).

Ces tendances philosophiques et encyclopédiques, qui se manifestent dans l’art du xiiie siècle, constituent l’un des mouvements intellectuels les plus intéressants de notre histoire.

Outre les splendides décorations, véritables poëmes qu’elle déroula sur les portails des cathédrales, les chapiteaux des piliers et les retables des autels, la statuaire du xiiie siècle produisit une multitude de figures de ronde bosse et de bas-relief, en pierre, en terre, en métal, pour l’ornementation des chapelles, des sanctuaires et des tombeaux. Les monuments de cette dernière sorte devinrent très-nombreux et très-remarquables à partir de cette époque ; la plupart ont été détruits, mais nous pouvons citer, d’après les chroniqueurs, quelques-uns des plus importants : tels sont ceux du savant docteur Alain de Lille (1203) et de l’abbé Arnaud Amalric (1225) au monastère de Cîteaux, ceux de l’évêque Eudes de Sully (1208), de Philippe-Auguste et de Louis VIII à Notre-Dame de Paris, celui de l’évêque Evrard dans la cathédrale d’Amiens, ceux de Philippe-Dagobert, frère de saint Louis, et du fils de ce dernier dans l’abbaye de Royaumont, celui de Blanche de Castille (1253) dans l’abbatiale de Maubuisson, les cénotaphes de Charles Martel, de Hugues Capet et de plusieurs autres princes à Saint-Denis, les mausolées des comtes de Provence dans l’église de Saint-Jean de Jérusalem, à Aix, ceux des princes de Dreux dans l’église de Saint-Yved, à Braine, etc.

Les progrès de la sculpture ne se ralentirent pas au xive siècle ; ce qui est surtout remarquable, dit Eméric David, c’est que l’emploi de cet art s’introduisit de plus en plus, à cette époque, dans la vie civile : « L’argenterie devint plus commune dans les habitations des grands, et elle fut ornée, plus richement encore qu’au siècle précédent, d’émaux, de nielli, de bas-reliefs. Curieux d’abord de ces ouvrages par pure ostentation, l’homme riche apprit successivement à les estimer à cause de leur beauté. Après avoir admiré les productions de l’art en raison de la rareté du métal, il les rechercha pour l’art lui-même. Tandis que la peinture couvrait d’images les murs des palais, la sculpture en façonnait les portes et les lambris, elle en décorait les sièges, elle en enrichissait les vastes cheminées. L’art de peindre sur verre métamorphosait les vitraux en tableaux historiques ; celui de retreindre les métaux multipliait les aiguières émaillées, les coupes, les bassins à laver et tout le mobilier des tables. Plus d’un château devint une sorte de musée où chaque salle offrit toute la perfection alors possible dans tous les arts du dessin. Vraisemblablement par goût, mais plus encore par un motif de politique, nos rois surent habilement profiter de ces progrès de l’industrie pour en faire un instrument de leur grandeur. Plus riches que les seigneurs, ils parvinrent sans peine à les effacer tous par la somptuosité de leurs habitations. L’or dont elles brillaient frappa la multitude et éblouit les grands eux-mêmes. Philippe le Bel et Charles V établirent et consolidèrent leur puissance, autant par l’imposant appareil dont les environnaient les beaux-arts que par l’agrandissement de leurs domaines. L’orgueil, vaincu par cette magnificence, fut réduit à s’incliner devant la majesté royale. Marigny servait aussi utilement la France en décorant les palais de Philippe le Bel, que Richelieu, trois cents ans plus tard, en accroissant la pompe de ceux de Louis XIII. Le peuple, qui l’accusait de dissiper dans ces dépenses les trésors publics, méconnaissait le moyen que ce ministre faisait agir pour les progrès de l’industrie, et calomniait aveuglément une des sources de sa future richesse. » Ce développement, cette floraison de l’art industriel, est, en effet, un des caractères distinctifs du xive siècle.

La sculpture proprement dite produisit, à cette époque, une foule d’œuvres importantes dans la décoration des églises, des palais, des tombeaux. Les cathédrales d’Orléans et de Bourges, l’église Saint-Ouen, à Rouen, sont ornées d’une multitude de figures sculptées en ronde bosse ou en bas-relief. Comme spécimen des grandes compositions dont on décora l’intérieur même des églises, nous citerons les sculptures encore existantes que maître Jean Ravy et son neveu maître Jean Le Bouteiller exécutèrent sur le pourtour du chœur de Notre-Dame de Paris, et où ils ont retracé la vie et la passion de Jésus-Christ. Cette même cathédrale s’enrichit, au xive siècle, des statues des donataires ou fondateurs de quelques-unes des chapelles, ainsi que de plusieurs mausolées remarquables. D’autres églises de Paris, les Cordeliers, les Jacobins, les Carmes, les Augustins, reçurent les tombeaux de divers personnages.

Ce siècle eut véritablement la manie des tombes fastueuses. On ne se contenta pas d’en ériger en l’honneur des hommes éminents par leurs talents ou par les dignités dont ils avaient été revêtus ; le désir de se distinguer encore après la mort poussa de simples particuliers, qui n’avaient eu d’autre mérite que celui d’être riches, à préparer pour eux et pour les leurs d’orgueilleuses sépultures. Un évêque de Paris, Guillaume V, mort en 1318, prouva qu’il avait la reconnaissance… de l’estomac, en consacrant à son cuisinier, dans le cloître de l’abbaye de Saint-Victor, une tombe sur laquelle il fit représenter une poêle et une broche. Charles V fit élever des tombes monumentales à la mémoire de ses deux bouffons favoris ; l’une de ces tombes, érigée dans l’église Saint-Maurice de Senlis, existait encore au milieu du xviie siècle.

L’emploi de l’albâtre, matière plus douce et plus transparente que le marbre et la pierre commune pour représenter le visage et les mains des statues, fut adopté par un grand nombre d’artistes de cette période ; il témoigne d’une intention bien marquée de parvenir à une imitation fidèle, animée, parlante ; c’est un premier symptôme du naturalisme qui devait, par la suite, envahir le domaine de l’art. L’usage de colorier les sculptures fut très-répandu pendant tout le moyen âge.

Au xve siècle, les monuments funéraires continuent à se multiplier. Dans la plupart, les statues iconiques et de petites figures allégoriques, sculptées en albâtre blanc, se détachent sur le sarcophage en marbre noir. D’autres tombeaux sont exécutés en bronze. L’art de fondre, de repousser, d’émailler et de ciseler les métaux avait fait de grands progrès. Un des ouvrages les plus importants en ce genre est le monument élevé en l’honneur de Jeanne Darc à Orléans (v. Darc). Le tombeau en marbre de Philippe le Hardi, que conserve le musée de Dijon, donne une haute idée du talent des statuaires de cette époque : il a été exécuté par Claux Sluter, Claux de Verne et Jacques de la Barse ou Baer. En 1444, Philippe le Bon fit élever, dans l’église des Chartreux, de Dijon, à côté du tombeau de Philippe le Hardi, celui de Jean sans Peur. Le statuaire, directeur de l’ouvrage, fut Juan de la Vuerta, Espagnol, natif de l’Aragon ; il eut pour collaborateurs Jean de Drogués, vraisemblablement Espagnol, et Antoine Le Mouturier, évidemment français, si l’on en juge par le nom. Les artistes en renom que les princes faisaient venir des pays étrangers formaient, sans doute, des disciples en France et exerçaient une certaine influence sur le développement de l’art indigène ; mais, jusqu’à la fin du xve siècle, cette influence étrangère ne modifia pas sensiblement les caractères particuliers que le génie naturel avait imprimés à la statuaire pendant les siècles précédents. Nous ne possédons que des renseignements bien incomplets sur les sculpteurs français de cette période. Parmi ceux dont les noms sont parvenus jusqu’à nous, nous citerons : Raimond du Temple et Robert Fauchier, maîtres des œuvres des maisons royales, sous Charles V, en 1403 ; Jean Vilain et Jean Mainfroy, orfèvres sculpteurs et valets de chambre du duc Jean sans Peur ; Jean de Clichy, Gautier du Four et Guillaume Bocy, qui exécutèrent, en 1403 et 1409, une magnifique châsse et un devant d’autel pour l’église Saint-Germain-des-Prés, à Paris ; Philippe de Foncières et Guillaume Josse, les meilleurs sculpteurs du temps de Charles VII (ils exécutèrent plusieurs statues pour le Louvre, entre autres, celle de Charles VI et celle de Charles VII) ; Jean Gansel, qui termina, en 1439, la construction et la décoration du portail de Saint-Germain-l’Auxerrois ; Léon d’Alvéringue et Pierre Soquetti, architectes et sculpteurs, qui travaillaient, en 1465 et 1470, dans l’église de Saint-Maximin, en Provence, et qui commencèrent, en 1476, le portail de l’église Saint-Sauveur, à Aix ; Simon Leroy, qui sculpte six anges pour la décoration du jubé de Saint-Germainl’Auxerrois ; Richard Taurin, de Rouen, l’un des plus habiles sculpteurs de son temps, qui fit les belles stalles de la cathédrale de Milan et celles de l’église de Sainte-Justine, à Padoue ; Antoine de Hancy et les frères Jacquet, autres sculpteurs en bois, qui exécutèrent des travaux remarquables dans diverses églises de Paris ; Le Maire, Jean Lescot et Jean Lehun (ou Jean de Louen ?), qui sculptèrent les statues du grand portail de la cathédrale de Rouen ; Philippot Viard, maistre huchier, qui fit le plan et le dessin des stalles de cette même cathédrale (en 1457), et qui fut peut-être le maître de Richard Taurin cité plus haut ; Jean de Vitry, qui sculpta, en 1465, les stalles de l’église Saint-Pierre, à Saint-Claude (Jura), etc.

Plusieurs écrivains ont prétendu qu’à partir des premières années du xvie siècle, la statuaire française subit une transformation radicale sous l’influence de la renaissance italienne ; mais, ainsi que l’a établi Emeric David dans son savant travail intitulé : Tableau historique de la sculpture française, ce ne fut guère qu’à partir de 1530, époque de l’arrivée en France du Rosso, que l’art italien vint supplanter les traditions nationales, et jamais la France n’avait été aussi riche en grands statuaires que dans les quarante années (1490 à 1530) qui terminèrent le xve siècle et commencèrent le xvie. Un des maîtres les plus éminents de cette époque fut Michel Colombe ou Coulombe, à qui l’on doit le beau mausolée de François II, duc de Bretagne, terminé en 1507 (aujourd’hui dans la cathédrale de Nantes), et qui fit les dessins des tombeaux de l’église de Brou (en Bresse), il fut secondé dans ses travaux par son neveu Guillaume Regnault et son disciple Jean de Chartres. Amé le Picard, Amé Carré et Jean Rollin ont exécuté la plupart des statues en pierre du jubé de la chapelle de Marguerite d’Autriche, dans l’église de Brou. André Colomban, de Dijon, et Philippe de Chartres, artistes de grand mérite, firent d’importants ouvrages dans ce même édifice. Pierre Terrasson, de Bourg, y exécuta des sculptures en bois. Mais le maître le plus marquant de cette époque, l’émule de Michel Colombe, fut Jean Juste, de Tours, l’auteur du magnifique tombeau de Louis XII, qui a été attribué par erreur au Florentin Paul-Ponce Trebatti.

Une œuvre non moins digne d’éloge fut exécutée à Chartres, à la même époque : nous voulons parler des groupes en ronde bosse et des bas-reliefs qui ornent la ceinture extérieure du chœur de la cathédrale. Cette suite se compose de quarante et un groupes représentant autant de sujets puisés dans la vie de Jésus et dans celle de la Vierge. Les quatorze premiers, en commençant à droite, furent l’ouvrage de Jean Texier, de Chartres, surnommé Beauce, qui en commença l’exécution, en 1514, après avoir terminé la construction et les sculptures du Clocher neuf, et qui y travailla jusqu’en 1559, époque de sa mort. Ses élèves exécutèrent, après lui, huit autres compositions, à l’extrémité opposée de la ceinture du chœur. Les dix-huit ou dix-neuf groupes de la partie intermédiaire furent sculptés, en 1611 et dans les années suivantes, par Thibaud Boudin.

François Ier a été appelé le père des arts, son mérite est de les avoir surtout honorés. Ils florissaient avant lui. L’idée d’une Renaissance sous François Ier est une chimère qui ne souffre pas le plus léger examen. C’est au commencement du xiiie siècle, ainsi que nous l’avons prouvé, qu’il faut chercher la restauration des arts, en France, comme en Italie. L’école de Fontainebleau, que fonda le Rosso, venu en France en 1530, que dirigea ensuite le Primatice, venu en 1531, et sur laquelle Benvenuto Cellini, venu en 1540, exerça à son tour une certaine influence, l’école de Fontainebleau, encouragée par les faveurs.de la cour, introduisit dans l’art français un style élégant, capricieux, très-séduisant au premier aspect, mais peu propre à satisfaire entièrement un ami de la vérité. C’est de l’époque où fut importé ce goût étranger que beaucoup d’écrivains font dater l’histoire de l’art dans notre pays. Ces écrivains ont commis une grave erreur en ce qui concerne particulièrement l’architecture et la statuaire.

Le sculpteur italien le plus renommé de l’école de Fontainebleau, — après Cellini, qui, à dire vrai, doit être considéré plutôt comme un orfèvre que comme un statuaire, — fut Paolo Ponzio Trebatti, dit Paul Ponce, qui travailla, sous la direction du Primatice, aux sculptures des résidences royales, et exécuta, à Paris, un assez grand nombre d’ouvrages, entre autres le mausolée d’Alberti Pio da Carpi, dont faisait partie une statue de bronze conservée au musée du Louvre. Paul Ponce et un autre artiste italien, Damiano del Barbiere, modelaient les figures de stuc que le Rosso et le Primatice associaient à leurs peintures décoratives. Parmi les artistes français qui puisèrent leur instruction à l’école de Fontainebleau, Félibien cite, en fait de sculpteurs, Jean et Guillaume Rondelet. Les statuaires français les plus éminents de la seconde moitié du xvie siècle, tout en sacrifiant plus ou moins au goût propagé par le Primatice et ses disciples, se formèrent en dehors de cette école. Jean Goujon appartenait, par son éducation artistique et ses premiers travaux, à la Normandie : ses chefs-d’œuvre, — les Cariatides et les Renommées du Louvre, la statue de Diane de Poitiers, les bas-reliefs de la fontaine des Innocents, — montrent qu’il sut s’inspirer, avec un égal bonheur, de la sévérité antique et de la coquetterie italienne, et qu’il dut à l’étude de la nature la vérité de ses contours et l’âme de ses compositions. Germain Pilon puisa las premières leçons de son art dans l’atelier de son père, sculpteur manceau. Ce fut à Paris qu’il exécuta ses œuvres les plus remarquables, entre autres le groupe des Grâces, les statues de Henri II et de François Ier : s’il n’a pas réussi à imprimer à ses productions le cachet antique dont Jean Goujon a souvent marqué les siennes, s’il est tombé trop souvent, surtout pour l’exécution des draperies, dans le maniérisme italien, il a su, du moins, se montrer mâle et fier dans le nu des figures héroïques. Pierre Bontemps et Ambroise Perret furent les collaborateurs de Germain Pilon dans l’exécution du tombeau de François Ier. François Lerambert travailla au mausolée de Henri II. Barthélémy Prieur, que l’on croit élève de Pilon, ne manqua ni d’élégance ni de grâce ; mais il s’en faut bien qu’il ait conservé la fermeté et la finesse du maître ; ses meilleurs ouvrages sont les statues d’Anne de Montmorency et de Madeleine de Savoie, qui décoraient autrefois le tombeau du connétable. Ce tombeau avait été dessiné par Jean Builant, sculpteur et architecte. Parmi les sculpteurs de la même époque, nous citerons encore : François Gentil, qui orna l’église de Saint-Pantaléon, à Troyes, sa ville natale, de sculptures très-vantées ; Jean Gailde, Nicolas Havelin, François Matray, Hugues Bailly, Martin de Vaux, Nicolas Mauvoisin, Jean Brisset, Gabriel Noblet, Jacques Million, tous artistes appartenant à l’école de Troyes ; Jacques Bachot, qui demeura pendant dix ans (1495-1505) dans la même ville, et qui sculpta plusieurs des tombeaux des Guises dans la chapelle du château de Joinville ; Richier ou Ligier, qui fut, dit-on, élève de Michel-Ange, et qui exécuta, en 1530, dans l’église abbatiale de Saint-Mihiel, une Pietà, de proportions colossales, devenue célèbre sous le nom de Sépulcre de saint Mihiel ; Gaget, natif de Bar, à peu près contemporain de Richier, peut-être son élève ; Jean Cousin, peintre et sculpteur, né à Souci, près de Sens, maître du plus grand talent, qui s’inspira, en Italie, des œuvres de Michel-Ange et de Raphaël, et nous a laissé, entre autres œuvres de son ciseau, la statue tumulaire de l’amiral Chabot (1543), belle de vérité, de simplicité, de force et de noblesse ; Jacques d’Angoulêine, artiste mort jeune, après avoir exécuté, pour le petit château de Meudon (vers 1552), une statue de l’Automne, qui promettait un maître ; Nicolas Bachelier, architecte et statuaire, qui florissait à Toulouse ; Hector Lescot, qui refit, en 1571, le monument de bronze de Jeanne Darc, à Orléans ; Thibaud Boudin, sculpteur plein de finesse et d’élégance, qui termina, en 1612, la série de bas-reliefs du choeur de la cathédrale de Chartres, commencée un siècle auparavant par Jean Texier ; Jacquet, surnommé Grenoble, apparemment du lieu de sa naissance, qui exécuta, vers 1599 ou 1600, à Fontainebleau, un très-beau bas-relief représentant Henri IV à cheval ; François Briot, orfèvre et sculpteur, dont les aiguières en étain sont de véritables chefs-d’œuvre d’élégance, etc.

Plusieurs de ces artistes s’étaient formés ou perfectionnés en Italie. Jean de Bologne, que l’on est habitué à regarder comme Italien à cause du long séjour qu’il fit dans la ville dont il prit le nom, naquit à Douai en 1524 ; Michel-Ange fut son maître, et ce fut à Bologne et à Florence qu’il exécuta ses principaux ouvrages. Pierre Francheville, dit Francavilla, de Cambrai, fut son élève et passa, lui aussi, la plus grande partie de sa vie en Italie ; appelé en France, en 1601, il ne contribua pas peu à y propager le style michel-angesque. Deux autres imitateurs de Michel-Ange, Simon Guillain, né à Paris en 1581, et Jacques Sarazin, né à Noyon en 1590, tempérèrent la fierté du grand maître florentin par un accent moelleux emprunté à l’école des Carrache. Guillain forma les deux frères François et Michel Anguier, qui achevèrent leur éducation en Italie et qui, revenus en France, y exécutèrent d’importants travaux ; un des meilleurs ouvrages de François fut le monument du duc de Longueville ; Michel, supérieur à son frère, fit une grande partie des sculptures du Val-de-Grâce et termina, d’après les dessins de Le Brun, les bas-reliefs de la porte Saint-Denis, qui avaient été commencés par Girardon. Ce dernier, élève de François Anguier, rechercha le patronage et subit volontairement l’influence artistique de Le Brun, sous la direction duquel il exécuta une foule de travaux pour Versailles, Trianon et les autres résidences de Louis XIV ; npmmé inspecteur général de tous les ouvrages de sculpture, après la mort de Le Brun, il exerça sur les artistes une véritable domination qui contraignit leurs talents et fit grand tort aux progrès de l’art. Il eut de nombreux élèves, parmi lesquels on distingue Robert le Lorrain, Granier, Frémyn, Jean Joly de Troyes, Nourrisson, Charpentier et Michel-Ange Slodtz (1703-1764), qui, après un assez long séjour à Rome, revint à Paris où il sculpta, entre autres œuvres remarquables, le mausolée du curé Languet, dans 1 église Saint-Sulpice. De l’atelier de Jacques Sarazin sortirent Gilles Guérin, Vanopstal, Legros et Lerambert (1614-1670). Celui-ci eut à son tour pour élève Antoine Coysevox (1640-1720), de Lyon, qui fut un des sculpteurs les plus hardis, les plus brillants, les plus féconds du siècle de Louis XIV.

Un artiste éminent de cette période, le plus original et, sans contredit, le plus puissant praticien de l’école française, Pierre Puget (1622-1694), de Marseille, architecte, peintre et sculpteur, se forma, pour ainsi dire, sans maître et étonna l’Italie elle-même par la fierté de son style. Plus habile à traduire l’expression des passions de l’âme et des souffrances physiques qu’à rendre la beauté des formes, il est parfois incorrect et heurté, mais toujours rempli d’énergie, de sensibilité, de mouvement : c’est le Michel-Ange français. Le Milon de Crotone, le groupe de Persée et Andromède, le bas-relief de Diogène et Alexandre, les Cariatides de Toulon, le Saint Sébastien de Gênes, sont rangés, à bon droit, parmi les chefs-d’œuvre de la statuaire moderne.

Antoine Coysevox eut pour principaux élèves Jean Coudray, Jean Thierry, sculpteur de Philippe V ; Jean-Louis Le Moyne (1665-1755), auteur du mausolée de Pierre Mignard, et les deux frères Coustau, Nicolas (1658-1733) et Guillaume (1678-1746), qui, à défaut d’un dessin sévère et d’un style tres-pur, déployèrent dans leurs œuvres beaucoup de facilité, de grâce, de vivacité et d’esprit. Guillaume Coustou, l’auteur des Chevaux de Marly, placés à l’entrée des Champs-Élysées, eut pour disciples Claude Francin, de Strasbourg, J. Saly, de Valenciennes, et son propre fils Guillaume, dit le Jeune (1716-1777), qui fut un des coryphées de la statuaire aimable et… maniérée de l’époque de Louis XV. A cette dernière époque appartiennent encore Le Moyne le fils, Bouchardon, Falconet, Pigalle, qui jouirent d’une très-grande réputation, et encore Pajou, Allegrain, Foucou, Caffieri, Vassé, Bridan, etc.

