Histoire des églises et chapelles de Lyon/IX

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H. Lardanchet (tome Ip. 269-310).

CHAPITRE IX

COMMANDERIE SAINT-ANTOINE — MISSIONNAIRES SAINT-JOSEPH SAINT-ROCH — RELIGIEUSES SAINT-JOSEPH — FRANCISCAINES DE SAINTE-MARIE-DES-ANGES — FRANCISCAINES DE LA PROPAGATION DE LA FOI — SŒURS SAINT-FRANÇOIS D’ASSISE DE LA TOUR-PITRAT — SAINT-BERNARD — SAINT-EUCHER

SANS épuiser encore la liste des maisons religieuses qui ont vécu et prospéré sous les murs de cette ville, au cours des siècles écoulés, nous rassemblerons dans ce chapitre l’histoire rapide de quelques-uns de ces monastères anciens et récents qui, sans représenter l’importance, ni détenir la puissance d’action des grands ordres, ont pourtant contribué, dans la mesure de leurs forces, à la vitalité sans cesse renaissante de l’Église : Antonins, Missionnaires Saint-Joseph, chapelle Saint-Roch desservie par les Minimes, religieuses Saint-Joseph, Franciscaines de Sainte-Marie-des-Anges, Franciscaines de la Propagation de la foi, et religieuses Saint-François d’Assise de la Tour-Pitrat. Pendant que nous nous trouverons sur la colline de la Croix-Rousse, nous procéderons, pour terminer, à l’étude des églises paroissiales Saint-Bernard et Saint-Eucher.

ANTONINS

Un acte conservé aux Archives départementales du Rhône, fait connaître d’une manière certaine l’origine de la commanderie des Antonins. En voici le contenu succinct : « La maison de Saint-Antoine de Lyon est une annexe de l’abbaye de Saint-Antoine, située au diocèse de Vienne. Cette vérité est établie par un titre très ancien et très authentique, une sentence rendue, le 4 mars 1361, par l’official de Lyon, commis par monseigneur l’évêque du Puy, délégué par Sa Sainteté, sur une contestation entre l’abbé de Saint-Antoine et frère Armand de Rochebaron, commandeur de Bourbonne. Cette sentence a été rendue avec une entière connaissance de cause. Après avoir examiné plusieurs titres, et avoir ouï témoins et parties, elle a jugé que la maison de Saint-Antoine de Lyon a été d’ancienneté, et est de la mense de l’abbaye de Saint-Antoine, qui l’avait fondée par le démembrement d’une partie de son ancien patrimoine dont elle a donné les revenus à ladite maison de Lyon. C’est par cette raison qu’elle n’a pas été comprise dans les rôles des décimes ordinaires et extraordinaires de ce diocèse, ou quand on a voulu les y comprendre Mgr Camille de Neuville, connaissant l’injustice et l’irrégularité de cette imposition, en a arrêté l’effet par deux ordonnances, l’une du 28 février 1672, et l’autre du 18 septembre 1676, parce que les abbayes payent dans les diocèses où elles sont situées pour leurs membres et annexes y unies. » Une ordonnance rendue par François-Paul de Neuville de Villeroi, archevêque de Lyon, ajoutée au bas du mémoire précédent, porte : « Vu ladite requête, la sentence de l’official de ce diocèse du 4 mars 1361, les deux ordonnances de Mgr Camille de Neuville du 28 février 1672 et du 18 septembre 1676, nous avons déclaré la maison de Saint-Antoine de cette ville être véritablement annexe de l’abbaye de Saint-Antoine. Fait à Lyon le 23 novembre 1718. »

On le voit, la Commanderie de Lyon était bien une fille directe de la célèbre abbaye dauphinoise. Cherchons maintenant à quelle époque appartient le monastère lyonnais.

Dès 1246, la Commanderie Saint-Antoine était fixée à Lyon, car une bulle d’Innocent IV, datée du 8 janvier de cette année, confirme les dons faits à l’hôpital lyonnais de la Commanderie. Cette bulle exempte les religieux de tout droit de dîmes, tant à cause de leur hôpital situé à Lyon, que de deux granges l’une appelée Chaussagnon et l’autre Salomon, et du droit appelé vingtain ou carthelage prélevé par cet hôpital sur les grains qui se vendent à la Grenette de Lyon. Ces biens avaient été accordés à l’hôpital par Renaud de Forez, archevêque de notre ville, avec d’autres privilèges et libertés mentionnés dans cette bulle.

Les archevêques de Lyon continuèrent à se montrer généreux à l’égard de ce nouvel essaim de l’abbaye-mère du Dauphiné. On trouve encore aux Archives départementales une donation faite aux religieux Antonins en 1279, et qui indique le but et les œuvres de la Commanderie lyonnaise. En voici des extraits :

« Messire Aymard, archevêque de Lyon, du consentement de monsieur le doyen et du chapitre de l’église de Lyon, fit donation, au profit du grand maître de l’hôpital de Saint-Antoine de Viennois : savoir, de l’église dédiée à Saint-André avec son cimetière et de l’hôpital et les maisons en dépendantes appelées la Contracterie, situées à Lyon, que le seigneur archevêque dit lui appartenir de plein droit, pour le tout, jouir et posséder à l’avenir paisiblement par le grand maître et ses successeurs, avec pouvoir au grand maître, pour faire desservir l’église et l’hôpital de Saint-André, d’y mettre le commandeur et les religieux qu’il jugera à propos. » Cette donation fut faite aux conditions suivantes : « 1° le recteur et les religieux établis pour la direction de l’église et de l’hôpital, seront tenus d’y observer l’hospitalité et de recevoir à l’hôpital les pauvres et infirmes de Lyon et du diocèse, tant ceux qui sont atteints du mal appelé le feu de Saint-Antoine, qu’ils seront obligés de nourrir selon leur pouvoir, comme il se pratique dans les autres hôpitaux dépendant de l’ordre, que ceux qui sont aussi atteints du mal nommé de Saint-André, pourvu qu’ils soient de Lyon ou du diocèse, avec cette différence que, pour ces derniers, le recteur et les religieux ne seront obligés que de les nourrir pendant neuf jours et non au-delà. Quant aux autres pauvres, quelque maladie ou infirmité qu’ils aient, excepté dans les deux cas susdits, on ne sera point obligé de les recevoir dans l’hôpital ; 2° le recteur et les religieux seront tenus d’accepter les domestiques de messieurs les chanoines de Saint-Jean, et des autres qui sont du corps de ladite église, lorsqu’ils seront infirmes pour quelque accident et hors d’étal d’agir, exceptant toutefois ceux qui auront été blessés, lesquels seront nourris et habillés par le recteur et les religieux de l’hôpital pendant le temps qu’ils y demeureront, pourvu qu’ils gardent et observent les règles de l’hôpital. » Comment se procurer les ressources ? La suite du document va l’indiquer : « Permet le seigneur archevêque de quêter dans la ville de Lyon et dans le diocèse, pour subvenir à l’entretien des pauvres, et d’enterrer en leur église et cimetière tous ceux qui y auront choisi leur sépulture, sans préjudicier aux droits de l’église paroissiale. »

Les Antonins, en 1550.

En 1303, on voit la Commanderie Saint-Antoine installée rue Écorche-bœuf, où l’on établit, en 1320, une place entre les bâtiments du monastère et la maison d’un nommé Anziacs. L’ordre Saint-Antoine de Viennois fut autorisé, en janvier 1502, à placer dans ses armoiries un écusson d’or, à l’aigle de sable, au vol éployé. En septembre 1697 seulement, la Commanderie de Lyon vit son blason enregistré à l’armoriai Lyonnais ; il portait : « Un aigle à deux têtes, au vol éployé, diadème et couronné d’or, chargé d’un écusson d’or, attaché à un collier de gueules, au taf d’azur. »

En 1562 le monastère fut pillé par les protestants et privé de tous ses biens ; toutefois, en juillet 1563, « suivant l’édit de paix, le lieutenant général du roi en Lyonnais, Dauphiné, Provence et Languedoc, M. de Vieilleville, enjoint à Barthélémy, Gabiano et autres détenteurs de la Commanderie de restituer au procureur tous ses biens, granges, maisons, et lui rendre ensemble les reliquaires, meubles, titres, par eux pris. »

Au milieu du xviie siècle, on dut démolir une partie des bâtiments qui tombaient en ruine ; on construisit alors un nouvel édifice et on répara les maisons et magasins attenant au monastère. Il importe d’entrer, à ce sujet, dans quelques détails tirés des documents provenant des archives du couvent.

