100%.png

Guide manuel de l’ouvrier relieur/1

La bibliothèque libre.
Aller à la navigation Aller à la recherche
Librairie polytechnique Ch. Béranger (p. 7-31).

CHAPITRE PREMIER

La brochure dans ses rapports avec la reliure


La brochure dont certaines parties servent de base et l’ensemble d’introduction à la reliure, mérite à plus d’un titre de retenir l’attention des praticiens relieurs.

Il n’entre pas dans notre cadre d’en donner une description approfondie, mais il importe que certaines parties, celles se rattachant directement à la reliure, soient rendues familières même par la pratique aux adeptes de notre art.

L’ensemble du travail du brocheur, consiste : à sécher les feuilles nouvellement sorties de presses litho ou typographiques et destinées à former des volumes ; à les satiner, puis à les couper et plier selon l’imposition ; à assembler ces feuilles dans leur ordre chronologique ou numérique pour en former un ou des volumes ; à coudre le volume, à le mettre en presse, puis à y appliquer une couverture en papier uni ou imprimé portant au dos et sur le plat le titre de l’ouvrage. On ébarbe ensuite au moyen de ciseaux ou cisailles, les feuillets qui dépassent l’ensemble, à seule fin d’égaliser les tranches. Le brocheur se charge, dans certains cas, de glacer entre des plaques de zinc et avant l’impression, les papiers destinés aux éditions de luxe ou à vignettes et gravures intercalées dans le texte.

Glaçage. — Le glaçage a pour but d’enlever ce que l’on nomme, le grain du papier, ainsi que les rugosités provenant de certains défauts de fabrication. Laisser subsister ces inégalités serait non seulement nuisible à la netteté et à la beauté des tirages, mais encore à la conservation des gravures et clichés employés. Le glaçage s’exécute de diverses façons, mais toujours après que le papier a été humecté et préparé pour l’impression, ce dernier travail incombe à l’imprimeur qui, lorsque le papier a atteint le degré de moiteur voulu, confie les feuilles au glaceur.


Laminoir pour le glaçage du papier
Fig. 1. — Laminoir pour le glaçage du papier.


Le travail du glaceur consiste, à placer chaque feuille de papier, entre des feuilles de zinc bien uni, dit zinc à satiner, puis de les passer entre les cylindres d’un laminoir actionné à bras ou au moteur. Les plaques de zinc doivent être tenues dans un état de propreté parfaite : l’humidité déposée par le papier doit être enlevée fréquemment afin d’éviter l’oxydation du zinc, ce qui serait nuisible même incompatible avec l’exécution du travail.

Le glaçage entre des plaques de zinc peut, dans certains cas, être remplacé par le moyen de calandres à trois, quatre, six cylindres et plus, fonctionnant à froid ou chauffées à la vapeur.

Calandre pour le glaçage et le satinage des papiers
Fig. 2. — Calandre pour le glaçage et le satinage des papiers.


Séchage. — Le séchage des feuilles imprimées a pour but d’enlever l’humidité du papier nécessitée par l’impression et aussi de fixer les encres litho ou typographiques employées. Celles-ci, selon leur nature étant sujettes à maculer plus ou moins les cartons à satiner et surtout les feuilles avoisinantes pendant les opérations de la brochure et surtout de la reliure.

Le séchage se pratique de diverses façons ; i° dans des fours ou chambres de chauffe, dans lesquels on fait circuler alternativement des courants d’air chaud et froid, ce qui permet de presser, laminer ou battre les livres le lendemain de l’impression. 2° Dans des chambres ou salles où, en été, on laisse circuler l’air et la chaleur atmosphérique et que l’on chauffe pendant l’hiver et les temps humides au moyen de calorifères ou poêles en fonte. Les feuilles sont généralement étendues aussi près que possible du plafond ; le meilleur mode d’étendages consiste à placer les feuilles sur des tringles en bois de 4 à 6 centimètres de large et de 2 centimètres d’épaisseur. Ces tringles posées sur champ et dont les angles supérieurs sont arrondis, permettent d’étendre les feuilles en ligne droite sans crainte de les déformer, ce qui n’est pas le cas si l’étendage se fait sur des ficelles ou cordes de chanvre qui fléchissent plus ou moins sous le poids des feuilles et impriment à celles-ci une courbe qui leur est plus ou moins préjudiciable.

