Histoire de l’abbaye des Écharlis/8

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Edmond Régnier
Bulletin de la Société des sciences historiques et naturelles de l’Yonne (p. 102-126).

les biens de l’abbaye

En décrétant la suppression des ordres religieux, l’Assemblée Constituante avait ordonné la vente de leurs biens au profit de la nation.

Conformément au décret de l’Assemblée Nationale du 13 novembre 1789, Dom Choppin fournit, le 28 janvier 1790[1], l’état suivant des revenus, charges et biens meubles de l’abbaye.

État général des revenus

Ferme d’Arblay (Cudot) : 00 arpents de terres labourables, louée pour 5 bichets de méteil (mesure de Charny), 20 bichets d’avoine (à quatre cartes), 6 poulets et 3 journées de charrois ;

Ferme des Marquets (Cudot) de 80 arpents, pour 70 bichets de méteil, 20 bichets d’avoine, 6 poulets, 1 porc, 3 journées de charrois ;

Ferme des Chevaliers (Villefranche) de 57 arpents, pour 200 livres d’argent, 12 livres de beurre et 3 journées de charrois ;

Ferme de la Grande-Métairie (Villefranche) de 120 arpents de terres et 7 arpents de prés, pour 90 bichets de méteil, 20 bichets d’avoine, 6 bichets d’orge, 12 chapons, 12 poulets, 2 cochons de lait et 3 journées de charrois ;

Ferme de la Bas&e-Cour (Villefranche) de 60 arpents de terres et 4 arpents de prés, pour 30 bichets de méteil, 20 livres de beurre, 1 cochon de lait et 3 journées de charrois ;

Ferme de la Provanche (Villefranche) de 56 arpents de terres labourables et 3 arpents de mauvais prés pour 150 livres d’argent, 12 livres de beurre, fi poulets, 1 cochon de lait et 3 journées de charrois ;

Ferme des Vieux-Écharlis (Villefranche) de 96 arpents de terres labourables et 6 arpents de mauvais prés, pour 15 bichets de froment, 40 bichets de méteil, 15 bichets d’avoine, 6 chapons, 6 poulets, 1 cochon de lait, 3 journées de charrois ;

Ferme de Batilly (La Celle-Saint-Cyr) de 6 arpents de terres et 14 arpents de prés, pour 450 livres ;

Moulin de Badelan (Villefranche) pour 50 livres d’argent ;

Moulin du Creusot (près Auxerre) pour 60 livres d’argent ;

Les étangs des Massons, des Chevaliers, de Bourbeuse, de la Ricardière, des Marquets, de la Chaumotte, pour 600 livres d’argent et 60 carpes.

« Les religieux ont dans leur lot 211 arpents de bois dont un quart est en réserve et les trois quarts restants sont divisés en 25 lotiages ou coupes réglées, affermés pour 9 ans à Claude Goutte… à charge de payer chaque an 1.100 livres en argent et un fourneau de charbon. »

Il leur « est dû de cens et rentes par an environ 200 bichets de froment et autant d’avoine, mesure de Villeneuve-le-Roy, mais la recette effective ne produit guère que 160 bichets de chaque espèce de grain parce que le pays est pauvre et qu’il y a beaucoup de non-valeur, environ 300 livres d’argent et 25 chapons.

« M. du Mauroux, par transaction faite avec les religieux, donne tous les ans, comme possesseur du tiers lot, 1.000 livres pour l’acquêt des charges claustrales et les réparations.

« Les religieux font valoir par eux-mêmes 3 arpents de pré et 4 arpents et demi de vignes (vin médiocre) ; ils ont aussi 60 arpents de mauvais bois, dont une partie sert au bois des fermiers. »

Total du revenu

Méteil des fermes, mesure de Charny, pesant cent livres le bichet 281 livres
Avoine des fermes, mesure de Charny (le poids diffère) 75
Orge des fermes, mesure de Charny 6
Froment des fermes, mesure de Charny 5
Beurre des fermes 44
Cochons de lait, poulets et chapons des fermes 59
Journées de charrois des fermes 21
Froment du censier, mesure de Villeneuve, le bichet pesant 72 livres 160
Avoine du censier, mesure de Villeneuve (le poids diffère) 160
Chapons du censier 25
Total de l’argent du censier et des fermes 3.190 livres


État des charges

« La maison des Écharlis est composée de quatre religieux : Dom Choppin, profès de l’Arrivour, prieur ; Dom Vienot, profès de Beaulieu, en Champagne ; Dom Guériot, profès de Trois-Fontaines, en Champagne ; Dom Mésange, dépensier, profès des Écharlis.

« Les religieux payaient de décimes 483 livres par an, ils ne savent pas encore à combien ils sont taxés pour la taille. L’abbaye des Écharlis est grevée d’une rente constituée au principal de 3.000 livres au denier vingt ; elle a sept corps de fermes à entretenir, six étangs et les bâtiments de la maison qui sont considérables.

« Les religieux ont à leurs charges et dans leur maison ; un cuisinier, un garçon de salle, un jardinier, une femme de basse-cour, un choriste, un garde, sans compter un commissionnaire de Villeneuve-le-Roy. Les aumônes sont considérables dans un pays comme celui-ci qui produit peu et dont les habitants ont toujours l’avantage de trouver à l’abbaye des ressources pour soulager leur misère.

État des meubles

« La maison a une petite bibliothèque composée de 511 volumes ...; les archives sont en fort bon état et le papier terrier a été renouvelé en 1776.

« Chambres et salles. — 13 lits tant de maîtres que de domestiques, 10 paillasses, 30 matelas, 6 Hits de plume, 15 traversins, 25 couvertures, 2 courte-pointes, 16 rideaux de fenêtres, 2 tables de nuit, 2 bureaux, 5 commodes, 8 pots de chambre, une chaise percée, 4 cuvettes garnies, 8 feux garnis, 8 paires de mouchettes, 4 armoires, 20 tables, 6 grands miroirs et 2 petits, 2 baromètres, 20 fauteuils, 60 chaises, 8 flambeaux argentés, 14 cadres, 2 tables de jeu, un trictrac, 4 cuvettes garnies, 2 cartes de l’ordre, 4 coffres, un paravent et une pendule.

« Fayance et verres. — 44 plats, 16 douzaines d’assiettes de différentes espèces, 2 soupières, 6 petits pots à crème, 1 théière, 4 corbeilles avec leurs plateaux, 12 tasses à caffé, 3 sucriers, 2 moutardiers, 2 caffetières, 4 compotiers, etc. te Argenterie de table. — 18 couverts, 5 cuillères à ragoût, 6 à caffé, une sonette, une caffetière argentée avec 1 huilier et un réchaud.

« Cuisine, dépense et boulangerie. — 14 casseroles, 1 grand bassin de cuivre, 1 braisière, 3 poissonnières, 1 marmite de cuivre, 4 tourtières, etc.