Le 27 août 1611, le grand conseil rendait un arrêt décisif ordonnant « que par le prévôt des marchands de Lyon, alignement sera donné aux religieux de Saint-Antoine pour la construction des bâtiments de la Commanderie sur la rue Mercière, à la charge de laisser par les religieux sur ladite rue une portée et entrée principale, sur laquelle seront les marques de la Commanderie ou hôpital, et de satisfaire par eux aux charges de leur fondation pour la retraite et nourriture des pauvres malades. »

Les réparations et constructions furent importantes comme on en peut juger par les prix-faits et factures datés de 1645 et années suivantes. On reconstruisit aussi l’église avec six chapelles, la sacristie, l’arrière-sacristie, enfin les marches d’entrée de l’église. La nef fut éclairée par dix fenêtres, les chapelles par six et les deux grandes portes surmontées chacune d’un dorman, le tout pour le prix de 800 livres. Les balustres de fer du chœur et des chapelles, coûtèrent 1900 livres tournois. Le beffroi fut construit en 1654 ; les jougs étaient en bois de noyer, le beffroi lui-même, la charpente et les montants en bois de chêne. La même année, le père Basile Graillat, supérieur et procureur de la commanderie, à qui est due la majeure partie de ces réparations, commanda à Pierre Livet, fondeur à Lyon, huit cloches formant accord musical, au prix de 75 livres le quintal de bronze. La première serait du poids de 55 à 60 livres, les sept autres à proportion en augmentant de poids ; les cloches devaient donner respectivement les notes , mi, fa, sol, , mi, fa. Deux ans plus tard, le même religieux commandait aux sieurs Marchai et de Taux, fondeurs de cloches, demeurant à Martini en Lorraine, pour la vieille église du monastère, six cloches de bon métal, la plus grosse de 6 quintaux et les autres à proportion, en sorte que toutes ensemble atteignissent le poids de deux milliers et deux quintaux. L’accord serait parfait et offrirait les six tons : ut, , mi, fa, sol, la.

Dès 1642, le père Graillai, avait commandé à Innocent Madin, peintre de Lyon, six grands tableaux à l’huile avec leurs ornements, moyennant la somme de 565 livres tournois. Le couvent se chargeait de fournir les châssis, molières et toiles. Plus tard, en 1697, on donnait 90 livres au sieur Bernard pour un tableau : Joseph vendu par ses frères ; tableau qui fut posé sur la galerie.

Pour faciliter le passage des chapelles situées « du côté de vent » au chœur de l’église, le père Graillat acheta, au prix de 100 livres tournois, à Claude Fayolle, maître forgeur à Lyon, « l’étendue de 18 pouces d’enfoncement dans la muraille de sa maison, outre le gros de mur et de 6 pieds 8 pouces de hauteur, pour le posage de deux portes en l’angle de muraille mitoyenne séparant la maison de Fayolle sise en la rue Saint-Antoine de Lyon, d’avec les fonds de la commanderie des côtés de bise et du soir ».

Un état des dépenses faites pour la reconstruction du couvent, en 1695, se monte à la somme de 18.731 livres 15 sous. Pour subvenir à cette dépense on emprunta 17.510 livres. La construction de l’église achevée, on songea à procéder à la consécration solennelle. Une difficulté se présentait : la chapelle était contiguë à des maisons particulières, en sorte qu’on ne pouvait en faire le tour comme le réclame le cérémonial. On consulta la Congrégation des rites, qui, par rescrit du 22 août 1655, signé du cardinal de Médicis, évêque d’Ostie, accorda toute dispense, pourvu que dans la cérémonie du sacre on gardât les règles du pontifical Romain.

L’église Saint-Antoine de Lyon possédait de nombreuses reliques, qu’elle conservait avec un soin jaloux. Citons-en quelques-unes. Le 4 février 1650, « Antoine Panotus de Velletri, auditeur de son Éminence Mgr Martius Ginet, cardinal prêtre du titre de Saint-Pierre-aux-Liens et vicaire général de notre Saint Père le pape et de la ville de Rome, en conséquence de l’ordre du cardinal-vicaire », donne au Père Graillat » des ossements de saint René, saint Maxime, saint Simple, saint Aurélian, saint Félix et saint Germain, martyrs ; lesquelles reliques ont été tirées, par commandement d’Innocent X, des cimetières de Rome, et ont été enveloppées séparément de papier blanc, avec au-dessus écrits les noms desdits saints ; les dites reliques mises dans une petite châsse carrée de bois, longue de huit doigts et large de six et trois doigts de haut, couverte d’un tafetas attaché avec trois filets de chanvre, en forme de croix, scellé au-dessus et au-dessous de cire d’Espagne aux armes dudit seigneur cardinal-vicaire. » Le 19 mars 1650, le même cardinal avait donné des reliques de sainte Agathe et de saint Honoré, martyrs, à messire Henri Othenin, chanoine de Besançon, reliques tirées aussi des cimetières de Rome. Elles furent remises, le 8 juin 1603, au P. Graillat par le pieux chanoine.

Antoine de Neuville, abbé de Saint-Just et vicaire général de Lyon.

Le digne supérieur de Saint-Antoine savait reconnaître les services rendus et être généreux à l’occasion. Le 14 janvier 1653, la Compagnie des Pénitents blancs de Lyon, avait assisté processionnellement à la translation des reliques des saints martyrs Marcel, Benoît, Basile, Clément, Denis et Théodore, translation faite de l’ancienne église de la commanderie, dans celle qui venait d’être nouvellement construite. Le Père Graillat, pour donner une marque de la reconnaissance et de l’estime que sa communauté et lui avaient de la piété des confrères, remit, le 31 janvier, aux recteur, vice-recteur et conseillers de celle compagnie, six parcelles de ces corps saints. Le 21 mai 1657, les Pénitents blancs de Notre-Dame du Confalon à Lyon, portèrent processionnellement deux châsses apportées de Rome par Antoine de Neuville, abbé de Saint-Just au diocèse de Beauvais et vicaire général de Lyon. Elles contenaient des reliques de sainte Barbe et de sainte Périgrine, vierges et martyres. En reconnaissance, le père Graillat donna aux confrères quelques parcelles de ces reliques. Le digne supérieur obtint, le 21 mars 1658, de l’abbaye Saint-Antoine de Viennois une relique insigne, conservée dans la sacristie du monastère dauphinois : une dent de sainte Apollonie, vierge et martyre, qui, ayant eu la mâchoire brisée par le bourreau, était particulièrement invoquée par ceux qui souffrent des dents. Cette précieuse relique fut placée, avec honneur, dans la chapelle de la Sainte-Trinité, de l’église des Antonins.

Puisque nous parlons des chapelles de l’église, mentionnons qu’elles furent souvent choisies par des familles de Lyon comme lieu de sépulture. Le 6 mai 1667, noble François Dufaure, conseiller du roi et trésorier des ponts et chaussées en la généralité de Lyon, du consentement du Père Antoine Garrot, supérieur de la commanderie, fonde une messe annuelle dans la chapelle Notre-Dame, située à droite, la plus proche du maître-autel, à condition d’avoir l’usage de cette chapelle et le droit exclusif de sépulture pour lui et sa famille à perpétuité. Il promet d’entretenir la chapelle à ses frais, et établit pour cela une rente annuelle de 150 livres. Les religieux lui permettent de placer en tel endroit de la chapelle que bon lui semble, son écusson, et de mettre sur la voûte du caveau une grande pierre avec ses armes et son épitaphe.

Le 7 octobre 1693, le Père Alexis Dufresne, supérieur de la Commanderie, accorde à Gaspard Fayard, bourgeois de Lyon, le droit de sépulture pour lui, Marguerite Lalive, sa femme, leurs enfants, gendres et descendants, à perpétuité, dans le caveau situé sous la chapelle Saint-Joseph, sans qu’aucune autre personne y puisse être ensevelie. Fayard fonde une messe quotidienne, et pour cela crée une rente annuelle de 200 livres au capital de 4.000 livres. On permet à Fayard de faire graver ses armes sur la pierre qui ferme l’ouverture et de placer contre le mur une pierre où seront transcrites les conditions de la fondation.