Il est bon de laisser les feuilles étendues le plus longtemps possible, afin de pouvoir les travailler sans avoir à craindre le maculage. On s’assure si les encres sont suffisamment sèches, en plaçant un morceau de papier blanc sur une feuille étendue à plat sur une surface unie et résistante, on frotte alors avec l’ongle sur le papier qui se maculera d’une[1] portion d’encre si celle-ci n’est pas suffisamment sèche. Dès que les feuilles sont sèches on les enlève des tringles en se servant toujours du ferlet ou étendoir.


Satinage. — L’outillage ordinaire du satineur se compose d’une presse à grande puissance. Celles que l’on emploie généralement sont des presses hydrauliques, plus ou moins fortes selon l’étendue des feuilles à satiner, ou les besoins usuels du brocheur. On

Presse hydraulique
Fig. 3. — Presse hydraulique.


emploie aussi les presses[2] en fer à percussion, ainsi que d’autres du même genre, actionnées par un volant et une roue à engrenages commandée par un pignon avec vis sans fin, mais aucune de ses presses ne peuvent

atteindre la puissance de la presse hydraulique (fig. 3). Ces presses sont actionnées au moyen de pompes fonctionnant à bras ou au moteur. L’outillage comprend en outre plusieurs séries de cartons de divers formats. Ces cartons sont en pâte très dure et fortement glacés. Les feuilles imprimées se placent entre les cartons, qui enlèvent le foulage ou reliefs produits dans le papier par les tirages typographiques ; ils rendent en outre au papier la forme lisse et plane qu’il avait perdue par l’humidité nécessaire à l’impression ; il aide aussi à sécher les encres dont les parties trop grasses sont absorbées par les cartons.

Calandre système Gill, pour le séchage et le satinage des feuilles après l’impression
Fig. 4. — Calandre système Gill, pour le séchage et le satinage des feuilles après l’impression.

Ces cartons qui absorbent l’humidité du papier et les surcharges d’encres, se salissent assez rapidement. On a soin de les faire sécher entre des tringles placées dans le sens vertical, et d’essuyer les encres au moyen de tampons de papier ou de linge fin. Si le satinage a opéré sur des feuilles imprimées au moyen d’encres de mauvaise qualité, il faut faire usage de benzine ou d’alcool pour nettoyer les cartons que l’on frotte ensuite à sec à l’aide de linges fins, puis on les laisse bien sécher avant de s’en servir pour d’autres ouvrages.

Outre les moyens indiqués ci-dessus, certaines grandes maisons se servent également d’une calandre à deux cylindres chauffés à la vapeur. Celle-ci prend la feuille au sortir de la presse litho ou typographique, la sèche et la satine en même temps, mais on a pu constater que dans certains cas, elle fait pâlir plus ou moins les encres ayant servi au tirage.


Pliure. — La pliure des feuilles destinées à la brochure ne présente à première vue qu’une importance relative. Le brocheur, ne rogne pas le livre ayant quelque valeur et son travail peut toujours se modifier et être corrigé par le relieur.

Il serait pourtant à souhaiter que même pour la brochure, cette partie du travail fut faite avec soin. En effet, si le brocheur ne rogne pas le livre pour en égaliser les tranches, le lecteur a toujours hâte de consulter, de prendre connaissance de l’ouvrage avant de le confier au relieur, il coupe les feuilles sur le devant et en tête et de ce côté surtout si la pliure est mal faite, le livre subit de ce chef une avarie parfois sensible que l’on ne peut remettre en état qu’en prenant sur les marges.

Les conséquences d’un mauvais pliage sont bien autrement graves pour un volume relié. Celui-ci étant rogné, le défaut se dénonce au premier coup d’œil, et a pour conséquences de déprécier complètement le travail du relieur, quelque soin qu’il ait pris dans l’exécution des autres parties de la reliure. Il est donc de la plus haute importance que le pliage des feuilles d’un livre soit fait correctement, c’est-à-dire avec précision, de façon à arriver à un partage exact des marges. Ce serait facile si l’impression elle-même était toujours correcte, et si la retiration, c’est-à-dire le verso de la feuille imprimée, correspondait exactement au recto, ce n’est pas toujours le cas ! ce qui oblige l’ouvrière à chercher des points de repère souvent difficiles à établir.

Ce qui rend la pliure réellement difficile, c’est la très fâcheuse habitude que l’on a prise d’assembler les feuilles d’un livre par exemplaire et avant la pliure. Il serait de tous points préférable, que l’on abandonne et ce dans l’intérêt et de la bonne marche du travail, un système qui, à première vue, paraît des plus rassurants au point de vue de la constatation du nombre exact qu’un tirage a produit, mais qui, d’autre part, présente de très graves inconvénients et des pertes de temps considérables [3].

