Histoire d’un conscrit de 1813/3

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J. Hetzel (pp. 23-38).

Le lendemain, 18 décembre, je m’éveillai vers six heures du matin. Il faisait un froid terrible ; ma petite fenêtre était comme couverte d’un drap de givre.

J’avais eu soin, la veille, de déployer au dos d’une chaise mon habit bleu de ciel à queue de morue, mon pantalon, mon gilet en poil de chèvre, une chemise blanche et ma belle cravate de soie noire. Tout était prêt ; mes bas et mes souliers bien cirés se trouvaient au pied du lit ; je n’avais qu’à m’habiller, et, malgré cela, le froid que je sentais à la figure, la vue de ces vitres et le grand silence du dehors me donnaient le frisson d’avance. Si ce n’avait pas été la fête de Catherine, je serais resté là jusqu’à midi ; mais tout à coup cette idée me fit sauter du lit et courir bien vite au grand poêle de faïence, où restaient presque toujours quelques braises de la veille au soir, dans les cendres. J’en trouvai deux ou trois, je me dépêchai de les rassembler et de mettre dessus du petit bois et deux grosses bûches ; après quoi, je courus me renfoncer dans mon lit.

M. Goulden, sous ses grands rideaux, la couverture tirée sur le nez et le bonnet de coton sur les yeux, était éveillé depuis un instant ; il m’entendit et me cria :

« Joseph, il n’a jamais fait un froid pareil depuis quarante ans… je sens ça… Quel hiver nous allons avoir ! »

Moi, je ne lui répondis pas ; je regardais de loin si le feu s’allumait : les braises prenaient bien ; on entendait le fourneau tirer, et d’un seul coup tout s’alluma. Le bruit de la flamme vous réjouissait ; mais il fallut plus d’une bonne demi-heure pour sentir un peu l’air tiède.

Enfin, je me levai, je m’habillai. M. Goulden parlait toujours ; moi, je ne pensais qu’à Catherine. Et, comme j’avais fini vers huit heures, j’allais sortir, lorsque M. Goulden, qui me regardait aller et venir, s’écria :

« Joseph, à quoi penses-tu donc, malheureux ? Est-ce avec ce petit habit que tu veux aller aux Quatre-Vents ? Mais tu serais mort à moitié chemin. Entre dans mon cabinet, tu prendras le grand manteau, les moufles et les souliers à double semelle garnis de flanelle. »

Je me trouvais si beau, que je réfléchis s’il fallait suivre son conseil, et lui, voyant ça, dit :

« Écoute, on a trouvé hier un homme gelé sur la côte de Wéchem ; le docteur Steinbrenner a dit qu’il résonnait comme un morceau de bois sec, quand on tapait dessus. C’était un soldat, il avait quitté le village entre six et sept heures, à huit heures on l’a ramassé, ainsi ça va vite. Si tu veux avoir le nez et les oreilles gelés, tu n’as qu’à sortir comme cela. »

Je vis bien alors qu’il avait raison ; je mis ses gros souliers, je passai le cordon des moufles sur mes épaules, et je jetai le manteau par-dessus. C’est ainsi que je sortis, après avoir remercié M. Goulden, qui m’avertit de ne pas rentrer trop tard, parce que le froid augmente à la nuit, et qu’une grande quantité de loups devaient avoir passé le Rhin sur la glace.

Je n’étais pas encore devant l’église, que j’avais déjà relevé le collet de peau de renard du manteau pour sauver mes oreilles. Le froid était si vif qu’on sentait comme des aiguilles dans l’air, et qu’on se recoquillait malgré soi jusqu’à la plante des pieds.

