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Histoire de France (Jules Michelet)/édition 1880/Tome 1/Livre 1/Chapitre 1

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A. Lacroix et Compagnie (Tome 1p. 1-42).

LIVRE PREMIER

CELTES. — IBÈRES. — ROMAINS


CHAPITRE PREMIER

Celtes et Ibères.

« Le caractère commun de toute la race gallique, dit Strabon d’après le philosophe Posidonius, c’est qu’elle est irritable et folle de guerre, prompte au combat ; du reste, simple et sans malignité. Si on les irrite, ils marchent ensemble droit à l’ennemi, et l’attaquent de front, sans s’informer d’autre chose. Aussi, par la ruse, on en vient aisément à bout ; on les attire au combat quand on veut, où l’on veut, peu importent les motifs ; ils sont toujours prêts, n’eussent-ils d’autre arme que leur force et leur audace. Toutefois, par la persuasion, ils se laissent amener sans peine aux choses utiles ; ils sont susceptibles de culture et d’instruction littéraire. Forts de leur haute taille et de leur nombre, ils s’assemblent aisément en grande foule, simples qu’ils sont et spontanés, prenant volontiers en main la cause de celui qu’on opprime. » Tel est le premier regard de la philosophie sur la plus sympathique et la plus perfectible des races humaines.

Le génie de ces Galls ou Celtes n’est d’abord autre chose que mouvement, attaque et conquête ; c’est par la guerre que se mêlent et se rapprochent les nations antiques. Peuples de guerre et de bruit, ils courent le monde l’épée à la main, moins, ce semble, par avidité que par un vague et vain désir de voir, de savoir, d’agir ; brisant, détruisant, faute de pouvoir produire encore. Ce sont les enfants du monde naissant ; de grands corps mous, blancs et blonds ; de l’élan, peu de force et d’haleine ; jovialité féroce, espoir immense ; vains, n’ayant rien encore rencontré qui tînt devant eux. Ils voulurent aller voir ce que c’était que cet Alexandre, ce conquérant de l’Asie, devant la face duquel les rois s’évanouissaient d’effroi[1]. Que craignez-vous ? leur demanda l’homme terrible. Que le ciel ne tombe, dirent-ils ; il n’en eut pas d’autre réponse. Le ciel lui-même ne les effrayait guère ; ils lui lançaient des flèches quand il tonnait. Si l’Océan même se débordait et venait à eux, ils ne refusaient pas le combat, et marchaient à lui l’épée à la main. C’était leur point d’honneur de ne jamais reculer ; ils s’obstinaient souvent à rester sous un toit embrasé. Aucune nation ne faisait meilleur marché de sa vie. On en voyait qui, pour quelque argent, pour un peu de vin, s’engageaient à mourir ; ils montaient sur une estrade, distribuaient à leurs amis le vin ou l’argent, se couchaient sur leur bouclier et tendaient la gorge.

Leurs banquets ne se terminaient guère sans bataille. La cuisse de la bête appartenait au plus brave, et chacun voulait être le plus brave. Leur plus grand plaisir, après celui de se battre, c’était d’entourer l’étranger, de le faire asseoir, bon gré, mal gré, avec eux, de lui faire dire les histoires des terres lointaines. Ces barbares étaient insatiablement avides et curieux ; ils faisaient la presse des étrangers, les enlevaient des marchés et des routes, et les forçaient de parler. Eux-mêmes parleurs terribles, infatigables, abondants en figures, solennels et burlesquement graves dans leur prononciation gutturale, c’était une affaire dans leurs assemblées que de maintenir la parole à l’orateur au milieu des interruptions. Il fallait qu’un homme chargé de commander le silence marchât l’épée à la main sur l’interrupteur ; à la troisième sommation, il lui coupait un bon morceau de son vêtement, de façon qu’il ne pût porter le reste[2].

Une autre race, celle des Ibères, paraît de bonne heure dans le midi de la Gaule, à côté des Galls, et même avant eux. Ces Ibères, dont le type et la langue se sont conservés dans les montagnes des Basques, étaient un peuple d’un génie médiocre, laborieux, agriculteur, mineur, attaché à la terre, pour en tirer les métaux et le blé. Rien n’indique qu’ils aient été primitivement aussi belliqueux qu’ils ont pu le devenir, lorsque, foulés dans les Pyrénées par les conquérants du Midi et du Nord, se trouvant malgré eux gardiens des défilés, ils ont été tant de fois traversés, froissés, durcis par la guerre. La tyrannie des Romains a pu une fois les pousser dans un désespoir héroïque ; mais généralement leur courage a été celui de la résistance[3], comme le courage des Gaulois celui de l’attaque. Les Ibères ne semblent pas avoir eu, comme eux, le goût des expéditions lointaines, des guerres aventureuses. Des tribus ibériennes émigrèrent, mais malgré elles, poussées par des peuples plus puissants.

Les Galls et les Ibères formaient un parfait contraste. Ceux-ci, avec leurs vêtements de poil noir et leurs bottes tissues de cheveux ; les Galls, couverts de tissus éclatants, amis des couleurs voyantes et variées, comme le plaid des modernes gaëls de l’Écosse, ou bien à peu près nus, chargeant leurs blanches poitrines et leurs membres gigantesques de massives chaînes d’or. Les Ibères étaient divisés en petites tribus montagnardes, qui, dit Strabon, ne se liguent guère entre elles, par un excès de confiance dans leurs forces. Les Galls, au contraire, s’associaient volontiers en grandes hordes, campant en grands villages dans de grandes plaines tout ouvertes, se liant volontiers avec les étrangers, familiers avec les inconnus, parleurs, rieurs, orateurs ; se mêlant avec tous et en tout, dissolus par légèreté, se roulant à l’aveugle, au hasard, dans les plaisirs infâmes[4] (la brutalité de l’ivrognerie appartient plutôt aux Germains) ; toutes les qualités, tous les vices d’une sympathie rapide. Il ne fallait pas trop se fier à ces joyeux compagnons. Ils ont aimé de bonne heure à gaber, comme on disait au moyen âge. La parole n’avait pour eux rien de sérieux. Ils promettaient, puis riaient, et tout était dit. (Ridendo fidem frangere. Tit. Liv.).

Les Galls ne se contentèrent pas de refouler les Ibères jusqu’aux Pyrénées, ils franchirent ces montagnes, s’établirent aux deux angles sud-ouest et nord-ouest de la péninsule, sous leur propre nom ; au centre, se mêlant aux vaincus, ils prirent les noms de Celtibériens et de Lusitaniens.

Alors, ou peut-être antérieurement, les tribus ibériennes et des Ligures[5] passèrent d’Espagne en Gaule et en Italie ; mais en Italie comme en Espagne, les Galls les attaquèrent. Ceux-ci franchirent les Alpes sous le nom d’Ambra (vaillants), resserrèrent les Ligures sur la côte montagneuse du Rhône à l’Arno, et poussèrent les Sicanes jusqu’en Calabre et jusqu’en Sicile.

Dans les deux péninsules, les Celtes vainqueurs se mêlèrent avec les habitants des plaines centrales, tandis que les Ibères vaincus se maintenaient aux extrémités, en Ligurie et en Sicile, aux Pyrénées et dans la Bétique. Les Galls-Ambra de l’Italie occupaient toute la vallée du Pô, et s’étendaient dans la péninsule jusqu’à l’embouchure du Tibre. Ils furent soumis, dans la suite, par les Rasena ou Étrusques, dont l’empire fut plus tard resserré entre la Macra, le Tibre et l’Apennin, par de nouvelles émigrations celtiques.

Tel était l’aspect du monde gallique. Cet élément, jeune, mou et flottant, fut de bonne heure, en Italie et en Espagne, altéré par le mélange des indigènes. En Gaule, il eut roulé longtemps dans le flux et le reflux de la barbarie ; il fallait qu’un élément nouveau, venu du dehors, lui apportât un principe de stabilité, une idée sociale.

Deux peuples étaient à la tête de la civilisation dans cette haute antiquité, les Grecs et les Phéniciens. L’Hercule de Tyr allait alors par toutes les mers, achetant, enlevant à chaque contrée ses plus précieux produits. Il ne négligea point le grenat fin de la côte des Gaules, le corail des îles d’Hyères ; il s’informa des mines précieuses que recelaient alors à fleur de terre les Pyrénées, les Cévennes et les Alpes. Il vint et revint, et finit par s’établir. Attaqué par les fils de Neptune, Albion et Ligur (ces deux mots signifient montagnard[6]), il aurait succombé si Jupiter n’eût suppléé ses flèches épuisées par une pluie de pierres. Ces pierres couvrent encore la plaine de la Crau, en Provence. Le dieu vainqueur fonda Nemausus (Nîmes), remonta le Rhône et la Saône, tua dans son repaire le brigand Tauriske qui infestait les routes, et bâtit Alesia sur le territoire Eduen (pays d’Autun). Avant son départ, il fonda la voie qui traversait le Col de Tende et conduisait d’Italie par la Gaule en Espagne ; c’est sur ces premières assises que les Romains bâtirent la Via Aurélia et la Domitia.

Ici, comme ailleurs, les Phéniciens ne firent que frayer la route aux Grecs. Les Dorions de Rhodes succédèrent aux Phéniciens, et furent eux-mêmes supplantés par les Ioniens de Phocée. Ceux-ci fondèrent Marseille. Cette ville, jetée si loin de la Grèce, subsista par miracle. Sur terre, elle était entourée de puissantes tribus gauloises et liguriennes qui ne lui laissaient pas prendre un pouce de terre sans combat. Sur mer, elle rencontrait les grandes flottes des Étrusques et des Carthaginois, qui avaient organisé sur les côtes le plus sanguinaire monopole ; l’étranger qui commerçait en Sardaigne devait être noyé. Tout réussit aux Marseillais ; ils eurent la joie de voir, sans tirer l’épée, la marine étrusque détruite en une bataille par les Syracusains, puis l’Étrurie, la Sicile, Carthage, tous les États commerçants annulés par Rome. Carthage, en tombant, laissa une place immense que Marseille eût bien enviée, mais il n’appartenait pas de reprendre un tel rôle à l’humble alliée de Rome, à une cité sans territoire, à un peuple d’un génie honnête et économe, mais plus mercantile que politique, qui, au lieu de gagner et s’adjoindre les barbares du voisinage, fut toujours en guerre avec eux. Telles furent toutefois la bonne conduite et la persévérance des Massaliotes, qu’ils étendirent leurs établissements le long de la Méditerranée, depuis les Alpes maritimes jusqu’au cap Saint-Martin, c’est-à-dire jusqu’aux premières colonies carthaginoises. Ils fondèrent Monaco, Nice, Antibes, Éaube, Saint-Gilles, Agde, Ampurias, Dénia et quelques autres villes.