« Cave. — 22 feuillettes de vin vieux, 11 de vin nouveau, 120 bouteilles de vin de dessert, 20 bouteilles d’eau-de-vie, 28 feuillettes vides et 3 quarteaux.

« Dans le magasin, quelques bois d’équarrissage, des planches, de la chanlatte, des cercles et de la latte, 3 grandes échelles, quelques outils de menuiserie et de jardinage.

« Écurie. — 1 cheval, 3 vaches, 2 cochons, 1 cariole, 1 voilure à foin, 1 tombereau, 2 selles, 2 brides, 1 caparaçon.

« Grenier. — Moulin à crible, etc.

« Église. — 2 calices avec leurs patènes, 1 soleil, 1 paire de burettes avec leur bassin, 1 encensoir avec sa navette, 1 saint ciboire, 1 boîte pour les saintes huiles, d’argent, 1 grande croix de cuivre recouverte de feuilles d’argent; 5 chasubles propres, rouge, violette, verte, 2 blanches, 9 autres chasubles communes de différentes couleurs, 1 chappe blanche, 1 chappe violette, 2 chappes noires, 2 dalmatiques, 1 drap mortuaire et dais garni, 6 processionaux, 4 psautiers, 2 antiphonaires, 3 graduels, 5 missels, 6 grands chandeliers de cuivre, 8 petits, 6 chandeliers de bois doré, 1 bénitier de cuivre, 1 lampe de cuivre, 1 fauteuil rouge tapissé, 1 horloge et 4 cloches.

« Linge. — 9 aubes, 10 amicts, 18 nappes d’autel dont à dentelle, 2 petits surplis, 8 corporaux, 4 cordons, 10 lavabos et 24 purificatoires.

« 25 paires de draps de maître, 22 douzaines de serviettes, 14 nappes de table, 2 toiles d’oreillers, 14 paires de draps de domestique, 50 torchons, 18 tabliers de cuisine, 12 nappes, 1 charroire, 1 pièce de toile de 56 aulnes. »

Sept mois après, François Cuissard, administrateur du district de Joigny, vient aux Écharlis en vertu des décrets des 14 et 20 avril 1790 et des lettres du roi du 22 ; sur l’ordre du Directoire du 30 juillet, il procède, les 30 et 31 août, en présence de Nicolas Guillemineau, notaire, fondé de pouvoir de « Mgr Guillaume Barnabé Demauroux », des quatre religieux, de Luc Leriche, maire de Villefranche, et de Jean Sauvet, procureur de cette commune, « à l’inventaire des titres et papiers dépendant de la ditte abbaye »[2].

Il en fait une description beaucoup trop sommaire, sans grande valeur documentaire. Il les mentionne ainsi :

1re Boette. — Une liasse de papiers en langue latine contenant dix pièces du xiiie siècle, la première en datte de may 1209, la dernière du mois de febvrier 1283. » Etc. Les uns appartiennent aux religieux, les autres à l’abbé. Ceux des religieux, en 39 liasses, contenues en 9 boîtes, sont au nombre de 377, sans compter 3 procédures.

L’abbé possède 1.038 pièces et 5 procédures en 131 liasses renfermées dans 35 boîtes.

Le tout est dans une armoire à deux clefs dont l’une est entre les mains de Dom Choppin et l’autre en celles de Guillemineau, régisseur de l’abbé du Mauroux.

Cadet et Cuissard, administrateurs du district, venus aux Écharlis, le 18 novembre, n’apposent aucun scellé[3], comme nous l’avons dit précédemment, et, le 20 février 1791, chargent[4] Guillemineau, « cy-devant régisseur »[5], de garder, conserver et administrer les bâtiments, jardins et biens de l’abbaye.

Un mois à peine après le départ des moines, les 20, 21 et 22 février, « les effets » du monastère sont vendus[6] et produisent la somme de 5.021 livres 7 sols.

La vente des biens se fait par adjudications successives, au profit de la nation, ou plutôt, au profit des acquéreurs, pour une poignée d’assignats. C’est une curée générale : on obtient presque pour rien de magnifiques domaines et l’on se précipite sur ces propriétés avec une avidité scandaleuse.

Cependant, l’article 19 du décret des 25, 26 et 29 juin 1790,relatif à la validité des baux emphytéotiques, produit[7] une très grande émotion dans la région. La plus grande partie des habitants de Villefranche et des paroisses voisines ne vivent en effet que du produit des terres qu’ils tiennent de baux emphytéotiques des religieux des Écharlis. La plupart ont défriché avec beaucoup de peine et rendu prospères des terres incultes, construit des habitations et des granges. « Annuler ces baux, c’est les priver du fruit de leurs travaux, les réduire, eux et leurs familles, à la mendicité et leur ôter toute espèce de ressource. » Aussi de nombreuses plaintes sont adressées au Directoire de Joigny qui, le 28 décembre 1790, supplie l’Assemblée Nationale de modifier cet article 19.

C’est pourquoi une partie seulement des biens est vendue pendant la Révolution, soit plus de 3.470 arpents produisant 435.326 livres, et le reste (250 hectares pour 49.181 fr. 45) plus tard, en vertu de décisions du Ministre des Finances des 11 décembre 1829, 16 mars 1831 et 27 février 1844, de la loi du 20 mai 1836 et de l’ordonnance du 14 décembre 1837.

L’énumération suivante de ces ventes montre le prix : dérisoire de la plupart des biens.


villefranche et cudot

Vente du 9 mai 1791[8]. — La ferme des Chevaliers, à Pierre Rode, de Villefranche, 4.525 livres ;

La ferme des Vieux-Écharlis, à François Lefèvre, de Chevillon, 9.025 livres ;

Les maisons abbatiale et conventuelle des Écharlis[9] (bâtiments considérables, église, grange, maison du jardinier, écuries, jardins et bosquets d’environ 4 arpents, plusieurs réservoirs y attenant, grange, vaste cour, basse-cour, 6 quartiers de vigne, les bâtiments dits la ferme du Couvent, le tout entouré de murs, 86 arpents de terre, 30 arpents de friche, 4 arpents et demi de pré, 1 arpent de bois au bout de ces terres, 84 arpents de bois à Côte-Renard dont 52 en taillis de 26 ans et 32 en taillis de 6 ou 7 ans, la garenne de Labbé, près du Couvent, de 7 arpents, le bois des Chêneaux d’environ 50 arpents (taillis de 15 à 18 ans), l’étang des Maçons d’environ 12 arpents avec la fontaine y attenant, à Luc Leriche, maire de Villefranche, 100.400 livres ;

3 arpents de bois aux Mouillères (taillis de 2 ans) à Luc Leriche, 2.700 livres ;

La forêt Labbé de 38 arpents et demi, 2 arpents 16 cordes de bois dits les Lindets, attenant au bois du Lièvre, et 13 arpents de diverses autres pièces, 24.500 livres, à Guilloteau ; 6 arpents de bois (taillis de 9 ans), aux Baudoins, 1.620 livres, à Gillet ;

