Histoire de la Commune de 1871 (Lissagaray)/Chapitre 9

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CHAPITRE IX


« Toutes les parties de la France sont unies et ralliées autour de l’Assemblée et du gouvernement. »
Circulaire de M. Thiers à la province, le 23 mars 71 au soir.

La Commune à Lyon, à Saint-Étienne, au Creuzot.

Que faisait la province ?

Elle vécut d’abord sur les bulletins menteurs rédigés par M. Thiers lui-même [1], privée des journaux parisiens ; ensuite courut aux signatures du Comité, et n’y voyant la Gauche ni les parangons démocratiques, dit, elle aussi : « Quels sont ces inconnus ? » Les républicains bourgeois, ignorants du siège, habilement relancés par la presse conservatrice, comme leurs pères disaient : « Pitt et Cobourg », quand ils ne comprenaient pas les mouvements populaires, prononcèrent gravement : « Ces inconnus ne peuvent être que des bonapartistes. » Le peuple, seul, eut de l’instinct.

Le premier écho fut à Lyon ; répercussion nécessaire. Depuis l’avènement de l’Assemblée rurale, les travailleurs se sentaient guettés. Les conseillers municipaux, faibles et timides, quelques-uns jusqu’à la réaction, avaient amené le drapeau rouge sous prétexte que : « Le fier drapeau de la résistance à outrance ne devait pas survivre à l’humiliation de la France. » Cette grosse malice n’avait pas trompé le peuple, qui, à la Guillotière, montait la garde autour de son drapeau. Le nouveau préfet Valentin, ancien officier brutal et vulgaire, une sorte de Clément Thomas, disait assez aux travailleurs quelle République on leur ménageait.

Le 19 mars, aux premières nouvelles, les républicains lyonnais sont sur pied et ne cachent pas leurs sympathies pour Paris. Le lendemain, Valentin fait une proclamation provocatrice, saisit les journaux parisiens, refuse de communiquer les dépêches. Le 21, au conseil municipal, plusieurs s’indignent et l’un dit : « Ayons le courage d’être Commune de Lyon. » Le 22, à midi, huit cents délégués de la garde nationale se réunissent au palais Saint-Pierre. Un citoyen qui arrive de Paris explique le mouvement. Beaucoup veulent qu’on se déclare immédiatement contre Versailles. La réunion finit par envoyer à l’hôtel de ville, demander l’extension des libertés municipales, le maire chef de la garde nationale et faisant fonction de préfet.

Au conseil municipal, le maire Hénon, un des Cinq sous l’Empire, combattait toute résistance à Versailles. Le maire de la Guillotière, Crestin, demandait qu’au moins on protestât. Hénon menaçait de donner sa démission si l’on passait outre et proposait de se rendre auprès du préfet qui convoquait en ce moment les bataillons réactionnaires. Les délégués du palais Saint-Pierre arrivent sur ces entrefaites. Hénon les reçoit mal. Les députations se succèdent, les refus se suivent. Pendant ce temps, les bataillons des Brotteaux et de la Guillotière se préparent ; à huit heures, une foule épaisse remplit la place des Terreaux, crie : « Vive la Commune ! à bas Versailles ! » Les bataillons réactionnaires ne répondent pas à l’appel du préfet.

Une partie du conseil municipal rentre en séance à neuf heures, pendant que l’autre, avec Hénon, tient tête aux délégués. Sur une réponse du maire qui ne laisse plus d’espoir, les délégués envahissent la salle du conseil. La foule avertie se précipite dans l’hôtel de ville. Les délégués s’installent à la table du conseil, nomment Crestin maire de Lyon. Il refuse, fait observer que la direction du mouvement revient à ceux qui en ont pris l’initiative. Après un long tumulte, on proclame une commission communale en tête de laquelle cinq conseillers : Crestin, Durand, Bouvatier, Perret, Velay. Les délégués font venir Valentin, lui demandent s’il est pour Versailles. Il répond que sa proclamation ne laisse aucun doute, on l’arrête. Dès lors, c’est la Commune, la dissolution du conseil municipal, la destitution du préfet, du général de la garde nationale remplacé par Ricciotti Garibaldi que désignent son nom et ses services à l’armée des Vosges. Ces résolutions annoncées à la foule sont acclamées ; le drapeau rouge réapparaît au grand balcon.