Personne n’ignore combien le goût s’était corrompu sous le règne de Louis XV, tant dans la sculpture que dans la peinture ; les œuvres du ciseau accusaient un oubli complet des beautés de la nature. « Plus de vérité, de simplicité, de naturel, dit Emeric David ; des sentiments outrés, des attitudes maniérées, des formes tout à la fois sèches et sans nerf, des draperies pesantes et rocailleuses ; la recherche prise pour de la grâce, la roideur pour de l’énergie : voilà quel était le sublime de l’art ! La théorie n’était guère moins vicieuse que la pratique. L’imitation du vrai passait pour le travail des hommes sans génie. Si quelquefois encore on jetait les yeux sur le modèle vivant ou sur quelqu’un des chefs-d’œuvre de la Grèce, it était convenu qu’il ne fallait pas s’y conformer. La nature paraissait pauvre, l’antique froid et sans caractère. Nulle analyse du beau ; peu de connaissances anatomiques ; l’imagination et le goût devaient y suppléer. Il fallait tout créer, même les formes. L’esprit le plus pesant affectait de la fougue, de l’inspiration, de l’enthousiasme. Les défauts produits par un si étrange aveuglement devenaient plus choquants encore dans la sculpture que dans la peinture, par la raison que l’isolement et l’immobilité du marbre rendaient plus sensibles l’exagération de l’expression, la gêne de la pose, l’aridité des contours, la bizarrerie des costumes. » Plusieurs causes, dont quelques-unes sont étrangères à la France, rappelèrent enfin l’école française aux principes qu’elle avait abandonnés. Parmi ces causes, nous signalerons la découverte faite en divers endroits d’Italie, à Herculanum, à la villa Adriana, à la villa Tiburtina, d’une foule d’antiquités de tous les genres, dont quelques-unes, des plus remarquables, furent recueillies au musée Pio-Clémentin ; les descriptions des ruines de Palmyre, de Balbeck, de Pœstum, composées par de savants écrivains ; les Ruines de la Grèce, publiées par Le Roi ; les ouvrages de Hamilton, de Winckelmann, de Mariette, de Caylus et d’autres encore. Ces découvertes, ces écrits, qui appartiennent aux quinze premières années de la seconde moitié du xviiie siècle, invitèrent à l’étude, à l’admiration de l’antique. Une comparaison inévitable força les bons esprits à apprécier les grâces factices que le goût régnant avait substituées aux éternelles beautés dont les Grecs s’étaient faits les interprètes. La renaissance, la réformation des arts qui devait être la conséquence de ce retour aux études sévères, ne tarda point à s’opérer. Pigalle, que nous avons nommé plus haut, fut le principal promoteur de la restauration de la sculpture : animé du sentiment du vrai et ayant fait une étude approfondie delà structure du corps humain, il s’appliqua à rendre la nature avec une exactitude scrupuleuse ; aussi fut-il regardé longtemps comme un homme sans imagination, sans génie. Il ne racheta pas suffisamment par son amour de la réalité le mauvais goût de ses conceptions : nous n’en voulons pas d’autre preuve que l’idée qu’il eut de représenter entièrement nu Voltaire, âgé de soixante-quatorze ans, maigre, décharné, réduit à l’état de squelette. Allegrain, son parent, suivit la même voie et n’eut guère, comme lui, que le mérite d’une imitation fidèle : une Vénus sortant du bain et une Diane, regardées comme les meilleures productions de cet artiste, dénotent assurément un progrès sérieux, si on les compare aux œuvres de la période précédente, mais elles n’ont aucune des qualités de style qui constituent le grand art. Mouchy, auteur d’une statue de Sully et d’une figure du Silence, Jean-Guillaume Moitié, auteur d’une statue de Cassini et de divers bas-reliefs exécutés dans les monuments de Paris, Dupré, qui a travaillé à la Monnaie et au. Panthéon, Baquet et Le Brun furent les meilleurs élèves de Pigalle. Houdon, dans son admirable statue de Voltaire et dans son Ecorchè si souvent reproduit en plâtre et en bronze, déploya une habileté de portraitiste et une science de l’anatomie auxquelles, depuis longtemps, on n’était plus habitué. Pierre Julien fit preuve d’énergie et de vérité dans son Gladiateur mourant, de simplicité dans sa statue de La Fontaine, de souplesse et de grâce dans sa Galatée. Clodion, dont la main libertine s’égara longtemps dans des compositions qui ne manquaient, d’ailleurs, ni d’esprit ni de goût, modela avec savoir un groupe grand comme nature, représentant un épisode du Déluge. Dejoux, auteur d’une statue de Catinat, d’un Saint Sébastien, d’un groupe d’Ajax et Cassandre, contribua aux progrès de l’art. Berruer, Stouf, Boichot, Boizot, Delaistre, Gois père, Baccari, méritent aussi d’être cités.

La révolution classique ou académique qui s’opéra en peinture, sous l’influence et la direction de David, à la fin du xviiie siècle, s’étendit à la statuaire : Jean-Baptiste Giraud, élève de Moitte, Chaudet, élève de Stouf, Roland et Bosio, élèves de Pajou, Lemot, élève de Dejoux, Dupaty, élève de Lemot lui-même, Cartellier, élève de Bridan, Beauvallet, Ramey. Gois le fils, Calamard, Lemire le père, Milhomme, furent les talents les plus remarquables de cette nouvelle école qui, tourmentée par une préoccupation trop exclusive des types de l’antiquité, s’écarta de toute simplicité et finit par tomber dans la convention, dans le poncif. M. Guizot, dans son Salon de 1810, a signalé cette absence de naïveté, cette exagération du beau antique qui caractérisent les œuvres des sculpteurs de l’école académique : « Nos statuaires modernes, dit-il, ceux du moins qui exécutent des figures nues et de leur choix, semblent prendre à tâche d’outrer les belles formes : trop peu sûrs du charme de leur ciseau pour donner au marbre une beauté simple, facile et animée, ils croient y suppléer en exagérant la beauté telle que la déterminent les règles ; ainsi ils rendent les paupières plus longues, les lignes du front et du nez plus droites, la distance du nez à la bouche plus courte, et se flattent peut-être d’avoir créé ainsi de belles têtes. »

Si nous en croyons l’auteur anonyme d’une Revue critique du Salon de 1824, la sculpture française se serait montrée, à cette exposition, « dans l’état le plus florissant de gloire et de grandeur. » Ce critique enthousiaste signale, entre autres morceaux dignes d’admiration : quatre « chefs-d’œuvre » de de Bay père, Mercure prenant son êpée pour trancher ta tête à Aryus, Argus endormi, Saint Jean-Baptiste et le buste du peintre Gros ; un Jeune homme entrant au bain, figure gracieuse, par Espercieux ; un Jeune chasseur blessé, par L. Petitot ; un Hercule retirant de la mer le corps d’Icare, groupe colossal, par Ruggi ; une charmante Baigneuse, de Gab. Seurre ; une Eurydice, de Ch. Nanteuil ; un Saint Pierre prêchant, de Ch. Bra, et enfin la Psyché, de Pradier, et le Bonchamp, de David (d’Angers).

Pradier devint le chef d’une école néo-païenne, préoccupée d’exprimer avant tout la souplesse, la grâce, l’élégance, la volupté, et faisant consister l’idéal de la statuaire dans le nu — et particulièrement dans le nu féminin — rendu avec une « morbidesse » propre à faire illusion. Certains critiques ont prétendu que Pradier s’était contenté de faire joli, et qu’il n’avait pas su rencontrer le beau. La vérité est qu’il ne chercha guère le beau moral, mais il réalisa la beauté plastique. L’Odalisque, la Phryné, la Poésie légère, la Cassandre, la Sapho, sont des créations que n’eût pas désavouées l’antiquité. « Sous le ciseau de Pradier, a dit un de ses biographes, M. L. de Cormenin, le marbre s’assouplit comme une chair, il prend le grain, la transparence, les jeux de lumière et les tiédeurs de l’épiderme. Plus que tout autre, il maîtrisa le marbre. Puget raconte que les blocs frémissaient sous sa main ; devant Pradier, je m’imagine qu’ils devaient sourire. Jamais, en effet, il n’admit la laideur dans l’art. Toute difformité lui répugnait, ainsi qu’une dissonance de beauté. » Parmi les nombreux élèves formés par ce maître, nous citerons : MM, Ch. Simart, Guillaume, Etex, Henri Chapu, Gustave Crauk, Victor Vilain, François Roubaud, Calmels, Lequesne, J.-L. Maillet, Elias Robert, Chabaud, etc. Plusieurs de ces élèves ont su acquérir un style bien personnel et sont devenus maîtres à leur tour. Simart, mort prématurément il y a quelques années, a fait preuve d’une grande science de l’antique et d’un goût très-pur dans son Oreste, du Salon de 1840, dans ses statues de la Poésie épique et de la Philosophie, exécutées pour la bibliothèque du Luxembourg, et surtout dans sa restitution de la Minerve chryséléphantine du Parthénon (Exposition universelle de 1855). M. Etex, dans Son groupe de Caïn maudit, exposé en 1833, et dans ses bas-reliefs de l’arc de l’Etoile, la Résistance et la Paix, s’est montré plus épris de l’énergie et de la rudesse grandiose de Michel-Ange que de la grâce de Pradier. M. Guillaume, aujourd’hui directeur de l’Ecole des beaux-arts (1871), est un des statuaires les plus corrects, les plus sobres, de l’école contemporaine ; sa statue d’Anacréon (1852), ses bustes des Gracques (1853), son Faucheur (1855), ses sculptures de l’église Sainte-Clotilde et du nouvel Opéra attestent un goût sévère et un talent d’exécution sage et ferme. Le Faune dansant, de M. Lequesne, est une des productions les plus charmantes de l’école moderne.

David (d’Angers) a exercé plus d’influence encore que Pradier sur la sculpture contemporaine. Thoré disait : « David, le sculpteur, a essayé avec éclat la régénération de notre école ; c’est lui qui a produit le plus depuis vingt ans ; il a envoyé ses œuvres partout, dans les villes de France et dans les villes des autres États ; il a le mérite de chercher la pensée en même temps que le grand style, et son exécution est tout à fait magistrale. » David d’Angers a eu sur les destinées de l’art contemporain une influence considérable ; il continua les traditions de l’école française Antique par le dessin de ses œuvres, il fut moderne par le style. Presque toutes ses œuvres, le Barra mourant, la Jeune fille au tombeau de Botzaris, le Philopœmen, le fronton du Panthéon, les monuments de Bonchamp, de Foy, les statues de Condé, de Racine, de Cuvier, de Larrey, de Gobert, de Jean Bart, les nombreux portraits en pied, en buste ou en médaillon de personnages célèbres, témoignent d’un sentiment des plus vivaces de la réalité, d’une puissance et d’une originalité hors ligne.

Les sculpteurs contemporains formés à l’école de David sont entrés résolument, pour la plupart, dans le mouvement de régénération inauguré par leur maître. Quelques-uns, comme M. Maindron, l’auteur de la Velléda, et M. Préault, l’auteur de la Misère, de la Douleur et des groupes du pont d’Iéna, ont été en sculpture les représentants les plus accrédités du romantisme ; d’autres, comme M. Ottin, qui a sculpté l’énorme groupe d’Acis et Galatée, du Luxembourg, et M. Aimé Millet, qui a exécuté pour le plateau d’Alésia un colosse de Vercingétorix, ont espéré atteindre au grandiose en faisant grand. M. Millet a été mieux inspiré dans son Ariane, qui se rapproche plus, à dire vrai, de la manière de Pradier que du style de David. M. Cavelier a su rajeunir l’antique par une grâce et une finesse toutes modernes, témoin sa charmante statue de Pénélope endormie, et son beau groupe de Cornélie assise entre ses deux enfants. M. Carrier-Belleuse a fait preuve de souplesse, de facilité et d’un vif sentiment de la réalité pittoresque et vivante dans sa Bacchante (1863), son Ondine (1864), son Angélique (1866), et ses bustes en terre cuite. Louis Brian et Armand Toussaint méritent aussi d’être cités parmi les disciples de David.

A côté de David d’Angers et de Pradier, Rude a sa place marquée au premier rang des statuaires de notre époque. Nul n’a déployé plus de vigueur et de hardiesse, nul n’a été plus mouvementé, plus passionné, plus vivant, nul n’a eu une inspiration plus haute, un souffle plus poétique. Nous n’en voudrions d’autre preuve que la Marseillaise ou le Départ, cette page immortelle qui décore l’arc de triomphe de l’Étoile. Le Petit pécheur (1833), le Louis XIII (1842), le Godefroi Cavaignac (1847) du cimetière Montmartre, la Jeanne Darc (1849) du Luxembourg, l’Hébé et l’Amour dominateur, du musée de Dijon, attestent, en des genres divers, la chaleur, la finesse, l’agilité et la force du style de Rude. Ce maître a formé des élèves dignes de lui : M. Carpeaux, dont les œuvres — l’Ugolin et le fameux groupe allégorique de la Danse, entre autres, — frappent par une exubérance de mouvement, et seraient tout à fait magistrales si elles étaient mieux équilibrées ; M. Christophe, l’auteur d’un colosse de la Douleur, très-remarqué à l’Exposition universelle de 1855 ; M. Chatrousse, qui s’est montré plein d’élégance et de poésie dans une figure de la Renaissance et dans un groupe intitulé la Source et le Ruisselet (1870) ; MM. A. Leveel et Ch. Confier ; MM. Caïn et Frémiet, deux habiles sculpteurs d’animaux ; MM. Cabet, Schroder, Marcellin, Garraud, Franceschi, etc.

Un artiste qui s’est acquis, en un genre spécial, la sculpture d’animaux, une grande et légitime réputation, est M. Barye, praticien des plus habiles. A la suite de ce maître, plusieurs artistes ont fait preuve de talent dans le même genre. Nous avons déjà nommé MM. Caïn et Frémiet ; citons encore : MM. Isidore Bonheur, Fratin, Rouillard, Lechesne, Alfred Jacquemart, etc.

Ramey fils, qui fut membre de l’Académie, comme son père, compte au nombre de ses élèves : M. Gruyère, auteur d’un Mutius Scævola (1846), et d’une statue de Chactas (1857) ; M. Leharivel-Durocher, qui a exécuté un assez grand nombre de travaux pour les églises de Paris et de province ; M. Jouffroy, talent fin et poétique, à qui l’on doit, entre autres ouvrages, la Jeune fille confiant son premier secret à Venus (1830) ; M. Perraud, le praticien le plus savant, le plus correct de l’école contemporaine, l’auteur de l’Éducation de Bacchus et de l’admirable figure intitulée le Désespoir.

MM. Jouffroy et Perraud ont exécuté récemment, pour la décoration de la façade du nouvel Opéra, le premier le groupa de la Poésie lyrique, le second le groupe du Drame. Deux autres groupes ont été sculptés par M. Carpeaux (la Danse) et par M. Guillaume (la Musique). Entre ces groupes sont des statues dues à MM. Aizelin, H. Chapu, A. Falguière et Paul Dubois. Les deux Pégases qui couronnent le monument sont de M. Lequesne ; l’Apollon colossal est l’œuvre de de M. Aimé Millet ; les Renommées sont de M. Gumery, élève de Toussaint. La plupart des artistes que nous venons de nommer sont regardés comme les meilleurs sculpteurs de ce temps-ci. M. Paul Dubois doit sa réputation à deux œuvres charmantes, de genres bien divers : un Saint Jean-Baptiste enfant, exposé en 1863, et le Chanteur florentin du xve siècle (1865). Parmi les élèves de M. Jouffroy, outre M. Fulguière, nous devons signaler M. Travaux, dont Marseille possède plusieurs morceaux remarquables, et M. Cambos, dont la Femme adultère a obtenu un grand succès au Salon de 1869.

En remontant à une date un peu plus éloignée, nous rencontrons au nombre des sculpteurs qui ont marqué sous le règne de Louis-Philippe : Foyatier, élève de Lemot, l’auteur du Spartacus (1831) ; Du Seigneur, dont le Roland furieux (1831) fut très-admiré des romantiques ; Dantan aîné et Dantan jeune, tous deux élèves de Bosio, comme Du Seigneur, et qui ont sculpté les portraits d’une foule de célébrités des lettres et du théâtre ; Antonin Moine, talent fin, élégant et souple, ravi prématurément aux arts ; MM. François Duret et Louis Desprez, autres élèves de Bosio et grands prix de Rome, qui ont produit : le premier, un Mercure inventant la lyre (1831), un Pêcheur napolitain dansant la tarentelle (1833), un Vendangeur improvisant (1839) ; le deuxième, l’Innocence (1831) ; l’Ingénuité (1843), etc. ; M. A.Dumont, élève de Cartellier, auteur du Génie de la Liberté qui couronne la colonne de Juillet, du Napoléon Ier de la colonne Vendôme et d’une foule d’autres statues d’hommes remarquables (François Ier, Poussin, Buffon, Bugeaud, etc) ; MM. De Bay fils, élève de son père ; A. Barre et Ramus, élèves de Cortot ; Desbœufs, Jaley et Droz, élèves de Cartellier ; Raymond Gayrard, élève de Boizot ; Gayrard fils, élève de son père et de Rude ; Victor Huguenin, Pierre Hébert, Klagmann, Lemaire, Maggesi, Ph. Grass, Oudiné, J.-E. Gatteaux, Bougron, V, Thérasse, Henri de Triqueti, etc. M. Auguste Dumont a formé plusieurs élèves distingués : MM. Bonnassieux, Mathieu Meusnier, G. Diebolt, Mathurin Moreau, etc.

Un des statuaires les plus originaux, les plus expressifs, M. Clésinger, mérite une mention spéciale. La Femme piquée par un serpent (1847), la Bacchante couchée (1848), le François Ier (1856), la Cornélie (1861), le Comhat de Taureaux (1864), la Cléopâtre (1869), et une foule d’autres productions attestent la souplesse, la verve, la fantaisie de cet artiste.

La longue énumèration que nous venons de faire montre que la sculpture n’a jamais compté, à aucune époque, un aussi grand nombre de praticiens que de notre temps ; mais est-ce à dire pour cela que cet art soit véritablement en progrès, que la rénovation tentée par David d’Angers et par Rude se soit continuée et développée ? Voici l’opinion exprimée à ce sujet, en 1869, par un critique des plus distingués, M. Henri Delaborde : « Ce qui apparaît d’abord lorsqu’on examine l’ensemble des sculptures exposées au Salon, c’est une expression générale d’abnégation, une convention tacite de répudier toute originalité personnelle pour rechercher des moyens de succès dans l’imitation d’autrui. Il semble que les statuaires contemporains aient pris à la lettre le mot de La Harpe : « Imaginer, c’est se souvenir, » et qu’au lieu de s’inspirer des exemples légués par les maîtres, ils se soient imposé le devoir d’en copier simplement les formes. Les souvenirs varient, il est vrai, suivant les inclinations ou les calculs de chacun. Tandis que l’un reproduit le style de Coysevox, l’autre s’efforce de simuler la puissance de Michel-Ange. Celui-ci agite les lignes avec une préoccupation évidente de la manière de Puget. Jean Goujon et Germain Pilon sont les modèles dont celui-là prétend s’assimiler la manière. D’autres artistes contrefont les statues antiques, suivant les procédés d’Académie, et rééditent, pour ainsi dire, avec une imperturbable banalité de goût, les types déjà tirés à des milliers d’exemplaires. D’autres, enfin, demandent quelque chose de plus que des conseils aux monuments du moyen âge, de la renaissance italienne, ou même aux morceaux les plus renommés de l’école moderne… Partout l’absence, non pas de talent, mais d’invention ; partout une volonté systématique d’interpréter, de préférence à la nature, les œuvres d’un maître ou d’une époque… Si plusieurs sculptures se recommandent par la correction et le goût, aucune n’a une signification assez sérieuse, une valeur assez incontestable pour s’isoler tout à fait du reste et mériter le succès à plus juste titre que l’œuvre voisine… Statues, groupes et bas-reliefs n’expriment, en général, que des convictions à peu près négatives. Comme l’école de peinture, l’école de sculpture tend à faire prévaloir l’agréable sur le beau, l’adresse de la pratique sur l’habileté savante, et, là même où le talent est le moins équivoque, il se ressent encore de cette propension universelle à rabaisser les conditions de l’art. » L’absence d’originalité, de caractère, qui est le défaut capital des œuvres de la sculpture française contemporaine, provient, en grande partie, croyons-nous, de la mauvaise direction imprimée aux études, à l’Ecole des beaux-arts ; les maîtres de cette École attachent une importance bien légitime à la pratique du métier ; mais, en encourageant, en récompensant avant tout la correction académique de l’exécution, en proscrivant sévèrement la fantaisie, le caprice, ils paralysent l’essor des jeunes talents et condamnent leurs élèves à une déplorable monotonie.

Il est juste d’ajouter que, durant les vingt années d’empire que nous venons de subir, la sculpture, comme la peinture, comme les lettres, s’est amoindrie, s’est abaissée, s’est prostituée trop souvent dans des œuvres d’une afféterie de mauvais aloi, d’un érotisme provocant et écœurant. La chaste blancheur du marbre a été souillée par des statuaires pornographes qui n’ont pas craint de donner des proportions monumentales à leurs sculptures de boudoir. Le régime impérial favorisait ces productions énervantes et malsaines.

Espérons que la réorganisation générale, la rénovation que les désastres effroyables de la patrie rendent nécessaire, inévitable, profitera aux beaux-arts comme aux autres branches de l’activité intellectuelle de la France (avril 1872).

