Harivansa ou histoire de la famille de Hari/Lecture 4

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QUATRIÈME LECTURE.

HISTOIRE DE PRITHOU : PROMOTION ROYALE.

Vêsampâyana dit :

Le maître de la création éleva à la royauté terrestre Prithou[1], fils de Véna. Il donna ensuite des chefs aux différents ordres des êtres créés. Soma fut consacré roi des Brahmanes, des plantes, des constellations, des astres, des sacrifices et des austérités. Varouna fut souverain des eaux ; Vêsravana[2], des rois ; Vichnou, des Adityas ; Pâvaca, des Vasous ; Dakcha, des

Pradjâpatis ; Vâsava, des Marouts[3] ; Prahrâda, le fort et le puissant, des Dêtyas et des Dânavas ; Nârâyana, des Sâdhyas ; Vrichabhadhwadja[4], des Roudras ; Vipratchitti, des Dânavas[5] ; Yama, fils de Vivaswân, des Pitris[6] ; Siva, armé du trident (soûla), des Mâtris[7], des observances religieuses (vrata)[8], des prières (mantra), des vaches, des Yakchas, des Râkchasas, des êtres terrestres[9], des mauvais génies[10] de toute espèce et des Pisâtchas ; Himavân[11], des montagnes ; Sâgara[12], des fleuves ; Vâyou, fort et vigoureux, des odeurs, des vents, des êtres sans corps, doués du son, et vivant dans l’éther. Le chef des Gandharvas fut Tchitraratha ; Sécha, celui des dragons ; Vâsouki, des serpents ; Takchaca, de tous les reptiles ; Erâvata, des éléphants ; Outchtchêhsravas, des chevaux ; Garouda, des oiseaux ; le tigre (sârdoûla), des quadrupèdes des bois (mriga) ; le taureau, des vaches[13] ; le plakcha[14], des arbres ; Pardjanya, des mers et des fleuves, des nuages, de la pluie et des Âdityas[15] ; Câmadéva[16], des divers chœurs d’Apsarâs, et Samvatsara[17], des saisons, des journées, des demi-mois, des jours lunaires, des époques mensuelles appelées parwan[18], des minutes, des secondes, des deux portions de la route céleste[19], et de l’yoga[20] astronomique. Le grand maître du monde, l’aîeul de la nature, après cette consécration royale et la distribution de ces divers empires, établit encore, ô fils de Bharata, des gardiens particuliers pour chaque région céleste (dis)[21] : il donna la garde de l'orient à Soudhanwan, fils du patriarche Vêrâdja ; celle du midi au généreux Sankhapada, fils du patriarche Cardama ; celle de l'occident au grand Kétoumân, vénérable fils de Radjas ; enfin celle du nord au fils du Pradjâpati Pardjanya, à l’invincible Hiranyaroman. C’est à eux qu’est confiée la charge de veiller sur cette terre, couverte de villes, et divisée en sept continents (dwîpa) : chacun d’eux est au poste que je viens d’indiquer.

Ces princes furent réunis pour le sacrifice royal (râdjasoûya), où Prithou fut sacré roi des rois, selon le mode indiqué par les Vèdes. Quand le brillant Manwantara de Tchâkchoucha fut terminé, alors commença à régner sur la terre le Manou, fils de Vivaswân : c’est son histoire, ô prince, que je te raconterai, si tu as le désir de l’entendre. Mais j’ai cru devoir te parler de cette solennelle inauguration des rois, que célèbrent les Pourânas, inauguration sainte et glorieuse, dont le récit procure le bonheur, une longue vie et la possession du ciel.

Djanamédjaya dit :

Vêsampâyana, donne-moi quelques détails auparavant sur la naissance de Prithou : dis-moi comment la terre devint une vache nourricière pour ce

prince magnanime, pour les Pitris, les Dévas et les Richis, pour les Dêtyas, les serpents, les Yakchas, les arbres, les montagnes, les Pisâtchas, les Gandharvas, les Brahmanes, et même les Râkchasas qui peuvent avoir de la piété. Explique-moi la différence du vase qu’ils emploient, du veau[22] qu’ils sèvrent, du lait qu’ils sont appelés à boire. Mais avant tout, ô mon vertueux ami, raconte-moi comment autrefois les Maharchis irrités battirent les humeurs du bras de Véna.

Vêsampâyana reprit :

Eh bien, je vais te dire la naissance de Prithou, fils de Véna. Ô Djanamédjaya ! purifié par la pénitence, écoute ce récit avec attention et piété. Il ne saurait être confié à l'homme d’une âme impure et basse, d’un esprit orgueilleux et impénitent, qui, négligeant de se préparer, détruit lui-même le fruit de son œuvre. Je te raconterai en toute vérité un secret que les Richis ont jadis révélé : c’est une histoire dont parlent les Vèdes, et qui donne le ciel, la gloire, de longs jours et du bonheur. Quiconque se fait raconter cette naissance de Prithou, fils de Véna, après avoir rendu aux Brahmanes l’hommage qui leur est dû, n’aura jamais à se repentir de ses œuvres, ni même de ses omissions.