Le 23, dès la première heure, les cinq conseillers nommés la veille se récusent et les insurgés doivent se présenter tout seuls à Lyon et aux villes voisines. « La Commune, disent-ils, doit maintenir pour Lyon le droit d’établir et de prélever ses impôts, de faire sa police et de disposer de sa garde nationale maîtresse de tous les postes et des forts. » Ce programme fut quelque peu développé par les comités de la garde nationale et de l’Alliance républicaine. « Avec la Commune, les impôts s’allégeront, les deniers publics ne seront plus gaspillés, les institutions sociales attendues par les travailleurs seront fondées. Bien des misères et des souffrances seront soulagées en attendant que disparaisse la hideuse plaie sociale du paupérisme. » Proclamations insuffisantes, sans conclusion, muettes sur le danger de la République, sur la conspiration cléricale, les seuls leviers pour soulever la petite bourgeoisie.

La commission se trouva de suite isolée. Elle avait pu prendre le fort des Charpennes, accumuler des cartouches, disposer des canons et des mitrailleuses autour de l’hôtel de ville ; les bataillons populaires, à l’exception de deux ou trois, s’étaient retirés sans laisser un piquet, et la résistance s’organisait. Le général Crouzat raccolait à la gare les soldats marins et mobilisés éparpillés dans Lyon ; Hénon nommait général de la garde nationale Bouras, ancien officier de l’armée des Vosges ; les officiers des bataillons de l’ordre protestaient contre la Commune et se mettaient aux ordres du conseil municipal qui siégeait dans le cabinet du maire, à deux pas de la commission.

Très embarrassée, elle invita le conseil à réoccuper la salle de ses séances. Il vint à quatre heures. La commission lui abandonna la place, les gardes nationaux tenant la partie réservée au public. S’il y avait eu quelque vigueur dans cette bourgeoisie moyenne, quelque prévoyance des fureurs conservatrices, les conseillers républicains auraient encadré cet élan populaire. Mais ils étaient, les uns cette aristocratie marchande qui a le mépris des pauvres, les autres, ces orgueilleux qui prétendent administrer les travailleurs, nullement les émanciper. Comme ils délibéraient, ne savaient rien résoudre, les gardes nationaux envoyèrent quelques apostrophes. Leur morgue s’offensa. Ils levèrent brusquement la séance pour aller minuter une adresse avec Hénon.

Le soir, Amouroux et deux délégués du Comité Central de Paris débarquèrent au club de la rue Duguesclin. On les mena à l’hôtel de ville où, du grand balcon, ils haranguèrent la foule. Elle répondit : « Vive Paris ! Vive la Commune ! » Le nom de Ricciotti fut encore acclamé.

Les délégués, jeunes gens sans aucune expérience de la politique et de la province, ne pouvaient vivifier ce mouvement. Le 24, il ne restait sur la place des Terreaux que quelques groupes de curieux. Les quatre grands journaux de Lyon « répudiaient énergiquement toute connivence avec les insurrections parisiennes, lyonnaises ou autres. » Le général Crouzat répandait le bruit que les Prussiens, campés à Dijon, menaçaient d’occuper Lyon dans les vingt-quatre heures si l’ordre n’était rétabli. La commission, de plus en plus délaissée, se tourna encore vers le conseil municipal qui siégeait à la Bourse et proposa de lui abandonner l’administration. « Non, dit le maire, nous n’accepterons jamais la Commune ! » Et, comme les mobiles de Belfort étaient annoncés, le conseil décida de leur faire une réception solennelle.

Les pourparlers avaient duré toute l’après-midi et très avant dans la soirée. Peu à peu l’hôtel de ville se dégarnit. À quatre heures du matin, il ne restait plus que deux des membres de la commission ; ils se retirèrent en relevant les sentinelles qui gardaient le préfet. Le matin, Lyon trouva sa Commune évanouie.