— III. Peinture. L’art de la peinture ne cessa point d’être cultivé dans les Gaules après la chute de la domination romaine. Les Francs et les autres barbares, en se convertissant au christianisme, en adoptant le culte des images, ne pouvaient qu’encourager les peintres et les sculpteurs. Childebert Ier fit orner de peintures les murs de diverses églises construites à Paris sous son règne. Gondebaud, qui se disait fils de Clotaire Ier, s’appliqua lui-même à l’art de peindre, et remplit de ses ouvrages plusieurs oratoires. Les évêques ne restaient pas en arrière des princes ; l’illustre Grégoire de Tours fit peindre entièrement son église de Saint-Martin et celle de Sainte-Perpétue, et il nous apprend lui-même qu’il y employa des artistes franrçais. A Autun, Siagrius ; à Nevers, saint Colomban ; à Auxerre, Didier et Pallade firent exécuter dans leurs églises des peintures et des mosaïques. Cet usage de peindre les murs des églises prit un grand développement sous le règne de Charlemagne. Ce prince donna lui-même des ordres pressants pour la restauration et la décoration des édifices religieux de son empire. Ses successeurs ne se montrèrent pas moins favorables à ce genre de travaux. L’évêque Hincmar orna la cathédrale de Reims de peintures, de vitraux et de mosaïques. Le peintre Madalulphe, chanoine de Cambrai, remplit de ses ouvrages les églises, les réfectoires et même les dortoirs des abbayes de Fontenelle, de Luxeuil et de Saint-Germain de Flaix.

Pendant la période carlovingienne, l’art de peindre en miniature fit de grands progrès. Il s’est conservé jusqu’à nous plusieurs manuscrits illustrés par le pinceau des miniaturistes de cette époque. On reconnaît dans la plupart de ces productions l’imitation du style byzantin ; mais le génie national s’y manifeste aussi par la hardiesse et l’originalité des pensées. Les mêmes caractères se rencontrent dans les peintures monumentales de l’église de Saint-Savin, près de Poitiers, qui datent du xvie siècle, et qui sont les plus intéressantes parmi celles que nous possédons de ce temps reculé. « Dans ces peintures, dit M. Viollet-le-Duc, bien que l’on retrouve les traditions de l’école byzantine, on observe cependant une certaine liberté de composition, un sentiment vrai, puissant, une tendance dramatique, qui n’existent plus dans la peinture grecque du même siècle, rivée alors à des types invariables. L’exécution, d’ailleurs, est tout à fait sommaire : en général, les figures se détachent en silhouette sur un fond clair, et sont simplement rehaussées de traits qui indiquent les formes, les. plis des draperies, les linéaments intérieurs ; le modelé n’est obtenu que par ces traits plus ou moins accentués, et la couleur n’est autre chose qu’une enluminure. » D’autres peintures de la même époque et quelques-unes même du xiie siècle, par exemple celles de la chapelle du Liget (Indre-et-Loire), accusent une imitation plus entière des maîtres byzantins. Ce n’est guère qu’à partir du xiiie siècle que les traditions de cette école semblent définitivement abandonnées, et que les artistes français reviennent à l’observation de la nature, cherchent la vérité dans le geste, la souplesse dans les poses et dessinent les draperies avec plus de liberté et de largeur. L’exécution gagne elle-même en variété, en vigueur et en éclat.

Nous n’insisterons pas davantage sur les productions de la peinture française pendant ces époques reculées. Il nous suffira de citer parmi les fresques les plus anciennes que nous possédions, celles de Saint-Jean de Poitiers, de Saint-Saturnin de Toulouse, de l’abbaye de Saint-Martin-des-Vignes à Soissons, de la salle capitulaire des templiers à Metz, de l’église haute de la Sainte-Chapelle à Paris, de la crypte de la cathédrale de Limoges, de l’ancienne abbaye de Saint-Aubin à Angers, de l’abbaye de Charlieu, de l’église d’Anzy (Saône-et-Loire), du porche de Notre-Dame-des-Doms à Avignon, du chœur de l’église du Mont-Saint-Michel, des cathédrales d’Auxerre, de Coutances, du Mans, de Clermont-Ferrand, etc.

Les artistes du moyen âge ne se bornèrent pas à peindre à fresque ; ils peignirent à la colle, à l’œuf, à l’huile. Ce dernier procédé, très-clairement décrit par le moine Théophile, qui vivait au xiie siècle, ne s’employait que sur des panneaux, à cause de la nécessité où l’on était de faire sécher au soleil la peinture ainsi obtenue, les siccatifs n’étant pas encore en usage. L’or était fréquemment employé par les peintres, non-seulement pour rehausser les compositions exécutées par eux sur des panneaux mobiles, des diptyques, des autels, des meubles, etc., mais même dans les peintures monuumentales.

Ajoutons que la peinture en mosaïque ne cessa jamais d’être cultivée, et que la peinture sur verre produisit des œuvres considérables dès le xiie siècle.

Au xive siècle, la peinture française, complètement dégagée de l’imitation byzantine, se livre à l’observation directe de la nature, étudie le geste, recherche l’expression et vise de plus en plus à l’effet dramatique. Les procédés d’exécution se transforment moins rapidement ; le dessin l’emporte sur la coloration, l’or est moins prodigué que pendant la période précédente ; il semble que le peintre craigne de diminuer l’intérêt de sa composition par des tons trop vifs et des ornements trop brillants. Parmi les artistes de cette époque dont les noms nous sont parvenus, nous citerons : Colart de Laon, peintre et valet de chambre du duc Louis d’Orléans, qui travailla pour ce prince et pour le roi de France, et qui eut pour collaborateurs Piérin de Dijon ; Jehan de Saint-Eloy, Colin de la Fontaine et Copin de Grand-Dent ; Girard d’Orléans et Jehan Coste, qui ornèrent de peintures le château de Vaudreuil, en Normandie ; Jehan de Baumes, Guillaume de Francheville, Girard de la Chapelle, Arnout Picornet, qui furent employés par le duc de Bourgogne ; Jehan de Saint-Romain, imagier de Charles V ; Bernard de Toulouse et sa femme, Jehan de Juviac, Florent de Sabulo, qui exercèrent la profession d’enlumineur à Avignon, etc.

Au xve siècle, un maître de premier ordre, Jean Foucquet, de Tours, porta l’art de la miniature à sa perfection. Les chefs-d’œuvre qui nous restent de lui unissent à la finesse d’observation, à la vérité des détails, à l’habile distribution de la lumière et à l’accord des couleurs et des tons, qui distinguent les productions de l’école flamande, une élégance et une élévation de style dont ce maître avait trouvé les modèles en Italie. Cet artiste éminent fut le chef d’une école en qui notre art national a trouvé l’une de ses plus hautes et de ses plus complètes manifestations, et qui méritait d’être tirée de l’oubli où la France elle-même l’avait laissé tomber dans son engouement pour les gloires étrangères. Bien peu de tableaux de cette école sont parvenus jusqu’à nous ; mais, à ne considérer que les miniatures qui nous ont été conservées, il est permis de lui restituer la place élevée qui lui est due dans l’histoire générale de l’art.

Louis et François Foucquet, fils de Jean, Bernard et Jean de Posay, Jean Poyet, Jean d’Amboise, Simon Marmion, furent les émules du maître de Tours dans l’art de la miniature. On cite encore, parmi les artistes qui se distinguèrent dans le même genre : Michel Gonneau de la Brouce, Jean Préréal, frère Jean Rigot, moine de l’abbaye de Saint-Pierre de Melun, et, plus anciennement, Andrïeu Beauneveu et Jacquemart de Hesdin, qui précédèrent Jean Foucquet. D’autres peintres se signalèrent à la même époque par des travaux de genres divers : Coppin Delf exécuta les peintures murales de Saint-Martin de Tours ; Jean Bourdichon peignit pour Louis XI des bannières, des armoiries, des vues, des plans, des sujets religieux, etc. ; Jacquemin Gringonneur peignit des cartes à jouer pour Charles VI ; Pierre Garnier et Bertrand Maillet travaillèrent pour le duc de Lorraine ; Nicolas Pion fit, pour l’abbaye de Saint-Germain-des-Prés, une Pietà que l’on conserve à Saint-Denis ; Baudouin de Bailleul dessina, pour Philippe le Bon, de magnifiques tapisseries, qui furent exécutées à Arras ; Nicolas Desangives et Thouvenin cultivèrent avec succès la peinture sur verre ; le roi René d’Anjou, enfin, protecteur zélé des artistes flamands et des artistes français, s’adonna lui-même à la peinture. On lui attribue plusieurs œuvres plus ou moins importantes, dont la principale, le Buisson ardent, magnifique triptyque appartenant à la cathédrale d’Aix, doit être restituée à l’un des maîtres les plus illustres de l’école flamande, à Rogier van der Weyden ou à Memling, par exemple. V. buisson ardent.

Les ducs de Bourgogne et les rois de France eux-mêmes appelèrent souvent de Flandre des artistes en renom pour leur confier des travaux. Un des plus anciens et des plus curieux monuments de peinture que nous possédions en France est un grand retable qui se voit au musée do Dijon, et qui fut peint, vers la fin du xive siècle, par Melchior Broederlam, peintre du duc Philippe le Hardi (v. flamande [école]). Un chef-d’œuvre d’une date postérieure, exécuté par le célèbre Rogier van der Weyden, décore l’hôpital de Beaune (Côte-d’Or). Nous ne savons s’il fut peint dans cette ville ou en Flandre ; quoi qu’il en soit, il est certain que de nombreux et importants travaux furent accomplis chez nous par des peintres sortis de l’école des Van Eyck, et que cette école eut une grande influence sur notre art national au xve siècle.

Ce fut de Flandre que vint s’établir en France, vers l’an 1460, Jean Clouet, chef d’une famille de portraitistes célèbres. Ce Jean Clouet, d’abord attaché à la maison du duc de Bourgogne, travailla ensuite à Tours. Sa réputation fut éclipsée par celle de son fils, qui portait le même prénom que lui, et qui est plus connu sous le nom de Janet. Celui-ci, né en 1485, devint, en 1523, peintre ordinaire et valet de chambre de François Ier. Il peignit pour ce prince une multitude de portraits remarquables par la finesse extraordinaire et la légèreté de leur exécution. Il eut pour émule et pour successeur dans sa charge son fils, François Clouet. Ce qui fait le charme des peintures de ces deux maîtres, c’est l’imitation naïve de la nature, c’est le soin extrême des détails, sans puérilité toutefois et sans sécheresse. Par ces caractères distinctifs, les Clouet se rapprochent de Holbein ; s’il n’ont pas la méme énergie d’expression, ils ont de plus que lui la délicatesse et la grâce, qualités toutes françaises.

La réputation que ces artistes si naïfs, si simples, si sincères, obtinrent de leur vivant doit d’autant plus nous étonner qu’une grande révolution s’opérait alors dans le goût national : l’art italien faisait invasion en France. C’est à François Ier qu’il faut attribuer l’initiative du mouvement : c’est lui qui fit venir en France Léonard de Vinci, Andréa del Sarto, Benvenuto Cellini, le Rosso, le Primatice, etc. L’influence de ces deux derniers maîtres fut considérable ; chargés par le roi de décorer le château de Fontainebleau, ils employèrent à cette entreprise un grand nombre d’artistes italiens et français, auxquels ils imposèrent leurs idées, leur manière, leur style ; ils créèrent ainsi une véritable école — l’école dite de Fontainebleau — qui devint dominante et finit par effacer les traditions nationales. Si admirateur que nous soyons du grand art italien, nous regrettons qu’il se soit implanté chez nous et qu’il ait pris la place de l’art français, qui s’était manifesté avec tant de charme dans les œuvres des Foucquet, des Clouet. Mais l’engouement pour la manière italienne a été tel que quelques historiens (M. Viardot, entre autres) n’ont pas craint de citer le Rosso et le Primatice comme les véritables fondateurs de l’école française. Félibien parle avec enthousiasme des maîtres de Fontainebleau, et nous fait connaître combien fut complète la révolution artistique accomplie par eux : « On peut dire qu’ils ont été les premiers qui ont apporté en France le goût romain et la belle idée de la peinture et de la sculpture antique. Avant eux, tous les tableaux tenoient encore de la manière gothique, et les meilleurs étoient ceux qui, à la manière de Flandre, paroissoient les plus finis et de couleurs plus vives. Mais comme le Primatice étoit fort pratique à dessiner, il fit un si grand nombre de dessins et avoit sous lui tant d’habiles hommes que, tout d’un coup, il parut en France une infinité d’ouvrages d’un meilleur goût que ceux qu’on avait vus auparavant ; car, non-seulement les peintres quittèrent leur ancienne manière, mais même les sculpteurs et ceux qui peignoient sur le verre, dont le nombre étoit fort grand. C’est pourquoi on voit encore des vitres d’un goût très-exquis, comme aussi quantité de ces émaux de Limoges, et des vases de terre, peints et émaillés, qu’on faisoit en France aussi bien qu’en Italie. Il se trouve même des tapisseries du dessin du Primatice. »

Ainsi l’influence de l’école de Fontainebleau s’étendit à toutes les branches de l’art. Plusieurs artistes italiens, peintres, stucateurs, avaient suivi en France le Rosso et le Primatice ; Félibien cite : Domenico del Barbiere, Luca Penni, Lorenzo Naldini, Laurent Renaudin, Ruggieri de Bologne, Prospero Fontana, le Bagnacavallo, Niccolo dell’Abbate ou Niccolo de Modène, Bartolommeo Miniati ou de Miniato, Francesco Pellegrini, Claudio Baldovini (Claude Baudouin), etc. Le même historien nous apprend qu’au nombre des artistes français qui travaillèrent à Fontainebleau, sous la direction du Rosso et du Primatice, on distinguait : Simon Le Roy, Charles et Thomas Dorigny, Louis, François et Jean Lerambert, Jean et Guillaume Rondelet, Charles Carmoy, Germain Musnier, Louis Dubreuil, Antoine Fantose, Michel Rochetet, Jean Sanson, Girard Michel, Eustache Dubois, etc.

Après la mort du Primatice, Toussaint Dubreuil et Roger de Rogery prirent la direction des travaux de Fontainebleau. Ces artistes continuèrent, en l’exagérant, la manière pompeuse et prétentieuse des Italiens. Jacob Bunel, de Blois (1558-1614), autre peintre renommé de cette époque, peignit avec T. Dubreuil la voûte de la petite galerie du Louvre qu’un incendie détruisit au commencement de 1661. David et Nicolas Pontheron, Nicolas Bouvier, Claude et Abraham Halle travaillèrent à la décoration de cette même galerie. Étienne Dupérac, plus connu comme architecte, exécuta diverses peintures à Fontainebleau et à Saint-Germain-en-Laye. Parmi les peintres qui furent employés, tantôt à Fontainebleau, tantôt à Saint-Germain, tantôt au Louvre, tantôt aux Tuileries, Félibien nomme encore : Henri Lerambert, Pasquier Testelin, Jean de Brie, Gabriel Honnet, Guillaume Dumée, Ambroise Dubois, Martin Fréminet. Ces deux derniers méritent une mention particulière : Ambroise Dubois, natif d’Anvers, exécuta à Fontainebleau d’importantes peintures, dont plusieurs ont péri ; Martin Fréminet, fort renommé en son temps, et qui eut la charge de premier peintre de Henri IV, se proposa Michel-Ange pour modèle ; mais il prit le plus souvent la boursouflure pour l’énergie, la grimace pour l’expression. Tous ces Français italianisés, — loin de mériter le titre de fondateurs de notre école, — doivent être regardés bien plutôt comme de pâles imitateurs d’une manière étrangère.

Au milieu de cette foule vouée au pastiche des maîtres italiens, un artiste se distingue par un style original, large et fort, par la profondeur de ses conceptions : cet artiste est Jean Cousin (né avant 1500, mort vers 1560), qui fut à la fois peintre, sculpteur et architecte, comme Michel-Ange, et qui, si l’on ne tenait compte de nos maîtres primitifs du xve siècle, pourrait être considéré comme le fondateur de notre école. A côté de lui, il faut citer les Dumoustier, qui continuèrent, comme portraitistes, les traditions de Clouet, et qui nous ont laissé un grand nombre de dessins au crayon et au pastel où revivent les personnages notables du xvie siècle.

Jean Cousin a peint, à Paris et à Sens, des verrières du plus grand style. Ce genre de peinture fut cultivé au xvie siècle par plusieurs autres maîtres français très-habiles : à Paris, par Jacques de Paroy ; à Chartres, par les Pinaigrier ; à Troyes, par Linard Gontier ; en Lorraine, par Claude-Israël Henriot et par Honoré ; à Bourges, par Laurence Fauconnier et par Lescuyer ; à Auch, par Arnaud Desmoles, etc. Un peintre verrier français, le frère Guillaume, de Marseille, se rendit célèbre en Italie.

A la même époque, l’art du peintre émailleur produisait, à Limoges, des chefs-d’œuvre dus à Léonard Limousin, à Jehan Limousin, aux Corteys ou Courtois, à Et. Mercier, à Penicaut, etc. ; et Bernard de Palissy s’immortalisait par ses rustiques « figulines. »

Au commencement du xviie siècle, les peintres flamands étaient fort goûtés en France. A Paris, Frans Fourbus exécutait d’importants ouvrages pour diverses églises et pour l’Hôtel de ville ; Ferdinand Elle, de Malines, avait beaucoup de vogue comme portraitiste. En Provence, Louis Finsonius, de Bruges, décorait les églises de vastes toiles, peintes dans la manière du Caravage. Le chef même de l’école flamande, Rubens, appelé par Marie de Médicis, peignit, pour la galerie du Luxembourg, la célèbre suite de tableaux représentant d’une façon allégorique l’histoire de la reine de France. Il est vrai de dire qu’avant de confier ce travail au grand maître d’Anvers, Marie de Médicis avait eu l’idée d’en charger un peintre français, Quentin Varin, d’Amiens, qui fut le maître de Poussin.

L’école française revint à la manière italienne avec Simon Vouet (1590-1619) qui, après s’être formé en Italie même par l’étude des œuvres de Paul Véronèse, du Caravage et du Guide, fut appelé à Paris par Louis XIII, et remplit de ses ouvrages les palais de la couronne, les hôtels de l’aristocratie et la plupart des églises de la capitale. Vouet forma de nombreux élèves, parmi lesquels il faut citer François Perrier, Nicolas Chaperon, Paris Poerson, Dorigny le père, Louis et Henri Testelin, Dufresnoy, qui écrivit un poème latin sur la peinture, et Pierre Mignard (1610-1695), qui fut lui-même un maître renommé, justement estimé pour la noblesse de son style et la suavité de son exécution. Nicolas Mignard (1605-1668), frère aîné de Pierre, fut aussi un peintre de grand talent : il s’était formé à Fontainebleau en étudiant les ouvrages du Rosso, du Primatice et de Fréminet.

A la même époque vécurent : Jacques Blanchard (160O-1638), que ses contemporains surnommèrent très-emphatiquement le Titien français et qui fut un rival de S. Vouet ; Valentin (1601-1632), qui imita le Caravage ; Laurent de La Hyre (1606-1656), qui procède des Carrache ; Sébastien Bourdon (1616-1671), qui s’était formé par l’étude des Florentins et des Bolonais ; Jacques Callot (1592-1635), qui étudia aussi les Italiens, mais qui tient bien plus des Hollandais par la netteté et la finesse de l’exécution, et qui est éminemment français par sa verve caustique et son élégance spirituelle ; les frères Le Nain, qui, au réalisme du Caravage et de Valentin, ont joint une naïveté bien originale ; Henri et Charles Beaubrun, peintres de portraits ; Jacques Courtois, dit le Bourguignon (1621-1676), qui passa la plus grande partie de sa vie à Rome, où il se rendit célèbre par ses tableaux de bataille ; Lubin Baugin, surnommé le Petit Guide ; Eustache Lesueur (1617-1655), maître illustre entre tous, qui a mérité d’être appelé le Raphaël français, etc. La plupart de ces artistes se ressentent plus ou moins, soit dans la conception, soit dans l’exécution de leurs œuvres, de l’influence italienne. Bien qu’ils aient été créateurs, chacun en son genre, Nicolas Poussin et Claude Lorrain, — ces deux gloires de la peinture française, — n’en doivent pas moins être considérés comme adhérant aussi à l’art italien par beaucoup de côtés. C’est en Italie que leur génie s’est développé et s’est fécondé ; c’est en Italie qu’ils ont passé la plus grande partie de leur existence.

Admirateur enthousiaste de l’antiquité et de Raphaël, dessinateur incomparable, poëte tour à tour austère et gracieux, penseur profond, Poussin (1594-1665) a été appelé avec raison le peintre des gens d’esprit. Bien qu’il n’ait formé directement aucun élève en France, il eut une influence considérable sur notre école, aussi bien sur les artistes de son temps que sur ceux des générations suivantes. C’est ainsi qu’il fut pris pour modèle par Sébastien Bourdon, déjà cité, et par Jacques Stella (1596-1657), artiste lyonnais, qui devint premier peintre du roi en 1644, et dont les œuvres furent reproduites par les graveurs les plus habiles de l’époque. L’influence de Poussin se reconnaît encore dans les compositions si nobles et si sérieusement conçues d’E. Lesueur. Gaspard Dughet, plus connu sous le nom de Guaspre (1613-1675), est placé par certains auteurs dans l’école italienne ; mais, s’il est vrai qu’il soit né à Rome, qu’il y ait passé sa vie tout entière, il ne faut pas oublier que son père était Parisien, qu’il fut le beau-frère et l’élève de Nicolas Poussin, et qu’il se perfectionna dans la peinture de paysage par l’étude des œuvres de Claude Lorrain.

Claude Gellée, dit le Lorrain (1600-1682), est de tous les paysagistes celui qui a su le mieux exprimer la poésie de la nature ; il a choisi les sites les plus imposants, les lignes les plus élégantes, les effets les plus séduisants ; il a rendu avec une perfection inimitable les jeux de la lumière, la transparence des ombres, la limpidité des eaux. La magie de ses dessins égale celle de ses tableaux. Il a eu beaucoup d’imitateurs, il n’a pas eu de rival. Parmi les artistes français de son temps qui suivirent sa manière, il faut citer P. Patel et son fils, qui décorèrent de leurs œuvres les hôtels aristocratiques de Paris.