Voyons tout d’abord ce qui se passe alors qu’il s’agit d’ouvrages non assemblés avant la pliure ? L’ouvrière une fois son point de repère établi, ce qu’elle fait sur la première feuille, n’a plus à chercher pour les suivantes, de là une régularité en quelque sorte automatique dans la formation des plis et une grande assurance dans l’exécution de son travail qui peut en outre se faire avec plus de rapidité.

Dans une partie de 500 volumes composés de 20 ou 30 feuilles chacun, que l’on distribue entre 10 ou 15 plieuses, chacune ayant deux feuilles, cela ne fait que deux points de repère à chercher, pour mille feuilles. Il n’en est pas de même si les volumes sont assemblés par exemplaire ; le livre étant composé de 20 ou 30 feuilles, cela fait autant de points de repère à chercher nous disons 20 ou 30 par volume et c’est à recommencer[4] à chaque volume tant qu’elle en ait fait un certain nombre. Que l’on juge par là du temps perdu, et si l’ouvrière n’est pas d’une habileté consommée, du travail plus ou moins défectueux qu’elle a du produire.

Ce qui n’empêche que, pour les ouvrages en nombre contenant diverses planches ou gravures, on est forcé de procéder au désassemblage après la pliure afin de réunir les cahiers contenant les mêmes gravures, cartes ou cartons à remplacer ou à placer ; puis d’assembler à nouveau le volume une fois le travail fait.

Il en est de même des premier et dernier cahiers du volume nécessitant toujours un travail spécial qu’il y ait ou non des gravures ou collages à exécuter et cela à cause des gardes et sauve-gardes à placer.

Il est donc de tous points préférable que les volumes ne soient pas assemblés avant la pliure ; nous nous permettons d’émettre ce vœu sans grand espoir de le voir se réaliser !

La pliure se divise en deux genres : en pliure simple et en pliure composée. On entend par pliure simple celle limitée au pliage d’une feuille en deux, en quatre ou en huit ; soit à un, deux ou trois plis sans encartages, ni coupes d’aucune sorte. La pliure composées est celle qui se complique d’une ou deux coupes, avec pliage et encartage de la partie coupée pour en former un gros cahier ; telles sont les feuilles in-12 et in-18. Cette dernière méthode a pour cause d’anciens errements qui ne sont pas sans présenter de sérieux inconvénients et que dans l’intérêt du travail autant que dans l’intérêt de l’éditeur lui-même nous serions heureux de voir disparaître, les papiers mécaniques se prêtant à toutes les combinaisons.

Entre les deux genres indiqués ci-dessus, la pliure se modifie selon le format des livres à plier. Pour bien nous faire comprendre nous devons tout d’abord indiquer la manière de manœuvrer le plioir.

Manière de plier. — La plieuse saisit le plioir entre le pouce et les trois doigts inférieurs de la main droite, elle pose l’index sur le tranchant supérieur, de cette façon le tranchant inférieur entièrement libre, se pose sur la feuille et se trouve en contact direct avec elle. L’ouvrière le penche légèrement en avant pour former les plis de bas en haut, et vers elle pour les former du haut en bas. Quant aux plis à faire dans le sens horizontal, elle penche le plioir en avant pour former le pli à partir du centre vers la gauche, en le posant sur la feuille dans le sens oblique à droite. Elle lui fait ensuite par un simple mouvement du poignet, exécuter un demi-tour qui le pose dans le sens oblique à gauche, ce qui lui permet de former le pli de gauche à droite, en penchant le plioir du côté droit, tout en remettant la main dans une position rationnelle.

La plieuse se sert également, du plioir pour couper la feuille, en le maintenant de même, mais en l’introduisant à plat entre les deux portions de la feuille pliée. Elle presse alors le tranchant du plioir contre la partie antérieure du pli, et elle fend la feuille de bas en haut d’un seul trait. Il est de la plus haute importance que la feuille soit pliée avant de la couper. Certaines ouvrières ont la déplorable habitude de couper la feuille sans former

le pli, et se contentent de maintenir la feuille avec la main gauche. Ces coupes non seulement ne sont pas

Pliure. L’ajustage pour le premier pli.
Fig. 5. — Pliure. L’ajustage pour le premier pli.


nettes, mais il arrive fréquemment que le tranchant du plioir, plus ou moins mal dirigé, déchire la feuille, qui par ce fait est plus ou moins abîmée et parfois complètement perdue. On ne doit pas exposer l’éditeur à perdre un exemplaire de son édition, et cela par le défaut d’une feuille gâtée par une ouvrière peu consciencieuse.