7 arpents et demi de bois dits La Vallée, en deux pièces, 2.100 livres, à Meignen ;

9 arpents de bois en deux pièces : le bois de la Jombarde de 6 arpents (taillis de 15 ans) et le bois appelé le Pré-du-Moine de 3 arpents (taillis de 5 à 6 ans), 3.275 livres, à Barray ; arpents de bois en quatre pièces, près de Bourbeuse, 3.350 livres, à Bazille ;

Vente du 20 mai 1791[10]. — Les bois de la Bourgellinerie de 10 arpents (taillis de 6 ans), le bois des Jalles de 12 arpents et l’étang de la Ricardière de 15 arpents, 4.150 livres, à Louis Guilleimineau et Lefébure ;

Le bois de la Pinsonnerie de 8 arpents (taillis de 13 ans), 2.050 livres, à de Trécesson ;

La forêt du Prieur de 75 arpents dont 30 en réserve (taillis de 26 ans), finage de Villefranche et Cudot, 36.000 livres, à Meignen ;

Le bois du Lièvre de 68 arpents, 20.000 livres, à Meignen ;

La Grande-Métairie : maison et bâtiments, 188 arpents de terre labourable, 13 arpents et demi de pré, terre et taillis, 22.000 livres, à Pierre Rode ;

3 arpents et demi de vigne à Côte-Renard, 1.850 livres, à Morlot et Laimbinet ;

3 arpents et demi de pré et 2 arpents et demi de terre au Ruisseau du moulin de Badelan, 3.075 livres, à de Saint-Phal ;

Étangs de Bourbeuse et de la Chaumotte, en tout 12 arpents, 2.150 livres, à Meignen ;

Étang des Chevaliers, 4 arpents, 800 livres, à Meignen.

Vente du 21 mai 1791[11]. — Ferme de la Provenche ou des Quatre-Vents (50 arpents de terre labourable, 5 arpents de pré, 11 arpents de bois) et 15 arpents de bois aux Forts (Chevillon), 3.200 livres, à Lelevre ;

Vente du 20 mars 1792. — 2 arpents de bois au Trimouillard, 655 livres, à Taillant, Morlot et Rosse ;

2 arpents de bois tenant aux Chôneaux, 715 livres, à Bazille ;

8 arpents de friche près de la Ricardière, 505 livres, à Morlot ;

3 arpents de bois près de la Provenche, 1.050 livres, à Rocher et Allais ;

2 arpents de bois près de la Provenche, 905 livres, à Taillant, Morlot et Rosse ;

1/2 arpent de pré près de la forêt Labbé, 255 livres, à P. Leriche ;

1 quartier de bois, lieu dit Les Loges, (50 livres, à P. Leriche.

Vente du 22 janvier 1793[12]. — 12 arpents de pacage, 030 livres, à Deschamps ;

Vente du 18 brumaire an V[13]. — La Cour des Mallets, 2 arpents 90 cordes, 510 livres, à Carré;

Vente du 2 frimaire an V[14]. — Une maison aux Lindets, avec dépendances, 4 arpents 75 cordes de terre à la vallée des Doms, 1 arpent de terre à la Mardelle et pièces accessoires, 644 livres, à Coeffard ;

Deux maisons aux Lindets, avec dépendances et environ 13 arpents de terre en trois parcelles, 1.044 livres, à Jean Mazé

Vente du 7 frimaire an V — Deux maisons à Bourbeuse, 30 cordes de vigne, 4 arpents 81 cordes de terre, pré» pâture, broussailles, 3.295 livres, à Durocher;

Maison et ses dépendances à Villefranche, 11 quartiers 1/2 de terre, 8 arpents de bois, 1.858 livres, à Debeury ;

Maison et dépendances avec environ 18 arpents, 1.076 livres, à Durocher ;

Vente du 12 frimaire an V. — Maison aux Mallets, avec dépendances et 1 arpent 75 cordes, 352 livres, à Jean Lindé ;

Vente du 16 frimaire an V. — 2 arpents de terre, 110 livres, à Baudon ;

Vente du 28 frimaire an V. — Maison à Bourbeuse, avec dépendances et 55 arpents 86 de terre, 3.777 livres, à Garreau et Henry ;

Une maison avec dépendances et 36 arpents 92 cordes à la Ricardière, 4.499 livres, à Luquet ;

Vente du 29 frimaire an V. — Une maison avec dépendances et 44 arpents 52 cordes de terre aux Chevaliers, 1.956 livres, à E. Delomas ;

Vente du 3 nivôse an V'. — Une maison avec dépendances et 20 arpents 44 cordes de terre aux Chevaliers, 1.382 livres» à Thuilland ;

Vente du 12 nivôse an V. — 4 arpents 87 cordes en cinq pièces, 903 livres, à Thierriat ;

Vente du 8 ventôse an V. — Une maison avec dépendances et 15 arpents aux Lindets, 1.150 livres, à Paul Fouet ;

Vente du 27 ventôse an V. — Deux corps de bâtiment aux Chevaliers et aux Lindets, avec dépendances, et environ arpents de terre, pré, etc., 1.451 livres, à Plaisir ;

Maison sur Villefranche[15] ; autre masure, écurie, et grange inhabitable sur Cudot avec environ 94 arpents de terre en neuf parcelles et un petit étang de 4 arpents, 2.790 livres, à N. Guinebault ;

Vente du 29 ventôse an V. — 500 cordes de terre sur Villefranche, 330 livres, à Gaillard ;

8 arpents, même finage, 704 livres, à Luc Leriche ;

Vente du 22 germinal an V. — 2 arpents au champ de la Beaussonnière, 162 livres, à J.-B. Morlot ;

Vente du 26 pluviôse an VI[16]. — 6 arpents 40 cordes de terre près du bourg de Villefranche, 225 livres, à Joseph Jouisse ;

Corps et bâtiment près le bois avec annexes, 196 livres, à J.-B, Morlot ;

Vente du 16 ventôse an VI. — Maison avec dépendances et 13 arpents 48 cordes à la Petite-Ricardière, 800 livres, à Edme Millon.


cudot

Vente du 9 mai 1791[17]. — La ferme des Marquets, bâtiments et dépendances, 100 arpents de terre labourable, 14 arpents en friche, 4 arpents de pré, 4 arpents de bois et oseraie, 60 à 80 chênes, 12.400 livres, à P. Vincent ;

2 arpents de bois et 20 arpents de friche aux Chêneaux, 1.100 livres, à Vignon ;

2 arpents de bois dits la Fosse-au-Cerf, 800 livres, à Mercier ;

Vente du 20 mai 1791. — 13 arpents de bois en cinq parties celles et l’étang des Maruets de 6 arpents, 7.350 livres, à Vincent ;