Pendant que la Grèce commençait la civilisation du littoral méridional, la Gaule du Nord recevait la sienne des Celtes eux-mêmes. Une nouvelle tribu celtique, celle des Kymrys (Cimmerii ?)[7], vint s’ajouter à celle des Galls. Les nouveaux venus, qui s’établirent principalement au centre de la France, sur la Seine et la Loire, avaient, ce semble, plus de sérieux et de suite dans les idées ; moins indisciplinables, ils étaient gouvernés par une corporation sacerdotale, celle des druides. La religion primitive des Galls, que le druidisme kymrique vint remplacer, était une religion de la nature, grossière sans doute encore, et bien loin de la forme systématique qu’elle put prendre dans la suite chez les gaëls d’Irlande[8]. Celle des druides kymriques, autant que nous pouvons l’entrevoir à travers les sèches indications des auteurs anciens, et dans les traditions fort altérées des Kymrys modernes du pays de Galles, avaient une tendance morale beaucoup plus élevée ; ils enseignaient l’immortalité de l’âme. Toutefois, le génie de cette race était trop matérialiste pour que de telles doctrines y portassent leur fruit de bonne heure. Les druides ne purent la faire sortir de la vie de clan ; le principe matériel, l’influence des chefs militaires subsista à côté de la domination sacerdotale. La Gaule kymrique ne fut qu’imparfaitement organisée. La Gaule gallique ne le fut pas du tout : elle échappa aux druides, et, par le Rhin, par les Alpes, elle déborda sur le monde.

C’est à cette époque que l’histoire place les voyages de Sigovèse et Bellovèse, neveux du roi des Bituriges, Ambigat, qui auraient conduit les Galls en Germanie et en Italie. Ils allèrent, sans autre guide que les oiseaux dont ils observaient le vol. Dans une autre tradition, c’est un mari jaloux, un Aruns étrusque, qui, pour se venger, fait goûter du vin aux barbares. Le vin leur parut bon, et ils le suivirent au pays de la vigne. Ces premiers émigrants, Édues, Arvernes et Bituriges (peuples galliques de Bourgogne, d’Auvergne, de Berry), s’établissent en Lombardie malgré les Étrusques, et prennent le nom de Is-Ambra[9] is-ombriens, insubriens, synonyme de Galls ; c’était le nom de ces anciens Galls ou Ambra, Umbriens, que les Étrusques avaient assujettis. Leurs frères, les Aulerces, Carnutes et Cénomans (Manceaux et Chartrains), viennent ensuite sous un chef appelé l’Ouragan, se font un établissement aux dépens des Étrusques de Vénétie, et fondent Brixia et Vérone. Enfin, les Kymrys, jaloux des conquêtes des Galls, passent les Alpes à leur tour ; mais la place est prise dans la vallée du Pô ; il faut qu’ils aillent jusqu’à l’Adriatique, ils fondent Bologne et Senagallia, ou plutôt ils s’établissent dans les villes que les Étrusques avaient déjà fondées. Les Galls étaient étrangers à l’idée de la cité, mesurée, figurée d’après des notions religieuses et astronomiques. Leurs villes n’étaient que de grands villages ouverts, comme Mediolanum (Milan). Le monde gallique est le monde de la tribu[10] ; le monde étrusco-romain, celui de la cité.

Voilà la tribu et la cité en présence dans ce champ clos de l’Italie. D’abord la tribu a l’avantage ; les Étrusques sont resserrés dans l’Étrurie proprement dite, et les Gaulois les y suivent bientôt. Ils passent l’Apennin, avec leurs yeux bleus, leurs moustaches fauves, leurs colliers d’or sur leurs blanches épaules, ils viennent défiler devant les murailles cyclopéennes des Étrusques épouvantés. Ils arrivent devant Clusium et demandent des terres. On sait qu’en cette occasion les Romains intervinrent pour les Étrusques, leurs anciens ennemis, et qu’une terreur panique livra Rome aux Gaulois. Ils furent bien étonnés, dit Tite-Live, de trouver la ville déserte ; plus étonnés encore de voir aux portes des maisons les vieillards qui siégeaient majestueusement en attendant la mort ; les Gaulois se familiarisèrent peu à peu avec ces figures immobiles qui leur avait imposé d’abord ; un d’eux s’avisa, dans sa jovialité barbare, de caresser la barbe d’un de ces fiers sénateurs, qui répondit par un coup de bâton. Ce fut le signal du massacre.

La jeunesse, qui s’était enfermée dans le Capitole, résista quelque temps et finit par payer rançon. C’est du moins la tradition la plus probable. Les Romains ont préféré l’autre. Tite-Live assure que Camille vengea sa patrie par une victoire, et massacra les Gaulois sur les ruines qu’ils avaient faites. Ce qui est plus sûr, c’est qu’ils restèrent dix-sept ans dans le Latium, à Tibur même, à la porte de Rome. Tite-Live appelle Tibur arcem gallici belli. C’est dans cet intervalle qu’auraient eu lieu les duels héroïques de Valérius Corvus et de Manlius Torquatus contre des géants gaulois. Les dieux s’en mêlèrent : un corbeau sacré donna la victoire à Valérius ; Manlius arracha le collier (torquis) à l’insolent qui avait défié les Romains. Longtemps après c’était une image populaire ; on voyait sur le bouclier cimbrique, devenu une enseigne de boutique, la figure du barbare qui gonflait les joues et tirait la langue.

La cité devait l’emporter sur la tribu, l’Italie sur la Gaule. Les Gaulois, chassés du Latium, continuèrent les guerres, mais comme mercenaires au service de l’Étrurie. Ils prirent part, avec les Étrusques et les Samnites, à ces terribles batailles de Sentinum et du lac Vadimon, qui assurèrent à Rome la domination de l’Italie, et par suite celle du monde. Ils y montrèrent leur vaine et brutale audace, combattant tout nus contre des gens bien armés, heurtant à grand bruit de leurs chars de guerre les masses impénétrables des légions, opposant au terrible pilum de mauvais sabres qui ployaient au premier coup. C’est l’histoire commune de toutes les batailles gauloises. Jamais ils ne se corrigèrent. Il fallut toutefois de grands efforts aux Romains, et le dévouement de Décius. À la fin, ils pénétrèrent à leur tour chez les Gaulois, reprirent la rançon du Capitole, et placèrent une colonie dans le bourg principal des Sénonais vaincus à Séna sur l’Adriatique. Toute cette tribu fut exterminée, de façon qu’il ne resta pas un des fils de ceux qui se vantaient d’avoir brûlé Rome.

Ces revers des Gaulois d’Italie doivent peut-être trouver leur explication dans la part que leur meilleurs guerriers auraient prise à la grande migration des Gaulois transalpins, vers la Grèce et l’Asie (an 281). Notre Gaule était comme ce vase de la mythologie galloise, où bout et déborde incessamment la vie ; elle recevait par torrents la barbarie du Nord, pour la verser aux nations du Midi. Après l’invasion druidique des Kymrys, elle avait subi l’invasion guerrière des Belges ou Bolg. Ceux-ci, les plus impétueux des Celtes, comme les Irlandais leurs descendants[11], avaient, de la Belgique, percé leur route à travers les Galls et les Kymrys jusqu’au Midi, jusqu’à Toulouse, et s’étaient établis en Languedoc sous le noms d’Arécomiques et de Tectosages. C’est de là qu’ils prirent leur chemin vers une conquête nouvelle. Galls, Kymrys, quelques Germains même, descendirent avec eux la vallée du Danube. Cette nuée alla s’abattre sur la Macédoine. Le monde de la cité antique, qui se fortifiait en Italie par les progrès de Rome, s’était brisé en Grèce depuis Alexandre. Toutefois cette petite Grèce était si forte d’art et de nature, si dense, si serrée de villes et de montagnes, qu’on n’y entrait guère impunément. La Grèce est faite comme un piège à trois fonds. Vous pouvez entrer et vous trouver pris en Macédoine, puis en Thessalie, puis entre les Thermopyles et l’Isthme.

Les barbares envahirent avec succès la Thrace et la Macédoine, y firent d’épouvantables ravages, passèrent encore les Thermopyles, et vinrent échouer contre la roche sacrée de Delphes. Le dieu défendit son temple ; il suffit d’un orage et des quartiers de roches que roulèrent les assiégés pour mettre les Gaulois en déroute. Gorgés de vin et de nourriture, ils étaient déjà vaincus par leurs propres excès. Une terreur panique les saisit dans la nuit. Leur brenn, ou chef, leur recommanda, pour faciliter leur retraite, de brûler leurs chariots et d’égorger leurs dix mille blessés[12]. Puis il but d’autant et se poignarda. Mais les siens ne purent jamais se tirer de tant de montagnes et de passages difficiles au milieu d’une population acharnée.

D’autres Gaulois mêlés de Germains, les Tectosages, Trocmes et Tolistoboïes, eurent plus de succès au delà du Bosphore. Ils se jetèrent dans cette grande Asie, au milieu des querelles des successeurs d’Alexandre. Le roi de Bithynie, Nicomède, et les villes grecques qui se soutenaient avec peine contre les Séleucides, achetèrent le secours des Gaulois, secours intéressé et funeste, comme on le vit bientôt. Ces hôtes terribles se partagèrent l’Asie Mineure à piller et à rançonner ; aux Trocmes, l’Hellespont ; aux Tolistoboïes, les côtes de la mer Égée ; le midi, aux Tectosages. Voilà nos Gaulois retournés au berceau des Kymrys, non loin du Bosphore Cimmérien ; les voilà établis sur les ruines de Troie et dans les montagnes de l’Asie Mineure, où les Français mèneront la croisade tant de siècles après, sous le drapeau de Godefroi de Bouillon et de Louis le Jeune.

