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Grand dictionnaire universel du XIXe siècle/Robespierre (Marie-Marguerite-Charlotte de), sœur du précédent

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Administration du grand dictionnaire universel (13, part. 4p. 1263).

ROBESPIERRE (Marie-Marguerite-Charlotte de), sœur du précédent, née à Arras en 1760, morte à Paris le 1er août 1834. Lors de la mort du chef de la famille, elle et sa sœur Henriette furent recueillies par leurs tantes paternelles, puis placées au couvent des Manarres, à Tournay, où elles reçurent l’éducation qu’on donnait aux demoiselles nobles de cette province. En 1?76, elles y étaient encore l’une et l’autre. Lorsque Maximilien s’établit comme avocat à Arras, Charlotte alla habiter avec lui dans la petite maison, débris de l’héritage paternel. Son existence toute privée est absolument vide d’événements notables. Elle séjourna à Arras pendant toute la durée de l’Assemblée constituante. Son frère veillait à ses besoins et lui envoyait un tiers (6 livres par jour) de son traitement de député. En septembre 1792, lorsque Maximilien eut été nommé député à la Convention, il fit venir Charlotte à Paris et l’installa dans un appartement chez les Duplay, où il logeait lui-même. Accoutumée à régner en maîtresse de maison et à gouverner un peu despotiquement ses frères, d’un caractère ombrageux et difficile, Charlotte ne put voir sans dépit l’influence d’une famille étrangère contre-balancer la sienne, et, à force d’obsessions, elle finit par entraîner Maximilien à quitter la maison du menuisier et à venir habiter un appartement qu’elle avait loué rue Saint-Florentin. Elle ne put le retenir, d’ailleurs, que peu de temps, et il ne tarda pas à retourner chez les Duplay, Toutefois, quoi qu’on en ait dit, la bonne harmonie ne cessa de régner entre eux deux ; du moins c’est ce que les renseignements les plus probables permettent presque d’affirmer. On a dit aussi que Charlotte avait eu une conduite légère. Cette question a peu d’importance historique ; cependant il faut dire, sans qu’il soit possible de rien affirmer avec certitude à cet égard, que la sœur de l’austère conventionnel était, dans tous les cas, une personne décente, dont lui-même n’eût pas souffert les écarts, et qui se respectait assez elle-même, qui respectait assez son nom pour ne pas compromettre la haute et terrible réputation de son frère en affichant les faiblesses tout à fait conjecturales que quelques-uns lui ont attribuées. On a rapporté, notamment, qu’elle avait été la maîtresse de Fouché, — ce qu’elle nie avec indignation dans ses Mémoires. Ce qui a pu donner lieu à ce bruit probablement calomnieux, c’est que le futur duc d’Otrante, habile à saisir toutes les occasions propres à servir sa fortune, avait demandé la main de Charlotte, alors âgée de trente-deux ans, et qu’il avait été agréé par elle ainsi que par Maximilien. Ce dernier était à cette époque l’homme le plus influent et le plus puissant de la République, et il n’y avait rien que de fort ordinaire à ce qu’un ambitieux comme Fouché recherchât une telle alliance, qui fut empêchée par les événements et plus encore sans doute par les divisions de parti. Il parait que c’est après sa mission de Lyon que Fouché, dont les violences avaient été blâmées par Robespierre, dut renoncer au mariage projeté.

Nous avons dit que la bonne harmonie paraît avoir constamment régné entre la sœur et le frère aîné. Ce qui a pu tromper l’opinion à cet égard, c’est une lettre de Charlotte, publiée à la suite du fameux rapport de Courtois, et qui commence ainsi : « Votre aversion pour moi, mon frère, loin do diminuer, est devenue la haine la plus implacable, »etc.

Mais on sait aujourd’hui que cette lettre, écrite dans un moment d’irritation, était adressée, non à Maximilien, mais à Robespierre jeune, avec qui Charlotte (un peu impérieuse et acariâtre, on le sait) fut un moment brouillée. Pour donner le change et présenter Maximilien comme un mauvais frère, les thermidoriens avaient tout simplement supprimé la suscription et une vingtaine de lignes. Mais l’original de la lettre est aux Archives et témoigne de leur indigne supercherie.

Après le 9 thermidor, Charlotte, qui s’était vainement présentée à la Conciergerie pour embrasser ses frères avant qu’ils fussent conduits à l’échafaud, fut jetée en prison et y resta quelque temps ; mais elle échappa aux proscriptions et vécut depuis dans la plus profonde obscurité. En arrivant au consulat, Bonaparte, dont on connaît les relations amicales avec Augustin (v. plus loin), fit à Charlotte une pension de 3,500 francs. Chose assez curieuse, elle la toucha, dit-on, jusqu’à sa mort, avec des réductions, même sous Louis XVIII et sous Charles X.

Charlotte Robespierre a laissé Sur ses deux frères des Mémoires qui ont été publiés par Laponneraye, et dont nous avons parlé ci-dessus, dans les notices bibliographiques.