8 arpents de bois à la Garenne d’Arblay, taillis de 25 ans, 4.200 livres, à Ragon de Beauchêne ;

Ferme d’Arblay, 100 arpents de terre labourable, 9 arpents de friche, 4 arpents de pré, 3 ou 4 arpents de bois, 9.300 livres, à Gauthier ;

Vente du 20 mars 1792[18]. — 1 arpent de bois et triche, 165 livres ;

Et un quartier de bois, 60 livres ;

Vente du 24 avril 1792. — Environ 30 arpents de friche et bruyère, 825 livres, à Drugé ;

Vente du 12 nivôse an V[19]. — Maison à Arblay, 11 arpents 62 cordes 1/2 de terre et friche, 1.016 livres 8 sols, à Olivier ;

Maison à Cudot avec 23 arpents 1/2 de terre, 1.764 livres, à Jolivet.

dic

Vente du 7 février 1791[20]. — 4 arpents de pré aux Sinions et 4 arpents de pré à la prairie de Plainoise, 3.300 livres ;

5 arpents de pré (Les Forges, Couffrault et la Corniglière), 7.600 livres, à Lasalle.

saint-matrin-sur-ouanne

Vente du 4 mai 1791[21]. — Le moulin de Donzy, 5 quartiers de pré et 1 arpent 25 cordes de terre, 6.700 livres, à Rason.

joigny

Vente du 27 janvier 1791[22]. — 34 arpents de terre et 18 arpents de pré, 27.200 livres, à Radenier.

senan

Vente du 21 mai 1791[23]. — Maison à Chailleuse avec petit terrain, 450 livres, à Lelierre.

champvallon

Vente du 27 nivôse an II[24]. — Maison et ses dépendances et 7 arpents de terre, 5.775 livres, à Roche.

saint-julien-du-sault

Vente du 18 mars 1791[25]. — 14 arpents de pré dits les Prés-du-Ponton, 14.600 livres, à Martineau ;

Vente du 23 prairial an IV[26], — 3 arpents de pré, lieu dit le Petit-Port, 3.168 livres, à A. Genty.

la celle-saint-cyr

Vente du 7 février 1791[27]. — 14 arpents de pré et 6 arpents de terre, 24.000 livres, à L. Guillemineau.

rousson

Vente du 18 mars 1791[28]. — Un moulin et 14 arpents 1/2 de pré dépendant de l’archevêché de Sens, des abbayes de Bonneval et des Écharlis, 53.700 livres, à Martineau.

les bordes

Vente du 19 mars 1791[29]. — 664 arpents de terre dits les Masures et Prises de Vaumorin, 68 arpents de terre dits les Masures d’Apremont, 115 arpents de friche et bruyère entre Apremont et Turbaton, 93 arpents dits le canton de Turbaton, ces quatre pièces d’un seul contenant, 13 arpents dits les Prés de Vaumorin (toutes ces terres avaient été vendues pour 400 livres de rentes à Mégret de Sérilly le 20 septembre 1757), 6.700 livres, à Menu.


Ventes en exécution de la loi du 14 ventôse an IX, faites d’après la loi du 20 mai 1836, l’ordonnance du 14 décembre 1837 et les décisions du Ministre des Finances des 11 décembre 1829, 16 mars 1831 et 27 février 1844.

villefranche-saint-phal et cudot

Vente du 4 août 1831[30]. — 63 ares de terre labourable aux Métairies et environ 32 ares de terre au Champ-de-Devant, 247 £r. 50, à Jouisse et autres ;

95 ares environ de terre près du bois de la Ricardière et 32 ares de terre au Champ des Andouilles, 330 fr., à Levrat ;

31 ares 65 de bois et 74 ares de terre au Champ-Poulain, 165 francs, à Lothier ;

43 ares de bois (bois Mallet), en deux lots, 132 fr., à Maquaire ;

63 ares de bois à la Queue-du-Loup, 165 fr., à Chaimbault ;

24 arpents de terre, 6.750 livres, à Gau ;

Maison[31] et bâtiments avec 24 arpents de terre, 6.900 livres, à Gau ;

Maison avec grange et 24 arpents de terre, 6.950 livres, à Gau ;

Maison avec dépendances et 24 arpents de terre à la Vallée de Talouan, 7.025 livres, à Gau ;

Maison et bâtiments avec 24 arpents de terre à la Vallée de Talouan, 7,225 livres ;

Maison et bâtiments avec 24 arpents de terre à la Vallée de Talouan, 7.525 livres, à Gau ;

24 arpents de terre à Talouan, 4.550 livres, à Houssel ;

Maison, bâtiments, 24 arpents de terre à la Vallée de Talouan, 7.300 livres, à Gau ;

Maison, bâtiments, 24 arpents de terre à la Vallée de Talouan, 7.075 livres, à Hérard ;

7 arpents 40 carreaux de terre à la Bouarderie, 2.075 livres, à Hérard ;

4 arpents de terre à Talouan, 1.525 livres, à Gau ;

Vente du 22 février 1793. — 80 arpents de friches et une pièce, 1.175 livres, à Drouot ;

12 arpents ou environ de terre, à Talouan, 300 livres, à Gau ;

25 arpents de terre appelés la Prise-de-la-Secard, sur Talouan, 3.400 livres, à Trabuchet.

dixmont

Vente du 22 février 1793[32]. — 14 arpents 54 carreaux de terre et friche, y compris 5 maisons, granges, étables, cours, jardins, lieu dit les Hattes, 3.325 livres, à Jouan, etc. ;

48 arpents 1/2 de bois lieu dit les Hattes, 2.405 livres, à Hureau ;

8 arpents 3 cordes de friche, 130 livres, à Violette ;

Une maison, terre et bois d’environ 50 arpents, lieu dit Chaumarderie, 900 livres, à Palicot.

villeneuve-sur-yonne

Vente du 21 mai 1791[33]. — La Maison-Rouge[34], avec dépendances et jardin, 17.000 livres, à Leblanc ;

4 arpents à Froid-Paroi, Vallée de Talouan, 5.020 livres, à Lemoce ;

3 arpents 1/2, 3.250 livres, à Hérard ;

Vente du 21 février 1793[35]. — Maison avec dépendances et 50 arpents de terre labourable et vignes, 1.575 livres, à Gré au et Lemoce ;

6 arpents de terre et broussaille, même finage, 115 livres, à Hureau ;

Une maison et bâtiments avec environ 24 arpents de terre, 6.700 livres, à Hureau ;

Une maison et dépendances, environ 24 arpents 70 carreaux de terre, lieu dit la Vallée de Talouan, à Villeneuve, 5.600 livres, à Gau ;

84 ares de terre en deux lots aux Billarderies et à la Bigarderie, 165 francs, à Raoul ;

63 ares de terre en deux lois à la Grande-Haie et aux Billarderies, 99 fr., à Thuillard ;