Coupe des feuilles. — Dans les grands ateliers où les ouvrages se fabriquent en quantités, il est rare que la plieuse soit appelée à couper les feuilles avant de procéder à la pliure. Ces coupes se font ordinairement par des ouvriers qui exécutent ce travail par quantités au moyen de la machine à rogner. Dans les ateliers qui n’ont pas de semblables moyens d’action, l’ouvrière qui reçoit son travail en grandes feuilles et par paquets, place l’un de ceux-ci devant elle, l’ouvre avec la main droite et, saisissant un grand plioir dont elle appuie le tranchant sur les feuilles, elle fait sur celles-ci quelques passes de gauche à droite pour les étager de ce côté, ce qui lui permet de les prendre une à une sans risque de se tromper ; elle saisit la première feuille par le coin du bas à droite, elle reporte ce côté vers la gauche, en couchant les deux côtés de la feuille l’un sur l’autre, et[5] en les ajustant sur les en-têtes des pages ou chiffres de pagination, elle plie alors les feuilles depuis le centre jusqu’en tête, puis elle ramène le plioir vers elle en appuyant sur la feuille, pour former le pli depuis le centre jusqu’en bas. Elle introduit alors le plioir entre les deux et elle fend la feuille de bas en haut, tout en la maintenant avec la main gauche ; elle saisit ensuite la première demi-feuille qu’elle place à sa droite, et avec la main gauche elle pose la seconde demi-feuille à sa gauche, et ainsi de suite jusqu’à ce que le tas soit épuisé, si la feuille doit être coupée en quatre. Elle procède de même pour les demi-feuilles.

Pliage des in-folio. — Les grands in-folio se composent ordinairement de feuilles à plier simplement en deux. La plieuse tenant le plioir avec la main droite appuie celui-ci sur le paquet de feuilles, dont les signatures sont placées dessous, de façon à ce que l’ouvrière ait devant elle et en tête les chiffres 2 et 3 de la feuille à plier. Elle fait quelques passes de gauche à droite pour les étager de ce côté ; elle saisit entre le pouce et l’index de la main droite le coin de la feuille qu’elle soulève, elle la saisit alors avec la main gauche avec laquelle elle prend la feuille par le milieu, pour coucher la partie de droite sur celle de gauche, en ajustant les chiffres qui se trouvent en tête des pages. Elle appuie le tranchant du plioir sur la feuille, et en deux mouvements exercés de bas en haut et du haut en bas, elle forme le pli et place la feuille à sa gauche, pendant qu’avec la main droite elle soulève la seconde feuille, et ainsi de suite, en plaçant les feuilles pliées les unes sur les autres.

Ce pliage est le plus simple et le plus facile, mais il arrive que l’imprimeur, pour éviter que l’ouvrage soit formé de simples feuilles, ait fait l’imposition de façon à pouvoir former des cahiers de deux feuilles. On plie alors chacune isolément, et on les encarte ensuite l’une dans l’autre, ce que l’on exécute en plaçant la feuille intérieure, bien exactement au fond du dos de la feuille extérieure, tout en les égalisant parfaitement en tête. Le cahier se compose alors de huit pages comme les in-4°.

In-4°. Feuille pliée en quatre, ou cahier de huit pages. — La plieuse pose à plat sur la table, le paquet de feuilles. Les signatures toujours au-dessous, et de façon à avoir devant elle les pages 2 et 7 et à la partie supérieure

de la feuille les pages 3 et 6 qu’elle voit à l’envers. Après avoir fait quelques passes avec le plioir de bas en haut pour étager les feuilles de ce côté, elle saisit le haut de la feuille entre le pouce et l’index de la main gauche, et elle la rabat vers elle en la couchant sur la partie inférieure, elle prend son point de repère aux extrémités des dernières lignes au bas des pages, et elle forme le pli dans le sens horizontal en deux mouvements, tels que nous l’avons indiqué plus haut. Elle saisit ensuite le côté droit de la feuille doublée, et elle le porte vivement vers la gauche où elle l’ajuste sur les chiffres de tête, elle forme le pli en deux mouvements de bas en haut et du haut en bas, et elle place la feuille à sa gauche. On voit que pour former les deux plis la feuille n’a pas bougé de place, et que le cahier une fois plié, se trouve dans la position normale pour être posé à la gauche de celle qui opère sans changer de position.

