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Histoire de la Révolution russe (1905-1917)/Chapitre XVII

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XVII


La direction des Affaires étrangères appartenait, depuis 1910, à un homme intelligent et honnête, Sazonov. Pendant la seconde guerre balkanique, malgré l’agitation créée par les slavophiles, il maintint le principe de l’action commune des grandes Puissances, à l’encontre de toute initiative de l’une d’elles. Pour conserver la paix, il consentit à la cession de Scutari aux Albanais, exigée par l’Autriche, et n’hésita pas à tancer vertement le roi de Monténégro qui risquait, par son obstination, de mettre le feu à l’Europe. Le premier ministre, Kokovtsev, n’était pas moins pacifique, espérant encore que toutes les difficultés dans les Balkans pourraient être résolues par le concert des Puissances, par l’accord de l’Autriche-Hongrie et de la Russie. La Russie libérale était pacifique comme son gouvernement ; elle était surtout préoccupée de sa situation intérieure, dont l’acuité fut encore accrue pendant le premier semestre de 1914. Lors du jubilé de l’institution des zemstvos (janvier 1914), l’empereur se plut à reconnaître les services rendus par ces assemblées, mais ne dit pas un mot laissant espérer que les pouvoirs de la bureaucratie et de la police seraient restreints, ni que le mode d’élection des zemstvos serait réformé. Au banquet qui termina les fêtes du jubilé à Pétersbourg, Milioukov, s’adressant aux octobristes, prononça des paroles presque menaçantes : « S’il entrait dans l’esprit d’un autre Yuan-Shi-Kai de remplacer la représentation nationale par quelque organe administratif, alors nous serions unanimes à sentir et à agir en citoyens. »

Kokovtsev, qui avait tenté de « boycotter » la Douma, bien que suspect lui-même de libéralisme, fut remplacé le 11 février par Goremykine, homme fort âgé et fatigué qui se définissait lui-même « une pelisse passée de mode dont on se souvient seulement un jour de froid ». Il devait laisser le champ libre aux extrêmes réactionnaires de son cabinet, Maklakov, Stcheglovitov et Kasso.