Au début du xviiie siècle, de nouvelles réparations furent faites à l’église des Antonins. Les religieux s’adressèrent pour cela à Marc Chabry, peintre et sculpteur de Lyon. Cet artiste de mérite orna l’intérieur de l’édifice de remarquables embellissements. On en trouve le détail dans un acte du 30 janvier 1704, passé entre le supérieur et Marie Andrée Blampignon, femme de Chabry. Cette dernière s’engage à faire terminer les travaux commencés, moyennant la somme de 15.000 livres. « En premier lieu de finir la corniche de marbre et la table d’autel conformément au dessin ; de faire deux aigles jetés en bronze, et dorés ; de faire un cadre de bronze doré autour du bas-relief de marbre blanc qui sert de devant d’autel et de lustrer ce bas-relief ; de dorer les fleurons de cuivre, au nombre de 34, qui doivent orner la bordure du tableau et de fournir les fleurons ; de faire en stuc les deux grandes figures représentant saint Athanase et saint Augustin qui doivent être posées sur les piédestaux avec les génies qui les accompagnent, aussi de stuc, le tout couleur de marbre ; d’achever toute la gloire et ornement en bois avec les anges et génies, suivant le dessin avec les palmiers des côtés, et tout le couronnement qui sera aussi de bois et lequel est dessus le soc posé sur la grande corniche de marbre blanc, ainsi que les consoles des deux chapiteaux des deux pilastres ; de dorer tout ce qui est ornement en bois, les figures et génies blanches de blanc de marbre ; de faire le ruban qui entoure la baguette qui est au-dessus de la face de la grande corniche de cuivre doré de même que tout le reste ; de fournir de plus tous les matériaux et l’échafaud pour l’achèvement du corps d’architecture en marbre, suivant qu’il a été commencé, le tout conformément au dessin ; de peindre le fond de l’autel autour de l’architecture et retable en grisaille, selon qu’il conviendra, et à cet effet de plâtrer le fond d’autel ; d’achever le tableau du maître-autel, et celui qui est inachevé d’un des côtés de cet autel avec les corniches ; de repasser la corniche de pierre blanche de l’église, depuis l’arc-doubleau qui joint la porte de la sacristie jusqu’à l’autel, et de même de l’autre côté ; de faire toutes les baguettes de bois doré, qui doivent faire comme une petite bordure à tous les panneaux de marbre jaspé, au nombre de douze, et aux pilastres, pour séparer le marbre blanc d’avec celui de couleur et de rendre le tout fait et parfait suivant le dessin, pour la fête de saint Antoine 1705. Outre cela, de faire lever les encombres qui seront en l’église à ses frais ; de délaisser à la maison de saint Antoine les deux blocs de marbre blanc qui sont destinés pour les deux grandes figures de saint Athanase et de saint Augustin, avec le marbre des deux génies, et enfin de faire un fond dais de sapin au tableau de l’autel pour le garantir de l’humidité. » Les religieux se réservent le tableau qui servait auparavant au grand autel avec sa bordure et le devant d’autel de bois doré avec ses aigles. Le 30 janvier 1704, mademoiselle Blampignon et Louis Pérille, marchands de Lyon, s’obligent à faire faire par le sieur Chabry, six marches pour l’autel, depuis la porte de la sacristie jusqu’à l’autel, les plafonds et compartiments différenciés de marbre blanc et de pierre. Enfin, le 26 mai 1701, les religieux payent 2.449 livres à Louis Pérille pour l’achat et le transport des marbres destinés à la construction du maître-autel.

Telle est l’histoire de la chapelle des Antonins de Lyon ; cet ordre religieux n’arriva même pas jusqu’à l’époque révolutionnaire. Il fut dissous par décret de Louis XVI, sanctionné par le souverain pontife, et ses biens réunis à l’ordre des chevaliers de Malte dont le futur Louis XVIII était un des principaux membres. Ce qui lit dire aux mauvaises langues que le roi de France avait par ce décret, trouvé un apanage pour son frère.

La commanderie des Antonins de Lyon n’a pas disparu complètement. Sur le quai Saint-Antoine se dresse encore une belle maison dont la façade transformée et l’intérieur aménagé pour des habitations familiales, ont bien un peu changé l’aspect, mais où l’œil exercé n’a pas de peine à reconnaître les restes de l’ancienne commanderie.

Lorsqu’on entre dans la maison du n° 30, quai Saint-Antoine, et que l’on prend à gauche le petit escalier d’une dizaine de marches, on se trouve aussitôt sur un large promenoir en pierre qui devait jadis contourner les bâtiments des religieux. De nos jours ce promenoir n’existe que de trois côtés : de l’autre, il a été remplacé par une installation de bains toute moderne. Ce promenoir se développe sur un vaste rectangle, adossé aux maisons avoisinantes, qui, peut-être, possèdent des pans de murailles du monastère, et il surplombe la cour, de plus d’un mètre.

On accède à la cour par un escalier qui rejoint le promenoir sur l’un des petits côtés du vaste rectangle. Près de l’escalier aux pierres vieilles et usées par plusieurs générations, se trouve une fontaine en pierre datant du temps des religieux : elle manque de style architectural : c’est une masse rectangulaire et haute de près de 1m50. Elle est placée en avant du promenoir sur une petite tour en maçonnerie tronquée dans sa hauteur. Au bas de la tour se voit une gargouille ancienne.

En face de la fontaine et de la tour, le petit côté du rectangle ne possède pas d’escalier, mais le promenoir est percé d’ouvertures dans lequel se trouve quelques marches qui permettent de passer de cette cour dans celle de la maison voisine, avec sortie sur la rue Mercière. Les maisons voisines sont modernes. Pourtant le corps de bâtiments de droite contient des arcs-boutants reliant une maison basse à un bâtiment plus élevé, et, dans un des angles, une vieille tour carrée.

MISSIONNAIRES SAINT-JOSEPH

Jacques Crétenet, dont on va retracer ici la biographie, fut un maître de la vie intérieure ; et, pourtant, il n’a pas trouvé de digne historien parmi ses disciples qui, d’abord, s’appliquèrent à le continuer, puis se perdirent dans le jansénisme. Les annales de l’Église contiennent quelques exemples de cette destinée singulière où toute une vie de vertus, de labeurs et de sacrifices, apparaît écrasée, devant la mémoire des hommes, par l’œuvre même qu’elle avait construite.

Jacques Crétenet était le sixième fils de parents de modeste condition, François Crétenet et Guiette Tisserandis ; il naquit au bourg de Champlitte en Franche-Comté. Son instruction fut assez négligée dans son enfance, mais la facilité avec laquelle il apprit d’un de ses oncles, en très peu de temps, les rudiments de la grammaire, montre qu’il eût été aussi éminent par la science que par la piété s’il avait poursuivi ses éludes. On ignore par quelles conjonctures il quitta, jeune encore, le lieu de sa naissance : « Je sortis, raconte-t-il, de mon pays, à l’âge de quinze ans, sans argent et sans savoir où je devais m’établir, mais avec une grande confiance en Dieu, lequel ne m’a jamais abandonné. » Il s’arrêta à Langres où il apprit la chirurgie, puis s’achemina à Lyon où il arriva sans argent, et d’où il partit presque aussitôt pour se rendre à Grenoble. En route, il rencontra un pieux gentilhomme, le baron de la Roche, qui se sentit prévenu en sa faveur par son seul aspect, lui donna du travail sur ses terres, et le favorisa de plus en plus, en récompense de son zèle, de sa retenue, de sa prudence précoce et de ses bons exemples. Il le conduisit avec lui à son château d’Amnistie, entre Nîmes et Uzès, où le roi l’avait envoyé pour réprimer les Huguenots en révolte. Là, l’humilité de Crétenet eut à se défendre contre les marques répétées de respect et d’admiration qui venaient à lui de toutes parts ainsi que de l’affection d’une jeune fille de la meilleure famille du pays, affection qu’il n’était pas loin, au demeurant, de partager. « Tu te marieras, mais c’est une autre femme que la Providence te destine, » lui dit nettement une voix intérieure. Et en dépit de mille apparences, malgré les conseils des personnes les plus éclairées et les mieux disposées pour lui, il s’en alla. Telle fut la première manifestation du don de prescience que Dieu lui avait accordé.