Pendant que ces Gaulois se gorgent et s’engraissent dans la molle Asie, les autres vont partout, cherchant fortune. Qui veut un courage aveugle et du sang à bon marché achète des Gaulois ; prolifique et belliqueuse nation, qui suffit à tant d’armées et de guerres. Tous les successeurs d’Alexandre ont des Gaulois, Pyrrhus surtout, l’homme des aventures et des succès avortés. Carthage en a aussi dans la première guerre punique. Elle les paya mal, comme on sait[13] ; et ils eurent grande part à cette horrible guerre des Mercenaires. Le Gaulois Autarite fut un des chefs révoltés.

Rome profita des embarras de Carthage et de l’entr’acte des deux guerres puniques pour accabler les Ligures et les Gaulois d’Italie.

« Les Liguriens, cachés au pied des Alpes, entre le Var et la Macra, dans des lieux hérissés de buissons sauvages, étaient plus difficiles à trouver qu’à vaincre ; races d’hommes agiles et infatigables[14], peuples moins guerriers que brigands, qui mettaient leur confiance dans la vitesse de leur fuite et la profondeur de leurs retraites. Tous ces farouches montagnards, Salyens, Décéates, Euburiates, Oxibiens, Ingaunes, échappèrent longtemps aux armes romaines. Enfin le consul Fulvius incendia leurs repaires, Bébius les fit descendre dans la plaine, et Posthumius les désarma, leur laissant à peine du fer pour labourer leurs champs (238-233 av. J.-C). »

Depuis un demi-siècle que Rome avait exterminé le peuple des Sénons, le souvenir de ce terrible événement ne s’était point effacé chez les Gaulois. Deux rois des Boïes (pays de Bologne), At et Gall, avaient essayé d’armer le peuple pour s’emparer de la colonie romaine d’Ariminum ; ils avaient appelé d’au delà des Alpes des Gaulois mercenaires. Plutôt que d’entrer en guerre contre Rome, les Boïes tuèrent les deux chefs et massacrèrent leurs alliés. Rome, inquiète des mouvements qui avaient lieu chez les Gaulois, les irrita en défendant tout commerce avec eux, surtout celui des armes. Leur mécontentement fut porté au comble par une proposition du tribun Flaminius. Il demanda que les terres conquises sur les Sénons depuis cinquante ans fussent enfin colonisées et partagées au peuple. Les Boïes, qui savaient par la fondation d’Ariminum tout ce qu’il en coûtait d’avoir les Romains pour voisins, se repentirent de n’avoir pas pris l’offensive, et voulurent former une ligue entre toutes les nations du nord de l’Italie. Mais les Venètes, peuple slave, ennemis des Gaulois, refusèrent d’entrer dans la ligue ; les Ligures étaient épuisés, les Cénomans secrètement vendus aux Romains. Les Boïes et les Insubres (Bologne et Milan), restés seuls, furent obligés d’appeler d’au delà des Alpes, des Gésates, des Gaisda, hommes armés de gais ou épieux, qui se mettaient volontiers à la solde des riches tribus gauloises de l’Italie. On entraîna à force d’argent et de promesses leurs chefs Anéroeste et Concolitan.

Les Romains, instruits de tout par les Cénomans, s’alarmèrent de cette ligue. Le sénat fit consulter les livres sibyllins, et l’on y lut avec effroi que deux fois les Gaulois devaient prendre possession de Rome. On crut détourner ce malheur en enterrant tout vifs deux Gaulois, un homme et une femme, au milieu même de Rome, dans le marché aux bœufs. De cette manière, les Gaulois avaient pris possession du sol de Rome, et l’oracle se trouvait accompli ou éludé. La terreur de Rome avait gagné l’Italie entière ; tous les peuples de cette contrée se croyaient également menacés par une effroyable invasion de barbares. Les chefs gaulois avaient tiré de leurs temples les drapeaux relevés d’or qu’ils appelaient les immobiles ; ils avaient juré solennellement et fait jurer à leurs soldats qu’ils ne détacheraient pas leurs baudriers avant d’être montés au Capitole. Ils entraînaient tout sur leur passage, troupeaux, laboureurs garrottés, qu’ils faisaient marcher sous le fouet ; ils emportaient jusqu’aux meubles des maisons. Toute la population de l’Italie centrale et méridionale se leva spontanément pour arrêter un pareil fléau, et sept cent soixante-dix mille soldats se tinrent prêts à suivre, s’il le fallait, les aigles de Rome.

Des trois armées romaines, l’une devait garder les passages des Apennins qui conduisent en Étrurie. Mais déjà les Gaulois étaient au cœur de ce pays et à trois journées de Rome (225). Craignant d’être enfermés entre la ville et l’armée, les barbares revinrent sur leurs pas, tuèrent six mille hommes aux Romains qui les poursuivaient, et ils les auraient détruits si la seconde armée ne se fût réunie à la première. Ils s’éloignèrent alors pour mettre leur butin en sûreté ; déjà ils s’étaient retirés jusqu’à la hauteur du cap Télamone, lorsque, par un étonnant hasard, une troisième armée romaine, qui revenait de la Sardaigne, débarqua près du camp des Gaulois, qui se trouvèrent enfermés. Ils firent face des deux côtés à la fois. Les Gésates, par bravade, mirent bas tout vêtement, se placèrent nus au premier rang avec leurs armes et leurs boucliers. Les Romains furent un instant intimidés du bizarre spectacle et du tumulte que présentait l’armée barbare. « Outre une foule de cors et de trompettes qui ne cessaient de sonner, il s’éleva tout à coup un tel concert de hurlements, que non-seulement les hommes et les instruments, mais la terre même et les lieux d’alentour semblaient à l’envi pousser des cris. Il y avait encore quelque chose d’effrayant dans la contenance et les gestes de ces corps gigantesques qui se montraient aux premiers rangs, sans autre vêtements que leurs armes ; on n’en voyait aucun qui ne fût paré de chaînes, de colliers et de bracelets d’or. » L’infériorité des armes gauloises donna l’avantage aux Romains ; le sabre gaulois ne frappait que de taille, et il était de si mauvaise trempe qu’il pliait au premier coup.

Les Boïes ayant été soumis par suite de cette victoire, les légions passèrent le Pô pour la première fois, et entrèrent dans le pays des Insubriens. Le fougueux Flaminius y aurait péri s’il n’eût trompé les barbares par un traité, jusqu’à ce qu’il se trouvât en forces. Rappelé par le sénat, qui ne l’aimait pas et qui prétendait que sa nomination était illégale, il voulut vaincre ou mourir, rompit le pont derrière lui et remporta sur les Insubriens une victoire signalée. C’est alors qu’il ouvrit les lettres où le sénat lui présageait une défaite de la part des dieux.

Son successeur, Marcellus, était un brave soldat. Il tua en combat singulier le brenn Virdumar, et consacra à Jupiter Férétien les secondes dépouilles opimes (depuis Romulus). Les Insubriens furent réduits (222), et la domination des Romains s’étendit sur toute l’Italie jusqu’aux Alpes.

Tandis que Rome croit tenir sous elle les Gaulois d’Italie terrassés, voilà qu’Hannibal arrive et les relève. Le rusé Carthaginois en tira bon parti. Il les place au premier rang, leur fait passer, bon gré, mal gré, les marais d’Étrurie : les Numides les poussent l’épée dans les reins. Ils ne s’en battent pas moins à Trasimène, à Cannes. Hannibal gagne ces grandes batailles avec le sang des Gaulois[15]. Une fois qu’ils lui manquent, lorsqu’il se trouve isolé d’eux dans le midi de l’Italie, il ne peut plus se mouvoir. Cette Gaule italienne était si vivace, qu’après les revers d’Hannibal, elle remue encore sous Hasdrubal, sous Magon, sous Hamilcar. Il fallut trente ans de guerre (201-170), et la trahison des Cénomans, pour consommer la ruine des Boïes et des Insubriens (Bologne et Milan). Encore les Boïes émigrèrent-ils plutôt que de se soumettre ; les débris de leur cent douze tribus se levèrent en masse et allèrent s’établir sur les bords du Danube, au confluent de ce fleuve et de la Save. Rome déclara solennellement que l’Italie était fermée aux Gaulois. Cette dernière et terrible lutte eut lieu pendant les guerres de Rome contre Philippe et Antiochus. Les Grecs s’imaginaient alors qu’ils étaient la grande pensée de Rome ; ils ne savaient pas qu’elle n’employait contre eux que la moindre partie de ses forces. Ce fut assez de deux légions pour renverser Philippe et Antiochus ; tandis que, pendant plusieurs années de suite, on envoya les deux consuls, les deux armées consulaires, contre les obscurs peuplades des Boïes et des Insubriens. Rome roidit ses bras contre la Gaule et l’Espagne ; il lui suffit de toucher du doigt les successeurs d’Alexandre pour les faire tomber.

Avant de sortir de l’Asie, elle abattit le seul peuple qui eût pu y renouveler la guerre. Les Galates, établis en Phrygie depuis un siècle, s’y étaient enrichis aux dépens de tous les peuples voisins sur lesquels ils levaient des tributs. Ils avaient entassé les dépouilles de l’Asie Mineure dans leurs retraites du mont Olympe. Un fait caractérise l’opulence et le faste de ces barbares. Un de leurs chefs ou tétrarques publia que, pendant une année entière, il tiendrait table ouverte à tout venant ; et non-seulement il traita la foule qui venait des villes et des campagnes voisines, mais il faisait arrêter et retenir les voyageurs jusqu’à ce qu’ils se fussent assis à sa table.

Quoique la plupart d’entre les Galates eussent refusé de secourir Antiochus, le prêteur Manlius attaqua leurs trois tribus (Trocmes, Tolistoboïes, Tectosages), et les força dans leurs montagnes avec des armes de trait, auxquelles les Gaulois, habitués à combattre avec le sabre et la lance, n’opposaient guère que des cailloux. Manlius leur fit rendre les terres enlevées aux alliés de Rome, les obligea de renoncer au brigandage, et leur imposa l’alliance d’Eumène qui devait les contenir.