Sous le règne de Louis XIV, pendant le grand siècle, l’école française, tout en restant fidèle aux traditions italiennes, adopta un style d’apparat, une grandeur emphatique, une noblesse prétentieuse ; elle s’inspira, pour tout dire, de l’esprit qui régnait alors à la cour. Charles Lebrun (1619-1690) fut le représentant le plus complet et le plus influent de cet art pompeux et théâtral. Premier peintre de Louis XIV, il fut comblé de faveurs par ce prince et exerça pendant longtemps une autorité despotique sur la direction de l’art en France ; mais il est juste de dire que, s’il commit des actes regrettables, s’il empêcha, par exemple, que Lesueur et Mignard n’obtinssent les grands travaux auxquels ils avaient droit, il usa aussi de son influence pour aider au développement des institutions artistiques de son pays : il contribua notamment au développement de l’Académie de peinture et de sculpture, dont il avait été l’un des fondateurs, à l’accroissement des trésors d’art du cabinet du roi, qui est devenu le musée du Louvre, à la prospérité de la manufacture des Gobelins, pour laquelle il exécuta d’importantes compositions ; c’est lui enfin qui obtint de Louis XIV la fondation dé l’école française à Rome. Ses principaux élèves ont été Claude Audran, François Verdier (1651-1730), Houasse, Claude Lefèvre (1633-1675), Joseph Vivien, Charles de Lafosse (1636-1716) et Jean Jouvenet (1644-1717). Celui-ci, doué d’un tempérament énergique et d’une facilité excessive, ne fut pas absolument dépourvu d’originalité. Son dessin a une certaine fierté, et sa couleur, bien que d’ordinaire monochrome, ne laisse pas d’être vigoureuse ; mais il exagéra encore, si c’est possible, la boursouflure de son maître.

Parmi les autres peintres de cette époque, on remarque : Nicolas Colombel (1646-1717), Michel Corneille (1642-1708), Jean-Baptiste Corneille (1646-1695), Louis Licherie (mort en 1687), Jean-Baptiste Monnoyer (1634-1699) et Jean-Baptiste Blain de Fontenay (1654-1715), qui se distinguèrent dans la peinture des fleurs ; Pierre Puget, plus connu comme sculpteur, et son fils, François Puget ; Nicolas Largillière (1656-1746) et Hyacinthe Rigaud (1659-1749), qui furent d’éminents portraitistes ; Jean-Baptiste Santerre (1650-1717), Noël Coypel (1623-1707) et ses deux fils, Antoine Coypel (1661-1722) et Noël-Nicolas Coypel (1691-1734) ; Joseph Parrocel (1648-1704), peintre de batailles, et ses fils Charles, Louis et Pierre ; Jean-Baptiste Martin (1659-1735), autre peintre de batailles, élève du Flamand Van der Meulen, qui fut le peintre officiel des victoires et des conquêtes du grand roi ; Bon Boulogne (1649-1717), Louis de Boulogne (1654-1733), François Marot (1667-1719), Claude Verdot (1667-1733), Nicolas Bertin (1667-1736), peintres de sujets religieux ; Etienne Allegrain (1653-1736), paysagiste, élève du Flamand Francisque Millet ; François Desportes (1661-1743), excellent peintre d’animaux, etc. Le château de Versailles, le Palais-Royal, le Louvre, les églises, les hôtels aristocratiques de Paris furent remplis de peintures dues à ces divers artistes.

Bien qu’il appartienne à l’école flamande par sa naissance, Philippe de Champaigne (1602-1674) ne saurait eue oublié parmi les peintres qui occupèrent en France une place éminente au xviie siècle. Il était ami de Poussin, et il se rapproche de ce grand maître par la science, la noblesse et la correction du style. Ses portraits sont particulièrement remarquables : ils ont beaucoup de caractère et trahissent par la force de la couleur l’origine flamande de l’auteur.

Les magnifiques portraits de Largillière et de Rigaud ont un aspect bien français, ― nous allions dire bien Louis XIV. ― Claude Lefèvre fut aussi un très-habile portraitiste ; il eut pour élève François de Troy, de Toulouse (1645-1730), qui se distingua dans le même genre, et dont le fils, Jean-François de Troy (1679-1752), acquit une grande réputation comme peintre d’histoire, et fut directeur de l’Académie de France à Rome.

François Le Moyne (1688-1737) fut un des peintres en renom du commencement du xviiie siècle ; il exécuta de vastes peintures murales dans le style prétentieux et enchevêtré des Italiens de la décadence.

A la même époque florissaient : Jean Restout, de Rouen (1692-1768), neveu de Jouvenet et auteur d’un grand nombre de tableaux d’église ; Jean-Baptiste Vanloo (1684-1745), né à Aix d’une famille originaire de Hollande et qui fut féconde en artistes ; Carie Vanloo (1705-1765), frère de Jean-Baptiste, peintre doué d’une imagination gracieuse et fertile, et d’une extraordinaire facilité d’exécution ; Pierre Subleyras, d’Uzès (1699-1749), élève du Toulousain Antoine Rivalz, qui passa la plus grande partie de sa vie à Rome et s’attacha a imiter la manière de Poussin et celle de Sébastien Bourdon ; Robert Tournières, de Caen (1668-1752), Jean-Marc Nattier (1685-1766) et Louis Tocqué (1696-1772), qui peignirent avec succès le portrait ; Notoire (1700-1777), qui exagéra les défauts de Le Moyne, son maître ; Jean-Baptiste Oudry (1686-1755), qui fut le continuateur et l’émule de Desportes, dans la peinture d’animaux ; Jean Raoux (1677-1734) et Alexis Grimou, qui peignirent des figures de fantaisie et des sujets de genre, etc.

Les peintres de cette période qui cultivèrent l’art sérieux, — histoire, religion, décoration d’églises et de palais, — manquent absolument de gravité, de dignité, de simplicité ; ils dénaturent les faits historiques, ils enjolivent la religion, ils humanisent la mythologie ; ils se préoccupent plus de charmer les regards que l’esprit, de flatter les sens que de satisfaire la pensée ; ils ont un talent facile et lâché, une certaine gentillesse de dessin, un coloris douceâtre, une grande mollesse de touche.

Mais, à côté de ces peintres, d’autant plus fades qu’ils ont la prétention de continuer les grands maîtres, il y eut, au xviiie siècle, tout un essaim de peintres légers, gracieux, brillants, ne relevant que de leur caprice, n’écoutant que leur inspiration. Cette école, raillée et batfouée, il y a cinquante ans, exaltée aujourd’hui et représentée par bon nombre de critiques comme étant éminemment française, prit naissance à l’époque de la Régence, alors que la cour, délivrée de la tutelle bigote de Mme de Maintenon, se jeta à corps perdu dans les plaisirs et dans les fêtes. Il y eut à ce moment comme un réveil de l’esprit et, nous dirions volontiers, un réveil de la nature. La gaieté éclata sur tous les visages ; l’amour ou quelque chose qui y ressemblait fit battre tous les cœurs. A qui se serait arrêté à la surface de ce monde brillant, souriant et fardé, il pouvait sembler que l’âge d’or était revenu. Rien ne manquait à l’illusion. Les marquises s’étaient subitement transformées en faunesses, en dryades, la coquetterie féminine trouvant sans doute son compte aux toilettes indiscrètes de la Fable ; les marquis devirent dos Damons, des Tytires, des Corydons. Et puis, ce fut un merveilleux engouement pour les champs. À ces nymphes sentimentales et à ces bergers langoureux ne fallait-il pas des prairies pour roucouler des idylles ; des bocages et des grottes moussues pour entendre soupirer l’infortunée Echo ; des pièces d’eau sur lesquelles on pût « s’embarquer pour Cythère ? » Le besoin d’enjoliver la nature poussa, dans l’art des jardins, à un style d’un maniérisme adorable qui eut fort effarouché Le Nôtre. Volontiers ; d’ailleurs, si la chose eût été possible, on eût substitué aux paysages ainsi arrangés les décors mêmes de l’Opéra ; à défaut, les divinités du ballet furent invitées à embellir de leur présence les mascarades champêtres de la cour.

Ces fantaisies séduisantes, et ces gracieux mensonges que Chaulieu célébra dans des vers anacréontiques, devaient trouver un autre poëte pour les fixer sur la toile. Antoine Watteau (1684-1721) fut par excellence « le peintre des fêtes galantes. » Il fallait une imagination aussi délicate, aussi vive et aussi riante que la sienne, un talent d’exécution aussi ferme et aussi mordant que celui dont il a fait preuve, pour faire accepter un genre essentiellement faux, pour donner une forme à des chimères et pour animer des fantômes. Ses disciples immédiats, Nicolas Lancret (1690-1745) et Jean-Baptiste Pater (1696-1736), firent de vains efforts pour s’assimiler sa manière spirituelle, agile, nous allions dire allée. Ils traduisirent en prose ses poétiques fantaisies. Tous deux cependant firent, dans leurs bons jours, des pastiches auxquels le public se trompa.

Watteau a rang parmi les grands peintres, non-seulement parce qu’il fut un praticien exquis, mais surtout parce qu’il fut un grand poëte ; il idéalisa les folies de la Régence, et ne laissa voir la vérité qu’à travers un prisme enchanteur. François Boucher (1704-1770) peignit, avec une fidélité naïvement cynique, la société débraillée au milieu de laquelle il vécut. « Ses tableaux, a dit M. Marius Chaumelin, ne font que refléter les mœurs de la cour de Louis XV : une coquetterie minaudière, une grâce factice, une élégance pleine d’afféterie, l’idylle changée en madrigal et en ballet, la nature remplacée définitivement par le décor, l’artifice se substituant à l’art, la raison et le bon goût insultés et baffoués, la luxure levant le masque, et le dévergondage s’étalant partout avec des raffinements d’impudence. » Boucher fut le Gentil-Bernard de la peinture. Il eut pour élèves et pour imitateurs : Baudouin (1723-1789) ; Honoré Fragonard (1732-1806), coloriste spirituel, dessinateur plein d’une gracieuse fantaisie ; Jean-Baptiste Deshays (1729-1765), etc. Carle Vanloo, Natoire, Lagrenée l’aîné (1724-1805), peignirent dans le même style des pastorales, des scènes mythologiques et des allégories.

Si aimable et si française que puisse nous paraître l’école dont Watteau, Boucher et Fragonard furent les coryphées, on ne peut nier que ce ne fût une école de décadence : elle se faisait gloire de ne rien devoir à l’imitation de la nature, à l’expression des sentiments et des caractères du monde réel. Mais, à côté de ses compositions mensongères, on vit paraître des œuvres inspirées par l’amour de la vérité et par la recherche d’un idéal plus humain : Jean-Baptiste Pierre (1713-1789) et Joseph Vien (1716-1809), dans la peinture d’histoire ; Greuze (1725-1805) et Chardin (1699-1779), dans les scènes familières ; Joseph Vernet (1714-1789), dans la marine et le paysage ; Casanova (1730-1805), dans les scènes militaires ; Bachelier (1724-1806), dans la peinture de fleurs ; Lantara (1729-1778), Hubert Robert (1733-1808) et Lontherberoug (1750-1814), dans le paysage ; Latour (1704-1788), dans le portrait ; Jean-Baptiste Le Prince (1733-1781) et de Marne (1744-1829), dans les tableaux de genre, prirent la nature pour guide et s’efforcèrent d’intéresser et de plaire en restant sincères. Quelques-uns, tels que Greuze, Chardin et J. Veinet, y réussirent pleinement et rivalisèrent avec les Hollandais et les Flamands dans le genre familier.

Louis David (1748-1825), élève de Vien, opéra une révolution complète dans l’école française. Defsinateur savant, formé par l’étude de l’antique, penseur austère, épris des vertus stoïques de Rome républicaine, il chercha à ramener l’école française aux sentiments élevés, aux sujets héroïques, à la noblesse des pensées et à la noblesse du style. Ses œuvres, remarquables par la science de la composition, la pureté des lignes et l’excessive fermeté du modelé, sont véritablement d’un maître. David fut le chef d’une nombreuse école, et son influence s’étendit même sur la direction de l’art dans les pays voisins de la France. Premier peintre de Napoléon, il eut l’autorité dont avait joui, en son temps, Lebrun, premier peintre de Louis XIV. La réforme qui s’accomplit sous son impulsion aboutit malheureusement, comme la plupart des réactions, à l’exagération même de ses principes. L’application des règles de la sculpture aux œuvres du pinceau, l’imitation servile de l’antiquité, le fétichisme de la forme, le dédain du coloris, tels sont les principaux traits des doctrines davidiennes.

Les élèves de David suivirent d’ailleurs des directions fort diverses. Quelques-uns s’élevèrent au premier rang et devinrent maîtres à leur tour : Girodet (1767-1824) peignit peu de tableaux, mais exécuta un nombre considérable de dessins, et se montra en somme plus littérateur que peintre ; Gérard (1770-1837) traita l’histoire et le portrait avec une incontestable supériorité ; Gros (1771-1835) joignit à la science puisée dans l’enseignement de David une verve extraordinaire et une puissance d’exécution qui ont fait de lui un des plus grands artistes du xixe siècle. A côté de ces trois artistes célèbres, nous citerons, parmi les disciples immédiats de David : Drouais (1763-1788), mort jeune, après avoir donné les plus belles espérances ; Fabre, de Montpellier (1760-1837) ; Marius Granet (1775-1849), excellent peintre d’intérieurs et de vues architecturales ; Jérôme-Martin Langlois (1779-1838) ; Jean-Baptiste Isabey et Jean-Baptiste Augustin, dont les portraits en miniature sont justement estimés ; Joseph Wicar, de Lille (1762-1834), dessinateur de beaucoup de talent ; Barbier-Walbonne, Claude Gautherot ; Anatole Devosge, né à Dijon en 1770, successeur de son père François Devosge dans la direction de l’école des beaux-arts de cette ville ; Jean-Pierre Franque et Joseph Franque ; Pierre Révoil (1766-1848), qui dirigea et fonda l’école de peinture de Lyon, sa ville natale ; Constant Bourgeois, paysagiste ; Hennequin (1763-1833) ; Pierre-Nolasque Bergeret, de Bordeaux ; Auguste Couder ; Étienne Delécluze, qui renonça à la peinture pour se livrer à la critique d’art ; Louis Ducis ; Abel de Pujol (1785-1861), et enfin Jean-Auguste-Dominique Ingres (1781-1867), dont nous parlerons ci-après.

Jean-Baptiste Regnault (1751-1829) contribua à la réforme académique et fut le chef d’une nombreuse école qu’il est permis de confondre avec celle de David, bien qu’elles aient été rivales : l’une et l’autre recherchèrent surtout la pureté du dessin et se modelèrent sur les chefs-d’œuvre de la sculpture antique. Les principaux élèves de Regnault furent Landon (1760-1826), plus connu par ses volumineuses publications sur les arts que par ses tableaux ; Louis Hersent (1777-1860) ; François Dubois, grand prix de Rome en 1819 ; Blondel, grand prix en 1803 ; Crépin, peintre de marines ; Boisselier l’aîné (1776-1811) ; Robert Le Febvre (1756-1831), qui a joui d’une grande vogue comme portraitiste ; Pierre Guérin (1774-1833), que Charles X fit baron, et qui fut lui-même chef d’une école d’où sortirent plusieurs des artistes les plus distingués de notre époque, etc.

Valenciennes (1750-1819) fonda l’école du paysage académique ; son meilleur élève fut Jean-Victor Bertin (1775-1832), dont les succès déterminèrent le gouvernement à créer un prix de paysage donnant droit à la pension de Rome. Michallon, Bidault et Wattelet se distinguèrent aussi dans la phalange des paysagistes classiques.

Au milieu de ces « Romains » de l’Académie, graves, solennels, empesés, et trop souvent froids et faux, apparaît un maître délicat et naïf, épris de la couleur et amoureux de la grâce, Pierre Prudhon (1753-1828), qui peignit des allégories et des pastorales, non à la façon de Boucher, mais à la façon de Théocrite, et qui trouva sur sa palette des tons d’une fraîcheur et d’une suavité exquises.

Dans une tout autre direction, Carie Vernet (1758-1835) se montra original : il peignit avec esprit des combats, des chasses, des animaux, des paysages.

L’exagération dans laquelle tombèrent certains disciples de David suscita une réaction violente vers les dernières années de la Restauration. En opposition avec les classiques, se forma l’école dite romantique. Aux poncifs de l’Académie, aux sujets grecs ou romains, cette école substitua les scènes empruntées à la littérature et à l’histoire modernes ; elle abandonna le nu pour peindre les costumes éclatants ; elle mit la couleur au-dessus du dessin, la fantaisie au-dessus de la reproduction servile du modèle d’atelier. Nous avons raconté longuement, — au mot classique, - les luttes qui s’engagèrent entre les adeptes de ce nouveau système et les partisans de la méthode davidienne ; nous n’y reviendrons pas ; nous nous bornerons à citer les noms des chefs qui prirent part à ces combats à outrance.

Les grandes peintures militaires de Gros, si pleines de mouvement, de passion et de vie, eurent une influence décisive sur l’école française et marquèrent les débuts de la révolution anticlassique. Mais le véritable émancipateur, le père de l’école romantique, fut Gèricault (1791-1824), l’auteur du Radeau de la Méduse. L’apparition aux expositions de Paris des œuvres de certains peintres anglais ne fut pas étrangère non plus au changement qui se produbit dans le goût public. Enfin Delacroix vint, et développa avec une fougue et une puissance extraordinaires le programme de la nouvelle école ; poète plein de souffle, coloriste véhément, il traita tous les genres avec une hardiesse, une ampleur et une originalité qui firent tressaillir les « philistins » de l’Académie. A la même époque, Léopold Robert transformait le paysage historique, en remplaçant les sempiternelles divinités de la Fable par des figures modernes choisies parmi les plus beaux types des populations rustiques de l’Italie. Un peu après, Paul Delaroche peignit les anecdotes de l’histoire d’Angleterre et de l’histoire de France avec une préoccupation de la vérité qui s’étendait jusqu’aux moindres détails de mobilier et de costume ; Ary Scheffer traduisit avec un rare bonheur les conceptions poétiques de Gœthe et de Byron ; Decamps et Marilhat fixèrent sur la toile les sites lumineux et les costumes pittoresques de l’Orient ; Horace Vernet, Bellangé, Charlet rivalisèrent d’habileté, de sincérité et d’humour dans la peinture des scènes militaires ; Paul Huet, Corot, Flers, Cabat, Jules Dupré, N. Diaz, Théodore Rousseau fondèrent une admirable école de paysagistes ; E. Isabey et T. Gudin peignirent la mer avec vérité et avec poésie ; Brascassat, Troyon, Jadin, Alfred Dedreux et, plus tard, Rosa Bonheur représentèrent les animaux avec succès ; Camille Roqueplan, Louis Boulanger, Eugène Devéria, les frères Tony et Alfred Johannot, Jeanron, Gigoux, Cl. Jacquand, Henry Scheffer, Robert-Fleury, Schnetz, Tassaert, Papety, Chassériau, Couture, Adolphe et Armand Leleux se distinguèrent dans divers genres. Les artistes que nous venons de nommer n’adhéraient pas complètement à l’école romantique, mais ils partageaient du moins son amour de la poésie et du pittoresque, son horreur des poncifs et des conventions académiques.

Ingres, l’adversaire déclaré d’Eugène Delacroix, tint haut et ferme, pendant près de quarante ans, le drapeau du classicisme. Autour de lui viennent se ranger : Drolling, Hesse, Léon Cogniet, Court, Heim, Vinchon, Pérignon, Rouget, Orsel, Périn, Dubufe, Cabanel, Léon Benouville, Picot, Aligny, Al. Desgoffe, Amaury Duval, Lehmann, Hippolyte Flandrin, Signol, Chenavard, etc. Quelques-uns de ces artistes, quoique doués d’un sentiment fort opposé à celui d’Ingres, - Orsel et Chenavard, par exemple, — n’en doivent pas moins être rangés ici parmi les peintres qui ont fait consister le beau uniquement dans la pureté du dessin, la noblesse de l’ordonnance, la sévérité du style. Le romantisme, qui, grâce au merveilleux talent des Delacroix, des Scheffer, des Decamps, avait triomphé du classicisme, se modifia lui-même rapidement et aboutit à un véritable éclectisme, admettant, en art, toutes les tendances, toutes les fantaisies, toutes les formes. On vit se produire des œuvres classiques par le dessin et romantiques par la couleur ; mais, en général, les nouveaux peintres ne reconnurent pas plus l’autorité du cénacle que celle de l’Académie ; ils s’abandonnèrent à leur propre inspiration et cherchèrent leur voie un peu au hasard ; beaucoup se sont égarés, mais beaucoup aussi ont réussi à se créer une manière originale. Quelques-uns ont même essayé de fonder des systèmes nouveaux : il nous suffira de citer M. Courbet, dont la façon toute simple et toute crue de peindre les choses a été baptisée du nom de réalisme.

Si l’on examine l’ensemble des œuvres qui se sont produites depuis vingt-cinq ou trente ans, on constate que c’est surtout dans les genres secondaires, le paysage, la marine, les animaux, le portrait, les scènes familières, que l’école française fait preuve de supériorité. La grande peinture, celle qui représente les événements fameux de l’histoire et les sujets religieux, n’est cultivée que par un petit nombre d’artistes, parmi lesquels se disguent : MM. Cabanel, Bouguereau, Baudry, Yvon, Pils, Lazerges, Emile Bin, Mottez, Delaunay, Puvis de Chavannes, Barrias, Gustave Moreau, Gustave Doré, Bonnat, Mazerolles, Glaize, Charles Muller, Benjamin Ulmann, etc. La peinture nnecdotique, ou, si l’on aime mieux, la peinture d’histoire réduite aux proportions de la peinture de genre et plus préoccupée de détails archéologiques que de philosophie sociale, compte bon nombre d’habiles interprètes, entre autres : MM. Gérôme, Comte, Hector Leroux, G. Boulanger, Emile Lévy, Hamon, Picou, Penguilly-l’Haridon, Hillemacher, etc. Parmi les peintres de genre proprement dits, voués à la représentation des scènes de mœurs, des intérieurs mondains ou rustiques, des types populaires et des costumes de tous pays, les plus renommés sont : MM. Adolphe Breton, François Millet, Hébert, Meissonier, Chavet, Antigna, Protais, Fromentin, Luminais, Gustave Brion, Toulmouche, Henri Baron, Ribot, Ed. Frère, Vibert, Bonvin, Roybet, Fauvelet ; parmi les paysagistes, MM. Corot, Daubigny, Jules André, Ziem, Lavielle, Belly, Lambinet, Nazon, Chintreuil, Emile Breton, Français, Ch. Leroux, Blin, Harpignies ; parmi les marinistes, MM. Jules Noël, Fréret, Mazure, Fr. Barry ; parmi les portraitistes, MM. Cabanel, Jalabert, Chaplin, Dubufe, Jules Lefebvre, Giacomotti, Henner, Bonnegrâce, Ricard, Carolus Duran, Mlle Nélie Jacquemart et Mme Henriette Browne ; parmi les peintres d’architecture, de natures mortes, de fruits et de fleurs, MM. J. Ouvrier, Maisiat (élève de Saint-Jean, peintre lyonnais très-estimé en son temps), Lays, Vollon, Biaise Desgoffe, Philippe Rousseau, Monginot, Méry ; parmi les peintres d’animaux, MM. Auguste Bonheur, Eugène Lambert, Courbet, Van Marcke, etc. N’oublions pas, en finissant, de citer Henri Regnault, le jeune et brillant artiste qui, après avoir donné en divers genres les preuves d’un talent de premier ordre, a été tué à Buzenval, en défendant son pays.