Sous la porte d’Allemagne, j’aperçus le soldat de garde, dans son grand manteau gris, reculé comme un saint au fond de sa niche ; il serrait le fusil avec sa manche, pour n’avoir pas les doigts gelés contre le fer, deux glaçons pendaient à ses moustaches. Personne n’était sur le pont, ni devant l’octroi. Un peu plus loin, hors de l’avancée, je vis trois voitures au milieu de la route, avec leurs grandes bâches serrées comme des bourriches ; elles étincelaient de givre ; on les avait dételées et abandonnées. Tout semblait mort au loin, tous les êtres se cachaient, se blottissaient dans quelque trou ; on n’entendait que la glace crier sous vos pieds.

En courant à côté du cimetière, dont les croix et les tombes reluisaient au milieu de la neige, je me dis en moi-même : « Ceux qui dorment là n’ont plus froid ! » Je serrais le manteau contre ma poitrine et je cachais mon nez dans la fourrure, remerciant M. Goulden de la bonne idée qu’il avait eue. J’enfonçai aussi mes mains dans les moufles jusqu’aux coudes, et je galopai dans cette grande tranchée à perte de vue, que les soldats avaient faite depuis la ville jusqu’aux Quatre-Vents. C’étaient des murs de glace ; en quelques endroits balayés par la bise, on voyait le ravin du fond de Fiquet, la forêt du bois de chênes et la montagne bleuâtre, comme rapprochés de vous à cause de la clarté de l’air. On n’entendait plus aboyer les chiens de ferme, il faisait aussi trop froid pour eux.

Malgré tout, la pensée de Catherine me réchauffait le cœur, et bientôt je découvris les premières maisons des Quatre-Vents. Les cheminées et les toits de chaume, à droite et à gauche de la route, dépassaient à peine les montagnes de neige, et les gens, tout le long des murs, jusqu’au bout du village, avaient fait une tranchée pour aller les uns chez les autres. Mais, ce jour-là, chaque famille se tenait autour de son âtre, et l’on voyait les petites vitres rondes comme piquées d’un point rouge, à cause du grand feu de l’intérieur. Devant chaque porte se trouvait une botte de paille, pour empêcher le froid de passer dessous. À la cinquième porte à droite, je m’arrêtai pour ôter mes moufles, puis j’ouvris et je refermai bien vite ; c’était la maison de ma tante Grédel Bauer, la veuve de Mathias Bauer et la mère de Catherine.

Comme j’entrais grelottant et que la tante Grédel, assise devant l’âtre, tournait sa tête grise, tout étonnée à cause de mon grand collet de renard, Catherine, habillée en dimanche, avec une belle jupe de rayage, le mouchoir à longues franges en croix autour du sein, le cordon du tablier rouge serré à sa taille très mince, un joli bonnet de soie bleue à bandes de velours noir renfermant sa figure rose et blonde, les yeux doux et le nez un peu relevé, Catherine s’écria : « C’est Joseph ! »

Et, sans regarder deux fois, elle accourut m’embrasser, en disant :

« Je savais bien que le froid ne t’empêcherait pas de venir. »

J’étais tellement heureux que je ne pouvais parler ! J’ôtai mon manteau que je pendis au mur avec les moufles ; j’ôtai pareillement les gros souliers de M. Goulden, et je sentis que j’étais tout pâle de bonheur.

J’aurais voulu trouver quelque chose d’agréable, mais comme cela ne venait pas, tout à coup je dis :

« Tiens, Catherine, voici quelque chose pour ta fête ; mais d’abord il faut que tu m’embrasses encore une fois avant d’ouvrir la boîte. »

Elle me tendit ses bonnes joues roses et puis s’approcha de la table ; la tante Grédel vint aussi voir. Catherine délia le cordon et ouvrit. Moi j’étais derrière, et mon cœur sautait, sautait ; j’avais peur en ce moment que la montre ne fût pas assez belle. Mais, au bout d’un instant, Catherine, joignant les mains, soupira tout bas :

« Oh ! mon Dieu ! que c’est beau !… C’est une montre.

— Oui, dit la tante Grédel, ça, c’est tout à fait beau ; je n’ai jamais vu de montre aussi belle… On dirait de l’argent.

— Mais c’est de l’argent », fit Catherine en se retournant et me regardant pour savoir.