Ce n’était pas assez que les Gaulois fussent vaincus dans leurs colonies d’Italie et d’Asie, si les Romains ne pénétraient dans la Gaule, ce foyer des invasions barbares. Ils y furent appelés d’abord par leurs alliés, les Grecs de Marseille, toujours en guerre avec les Gaulois et les Ligures du voisinage. Rome avait besoin d’être maîtresse de l’entrée occidentale de l’Italie qu’occupaient les Ligures du côté de la mer. Elle attaqua les tribus dont Marseille se plaignait, puis celles dont Marseille ne se plaignait pas. Elle donna la terre aux Marseillais et garda les postes militaires, celui d’Aix, entre autres, où Sextius fonda la colonie d’Aquæ Sextiæ. De là elle regarda dans les Gaules.

Deux vastes confédérations partageaient ce pays : d’une part les Édues, peuple que nous verrons plus loin étroitement uni avec les tribus des Carnutes, des Parisii, des Senones, etc. ; d’autre part, les Arvernes et les Allobroges. Les premiers semblent être les gens de la plaine, les Kymrys, soumis à l’influence sacerdotale, le parti de la civilisation ; les autres, montagnards de l’Auvergne et des Alpes, sont les anciens Galls, autrefois resserrés dans les montagnes par l’invasion kymrique, mais redevenus prépondérants par leur barbarie même et leur attachement à la vie de clan.

Les clans d’Auvergne étaient alors réunis sous un chef ou roi nommé Bituit. Ces montagnards se croyaient invincibles. Bituit envoya aux généraux romains une solennelle ambassade pour réclamer la liberté d’un des chefs prisonniers : on y voyait sa meute royale composée d’énormes dogues tirés à grands frais de la Belgique et de la Bretagne ; l’ambassadeur, superbement vêtu, était environné d’une troupe de jeunes cavaliers éclatants d’or et de pourpre ; à son côté se tenait un barde, la rotte en main, chantant par intervalle la gloire du roi, celle de la nation arverne et les exploits de l’ambassadeur.

Les Édues virent avec plaisir l’invasion romaine. Les Marseillais s’entremirent, et leur obtinrent le titre d’alliés et amis du peuple romain. Marseille avait introduit les Romains dans le midi des Gaules ; les Édues leur ouvrirent la Celtique ou Gaule centrale, et plus tard les Rémi la Belgique.

Les ennemis de Rome se hâtèrent avec la précipitation gallique et furent vaincus séparément sur les bords du Rhône. Le char d’argent de Bituit et sa meute de combat ne lui servirent pas de grand’chose. Les Arvernes seuls étaient pourtant deux cent mille, mais ils furent effrayés par les éléphants des Romains. Bituit avait dit avant la bataille, en voyant la petite armée romaine resserrée en légions : « Il n’y en pas là pour un repas de mes chiens. »

Rome mit la main sur les Allobroges, les déclara ses sujets, s’assurant ainsi de la porte des Alpes. Le proconsul Domitius restaura la voie phénicienne, et l’appela Domitia. Les consuls qui suivirent n’eurent qu’à pousser vers le couchant, entre Marseille et les Arvernes (années 120-118). Ils s’acheminèrent vers les Pyrénées, et fondèrent presque à l’entrée de l’Espagne une puissante colonie, Narbo Martius, Narbonne. Ce fut la seconde colonie romaine hors de l’Italie (la première avait été envoyée à Carthage). Jointe à la mer par de prodigieux travaux, elle eut, à l’imitation de la métropole, son capitole, son sénat, ses thermes, son amphithéâtre. Ce fut la Rome gauloise et la rivale de Marseille. Les Romains ne voulaient plus que leur influence dans les Gaules dépendît de leur ancienne alliée.

Ils s’établissaient paisiblement dans ces contrées, lorsqu’un événement imprévu, immense, effroyable, comme un cataclysme du globe, faillit tout emporter, et l’Italie elle-même. Ce monde barbare que Rome avait rembarré dans le Nord d’une si rude main, il existait pourtant. Ces Kymrys qu’elle avait exterminés à Bologne et Senagallia, ils avaient des frères dans la Germanie. Gaulois et Allemands, Kymrys et Teutons, fuyant, dit-on, devant un débordement de la Baltique, se mirent à descendre vers le Midi. Ils avaient ravagé toute l’Illyrie, battu, aux portes de l’Italie, un général romain qui voulait leur interdire le Norique, et tourné les Alpes par l’Helvétie, dont les principales populations, Ombriens ou Ambrons, Tigurins (Zurich) et Tugènes (Zug), grossirent leur horde. Tous ensemble pénétrèrent dans la Gaule, au nombre de trois cent mille guerriers ; leurs familles, vieillards, femmes et enfants, suivaient dans des chariots. Au nord de la Gaule, ils retrouvèrent d’anciennes tribus cimbriques, et leur laissèrent, dit-on, en dépôt une partie de leur butin. Mais la Gaule centrale fut dévastée, brûlée, affamée sur leur passage. Les populations des campagnes se réfugièrent dans les villes pour laisser passer le torrent, et furent réduites à une telle disette, qu’on essaya de se nourrir de chair humaine. Les barbares, parvenus au bord du Rhône, apprirent que de l’autre côté du fleuve, c’était encore l’empire romain, dont ils avaient déjà rencontré les frontières en Illyrie, en Thrace, en Macédoine. L’immensité du grand empire du Midi les frappa d’un respect superstitieux ; avec cette simple bonne foi de la race germanique, ils dirent au magistrat de la province, M. Silanus, que si Rome leur donnait des terres, ils se battraient volontiers pour elle. Silanus répondit fièrement que Rome n’avait que faire de leurs services, passa le Rhône, et se fit battre. Le consul P. Cassius, qui vint ensuite défendre la province, fut tué ; Scaurus, son lieutenant, fut pris, et l’armée passa sous le joug des Helvètes, non loin du lac de Genève. Les barbares enhardis voulaient franchir les Alpes. Ils agitaient seulement si les Romains seraient réduits en esclavage ou exterminés. Dans leurs bruyants débats, ils s’avisèrent d’interroger Scaurus, leur prisonnier. Sa réponse hardie les mit en fureur, et l’un d’eux le perça de son épée. Toutefois, ils réfléchirent, et ajournèrent le passage des Alpes. Les paroles de Scaurus furent peut-être le salut de l’Italie.

Les Gaulois Tectosages de Tolosa, unis aux Cimbres par une origine commune, les appelaient contre les Romains, dont ils avaient secoué le joug. La marche des Cimbres fut trop lente. Le consul G. Servilius Cépion pénétra dans la ville et la saccagea. L’or et l’argent rapportés jadis par les Tectosages du pillage de Delphes, celui des mines des Pyrénées, celui que la piété des Gaulois clouait dans un temple de la ville, ou jetait dans un lac voisin, avaient fait de Tolosa la plus riche ville des Gaules. Cépion en tira, dit-on, cent dix mille livres pesant d’or et quinze cent mille d’argent. Il dirigea ce trésor sur Marseille, et le fit enlever sur la route par des gens à lui, qui massacrèrent l’escorte. Ce brigandage ne profita pas. Tous ceux qui avaient touché cette proie funeste finirent misérablement ; et quand on voulait désigner un homme dévoué à une fatalité implacable, on disait : Il a de l’or de Tolosa.

D’abord Cépion, jaloux d’un collègue inférieur par la naissance, veut camper et combattre séparément. Il insulte les députés que les barbares envoyaient à l’autre consul. Ceux-ci, bouillants de fureur, dévouent solennellement aux dieux tout ce qui tombera entre leurs mains. De quatre-vingt mille soldats, de quarante mille esclaves ou valets d’armée, il n’échappa, dit-on, que dix hommes. Cépion fut des dix. Les barbares tinrent religieusement leur serment ; ils tuèrent dans les deux camps tout être vivant, ramassèrent les armes, et jetèrent l’or et l’argent, les chevaux même dans le Rhône.

Cette journée, aussi terrible que celle de Cannes, leur ouvrait l’Italie. La fortune de Rome les arrêta dans la Province et les détourna vers les Pyrénées. De là, les Cimbres se répandirent sur toute l’Espagne, tandis que le reste des barbares les attendait dans la Gaule.

Pendant qu’ils perdent ainsi le temps et vont se briser contre les montagnes et l’opiniâtre courage des Celtibériens, Rome épouvantée avait appelé Marius de l’Afrique. Il ne fallait pas moins que l’homme d’Arpinum, en qui tous les Italiens voyaient un des leurs, pour rassurer l’Italie et l’armer unanimement contre les barbares. Ce dur soldat, presque aussi terrible aux siens qu’a l’ennemi, farouche comme les Cimbres qu’il allait combattre, fut, pour Rome, un Dieu sauveur. Pendant quatre ans que l’on attendit les barbares, le peuple, ni même le sénat, ne put se décider à nommer un autre consul que Marius. Arrivé dans la Province, il endurcit d’abord ses soldats par de prodigieux travaux. Il leur fit creuser la Fossa Mariana, qui facilitait ses communications avec la mer, et permettait aux navires d’éviter l’embouchure du Rhône, barrée par les sables. En même temps, il accablait les Tectosages et s’assurait de la fidélité de la Province avant que les barbares se remissent en mouvement.

Enfin ceux-ci se dirigèrent vers l’Italie, le seul pays de l’Occident qui eût encore échappé à leurs ravages. Mais la difficulté de nourrir une si grande multitude les obligea de se séparer. Les Cimbres et les Tigurins tournèrent par l’Helvétie et le Norique ; les Ambrons et les Teutons, par un chemin plus direct, devaient passer sur le ventre aux légions de Marius, pénétrer en Italie par les Alpes maritimes et retrouver les Cimbres aux bords du Pô.