— IV. Gravure. L’art de la gravure fut cultivé en France plus tard qu’en Italie, en Allemagne et dans les Pays-Bas. Vers le milieu du xvie siècle, Jacques Duvet, de Langres, connu sous le nom de Maître à la licorne, à cause de la marque qu’il avait adoptée, grava, d’une pointe peu précise, des scènes de l’Apocalypse et d’autres sujets religieux. Au même siècle appartiennent : Noël Garnier ; Etienne de Laune, buriniste délicat, né à Orléans en 1518, qui fit des copies des estampes de Marc-Antoine et reproduisit un assez grand nombre de dessins arabesques de son invention à l’usage des orfèvres ; Pierre Woeiriot, de Bar-le-Duc, qui s’établit à Lyon ; René Boyvin, d’Angers, qui travailla à Paris principalement d’après le Rosso et le Primatice, et qui mourut à Rome en 1598 ; Androuet du Cerceau, qui exécuta des planches d’architecture ; Philippe Thomassin, de Troyes, et le Lorrain Nicolas Béatrizet, qui se fixèrent à Rome ; Léonard Gaultier et Thomas de Leu, qui imitèrent avec succès la manière fine et précise des Wierix et de Crispin de Passe.

Pendant la première moitié du xviie siècle, la France compta plusieurs graveurs habiles : Jean Le Clerc, de Nancy, qui travailla à Venise sous la direction de Carlo Saraceno ; François Perrier, Louis de Boullongne le père, Michel Corneille, Laurent de Lahire, Jean Morin et Sébastien Bourdon, qui furent à la fois peintres et graveurs ; Jacques Callot, qui mania l’eau-forte et le burin avec une vivacité, une finesse et une netteté extraordinaires, et fit preuve de l’esprit d’invention le plus original, le plus fécond et le plus brillant ; Claude Lorrain, qui exécuta à l’eau-forte d’admirables paysages ; Claude Mellan (1601-1688), qui parvint à imiter les dessins avec une seule taille, renflée ou amincie avec intelligence ; Abraham Bosse (1605-1678), qui perfectionna la gravure à l’eau-forte et déploya, surtout dans les petits sujets, une précision et une hardiesse étonnantes ; Etienne Dupérac, qui exécuta, dans le goût du Tempesta, des vues des monuments antiques de Rome ; Gabriel Pérelle et ses fils Adam et Nicolas, qui reproduisirent à l’eau-forte un grand nombre de paysages d’après Poussin, Paul Bril, Poelenburg, Asselyn et autres ; Michel Lasne, Nicolas Chaperon, Pierre Brebiette, Jacques Bellangé, Pierre Daret, Jean Boulanger, Gilles Rousselet, Jean Lenfant, Michel Dorigny, Jean Lepautre, François Chauveau, Dominique Barrière, de Marseille ; Charles et Claude Audran, de Lyon.

Quel que fût le mérite des divers maîtres que nous venons de citer, ils devaient être surpassés par ceux qui illustrèrent le règne de Louis XIV. Ce monarque sembla accorder une protection toute spéciale à l’art de la gravure. Il publia à Saint-Jean-de-Luz, en 1600, un édit par lequel, voulant, disait-il, donner aux graveurs « des marques de son astime et de sa justice, » il les maintint dans la liberté, dont ils avaient toujours joui, d’exercer leur art sans être soumis à des maîtrises, et déclara que la gravure était « un art libéral, » qu’on ne devait point « en asservir la noblesse à la discrétion de quelques particuliers, » qu’elle ne pouvait « dépendre que de l’imagination de ses auteurs et être assujettie à d’autres lois qu’à celles de leur génie. » Colbert, qui inspira sans doute cet édit, ne se contenta pas de veiller a, son exécution ; pour donner plus d’impulsion à l’art de la gravure, il fit venir d’Anvers des artistes émérites, Gérard Edelinck, Pierre van Schuppen, Nicolas Pitau, qui, enchaînés par les bienfaits du roi, se regardèrent eux-mêmes comme Français. Edelinck (1627-1707) sut allier au feu des maîtres flamands, ses premiers modèles, une correction, une finesse et une pureté qui font de lui un des maîtres du burin ; ses portraits d’après Ph. de Champagne, Mignard, Rîgaud, sont admirables ; ses grandes planches d’après les peintures de Ch. Lebrun ont plus d’éclat, plus de style et plus de charme que ces peintures mêmes. Nicolas Pitau (1633-1676) et Van Schuppen ont gravé aussi, avec une remarquable habileté, des portraits et des compositions religieuses d’après Lebrun, Philippe de Champagne, Séb. Bourdon, C. Lefebvre, les Mignard, Largillière et autres peintres en renom au xviie siècle. L’école française produisit elle-même des portraits gravés avec un art consommé : qui ne connaît ceux que Robert Nanteuil (1630-1678) exécuta la plupart d’après ses propres dessins ? « Quelle précision, quelle fermeté dans les saillies, quelle âme dans les regards ! dit E. David en parlant de ces portraits ; quel heureux accord entre les points, les tailles, les travaux réguliers et irréguliers que cet habile artiste sait employer avec un choix exquis ! quelle simplicité, quelle sagesse dans son faire, malgré cette variété ! » Antoine Masson (1636-1700) n’eut pas moins d’adresse ; mais, trop jnloux de montrer la souplesse de son burin, il s’écarta parfois de l’heureuse simplicité dont Nanteuil lui donnait l’exemple. « Ses tailles, hardies, légères et en même temps trop contournées, dit le critique , déjà cité, ne rendent pas toujours avec assez de précision les formes arrêtées par le peintre ; mais jusque dans ses erreurs on admire la délicatesse de son travail, le jeu et la vivacité de ses lumières. Il serait dangereux de vouloir suivre son exemple ; il est bien difficile de l’égaler. », A. Musson a exécuté des portraits d’après les Mignard et autres, et quelques compositions religieuses dont une, — les Disciples d’Emmaûs d’après le Titien — est désignée par les curieux sous le nom de la Nappe, parce que celle qui couvre la table est rendue avec une perfection extraordinaire. Les portraits gravés par Pierre Drevet le fils, d’après Rigaud et Coypel, sont particulièrement estimés pour la finesse du dessin, la variété des tons, la richesse et le moelleux des étoffes. Pierre Drevet le père et Claude Drevet, son neveu, ont reproduit aussi avec talent des portraits de Rigaud.

François Poilly, d’Abbeville (1623-1693), élève de Pierre Daret, fut le chef d’une nombreuse et brillante école de graveurs au burin. Ses estampes d’après Raphaël, le Guide, Poussin, Mignard, Lebrun, Blanchard, Dufresnoy, sont des chefs-d’œuvre de correction, de noblesse, de précision et de douceur ; elles conservent à chaque original le style qui lui est propre. Parmi les élèves et les imitateurs de ce grand maître, on distingue : Nicolas Poilly, son frère, qui instruit à son tour Jean-Baptiste et François, ses deux fils ; Guillaume Vallet (1636-1704), qui travailla surtout d’après les maîtres italiens ; Simon Thomassin (1638-1722), qui a publié, en un volume, toutes les statues et autres sculptures du château et des jardins de Versailles ; Jean-Louis Roullet, d’Arles (1645-1697), qui approcha beaucoup de son maître par la correction et la purelé de son burin, et le surpassa même, suivant quelques connaisseurs, dans ses grandes pièces ; François Spierre (1643-1681), dont la manière est tendre, coulante, agréable, et qui a travaillé en Italie d’après le Corrége, le Cortone, le Bernin, Ciro Ferri et autres ; Etienne Picart, dit le Romain (1631-1721), qui a exécuté un grand nombre d’estampes d’àprès Lesueur, Lebrun, Poussin, Noël Coypel, d’après le Corrége et autres maîtres italiens, et qui termina ses jours en Hollande, où il était allé se fixer avec Bernard Picart, son fils et son élève. A l’école des Poilly se rattachent encore, sinon par une similitude complète de manière, du moins par la correction et la noblesse du style, divers graveurs qui se sont appliqués à traduire les œuvres de Poussin : Etienne Baudet (1643-1716), éleve de Corn. Bloemaert et de Fr. Spierre ; Jean Pesne (1623-1700), Guillaume Chasteau, d’Orléans (1633-1685), qui eut pour élève Benoît Farjat, de Lyon ; Antoinette, Françoise et Claudine Bousonnet-Stella, nièces et élèves du peintre lyonnais Jacques Stella.

Une autre école illustre fut celle des Audran. Gérard Audran (1640-1703) en fut le chef : il eut pour premiers maîtres son père Claude et son oncle Charles, cités plus haut ; mais ce fut, parait-il, aux conseils de Carle Maratte, de Ciro Ferri, et surtout à ceux de Charles Lebrun, qu’il fut redevable de la manière originale, pittoresque et expressive, qui distingue ses bonnes productions et qui le place au nombre des plus grands maîtres de l’art de la gravure. C’est lui qui, par une hardiesse heureuse, se permit d’épurer le dessin des compositions de Lebrun qu’il était chargé de reproduire, et qui fut ainsi cause que ce peintre, jugé sur les gravures des Batailles d’Alexandre, fut proclamé l’égal des plus grands dessinateurs. Germain Audran (1631-1710) se montra bien inférieur à son frère Gérard ; mais ses fils, Benoît et Jean, approchèrent de la perfection de leur oncle ; Jean instruisit lui-même son fils, nommé Benoît, qui travailla, au xviiie siècle, d’après Watteau, Natoire, etc. A l’école de Gérard Audran se formèrent plusieurs graveurs qui suivirent plus ou moins fidèlement sa manière : Nicolas Dorigny (1657-1746), Gaspard Duchange (1662-1757), Nicolas-Henri Tardieu (1674-1749), François Chéreau (1680-1729), Louis Desplaces (1682-1739), Alexis Loir, Charles et Louis Simoneau.

L’école française produisit, au xviie siècle, d’autres graveurs qui suivirent des directions diverses : Nicolas Regnesson, beau-frère de Nanteuil ; Guillaume Courtois, frère du Bourguignon ; Madeleine Masson, fille d’Antoine ; Sébastien Vouillemont, de Bar-sur-Aube ; Pierre Landry ; Jean Baron, de Toulouse, qui travailla à Rome et suivit la manière de Bloemaert ; Louis Cossin, de Troyes ; René Lochon et Pierre Simon, qui ont gravé dans le goût de Nanteuil ; Sébastien Leclerc (1637-1714), excellent dessinateur, qui, par la finesse de son style et la netteté de son exécution, se distingua surtout dans les pièces de petites dimensions ; François Ragot, qui a fait d’assez bonnes copies des meilleures estampes flamandes exécutées d’après Rubens ; Nicolas Pérelle ; Charles de La Haye ; François de Louvemout ; Jean Mariette, plus célèbre connue amateur que comme graveur ; Raymond de La Fage, de Toulouse (1640-1690), aqua-fortiste des plus spirituels ; Benoît Thiboust, de Chartres, qui a gravé dans le goût de Cl. Mellan ; Nicolas Bazin, qui a exécuté de nombreux sujets de dévotion ; Nicolas Arnoult, Henri et Nicolas Bonnart, qui ont gravé des costumes, des sujets de mœurs, des types populaires, etc.

Les graveurs français du xviiie siècle, quoique fort inférieurs, en général, à ceux du siècle de Louis XIV, ne laissèrent pas de tenir le premier rang en Europe. Leur fécondité fut extrême. A cette époque, de grands recueils d’estampes furent publiés tant en France qu’à l’étranger, notamment la Galerie du Luxembourg, que Nattier fit paraître en 1710, le Cabinet de Crozat, le Cabinet de Doyer d’Aguilles, la Galerie de Versailles, la Galerie de Dresde, etc. Les compositions légères, spirituelles et trop souvent graveleuses des Watteau, des Boucher, des Lancret, des Baudouin, des Vanloo, trouvèrent d’habiles interprètes. Greuze, Chardin et les autres peintres de scènes familières furent également popularisés par de nombreuses et fidèles reproductions. La librairie fit souvent appel aux graveurs pour l’illustration des livres, et publia quantité d’œuvres exquises en ce genre. Le goût pour les gravures à l’eau-forte fut tel, que l’on vit des grands seigneurs, des princes mêmes, s’essayer dans ce genre d’ouvrage.

Les graveurs les plus connus de cette période sont : Nicolas Larmessin (1684-1755) ; François Chéreau (1680 1729) ; Jacques Chéreau (1687-1770) ; Louis Desplaces (1682-1730) ; Charles et Nicolas Dupuis ; Nicolas-Henri Tardieu (1674-1749), qui eut pour élèves son fils Jacques-Nicolas et son neveu Pierre-François ; Charles-Nicolas Coohin (1688-1754), qui fit l’éducation artistique de Maria Horthemels, sa femme, et dont le fils fut aussi un des graveurs les plus réputés du xviiie siècle ; le comte de Caylus (1692-1765), qui publia plusieurs ouvrages sur les arts et grava à l’eau-forte de nombreux sujets d’après l’antique et d’après les peintres de son temps ; Louis Surrugue (1695-1769), élève de Bernard Picart, et son fils Pierre-Louis, tous deux membres de l’Académie ; Bernard Lépicié (1699-1755) ; Laurent Cars (1702-1771), qui a travaillé principalement d’après Le Moyne ; Jean Daullé (1703-1763), qui a exécuté plusieurs planches pour le recueil de la Galerie de Dresde ; Pierre Aveline (1710-1760), qui a collaboré au même ouvrage et au Cabinet de Crozat ; Jean Moyreau (1712-1762), qui a gravé de nombreuses pièces d’après Ph. Wouwerman; Jacques-Philippe Le Bas, le spirituel interprète de Teniers ; Jacques Aliamet ((1728-1788), élève de Le Bas, qui a traduit Joseph Vernet et Nicolas Berghem, et illustré de vignettes les œuvres de La Fontaine et de Boccace ; Baléebou (1715-1764), élève de Lépicié, qui a gravé quelques belles planches d’après J. Vernet, et de nombreux portraits d’après de Troy, Aved, Raoux, Nattier ; Robert Gaillard, né en 1722, traducteur de Boucher et de Vanloo ; Etienne Moitte, qui a travaillé à la Galerie de Dresde et au Cabinet du comte de Bruhl ; Bassan (1723-1797), un des plus célèbres éditeurs d’estampes du xviiie siècle, auteur d’un Dictionnaire des graveurs ; Jean-Jacques Flipart (1723-1782), un des principaux interprètes de Greuze ; L. Lempereur ; Jean-Jacques de Boissieu (1736-1810), qui a gravé une centaine de paysages et d’intérieurs, la plupart de sa composition ; Etienne Ficquet, de qui l’on a une suite assez nombreuse de petits portraits d’hommes célèbres ; Beauvarlet (1731-1797), qui a travaillé d’après de Troy, Vien, Raoux, Fragonard, Greuze, Vanloo, Teniers, etc. ; J.-C. Levasseur, élève de Daullé et de Beauvarlet ; Joseph de Longueil, qui a illustré La Fontaine, Voltaire, Dorât ; Nicolas de Launay, élève de Lempereur ; P.-E. Babel, qui a gravé à l’eau-forte des dessins pour les joailliers ; Canot, qui a travaillé, en Angleterre, pour le célèbre éditeur Boydell ; Antoine et François Aveline et Campion du Tersan, qui ont gravé des vues topographiques ; Cathelin, Reine Carey, Rosalie Bertaud, qui ont reproduit J. Vernet, P. Benoist, Michel Aubert, P. Beljambe, Miger, auteur de portraits, A. Trouvain, Beaumont, J. Pelletier, Carmontelle, G. Vidal, Fr. Boucher le peintre, Lagrenée, Wattelet le littérateur, Louis Moreau et J.-M. Moreau, Ch. Hutin, Saint-Aubin, Halbon, Huquier le père et Huquier le fils ; Jean-Baptiste Le Prince, qui a gravé à l’imitation du dessin ; Gille Demarteau et François, qui ont gravé à la manière du crayon ; Bonnet, qui a gravé à la manière du pastel ; Jean et Édouard Dagoty, qui ont perfectionné les estampes à. plusieurs couleurs ; etc.

Le commencement de ce siècle a été marqué par la publication de plusieurs grands recueils d’estampes : l’un des plus importants est sans contredit le Musée français, publié par Robillard-Péronville et Pierre Laurent, de 1803 à 1811, et dans lequel ont été reproduits les chefs-d’œuvre de peinture et de sculpture qui faisaient alors du Louvre le plus riche musée de l’Europe. Les meilleurs graveurs de l’époque ont pris part à cette publication ; il nous suffira de nommer : Jean Massard et Urbain Massard, son fils, Maurice Blot, Avril le père et Avril le fils, Fosseyeux, Jean Godefroy, Étienne Beisson, Edme Bovinet, H.-G. Châtillon, Desaulx, Masquelier le jeune, Duparc, J. Mathieu, François Forster (né en Suisse, mais ayant travaillé presque constamment en France), J. Bein, P. Audouin, Jacques Bouillard, P.-H. Laurent, Claude Fortier, H.-C. Muller de Strasbourg, Guttemberg, Miger, Ingouf, élève de Flipart, Richomme, un des maîtres du burin, J.-L. Petit. Alexandre Tardieu, Morel, J.-F. Ribault, Robert Daudet, Abraham Girardet, né en Suisse, Levillain, Jacques Lavallée, Géraut, Dequevauvilliers, Niquet, Oortman, J.-M. Leroux, etc.

Le Musée français eut encore pour collaborateurs Bervic (1756-1822). élève de Wille, qui touchait alors à la fin d une carrière glorieuse, et Henriquel-Dupont, élève de Bervic, qui n’était qu’à ses débuts, et que ses travaux postérieurs ont placé à la tête de notre école française de gravure.

Les autres graveurs en renom sous l’Empire et sous la Restauration sont : Boucher-Desnoyers, créé baron par Charles X, artiste vraiment supérieur, qui a interprêté d’une façon magistrale plusieurs des chefs-d’œuvre de Raphaël ; Antoine Gelée, auteur de la belle fravure de la Justice poursuivant le Crime, d’après Prudhon ; François Garnier, élève de Bervic ; C.-L. Lorichon, élève de Forster ; Potrelle, Coiny, Chataigner, J.-L.-T. Caron, A. Caron, J.-A. Allais, J.-L. Anselin, J.-J. Baugean, qui a gravé à l’eau-forte un très-grand nombre de marines et de vues de villes de France ; F.-L. Couché, qui a illustré les Esquisses de la Révolution, par Dulaure, l’Histoire de Napoléon, par Norvins, et beaucoup d’autres publications ; etc.

La vogue que commença à obtenir, vers la fin de la Restauration, la lithographie, — art nouveau pratiqué avec talent par Carle Vernet, Horace Vernet, Géricault, Charlet, Bellangé, Decamps, Delacroix, Pigal, Henri Monnier, Gavarni, Daumier, Achille Deveria, et beaucoup d’autres artistes français, — cette vogue, disons-nous, nuisit beaucoup aux progrès de l’art de la gravure. La photographie est venue porter à cet art un dernier et terrible coup. Pour prévenir une décadence complète, des amateurs éclairés ont fondé, il y a quelques années, une association dite Société française de gravure, laquelle publie, à ses frais, des gravures au burin, exécutées par les meilleurs artistes. De leur côté, les graveurs à l’eau-forte ont fondé une société dite des aqua-fortistes, qui a déjà fait paraître un grand nombre de planches.

Les graveurs les plus habiles, parmi ceux qui se sont produits en France depuis 1830, sont : MM. François Girard, Achille Lefèvre, Jazet, E. Bléry, Marvy, Sixdeniers, Auguste Blanchard, J.-M. Leroux, Ch. Jacques, Alphonse François. Desvachez. Danguin, Bridoux, P.-E. Allais, Gustave Bertinot, Bellay, Laguillermie, Valério, Rousseaux, Rajon, V. Pollet, A.-L. Martinet, Gustave Lévy, Jules Jacquemart, Léopold Flameng, F. Gaillard, N. Lecomte, Maxime Lalanne, F. Bracquemond, etc.