1 hectare 89 ares en six lots, Cassis, Sables, Allée-des-Dames, Métairie, Lindets, Petit-Bois, 247 fr. 50, à Lauré ;

44 ares de terre aux Devallières, 66 fr., à Luquet ;

2 hectares 09 ares, en dix lots, en divers climats, 363 fr., à Ligeron ;

23 ares de bois à la Roujetterie, 60 fr. 50, à Anne Guillemineau ;

Bâtiments d’exploitation, avec dépendances, 5 hectares de terre, 5 ares 04 faisant moitié d’une mare commune, 4 hectares 05 ares de bois et broussailles et pré aux Baudoins, 1 hectare 90 ares aux Grands-Champs, 52 ares aux Bouillots, 68 arcs au pré de Laroche, 21 ares dans les Huit-Arpents, 1 hectare 53 ares aux Maisons-Brûlées, 8 ares de terre à la Grande-Lice, 31 ares aux Grands-Prés, 21 ares de pré aux Petits-Prés, 12 ares d’ancien pré à la Queue-du-Loup, 13 hectares 37 ares de terre aux Vieux-Écharlis, 1 hectare 58 ares de bois appelé le Bois-Brûlé, 4.210 francs, à E. Bourreau ;

4 hectares 02 ares terre et bois à la Ricardière, 15 ares pré aux Vieux-Écharlis, 840 francs, à Saillant ;

Une chambre d’habitation, 78 ares de pré, jardin et chênevière aux Tuileries, 2 hectares 49 ares 06 de terre près de la Maison-Chevalier et 7 hectares 91 ares en 22 parcelles de terres, prés et bois en divers climats, 1.830 francs, à Vincent ;

1 hectare 05 ares 52 de terre aux Marchais, 63 ares 31 de terre et 1 hectare 89 ares, en huit parcelles, de pré et terre en divers climats, 473 francs, à Jean Guédu ;

Un bâtiment d’habitation et d’exploitation aux Chevaliers, avec 13 hectares 15 ares de terre en quatre parcelles, 2.430 fr., à E. Guyou ;

Une maison d’habitation aux Lindets, avec jardin, et 5 hectares 17 ares de terre en huit parcelles, 1.240 fr., à Loup ;

3 hectares 38 ares, en treize parcelles, en divers climats, 500 francs, à Pierre Garceau ;

2 hectares 28 ares de terre, pré et bois, en dix parcelles, en divers climats, 297 francs, à Nicolas Poitrat ;

Une maison, aux Vieux-Écharlis, avec dépendances, et 9 hectares 92 de terres, prés et bois en douze parcelles et divers clilmats, 2.243 francs, à Sulpice Dulmand ;

74 ares en trois parcelles en divers climats, 154 fr., à Lenoble ;

7 hectares 69 ares, en 22 parcelles, en divers climats, 1.130. fr., à Joseph Dorare ;

1 hectare 53 ares de terre aux Peschaux, 396 fr., à V. Morlot ;

1 hectare 32 ares, en deux parcelles, aux Peschaux et à la Ricardière, 231 fr., à E. Morlot ;

Un terrain non cultivé où étaient une maison, un jardin, etc., aux Tuileries, et 4 hectares 16 ares, en sept parcelles et divers climats, 660 francs, à Favereau et Millon ;

5 hectares 39 ares, en six parcelles et divers climats, 1.045 fr., à Jean Robert ;

3 hectares 90 ares, en onze parcelles et divers climats, 662 fi, à Ribière et Genêt ;

Un bâtiment et ses dépendances aux Tuileries avec 5 hectares 13 ares, en douze parcelles, 974 fr., à Genêt ;

Une maison d’habitation, bâtiment, jardin, etc., avec 5 hectares 87 ares, en huit parcelles et divers climats, 1.330 fr., à Charles Mazé ;

Vente du 28 novembre 1831. — Une maison, un jardin et 3 hectares 37 ares aux Tuileries et 97 ares, en trois parcelles, le tout, 1.020 fr., à Monraisin ;

74 ares, en quatre parcelles et divers climats, 110 fr., à J. Meunier ;

21 ares au Champ-des-Andouilles, 55 fr., à P. Meunier ;

1 hectare 25 ares, en trois parcelles et divers climats, 192 fr., à Loup ;

Une maison d’habitation et ses dépendances, aux Petits-Moulins, avec 14 hectares 46 ares, en sept parcelles et divers climats, 2.920 fr., à Guyon et Souverain ;

52 ares à la Folie-aux-Cerfs, 82 fr., à F. Delomas ;

1 hectare 72 ares, en six parcelles et divers climats, 264 fr., à N. Grandjean ;

5 ares de vignes aux Mallets, 13 fr. 75, à Berger ;

Une maison à chauffoir, avec dépendances, et 4 hectares 45 ares, en huit pareilles, 1.072 fr., à Levrat, etc. ;

Maison et dépendances, aux Petits-Moulins, avec 15 hectares 11 ares, en sept parcelles et divers climats, 3.290 fr., à Denis ;

Une maison avec jardin, et 4 hectares 76 ares de terre, pré, bots, en onze parcelles et divers climats, 895 fr., à P. Genêt ;

Vente du 2 octobre 1832. — Un bâtiment et ses dépendances, aux. Tuileries, avec 1 hectare 76 ares, en quatre parcelles, 489 fr., à Marie Gareau ;

Vente du 10 mars 1833. — Une maison et ses dépendances et 2 hectares 42 ares, de jardin, chénevière, terre et pré, à la Petite-Ricardière, et 57 ares, en trois autres parcelles, 1.039 fr., à Lalcher, etc. ;

Vente du 21 septembre 1833. — 1 hectare 64 ares en trois parcelles et divers climats, 198 fr., à L. Jacotte ;

Vente du 2 juin 1834. — 55 ares, en trois parcelles, 88 fr., à Martin ;

Vente du 13 avril 1836. — 1 hectare 55 ares, à Cudot, 11 ares de bois sur Villefranche, 242 fr., à Moreau ;

Vente du 1er avril 1844[36]. — 56 ares de pré et terre, à Villefranche, 40 fr., à O. Delanoue ;

Vente du 14 décembre 1844. — Un bâtiment avec dépendances et 53 ares, à la Berrichonnerie, 270 fr., à P. Guédu ;

3 hectares 98 ares, aux Rillarderies, 530 fr., à E. Morlot ;

Vente du 18 janvier 1845. — 1 hectare 89 ares, aux Rillarderies, 427 fr., à L. et A. Chocat ;

63 ares de terre, à la Billarderie, 126 fr., à P. Tonnellier.

cudot

Vente du 4 août 1831[37]. — Une maison et dépendances de 5 ares, aux Tuileries, 165 fr., à F. Beaufumé ;

Lot de 5 hectares 06 ares, en dix parcelles et divers climats, 790 fr., à F. Roullé ;

3 hectares 34 ares, en deux parcelles, 528 fr., à Luquet ;