Dans le camp retranché d’où il les observait, d’abord près d’Arles, puis sous les murs d’Aquæ Sextiæ (Aix), Marius leur refusa obstinément la bataille. Il voulait habituer les siens à voir ces barbares, avec leur taille énorme, leurs yeux farouches, leurs armes et leurs vêtements bizarres. Leur roi Teutobochus franchissait d’un saut quatre et même six chevaux mis de front ; quand il fut conduit en triomphe à Rome, il était plus haut que les trophées. Les barbares, défilant devant les retranchements, défiaient les Romains par mille outrages : N’avez-vous rien à dire à vos femmes ? disaient-ils, nous serons bientôt auprès d’elles. Un jour, un de ces géants du Nord vint jusqu’aux portes du camp provoquer Marius lui-même. Le général lui fit répondre que, s’il était las de la vie, il n’avait qu’à s’aller pendre ; et comme le Teuton insistait, il lui envoya un gladiateur. Ainsi il arrêtait l’impatience des siens ; et cependant il savait ce qui se passait dans leur camp par le jeune Sertorius, qui parlait leur langue, et se mêlait à eux sous l’habit gaulois.

Marius, pour faire plus vivement souhaiter la bataille à ses soldats, avait fait placer son camp sur une colline sans eau qui dominait un fleuve. « Vous êtes des hommes, leur dit-il, vous aurez de l’eau pour du sang. » Le combat s’engagea en effet bientôt aux bords du fleuve. Les Ambrons, qui étaient seuls dans cette première action, étonnèrent d’abord les Romains par leurs cris de guerre qu’ils faisaient retentir comme un mugissement dans leurs boucliers : Ambrons ! Ambrons ! Les Romains vainquirent pourtant, mais ils furent repoussés du camp par les femmes des Ambrons ; elles s’armèrent pour défendre leur liberté et leurs enfants, et elles frappaient du haut de leurs chariots sans distinction d’amis ni d’ennemis. Toute la nuit, les barbares pleurèrent leurs morts avec des hurlements sauvages qui, répétés par les échos des montagnes et du fleuve, portaient l’épouvante dans l’âme même des vainqueurs. Le surlendemain, Marius les attira par sa cavalerie à une nouvelle action. Les Ambrons-Teutons, emportés par leur courage, traversèrent la rivière et furent écrasés dans son lit. Un corps de trois mille Romains les prit par derrière et décida leur défaite. Selon l’évaluation la plus modérée, le nombre des barbares pris ou tués fut de cent mille. La vallée, engraissée de leur sang, devint célèbre par sa fertilité. Les habitants du pays n’enfermaient, n’étayaient leurs vignes, qu’avec des os de morts. Le village de Pourrières rappelle encore aujourd’hui le nom donné à la plaine : Campi putridi, champ de la putréfaction. Quant au butin, l’armée le donna tout entier à Marius, qui, après un sacrifice solennel, le brûla en l’honneur des dieux. Une pyramide fut élevée à Marius, un temple à la Victoire. L’église de Sainte-Victoire, qui remplaça le temple, reçut jusqu’à la Révolution française une procession annuelle, dont l’usage ne s’était jamais interrompu. La pyramide subsista jusqu’au xve siècle, et Pourrières avait pris pour armoiries le triomphe de Marins représenté sur un des bas-reliefs dont ce monument était orné.

Cependant les Cimbres, ayant passé les Alpes Noriques, étaient descendus dans la vallée de l’Adige. Les soldats de Catulus ne les voyaient qu’avec terreur se jouer, presque nus, au milieu des glaces, et se laisser glisser sur leurs boucliers du haut des Alpes à travers les précipices. Catulus, général méthodique, se croyait en sûreté derrière l’Adige, couvert par un petit fort. Il pensait que les ennemis s’amuseraient à le forcer. Ils entassèrent des rochers, jetèrent toute une forêt par-dessus, et passèrent. Les Romains s’enfuirent et ne s’arrêtèrent que derrière le Pô. Les Cimbres ne songeaient pas à les poursuivre. En attendant l’arrivée des Teutons, ils jouirent du ciel et du sol italien, et se laissèrent vaincre aux douceurs de la belle et molle contrée. Le vin, le pain, tout était nouveau pour ces barbares ; ils fondaient sous le soleil du Midi et sous l’action de la civilisation plus énervante encore.

Marins eut le temps de joindre son collègue. Il reçut des députés des Cimbres, qui voulaient gagner du temps : Donnez-nous, disaient-ils, des terres pour nous et pour nos frères les Teutons. — Laissez là vos frères, répondit Marius, ils ont des terres. Nous leur en avons donné qu’ils garderont éternellement. Et comme les Cimbres le menaçaient de l’arrivée des Teutons : Ils sont ici, dit-il, il ne serait pas bien de partir sans les saluer, et il fit amener les captifs. Les Cimbres ayant demandé quel jour et en quel lieu il voulait combattre pour savoir à qui serait l’Italie, il leur donna rendez-vous pour le troisième jour dans un champ, près de Verceil.

Marius s’était placé de manière à tourner contre l’ennemi le vent, la poussière et les rayons ardents d’un soleil de juillet. L’infanterie des Cimbres formait un énorme carré, dont les premiers rangs étaient liés tous ensemble avec des chaînes de fer. Leur cavalerie, forte de quinze mille hommes, était effrayante à voir, avec ses casques chargés de mufles d’animaux sauvages, et surmontés d’ailes d’oiseaux. Le camp et l’armée barbares occupaient une lieue en longueur. Au commencement, l’aile où se tenait Marius, ayant cru voir fuir la cavalerie ennemie, s’élança à sa poursuite, et s’égara dans la poussière, tandis que l’infanterie ennemie, semblable aux vagues d’une mer immense, venait se briser sur le centre où se tenaient Catulus et Sylla, et alors tout se perdit dans une nuée de poudre. La poussière et le soleil méritèrent le principal honneur de la victoire (101).

Restait le camp barbare, les femmes et les enfants des vaincus. D’abord, revêtues d’habits de deuil, elles supplièrent qu’on leur promît de les respecter, et qu’on les donnât pour esclaves aux prêtresses romaines du feu (le culte des éléments existait dans la Germanie). Puis, voyant leur prière reçue avec dérision, elles pourvurent elles-mêmes à leur liberté. Le mariage chez ces peuples était chose sérieuse. Les présents symboliques des noces, les bœufs attelés, les armes, le coursier de guerre, annonçaient assez à la vierge qu’elle devenait la compagne des périls de l’homme, qu’ils étaient unis dans une même destinée, à la vie et à la mort (sic vivendum, sic pereundum. Tacit.). C’est à son épouse que le guerrier rapportait ses blessures après la bataille (ad matres et conjuges vulnera referunt ; nec illæ numerare aut exigere plagas pavent). Elle les comptait, les sondait sans pâlir ; car la mort ne devait point les séparer. Ainsi, dans les poëmes Scandinaves, Brunhild se brûle sur le corps de Siegfrid. D’abord les femmes des Cimbres affranchirent leurs enfants par la mort ; elles les étranglèrent ou les jetèrent sous les roues des chariots. Puis elles se pendaient, s’attachaient par un nœud coulant aux cornes des bœufs, et les piquaient ensuite pour se faire écraser. Les chiens de la horde défendirent leurs cadavres ; il fallut les exterminer à coups de flèches.

Ainsi s’évanouit cette terrible apparition du Nord, qui avait jeté tant d’épouvante dans l’Italie. Le mot cimbrique resta synonyme de fort et de terrible. Toutefois, Rome ne sentit point le génie héroïque de ces nations, qui devaient un jour la détruire ; elle crut à son éternité. Les prisonniers qu’on put faire sur les Cimbres furent distribués aux villes comme esclaves publics ou dévoués aux combats de gladiateur.

Marius fit ciseler sur son bouclier la figure d’un Gaulois tirant la langue, image populaire à Rome dès le temps de Porquatus. Le peuple l’appela le troisième fondateur de Rome, après Romulus et Camille. On faisait des libations au nom de Marius, comme en l’honneur de Bacchus ou de Jupiter. Lui-même, enivré de sa victoire sur les barbares du Nord et du Midi, sur la Germanie et sur les Indes africaines, ne buvait plus que dans cette coupe à deux anses, où, selon la tradition, Bacchus avait bu après sa victoire des Indes[16].

ÉCLAIRCISSEMENTS


SUR LES IBÈRES OU BASQUES. (Voy. page 1.)

Dans son livre intitulé Prüfung der Untersuchungen über die Urbewohner Hispaniens, vermittelst der Waskischen Sprache [Berlin, 1821], M. W. de Humboldt a cherché à établir, par la comparaison des débris de l’ancienne langue ibérique avec la langue basque actuelle, l’identité des Basques et des Ibères. Ces débris ne sont autre chose que les noms de lieux et les noms d’hommes qui nous ont été transmis par les auteurs anciens. Encore nous sont-ils parvenus bien défigurés. Pline déclare rapporter seulement les noms qu’il peut exprimer en latin : « Ex his digna memoratu aut latiali sermone dictu facilia, etc. » Mela, Strabon, sont aussi arrêtés par la difficulté de rendre dans leur langue la prononciation barbare. Ainsi les anciens ont dû omettre précisément les noms les plus originaux. Quelques mots transmis littéralement sur les monnaies ont la plus grande importance…

Après avoir posé les principes de l’étymologie, M. de Humboldt les applique à la méthode suivante : 1° chercher s’il y a d’anciens noms ibériens qui, pour le son et la signification, s’accordent (au moins en partie) avec les mots basques usités aujourd’hui ; 2° dans tout le cours de ces recherches, et avant d’entrer dans l’examen spécial, comparer l’impression que ces anciens noms produisent sur l’oreille, avec le caractère harmonique de la langue basque ; 3° examiner si ces anciens noms s’accorderaient avec les noms de lieux des provinces où l’on parle le basque aujourd’hui. Cet accord peut montrer, lors même qu’on ne trouverait pas le sens du nom, que des circonstances analogues ont tiré d’une langue identique les mêmes noms pour différents lieux.

Il a été conduit aux résultats suivants :

« 1° Le rapprochement des anciens noms de lieux de la péninsule ibérienne avec la langue basque montre que cette langue était celle des Ibères, et comme ce peuple paraît n’avoir eu qu’une langue, peuples ibères et peuples parlant le basque sont des expressions synonymes.

« 2° Les noms de lieux basques se trouvent sur toute la Péninsule sans exception, et, par conséquent, les Ibères étaient répandus dans toutes les parties de cette contrée.