— V. La musique en France. Les documents positifs concernant les origines de la musique en France ne sont pas nombreux ; on peut cependant en tirer quelques renseignements intéressants. En négligeant ce que l’on sait des bardes, chanteurs ambulants qui suivaient les armées, à l’époque druidique, et en remontant seulement aux rois francs de la première race, nous voyons Clovis faire demander à Théodoric, roi des Ostrogoths, un habile professeur de chant italien, et celui-ci lui envoyer Acorède, choisi par le savant Boëce parmi les meilleurs. Acorède vint à Paris, s’installa près du roi, et forma un corps de chantres attachés au service du palais et chargés de l’exécution des chants sacres dans les grandes solennités ecclésiastiques. Dagobert, galant et dévot à la fois, comme bon nombre de nos monarques, trouvait dans une jolie voix de femme un tel charme, qu’il partageait volontiers son trône avec celles qui avaient reçu de la nature ce don précieux. Il eut pour femmes Gomatrude, Nantilde, Ragnetrude, Wilfonde et Berthilde, toutes remar-quables par la pureté de leur voix, et avec lesquelles, disent les chroniqueurs, il chantait fort dévotement les vêpres. Ce dilettante consommé encouragea beaucoup la musique et entretint dans son palais une excellente chapelle ; c’était le Conservatoire de ce temps-là. Sous Pépin apparut, en France, le premier orgue, et ce monarque envoya à Rome les meilleurs élèves de sa chapelle, afin qu’ils perfectionnassent leur éducation musicale sous Siméon, musicien renommé ; à leur retour, il leur confia la direction d’écoles de chant qu’il fonda à Metz et à Soissons ; ce fut l’origine des maîtrises. Charlemagne demanda au pape des musiciens capables de substituer, en France, le chant grégorien au chant ambroisien, et le saint-père lui envoya, par Benoît et Théodore, un antiphonaire noté de sa propre main, et qui servit à la correction des livres de plain-chant alors en vigueur. Pendant ce siècle, il se publia plusieurs écrits relatifs à la musique, parmi lesquels on cite : Musicæ disciplinæ, par Aurélien, moine de Réaume ; le Musicæ Enchiridion, d’un moine de Saint-Amand, nommé Hucbald, et surtout le Dialogue sur la musique, d’Odon, abbé de Cluny. Robert le Pieux composa des hymnes, paroles et musique, dont quelques-unes sont encore chantées dans les égiises. Au xie siècle, Abailard, l’amant d’Héloïse, et même l’austère saint Bernard, composèrent des chansons qui n’étaient rien moins que sérieuses ; troubadours et trouvères imaginaient des mélodies faciles, dont quelques-unes nous ont été conservées. C’est à partir du xiiie siècle qu’on voit apparaître les premiers morceaux de chant à plusieurs parties ; la Bibliothèque nationale en possède plusieurs qui sont dus à Adam de Halle, surnommé le Bossu. Au siècle suivant, Guillaume de Machaut est l’auteur d’un grand nombre de morceaux de chant et d’une messe composée, paraît-il, pour le sacre du roi Charles V. C’est également à cette époque que l’on rapporte les compositions de Philippe de Vitry, évêque de Meaux, de François de Cologne, et que s’établirent plusieurs confréries, origine éloignée des orphéons modernes. Des musiciens belges, venus en France au xve siècle, apportèrent de sensibles améliorations dans notre système musical, et firent faire à l’art de véritables progrès. Les rois de France continuaient d’avoir une chapelle très-bien organisée et des ménestrels ou ménétriers qui chantaient en s’accompagnant de divers instruments, pendant les repas et les fêtes. Charles VI entretenait neuf ménestrels, dont six hauts et trois bas, qualification employée, pour la première fois, dans le but de distinguer les instruments. Enfin, sous Louis XII, parut Josquin Desprez, le plus grand musicien de son temps, le Palestrina français (1450-1531). Il avait eu pour professeur le Belge Jean Ockeghem, maître de chapelle de Charles VII, et, après divers séjours à Rome et a Ferrare, était revenu en France, où Louis XII le pourvut d’un canonicat. Si l’on examine avec attention les œuvres de ce maître, on est vivement frappé de l’aisance et de la liberté de facture qui y dominent, malgré les règles gênantes et arbitraires imposées alors aux musiciens. On lui attribue l’invention de plusieurs tournures scientifiques adoptées depuis par les compositeurs de toutes les nations, et perfectionnées ensuite par Palestrina et l’école italienne. Ses chansons, pleines de grâce et d’esprit, portent un cachet de raillerie et de malice narquoise qui semble refléter le caractère de l’auteur. D’autre part, sa musique religieuse est grave et solennelle ; on a de lui la chanson populaire de l’Homme armé, quatre livres de Chansons, un livre de Motets de la couronne, un Stabat et un Miséréré. Josquin Desprez est la première personnalité brillante dans l’histoire de la musique en France. Un peu après parurent les œuvres de Goudimel, professeur de Palestrina et de Nanini ; on lui doit, entre autres, la musique des psaumes de Clément Marot et de Théodore de Bèze.

Voyons ce qu’était, à cette époque, la musique instrumentale. Le violon était sur le point d’être inventé en Italie ; il avait été précédé par toute une série d’instruments à cordes frottées par l’archet, et dans lesquels il est aisé de reconnaître ses ancêtres : tels sont les vielles ou violes, les rebecs ou rubèbes, la rothe, le monocorde, la gigue. Les musiciens avaient, en outre, à leur disposition une série d’instruments à cordes que l’on pinçait ou que l’on frappait avec un plectre, à la mode antique : la guitare ou guiterne, la morache, guitare moresque, le luth, la cithare ou cithole, le psaltérion, une nombreuse variété de flûtes : flûtes traversières, doussaines, chalumeau ou flûte de blé, c’est-à-dire le simple sifflet des bergers, le flageolet, appelé flaios par les trouvères, la cornemuse ou chevrette. Comme instruments plus bruyants, ils avaient le cor ou cornet à bouquin, la trompette, appelée par eux buccine, les cymbales et les tambours ; tout un.orchestre, comme on voit.

C’est la vielle ou viole qui, peu a peu perfectionnée, devint le violon, le roi des instruments. Les premiers violons excellents qui ont été introduits en France sortirent de l’atelier des Amati, sur une commande de Henri IV ; l’un d’eux existe encore. À partir de cette époque, il y eut à la cour des rois de France une troupe de violons. Sous les règnes de Henri IV et de Louis XIII, la musique française subit un temps d’arrêt, dû surtout, à l’introduction des musiciens italiens amenés par les Médicis. Néanmoins, on cite encore quelques compositeurs distingués durant cette période, entre autres Ducaurroy, auteur d’un Requiem qui fut célèbre. On croit qu’il a encore composé deux airs fort connus : Charmante Gabrielle et Vive Henri IV ! puis J. Mauduit, Arthur Aux-Cousteaux, qui écrivirent de la musique d’église ; Boesset, auteur de chansons et d’airs bachiques, etc., etc. Parmi les instrumentistes dont l’histoire de l’art a conservé les noms, il faut citer les deux Gauthier et Mauduit, joueurs de luth ; Hotteman, Laridelle et Sainte-Colombe, joueurs de viole ; et, parmi les violons de la chambre du roi, Beauchamp, Constantin, surnommé le roi des violons, Manoir et Lazarin. Citons encore, comme joueurs de clavecin, instrument alors dans sa nouveauté, les trois Champion ; comme organistes, Monard ; Richard et les trois frères Couperin. Le plus célèbre des trois, François Couperin, a laissé quatre livres de pièces de clavecin, dans lesquels les amateurs d’aujourd’hui rencontrent encore avec plaisir de fraîches et gracieuses inspirations.

L’année 1645 nous offre la date précise à laquelle on peut faire remonter l’origine du drame musical en France ; Mazarin fil exécuter, dans les galeries du Louvre, un opéra bouffe de Strozzi par des musiciens Italiens. Quelques auteurs pensent que ce fut l’Orfeo ed Euridice, de l’illustre Monteverde. L’Ercole amante, autre tragédie lyrique, fut représenté lors du mariage de Louis XIV, et enfin, en 1659, fut joué, à Issy, le premier opéra français, composé sur des paroles de l’abbé Perrin, par l’organiste Cambert (v. opéra). A cette époque florissait Lambert, le fameux Lambert illustré par Boileau et par La Fontaine, également renommé comme violoniste, comme chanteur et comme professeur de chant ; il forma quelques élèves remarquables, mais fut bien dépassé par son gendre, Lulli.

L’abbé Perrin et Cambert, à la suite de leur premier succès, avaient obtenu un privilège et ouvert à Paris, rue Mazarine, une saile d’opéra, qu’ils inaugurèrent par la représentation de Pomone. Lulli parvint à se faire céder leur privilège, donna à son théâtre le nom d’Académie royale de musique, et fit jouer successivement les Fêtes de l’Amour et de Bacchus, Cadmus, Alceste, Thésée, Athys, Psyché, Proserpine, Amadis, Roland, Armide, tous opéras restés célèbres, mais bien plutôt comme poëmes que comme partitions ; les poëmes étaient de Quinault. Au second rang brillèrent quelques compositeurs, pâles imitateurs de Lulli : Colasse, Desmarets, Destouches, Montéclair et Campra, le plus original de ses copistes. On cite, parmi les exécutants de cette époque, sans compter l’organiste Couperin, nommé plus haut, les clavecinistes Levieux, d’Anglebert, Buret ; les joueurs de luth Dubut et Galot ; les joueurs de théorbe Pinel, Lemoine, Hure et Devisé ; les violonistes Dagin, Leclair et Senaillé. L’art du chant était encore dans l’enfance, et, en fait de livres théoriques, on ne peut guère compter que le Traité de musique du P. Parran (1646), celui de La Voye Mignot, qui offre quelques lueurs d’enseignement sur la composition et les règles de l’harmonie, et le Traité de l’accompagnement du clavecin, de l’orgue et des autres instruments, de Lambert (1680).

Bientôt [...] Rameau, dont les écrits opérèrent une révolution dans la musique, et dont les opéras obtinrent une grande vogue. Ses travaux théoriques, auxquels il attachait une grande importance, au point de ne considérer ses opéras que comme de simples accessoires, ont été bien dépassés depuis ; quelques-unes de ses idées ont même été reconnues fausses. Mais on ne peut refuser son admiration à un homme qui, dans l’état où se trouvait la science musicale, a donné, suivant l’expression de Fétis, une base solide à l’harmonie et fait de véritables découvertes. Sa gloire comme compositeur est encore plus grande. Si l’on compare son œuvre à tout ce qui l’avait précédé, on trouve un progrès immense ; une distance énorme sépare Rameau de Lulli et de son école. Castor et Pollux, Dardanus, Orphée, sont bien au-dessus d’Alceste et d’Armide ; les morceaux les plus travaillés de Lulli sont d’une naïveté et d’une simplicité presque enfantines si on les met en face du premier opéra de Rameau. Dans celui-ci, c’est un tout autre style, un autre orchestre, des dispositions différentes, des coupes neuves, des rhythmes inconnus ; à l’exception de l’ouverture et des grands chœurs fugués qui sont taillés sur l’ancien patron, il y a toute une révolution, et la différence est aussi grande entre Lulli et Rameau qu’entre Rameau et Gluck.

Autour de Rameau gravitaient Francœur, Trial, Rebel et quelques autres compositeurs, qui, bien moins célèbres que le maître, comme on l’appelait alors, produisirent toutefois des œuvres assez remarquables. L’Italien Duni et Philidor servent de transition pour arriver aux deux grands compositeurs dont le génie essentiellement français fut la gloire de la musique de notre pays ; ce sont Monsigny, l’auteur de Rose et Colas, de Félix, du Déserteur, et Grétry, l’immortel auteur d’un grand nombre de chefs-d’œuvre, le Tableau partant, Zémire et Azor, l’Epreuve villageoise, l’Amant jaloux, la Fausse magie, la Caravane du Caire, Richard Cœur de Lion, etc. Dalayrac, à qui l’on doit Gulistan et Maison à vendre, se place immédiatement après Grétry. Mais la simplicité de l’art français, dont l’esprit et la mélodie faisaient tout le charme, allait disparaître pour faire place à une musique plus large, plus forte et plus savante, dont Gluck, après de longues luttes contre les partisans de la musique italienne, représentée par Piccinni, fut l’heureux introducteur. Armide, Alceste, Orphée, Iphigénie en Aulide, sont les plus grands chefs-d’œuvre de Gluck, que l’on considère, avec raison, comme le créateur du pathétique dans le drame lyrique. Piccinni lui opposa d’abord son Roland (1778), puis Atys et Didon ; Sacchini donna, dans le même genre, Dardanus, et Salieri Tarare, dont le poëme est de Beaumarchais ; mais la victoire resta définitivement à Gluck et à ses partisans.

Les chanteurs et les cantatrices, dont le rôle devint plus considérable, commencèrent, dès cette époque, à être cités ; les noms de Laïs et de Rousseau, de Mlle Laguerre, de Sophie Arnould et de Mlle Saint-Huberti sont parvenus jusqu’à nous et ont même gardé, surtout pour les trois dernières, une partie du prestige qui les entoura. Il y a tout lieu de croire, pourtant, qu’elles étaient des artistes bien imparfaites, au point de vue de l’art et de la méthode, et qu’elles connaissaient mieux la déclamation que la vocalise. Comme instrumentistes distingués, le xviiie siècle posséda Gaviniès et Navoigille, les meilleurs violons qu’il y eut avant Viotti ; celui-ci créa une école beaucoup plus savante, à laquelle appartiennent Saint-Georges, Benheaume et Fodor ; le clarinettiste Michel, le hautboïste Salentin, le corniste Lebrun, peuvent figurer sans désavantage à côté de ces virtuoses.

Durant la Révolution, la musique fit en France des progrès dont on a lieu d’être surpris : Méhul composa Joseph et un hymne patriotique célèbre, le Chant du départ ; Rouget de l’Isle son immortelle Marseillaise ; Cherubini, Lodoïska et les Deux journées ; Lesueur, la Caverne, les Bardes, Tétémaque ; Berton, le Délire, Aline, Montano et Stéphanie ; Stebelt, Roméo et Juliette, chefs-d’œuvre qui mirent au premier rang l’école française et que sanctionna la création du Conservatoire de musique et de déclamation. Ces compositeurs illustrèrent surtout la période du Consulat. Sous l’Empire, Boieldieu donna le Nouveau Seigneur, Ma tante Aurore, le Calife, Jean de Paris, en attendant la Dame blanche, son chef-d’œuvre ; Méhul fit jouer l’irato, le Trésor, Une Folie, et Nicolo sa Jocoude. Ils urent le bonheur d’avoir pour interprètes Elleviou, Martin, Nourrit, Dérivis, Ponchard, Levasseur, Mmes Branchu, Levasseur et Damoreau-Cinti.

Rossini, déjà célèbre en Italie lorsqu’il vint chercher chez nous la consécration de sa gloire, ouvre magnifiquement la période moderne avec le Barbier de Sévitle, Moïse, Othello, Guillaume Tell. La musique italienne est alors en France dans toute sa vogue ; on ne jure plus que par Rossini, et cependant la vieille école française lutte avec avantage et produit des œuvres pleines de fraîcheur. A sa tête est Auber, qui ne s’est éteint qu’après une longue vie tout entière consacrée à l’art, et une série non moins longue de succès brillants : la Muette, l’Amùussadrice, le Maçon, le Domino noir, les Diamants de la couronne, etc., etc. ; Halévy, plus savant, plus dramatique, compose la Juive, Chartes VI, le Val d’Andorre ; Meyerbeer contre-balance à lui seul Rossini, en donnant chez nous Robert le Diable, le Prophète, les Huguenots, l’Étoile du Nord, l’Africaine ; Hérold, avec le Pré aux clercs et Zampa ; Donizetti, avec la Favorite et Lucie, complètent cette période unique dans l’histoire de l’art.

Arrivé à l’époque actuelle, nous nous contenterons de citer les compositeurs les plus estimés : Adolphe Adam, Carafa, Albert Grisar, Félicien David, Niedermeyer, Reber, Massé, Clapisson, Gounod, le plus grand parmi les contemporains ; Offenbach, qui s’est fait un renom dans le genre bouffe ; Gevaërt, Limnander et bien d’autres encore, auxquels il faudrait ajouter, pour être tout à fait complet, un grand nombre de compositeurs de romances.

Quant aux exécutants, leurs noms sont assez connus pour rappeler d’eux-mêmes leur genre de talent ; jamais l’art du chant n’a été poussé à une telle perfection, et les instrumentistes contemporains se sont acquis une renommée universelle. Nous mentionnerons, parmi les chanteurs : Nourrit, Duprez, Mario, Lablache, Chollet, Baroilhet, Levasseur, Roger, Tamberlick, Faure, Battaille, Fraschini, Delle Sedie, Montanbry, Capoul, et Mmes Malibran, Pasta, Viardot, Dorus-Gras, Sontag, Grisi, Persiani, Stolz, Ugalde, Miolan-Carvalho, Faure-Lefebvre, Alboni, Adelina Patti, Christine Nillson ; parmi les instrumentistes, les violonistes Mazas, Habeneck, Bériot, Vieuxtemps, Sivori ; les violoncellistes Franchomme, Batta ; le cornet à piston Dufrêne ; les cors Mengal et Vivier ; les flûtistes Tulou et Dorus ; les harpistes Godefroid et Labarre ; le hautbois Verroust, et les pianistes Kalbrenner, Herz, Pradher, Chopin, Listz, Ravina, Prudent.

Représentations allégoriques de la France. Une des figures allégoriques les plus anciennes que nous connaissions de la France est celle qui a été dessinée et gravée, au xvie siècle, par le célèbre peintre florentin Alessandro Allori : elle a la tête ceinte d’une couronne royale, porte un enfant dans ses bras et tient à la main une sorte de sceptre surmonté d’un lis ; d’autres lis se voient çà et là autour d’elle ; à ses pieds, deux figures de Fleuves sont couchées ; derrière elle se tiennent quatre seigneurs et de nombreux porte-enseignes.

Dans les tableaux allégoriques de Rubens relatifs à Marie de Médieis, la France apparaît sous les traits d’une guerrière, coitfée d’un casque et ayant sa tunique et son manteau brodés de fleurs de lis. Dans une peinture du palais de Versailles, Ch. Lebrun l’a représentée par une femme portée sur des images, ayant le casque en tête, une robe couleur de pampre et un manteau bleu semé de fleurs de lis d’or ; elle tient d’une main un bouclier, sur lequel le portrait de Louis XIV est peint, et lance la foudre de l’autre main. Pour faire contraste à cette figure de la France guerrière, le même artiste a peint la France pacifique, assise dans un char d’argent, ayant une couronne royale sur la tête, tenant d’une main un sceptre et s’appuyant de l’autre main sur un bouclier chargé de trois fleurs de lis d’or.

Mignard a figuré le Génie de la France par un enfaut vêtu de bleu et tenant un lis.

Coysevox, dans un groupe destiné à la décoration d’une fontaine de Versailles, a représenté la France, assise entre l’Espagne et l’Empire, dans un char dont les roues écrasent un dragon à trois têtes, symbole de la Triple-Alliance.

Parmi les nombreuses allégories historiques où la France est personnifiée, nous citerons : la France recevant de l’Autriche le premier fruit de leur alliance (allégorie à la naissance du dauphin, fils de Louis XVI), estampe de M.-L.-A. Boizot ; la France sacrifiant à la Raison (14 juillet 1791), estampe de Bonnieu ; la France appelant ses enfants à son secours ou le Départ des volontaires, groupe exécuté par David d’Angers pour la décoration de l’arc de triomphe de Marseille ; la France, appuyée sur la religion, consacre à Notre-Dame de Gloire les drapeaux pris sur l’ennemi, tableau de Perrin, commandé par Napoléon Ier pour la chapelle des Tuileries, et placé depuis au musée du Louvre ; la France transmettant à l’Immortalité le testament de Louis XVI, composition de L.-A. Dubois, gravée par Chatillon et par E. Bovinet ; la France en 1830, tableau de Quesnel (Salon de 1831) ; la France déposant son vote dans l’urne, statue de marbre par R. Gayrard (Salon de 1852), la France impériale ou triomphante, vaste plafond, mal composé et mal peint, par M. Charles Muller, dans la salle des Etats, au Louvre ; la France et l’Italie , groupe en marbre, sculpté par V. Vela, et offert à l’impératrice Eugénie par les dames de Milan, etc. Dans la salle du Trône, au Luxembourg, M. Lehmann a peint deux compositions qui embrassent l’histoire entière de l’ancienne monarchie : d’une part, la France renaissant à la foi et à l’indépendance, sous le règne des Mérovingiens et des Carlovingiens ; d’autre part, la France combattant pour sa religion et son unité, sous les Capétiens, les Valois et les Bourbons, et s’élevant au premier rang dans les arts et dans les lettres. Ces deux compositions, a dit M. Ch. Perrier (Revue contemporaine), n’ont de véritablement grand que la taille ; le coloris en est cru, le dessin maniéré, le sentiment banal.

Un tableau de Séb. Ricci, qui est au Louvre, nous montre la France foulant aux pieds l’Ignorance et couronnant la Vertu guerrière. Blondel a peint au Louvre, dans les salles des dessins deux plafonds : la France victorieuse à Bouvines, et la France, entourée des rois législateurs et des jurisconsultes français, recevant la Charte de Louis XVIII. A la Bourse de Paris, Abel de Pujol a peint la France recevant les tributs des quatre parties du monde. M. Elias Robert a sculpté, pour le palais des Champs-Élysées, un groupe colossal en pierre, la France couronnant l’Art et l’Industrie. Une statue do G. Diebolt, la France rémunératrice, a été érigée, en 1851, au rond-point des Champs-Élysées, d’où elle a été retirée quelque temps après. Un fronton du nouveau Louvre, par Duret, représente la France protégeant ses enfants. Un plafond du palais de la préfecture, à Marseille, par M. Magand, figure la France protégeant l’Agriculture ; un plafond du Louvre, par Gros, le Génie de la France animant les Arts. Citons enfin, parmi les figures allégoriques de la France, un bas-relief de David d’Angers, décorant le monument du Vendéen Bonchamp, une statue de marbre par Lequien (Salon de 1838), une statue par J.-A. Barre (Salon de 1849), une statue colossale en marbre, par Pollet (dans le grand salon du Ministère des affaires étrangères), enfin une statue en pierre, par A. Dumont (pavillon Lesdiguières, au Louvre).