De retour à Lyon, en 1628, il trouva ample matière à sa charité. La peste désolait la ville : un chirurgien le prit à son service, mais Crétenet ne demeura pas longtemps dans le logis de son maître, parce que celui-ci y gardait une fille de mauvaises mœurs. Il s’en fut, pour la troisième fois, droit devant lui, avec le calme et la simplicité d’un véritable aventurier de Jésus-Christ, s’employa de son mieux au soin des innombrables malades, et conserva la vie tandis que la mort guettait de toutes parts. Un jour qu’il passait dans une rue la tête penchée, les yeux baissés, selon sa coutume, il les releva un instant et considéra une jeune veuve debout au seuil de sa maison. Une pensée vint et resta fermement gravée dans son esprit comme un ordre d’en haut, à quoi il n’essaya pas de se soustraire : « C’est la personne que Dieu t’a réservée pour épouse. » Il l’épousa, en effet, l’ayant reçue de sa mère, après l’avoir traitée avec une honnêteté et une persévérance sans borne. Entre temps, il avait gagné la maîtrise de son art, par un décret des magistrats la promettant à tous les aides-chirurgiens qui resteraient dans la cité, alors que la frayeur du fléau avait mis en fuite beaucoup de maîtres eux-mêmes.

Il reçut avec reconnaissance ces marques de la protection divine comme il avait accepté les épreuves du début de sa vie. Il se confiait par une docilité entière aux démonstrations intimes de sa vocation. C’est ainsi qu’il trouva une directrice parfaite dans la mère Madeleine de Saint-François, supérieure du premier monastère franciscain de Sainte-Élisabeth de Lyon. À dater de là jusqu’à la mort de cette religieuse, qui avait au plus haut degré le secret de la connaissance et de la conduite des âmes, l’histoire de Crélenel se déroule entièrement entre Dieu et la mère Madeleine avec qui il avait des entretiens quotidiens, et qui lui aida à progresser de jour en jour dans les voies de la spiritualité. Crétenet montra, par la suite, des lumières de simplicité et d’apostolat telles que les plus distingués religieux de la ville en étaient émerveillés. On se doute que cela n’alla pas sans exciter la méfiance, puis la raillerie et la haine. La méfiance, bientôt exprimée par des persécutions, vint des gens, même pieux, qui ne voyaient pas sans quelque scandale un chirurgien, ignorant des lettres et de la théologie, pratiquer une vie d’exception, prêcher dans les maisons, réunir des auditeurs chez lui : « C’est de la nouveauté », disaient-ils, « et de la nouveauté contraire à l’ordre établi dans l’église et aux lois de la juste hiérarchie ». La raillerie et la haine venaient des mondains, furieux qu’on les accabla d’un pareil exemple ; ils passèrent des caricatures aux violences. Les conseillers du moyen terme, qui ne manquent jamais en semblable cas, représentèrent à Crétenet en mille raisonnements tirés des meilleurs auteurs, qu’il devait retrancher quelque chose de sa dévotion intempestive, de sa méthode de procéder contre les vices, méthode trop fortement opposée aux maximes et aux habitudes du monde et à sa condition de laïque médiocrement instruit.

On lui remontra aussi et plus encore, qu’il était ridicule à un homme de son âge et de son état de se mettre sous la direction d’une religieuse, et de traverser chaque jour la ville pour recevoir d’elle des conseils d’élite et des règles de conduite singulières, bonnes tout au plus pour des religieuses qui peuvent s’en réserver le luxe, hors des travaux et des sollicitudes du monde. Crétenet, sans s’émouvoir de ce concert presque universel de blâme, prit toutefois conseil, pour la sûreté de sa conscience, auprès de quelques religieux éprouvés en science et en prudence, notamment auprès du Père Arnaud, prieur des Feuillants de Lyon, qui calma les scrupules de son humilité et l’encouragea à suivre son extraordinaire vocation. Les disciples de Crétenet, on peut déjà leur donner ce nom, étaient dès lors quarante ; à des écoliers, séculiers ou clercs, qui voulaient s’affermir dans le bien et l’orthodoxie, s’étaient joints des hommes faits de divers états, métiers ou offices. La calomnie s’en prit alors à ce qu’elle appelait un ramassis de réformateurs, et elle sut mettre, dans son intérêt, des religieux prévenus par les apparences d’une telle nouveauté. Sur ces entrefaites, mourut, en 1612, la mère Madeleine. Crétenet pria beaucoup avec ses confrères pour demandera Dieu un directeur ; il le trouva dans la personne du père Arnaud ; celui-ci souvent éloigné ou absorbé par les intérêts majeurs de son ordre, confiait volontiers à Crétenet les âmes que celui-ci lui avait adressées.

Jacques Crétenet fondateur des Missionnaires Saint-Joseph.

Le troupeau croissait ainsi, et se fortifiait de plus en plus ; le pasteur malgré lui dut le quitter quelques mois, pour se rendre à Paris, député par la compagnie des chirurgiens pour y poursuivre quelques procès qu’ils avaient au grand conseil : preuve que ses confrères ne tenaient pas ce mystique pour moins expert que d’autres dans les choses humaines. Le soin des procès n’occupa pas tellement ses instants qu’il n’y mêlât ses œuvres favorites. S’étant lié d’une étroite amitié avec un chirurgien de Paris très réputé, mais aussi violent qu’habile, il le rendit doux comme un agneau, de sorte que la famille du converti ne pouvait se lasser d’admirer ce changement vraiment extraordinaire. Il convertit aussi un président au grand conseil, malade et incrédule, et lui procura une mort édifiante, ce qui occasionna à Crétenet la connaissance de M. Olier. De retour à Lyon, il s’appliqua davantage encore à la formation de ses compagnons d’oraison, les prenant de préférence parmi les clercs et les prêtres. Un jour qu’il donnait à dîner à quelques-uns d’entre eux, dans sa maison, selon qu’il avait coutume de le faire, il s’y trouva un nouveau prêtre. On en vint à parler de la grande ignorance des peuples de la campagne et surtout du besoin d’instruction qui faisait défaut dans le village de Martignat en Bugey dont ce nouveau prêtre était natif. Crétenet releva de suite ce propos, et s’écria : « Il faudrait, Monsieur, que vous alliez dans votre village avec les prêtres ici présents, afin d’y instruire ces pauvres gens, et vous feriez une œuvre bien agréable à Dieu. » De ces mots naquit, on peut dire, la congrégation instituée plus tard selon les règles. Les prêtres, ainsi poussés, se résolurent avec joie et ardeur à exécuter ce dessein, dès les vacances venues. Crétenet néanmoins, toujours timide à se croire l’instrument de Dieu, tandis que le monde lui prêtait l’orgueil d’un novateur, leur conseilla de s’ouvrir de leur résolution à leurs professeurs de théologie, les Jésuites de Rhodes et de Saint-Rigaud, qui leur promirent de les aider de tout leur pouvoir. Au temps fixé pour commencer ce saint travail, ils obtinrent l’autorisation de M. Deville, grand-vicaire du cardinal de Richelieu, archevêque de Lyon, et, après un pèlerinage à Saint-Claude en Franche-Comté, ils se mirent de plein cœur à l’œuvre, non sans avoir fait le voyage à pied et en jeûnant au pain et à l’eau. Dieu les récompensa : cette première mission fut efficace, et l’on tomba d’accord qu’on en ferait désormais une chaque année. Dès lors Crétenet trouva sa voie : il savait où mener sa pacifique compagnie, qui ne tarda pas à devenir toute une armée. Tandis qu’il se jugeait indigne de monter dans l’Église au-dessus du rang de simple fidèle, il conduisait des prêtres, ce qui l’étonnait bien davantage que le monde, mais autrement, et sans qu’il put croire en cela usurper sur les règles et la hiérarchie, parce qu’il n’ignorait pas que Dieu choisit ses ouvriers où, quand et comment il veut. Le marquis de Coligny et le baron d’Attignat, à la vue du bien produit par les missions dans les rudes cœurs et les faibles intelligences des paysans, eurent des entretiens particuliers avec Crétenet, puis se donnèrent à la profession et à la pratique des plus stricts devoirs de la religion ; ils y amenèrent aussi leurs gens et les vassaux de leurs amples domaines.

