Harivansa ou histoire de la famille de Hari/Lecture 15

La bibliothèque libre.
Aller à : navigation, rechercher
◄  xiv
xvi  ►
QUINZIÈME LECTURE.


FIN DE L’HISTOIRE DE LA FAMILLE SOLAIRE.




Djanamédjaya dit :

Comment ces héros, fils de Sagara, sont-ils nés ? Sage Brahmane, comment ont-ils été vaincus, quoiqu’ils fussent au nombre de soixante mille ?

Vêsampâyana répondit :

Sagara avait deux femmes renommées par leur piété et leur vertu. La plus âgée, fille de Vidarbha, se nommait Késinî. La plus jeune, fille d’Arichtanémi, renommée pour sa conduite sage et ses sentiments élevés, n’avait point de rivale sur la terre pour la beauté. Ôrva, voulant par un don merveilleux les récompenser, leur dit un jour : « L’une de vous peut avoir soixante mille fils, l’autre n’en aura qu’un. C’est à votre choix, voyez. » Aussitôt l’une demanda cette nombreuse lignée de héros, l’autre ne désira qu’un fils. « Vos vœux seront accomplis, » dit le Mouni. Késinî donna pour fils à Sagara le prince Asamandjas, qui fut connu dans la suite par sa vaillance sous le nom du roi Pantchadjana. Sa compagne accoucha d’une courge[1] remplie de pepins : c’est là du moins ce que rapporte la tradition. Ces pépins étaient au nombre de soixante mille ; ils formèrent autant d’embryons, qui avec le temps reçurent la naissance, et prirent un accroissement successif. Sagara avait d’abord fait placer ces embryons dans des vases remplis de lait : ensuite ils eurent chacun une nourrice : au bout de dix mois, ils marchaient heureusement. Ces enfants, élevés avec soin par la tendresse de Sagara, grandirent, et formèrent ses soixante mille fils sortis, ô roi, du sein d’une courge. Ils furent donc absorbés par les feux de Nârâyana ; ce fut Pantchadjana qui succéda à son père.

Le fils de Pantchadjana fut le vaillant Ansoumân, qui donna le jour à Dilîpa, surnommé Khatwânga[2]. Ce prince, venant du ciel sur la terre, n’obtint la vie que pour une heure[3], et, toutefois, il eut le temps de faire un seul faisceau des trois mondes par sa prudence et sa justice. Il eut pour fils le grand roi Bhagîratha, qui fit descendre du ciel[4] la noble rivière du Gange et la conduisit à Samoudra (l’Océan)[5] : prince glorieux, fortuné, puissant, pareil au dieu Indra. La déesse Gangâ devint fille de Bhagîratha[6], et pour cette raison elle est nommée Bhâgîrathî par ceux qui connaissent l’histoire de cette royale famille.

Bhagîratha donna le jour au roi Srouta ; Srouta à Nâbhâga[7], prince attaché à ses devoirs ; Nâbhâga à Ambarîcha ; Ambarîcha à Sindhoudwîpa ; Sindhoudwipa au vaillant Ayoutâdjit ; Ayoutâdjit au glorieux Ritaparna, connaissant à fond la science divine[8], et puissant ami d’Anala[9]. À Ritaparna succéda le roi Soudâsa son fils, ami d’Indra, et du nom de son père surnommé Ârtaparni[10]. Soudâsa eut un fils, surnommé Sôdâsa par la même raison : ce fut le vaillant Mitrasaha, autrement appelé Calmâchapâda. Sarwacarman reçut la naissance de Calmâchapâda ; Anaranya, de Sarwacarman ; Nighna, d’Anaranya. Nighna eut deux fils, Anamitra et Raghou, renommés parmi les héros. Le fils d’Anamitra fut le sage Doulidouha, dont le fils Dilîpa fut le trisaïeul de Râma. De Dilîpa naquit Dîrghabâhou, autrement appelé Raghou[11] qui régna avec force et puissance dans Ayodhyâ. Le fils de Raghou fut Adja ; Adja donna le jour à Dasaratha ; et de Dasaratha naquit le glorieux Râma, constamment animé par l’amour du devoir.