Bibliogr. A cause de son importance, nous diviserons cet article bibliographique en plusieurs sections : 1º dictionnaires, traités généraux ; 2º géographie ancienne et historique ; 3º géographie moderne, atlas ; 4º description topographique et physique ; sciences et arts ; statistique ; 5º itinéraires et voyages ; 6º histoire celtique et gauloise ; 7º histoire générale depuis l’établissement de la monarchie française et philosophie de l’histoire de France ; 8º collections de chroniques, de mémoires, de dissertations particulières et recueils de chartes ; 9º mœurs, usages, antiquités, etc.

— I. Dictionnaires, traités généraux. Bibliothèque historique de la France, par le P. Jacq. Lelong, 2e édit., augmentée par Fevret de Fontette, Camus, Hérissant et autres (Paris, 1768-1778, 5 vol. in-fol.) ; Bibliothèque historique et topographique de la France, par A. Girault de Saint-Fargeau (Paris, 1845, in-8º) ; Biblioth. nationale, départ. des impr., Catalogue de l’histoire de France (Paris, 1855-1865, 9 vol. in-4º) ; Nouveau dictionnaire géographique de la France, rédigé par M. de Pinteville-Cernon, imprimé par ordre de l’Assemblée nationale, constituante (Paris, Impr. nationale, 1792, in-18) ; Dictionnaire géographique et méthodique de la République française en 111 départements (Paris, Prudhomme, an VII [1799], 2 vol. in-8º, 4e édit.) ; Dictionnaire de la géographie physique et politique de la France et des colonies, par Girault de Saint-Fargeau (Paris, 1826, in-8º) ; Dictionnaire général des villes, bourgs, etc., de la France, par Duclos (Paris, 1836, gr. in-8º ; 5e édit., 1853, gr. in-8º) ; Dictionnaire géographique, statistique et postal des communes de France, par M.-A. Peigné (2e édit., Paris, 1838, in-18 ; 3e édit., 1846, in-18) ; Dictionnaire géographique, historique, industriel et commercial de toutes les communes de la France (Paris, 1844-1846, 3 vol. in-4º, plans et armes de villes et grav. col.) ; Dictionnaire des communes de la France, par Ad. Joanne (Paris, 1864, gr. in-8º) ; Dictionnaire des postes, par Guyot (Paris, 1754, in-4º) ; Dictionnaire géographique des postes aux lettres de tous les départements de la République française, par A.-F. Lecousturier et F. Chaudouet (Paris, an XI [1802], 3 vol. in-8º ; 1817, 4 vol. in-8º) ; Dictionnaire des postes aux lettres, publié par l’administration générale des postes (Paris, Impr. royale, 1835, 2 tom. in-fol.) ; Gallia, sive de Francorum regis dominiis et opibus commentarius, auctore Joan. de Laet (Leyde, 1629, in-32) ; État de la France, par de Boulainvilliers (Londres, 1727-1728) ; la Patrie ou Description de l’empire français, par G. Bruining (Leyde, s. d., in-12) ; Dictionnaire analytique et raisonné de l’histoire de France, par B. Saint-Edme (Paris, 1823, 4 vol. in-8º) ; France, par M. Ph. Lebas (Paris, 1840-1845, 17 vol. in-8º) ; Pairia : la France ancienne et moderne, morale et matérielle, par J. Aicard, F. Bourquelot, A. Bravais, P. Chassériau, A. Deloye, Denne-Baron, Desportes, P. Gervais, etc. (Paris, 1847, 2 vol. in-18).

— II. Géographie ancienne et historique. Galliæ geographia veteris recentisque, regionum segmentis et laterculis designata, a P. Philib. Moneto, (Lyon, 1633 et 1634, in-12) ; Gallia ex Julii Cæsaris commentariis descripta, authore Nic. Sanson (s. l., 1649, in-fol. plano) ; Remarques sur la carte de l’anc. Gaule tirée des Commentaires de César, par le sieur Sanson (Paris, 1649, in-4º ; 2e édit., 1652, in-4º) ; Mémoire de M. d’Anville sur les cartes de l’ancienne Gaule (Paris, 1779, in-4º) ; Essai sur le système des divisions territoriales de la Gaule, depuis l’âge romain jusqu’à la fin de la dynastie carlovingienne, par B. Guérard (Paris, 1832, in-8º) ; Introduction à l’histoire de France ou Description physique, politique et monumentale de la Gaule jusqu’à l’établissement de la monarchie, par A. de Jouffroy et E. Breton (Paris, 1838, in-fol., couronné par l’Institut le 2 août 1839) ; Géographie ancienne, historique et comparée des Gaules cisalpine et transalpine, par Walckenaer (Paris, 1839, 3 tom. en 2 vol. in-8º et 1 atlas gr. in-4º) ; Recherches historiques et géographiques sur les grandes forêts de la Gaule et de l’ancienne France (Paris, 1850, in-8º) ; Itinéraires romains de la Gaule, publiés avec les variantes des manuscrits, des tables de concordance et des notes, par M. Léon Renier (Paris, 1850, in-12), extr. de l’Annuaire de la Soc. des antiquaires de France ; De la France ancienne et moderne, par L.-C.-N, Delestang, pour servir d’introduction au Dictionnaire géographique de la République française, par le même (Mortagne, an VIII [1800], in-8º) ; Géographie de la France, par Ch. Barberet et A. Magin, dans le Cours complet de géographie historique ; Géographie historique de la France, par L. Dussieux (Paris, 1843, in-8º) ; Géographie physique, historique et politique de la France, par Em. de Bonnechose (Paris, 1847, in-8º, cartes) ; Chronologie de l’Atlas historique de la France, par V. Duruy (Paris, 1849, in-8º).

— III. Géographie moderne, atlas. Description géométrique de la France, par Cassini de Thury ; Nouvelle description géométrique de la France ou Précis des opérations et des résultats numériques qui servent de fondement à la nouvelle carte de la France, par Puissant, Baudrot et autres (Paris, 1832-1856, 3 vol. in-4º, fig., tom. VI, VII et IX du Mémorial du Dépôt général de la guerre) ; Nivellement général de la France, résultat des opérations exécutées pour l’établissement du réseau des lignes de base (Bourges, 1804, 3 vol. in-8º) ; la Géographie ou Description générale du royaume de France, divisé en ses généralités, par M. de *** (Dumoulin) (Amsterdam, 1762-1767, 6 vol. in-8º, cartes et plans gravés par et sous la direction de J. Vander Schley) ; Nouvelle géographie de la France, divisée en 83 départements (Paris, 1790, in-8º, carte) ; Géographie de France, suivant la division en 88 départements (3e édit., Paris, an III, 4 vol. in-12) ; Géographie moderne de la France, par J.-M. Mahias (Paris, an VII, 2 vol. in-8º, 1 carte) ; Géographie de la France, à laquelle on a joint la division du Piémont en 6 départements (Paris, an XI [1802], 2 vol. in-8º) ; Géographie physique, historique, etc., de la France en 108 départements et de ses colonies, par Moreau (Paris, an XII [1804], in-8º, 1 carte) ; Géographie physique et historique de la France par bassins, par V.-A. Loriol Paris, 1828, in-8º) ; Nouvelle géographie de la France, par Paulin Teulières (Paris, 1830 et 1835, in-8º avec 2 cartes ; 3e édit., 1843, in-12) ; Géographie physique de la France, par C. Jubé de La Perrelle (Paris, 1853, in-12) ; Notice sur la grande carte topographique de la France, dite carte de l’état-major, par le directeur du Dépôt de la guerre, Blondel ; Carte de France, publiée sous la direction de l’Académie des sciences, par J.-Dom. Cassini de Thury, Camus et Montigny (Paris, 1784-1787, 183 tableaux en 63 cartons in-8º et 165 cahiers de descriptions en 2 vol. in-4º) ; Atlas national de France, par Dumez et P.-G. Chanlaire (Paris, 1790-1811, gr. in-fol. de 108 cartes) ; Atlas national et général de la France, divisée en 83 départements, par Desnos (Paris, 1791, in-4º) ; Atlas géographique et statistique de la France, divisée en 108 départements (Paris, in-4º obl.) ; Atlas communal de la France par divisions militaires, dessiné et confectionné par Charle (Paris, 1823, gr. in-fol.) ; Atlas des départements de la France, par Hérisson, précédé d’une Géographie historique et statistique de ce royaume, par Mme Tardieu-Denesle (Paris, 1827, in-4º obl.) ; Carte topographique de la France, levée par les officiers du corps d’état-major du Dépôt de la guerre (Paris, 1818 et ann. suiv.) ; cette carte sera composée de 259 feuilles gr.-aigle ; elle est tirée à l’échelle de 1/80000 ; Atlas natioual de la France par départements, par Charle, avec des augmentations, par Darmet, en 80 feuilles (Paris, 1833-1835) ; la France : Atlas des 86 départements, par A.-H. Dufour et Th. Duvotenay, avec une notice historique sur chaque département, par A. Montémont (Paris, s. d., in-fol.) ; Atlas départemental de la France, gravé par Lallemund, dressé par A.-H, Dufour, avec une notice, par A. Guibert (Paris, s. d. [1840], gr. in-fol.) ; Atlas : géographie administrative de la France, par Tallon (Clém.) (Paris, 1848, in-fol. de 10 cartes ou tableaux statist.) ; Atlas illustré des 86 départements et des possessions de la France, par M. Anselin (Paris, 1849-1851, in-fol.) ; la France et ses colonies : Atlas illustré, 100 cartes dressées d’après les cartes de Cassini, du Dépôt de la guerre, par M. Vuillemin, texte par E. Poirée (Paris, 1850 et 1852, in-fol.).

— IV. Description topographique et physique, sciences et arts, statistique. Topographie française, par Cl. Chastillon (Paris, 1641-1647, in-fol., fig.) ; Tableau portatif des Gaules, par Jean Boisseau (Paris, 1646, in-4º) ; Topographia Galliæ, par Mart. Zeillerum (Francfort, 1655, 13 tom. in-fol., fig.) ; Topographia Galliæ, ou Chorographie et topographie générale du puissant royaume de France (Amsterdam, 1660-1663, 4 vol. in-fol., cartes et fig., en allem. ; ce sont les cartes de la Topographie de Zeiller, mais le texte est différent) ; Description de la France et de ses provinces, par G. Duval (Paris, 1663, in-12) ; Tableau des provinces de France, par Alcide de Bonne-Case de Saint-Maurice (Paris, 1664, 2 tom. en 1 vol. in-12) ; Nouvelle description de la France, par Piganiol de La Force (Paris, 1718, 6 vol. in-12 ; Amsterdam, 1719. 6 vol. in-12 ; 2e édit., 1722, 7 tom. en 8 vol. in-12 ; 3e édit., 1753-1754, 13 vol. in-12) ; Description historique et géographique de la France ancienne et moderne, par l’abbé de Longuerue (Paris, 1719, 2 tom. en 1 vol. in-fol. ; s. l., 1722, 2 tom. en 1 vol. in-fol. ; cette dernière édition est sans nom d’auteur) ; Nouvelles recherches sur la France, par L.-T. Hérissant (Paris, 1766, 2 vol. in-12) ; Tableau de la France (Paris, 1767, 2 vol. in-12) ; Description générale et particulière de la France, (Paris, 1781-1784, 4 vol. gr. in-fol., estampes, contenant la description du département du Rhône) ; Voyage pittoresque de la France, par une société de gens de lettres [de Laborde, Guettard, Béguillet et autres] (Paris, 1784-1792, 8 vol. gr. in-fol., grav. ; c’est la continuation de l’ouvrage précédent) ; Description topographique et statistique de la France, avec la carte de chaque département, par J. Peuchet et P.-G. Chanlaire (Paris, 1810, 3 vol. in-4º) ; Merveilles et beautés de la nature en France, par G.-B. Depping (Paris, 1811, in-12 ; 8e édit., 1836, 2 vol. in-12 ; 9e édit., 1845, in-3º, 1 grav. et 1 carte) ; Voyages pittoresques et romantiques dans l’ancienne France, par Ch. Nodier, J. Taylor et A. de Cailleux (Paris, 1820-1840, 17 vol. gr. in-fol., fig.) ; Histoire nationale et dictionnaire géographique de toutes les communes de la France, formant pour chaque département un ouvrage complet, par Girault de Saint-Fargeau (Paris, 1858-1830, 4 vol. in-8º, fig.) ; France pittoresque, par A. Hugo (Paris, 1835, 3 vol. in-4º) ; la France illustrée, par V.-A. Malte-Brun (Paris, 1853, gr. in-8º, cartes et fig.) ; Descriptio fluminum Galliæ, quæ Francia est, Papirii Massoni opera (Paris, 1618, in-8º ; 1678, in-12) ; Eadem, editio nova, D. Mich.-Ant. Baudrand, notis adaucta (Paris, 1685, in-12) ; les Rivières de France, par Coulon (Paris, 1644, 2 vol. in-8º) ; Atlas hydrographique de France, par Gouy (Paris, 1807, gr. in-4º) ; le Catalogue des anticques érections des villes et cités, fleuves et fontaines, assises es troys Gaules, par Gilles Corrozet et Cl. Champier (Lyon, s. d., in-in, goth., avec fig. dans le texte ; Paris, 1540, pet. in-8º) ; les Antiquités et recherches des villes, châteaux et places plus remarquables de toute la France, par André Du Chesne (Paris, 1609, 2 part, en 1 vol. in-8º ; 6e édit., 1631, in-8º ; revu, corrigé et augmenté par Fr. Du Chesne, 1647 et 1648, in-8º, et 1668, 2 vol. in-12) ; Histoire des villes de France, par Aristide Guilbert et une société de membres de l’Institut, etc. (Paris, 1844-1848, 6 vol. gr. in-8º) ; Histoire des principales villes de France, par L. Favre, illustrations à deux teintes par Victor Adam (Niort, 1852, in-8º) ; Mémoires intéressants pour servir à l’histoire de France, ou Tableau historique, etc., des maisons royales, châteaux et parcs des rois de France, par Poncet de La Grave (Paris, 1788-1789. 4 vol. in-12, fig.) ; Vues pittoresques des châtraux de France, dessinées d’après nature et lithographiées, avec un texte historique et descriptif, par A. Blancheton (Pans, 1828-1831, 2 part. en 2 vol. gr. in-fol.) ; Souvenirs historiques des résidences royales de France, par J. Vatout (Paris, 1837-1848, 7 vol. in-8º) ; Châteaux et ruines historiques de France, par Alex. de Lavergne, illustrations de Théod. Frère (Paris, 1845, gr. in-8º) ; Mystère des vieux châteaux de France, par une société d’archivistes sous la direction de A.-B. Le François (Paris, 1846-1848 et aussi 1850, 6 vol. gr. in-8º, dont 2 de suppl.) ; Histoire des châteaux de France, par M. Bsilly (Paris, 1847, 2 vol. gr. in-8º, fig.) ; les Ports de France, peints par Jos. Vernet et Hue, accompagnés de notes historiques, par M. P.-A. M*** (Paris, 1812, in-4º) ; Vues des principaux ports et rades du royaume de France et de ses colonies, dessinées par Ozanne et gravées par Gouaz, avec un texte explicatif, par N. Pouce (Paris, 1819, in-fol.) ; Vues des côtes de France dans l’Océan et dans la Méditerranée, peintes et gravées par L. Garneray, décrites par E. Jouy (Paris, 1823, gr. in-fol.) ; Dictionnaire hydrographique de la France, par Théod. Ravinet (Paris, 1824, 2 vol. in-8º ; ouvrage couronné par l’Académie des sciences) ; l’Hydrographie française du Dépôt de la marine (14 vol. n-fol,) ; Annuaire des eaux de France (Paris, 1851-1853, 3 part, en 1 vol, in-8º) ; Durand-Fardel, Traité thérapeutique des eaux minérales de France et de l’étranger (2e édit., Paris, 1862, 1 vol. in-8º, avec carte col.) ; A. Rotureau, Des principales eaux minérales de l’Europe : France (Paris, 1857, in-8º) ; Atlas et description minéralogique de la France, par J.-E. Guettard, publié par Monnet (Paris, 1780, in-fol.) ; Carte géologique de la France (Paris, 1841, in-fol.) ; Explication de la carte géologique de la France, rédigée par MM. Dufresnoy et Elie de Beaumont (Paris, 1841, 2 vol. in-4º) ; Faune française, par de Blainville, Desmarets, Vieillot, etc. (Paris, 1821 et ann. suiv., in-8º, 24 livr.) ; Zoologie et paléontologie françaises, par Paul Gervais (2e édit., Paris, 1859, in-4º et atlas) ; l’Agriculture française, par M. Louis Gossin (Paris, 1858, gr. in-4º, avec 1 carte et 225 pl. ; 2e édit.,1859, 2 vol. gr. in-18, avec 1 carte et des fig. dans le texte) ; Nouvelles recherches sur la population de la France, par Messange (Lyon, 1788, in-4º) ; Tableau de la population de toutes les provinces de France, etc., par des Pommelles (Paris, 1789, in-4º) ; Tableau de la population de la France, par Brion de La Tour (Paris, 1789, in-4º) ; Essai de comparaison entre la France et les Etats-Unis de l’Amérique septentrionale, par rapport à leur sol, à leur climat, à leurs habitants, etc., par E.-A.-W. de Zimmermann, trad. de l’allemand et enrichi de développements et de notes, par l’auteur même (Leipzig, 1797, 2 vol. in-8º) ; Statistique des départements (Paris, impr. des Sourds-Muets, ans IX-XI [1801-1803], 36 vol. in-8º) ; Statistique générale de la France (Paris, impr. de la République, an XI [1803], 12 vol. in-fol.) ; Analyse de la statistique générale de la France, par Alex. de Ferrière (Paris, an XII [1803-1804], in-fol.. aussi in-8º) ; Statistique générale et particulière de la France et de ses colonies, etc., publié par P.-E. Herbin (Paris, an XII [1803], 7 vol. in-8º et 1 atlas in-4º) ; Statistique élémentaire de la France, par J. Peuchet (Paris, 1805, in-8º) ; la Monarchie française comparée aux principaux Etats du globe, par Adr. Balbi (Paris, 1828, in-fol. plano) ; Statistique raisonnée de la France, par Lewis Goldsmith, trad. de l’anglais par E. Henrion (Paris, 1833, in-8º) ; le même, trad. par É. d’Hamocourt (Francfort, 1834, in-8°) ; Documents statistiques sur la France, publiés par le ministre du commerce (Paris, 1835, gr. in-4º) ; Statistique de la France, publiée par le ministre des travaux publics, de l’agriculture et du commerce (Paris, 1837-1861, 21 vol. gr. in-4º) ; Archives statistiques du ministère des travaux publics, de l’agriculture et du commerce (Paris, 1837, gr. in-4º) ; la France statistique, d’après les documents officiels les plus récents, par Alf. Legoyt (Paris, 1813, in-8º) ; la France et l’Angleterre, ou Statistique morale et physique de la France comparée à celle de l’Angleterre, par F. de Tapiès (Versailles, 1845, in-8º) ; Statistique générale, méthodique et complète de la France comparée aux autres grandes puissances de l’Europe, par J.-H. Schnitzler (Paris, 1846, 4 vol. in-8º) ; Statistique de la population de la France et de ses colonies, par J.-Ch.-M. Boudin (Paris, 1852, in-8º) ; Statistique de la France comparée avec les autres Etats de l’Europe, par Maurice Block (Paris, 1800, tom. I et II).

— V. Itinéraires et voyages. Le Guide des chemins de France (Paris, C. Estienne, 1552 et 1553, in-8º) ; Nouveau guide des chemins pour aller et venir par tous les pays et contrées du royaume de France (Paris, 1583, in-16) ; Guide du voyageur en France, par Richard (Paris, 1823 ; 24e édit., 1853, in-12) ; Description routière et géographique de l’empire français, par R. V. [Vaysse de Villiers] (Paris, 1813-1835, 20 vol. in-8º) ; Itinéraire complet du royaume de France, divisé en cinq régions (3e édit., Paris, 1822, 4 vol. in-8º) ; le Guide du voyageur, par Boitard (Paris, 1823, 16 vol. in-18) ; Itinéraire de Paris à toutes les villes de France, etc., par F.-V. Goblet (Paris, 1825, in-12) ; Manuel général et nouveau des voyageurs, etc., par Cartier (Paris, 1826-1828, in-12) ; Nouvel itinéraire portatif de France, orné de cinq panoramas des villes principales, dessinés par A.-M. Perrot (Paris, 1826 ; 3e édit., 1830-1837, in-18, carte) ; le Guide du voyageur, par Aug. Thinard (Toulouse, 1827, in-12) ; Statistique des routes royales de France (Paris, Impr. royale, 1824, in-4º) ; Livre de poste, ou Etat général des postes aux chevaux du royaume de France (Paris, Impr. royale, 1832-1834, 1 vol. in-8º par année) ; les Chemins de fer, par Richard (Paris, 3 vol. in-18) ; Livret Chaix, guide officiel des voyageurs sur tous les chemins de fer français ; Guides Chaix, bibliothèque du voyageur ; Bibliothèque des chemins de fer ; Guides itinéraires ; Voyages dans les départements de la France, par J. Lavallée et J.-B.-J. Breton pour la partie du texte, L. Brion pour la partie du dessin et L. Brion père pour la partie géographique (Paris, 1792-1808, 102 cah. en 13 vol. in-8º) ; Lettres sur la France, écrites en 1811, par J.-A. Schulter (Leipzig, 1815, 2 vol. in-8º, en allem.) ; Nouveau voyage pittoresque de la France (Paris, 1817. 3 vol. in-8º, fig.) ; les Jeunes voyageurs ou Lettres sur la France, par L.-N. A*** et C. T*** (Paris, 1821, 6 vol. in-8º, cartes et vues ; nouv. édit. par G.-B. Depping, 1824, 6 tom. in-18 ; 4e édit., par E. Ledoux, 1834, 6 vol. in-18) ; Souvenirs d’Europe, France, par J.-Fenimore Cooper (Paris, 1838, 3 vol. in-12).