Alors, je dis :

« Est-ce que vous croyez, tante Grédel, que je serais capable de donner une montre en cuivre argenté à celle que j’aime plus que ma propre vie ? Si j’en étais capable, je me mépriserais comme la boue de mes souliers. »

Catherine, entendant cela, me mit ses deux bras autour du cou, et, comme nous étions ainsi, je pensai : « Voilà le plus beau jour de ma vie ! »

Je ne pouvais plus la lâcher ; la tante Grédel demandait :

« Qu’est-ce qu’il y a donc de peint sur le verre ? »

Mais je n’avais plus la force de répondre, et, seulement à la fin, nous étant assis l’un à côté de l’autre, je pris la montre et je dis :

« Cette peinture, tante Grédel, représente deux amoureux qui s’aiment plus qu’on ne peut dire : Joseph Bertha et Catherine Bauer ; Joseph offre un bouquet de roses à son amoureuse, qui étend la main pour le prendre. »

Quand la tante Grédel eut bien vu la montre, elle dit :

« Viens que je t’embrasse aussi, Joseph ; je vois bien qu’il t’a fallu beaucoup économiser et travailler pour cette montre, et je pense que c’est très beau… que tu es un bon ouvrier et que tu nous fais honneur. »

Je l’embrassai dans la joie de mon âme, et, depuis ce moment jusqu’à midi, je ne lâchai plus la main de Catherine : nous étions heureux en nous regardant.

La tante Grédel allait et venait autour de l’âtre pour apprêter un pfankougen avec des pruneaux secs et des küchlen trempés dans du vin à la cannelle, et d’autres bonnes choses ; mais nous n’y faisions pas attention, et ce n’est qu’au moment où la tante, après avoir mis son casaquin rouge et ses sabots noirs, s’écria toute contente : « Allons, mes enfants, à table ! »que nous vîmes la belle nappe, la grande soupière, la cruche de vin et le pfankougen bien rond, bien doré, sur une large assiette au milieu. Cela nous réjouit la vue, et Catherine dit :

« Assieds-toi là, Joseph, contre la fenêtre, que je te voie bien. Seulement, il faut que tu m’arranges la montre, car je ne sais pas où la mettre. »

Je lui passai la chaîne autour du cou, puis, nous étant assis, nous mangeâmes de bon appétit. Dehors, on n’entendait rien ; le feu pétillait sur l’âtre. Il faisait bien bon dans cette grande cuisine, et le chat gris, un peu sauvage, nous regardait de loin, à travers la balustrade de l’escalier au fond, sans oser descendre.

Catherine, après le dîner, chanta l’air : Der lieber Gott. Elle avait une voix douce qui s’élevait jusqu’au ciel. Moi je chantais tout bas, seulement pour la soutenir. La tante Grédel, qui ne pouvait jamais rester sans rien faire, même les dimanches, s’était mise à filer ; le bourdonnement du rouet remplissait les silences, et nous étions tout attendris. Quand un air était fini, nous en commencions un autre. À trois heures la tante nous servit les küchlen à la cannelle ; nous y mordions ensemble, en riant comme des bienheureux et la tante quelquefois s’écriait :

« Allons, allons, est-ce qu’on ne dirait pas de véritables enfants ? »

Elle avait l’air de se fâcher, mais on voyait bien à ses yeux plissés qu’elle riait au fond de son cœur.

Cela dura jusqu’à quatre heures du soir. Alors, la nuit commençait à venir, l’ombre entrait par les petites fenêtres, et, songeant qu’il faudrait bientôt nous quitter, nous nous assîmes tristement près de l’âtre où dansait la flamme rouge. Catherine me serrait la main ; moi, le front penché, j’aurais donné ma vie pour rester. Cela durait depuis une bonne demi-heure, lorsque la tante Grédel s’écria :

« Joseph, écoute… il est temps que tu partes ; la lune ne se lève pas avant minuit, il va faire bientôt noir dehors comme dans un four, et par ces grands froids un malheur est si vite arrivé… »

Ces paroles me portaient un coup, et je sentais que Catherine me retenait la main ; mais la tante Grédel avait plus de raison que nous.