« 3° Mais dans la géographie de l’ancienne Espagne, il y a d’autres noms de lieux qui, rapprochés de ceux des contrées habitées par les Celtes, paraissent d’origine celtique ; et ces noms nous indiquent, au défaut de témoignage historique, les établissements des Celtes mêlés aux Ibères.

« 4° Les Ibères non mêlés de Celtes habitaient seulement vers les Pyrénées et sur la côte méridionale. Les deux races étaient mêlées dans l’intérieur des terres, dans la Lusitanie, et dans la plus grande partie des côtes du Nord.

« 5° Les Celtes ibériens se rapportaient, pour le langage, aux Celtes, d’où proviennent les anciens noms de lieux de la Gaule et de la Bretagne, ainsi que les langues encore vivantes en France et en Angleterre. Mais vraisemblablement ce n’étaient point des peuples de pure souche gallique, rameaux détachés d’une tige qui restât derrière eux ; la diversité de caractère et d’institution témoigne assez qu’il n’en est pas ainsi. Peut-être furent-ils établis dans les Gaules à une époque anté-historique, ou du moins ils y étaient établis bien avant (avant les Gaulois ? ). En tous cas, dans leur mélange avec les Ibères, c’était le caractère ibérien qui prévalait, et non le caractère gaulois, tel que les Romains nous l’ont fait connaître.

« 6° Hors de l’Espagne, vers le Nord, on ne trouve pas trace des Ibères, excepté toutefois dans l’Aquitaine ibérique et une partie de la côte de la Méditerranée. Les Calédoniens nommément appartenaient à la race celtique, non à l’ibérienne.

« 7° Vers le sud, les Ibères étaient établis dans les trois grandes îles de la Méditerranée ; les témoignages historiques et l’origine basque des noms de lieux s’accordent pour le prouver. Toutefois, ils n’y étaient pas venus, du moins exclusivement, de l’Ibérie ou de la Gaule, ils occupaient ces établissements de tout temps ou bien ils y vinrent de l’Orient.

« 8° Les Ibères appartenaient-ils aussi aux peuples primitifs de l’Italie continentale ? La chose est incertaine ; cependant on y trouve plusieurs noms de lieux d’origine basque, ce qui tendrait à fonder cette conjecture.

« 9° Les Ibères sont différents des Celtes, tels que nous connaissons ces derniers par le témoignage des Grecs et des Romains, et par ce qui nous reste de leurs langues. Cependant il n’y a aucun sujet de nier toute parenté entre les deux nations ; il y aurait même plutôt lieu de croire que les Ibères sont une dépendance des Celtes, laquelle en a été démembrée de bonne heure. »

Nous n’extrairons de ce travail que ce qui se rapporte directement à la Gaule et à l’Italie. Nous reproduirons d’abord les étymologies des noms : Basques, Biscaye, Espagne, Ibérie (p. 54).

Basoa, forêt, bocage, broussailles. Basi, basti, bastetani, basitani, bastitani (bas eta pays de forêt, bascontum (comme basocoa), appartenant aux forêts). Cette étymologie donnée par Astallos n’est pas bonne. — Les Basques s’appellent non Basocoac, mais Euscaldunac, leur pays Euscalerria, Eusquererria et leur langue euscara, eusquera, escuara. [La terminaison ara indique le rapport de suite, de conséquence, d’une chose à une autre ; ainsi ara-uz, conformément ; ara-ua, règle, rapport. Eusk-ara veut donc dire à la manière basque.] Aldunac vient d’aldea, côté, partie ; duna, terminaison de l’adjectif, et c, marque du pluriel[17]. Erria, ara, era, ne sont que des syllabes auxiliaires. La racine est Eusken, Esken[18]. D’où les villes Vesci, Vescelia, et la Vescitania, où se trouvait la ville d’Osca ; deux autres Osca chez les Turduli et en Bœturie, et Ileosca, Etosca (Etrusca ? ) Menosca (Mendia, montagne), Virovesca ; les Auscii d’Aquitaine avec leur capitale Elimberrum (Illiberris, ville neuve) ; Osquidates ? — Le nom d’Osca doit se rapporter à tout le peuple des Ibères. Les sommes énormes d’argentum oscense mentionnées par Tite-Live ne peuvent guère avoir été frappées dans une des petites villes appelées Osca. Florez croit que la ressemblance de l’ancien alphabet ibérien avec celui des Osques italiens peut avoir donné lieu à ce nom.

Noms basques qui se retrouvent en Gaule (p. 69) :

Aquitaine : Calagorris, Casères en Comminges. — Vasates et Basabocates. de Basoa, forêt. De même le diocèse de Basas, entre la Garonne et la Dordogne. — Iluro, comme la ville des Cosetans (Oléron). — Bigorra, de bi, deux, gora, haut. — Oscara, Ousche. — Garites, pays de Gavre, de gora, haut. — Garoceli… (Cæsar, de Bell. Gall., I, x, et non Graioceli). Auscii, de eusken, esken, vesci (osci ? )[19] nom des Basques (leur ville est Elimberrum comme Illiberri). — Osquidates, même racine, vallée d’Ossau, du pied des Pyrénées à Oléron. — Curianum (cap de Buch, promontoire près duquel le bassin d’Arcachon s’enfonce dans les terres), de gur, courbé. — Le rivage Corense (en Bétique). — Bercorcates, même racine ; Biscarosse, bourg du district de Born, frontières de Buch. — Les terminaisons celtiques sont dunum[20], magus, vices et briga (p. 96), Segodunum apud Rutenos appartient plus à la Narbonnaise qu’à l’Aquitaine. Lugdunum apud Convenas est mixte, comme l’indique Convenæ, Comminges. On ne les trouve pas, non plus que briga, chez les vrais Aquitains. La terminaison en riges paraît commune aux Celtes et aux Basques. Chose remarquable : le seul peuple que Strabon nous désigne comme étranger, dans l’Aquitaine, les Biluriges, ont un nom tout à fait basque ; de même les Caluriges, Celtes des Hautes-Alpes ; ce sont des établissements primitivement ibériens.

Côte méridionale de la Gaule : Illiberis Bebryciorum, Vasio Vocontiorum (Vaison) en Narbonnaise. Bebryces rappelle briges, et peut-être Allo-Brogos (Étienne de Byzance écrit Allobryges ; selon lui, on trouve le plus souvent, chez les Grecs, Allobryges). Cependant le scholiaste Juvénal dit ce mot celtique (Sat. viii, v. 234, et signifiant terre, contrée).

Dans le reste de la Gaule, on rencontre peu de noms analogues au basque, excepté Bituriges[21]. Cependant Gelduba, comme Corduba, Salduba, Arverni, Arvii, Gadurci, Caracates, Carasa, Carcaso et Ardyes dans le Valais, Carnutes, Carocotinum (Crotoy), Carpentoracte (Carpentras), Corsisi, Carsis ou Cassis, Corbilo (Coiron-sur-Loire), (Turones ? ) Ces analogies avec le basque sont probablement fortuites. Le mot même de Britannia ne dériverait-il pas de cette racine féconde ? prydain, brigantes ?

Brigantium en Espagne chez les Gallaïci, Brigœtium en Asturie. De même en Gaule Brigantium et le port Brivates. — En Bretagne, les Brigantes, et leur ville Isubrigantum ; le même nom de peuple se trouve en Irlande. — Brigantium, sur le lac de Constance, Bregetium, en Hongrie, sur le Danube. En Gaule, sur la côte sud, les Segobriges ; dans l’Aquitaine propre, les Nitiobriges (Agen) ; Samarobriva (Amiens) ; Eburobriva entre Auxerre et Troyes ; Baudobrica, au-dessus de Coblentz, Bontobrice et ad Magetobria, entre Rhin et Moselle ; en Suisse, les Latobrigi et Latobrogi ; en Bretagne, Durobrivœ et Ourobrivœ ; Artobriga (Ratisbonne) dans l’Allemagne celtique.

Recherches de noms celtiques dans des noms de lieux ibériens (p. 83) : Ebura ou Ebora, en Bétique et chez les Turduli, Edetani, Carpetani, Lusitani, et Ripepora en Bétique, Eburobritium chez les Lusitani ; en Gaule, Eburobrica, Eburodunum ; sur la côte méridionale, les Eburones, sur la rive gauche du Rhin, Aulerci Eburovices en Normandie ; en Bretagne, Eboracum, Eburacum ; en Autriche, Eburodunum ; en Hongrie, Eburum ; en Lucanie, les Eburini ? le gaulois Eporedorix dans César ?

Noms celtiques en Espagne.

Ebora, Ebura, Segobrigii ( ? ), p. 85. Les Segobriges sur la côte sud de la Gaule. Segobriga, villes espagnoles des Celtibériens ; Segontia, Segedunum, en Bretagne, Segodunum en Gaule, Segestica, en Pannonie. — En Espagne, Nemetobriga, Nemetates. — Augustonemetum, en Auvergne, Nemetacum, Nemetocenna, et les Nemètes dans la Germanie supérieure, Nemausus, Nîmes ; de l’irlandais Naomhlha (V. Lluyd), sacré, saint ?