In-8°. Feuille pliée en huit ou cahier de 16 pages. — L’ouvrière pose le paquet de feuilles devant elle, la signature au-dessous à gauche. Dans cette position elle voit devant elle les pages 2-15-14-3, et au-dessus, à l’envers, les pages 6-11.10.7. Après avoir fait quelques passes avec le plioir de gauche à droite pour étager les feuilles de ce côté, elle soulève la feuille avec la main droite par le coin inférieur, elle s’en empare de la main gauche par le centre et la porte du côté gauche, en ajustant le chiffre 3 sur le chiffre 2, et elle forme le pli de bas en haut et du haut en bas. Elle saisit ensuite le haut de la feuille, qu’elle rabat sur la partie inférieure, tout en maintenant le plioir au centre de la feuille pour l’empêcher de se plier à faux ; elle ajuste les deux parties de la feuille sur les lignes au bas des pages, et elle forme le pli dans le sens horizontal ; puis, si le papier est un peu épais, et qu’elle craigne que le dernier pli à faire forme des plissures en tête, elle fend la feuille de ce côté jusqu’au centre, elle porte alors la partie de droite sur la gauche, en ajustant le chiffre 9 sur le chiffre 8, et elle forme ce dernier pli de bas en haut et de haut en bas, puis elle pose le cahier à sa gauche. On voit que, malgré les trois plis à faire, la feuille n’a pas bougé de place et se trouve après la pliure dans une position normale, ce qui est très important à cause des mouvements qu’il faut toujours s’ingénier à économiser.


L’in-12 ou format Charpentier. — S’imprime ordinairement sur feuilles de raisin double, donnant deux cahiers de même de vingt-quatre pages chacun, ou quatre cahiers dont deux de seize et deux de huit pages. L’ouvrière coupe ces feuilles en deux et laisse les deux parties l’une sur l’autre en les plaçant à sa gauche, si le volume n’est pas assemblé par deux exemplaires. Dans le cas contraire, elle place une partie à droite, l’autre à gauche pour séparer chacun d’eux, puis elle place un exemplaire en travers devant elle, la signature en haut, à gauche, la face contre la table. Elle voit alors si le cahier de huit pages, qui se trouve à sa droite, porte au-dessus les pages 10-15-14-11. Dans ce cas, celui-ci est destiné à être encarté dans le cahier qui se trouve à sa gauche, et porte également au dessus les pages 2-7-23-18-22-14-3-6. Elle forme un pli dans la marge qui sépare les deux parties, puis elle coupe dans ce pli, elle plie ensuite le cahier de huit pages en plaçant les chiffres 10 sur 11 ; ce pli fait, les chiffres 12 et 13 se présentent devant elle, elle ferme le cahier en les plaçant l’un sur l’autre. Reste la seconde partie ou gros cahier ; elle forme le premier pli en plaçant 3 sur 2, puis le second pli en plaçant 21 sur 20, ensuite le troisième en plaçant 17 sur 8, puis elle encarte le petit cahier dans le gros. Dans le cas où la feuille a été imposée dans le but de séparer les cahiers, la partie qui doit former le cahier de huit pages porte à droite de la plieuse les pages 18-23-22-19, elle le sépare du gros cahier comme ci-dessus, elle le plie, puis elle en fait autant du gros et elle les place à sa gauche à la suite l’un de l’autre.

L’in-16, qui est la moitié de l’in-8°, s’imprime, comme celui-ci, sur des papiers du même format. Il y a l’in-16 Jésus, l’in-16 raisin, l’in-16 carré, etc. Le pliage s’exécute comme pour les in-8°. Les cahiers sont de seize pages, ces formats affectent une forme carrée. L’in-18 s’imprime également sur les mêmes formats de papier, pour former l’in-18 Jésus, raisin, carré, etc., mais l’imposition est faite de façon à produire trois cahiers de huit pages, avec encartement d’un petit cahier de quatre pages. On coupe donc la feuille en trois parties, on les place devant soi, la signature du côté de la table, on enlève alors de la première bande le petit cahier de quatre pages, en ayant soin que la coupe se rapporte exactement aux proportions des marges de tête du gros cahier, que l’on plie, et, une fois le premier pli formé, on place par-dessus la feuille de quatre pages pour plier le tout en une fois. On imprime parfois l’in-18 de façon à ne former que deux cahiers à la feuille. L’un deux porte alors vingt-quatre pages. La partie forte de ce cahier se plie alors comme l’in-8°, c’est-à-dire en trois plis, de plus l’encart est double et se compose d’une bande dans laquelle on fait deux plis.