Le soir même où il s’éteint à Lyon, le mouvement éclate à Saint-Étienne. Depuis le 31 Octobre, où l’on faillit proclamer officiellement la Commune, les socialistes n’avaient cessé de la réclamer, malgré la résistance et les menaces du conseil municipal.

Il y avait deux foyer républicains : le comité de la garde nationale, poussé par le club révolutionnaire de la rue de la Vierge, et l’Alliance républicaine, qui groupait les républicains avancés. Le conseil municipal était fait, à deux ou trois exceptions près, de ces républicains qui ne savent résister au peuple que pour se faire briser par la réaction. Le comité et l’Alliance s’accordaient à demander son renouvellement.

Le 18 Mars enthousiasma les ouvriers. L’organe radical, l’Éclaireur, disait sans conclure : « Si l’Assemblée domine, c’en est fait de la République ; si, d’autre part, les députés de Paris se séparent du Comité Central, c’est qu’ils ont de bonnes raisons pour cela. » Le peuple alla tout droit. Le 23, le club de la Vierge envoya ses délégués à l’hôtel de ville réclamer la Commune. Le maire promit de soumettre la question à ses collègues. L’Alliance demanda l’adjonction au conseil d’un certain nombre de délégués.

Le 24, les délégations revinrent. Le conseil annonça qu’il donnait sa démission et siégerait jusqu’à son remplacement par les électeurs qui seraient convoqués à bref délai. Ce jour même, le préfet par intérim, Morellet, adjurait la population de ne pas proclamer la Commune, de respecter l’autorité de l’Assemblée. À sept heures du soir, une compagnie de gardes nationaux relevait la garde aux cris de : « Vive la Commune ! » Le comité central envoya demander à l’Alliance de le joindre pour enlever l’hôtel de ville. L’Alliance refusa, dit que la promesse du conseil suffisait, que les mouvements de Paris et de Lyon manquaient de clarté, qu’il fallait affirmer l’ordre et la tranquillité publiques.

Pendant ces pourparlers, le club de la Vierge accusait la mollesse de ses premiers délégués, décidait d’en envoyer d’autres et les accompagnait pour qu’ils ne pussent fléchir. À dix heures, deux colonnes de quatre cents hommes se présentent devant la grille de l’hôtel de ville, fermée sur l’ordre du nouveau préfet, M. de l’Espée, autocrate d’usine, qui arrivait très décidé à réduire les turbulents. La foule ébranle la grille jusqu’à l’entrée de ses délégués qui demandent la Commune, et, en attendant, l’adjonction d’une commission populaire. Le maire refuse ; Morellet s’acharne à démontrer que la Commune est une invention prussienne. Désespérant de convertir les délégués, il va prévenir M. de l’Espée — la préfecture tient à la mairie — et tous deux, s’esquivant par le jardin, parviennent à rejoindre le général Lavoye qui commande la division.

À minuit, les délégués, n’ayant rien obtenu, décidèrent que personne ne quitterait l’hôtel de ville, allèrent dire aux manifestants d’aviser. Les uns coururent chercher des armes, les autres pénétrèrent dans la salle des prudhommes où ils tinrent une réunion. Les délégués, qui venaient d’apprendre l’échec de Lyon, hésitaient. Le peuple voulait qu’on battit le rappel. Le maire refusait. À sept heures, il trouva un biais, promit de proposer un plébiscite sur l’établissement de la Commune. Un délégué lut cette déclaration au peuple qui abandonna aussitôt l’hôtel de ville.

À ce moment même, M. de l’Espée avait l’heureuse idée de faire battre le rappel que le peuple demandait depuis minuit. Il ramassa quelques gardes nationaux de l’ordre, rentra dans l’hôtel de ville complètement évacué et cria victoire dans une proclamation. Le conseil municipal vint lui communiquer la convention du matin ; de l’Espée refusa de fixer une date aux élections ; le général lui avait promis l’appui de la garnison.