Ce dernier eut pour fils Cousa : Cousa donna le jour à Atithi ; Atithi à Nichada ; Nichada à Nala ; Nala à Nabha ; Nabha à Poundarîca, surnommé Kchémadhanwan ; Kchémadhanwan au superbe Dévânîca ; Dévânica au puissant Ahînagou ; Ahînagou au noble Soudhanwan ; Soudhanwan à Nala[12] ; Nala à Ouctha, prince religieux ; le généreux Ouctha à Vadjranâbha[13].

De celui-ci[14] naquit le sage Sankha, surnommé Vyouchitâswa ; Sankha fut père du sage et riche Pouchpa ; Pouchpa, de Siddhi ; Siddhi, de Soudarsana ; Soudarsana, d’Agnivarna ; Agnivarna, de Sîghra ; Sîghra, de Marou, prince qui se livra à la dévotion et se retira à Calâpadwîpa[15]. Son fils fut Visroutavasou, qui donna le jour au roi Vrihadbala[16].

Ô fils de Bharata, il est à remarquer que les Pourânas citent deux[17] princes du nom de Nala[18], l’un fils de Vîraséna, et l’autre qui était de la race d’Ikchwâcou.

Je viens de te nommer les princes les plus remarquables, descendants d’Ikchwâcou, et issus de Vivaswân. Celui qui lit avec attention l’histoire de la famille de l’Âditya Vivaswân, de ce dieu qui préside aux Srâddhas[19] et qui

donne l’accroissement à tous les êtres, celui-là aura beaucoup d’enfants ; il sera exempt de péché et de passion, il vivra longtemps, et se trouvera un jour dans le monde de l’Âditya Vivaswân.

  1. Je ne chercherai point à expliquer cette fable fondée sans doute sur quelque équivoque de mots.
  2. Khatwânga est le nom que l’on donne à l’une des armes de Siva, qui ressemble à un pied de lit.
  3. C’est un compliment poétique, comme quand nous disons que le ciel ne fait que prêter les grands hommes à la terre.

    Esse sinent : Nimiùm vobis Romana propago
    Visa potens, superi, propria hæc si dona fuissent.

  4. La déesse du Gange prit une forme matérielle : aussi le texte dit-il qu’elle vint ici-bas comme avatare.
  5. Bhagîratha l’amenait sur la terre pour rappeler à la vie par ses eaux les fils de Sagara. Ne sachant pas précisément où ils étaient, la déesse se divisa en cent torrents pour être plus sûre de les rencontrer. Voy. lect. précéd., not. 20.
  6. Nous savons ce que signifie, dans ce sens, devenir le fils ou la fille d’un personnage : c’est prendre son nom modifié par une syllabe longue.
  7. Je ne parle que pour mémoire des peines que se donne, ici et plus bas encore, Fr. Hamilton, pour concilier la table de Vâlmîki et les autres avec celles du Harivansa.
  8. J’ai rendu ainsi le mot दिव्याक्षहृदय non pourtant sans quelque scrupule.
  9. Anala est le même qu’Agni, le feu.
  10. Quelques personnes font de ce nom patronymique le nom d’un prince particulier, fils de Ritaparna.
  11. C’est de son nom que Râma est appelé Râghava.
  12. Le manuscrit de M. Tod porte Sala. Le manuscrit bengali, par correction, met Gaya.
  13. Le même manuscrit de M. Tod donne pour successeur à Vadjranâbha le prince Nala.
  14. Je dois faire remarquer que tout cet alinéa ne se trouve que sur le manuscrit dévanâgari de la Bibliothèque royale.
  15. Calâpa est une île de l’Alacanandâ.
  16. Ce Vrihadbala fut tué par Abhimanyou, fils d’Ardjouna. Je constate ce fait pour établir un synchronisme.
  17. Il y a ici une inexactitude, car le poëte vient de citer deux Nala de la race solaire.
  18. Ce Nala, de la race lunaire, est le héros de l’épisode raconté dans le Mahâbhârata, et dont nous devons une édition et une traduction latine au savant M. Bopp.
  19. C’est plutôt Yama, fils de Vivaswân, qui