Vente du 28 novembre 1831. — Lot de 10 hectares 88 ares, en sept parcelles et divers climats, 1.694 fr., à Favereau ;

Lot de 4 hectares 54 ares, en huit parcelles et divers climats, 709 francs, à Tonnelier, etc. ;

Lot de 3 hectares 36 ares, en six parcelles et divers climats, 528 fr., à Ballanger, etc. ;

Lot de 6 hectares 50 ares, en douze parcelles et divers climats, 1.485 fr., à Claude Martroy ;

Une maison d’habitation, avec dépendances, et 5 hectares 16 ares, en neuf parcelles et divers climats, 1.218 fr., à Tonnellier ;

1 hectare 98 «ares, en trois parcelles, 313 fr., à Pierre Guyon ;

3 hectares 46 ares, en six parcelles, 517 fr. ;

Vente du 2 octobre 1832. — 16 ares 80 de terre, à Arblay, 38 fr. 50, à Jolivet ;

13 ares 86, au Marchais-Potier, 1 hectare 28 ares 57 de bois, à la Mardelle, 37 ares 80 au champ Chevalier, 10 ares 55 à la pâture de Méry, 3 hectares 32 ares, en six parcelles et divers climats, 528 fr., à la veuve F. Giroux ;

Vente du 15 janvier 1832. — 4 hectares 79 ares, en sept parcelles et divers climats, 748 fr., à Pierre, etc. ;

Vente du 10 mars 1833. — 2 hectares 78 ares, en deux parcelles, 434 fr., à Martin ;

Vente du 13 avril 1836. — 1 hectare 12 ares, en quatre parcelles, 154 fr., à Moreau ;

Vente du 1er avril 1844[38]. — 25 ares de terre sur Cudot, 75 francs, à J. Dorare ;

25 ares de terre à Cudot, 75 fr., à Luquet ;

Vente du 14 décembre 1844. — 3 hectares 22 ares, au Champ d’Arblay, 190 fr., à Bachelet.

les ruines des écharlis. — la fontaine minérale.

Pendant que les biens des Écharlis sont livrés à des prix dérisoires, Luc Leriche, propriétaire du couvent, commence à démolir les bâtiments qui lui sont inutiles pour en vendre les matériaux. Ses successeurs l’imitent et, quand de Saint-Amand passe à l’abbaye, en octobre 1825, l’œuvre de destruction est presque accomplie. « Des restes gothiques, écrit-il[39], des voûtes, des arceaux, des ogives se dessinent encore, ce sont les seules ruines de l’ancienne abbaye des Écharlis… Les restes des bâtiments sont à présent la possession de six ou sept individus vendant au plus offrant ces ruines monacales et louant à quelques malheureux les cellules qui subsistent encore. »

En 1852, les ruines elles-mêmes ont disparu. « Soixante années, dit Salomon[40], nous séparent de cette époque de lamentable mémoire [la Révolution] ; les révolutions ont bouleversé le sol et plus d’une fois elles ont changé les institutions ; toutefois, la guerre civile n’est pas venue comme aux siècles antérieurs promener dans nos contrées ses hordes dévastatrices ; et pourtant, il ne reste de l’abbaye que la maison conventuelle et le portique d’entrée de l’enclos. Tout la surplus, logis abbatial, salle capitulaire » église moderne, antique sacristie, cloître, tout a disparu, le sol est jonché de ruines. Les murs eux-mêmes du vaste endos ont été en partie démolis. Depuis soixante ans, cette antique et vénérable abbaye n’a été autre chose qu’une carrière où sont venus s’approvisionner tous ceux qui ont eu besoin : le matériaux pour bâtir. Luc Leriche… a… commencé l’œuvre de destruction ; cette œuvre a été continuée jusqu’à nos jours par ses enfants qui y ont conservé leur demeure. »

La maison conventuelle[41], mesurant environ 130 mètres de longueur, subsiste encore, ainsi que la maison abbatiale et des bâtiments d’exploitation.

Il reste aussi du cloître de belles arcades en plein cintre de la fin du xiie siècle que l’on a murées et qui servent de clôture ; « des archivoltes ogives[42] à tores encadrant ces arcades dont les voûtes étaient formées de larges briques posées de champ. L’appareil général de tous les édifices était un moellon de silex avec les baies et les arcades en pierre de taille. »

Du monastère[43] viennent sans doute : le grand chapiteau qui sert de base à la croix du cimetière et le beau pilier formé d’un faisceau de huit colonnettes du xiiie siècle à crossettes et feuillages appliqués qui est surmonté d’une croix de fer et se trouve à l’entrée du chemin de Villefranche aux Écharlis.


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Existe encore le portail d’entrée « qui est formé d’un bâtiment percé d’une large arcade ogivale surbaissée de 4 mètres environ de largeur et de 12 mètres de profondeur, en briques portant sur des piliers de silex d’appareil moyen, à tailloir carré, construit au milieu du xiie siècle », Une partie de la voûte de cette arcade est tombée. « À droite est une petite chapelle carrée du xiiie siècle, objet d’un pèlerinage très fréquenté, dédiée à Notre-Dame de Pitié, dont la statue[44] en bois du xive siècle est au-dessus du porche ; voûtes en ogives à boudins retombant aux angles sur des consoles[45]. » Au-dessus de la porte de cette chapelle se trouve un appentis supporté par deux murs et « deux colonnes[46] renversées à chapiteaux munis de quatre crosses et de feuilles d’eau ».

Luc Leriche a voulu que ses cendres et celles de sa femme reposent en cette chapelle et imposé par testament, à ses héritiers, la charge d’entretenir à perpétuité ce lieu antique et vénéré.

C’est là, comme nous le verrons dans l’Histoire de Villefranche de la Révolution à nos jours, que « chaque année[47] de nombreux fidèles viennent à certaines époques adresser des vœux ou adoucir des regrets ».

Enfin, la fontaine carrelée coule encore abondamment, mais la fontaine minérale, nettoyée et restaurée en 1912, n’a point cette odeur de fer que lui trouvait, au milieu du xviie siècle, Paul Dubé, docteur-médecin à Montargis.

Ce médecin a publié sur les eaux de cette fontaine un traité[48], en latin, ayant pour titre : De mineralium natura in universum, ubi prœsertim de aqua minerali fontis Escarleiarum (vulgo des Écharlis) prope Montargium, cujus vires in usum medicum expenduntur. Opera et studio M. Pauli Dubé, doctoris medici Montisargii.

Après une épître dédicatoire très emphatique au prince Louis de Courtenay[49], seigneur de Chevillon, une épître au lecteur qui se termine par ce vers rétrograde : Ore ferire fero, more ferire fero, et l’approbation de trois docteurs de la Faculté de médecine de Paris, Dubé traite, dans une première partie, de la nature, etc., des eaux minérales en général, puis passe en revue les sources d’eaux minérales en France et ensuite fait connaître la fontaine des Écharlis.