Ceci nous conduit à l’an 1651. Cette année fut le baptême de feu de Crétenet et de ses compagnons. Une coalition d’hypocrites et de naïfs, faillit jeter bas l’arbuste encore si faible et si peu enraciné. Une clameur s’éleva contre « l’ignorant qui osait instruire, contre l’homme de petite naissance qui osait régenter » ; cette plainte était faite par tant de personnes de diverses conditions que le faible cardinal de Richelieu, archevêque de Lyon, fatigué et ébranlé de ce bruit, fit afficher, dans les carrefours, une ordonnance, par laquelle il déclarait excommunié « un certain chirurgien qui se mêlait de gouverner les prêtres ; il faisait défense à ces mêmes prêtres de se laisser conduire à l’avenir parles conseils de ce laïque qu’il sommait de comparaître devant lui, pour être examiné sur sa doctrine et ses empiétements. »

Crétenet ne perdit pas son humble assurance sous ce coup terrible. Il se crut excommunié, et l’on devine sa douleur. Toutefois, Dieu abrégea une si rude épreuve. Le bon cardinal n’était pas depuis une heure en colloque avec lui, que déjà le prélat était gagné ; il l’avoua fort honnêtement : « M. Crétenet, si je puis vous servir, je le ferai de tout mon cœur. » Un des missionnaires, M. Toniet, était revenu de la campagne pour dire au cardinal ce qu’étaient les missionnaires. Le prélat répondit : « Allez, Monsieur, continuez, le doigt de Dieu est là. » Puis il lit diligence pour retirer sa malheureuse ordonnance et en effacer l’impression dans le public. Toutefois cette persécution ne fut pas la dernière ; il s’en produisit deux autres très violentes, dont l’une au Puy, l’autre à Lyon même.

Crétenet enhardi, prit des pensionnaires dans sa maison, lança plus au loin ses moissonneurs d’âmes, se justifia de nouveau, avec ses fils spirituels, des sottes calomnies, et connut enfin la consolation indicible de voir triompher l’œuvre à laquelle il travaillait comme si elle eût été nécessaire à son salut même. Le prince de Conti ayant pris dans sa maison un des missionnaires pour aumônier, protégea la compagnie et l’employa dans le gouvernement du Languedoc à la réformation des mœurs et à la conversion des hérétiques. Quelques années plus tard, l’archevêque consentit qu’ils fissent un établissement à Lyon ; et à cet effet, le prince de Conti leur obtint des lettres patentes du roi, qui leur permettait de s’établir aussi dans le Lyonnais, à l’Île-Adam dans le diocèse de Beauvais et à Bagniol en Languedoc. L’acte archiépiscopal d’établissement, en date du 5 octobre 1661, est long et détaillé, mais n’apprend rien que nous ne sachions. Il spécifie que les missionnaires Saint-Joseph seront prêtres, et ne fixe pas de bornes étroites à leur zèle de prédicateurs et d’instituteurs du peuple de la campagne et de la ville. Il nomme les premiers membres de la congrégation ; ce sont : Claude Cochet, Claude Dufour, Pierre Togmei, François Perrillon, Jean Légeret, Gaspard-Laurent Vidonne, Joseph Fiasse, Jacques de la Chanal, Jean Angelot, Jean-Claude de Colis, Jean-Baptiste Troltet, J.-B. Piclet, Jean-Claude Colon, Gaspard Biraud, Joseph Biord, Claude Béthenod, J.-B. Michel, Aymé Caillat, Marin Décoult, André Chaton, enfin Jean Morel.

Le marquis et la marquise de Coligny fournirent généreusement aux dépenses de la fondation, et aidèrent à l’éclosion de la nouvelle légion de missionnaires qu’on appela la communauté des Pères missionnaires Saint-Joseph de Lyon. Crétenet lui donna ce nom pour marquer que l’humble vie de saint Joseph devait en être la règle et que les pauvres en devaient être l’objet.

La fin de l’existence de Crétenet ne connut plus guère d’obstacles. Il était demeuré veuf avec un fils et une fille : celle-ci parvint à une vertu éminente sous l’habit des sœurs Franciscaines du couvent Sainte-Élisabeth. Le renom de sa sainteté se répandit dans tout le royaume.

Le temps était loin où Crétenet était couvert d’épigrammes, dues non à ses ennemis, mais à des dévots restés sceptiques à une intervention aussi inattendue de Dieu et à l’humble audace du saint homme. N’avait-on pas, en façon de thème moqueur, proposé aux beaux esprits des salons moitié littéraires, moitié théologiques, à deviner les trois cas d’un gentilhomme qui faisait le catéchisme à la porte des églises ; d’un maître coutelier, qui, en aiguisant ses lames, se répandait en vives controverses contre les hérétiques ; enfin d’un chirurgien qui dirigeait des prêtres. On ne s’en était pas tenu là. La devinette changée en acte d’accusation ou de suspicion, où le nom propre n’était plus voilé, avait été offerte à l’examen d’une assemblée du clergé présidée par saint Vincent de Paul, qui connaissait et estimait fort Crétenet. Le bon monsieur Vincent ne fut pas arrêté par le problème. Il le trancha par un acte d’humilité en présence de l’illustre assemblée, et trouva sans hésitation que ces trois originaux faisaient honte aux prêtres de leur relâchement et de leur ignorance.

Crétenet consomma son originalité en recevant le sacerdoce presqu’au terme de sa vie. Les obstacles n’avaient pas manqué. Toutefois, se trouvant en prières devant le Saint Sacrement, dans l’église Saint-Romain, le 18 novembre 1665, jour de la fête de ce saint, il lui parut que Dieu le voulait prêtre. Crétenet le voulut aussi d’un irrésistible mouvement, auquel céda lentement Mgr Camille de Neuville, prélat temporisateur.

Crétenet obtint de Rome la permission de prendre les ordres hors les temps prescrits par les canons, et, d’accord avec son ordinaire, il se rendit à Belley, où étant arrivé, le 6 août 1666, il reçut, le lendemain dimanche, le sous-diaconat, et le mardi suivant, fête de Saint-Laurent, le diaconat. Mgr de Belley qui lui conféra les ordres, était si infirme, qu’on attribua aux prières de Crétenet la force soudaine qu’il retrouva. Enfin, le jour de l’Assomption, il fut ordonné prêtre dans la cathédrale, à la grand’messe en musique qu’il avait attendue, en prières au pied de l’autel, depuis cinq heures du matin. Il mourut quelques jours après, le 1er septembre 1666, dans des sentiments de résignation et de joie. Dieu lui avait annoncé le 25 avril 1660 qu’il n’avait plus que six ans à vivre, ce dont il se réjouit fort ; et un peu plus tard, il avait été assuré aussi par une communication surnaturelle qu’il serait prêtre à temps pour l’éternité. Telle fut en résumé la vie de cet homme de qui la simplicité et l’humilité montrèrent et opérèrent des choses merveilleuses.

SAINT-ROCH

La chapelle Saint-Roch de Choulans, dite aussi Saint-Roch-hors-les-Murs, « était située à mi-coteau de Saint-Irénée sur une haute terrasse plantée d’arbres qui dominait la Quarantaine et l’hôpital Saint-Laurent. On y accédait par un chemin qui partait de la montée de Choulans et aboutissait au côté sud de la terrasse après avoir serpenté à travers les jardins et les vignes. Précédée d’un porche, elle était de forme carrée, oblongue, et se terminait en pan coupé au levant. Deux portes cintrées fermaient l’entrée principale ; deux portes latérales s’ouvraient lune au nord, l’autre au midi, une troisième au fond conduisait à la sacristie. Quatre fenêtres cintrées, deux au nord et deux au midi, éclairaient l’intérieur. Elles étaient ornées d’antiques vitraux dont une partie , tout au moins, était l’œuvre de Bertin Ramus, célèbre peintre-verrier lyonnais du xvie siècle. »

Voici à la suite de quels événements fut construite cette chapelle. En 1348, la peste avait envahi notre ville et causé de tristes ravages. « Des lettres du roi Jean II le Bon, en date du 3 mai 1351, accordant aux Lyonnais une taxe de deux deniers par livre sur les marchandises vendues dans leur ville », attestent la diminution de population causée par le fléau qui ne s’en tint pas à cette première preuve de sa meurtrière puissance. Dans ce même siècle et au siècle suivant, il sévit de nouveau et notamment dans l’été de 1457 jusqu’à la Saint-Martin. Au xvie siècle, il renouvela ses ravages accoutumés qui suivirent de près les dévastations des protestants. En quelques mois de l’année 1564, il enleva, au témoignage de Claude de Rubys, « plus de 30.000 citoyens, c’est-à-dire presque la moitié des habitants ». Ce fut alors que le fameux Père Jésuite, Edmond Auger, fondateur du collège de la Trinité, aujourd’hui lycée Ampère, voua Lyon à Notre-Dame du Puy.