— VI. Histoire celtique et gauloise, origine des Français. Histoire des Celtes, par Pelloutier (Paris, 1720, 2 vol. in-4º) ; J.-Dan. Schoepflini Vindiciæ celtiæ (Strasbourg, 1754, in-4º) ; Ethnogénie gauloise, par Roget de Belloguet (Paris, 1858-1861, 2 vol. in-8º) ; Origines gauloises, par La Tour d’Auvergne-Corret (Hambourg et Paris, 1801,in-8º) ; Histoire des Gaules et conquêtes des Gaulois, par Ant. de Lestang (Bordeaux, 1618, in-4º) ; Histoire des Gaules, par D.-J. Martin (Paris, 1752, 2 vol. in-4º) ; Histoire des Gaulois, par J, Picot (Genève, 1804, 3 vol. in-8º) ; Histoire des Gaulois, par Amédée Thierry (2e édit., Paris, 1834, 3 vol. in-8º ; 4e édition, 1857, 2 vol. in-8º) ; Histoire de la Gaule sous la domination des Romains, par Augustin Thierry (Paris, 1840-1842, tom. I et II).

— VII. Histoire générale depuis l’établissement de la monarchie française et philosophie de l’histoire de France. Journal historique et chronologique de la France, par l’abbé V*** [Valerot] (4e édit., Paris, 1752, in-8º ; 1er édit., 1715, in-12) ; Abrégé chronologique de l’histoire de France, par de Boulainvilliers (La Haye, 1733, 3 vol. in-12) ; Nouvel abrégé chronologique de l’histoire de France, par le prés. Hénault (Paris, 1744, in-8º) ; Abrégé de l’histoire de France, par Gab. Peignot (Paris, 1819, in-8º) ; Nouvel abrégé chronologique de l’histoire de France depuis Pharamond jusqu’à Louis XVIII, par de Moulières (Paris, 1819-1820, 3 vol. in-12) ; Histoire générale de France depuis Pharamond jusqu’en 1643, par Scipion Dupleix (4e édit., Paris, 1634-1643, 6 tom. en 5 vol. in-fol.) ; Histoire de France, par Mézeray (Paris, 1643-1651, 3 vol. in-fol.) ; Abrégé chronologique de l’histoire de. France, par le même (Amsterdam, 1673, 7 vol. pet. in-8º) ; Histoire de l’origine et des progrès de la monarchie française, par Guill. Marcel (Paris, 1686, 4 vol. in-12) ; Nouvelle histoire de France, jusqu’à la mort de Louis XIII, par L. Le Gendre (Paris, 1718, 3 vol. in-fol. ; 1719, 1730, ou Amsterdam, 1734, 8 vol. in-12) ; Abrégé de l’histoire de France jusqu’à Charles IX, par Bossuet (Paris, 1647, in-4º, ou 4 vol. in-12) ; Histoire de France, par Gab. Daniel (nouv. édit., Paris, 1755, 17 vol. in-4º) ; Histoire de France, par Velly, Villaret et Garnier (Paris, 1770, 16 vol. in-4º, ou 33 vol, in-12 ; continuation, 26 vol. in-12) ; Histoire de France, grav. par David (Paris, 1787, 5 vol. in-4º) ; Histoire de France, par Anquetil, continuée par M. D*** (Paris, 1826, 13 vol. in-8º, réimpr. depuis par différents continuateurs) ; Histoire des Français, par Simonde de Sismondi (Paris, 1821-1843, 31 vol. in-8º) ; Histoire de France, par M. Michelet (2e édit., Paris, 1845-1863, 15 vol. in-8º ; la Régence forme le XVe vol.) ; Histoire de France depuis les temps les plus reculés jusqu’en 1789, par Henri Martin (3e édit., Paris, 1855-1860, 17 vol. in-8º) ; Histoire de France, par M. de Genoude (Paris, 1844 et ann. suiv., 23 vol. in-8º) ; Histoire de France, par M. Laurentie (2e édit., Paris, 1858, 8 vol. in-18) ; Histoire de France depuis l’origine jusqu’à nos jours, par Em. de Bonnechose (12e et 13e édit., Paris, 1864, 2 vol. in-8º, ou 2 vol. in-12) ; Histoire de France depuis l’établissement des Francs dans la Gaule, par Th. Burette (12e édit., Paris, 4 vol. in-18 ; édit. illustrée, 1859, 2 vol. gr. in-8º) ; Histoire de France depuis l’origine de la nation jusqu’à nos jours, par G. Ozaneaux (édit. augm., Paris, 1850, 2 vol. in-12, fig. dans le texte) ; Histoire de France depuis les origines gauloises jusqu’à nos jours, par Amédée Gabourd (Paris, 1855 et ann. suiv., 20 vol. in-8º, cartes) ; Histoire de France depuis les premiers âges jusqu’en 1848, par l’abbé Pierrot (Paris, 1860, 15 vol. in-8º) ; Histoire de France, par Amédée Gouet (Paris, 1868, tomes I à VI) ; Histoire des révolutions de France, par de La Hode (La Haye, 1738, 4 vol. in-12) ; Observations sur l’histoire de France, par l’abbé Mably (Genève, 1765, 2 vol. in-12 ; nouv. édit., revue par M. Guizot, Paris, 1823, 3 vol. in-8º) ; Variations de la monarchie française dans son gouvernement politique, civil et militaire, par Gautier de Sibert (Paris, 1765, 4 vol. in-8º) ; Leçons de morale, de politique et de droit public, puisées dans l’histoire de notre monarchie, ou Nouveau plan de l’étude de l’histoire de France, rédigé par les ordres et d’après les vues de Mgr le Dauphin, par Moreau (Versailles, 1773, in-8º) ; Principes de morale, etc., ou Discours sur l’histoire de France, par Moreau (Paris, Impr. royale, 1777-1789, 21 vol. in-8º) ; Histoire des révolutions de France jusqu’en 1788, par Dupuis (Paris, 1801, 2 vol. in-12) ; Considérations politiques sur la France et les divers Etats de l’Europe, par P. Laboulinière (Paris, 1808, in-8º) ; la France ancienne et moderne, par A. Carel (Paris 1820 : 2e édit., 1829, 2 vol. in-8º) ; Lettres sur l’histoire de France, par Augustin Thierry (Paris, 1827 ; 7e édit., 1842, in-8º) ; Dix ans d’études historiques, par le même (Paris, 1834, in-8º) ; Hello, Philosophie de l’histoire de France (Paris, 1840, in-8º) ; Essai sur l’histoire de France, par M. Guizot, pour servir de complément aux Observations sur l’histoire de France de l’abbé Mably (4e édit., Paris, 1836, in-8º ; 7e édit., 1847, in-18) ; Etudes sur l’histoire de France, etc., par Aug. Trognon (Paris, 1836, in-8º) ; l’Ecole du peuple, ou Histoire de l’émancipation graduelle de la nation française, par Robert [du Var] (Paris, 1839, in-8º) ; Histoire de l’origine et du développement de la nation française, par Ed. Arnd (Leipzig, 1844-1846, 3 vol. in-8º, en allem.) ; Analyse raisonnée de l’histoire de France, par de Chateaubriand (Paris, 1845 et 1850, in-18) ; Histoire de la civilisation en France depuis la chute de l’empire romain, par M. Guizot (nouv. édit., 1846, 4 vol. in-8º ; 6e édit., 1851, 4 vol. in-8º ; la même, 4 vol. in-18) ; Histoire des guerres civiles de la France, depuis les temps mérovingiens jusqu’à nos jours, par Laponneraye et H. Lucas (Paris, 1847, 2 vol. in-8º).

— VIII. Collection de chroniques et de mémoires, de dissertations particulières et recueils de chartes. Annalium et historiæ Francorum ab anno Christi 708 ad annum 990, scriptores coælanei XII (Paris, 1588 ; Francfort, 1594, 2 tom. en 1 vol. in-8º) ; Historiæ Francorum, ab anno 900 ad annum 1285, scriptores veteres XI (Francfort, 1596, in-fol.) ; Andr. Duchesne, Historiæ Francorum scriptores coætanei (Paris, 1636-1649, 5 vol. in-fol.) ; Bibliotheca patrum Cisterciensium, labore et studio F. Bertrandi Tissier (Bonofonte, 1661-1669, 8 tom. en 1 vol. in-4º) ; Recueil des historiens des Gaules et de la France, par dom Mart. Bouquet (Paris, 1738-1840, 20 vol. in-fol.) ; Collection universelle de mémoires particuliers relatifs à l’histoire de France, rédigée par M. Perrin (Paris, 1785-1806, 72 vol. in-8º) ; Mémoires publiés par la Société de l’histoire de France (Paris, 1835-1870, 35 vol. in-8º) ; Collection de mémoires relatifs à l’histoire de France, jusqu’au xiiie siècle, avec une introduction, etc., par M. Guizot (Paris, 1823-1837, 32 vol. in-8º) ; Collection des chroniques nationales françaises, écrites en langues vulgaires, du xiiie au xvie siècle, avec notes et éclaircissements, par J.-A. Buchon (Paris, 1824-1829, 47 vol. in-8º) ; Documents inédits relatifs à l’histoire de France du xive, xve et xvie siècle, publ. pour la première fois par A. Bernier (Paris, in-8º) ; Collection complète de mémoires relatifs à l’histoire de France, depuis le règne de Philippe-Auguste jusqu’au commencement du xviie siècle, publ. par Petitot (Paris, 1819-1826, 52 tomes en 53 vol. in-8º) ; Collection des Mémoires relatifs à l’histoire de France, depuis l’avènement de Henri IV jusqu’en 1763, par le même (2e série, Paris, 1820-1829, 79 vol. in-8º, y compris le tome XXI bis) ; Nouvelle collection des Mémoires pour servir à l’histoire de France, depuis le xiiie siècle jusqu’à la fin du xviiie, par MM. Michaud et Poujoulat (Paris, 1836-1839, 32 tom. en 34 vol. in-8º) ; Documents inédits relatifs à l’histoire de France (Paris, 1834-1851, 34 vol. in-4º) ; Bibliothèque historique de Mémoires relatifs à l’histoire de France pendant le xviiie siècle, par F. Barrière (Paris, 1846, 28 vol. in-18) ; Bibliothèque de l’école des chartes (Paris, 1840, in-8º) ; Collection générale des documents français qui se trouvent en Angleterre, recueillis et publiés par J. Delpit, etc. (Paris, 1847, in-4º, tom. Ier) ; Collection de cartulaires de France, publiée par Guérard et autres (Paris, 1840-1857, 9 vol. in-4º) ; Mélanges historiques, ou Documents historiques inédits tirés des manuscrits de la Bibliothèque royale, publiés par Champollion-Figeac (Paris, 1841-1848, 4 vol. in-4º).

— IX. Mœurs et usages, antiquités, etc. Dictionnaire historique des institutions, mœurs et coutumes de la France, par P.-A. Chéruel (Paris, 1855, 2 vol. in-12) ; Histoire de la vie privée des Français, par Legrand d’Aussy (Paris, 1782, 3 vol. in-8º) ; Histoire des mœurs et de la vie privée des Français, par Emile Gigault de La Bédollière (Paris, 1847 et suiv., 3 vol. in-8º) ; les Français peints par eux-mêmes (Paris, 1843, 8 vol. gr. in-8º, fig.) ; Costumes historiques de la France, par le bibliophile Jacob [P. Lacroix], etc. (Paris, 1852, 2 vol. in-8°, grav.) ; Histoire des Français des divers états, par A.-A. Monteil (Paris, 1827 et ann. suiv., 10 vol. in-8º) ; Dictionnaire raisonné du mobilier français de l’époque carlovingienne à la Renaissance, par M. Viollet-le-Duc (Paris, 1855 et ann. suiv., gr, in-8º) ; Tristan le voyageur, ou la France au xive siècle, par de Marchangy (Paris, 1825, 6 vol. in-8º) ; les Monuments de la monarchie française, par D. Bernard de Montfaucon (Paris, 1729, 5 vol. in-fol.) ; Trésor des antiquités de la couronne de France (La Haye, 1745, 2 tom. en 1 vol. in-fol.) ; Monuments de la maison de France, par M. Comberousse (Paris, 1856, in-fol.) ; Antiquités nationales, par L.-A. Millin (Paris, 1790, 5 vol, in-4º) ; les Monuments de l’histoire de France, catalogue des productions de la sculpture, de la peinture et de la gravure, relatives à l’histoire des Français, par M. Hennin (Paris, 1856-1863, 10 vol. gr. in-8º) ; Musée des monuments français, par Alex. Lenoir (Paris, 1800, 8 vol. in-8º) ; Histoire des arts en France prouvée par les monuments, par le même (Paris, 1810, in-4º et atlas in-fol.) ; Atlas des monuments des arts de la France, depuis les Gaulois jusqu’à François Ier, par le même (Paris, 1828, in-fol.) ; Bulletin monumental, publié par M. Caumont (Caen, 1834-1870, 36 vol. in-8º, fig.) ; Monuments français inédits, pour servir à l’histoire des arts, des costumes, etc., par N.-X. Villemin (Paris, 1806-1833, 2 vol. in-fol.) ; Monuments de la France, par Alex. de Laborde (Paris, 1816-1836, 2 vol. in-fol.) ; Essai sur l’histoire de la formation et des progrès du tiers état, par Aug. Thierry (Paris, 1853, in-8º) ; Histoire des classes rurales de France, par H. Doniol (Paris, 1847, in-8º) ; Histoire des classes agricoles en France, par Dareste de Chavanne (2e édit, refondue, Paris, 1858) ; Histoire des paysans en France, par A. Leymarie (Limoges, 1849, 2 vol. in-8º) ; Histoire des paysans, par Bonnemère (Paris, 1855, 2 vol. in-8º) ; Histoire du travail et des travailleurs, par P. Vinçard (Paris, 1845-1846, 3 vol. in-8º) ; Histoire des classes ouvrières en France, par E. Levasseur (Paris, 1859, in-8º) ; Histoire des classes laborieuses en France, par F. du Cellier (Paris ; 1859, in-8º) ; Histoire complète des états généraux et autres assemblées représentatives de France depuis 1302 jusqu’en 1626, par A. Boullée (Paris, 1845, 2 vol. in-8º) ; Histoire des états généraux de France, suivie d’un examen comparatif de ces assemblées et des parlements d’Angleterre, par E.-J.-B. Rathery (Paris, 1845, in-8º) ; Des états généraux et autres assemblées nationales, collection recueillie et publiée par Jos. de Mayer (La Haye et Paris, 1788-1789, 18 vol. in-8º et 1 vol. de pièces justiticatives) ; Histoire de l’Église gallicane, par J. de Longueval (Paris, 1730, 18 vol. in-4º) ; Histoire du clergé de France, par J. Bousquet (Paris, 1847-1851, 4 vol. in-8º) ; Histoire de l’Église de France, par l’abbé Guettée (Blois et Paris, 1847-1856, 12 vol. in-8º) ; Histoire de l’Eglise catholique de France, par M. l’abbé Jager (Paris, in-8º) ; Histoire de la milice française, par le P. Daniel (Paris, 1721, 2 vol. in-4º) ; Histoire des institutions militaires des Français jusqu’en 1826, par Fr. Sicard (Paris, 1831, 4 vol. in-8º et atlas) ; Histoire militaire de la France, par P. Giguet (Paris, 1849. 2 vol. in-8º) ; Institutions militaires de la France avant les armées permanentes, par Edgar Boutaric (Paris, 1863, in-8º) ; Histoire de l’armée et de tous les régiments, par A. Pascal et J. Ducamp (nouv, édit. illust., Paris, 1848-1850, 5 vol. gr. in-8º, fig. col.) ; Histoire générale et raisonnée de la diplomatie française jusqu’à la fin du règne de Louis XVI, par M. de Raxis de Flassan (2e édit., Paris, 1811, 7 vol. in-8º) ; Histoire littéraire de la France, par D. Rivet, D. Taillandier, etc. (Paris, 1733-1862, 24 vol. in-4º) ; Vies des hommes illustres de la France, par Dauvigny, Perau et Turpin (Paris 1739-1767, 27 vol. in-12) ; la France illustre, par Turpin (Paris, 1775, 4 vol. in-4º) ; Galerie française (Paris, 1821-1823, 3 vol. gr. in-4º) ; le Plutarque français, publié par Ed. Mennechet (Paris, 1836-1841, 8 vol. gr. in-8º, portr. ; 2e édit. 1844-1847, 6 vol. in-8º).


Pour ne pas scinder les renseignements bibliographiques concernant le mot France, nous faisons suivre notre liste d’ouvrages sur la géographie et l’histoire de ceux qui ont trait à la langue. Nous diviserons cette nomenclature comme il suit : 1º introduction, généralités sur la langue française ; 2º étymologies, origines et formation de la langue ; 3º traités généraux, grammaires ; 4º traités spéciaux, dictionnaires ; 5º idiomes spéciaux et patois.

— I. Introduction, généralités. Histoire de la langue française, par Gabr. Henri (Paris, 1811, 2 vol. in-8º) ; Histoire de la langue française, par E. Littré (Paris, Didier et Cie, 1863, 2 vol. in-8º) Projet du livre intitulé de la Précellence du langage françois, par H. Estienne (Paris, 1579, in-8º) ; Défense de la langue françoise, par Fr. Charpentier (Paris, 1676, in-12) ; De l’excellence de la langue françoise, par Fr. Charpentier (Paris, 1683, 2 vol. in-12) ; De l’universalité de la langue française, par de Rivarol (Paris, 1784, in-12) ; Dissertation sur les causes de l’universalité de la langue française, traduite de l’allemand de Schwab, par D. Robelot (Paris, 1803, in-8º)

— II. Origines, étymologies. Origine et formation de la langue française, par A. de Chevallet (Paris, Imprim. impér., 1853, 1857, 1858, 3 vol. in-8º) ; la Langue française dans ses rapports avec le sanscrit et avec les autres langues indo-européennes, par L. Delâtre (Paris, F. Didot, 1853, in-8º) ; Glossaire des mots français tirés de l’arabe, du persan et du turc, par A.-P. Pihan (Paris, Benjamin Duprat, 1817, in-8º) ; Vocabulaire raisonné des principaux éléments créateurs de la langue française, puisés dans le grec, le latin, l’italien, l’espagnol, l’arabe, l’allemand, le sanscrit, etc., par F. Poulet-Delsalle (Lille, 1855, in-8º) ; Traité de la conformité du langage français avec le grec, par H. Estienne (Paris, 1566, in-8º) ; Dictionnaire étymologique des mots français dérivés du grec, par J.-B. Morin (Paris, 1809, 2 vol. in-8º) ; Des variations du langage français depuis le xiie siècle, ou Recherches des principes qui devraient régler l’orthographe et la prononciation, par F. Génin (Paris, F. Didot, 1845, in-8º) ; Dictionnaire étymologique de la langue française, par Brachet (Paris, Hetzel, 1870, in-12).

— III. Traités généraux, mélanges, grammaires. Recherches sur les formes grammaticales de la langue française et de ses dialectes au xiiie siècle, par Gustave Fallot (Paris, 1839, in-8º) ; Grammaire de langue d’oil, etc., par G.-F. Burguy (Berlin et Leipzig, Schneider, 1853-1856, 3 vol. in-8º) ; Traité de la grammaire française, par R. Estienne (Paris, 1557, in-8º) ; Hypomneses de latina lingua, auctore H. Stephano (1582, in-8º) ; la Grammaire françoise, por Gabr. Meurier (Anvers, 1557, in-8º) ; Grammaire générale de Port-Royal, avec le commentaire de Duclos (Paris, 1803, in-8º) ; les Deux grammaires fransaizes, par Milleran (Marseille, 1694, in-12) ; Grammaire française, de Régnier-Desmarais (Paris, 1705 ou 1706, in-4º et in-12) ; Grammaire françoise, de Cl. Buffier (Paris, 1732, in-12) ; les Vrais principes de la langue françoise, par Girard (Paris, 1747, 2 vol. in-12) ; Gremmaire des grammaires ou Analyse raisonnée des meilteurs traités sur la langue française, par Ch.-P. Girault-Duvivier ; 16e édition, revue et corrigée par P.-Aug. Lemaire (Paris, 1856, 2 vol. in-8º) ; Grammaire nationale, par Bescherelle frères et Litais de Caux ; 3e édit., précédée d’un Essai sur la grammaire en France, etc., par Philarète Chasles (Paris, Bourgeois-Maze, 1840, gr. in-8º) ; Grammaire générale et historique de la langue française, par P. Poitevin (Paris, Best, 1856, 2 vol. in-8º) ; Remarques sur la langue françoise, par de Vaugelas (Paris, 1738, 3 vol. in-12) ; Observations de l’Académie françoise sur les remarques de Vaugelas (Paris, 1704, in-4º, ou 1705, 2 vol. in-12) ; Observations sur la langue françoise, par Ménage (Paris, 1675-1676, 2 vol. in-12) ; Doutes sur la langue françoise, par le P. Bouhours (Paris, 1674, in-12) ; Remarques nouvelles sur la langue françoise, par le Père Bouhours (Paris, 1675 ou 1682, in-12) ; Suite de ces remarques (Paris, 1692, in-12) ; Remarques et décisions de l’Académie françoise, recueillies par Paul Tallemant (Paris, 1698, in-12).

— IV. Traités spéciaux (prononciation, orthographe, etc.). Pour les ouvrages sur l’orthographe, v, le mot orthographe. Synonymes françois, par G. Girard ; édition augmentée par N. Beauzée (Paris,1738, 2 vol. in-12) ; Des homonymes français, par Philipon de La Madelaine (Paris, 1806, in-8º) ; Deux dialogues du nouveau langage françois italianizé, par H. Estienne (Paris, 1579, in-8º) ; Dictionnaire des épithètes françaises, par le Père Daire, édition augmentée et précédée d’un Traité sur l’emploi des épithètes, par J.-B. Levée (Paris, 1817, in-18) ; la Clef des participes, par E.-A. Vanier (Paris, 1812, in-12) ; la Manière de bien traduire d’une langue en aultre, par Dolet (Lyon, 1540, in-8º).

Pour les dictionnaires, consulter notre article dictionnaire et notre Préface.

Pour les dictionnaires français avec la traduction des mots en différentes langues vivantes, voyez l’article spécial consacré à chacune de ces langues à son ordre alphabétique.

— V. Idiomes particuliers et patois. V. l’article patois.


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