Page 90. Recherches de noms basques dans les noms de lieux celtiques. En Bretagne : Le fleuve Ilas, Isca, Isurum, Verurium. Le promontoire Ocelum ou Ocellum. Sur le Danube, entre le Norique et la Pannonie, Astura et le fleuve Carpis. Urbate et le fleuve Urpanus. — En Espagne : Ula, Osca, Esurir. Le mont Solorius. Ocelum chez les Callaïci…

Noms basques en Italie : Iria, apud Taurinos, comme Iria Flavia Callaïcorum (iria, ville). — Ilienses, en Sardaigne, Troyens ? Cependant d’habit et de mœurs libyens selon Pausanias. — Uria en Apulie, comme Urium Turdulorum. — D’ra, eau : Urba Salovia Picenorum, Urbinum, Urcinium de Corse, comme Urce Bastetanorum. — Urgo, île entre Corse et Étrurie, comme Urgao en Bétique. — Usentini en Lucanie, comme Urso, Ursao, en Bétique. — Agurium, en Sicile ; Argiria, en Espagne ; Astura, fleuve et île près d’Antium. — D’asta, roche : Asta, en Ligurie, et Asta Turdetanorum, etc., etc., en Espagne. — Osci ne se rapporte pas à osca, il est contracté d’opici, opci (mais pour quoi opici ne serait-il pas une extension de osci ? ) — Ausones, analogue à l’espagnol Ausa et Auselani. Cependant il se lie avec Aurunci. — Arsia, en Istrie ; Arsa, en Bœturie. — Basta, en Calabre ; Basti apud Bastetanos. — Basterbini Salentinorum, de basoa, montagne, et de erbestatu, émigrer, changer de pays (erria). — Biturgia, en Étrurie ; Bituris, chez les Basques. — Hispellum, en Ombrie. — Le Lambrus, qui se jette dans le Pô, Lambriaca et Flavia lambris Callaïcorum. — Murgantia, ville barbare en Sicile ; Murgis, en Espagne ; Suessa et Suessula, comme les Suessetani des Ilergètes. — Curenses Sabinorum, Gurilis, en Sardaigne, comme le littus Corense, en Bétique, et le prom. Curianum en Aquitaine, — Curia, même racine que urbs ; urvus, curvus, urvare urvum aratri ; ὄρος, ἀϱόω, ϰυρτὸς ; en allemand, aëren, labourer ; en basque, ara-tu, labourer (ἅρω, labourer) ; gur, courbe ; uria, iria, ville. — L’allemand ort est encore de cette famille. — Les Basques et les Romains seraient rattachés l’un à l’autre par l’intermédiaire des Étrusques. « Je ne dis pas pour cela que les Étrusques soient pères des Ibères ni leurs fils[22]. »

Page 97 — C’est à tort que les Français et Espagnols confondent les Cantabres et les Basques (Oihenart les distingue) ; les Cantabres en étaient séparés par les Autrigons, et les tribus peu guerrières des Caristii et Varduli. Chez les Cantabres commence ce mélange de noms de lieux, que je ne trouve point chez les Basques. Les Cantabres sont essentiellement guerriers, les Basques aussi, et même ils se vantaient de ne pas porter de casques (Sil. It., III, 358. V. 197, IX, 232). Ceci prouve cependant qu’ils avaient plus rarement la guerre. Enfermés dans leurs montagnes, ils n’eurent point de guerres contre les Romains, sauf la guerre désespérée de Calagurris (Juven., XV, 93-110).

Page 100. — Les noms basques se représentent surtout chez les Turduli et Turdetani de la Bétique. Ainsi, il n’y avait aucune contrée de la Péninsule où les noms de lieux n’indiquassent un peuple parlant et prononçant comme les Basques d’aujourd’hui. Les formes infiniment variées de la langue basque seraient inexplicables, si ce peuple n’avait été formé de tribus très-nombreuses, et dispersées autrefois sur un vaste territoire. — Atzean signifie derrière, en arrière, et Atzea l’étranger ; ainsi ce peuple pensait primitivement que l’étranger n’était que derrière lui : ceci fait croire que, depuis un temps immémorial, ils sont établis au bout de l’Europe.

Page 113. — Les Celtes et les Ibères sont deux races différentes (Strab., IV, I, p. 176, c. ii. 1. pag. 189). Niebuhr pense de même contre l’opinion de Bullet, Vallancey, etc. Les Ibères étaient plus pacifiques ; en effet, les Turduli, Turdetani. Au lieu de faire des expéditions, ils furent repoussés du Rhône à l’ouest. Ils ne faisaient pas de ligues avec d’autres, par confiance en soi (Strab., III, 4, p. 138) ; aussi, point de grandes entreprises (Florus, II, 17, 3), seulement de petits brigandages ; opiniâtres contre les Romains, mais surtout les Celtibères ; poussés par la tyrannie des préteurs, par la fréquente stérilité des pays de montagnes, avec une population croissante ; obligés d’éloigner d’eux annuellement une partie des hommes en âge de porter les armes ; effarouchés par l’état de guerre permanent en Espagne, sous les Romains.

Le monde ibérien est antérieur au monde celtique… On n’en connaît que la décadence. Les Vaccéens (Diod., V, 34) faisaient chaque année un partage de leurs terres, et mettaient les fruits en commun, signe d’une société bien antique.

Nous ne trouvons pas chez les Ibères l’institut des Druides et Bardes. Aussi point d’union politique (les Druides avaient un chef unique). Aussi moins de régularité dans la langue basque pour revenir des dérivés aux racines.

On accuse les Gaulois, et non les Ibères, de pédérastie (Athen. XIII, 79. Diod., V, 31) ; au contraire, les Ibères préfèrent l’honneur et la chasteté à la vie (Strab., III, 4, p. 164). Les Gaulois, et non les Ibères, bruyants, vains, etc. (Diod., V, 31, p. 137), les Ibères méprisent la mort, mais avec moins de légèreté que les Gaulois, qui donnaient leur vie pour quelque argent ou quelques verres de vin (Athen. IV, 40).

Diodore assimile les Celtibères aux Lusitaniens. Les uns et les autres semblent avoir déployé dans la guerre la ruse, l’agilité, caractère des Ibères (Strab., III). Mais les Celtibères craignaient moins les batailles rangées ; ils avaient conservé le bouclier gaulois ; les Lusitaniens en portaient un moins long (Scutatæ citeriores provinciæ, et cetratæ ulterioris Hispaniæ cohortes, Cæs. de B., lib. I, 39. Cependant id. I, 48).

Les Celtibères avaient (sans doute d’après les Ibères) des bottes tissues de cheveux (Diodore : Τριχίνας είλουσι ϰνημῑὸας). Les Biscayens d’aujourd’hui ont la jambe serrée de bandes de laine, qui vont joindre l’abarca, sorte de sandale.

Les montagnards vivaient deux tiers de l’année d’un pain de gland (nourriture des Pelages, Dodone, etc. ; glandem ructante marito. Juv. VI, 10). Les Celtibères mangeaient beaucoup de viande ; les Ibères buvaient une boisson d’orge fermentée ; les Celtibères de l’hydromel.

Les ressemblances entre les Ibères et les Celtibères sont nombreuses, exemple : tout soin domestique abandonné aux femmes ; force et endurcissement de celles-ci, qu’on retrouve en Biscaye et provinces voisines (et dans plusieurs parties de la Bretagne, comme à Ouessant).

Chez les Ibères et les Celtes (Aquitaine ?) hommes qui dévouent leur vie à un homme (Plut. Sertor., 14, Val. Max., VII, 6, ext. 3. — Cæs. de B. Gall.). Val. Max., II, 6, 11, dit expressément que ces dévouements étaient particuliers aux Ibères.

Page 121. — Les Gaulois aimaient les habits bariolés et voyants ; les Ibères, même les Celtibères, les portaient noirs, de grosse laine, comme des cheveux, leurs femmes des voiles noirs. En guerre, par exemple à Cannes (Polyb., III, 114, Livius, XXII, 46), vêtements de lin blanc, et par-dessus habits rayés de pourpre (c’est un milieu entre le bariolé gaulois et la simplicité ibérienne).

Ce qu’on sait de la religion des Ibères s’applique aussi aux Celtes, sauf une exception : Quelques-uns, dit Strabon (III, 4, p. 164) refusent aux Galliciens toute foi dans les dieux, et disent qu’aux nuits de pleine lune les Celtibères et leurs voisins du Nord font des danses et une fête devant leurs portes avec leurs familles, en l’honneur d’un Dieu sans nom. Plusieurs auteurs (dont Humboldt semble adopter le sentiment) croient voir un croissant et des étoiles sur les monnaies de l’ancienne Espagne. Florez (Medallas, 1) remarque que dans les médailles de la Bétique (et non des autres provinces), le taureau est toujours accompagné d’un croissant (le croissant est phénicien et druidique ; la vache est dans les armes des Basques, des Gallois, etc.). Dans les autres provinces, on trouve le taureau, mais non le croissant.

Nulle mention du temple, si ce n’est dans les provinces en rapport avec les peuples méridionaux (cependant quelques noms celtiques : exemple, Nemetobriga). — Strab. (III, 1, p. 138), dans un passage obscur où il donne les opinions opposées d’Artémidore et d’Éphore sur le prétendu temple d’Hercule au promontoire Cuneus, parle de certaines pierres qui, dans plusieurs lieux, se trouvent trois ou quatre ensemble, et qui ont un rapport à des usages religieux (trad. fr., I, 385, III, 4, 5.). Un voyageur anglais en Espagne dit qu’aux frontières de Gallice on rencontre deux grands tas de pierres, la coutume étant que tout Gallicien qui émigre pour trouver du travail y mette une pierre au départ et au retour. Arist, Polit. VII, 2, 6 : Sur la tombe du guerrier ibérien autant de lances (όϐελίσϰους) qu’il a tué d’ennemis.

Nous ne trouvons pas chez les Ibères, comme chez les Gaulois, l’usage de jeter de l’or dans les lacs ou de le placer dans les lieux sacrés, sans autre garde que la religion. Au temple d’Hercule, à Cadix, il y avait des offrandes que César fit respecter après la défaite des fils de Pompée (Dio, c. xliii, xxxix) ; mais le culte de ce temple était encore phénicien, même au temps d’Appien, VI, II, 35. — Justin, XLIV, 3 : « La terre est si riche chez les Galliciens, que la charrue y soulève souvent de l’or ; ils ont une montagne sacrée qu’il est défendu de violer par le fer ; mais si la foudre y tombe, on peut y recueillir l’or qu’elle a pu découvrir, comme un présent des dieux. » Voilà bien l’or propriété des dieux.

Page 123. — Pour les noms de lieux, point de traces des Ibères dans la Gaule non aquitanique, ni dans la Bretagne [cependant voyez plus haut], quoique Tacite (Agric., II) croie les reconnaître dans le teint des Silures, dans leurs cheveux frisés et leur position géographique. (Mannert croit les trouver en Calédonie.) Il faut attendre qu’on ait comparé le basque avec les langues celtiques. Espérons, ajoute M. de Humboldt, qu’Ahlwardt nous fera connaître ses travaux…

Page 126. — Les anciennes langues celtiques ne peuvent avoir différé du breton et gallois actuel ; la preuve en est dans les noms de lieux et de personnes, dans beaucoup d’autres mots, dans l’impossibilité de supposer une troisième langue qui eût entièrement péri…

Page 131. — On peut dire des Ibères ce que dit Mannert des Ligures, avec beaucoup de sagacité, qu’ils ne dérivent pas des Celtes que nous connaissons dans la Gaule, mais que pourtant ils pourraient être une branche sœur d’une tige orientale plus ancienne.