Il décrit d’abord sa situation : « Non loin du bourg de Villefranche, placée entre les deux célèbres villes de Montargis et d’Auxerre, s’élève une antique maison des religieux de l’ordre de Saint-Bernard, appelée les Écharlis ; la contrée est fertile, elle est partie en plaines, partie en prairies et en collines verdoyantes ; elle présente aussi quelques vignes. Dans l’enclos de l’abbaye, on remarque des arbres nombreux et variés… ; c’est de ce côté que vous rencontrez notre fontaine ; le goût du fer qui se fait sentir à son approche fait qu’on la devine presque aussitôt qu’on l’aperçoit. Cette fontaine, qui est près du logis abbatial, est renfermée par une construction faite de pierres parfaitement taillées ; elle a dix pieds de profondeur et quatre pieds et demi de largeur ; son eau coule assez abondamment et fait un doux murmure en tombant dans un petit canal en pierres, d’où, prenant la direction du midi, elle va mêler son eau à celle du ruisseau formé par une autre fontaine (la fontaine carrelée) qui vient de plus loin et qui arrosa et fertilise la prairie. Il est constant par le goût, l’odeur et la couleur de l’eau, que notre fontaine contient un heureux mélange de soufre et de vitriol ; son acidité assez prononcée pique la langue ; une légère odeur de fer monte aux narines et les pierres qui sont en contact avec l’eau se teignent de couleur jaune ; on remarque aussi, et le matin surtout, à la surface du petit ruisseau, une couche grasse assez épaisse qui ressemble à des toiles d’araignées. Je me suis assuré, par l’ébullition, la distillation et la teinture, de la composition de l’eau et je suis ainsi parvenu à reconnaître les qualités qu’elle possède pour le bien de l’humanité. En effet, la teinture ou couleur révèle l’existence de l’acide ; une noix de galle, réduite en poudre et mêlée à cette eau de couleur ordinaire, lui donne une teinte rouge et rosée ; du linge que l’on veut blanchir avec cette eau contracte une couleur jaune qu’on ne peut faire disparaître qu’en employant de l’eau claire, ce qui ne peut être attribué qu’à l’acide ou vitriol. La distillation ne contribua pas moins à faire connaître sa nature, car, à l’aide de cette expérience, on obtient une pâte assez solide qui a la couleur du fer et le goût très acide, ce qui indique qu’elle renferme du fer et du vitriol dans une proportion telle que le fer domine, en sorte qu’elle tient le milieu entre celles de Pougues et de Forges dont les unes contiennent plus de fer que de vitriol, et les autres plus de vitriol que de fer. Du reste, l’eau des Écharlis ne subit aucune influence étrangère, elle est toujours la même ; le changement de température ne l’altère pas ; les pluies d’hiver n’augmentent pas la source, et les chaleurs de l’été ne la font pas tarir : elle conserve constamment sa limpidité. Qui ne s’étonnerait maintenant que cette source ancienne et qui n’a cessé de couler, apparaisse aujourd’hui comme nouvelle, après avoir été inconnue pendant les derniers siècles, accusant ainsi nos ancêtres de négligence ou d’ignorance ! Toutefois, n’accusons pas trop nos pères, auxquels nous devons tant et de si précieuses découvertes, d’avoir ignoré ou dédaigné les vertus admirables de notre eau, car il est certain qu’elle a eu de la célébrité, et que sous le règne de François Ier, elle fut tellement en réputation qu’elle était considérée comme un port assuré contre les ravages de presque toutes les maladies.

C’est à cette époque que Jean de Langeac, évêque de Limoges et abbé des Écharlis, l’estimait tellement qu’il en emportait toujours dans ses longs voyages, ne connaissant pas de remède plus efficace aux maladies qui le tourmentaient ; ce fut lui qui fit construire sa maison abbatiale près de la fontaine pour y recevoir les grands seigneurs qui venaient exprès pour boire de son eau ; nous apprenons aussi, par un manuscrit du cabinet du très célèbre Claude Lhoste, lieutenant général du présidial de Montargis, que, par le conseil de ses médecins, le roi François Ier[50] avait fait avec succès usage de cette eau pour la guérison d’une maladie dont il était atteint.

... Ne suffit-il pas de considérer l’extérieur de la fontaine, ces pierres d’appareil si bien posées qui l’entourent, son lit établi avec tant de soin, et ce canal de pierre qui communique au ruisseau voisin ? Aurait-on pris autant de précautions et fait tant de dépenses pour une eau ordinaire ? Et, pour ne rien oublier de ce qui a rapport à cette fontaine, nous devons appeler l’attention sur l’existence de gonds scellés avec du plomb qui ne permettent pas de douter qu’elle a été autrefois fermée avec soin et qu’ainsi on aurait pu, à bon droit, l’appeler la fontaine scellée (fons signatus).

Que si elle a été abandonnée pendant longtemps, il est permis d’attribuer ce délaissement aux guerres civiles par l’effet desquelles la pieuse abbaye a été dévastée et est devenue déserte ; ces bâtiments avaient été tellement ruinés qu’il n’était plus possible d’y venir chercher un asile et la santé.

Faut-il admettre plutôt que certaines opinions se détruisent, puis renaissent ?… »

Dubé s’étend fort doctement et très au long sur ces qualités et énumère avec force détails les nombreuses affections que guérit l’eau des Écharlis. « À grands frais » et avec une persévérance inouïe, l’art recherche un remède qui soit comme une panacée infaillible contre toute espèce de maladies ; mais la nature, bien supérieure à l’art, semble, dans sa libéralité, nous l’avoir offert dans l’élément de l’eau, non pas de l’eau pure, car Hippocrate enseigne que dans cet état elle ne convient qu’à la constitution des personnes en santé, mais l’eau chargée comme l’est celle de notre fontaine qui, possédant les qualités qu’elle emprunte aux minéraux, débarrasse le corps de toutes ses impuretés, diminue ou détruit la source de la plupart des maladies. »

Dubé regarde donc cette eau comme la panacée universelle ; il l’emploie en toute occasion et cite avec complaisance les cures merveilleuses qu’il attribue à sa vertu : le lieutenant-général du présidial de Montargis qui avait inutilement fait usage de l’eau minérale de Pithiviers, la dame de Châtres, Mlle de Jonville, la dame de Courtenay, MM. de La Jacqueminière, de Bonneval, de Giri, de Cisternay, etc.