  1. allégoriques dont les poëtes indiens ne sont pas avares. Ces poëtes aiment aussi à donner des étymologies, quelquefois assez mauvaises ; en voici un exemple : ils font venir marout de mâ rodîh मरुत् मा रोदी, oubliant que d’une syllabe où se trouve un â long, on ne peut en dériver une où se trouve un a bref.

  2. Voyez la deuxième lecture, où il a déjà été question de Prithou.
  3. Vêsravana, c’est-à-dire, le fils de Visravas, est Couvéra, le dieu des richesses. Est-ce à cause de l’opulence qui accompagne ordinairement les rois, que le poëte les met ici sous l’inspection de Couvéra ? Au reste, il y a dans cette lecture des répétitions et des inexactitudes que nous relèverons.
  4. Vâsava signifie fils de Vasou : c'est ordinairement un nom d'Indra, considéré ici comme le maître des vents (marouts), auxquels on donne cependant, un peu plus bas, le dieu Vâyou pour souverain.
  5. Vrichabhadhwaja est une épithète de Siva, lequel a pour monture un taureau, et pour symbole le même animal peint sur son drapeau ; le nom de Siva revient encore plus bas.
  6. Tout à l'heure on a dit que Prahrâda était le chef des Dêtyas et des Dânavas.
  7. Les Pitris sont les mânes, les âmes des ancêtres déifiés, qui, dit-on, habitent la lune. Yama, leur prince, est en général le dieu des morts.
  8. Une Mâtri est considérée comme l'énergie personnifiée d’un dieu, ou comme sa femme. On en compte huit : quelques auteurs n’en reconnaissent que sept, d’autres en admettent jusqu’à seize. On les honore comme les Pitris, en leur présentant les restes des offrandes, la face tournée vers le sud. Le Dévî-mahâtmya les représente avec un costume, des chars et des armes.
  9. Actes de mortification, comme le jeûne, la continence, la patience à souffrir le chaud et le froid : en général c’est la pratique des devoirs d’un état considéré comme religieux.
  10. Ce mot pourrait signifier aussi prince पार्थिव.
  11. Ce sont les Bhoûtas, dont nous avons parlé dans la lecture précédente, note 4.
  12. Le mont Imaûs ou Emodus.
  13. C’est le nom qu’on donne à la mer, en mémoire du roi Sagara.
  14. Tout à l’heure, c’était Siva : c’est que Siva peut être confondu avec le taureau, son symbole.
  15. C'est un des noms que l’on donne au ficus religiosa.
  16. Les Âdityas, plus haut, ont pour prince Vichnou.
  17. Câmadéva est le dieu de l’amour.
  18. Samvatsara est l’année ainsi personnifiée.
  19. Parwan est le nom que l’on donne à certaines époques du mois, comme par exemple à la pleine lune, au changement de lune ; c’est encore par ce nom que l’on désigne le 6e, le 8e et le 10e jour de chaque mois, dans lesquels on célèbre des fêtes appelées aussi parwan.
  20. On nomme ayana les deux parties de l'écliptique, l'une au nord, l'autre au midi de l'équateur.
  21. Un yoga est la vingt-septième partie des trois cent soixante degrés d'un grand cercle mesuré sur l'écliptique, et servant à calculer les longitudes du soleil et de la lune. Chaque yoga a un nom particulier. Les astronomes distinguent encore de ces yogas vingt-huit autres yogas différemment nommés, et qui correspondent aux vingt-huit Nakchatras, mais en variant selon le jour de la semaine. ( Dictionnaire de Wilson.)
  22. On appelle dis chacun des points cardinaux, lesquels sont au nombre de dix, y compris le zénith et le nadir. Ici le poëte n'en désigne que quatre. Les régents des huit points sont ailleurs différemment nommés : Couvéra est au nord, Indra à l'est, Yama au midi, et Varouna à l'ouest. Pour les points intermédiaires, ce sont Agni, Vâyou, Nêrrita et Îsâna. Dans la représentation du pied de Bouddha, que je regarde comme un zodiaque ( Transactions of the Royal asiatic Society of Great Britain, t. iii, p. 57), je vois aux quatre coins quatre personnages qui pourraient bien être les quatre régents ici mentionnés.
  23. Le veau est l'être qui par sa naissance a droit au premier lait de la vache. Voyez plus bas la sixième lecture, où sera expliquée cette allégorie de la vache, dont le lait sert aux différentes créatures, suivant leur rang et leurs mérites.