Douze ans se passèrent sans retour de la terrible épidémie que l’on croyait éloignée à jamais, lorsqu’elle reparut en mars 1577, et jusqu’à la fin d’avril multiplia ses ravages plus encore qu’auparavant. » Des prières publiques et des jeûnes furent ordonnés pour fléchir la colère de Dieu ; et le consulat fit vœu d’élever une chapelle sous le vocable de saint Roch » imploré, comme on le sait, contre les maladies contagieuses.

Claude de Rubys raconte ainsi l’événement : « La peste cessa tout à coup au mois de may et lorsque l’on pensait qu’elle se deust rengreger pour les chaleurs survenant… Le jour du vendredy sainct tout le peuple catholique jeûna au pain et à l’eau. L’on fil vœu de bastir une chapelle en l’honneur de Monsieur sainct Roch, laquelle fut puis bastie des aumosnes des gens de bien, hors la porte Saint-Georges, en une petite colline dépendant du prieuré de Saint-Hirigny (Saint-Irénée), vis-à-vis l’hospital des pestiférez », ou exactement des deux hôpitaux à cet usage, Saint-Laurent et Saint-Thomas.

plan de saint-roch de choulans
(d’après un document des archivas municipales).


A Avenue Saint-Roch.
BB Les deux portes d’entrée séparées seulement par un pillié.
C Porte à droite du côté de vent.
D Porte à gauche du côté de bize.
E Bancs de Messrs du Présidial.
F Bancs de Messrs du Consulat.
G Balustrade de bois devant l’autel.
H Autel.
I Sacristie.
KK Deux portes que l’on peut faire facillement pour éviter la croisade.
L Terrasse.
M Porche

Toutefois, l’accomplissement du vœu que relate le vieil historien, fut différé pendant quatre ans, après quoi la peste éclata de nouveau en 1581. Les échevins s’empressèrent d’acheter « à Pierre Christofle, maître-maçon à Lyon, un tènement consistant en un jardin avec vigne, situé sur le territoire de Chiollans » ou Choulans. Pierre Christophe l’avait acheté, en 1358, de messire Pierre de Digny, prieur, au nom du chapitre Saint-Irénée, pour le prix de 400 écus.

Le mal s’accroissant de jour en jour, on hâta la construction du sanctuaire, dont la première pierre fut posée le 31 mars 1581, comme l’indique le procès-verbal, dont nous citerons la fin : « Cejourd’huy, dernier jour du mois de mars mil cinq cent quatre vingt et ung, par délibération du conseil d’estat, tenu près la personne dudit seigneur de Mandelot, gouverneur de Lyon, et luy insistant à ce, a esté faicte procession généralle de tous les ordres et estats de la dite ville, où presque tout le peuple a assisté, laquelle est sortye de la grande église de Sainct Jehan, et de là passant par la porte Sainct-George, est montée sur un petit coteau de vignes, des dépendances du prieuré de Sainct-Hérigny, lequel coteau est par-dessus la vigne de Sainct-Nizier, et tout vis-à-vis de l’hôpital de Saint-Laurens et de la fontaine de Choulan, où ont esté faictes les fondations ou premiers projets de la dite chappelle ; la première pierre de laquelle a esté ce jour posée par mondit seigneur de Mandelot, officiant monsieur Jacques de Mestret, de l’ordre de Carmes, évesque de Damas, suffragant de l’église de Lyon, tout le clergé de ladite ville y assistant et psalmodiant, et après ce, est la dicte procession montée à Sainct-Just et de là, descendue à la dicte église de Sainct-Jehan, où la grand’messe a été dévotement célébrée. »

Le monument achevé, la première messe y fut célébrée, le 23 juillet 1581, en présence du gouverneur. « On confia la garde de la chapelle aux Pères Minimes qui, moyennant une somme annuelle de vingt écus, furent chargés de la desservir, chaque dimanche. On arrêta que chaque année, le premier vendredi après Pâques, il y aurait une procession générale à laquelle assisterait le Consulat. » Mais les bâtiments des hôpitaux Saint-Laurent et Saint-Thomas, pour considérables qu’ils fussent, ne suffisaient pas à contenir tous les malheureux atteints de la peste. Déjà en 1511, le Consulat avait fait construire des cabanes dans le pré d’Ainay. Il acheta de plus, du sieur Pons Murard, le tènement de la Fleur de lys, appelé plus tard la Quarantaine, situé au lieu de la Ferratière, ainsi qu’une maison et un jardin joignant les hôpitaux mêmes, et que les frères Athanase avaient vendu au sieur Pons Murard.

Dans le courant de l’année 1582, le Consulat chargea Bertin Ramus, peintre verrier de Lyon, d’orner de vitraux la chapelle. Celui-ci s’engagea « moyennant 130 écus d’or, à livrer les trois victres, avec leurs ferrures et treillis de fil d’archal, auxquelles victres serait dépeinct, scavoir : en celle du milieu, ung grand crucifix avec les ymaiges de Nostre-Dame, de sainct Jehan et de Marie-Magdaleyne, et aux aultres les ymaiges ou effigies de sainct Roch et de sainct Sébastien avec aussi les armoyries de monseigneur l’archevêque (Pierre d’Épinac), de monseigneur de Mandelot et de la ville. »

Le sanctuaire Saint-Roch devint dès lors un lieu de pèlerinage très fréquenté. Au reste, ce n’était pas trop de cette abondance de prières ferventes pour traverser les mauvais jours qui allaient se présenter. Au mois d’août 1628, la peste, après avoir désolé l’Italie et remonté le midi de la France, ravagea Lyon et fit 35.000 victimes en cette seule année. Toutes les histoires de Lyon sont pleines du détail de la catastrophe. La peste ne désarma pas. Elle revint, quoique moins impitoyable, en 1631, en 1638, en 1642, et ne disparut pour toujours, qu’à la suite du vœu formulé, le jeudi 12 mars 1643, parle Consulat de Lyon. Celui-ci était composé de : Alexandre Mascrany, trésorier général de France en la généralité de Lyon, prévôt des marchands, Louis Chapuis, Janton, Bornel, Guillaume Lemaistre et Jean Pillehotte, échevins, assemblés en l’Hôtel de Ville. On sait comment ils mirent Lyon sous le patronage de Notre-Dame de Fourvière.

Dès 1628, en pleine épidémie, le Consulat était tombé d’accord sur des réparations à faire à la chapelle Saint-Roch aux dépens de la ville ; mais ce ne fut qu’en 1644 que l’on agrandit et embellit la chapelle, d’après les dessins de Simon Maupin, agent-voyer de la commune. En 1643, la compagnie royale des Pénitents de Notre-Dame de Confalon y fit élever un autel « garnit icelluy de tableaux et aultres ornements à ses frais et despens », et y fonda une messe anniversaire à perpétuité.