« C’est assez, dit-elle en se levant et décrochant le manteau du mur ; tu reviendras dimanche. »

Il fallut bien remettre les gros souliers, les moufles et le manteau de M. Goulden.

J’aurais voulu faire durer cela cent ans, malheureusement la tante m’aidait. Quand j’eus le grand collet dressé contre les oreilles, elle me dit :

« Embrassons-nous, Joseph. »

Je l’embrassai d’abord, ensuite Catherine, qui ne disait plus rien. Après cela, j’ouvris la porte, et le froid terrible entrant tout à coup, m’avertit qu’il ne fallait pas attendre.

« Dépêche-toi, me dit la tante.

— Bonsoir, Joseph, bonsoir ! me criait Catherine ; n’oublie pas de venir dimanche. »

Je me retournai pour agiter la main, puis je me mis à courir sans lever la tête, car le froid était tel que mes yeux en pleuraient derrière les grands poils du collet.

J’allais ainsi depuis vingt minutes, osant à peine respirer, quand une voix enrouée, une voix d’ivrogne, me cria de loin : Qui vive !

Alors, je regardai dans la nuit grisâtre, et je vis, à cinquante pas devant moi, le colporteur Pinacle, avec sa grande hotte, son bonnet de loutre, ses gants de laine et son bâton à pointe de fer. La lanterne pendue à la bretelle de la hotte éclairait sa figure avinée, son menton hérissé de poils jaunes, et son gros nez en forme d’éteignoir ; il écarquillait ses petits yeux comme un loup, en répétant : Qui vive !

Ce Pinacle était le plus grand gueux du pays ; il avait même eu, l’année précédente, une mauvaise affaire avec M. Goulden, qui lui réclamait le prix d’une montre qu’il s’était chargé de remettre à M. Anstett, le curé de Homert, et dont il avait mis l’argent en poche, disant me l’avoir payée à moi. Mais, quoique ce chenapan eût levé la main devant le juge de paix, M. Goulden savait bien le contraire, puisque, ce jour-là, ni lui ni moi n’étions sortis de la maison. En outre, ce Pinacle ayant voulu danser avec Catherine à la fête des Quatre-Vents, elle avait refusé, parce qu’elle connaissait l’histoire de la montre, et que, d’ailleurs, elle restait toujours à mon bras.

Ce gueux, très méchant, m’en voulait donc, et de le voir là, tout à coup, au milieu de la route, loin de la ville et de tout secours, avec son bâton de cormier garni d’une pointe en fer, cela ne me réjouissait pas beaucoup. Heureusement, le petit sentier qui tourne autour du cimetière était à ma gauche, et, sans répondre, je me dépêchai d’y courir, ayant de la neige presque jusqu’au ventre.

Alors, lui, devinant qui j’étais, s’écria furieux :

« Ah ! ah ! c’est le petit boiteux… Halte !… halte !… il faut que je te souhaite le bonsoir. Tu viens de chez Catherine, voleur de montre ! »

Moi, je sautais comme un lièvre par-dessus les tas de neige. II essaya d’abord de me suivre, mais sa hotte le gênait ; c’est pourquoi, voyant que je gagnais du terrain, il mit ses deux mains autour de sa bouche, en criant :

« C’est égal, boiteux, c’est égal… tu auras ton compte tout de même : la conscription approche… la grande conscription des borgnes, des boiteux et des bossus… Tu partiras… tu resteras là-bas avec tous les autres… »

En même temps il reprit son chemin en riant comme un ivrogne qu’il était, et moi, n’ayant presque plus la force de respirer, je gagnai la route, à l’entrée des glacis, remerciant le ciel d’avoir trouvé la petite allée si près de moi ; car ce Pinacle, bien connu pour tirer son couteau chaque fois qu’il se battait, aurait pu me donner un mauvais coup.