Les autres formats se plient de la même façon que ceux que nous venons de décrire, il n’y a de différence que dans leurs proportions.

pliure mécanique

Les machines à plier, eu égard aux perfectionnements qui y ont été successivement apportés dans les deux mondes, ont fini par rendre de très réels services, surtout aux brocheurs. Elles produisent, certes, un travail parfait, subordonné à certaines conditions qui, il faut le dire, ne sont pas toujours mises en pratique par nos imprimeurs.

Si les machines à plier rendent des services aux brocheurs, dont on est loin d’exiger un travail parfait, il n’en est pas de même pour les relieurs, dont la correction dans le pliage des feuilles est de toute première nécessité. À cet effet, qu’il nous soit permis de constater que la plupart des impressions, en ce qui concerne les livres destinés à la reliure, c’est-à-dire ayant une certaine valeur, laissent parfois à désirer, tant sous le rapport de la rectitude de l’impositition que du manque de repérage dans les retirations.

La main de l’ouvrière plieuse, jointe À un coup d’œil exercé, est intelligente et flexible. Redresser, dans les limites du possible, les défauts provenant de l’impression, fait en quelque sorte partie de son métier. Il n’est pas possible d’en demander autant, et pour cause, à une machine à plier, dont le travail ne peut qu’être automatique, quel qu’en soit le réglage. Il ne peut être non plus question de s’en servir pour les ouvrages préalablement assemblés.

L’emploi général des machines à plier ne sera possible que sur des feuilles dont l’imposition sera de tous points correcte et dont la retiration sera exécutée avec la précision voulue. La machine Martini, construite à Frauenfeld (Suisse), est celle qui, à notre avis, réunit les qualités indispensables à l’exécution d’un travail parfait ; donnons de celle-ci une description sommaire.

Un bâti en fonte servant d’assise et d’encadrement aux diverses articulations de la machine, supporte une table double, en fer, sur laquelle une ouvrière margeuse place une à une les feuilles préalablement posées en tas à côté d’elle. Ces feuilles, ajustées sur pointures correspondantes à celles établies sur la feuille, ou simplement à l’équerre, sont entraînées dans la machine par le premier plioir ou lame émoussée en fer poli qui, la machine étant au repos, domine la table dans le sens horizontal, et qui, une fois la machine en mouvement, descend et entraîne la feuille sous la table dans le sens vertical en la pliant exactement en deux, c’est-à-dire au centre de la marge sur laquelle il a été ajusté lors du réglage de la machine.

Ce premier plioir remonte immédiatement à son point de départ, laissant la feuille debout, mais soutenue par des cordons en métal caoutchouté et en contact avec une seconde lame ou plioir placé sous la table dans le sens vertical et qui, prenant la feuille en flanc, la plie en deux parties égales dans le sens horizontal. Cette seconde opération laisse encore la feuille debout, cette fois en contact avec le troisième plioir ; celui-ci, placé dans le sens horizontal, mais avec la lame à plat, plie alors la feuille en deux en la couchant à plat tout en la conduisant jusqu’à proximité d’une paire de cylindres que l’on peut serrer à volonté et qui s’emparent de la feuille pour la satiner, ou tout au moins accentuer les plis.

Le cahier plié et satiné est alors conduit au moyen de cordons ou tringlettes jusqu’au baquet ou case en équerre où il est déposé, et sur lequel d’autres viennent régulièrement s’empiler au fur et à mesure qu’ils ont subi les opérations décrites ci-dessus.

Dans la machine qui broche les feuilles en même temps qu’elle les plie, la feuille est arrêtée un moment après le second pli et un petit appareil passe à travers elle le fil de lin, dont les bouts se trouveront en dehors de chaque cahier et à la longueur voulue, soit pour les nouer isolément, si c’est une simple piqûre, soit pour être pris par la colle, s’ils sont destinés à la brochure. Après cette piqûre, la machine exécute le troisième pli, le cahier passe par les cylindres et vient s’empiler comme ci-dessus.


Machine à plier (Duplex).
Fig. 6. — Machine à plier (Duplex).