À onze heures du matin, le rappel du préfet a rassemblé les bataillons populaires. Des groupes crient devant l’hôtel de ville : « Vive la Commune ! » De l’Espée fait venir sa troupe, deux cent cinquante fantassins et deux escadrons de hussards qui arrivent en traînant. La foule les entoure ; le conseil municipal proteste ; le préfet doit faire rentrer les soldats. Il ne reste plus contre la foule qu’une haie de pompiers et, dans l’hôtel de ville, deux compagnies dont une seulement est de l’ordre.

Vers midi, une délégation somme le conseil municipal de tenir sa promesse. Les conseillers présents — un assez petit nombre — consentiraient à s’adjoindre deux délégués par compagnie ; de l’Espée refuse toute concession. À quatre heures, une délégation du comité de la garde nationale, très nombreuse, se présente. Le préfet ne veut pas l’admettre, parle de se retrancher, de blinder les grilles. Les pompiers lèvent la crosse en l’air, livrent le passage, et de l’Espée est forcé de recevoir quelques délégués.

Au dehors, la foule s’irrite de ces pourparlers. À quatre heures et demie, les ouvriers de la manufacture d’armes arrivent. Un coup de feu part d’une des maisons de la place, tue un ouvrier passementier, Lyonnet. Cent coups de feu répondent ; le tambour bat, le clairon sonne ; les bataillons se ruent dans l’hôtel de ville, pendant qu’on fouille la maison d’où l’on croit que l’agression est venue.

Au bruit des coups de feu, le préfet rompt la conférence et recommence sa fugue de la nuit. Il se trompe de couloir, est reconnu, saisi, ainsi que le substitut du procureur de la République, ramené avec lui dans la grande salle et montré au balcon. La foule le hue, convaincue qu’il a fait tirer sur le peuple. Un garde national de l’ordre, M. de Ventavon, cherchant à sortir de la mairie, est pris pour le meurtrier de Lyonnet et promené sur la civière qui a porté le cadavre à l’hôpital.

Le préfet et le substitut restent dans la grande salle, une fournaise. On accuse de l’Espée d’avoir, l’année précédente, fait tirer sur les mineurs d’Aubin. Il proteste, n’a pas dirigé ces mines, mais celles d’Archambault. On le presse de proclamer la Commune ou de donner sa démission. Il résiste, discute. Peu à peu la foule, fatiguée, s’écoule. À huit heures, une dizaine de gardes seulement restent dans la salle et les prisonniers prennent quelque nourriture. Le président de la commission qui s’organise dans un cabinet voisin, voyant tout tranquille, se retire. À neuf heures, la foule revient. Les colères renaissent. On crie au préfet : « La Commune, la Commune ! Signez ! » De l’Espée offre de signer, s’il peut ajouter qu’il a été contraint. Il était avec le substitut sous la main de deux exaltés, Victoire et Fillon ; ce dernier, ancien proscrit, cerveau détraqué, se tournait tantôt contre la foule, tantôt contre les prisonniers. À dix heures, il se produit une poussée. Fillon se retourne, lâche au hasard deux coups de revolver, tue son ami Victoire et blesse un tambour. Instantanément, les fusils s’abattent ; Fillon et de l’Espée tombent morts. Le substitut, couvert par le corps de Fillon, a échappé à la décharge. Le lendemain, il fut mis en liberté, ainsi que M. de Ventavon.

Pendant la nuit, une commission se constitua, prise parmi les officiers de la garde nationale et les orateurs habituels du club de la Vierge. Elle fit occuper la gare, s’empara du télégraphe, des cartouches de la poudrière et convoqua les électeurs pour le 29. « La Commune, dit-elle, n’est ni l’incendie, ni le vol, ni le pillage, comme on se plaît à le répéter, mais la conquête des franchises et de l’indépendance que nous avaient ravies les législations impériales et monarchiques ; elle est la vraie base de la République. » Dans cette ruche ouvrière, à côté des mineurs de la Ricamarie et de Firminy, on n’avait pas un mot pour la question sociale. La commission ne sut que battre le rappel, il ne rendit pas.