Enfin, il indique le régime à suivre avant, pendant et après l’usage de l’eau minérale ; il affirme, dans les termes les plus énergiques, que ceux qui suivront ses avis recouvreront et conserveront aisément la santé « Qui sic navigant, securissimum sanitatis portum facile consequentur », et termine par cette pieuse aspiration : « Laus Deo, Virginique Matri. »

Dom Martenne et Dom Durand[51] mentionnent la fontaine des Écharlis par cette simple phrase : « Il y a devant le logis abbatial une fontaine d’eaux minérales, auxquelles on attribue une grande vertu, principalement pour la gravelle. »

« Dans la cour de cette ancienne abbaye, dit Amand de Saint-Amand[52], existe depuis de longues années une fontaine d’eau minérale dont le roi Louis le Gros, dans les premières années du xiie siècle, vint faire usage avec un succès qui lui a valu une longue célébrité ; des médecins ont écrit des volumes pour vanter des vertus qui furent plus particulièrement efficaces dans les obstructions et les douleurs néphrétiques… Pour moi, j’en ai goûté et je n’y ai trouvé ni saveur ni odeur. »

Faut-il admettre que cette eau a perdu sa vertu ? Il est certain que, depuis longtemps, elle n’a plus de réputation, si ce n’est, comme nous le verrons, auprès des pèlerins qui viennent à la chapelle de Notre-Dame de Pitié.




    de Saint-Maurice-sur Aveyron, Alphonse Mésange» âgé de 80 ans, parent probablement du religieux. J’ai écrit à M. le Secrétaire de mairie de Saint-Maurice-sur-Aveyron qui trouve deux décès : Julien-André Mésange, décédé le 29 juin 1835, à l’âge de 82 ans ; Julien-André Mésange, fils du précédent, décédé le 4 janvier 1840, à l’âge de 47 ans. Ce n’est ni l’un ni l’autre.

  1. Arch. de l’Yonne, série Q, domaines nationaux, abbaye des Écharlis.
  2. Au commencement de cet inventaire, on lit : « J’ai recouvré une partie des titres inventoriés ci-après, en 1842, de M. Hattier, notaire à Villefranche. Signé : Quantin, archiviste. »
  3. Arch. de l’Yonne, série Q, abbaye des Écharlis.
  4. Id., ibid.
  5. 8 août 1791 : Arrêté du département qui porte que Guillemineau, notaire à Villefranche, est créancier de la nation de 3,000 livres que lui devait la communauté des Écharlis. — 10 mai 1791 : Lerodier, maçon à Villefranche, présente une note de 199 livres. Le Directoire du département arrête d’en payer la moitié sans retard. — 5 septembre 1792 : lecture d’une lettre du procureur général du 29 août à laquelle est joint l’arrêté du Directoire du département du 10 autorisant le paiement pour solde de la créance du sieur Lerodier.
  6. Arch. de l’Yonne, série Q, abbaye des Écharlis.
  7. Id., L 824, registre.
  8. Arch. de l’Yonne, Q 34.
  9. Le 1er septembre 1791, Jean Gauthier, charpentier à Joigny, nommé par les administrateurs du district de Joigny pour descendre et enlever les cloches de l’abbaye, remet à Luc Leriche l’ordre des administrateurs ; mais Luc Leriche s’y oppose. Néanmoins, Gauthier, accompagné du greffier Le Bœuf, retourne le lendemain à l’abbaye, Il en trouve les portes fermées et, comme la fille de Leriche, se montrant à la fenêtre, lui dit que sa mère ne veut pas qu’on ouvre les portes, il se retire et va chez le notaire pour relater ce qui s’est passé. (Arch. de l’Yonne, série Q, abbaye des Écharlis.)
  10. Arch. de l’Yonne, Q 34.
  11. Arch. de l’Yonne, Q 34.
  12. Arch. de l’Yonne, Q 36.
  13. Id., Q 172.
  14. Id., Q 215.
  15. Cette vente comprend 38 articles.
  16. Arch. de l’Yonne, Q 219.
  17. Arch. de l’Yonne, Q 34.
  18. Arch. de l’Yonne, Q 172.
  19. Id., Q 215.
  20. Id., Q 33.
  21. Id., Q 34.
  22. Id., Q 33.
  23. Arch. de l’Yonne, Q 34.
  24. Id., Q 174.
  25. Id., Q 33.
  26. Id., Q 205.
  27. Id., Q 33.
  28. Id., Q 33.
  29. Id., Q 34.
  30. Arch. de l’Yonne, Q 251.
  31. Id. Q 173.
  32. Arch. de l’Yonne, Q 173.
  33. Id., Q 34.
  34. « Elle servit de local pour les postes jusqu’en 1900. À cette époque, la maison fut vendue à M. le docteur Durand qui la fit remanier. C’est le numéro 85 de la rue Carnot. La toiture indique encore certain aspect de chapelle. En effet, là était la chapelle ; il était facile, même à cette époque, de voir les traces de l’autel, ses assises avec colonnes. » (Note que M. le chanoine Horson, doyen de Villeneuve, a bien voulu m’envoyer en 1912.)
  35. Arch. de l’Yonne, Q 172.
  36. Ventes faites en vertu de la loi du 20 mai 1836, de l’ordonnance du 14 décembre 1837, et de la décision ministérielle du 27 février 1844.
  37. Arch. de l’Yonne, Q 251.
  38. Loi du 20 mai 1836, ordonnance du 14 décembre 1837, dérision ministérielle du 27 février 1844.
  39. Amand de Saint-Amand, Souvenirs du château de Prunoy (manuscrit).
  40. Salomon, Histoire de l’abbaye des Écharlis.
  41. Elle appartient à deux propriétaires et est habitée par l’un d’eux et par un fermier. On met du fourrage dans des chambres du premier étage.
  42. Quantin, Répertoire archéologique du département de l’Yonne, p. 149.
  43. Il y a, provenant des Écharlis : chez M. Lebègue, aux Barbets, hameau de Villefranche, une plaque de cheminée portant la crosse et la mître ; chez M. C. Collon, demeurant au bourg de Villefranche, une pierre où sont gravées une crosse et une mître et plusieurs cheminées en pierre sculptée ; dans l’église de Douchy, les stalles du chœur et probablement deux gravures représentant un moine en costume blanc et un moine en costume noir, et peut-être aussi, dans l’église de Montcorbon, une statue de N.-D. de Pitié. Sur un des grès qui servent de pont entre la Charderie et l’étang de Couffreau sur le ruisseau qui vient de l’étang de Romerie, on remarque une ligne gravée ayant la forme d’une crosse d’évêque. Ce grès, taillé en forme de borne, est peut-être une ancienne borne de l’abbaye.
  44. Cette statue n’existe plus.
  45. Quantin, Répertoire archéologique du département de l’Yonne, p. 149.
  46. Id., ibid.
  47. Amand de Saint-Amand, Souvenirs du château de Prunoy (manuscrit).
  48. Le traité se trouve à la Bibliothèque d’Auxerre. Salomon, Histoire de l’abbaye des Écharlis.
  49. Ce traité est orné du blason du prince (le Courtenay (3 fleurs de lys et 3 besans).
  50. Nous avons vu que Louis le Gros était venu prendre les eaux aux Écharlis.
  51. Voyage littéraire, p. 185 (1717).
  52. Souvenirs du château de Prunoy (manuscrit).