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Histoire de la Révolution russe (1905-1917)/Chapitre XXVI

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XXVI


Des bruits de paix coururent avec insistance en janvier 1916, bien que le tsar, passant en revue les chevaliers de Saint-Georges (le 2), eût affirmé qu’il ne conclurait la paix qu’après avoir chassé le dernier ennemi du sol russe et en plein accord avec les Alliés. On dit que l’Allemagne avait proposé la paix à la Russie et au Japon. Le ministre des Affaires étrangères, interrogé, répondit qu’il avait simplement laissé sans réponse bon nombre d’offres de paix séparée, mais il n’en précisa ni la nature ni l’origine. Qu’il y eût, en Russie même et dans les hautes sphères, des personnes disposées à trahir l’Entente, c’est ce dont personne ne doutait plus et ce que Roditchev devait dire à la Douma en juillet 1916 : « Le parti qui défend les mesures les plus réactionnaires est formé de gens dont les sympathies vont à l’Allemagne. Ce n’est pas un pur effet du hasard qui, dès le 14 mai 1915, a fait jaillir du sein de ce parti l’aveu qu’il préférait un modeste accord avec l’Allemagne à une grande alliance avec l’Angleterre. Le Gouvernement ne peut s’appuyer sur ce parti. La guerre qui ensanglante l’Europe est tout d’abord un duel entre les idées de servitude et de liberté. »

Ce sont les idées de servitude qui firent arriver au pouvoir un homme jusque-là fort obscur, Boris de Stürmer, membre du Conseil d’Empire et protégé de la coterie Raspoutine. Il succéda le 3 février à Goremykine comme président du Conseil des ministres.

La Douma ne se réunit à nouveau que le 16, en présence de l’empereur, venu pour assister au début de la séance. Stürmer et Polivanov firent des discours patriotiques ; le premier promit des réformes dans l’administration municipale, le second vanta la réorganisation de l’armée. Sazonov tint un langage énergique : les Alliés devaient mettre fin aux appétits voraces du pangermanisme ; la Russie tout entière voulait une Pologne autonome et non démembrée. Milioukov dit qu’il fallait empêcher les Détroits de devenir allemands, mais qu’il n’était pas nécessaire, pour cela, de les annexer à l’Empire ; sur quoi la chancellerie russe publia une note réservant sa manière de voir (24 mars). Au cours des débats, Tchkheidze prononça un discours dont la censure russe interdit d’abord la publication. Il accusait d’égoïsme toutes les grandes Puissances belligérantes et déclara, au nom de ses amis socialistes, qu’il voulait une paix sans annexions ni indemnités, comme la réclamaient les socialistes allemands et autrichiens.