Le lendemain, dimanche, la ville calme lisait les affiches de la Commune placardées à côté des appels du général et du procureur. Le général engageait le conseil municipal à retirer sa démission ; il vint dire aux conseillers réfugiés dans sa caserne : « Mes soldats ne veulent pas se battre, mais j’ai mille chassepots ; si vous voulez vous en servir, en avant ! » Le conseil ne se découvrit aucune aptitude militaire et en même temps, comme à Lyon, il refusa d’envoyer à l’hôtel de ville, « attendu qu’on ne traite qu’avec des gens honnêtes. »

Le 27, l’Alliance et l’Eclaireur se dégagèrent complètement. La commission se disloqua. Le soir, les quelques fidèles qui restaient reçurent deux jeunes gens envoyés de Lyon par Amouroux. Ils parlèrent pour la résistance et l’hôtel de ville se vidait de ses défenseurs. Le 28, à six heures du matin, il n’avait plus qu’une centaine d’hommes lorsque le général Lavoye se présenta avec les francs-tireurs des Vosges et quelques troupes venues de Montbrison. Un parlementaire fut envoyé aux gardes nationaux, les conjura de déposer les armes afin d’éviter une effusion de sang. Ils consentirent à évacuer la mairie.

De nombreuses arrestations suivirent. Les conservateurs racontèrent qu’on avait vu des cannibales parmi les meurtriers du préfet. Son successeur, Ducros, l’auteur des ponts trop courts de la Marne, plus tard le fameux préfet de l’ordre moral, déposa ainsi devant la commission versaillaise : « On ne respecta pas son cadavre ; on lui fit sauter la tête. Dans la nuit, chose effroyable, un des hommes qui a participé à l’assassinat et qui a comparu devant la justice, vint à un café, offrant aux consommateurs de leur donner des morceaux du crâne de M. de l’Espée et faisant craquer sous ses dents des morceaux de ce crâne. » Ce Ducros précisait : « L’homme avait été arrêté, traduit en jugement, acquitté. » Horrible imagination qu’ont flétrie même les radicaux stéphanois très peu sympathiques à la Commune, où l’Éclaireur voyait un mouvement bonapartiste. Les travailleurs, eux, sentirent bien qu’ils étaient les vaincus et, à l’enterrement solennel de M. de l’Espée, on entendit de sourdes protestations.

Au Creuzot, même défaite des prolétaires. Cependant, les socialistes administraient la ville depuis le 4 septembre. Le maire était Dumay, ancien ouvrier de l’usine. Le 25 mars, aux nouvelles de Lyon, on parla de proclamer la Commune. Le 26, les gardes nationaux passés en revue crièrent : « Vive la Commune ! » et la foule les accompagna sur la place de la Mairie, occupée par le colonel de cuirassiers Gerhardt. Il commande le feu ; les fantassins refusent. Il veut faire charger ses cavaliers ; les gardes croisent la baïonnette et envahissent la mairie. Dumay prononce la déchéance des Versaillais, proclame la Commune. Puis, là comme partout, on resta immobile. Le commandant du Creuzot revint le lendemain avec du renfort, dispersa la foule qui stationnait curieuse et passive sur la place et s’empara de la mairie.

En quatre jours, tous les foyers révolutionnaires de l’Est, Lyon, Saint-Étienne, le Creuzot échappent à la Commune. Descendons le Rhône et courons au Midi.




  1. Le 19 : « L’armée, au nombre de 40 000 hommes, s’est concentrée en bon ordre à Versailles. » Il y avait 22 000 hommes (chiffre donné par M. Thiers dans l’Enquête) totalement débandés. Le 20 : « Le Gouvernement n’a pas voulu engager une action sanglante alors qu’il était provoqué. « Le 21, l’armée est montée à 45 000 hommes. « L’insurrection est désavouée par tout le monde. » Le 22 : « De toutes parts on offre au Gouvernement des bataillons de mobiles pour le soutenir contre l’anarchie. » Le 27, pendant qu’on dépouillait le vote : « Une portion considérable de la population et de la garde nationale de Paris sollicite le concours des départements pour le rétablissement de l’ordre. » Tous ces bulletins officiels furent, a écrit Jules Simon, « depuis le 19 mars jusqu’à la reprise de Paris, écrits, chaque soir, de la propre main de M. Thiers. »