En 1666, eut lieu, non loin de ce paisible rendez-vous de la prière et de la reconnaissance, un attentat dont les suites retentirent dans toute la France. Le jour de l’Ascension, à 11 heures du matin, le sieur Lanchenu, de naissance obscure, envoyé à Lyon par la faveur de Colbert, pour recouvrer, au nom du roi, les taxes mises sur les gens de justice, revenait en carrosse, avec sa femme, de la chapelle Saint-Roch. À la Quarantaine, huit arquebusiers de la compagnie de la ville, déguisés et masqués, le rouèrent de coups de bâtons, au point de le laisser pour mort sur la place, et s’enfuirent traversant la Saône sur une barque. Lanchenu ne mourut pas de ses blessures. Comme sa charge était d’état, le crime était de lèse-majesté au premier chef. Il porta plainte au conseil du roi. En même temps, Laurent de la Vehue, prévôt des marchands de Lyon, trésorier de France, comte de Chevrières et baron de Curis, se reconnut spontanément responsable de la correction, correction trop vive, on en conviendra. Il allégua que cet homme l’avait gravement insulté dans son propre hôtel, et que les émissaires soudoyés avaient dépassé son juste désir de châtiment. Le fond de la querelle était, paraît-il, que Lanchenu ayant promis mariage à une dame Faure, veuve d’un neveu de Laurent de la Vehue, n’en avait pas moins épousé Mme Michon, et que le prévôt des marchands lui ayant fait de vifs reproches, il ne lui avait répondu que par des injures. Le 31 juillet 1666, Laurent de la Vehue, connut son arrêt sévère : il était condamné à payer 12.000 livres de dommages-intérêts à Lanchenu, et à avoir la tête tranchée. Le premier échevin Colas Prost de Grange Blanche et les huit arquebusiers tenus pour complices en étaient quittes le premier pour la corde, les autres pour la roue. L’hôtel de Laurent de la Vehue devait être démoli. Mais il fut sursis à cette démolition, et quelques années après, le roi accorda des lettres de grâce à tous les condamnés.

Il y avait près d’un siècle, que, chaque année, le premier vendredi après Pâques, se faisait solennellement la procession générale du vœu public. Le 26 avril 1680, une échauffourée, suscitée par une discussion de préséance entre messieurs du consulat et les membres de la sénéchaussée et du présidial, l’interrompit par un grand scandale. La cérémonie ne reprit son cours qu’en 1682. Elle fut remplacée en 1790 par une sorte de cérémonie civique. Le culte de saint Roch n’était pas toutefois éteint, puisqu’en juillet 1791 le bureau du conseil municipal consentait à quelques réparations urgentes à la chapelle, qui n’échappa pas pour cela, un peu plus tard, au destin de tous les monuments religieux.

Elle fut vendue, en 1796, comme bien national, pour la somme de 6.600 francs : « Cette chapelle », lit-on dans l’acte de vente, daté du 27 messidor an IV de la République française (15 juillet 1796), « est précédée d’un porche dont la superficie, y comprise celle de la chapelle, est d’environ 1.738 pieds ; la terrasse qui l’entoure contient en superficie 5.865 pieds, mesure de Lyon. La construction consiste en un corps de bâtiment de forme carrée oblongue, terminée en pan coupé au levant ; deux portes ceintrées, formant une entrée principale, deux portes latérales, l’une au nord et l’autre au midi ; puis une troisième donnant dans la partie formant sacristie, laquelle est séparée de la chapelle par une cloison en planches. Au-dessus de la sacristie est un entresol, auquel on parvient par un escalier en bois. Cette chapelle prend ses jours par quatre fenêtres ceintrées, deux au
Saint-Roch au xviie siècle.
(Restitution de M. R. Lenail.)
nord, deux au midi, lesquelles sont absolument dénuées de toute fermeture. Le pavé est en partie en dalles et en partie en carreaux terre cuite ; le plafond est en lambris en forme de voûte surbaissée. » On excepte de la présente vente les objets intérieurs, tels qu’autels, tableaux, statues, meubles et le bénitier isolé. En août 1807, le culte de saint Roch fut transféré dans l’église paroissiale Saint-Georges, ainsi qu’en témoigne un acte ecclésiastique, indiquant que l’ancienne chapelle a été détruite pendant les troubles de la Révolution ; l’acte est signé de M. Allibert, pro-secrétaire, pour les vicaires généraux Courbon, Renaud et Cholleton.

Au souvenir de la chapelle Saint-Roch se lie étroitement celui de la fontaine de Choulans. R semble que le nom de ce territoire soit tiré du nom de la fontaine ou source qui coulait, avant la construction du chemin de Choulans, au milieu de la montée, vers Saint-Irénée, et que le plan de 1550 appelle Cholan. Plus anciennement, dans les actes de vente ou de limitation, c’était la fontaine de Siolan, vocable dont Paradin propose une étymologie plus que singulière. « R y avait une fontaine », écrit-il en 1573, « que les antiques documents et pancartes nomment Siloa fons ou Siloé, du nom de celle qui est en la Palestine, au pied du mont de Sion. De ce nom est demeuré un vestige dans la langue du vulgue, qui nomme cette fontaine Siolan. »

Le plus ancien titre connu où il soit question de la fontaine de Siolan, est un acte en latin du 12 mars 1470. Au cours des années 1549 et 1550, la ville de Lyon fit refaire à neuf le pavé « depuys le repositoire de l’eau de la fontaine de Choulans, tout le long du chemyn, par dessus les corps qui conduisent la dite eau jusque à l’hospital Sainct-Laurent, où la dicte fontaine va sortir, auquel lieu l’on met les pestiféreux ». En 1550 et 1551 elle fit réparer la fontaine « de l’hospital Sainct-Laurent-des-Pestiférés et le pillier qui soutient l’imayge de sainct Laurens, qui est le lieu où sort la dite fontaine, qui étoit rompu en divers lieux. »

Guillaume Paradin rapporte aussi qu’il y avait de son temps, près de l’hôpital Saint-Laurent-des-Vignes, « une arche antique », bâchasse de pierre creuse, servant à recevoir l’eau de la fontaine de Choulans. Cette arche était un tombeau gallo-romain, élevé sub ascia à une grande dame du nom de Tertinia Victorina par son mari et ses deux filles, comme l’attestait l’inscription.

En 1621, le consulat reçut une requête de Camille de Neuville, abbé d’Ainay, sollicitant une partie des eaux de la fontaine de Choulans, pour les conduire sur l’autre rive de la Saône et les employer à l’embellissement du jardin de l’abbaye. En souvenir des services rendus à la ville de Lyon par la famille de Villeroy, notamment par M. d’Halincourt, le consulat fit abandon gratuit à l’abbé d’Ainay, pour lui et ses successeurs qui appartiendraient à cette famille, de la totalité des eaux de Choulans, sauf pendant les temps de contagion, où ces eaux étaient destinées au service de l’hôpital Saint-Laurent affecté aux pestiférés. Aujourd’hui, la fontaine coule à vingt mètres environ au nord du château de Choulans ou maison des Tournelles, dont l’entrée est au numéro 38 du chemin de Choulans, dans l’enclos qui dépend de cette vieille habitation. R y a peu d’années encore elle sortait de terre, une trentaine de mètres plus haut à l’ouest.

RELIGIEUSES SAINT-JOSEPH

On sait ce que furent sous l’ancien régime les sœurs Saint-Joseph du Puy, la plus chère pensée de saint François de Sales, réalisée par Mgr de Maupas, évêque du Puy, et par le P. Médaille, Jésuite, après que la Visitation se fut décidément renfermée dans le cloître, un peu contre son nom même. Le pieux et aimable évêque de Genève, en effet, en instituant avec Mme de Chantal une congrégation nouvelle, avait voulu un renouvellement, une continuation de la visite de la Vierge Marie, c’est-à-dire des religieuses visitant les misères humaines et guérissant les ignorances qui en sont la cause ; en un mot il avait conçu le dessein d’unir étroitement les travaux de Marthe à la contemplation de Marie-Madeleine. On comprend qu’il ne se résigna pas sans regret à suivre le conseil de Mgr de Marquemont, archevêque de Lyon, qui l’obligea moralement à mettre en clôture les religieuses de sa nouvelle congrégation. On sait que saint Vincent de Paul réalisa pleinement l’idéal du prélat, par la fondation des Filles de la Charité.

Les sœurs Saint-Joseph du Puy, fondées pour se donner aux soins des malades et à l’éducation des enfants, logèrent d’abord au Puy, chez Lucrère de La Planche, dame de Joux, puis elles s’assemblèrent dans l’hôpital de cette ville, le 15 octobre 1650. Mgr de Maupas les autorisa solennellement par son ordonnance du 10 mars 1651, et les recommanda à ses collègues dans l’épiscopat, puisque, écrivait-il, elles n’ont été établies que pour faire revivre l’esprit de la première institution que le bienheureux François de Sales fit des sœurs de la Visitation Sainte-Marie. Après que Mgr de Maupas eut été transféré à Évreux, son successeur, Mgr Armand de Béthune, ne fut pas un moindre protecteur, un moindre père des filles Saint-Joseph. Il confirma leur institut par décret du 23 septembre 1665. La congrégation, fortifiée par les lettres patentes de Louis XIV, en 1666, s’établit à Saint-Didier et en plusieurs villes et bourgades du Velay ; elle n’avait pas quinze ans d’existence que déjà elle s’étendait au-delà de son diocèse d’origine, dans ceux de Clermont, de Grenoble, d’Embrun, de Gap, de Sisteron, de Viviers, d’Uzès et dans d’autres, tant son institution répondait à un besoin évident.