Malgré le mouvement que je venais de me donner, j’avais l’onglée sous mes grosses semelles, et je me remis à courir.

Cette nuit-là l’eau gela dans les citernes de Phalsbourg et le vin dans les caves, ce qui ne s’était pas vu depuis soixante ans.

À l’avancée, au premier pont et sous la porte d’Allemagne, le silence me parut encore plus grand que le matin ; la nuit lui donnait quelque chose de terrible. Quelques étoiles brillaient entre les grands nuages blancs qui se dépliaient au-dessus de la ville. Tout le long de la rue, je ne rencontrai pas une âme, et quand j’arrivai dans notre allée en bas, après avoir refermé la porte, il me semblait qu’il y faisait chaud ; pourtant, la petite rigole de la cour qui longe le mur était gelée. J’attendis une seconde pour reprendre haleine, puis je montai dans l’ombre, la main sur la rampe.

En ouvrant la chambre, la bonne chaleur du poêle me réjouit. M. Goulden était assis devant le feu, dans le fauteuil, son bonnet de soie noire tiré sur la nuque et les mains sur les genoux.

« C’est toi, Joseph ? me dit-il sans se retourner.

— Oui, monsieur Goulden, lui répondis-je ; il fait bon ici. Quel froid dehors ! Nous n’avons jamais eu un hiver pareil.

— Non, fit-il d’un ton grave, non, c’est un hiver dont on se souviendra longtemps. »

Alors, j’entrai dans le cabinet pour remettre le manteau, les moufles et les souliers à leur place.

Je pensais lui raconter ma rencontre avec Pinacle, quand, en rentrant, il me demanda :

« Tu t’es bien amusé, Joseph ?

— Oh ! oui. La tante Grédel et Catherine m’ont fait des compliments pour vous.

— Allons, tant mieux ! tant mieux ! dit-il, les jeunes ont raison de s’amuser ; car, quand on devient vieux, à force d’avoir souffert, d’avoir vu des injustices, de l’égoïsme et des malheurs, tout est gâté d’avance. »

Il se disait ces choses à lui-même, en regardant la flamme. Je ne l’avais jamais vu si triste, et je lui demandai :

« Est-ce que vous êtes malade, monsieur Goulden ? »

Mais lui, sans me répondre, murmura :

« Oui, oui, voilà les grandes nations militaires… voilà la gloire ! »

Il hochait là tête et s’était courbé tout rêveur, ses gros sourcils gris froncés.

Je ne savais que penser de tout cela, lorsque, se redressant, il me dit :

« Dans ce moment, Joseph, il y a quatre cent mille familles qui pleurent en France : notre Grande-Armée a péri dans les glaces de Russie ; tous ces hommes, jeunes et vigoureux, que nous avons vus passer durant deux mois, sont enterrés dans la neige. La nouvelle est arrivée cet après-midi. Quand on pense à cela, c’est épouvantable ! »

Moi, je me taisais ; ce que je voyais de plus clair, c’est que nous allions bientôt avoir une nouvelle conscription, comme après toutes les campagnes, et que cette fois les boiteux pourraient bien en être. Cela me rendait tout pâle, et la prédiction de Pinacle me faisait dresser les cheveux sur la tête.

« Va-t’en, Joseph, couche-toi tranquillement, me dit le père Goulden ; moi, je n ai pas sommeil, je vais rester là… tout cela me bouleverse. Tu n’as rien remarqué en ville ?

— Non, monsieur Goulden. »

J’entrai dans ma chambre et je me couchai. Longtemps je ne pus fermer l’œil, rêvant à la conscription, à Catherine, à tous ces milliers d’hommes enterrés dans la neige, et me disant que je ferais bien de me sauver en Suisse.

Vers trois heures, j’entendis M. Goulden se coucher à son tour. Quelques instants après, je m’endormis à la grâce de Dieu.