Page 132. — Parenté fort douteuse du basque et des langues américaines.

Nous n’avons pas cru qu’on pût nous blâmer de donner un extrait de cet admirable petit livre, qui n’est pas encore traduit.

  1. Longtemps même après la mort d’Alexandre, Cassandre, devenu roi de Macédoine, se promenait un jour à Delphes, et examinait les statues. Ayant aperçu tout à coup celle d’Alexandre, il en fut tellement saisi qu’il frissonna de tout son corps et fut frappé d’un étourdissement. (Plutarque.)
  2. Ὅσον ἄχρηστον ποιῆσαι τὸ λοιπόν, Strab., I. IV, ap. Scr. R. Fr. I, 30. — Remarquons combien les anciens ont été frappés de l’instinct rhéteur et du caractère bruyant des Gaulois. Nata, in vanos tumultus gens (Tit. Liv. à la prise de Rome). — Les crieurs publics, les trompettes, les avocats, étaient souvent Gaulois. Insuber, id est, mercator et præco. Cicer. Fragm. or. contra Pisonem. — Voyez aussi tout le discours Pro Fonteio.Pleraque Gallia duas res industriossime persequitur, virtutem bellicam et argute loqui. (Cato.) Ἀπειληταὶ, καὶ ἀνατατικοὶ, καὶ τετραγῳδημένοι. Diodor. Sic., lib. IV.
  3. Il ne faut pas confondre les Ibères avec leurs voisins les Cantabres. W. de Humboldt a établi cette distinction dans son admirable petit livre sur la langue des Basques. Voy. les Éclaircissements à la fin de ce chapitre.
  4. Diodor. Sicul, l. V, ap. Scr. Fr., I, 310. — Strab., l. IV. — Athen., l. XIII, c. viii. — Nous trouvons plus tard, chez les Celtes de l’Irlande et de l’Angleterre, quelque trace des mœurs dissolues de la Gaule antique. Le docteur Leland, t. I, p. 14, dit que les Irlandais regardaient l’adultère comme une « galanterie pardonnable. » O’Halloran, I, 394. — Lanfranc, saint Anselme, et le pape Adrien, dans son fameux bref à Henri II, leur reprochent l’inceste. — Voy. Usser., Syl. epist., 70, 94, 95. — Saint Bernard, in vit. S. Malach., 1932, sqq. Girald, Cambr., 742, 743.}}
  5. Ibériens des montagnes. W. de Humboldt. V. les Éclaircissements à la fin de ce chapitre.
  6. Alb, montagne, dans la langue gaélique. — Gor, élevé, en basque.
  7. Appien (Illyr., p. 1196, et de B. civ., I, p. 623) et Diodore (lib. V, p. 309) disent que les Celtes étaient Cimmériens. — Plutarque (in Mario) fait entendre la même chose. — « Les Cimmériens, dit Éphore (apud Strab., V, p. 375), habitent des souterrains qu’ils appellent argillas. » Le mot argel veut dire souterrain, dans les poésies des Kymrys de Galles (W. Archaiol., I, p. 80, 152). — Les Cimbres juraient par un taureau. Les armes de Galles sont deux vaches. — Plusieurs critiques allemands distinguent toutefois les Cimmériens des Cimbres, et ceux-ci des Kymrys. Ils rattachent les Cimbres à la race germanique.
  8. Voy. les Éclaircissements à la fin de ce chapitre.
  9. Is-Ombria, Basse-Ombrie.
  10. Quelques savants ont même douté que leurs oppida, au temps de César, fussent autre chose que des lieux de refuge.
  11. La fougue, la promptitude et la mobilité des résolutions caractérisent également les Bolg d’Irlande, de Belgique et de Picardie (Bellovaci, Bolci, Bolgæ, Belgas, Volci, etc.), et ceux du midi de la France, malgré les mélanges divers des races…

    Les Belges, dans les anciennes traditions irlandaises, sont désignés par le nom de Fir-Bholg. Ausone (de Clar. Urb. Narbo.) témoigne que le nom primitif des Tectosages était Bolg : « Tectosagos primævo nomine Bolgas. » Cicéron leur donne celui de Belgæ : « Belgarum Allobrogumque testimoniis credere non timetis ?  » (Pro Man. Fonteio.) Les manuscrits de César portent indifféremment Volgæ ou Volcæ. — Enfin, saint Jérôme nous apprend que l’idiome des Tectosages était le même que celui de Trêves, ville capitale de la Belgique. Am. Thierry, I, 131.

  12. Ses derniers avis furent suivis pour ce qui regardait les blessés, car le nouveau brenn fit égorger dix mille hommes qui ne pouvaient soutenir la marche ; mais il conserva la plus grande partie des bagages. — Diod. Sic. XXII, 870. — S’il y avait des enfants qui parussent plus gras que les autres, ou nourris d’un meilleur lait, les Gaulois, dans l’invasion de la Grèce, buvaient leur sang et se rassasiaient de leur chair. Pausanias, 1. X, p. 630. — Après le combat, les Grecs donnèrent la sépulture à leurs morts ; mais les Kymro-Galls n’envoyèrent aucun héraut redemander les leurs, s’inquiétant peu qu’ils fussent enterrés ou qu’ils servissent de pâture aux bêtes fauves et aux vautours. Pausan., l. X, p. 619. — À Égée, ils jetèrent au vent les cendres des rois de Macédoine. Plut., Pyrrh., Diod. ex. Val. — Lorsque le brenn eut connu, par les rapports des transfuges, le dénombrement des troupes grecques, plein de mépris pour elles, il se porta en avant d’Héraclée et attaqua les défilés dès le lendemain, au lever du soleil, « sans avoir consulté sur le succès futur de la bataille, remarque un écrivain ancien, ancien prêtre de sa nation, ni, à défaut de ceux-ci, aucun devin grec. » Pausan., liv. X, p. 648. Am. Thierry, passim. — Le brenn dit, à Delphes : « Locupletes deos largiri hominibus oportere… eos nullis opibus egere, ut qui eas largiri hominibus soleant. » Justin, XXIV, 6
  13. Elle en livra quatre mille aux Romains.
  14. Florus, II, 3, trad. de M. Ragon. — La vigueur des Liguriens faisait dire proverbialement : Le plus fort Gaulois est abattu par le plus maigre Ligurien. Diod., V. 39. Voyez aussi liv. XXXIX, 2. Strabon, IV. Les Romains leur empruntèrent l’usage des boucliers oblongs, scutum ligusticum. Liv. XLIV, 35. Leurs femmes, qui travaillaient aux carrières, s’écartaient un instant quand les douleurs de l’enfantement les prenaient, et, après l’accouchement, elles revenaient au travail. Strabon, III, Diod. IV. Les Liguriens conservaient fidèlement leurs anciennes coutumes ; par exemple, celle de porter de longs cheveux. On les appelait Capillati. — Caton dit, dans Servius : « Ipsi unde oriundi sint, exacta memoria, illiterati, mendaces, quæ sunt et vera minus meminere. » Nigidius Figuius, conlemporain de Varron, parle dans le même sens.
  15. Voy. mon Histoire romaine.
  16. Valer. Max., l. III, c. vii. — Sallust. de B. Jug., ad calc : « Ex ea tempestate spes atque opes civitatis in illo sitæ. » — Vell. Paterc, l. II, c. xii : « Videtur meruisse… ne ejus nati rempublicam pœniteret. » — Florus, l. III, c. iii : « Tam lætum tamque felicem liberatæ Italiæ assertique imperii nuntium… populus Romanus accepit per ipsos, si credere fas est, deos, etc. » — Plut., in Mario.
  17. Ainsi les terminaisons ac, oc, du midi de la France, rattacheraient les noms d’hommes et de lieux à un pluriel, conformément au génie des gentes pélasgiques, exprimé nettement dans l’italien moderne, où les noms d’hommes sont des pluriels : Alighieri, Fieschi, etc.
  18. Vasco, Wasco, en langue basque, signifie homme, dit le dictionnaire de Laramandi (édition de 1743, sous ce titre pompeux : El impossible vincido, arte della lingua Bascongada, imprimé à Salamanque). Voyez aussi Laboulinière, Voyage dans les Pyrénées françaises, I, 235.
  19. Osca, d’eusi, aboyer ; parler ? d’olsa, bruit ? Chaque peuple barbare se considérait comme parlant seul un vrai langage d’homme. En opposition à euscaldunac, ils disent er-d-al-dun-ac ; de arra, erria, terre ; ainsi erdaldunac, qui parlent la langue du pays ; les Basques français appellent ainsi les Français, les Biscayens les Castillans.
  20. Toutefois dun (duna, avec l’article) est une terminaison commune de l’adjectif basque. De arra, ver ; ar-duna, plein de vers. De erstura, angoisse ; erstura dun-a, plein d’angoisses. Eusc-al-dun-ac, les Basques. Caladunum peut signifier, en basque, contrée riche en joncs.
  21. On peut cependant citer encore Mauléon en Gascogne et en Poitou (Maulin en basque). — En Bretagne : Rennes, Batz, Alet, Morlaix. (On trouve dans les Pyrénées : Rasez, Rœdæ, pagus Redensis ou Radensis, comme Redon, Redonas, Morlaas, etc. On trouve encore en Bretagne un Auvergnac, un Montauban du côté de Rennes.) — Les mots Auch, Occitanie, Gard, Gers, Garonne, Gironde, semblent aussi d’origine basque. — Montesquieu, Montesquiou, de Eusken ?
  22. L’aruspicine et la flûte des Vascons étaient célèbres, comme celle des Étrusques et Lydiens. Lamprid. Alex. Sever. — Vasca tibia dans Solin, c. v : — Servius, XI Æn., et apud auctorem veteris glossarii latino-græci Aujourd’hui ils n’ont pas d’autre instrument (comme les highlanders écossais la cornemuse) Strabon, l. III.