En dehors des machines à trois plis, il a été construit depuis des machines pour faire un pli, deux plis et même quatre plis. La maison Martini construit également des machines doubles, c’est-à-dire pouvant être desservies par deux margeuses. Les machines doubles ou Duplex doivent être actionnées au moteur. Les deux margeuses se placent de chaque côté de la machine, ayant chacune leur table : elles présentent les feuilles simultanément et, afin de simplifier autant que possible leur travail, on a placé à la machine une branche à pince à laquelle il suffit de présenter les feuilles, qui sont alors entraînées sous le premier plioir à la place voulue. (Fig. 6).


placement des planches et des cartons

Après le pliage des feuilles, on procède au placement des planches ou gravures, ou au remplacement des pages défectueuses, au moyen des cartons fournis par l’imprimeur. Ce travail se simplifie si les volumes n’ont pas été assemblés avant la pliure. Dans le cas contraire, et si le volume contient plusieurs planches réparties dans divers cahiers, on retire ceux-ci ou on procède au désassemblage. Ce travail, ainsi que le placement des planches, se fait par le relieur si les volumes sont destinés à la reliure, et dans ce cas le travail du brocheur s’arrête là. Il n’a plus qu’à former des ballots avec les feuilles pliées et à les remettre au relieur, qui est en même temps chargé de couper les gravures au format du livre, ou de les redresser selon le cas.

La plupart des volumes ne sont pas destinés à être reliés immédiatement, et le brocheur reste chargé du travail jusqu’à ce que le livre soit présentable pour la vente. Il est du devoir du brocheur chargé de placer des estampes ou des cartes dans un ouvrage, d’exécuter ce travail de telle sorte qu’il n’y ait, non seulement aucun danger pour celles-ci si le livre venait à être rogné, mais encore de proportionner les coupes et le placement, de façon à ce qu’elles s’harmonisent parfaitement avec le texte. Il faut autant que possible placer les planches du côté droit, en belle page. Dans cette position, la lumière, d’où qu’elle vienne, les éclaire mieux que du côté gauche. Elles sont aussi plus agréables à la vue et attirent mieux l’attention. Nous faisons toutefois exception pour le frontispice qui, par la force des choses, doit se placer en regard du titre, et aussi pour les estampes dont l’explication se trouve sur le recto de la feuille. Il faut surtout, pour les planches dont le sujet se présente dans le sens horizontal, les placer toutes dans le même sens, et, comme pour les autres, autant que possible tournant le dos à la page de droite ou recto, la légende du côté de la gouttière ou devant du volume, ce qui est beaucoup plus agréable pour le lecteur. S’il y avait impossibilité à le faire, et que pour les motifs indiqués ci-dessus, il serait nécessaire de les placer du côté gauche, il faut alors que la légende se trouve du côté du dos, et jamais sur le devant, ce qui obligerait le lecteur à renverser le volume pour examiner la planche et à prendre une position aussi gênante que désagréable.

Les estampes sur papier mince peuvent être fixées et collées à même dans le dos sans inconvénient. Il n’en est pas de même pour celles sur papier fort ; il faut alors, ou les monter sur de petits onglets, ce qui est parfois coûteux pour de simples brochures, ou faire un pli du côté du dos pour encarter la planche autour de la feuille correspondante, afin qu’elle puisse être cousue en même temps que celle-ci, le redressage et le montage sur onglets pouvant se faire plus tard par le relieur.

assemblage et collationnement

Les planches étant placées, on procède à l’assemblage ; l’ouvrier place au bord d’une longue table, ou tout autour de celle-ci si la circulation est libre, autant de tas les uns à côté des autres que le volume contient de cahiers, en suivant l’ordre des signatures. Il commence alors par la dernière feuille, qu’il place à plat sur la main gauche, puis il fait glisser un cahier du tas qui précède, et il le fait tomber sur celui par lequel il a commencé, et ainsi de suite jusqu’à ce qu’il soit arrivé au dernier tas, qui est la feuille première et qui se trouve ainsi par-dessus. Puis, avec la main droite, il saisit le volume par la tête, les doigts à l’arrière et la paume par devant ; il place la main gauche sous le volume du côté du dos, vers le bas, en plaçant le pouce au dessus, il tord légèrement le volume de façon à étager les feuilles du côté du dos, il porte alors les yeux au bas des cahiers pour voir de près les signatures et, au fur et à mesure qu’il a reconnu la première, puis la seconde et ainsi de suite, il lâche successivement les cahiers qu’il maintenait avec le pouce. Arrivé au dernier, et le volume étant reconnu complet, il le remet à la couseuse.


