Guide du skieur/Préface

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Commandant Bernard
(p. vii-xi).

PRÉFACE




Depuis quelques années déjà, le sport du ski est connu et pratiqué en France. Le grand public sait maintenant que le ski est très supérieur à la raquette, qui n’en restera pas moins une auxiliaire précieuse, et qu’il a commencé à rendre ou rendra des services appréciables à l’armée et aux populations des hautes vallées des Alpes, du Jura, des Vosges, du Plateau Central et des Pyrénées. Il nous a donc semblé qu’il ne serait pas inutile de faire bénéficier les skieurs français de l’expérience acquise pendant nos deux années de direction de la première École de ski militaire, qui fonctionna à Briançon en 1904 et 1905 pour fournir des moniteurs de ski à l’armée des Alpes. Entre le Manuel du ski du docteur allemand Paulcke, le long et savant traité « le Ski », d’Hœk et Richardson, et le Petit manuel du skieur du capitaine Rivas (notre élève et successeur à la Direction de l’École militaire de ski de Briançon), destiné surtout à vulgariser les procédés de fabrication et de réparation du ski pratiqués par cet officier, il y avait place pour un traité qui condensât sous un petit volume la technique complète du ski et du skieur (matériel, théorie et fabrication). Ainsi nous croyons faire œuvre bonne en publiant le Guide du skieur.

Ce guide répond, d’ailleurs, au désir qui nous a été exprimé par des camarades, des amis et même des inconnus, de transformer en traité notre étude sur le ski parue dans le numéro de mars 1906 de la Montagne. Qu’il nous soit permis de rappeler, à l’occasion de cette publication (retardée pour des raisons diverses de 1906 à 1909), le souvenir du capitaine Cler, aujourd’hui à la Légion étrangère, qui dirigea si brillamment les premières expériences d’application du ski au service de l’armée, et de MM. le capitaine Angell, et le lieutenant Qval[1], de la mission norvégienne, dont le concours lui si précieux à notre armée pendant l’hiver 1903-1904, en même temps que les conseils et l’exemple de M. le sous-lieutenant Schultz, alors en congé à Briançon[2].

Nous nous sentons aussi pour une bonne part redevable de nos connaissances en ski au docteur Paulcke, dont nous avons traduit la 2e édition de l’ouvrage sur le ski (traduction non publiée).

Nous ne saurions enfin passer sous silence le nom du regretté docteur Payot, qui a tant fait pour le développement du ski à Chamonix, ni l’œuvre féconde de nos deux grandes sociétés de tourisme, le Club Alpin et le Touring-Club, si empressées à favoriser dès 1905 nos efforts pour la propagation du ski. En répondant généreusement à la demande de subvention que nous leur adressions, elles accrurent considérablement nos ressources et nous permirent de distribuer pour la première fois dans la région alpine un nombre appréciable de skis de propagande, et même de faire construire trois formes à ski par les soins d’officiers dévoués.

Après l’honneur de voir aboutir nos propositions en faveur de la création d’une École normale et d’Écoles régimentaires de ski, nous avons eu la grande joie de constater que ces Écoles et surtout l’École normale, habilement dirigées (celle-ci par M. le capitaine Rivas), et puissamment aidées par le Touring-Club et le Club Alpin avaient été, comme nous l’espérions, des éléments très actifs de propagande.

Les trois concours internationaux du Mont-Genèvre (en 1907), de Chamonix (en 1908) et de Morez (en 1909) ont fourni la démonstration éclatante du progrès réalisé par nos skieurs militaires et civils. Nous nous rappelons non sans fierté les heures difficiles des débuts, où, par la parole, les écrits et l’exemple, il fallait vaincre les préventions et la routine. Mais il fallait aussi pour que le succès fût rapide et complet, pour que la propagande de nos officiers et soldats fût décuplée, et que le ski fût accepté non seulement comme un sport ou un exercice utile à l’armée, mais aussi comme un mode de locomotion pratique pour nos montagnards, il fallait pour cela que le Touring-Club et le Club Alpin devinssent les défenseurs et les propagateurs du ski. Aujourd’hui, grâce à eux, la cause est bien gagnée.

Honneur donc au Club Alpin, au Touring-Club et aussi aux autres sociétés venues ensuite, par qui la montagne, autrefois déserte en hiver, malgré l’attrait de ses panoramas éblouissants, sera de plus en plus vivante, honneur à ceux par qui les populations montagnardes ne s’étioleront plus dans l’inaction des longs mois d’hiver, et seront, sinon enrichies, du moins rendues plus aisées, par les skieurs touristes, et, dans tous les cas, plus heureuses.

C’est par eux et par le ski que la belle devise du Club Alpin : « Pour la Patrie, par la Montagne », aura trouvé sa pleine réalisation.

Angers, le 3 février 1909.
Commandant G. Bernard.



  1. Aujourd’hui capitaine, il vient de représenter avec distinction la Norvège à la tête de l’équipe militaire de skieurs norvégiens, au concours international de 1909 à Chamonix et à Morez.
  2. Officier suédois.