couture de la brochure

Avant de procéder à la couture du volume, l’ouvrière à qui on a remis des feuillets de papier blanc coupés au format, ou simplement des bandes de papier plus ou moins larges et de la hauteur du volume, prend ces feuillets ou bandes par petites pincées, et forme à ceux-ci, du côté du dos, des plis d’un centimètre de large, qui servent à entourer le dos du premier et du dernier cahier, pour être cousus en même temps que ceux-ci. Ces feuillets servent de gardes à la brochure, et c’est sur ceux-ci que l’on colle une partie de la couverture en la fixant au dos. Ensuite, elle se rend compte de l’épaisseur des cahiers, qui doivent être cousus avec du fil proportionné non seulement à cette épaisseur, mais aussi à celle du volume. Les points ne se placent jamais les uns sur les autres, mais l’ouvrière en fait un, alternativement vers le haut, et un vers le bas afin que le dos n’ait pas trop d’épaisseur. Si le volume est gros et que les cahiers soient minces, elle partage la longueur du dos en trois points. Elle pique d’abord dans le premier cahier un point vers la tête, puis elle fait ressortir l’aiguille à 3 ou 4 centimètres plus bas, elle pique dans le second cahier en face du trou par lequel elle a fait sortir l’aiguille, puis elle la fait ressortir plus bas à peu près dans les mêmes proportions. Elle pique alors dans le troisième cahier en observant la même disposition, l’aiguille qu’elle fait sortir d’un cahier en entraînant le fil doit entrer dans le cahier qui suit, par un trou pratiqué immédiatement au-dessus, pour que l’attache entre les deux cahiers soit plus ferme. Le troisième point se termine vers le bas du dos ; elle pique ensuite dans le quatrième cahier, puis elle remonte de façon à ce que le point fait au sixième cahier soit en rapport direct avec le bout de fil qu’elle a laissé pendre au premier cahier. Elle attache ce bout à l’aiguillée, et elle continue de même jusqu’au bout du volume, elle attache le fil à la jointure qui se trouve immédiatement sous la sortie du dernier point, puis elle place les volumes en tas, en les posant tête-bêche, c’est-à-dire le dos et la tête de l’un, en rapport avec le devant et la queue de l’autre, afin de donner plus d’assise à la pile de volumes.

mise en presse, couvrure et ébarbage

Les volumes étant cousus, l’ouvrier les bat de tête et de dos, et il les place les uns à côté des autres entre de grands ais, dans la presse qu’il serre fortement (voir fig. 3) ; il laisse sous pression le plus longtemps possible, tout au moins cinq à six heures, puis il desserre la presse.

On procède ensuite à la couvrure, l’ouvrier bat les volumes de tête et de dos et il en place une pile à plat au bord de la table, il passe une couche de colle de pâte sur le dos, et il encolle de même le milieu de la couverture, de façon à ce que l’encollage soit sensiblement plus large que l’épaisseur du dos du volume, mais moins large que la bande de papier que l’on a cousu devant et derrière. Il n’en est pas de même en hauteur qu’il faut encoller du haut en bas. Il place ensuite un volume par-dessus, en l’ajustant d’après l’impression du dos, qu’il voit à travers le papier de la couverture. Il presse alors fortement sur le dos avec la main gauche, il soulève ce qui reste de la couverture, et il l’applique sur le dos et le second plat avec la main droite. Il frotte sur le dos en se servant d’un papier souple et solide, afin de bien faire adhérer la couverture au dos du volume, puis il laisse sécher en le chargeant. Il place ensuite les volumes tête-bêche les uns sur les autres. Certains brocheurs encollent et fixent les couvertures au dos à la colle forte. C’est plus vite fait, mais cette méthode est très pernicieuse au débrochage.

La couverture étant sèche, on procède à l’ébarbage, soit avec des ciseaux ou à l’aide d’une cisaille, la brochure est faite. On rogne parfois la brochure à la machine pour en égaliser les tranches, mais cette dernière opération ne se pratique que sur des ouvrages de minime valeur.

Cisaille à ébarber.
Fig. 7. — Cisaille à ébarber.


Les manipulations que nous venons de décrire constituent ce que l’on nomme la brochure, le relieur étant plus ou moins tributaire du brocheur, il lui est non seulement utile mais indispensable d’en connaître les éléments, les parties essentielles que, dans bien des cas, il est appelé à exercer lui-même. Un relieur doit au besoin savoir brocher un livre, il n’est même de brochure parfaite que celle établie par un bon relieur.



  1. WS : un portion -> une portion
  2. WS : aussi les pressses -> presses
  3. Il est à notre avis, tout aussi rassurant, sinon plus, de former des ballots de 100 exemplaires, ou plus de la même feuille, après les avoir reconnus en bon état ; celle amenant le plus bas total sur l’ensemble, déljmite alors le nombre exact que le tirage a produit.
  4. WS : recommancer -> recommencer
  5. WS p18: et et -> et