Appelées à Lyon, les sœurs furent approuvées par François-Paul de Neuville de Villeroy, archevêque de Lyon, le 1er juillet 1729 ; elles s’installèrent dans la maison de Force, dite maison de recluses, où on enfermait, par ordre de police, les mauvaises femmes ; elles aidèrent aux directeurs de la maison, et leur empire sur les âmes dévoyées était tel qu’il n’était pas rare de voir certaines recluses demander à entrer au noviciat et devenir de bonnes religieuses.

Jusqu’à la Révolution, la congrégation se montra fidèle à sa vocation, partageant sans jalousie l’immense champ de son travail avec des compagnes nées dans le même temps : les sœurs séculières de la société Saint-Joseph, établies à Bordeaux en 1638, et les hospitalières Saint-Joseph, fondées à La Flèche en 1642. La congrégation, après les troubles révolutionnaires, renaquit dans les sœurs Saint-Joseph de Lyon qui, à leur tour, devinrent mères des religieuses Saint-Joseph de Belley, de Bordeaux, de Chambéry, d’Amérique. Il ne faut pas les confondre avec les sœurs Saint-Joseph de Cluny, fondées en 1807. Les religieuses de Lyon se formèrent un peu avant cette date, sous les auspices de Mgr Fesch, conseillé par l’abbé Cholleton, alors curé de Saint-Étienne, fondateur et restaurateur discret de congrégations et de sociétés charitables. En 1816, la ville de Lyon fut choisie par l’autorité diocésaine pour être le centre de la congrégation ; le noviciat y fut établi à la même époque. L’institut fut approuvé du gouvernement par décret du 23 mars 1828.

Mère Saint-Jean, née Fontbonne, qui, en 1793, avait confessé la foi, gouverna les religieuses avec une prudence digne d’éloges. Sa sainteté lui mérita d’assister au prompt développement de l’Institut. Ce fut elle qui établit les colonies aujourd’hui indépendantes de Belley, de Bordeaux, de Chambéry et d’Amérique. À Annecy, elle eut le bonheur de voir ses filles logées au berceau même de la Visitation, par un admirable retour que la Providence avait préparé. Lorsqu’elle mourut, dans la maison-mère de Lyon, Dieu lui ménagea une digne héritière en la mère du Sacré-Cœur de Jésus, nommée dans le monde Marguerite-Marie-Virginie Tézenas du Montcel, l’une des familles les plus distinguées et les plus chrétiennes du Forez. Née le 8 décembre 1795, Virginie parut, dès son enfance, prédisposée à sa future vocation. Sa mère avait coutume de la mener avec elle dans les maisons religieuses du pays : elle revenait, de son propre élan à la maison dite de Mi-Carême, que les sœurs Saint-Joseph possédaient à Saint-Étienne. Elle y entra définitivement le 2 novembre 1821. Son excellente éducation, la maturité de sa raison, le charme de son esprit, ses connaissances variées, son habitude de l’autorité, sa familiarité avec les enfants et les pauvres, en un mot, ses qualités et ses vertus la désignaient pour les charges de l’Institut. Dès sa profession, elle fut nommée maîtresse des novices, puis, peu après, supérieure de Mi-Carême qu’elle sauva des dissensions spirituelles et de la ruine matérielle. Enfin on lui imposa la charge d’assistante générale en l’appelant à Lyon. Lorsqu’elle remplaça mère Saint-Jean, supérieure générale, le 16 mai 1839, elle fut élue à l’unanimité moins une voix : « Quoi, une voix contre elle », s’écria une des religieuses ? — « Rassurez- vous, lui répondit-on, c’est la sienne ».

Elle ne trompa pas les espérances qu’on avait mises dans sa ferme douceur, dans sa foi « contagieuse » suivant l’expression de sa digne assistante, sœur Marie-Louise, dans son art consommé de plier ou d’incliner les volontés sans paraître y toucher. Elle s’appliqua à réformer les religieuses autant qu’elle avait pris soin d’instruire jadis les élèves. Elle avait pour maxime singulière que les élèves faisaient autant, sinon plus, pour leurs maîtresses, sans trop le vouloir, que les religieuses faisaient pour leurs pensionnaires. Il n’y eut pas de maison où elle n’introduisit sou esprit propre qui était de charité et de pieuse habileté. Et comme une bonne gestion est un succès du spirituel, elle remit en état les établissements qui défaillaient faute de prudence.

La congrégation était riche en établissements ; elle y ajouta encore, en fondant Chambilly, en Saône-et-Loire, Chessy-les-Mines, Morancé, Sain-Bel, Lérigneux, un peu plus tard Limonest et les Ardillats. À Barcelonnette, elle fit construire un hospice pour les vieillards. Elle prêta ses sœurs au grand séminaire d’Ajaccio pour l’administration de l’infirmerie, de la lingerie et de la cuisine, et à l’école des Carmes de Paris pour les mêmes occupations. Mais c’est à Lyon surtout qu’elle se multiplia. Elle fonda, en 1851, dans cette ville, pour laquelle elle éprouvait une légitime prédilection, deux salles d’asile, l’une établie d’abord sur la paroisse Saint-Jean, puis rue Dorée, l’autre rue des Trois-Passages, sur la paroisse Saint-François. La même année, elle organisa une crèche où les religieuses gardent les enfants pour faciliter les mères pauvres travaillant au dehors. Pour suffire à cet heureux accroissement d’œuvres, elle dut agrandir la maison de Lyon, que mère Saint-Jean avait déjà augmentée d’un nouveau corps de logis ; elle acheta dans ce but un clos limitrophe, et lorsqu’on parut lui faire quelques remontrances sur son audace, elle alla de l’avant et n’eut pas à s’en repentir.

Chapelle des religieuses Saint-Joseph aux Chartreux.

En 1853, la Guillotière lui demanda des religieuses pour une salle d’asile, et Saint-Rambert-sur-Loire pour un hôpital, tandis qu’elle fondait, sans la vaine crainte de l’avenir, Magneux, Dompierre, Montbellet, Magnet, enfin un pensionnat à Vernaison. Cependant, elle se plaignait d’une ombre à ce beau tableau ; depuis longtemps, elle souffrait de l’exiguïté et de la pauvreté de la chapelle de la maison-mère. La mort de madame Tézenas l’ayant mise en possession de sa fortune, elle résolut de la consacrer tout entière, s’il le fallait, à cet objet qui lui tenait au cœur : « Je veux la simplicité pour la maison, dit-elle à l’architecte, M. Bresson, mais pour l’habitation de Dieu, il n’y aura rien de trop beau. Le cardinal de Bonald bénit solennellement la première pierre de la nouvelle chapelle, à la fin de 1833. L’édifice et les peintures qui le décorent ne furent achevées qu’après plusieurs années. L’on y célébra la première messe le jour de Noël 1856. C’est un véritable bijou artistique dont on trouvera plus bas la description.

Mère du Sacré-Cœur put prier de longues années encore dans sa chapelle devenue l’idéal qu’elle avait conçu. Après avoir été réélue supérieure générale, comme pour la première fois, c’est-à-dire, unanimement, elle ne cessa de procurer le bien de sa congrégation, et, parla, celui de milliers d’âmes d’enfants. À sa mort, qui survint le 19 mars 1867, on remarqua que, par une faveur particulière, elle était née le jour de l’Immaculée Conception, et qu’elle décéda le jour de Saint-Joseph.

D’après une statistique datant de 1893, le nombre des religieuses de la congrégation était de 3.000. On estimait à 38.000 le nombre des enfants qui fréquentaient les écoles dirigées par les sœurs. L’institut possédait 366 établissements répartis dans les diocèses ci-après : Lyon, Autun, Ajaccio, Grenoble, Montpellier, Moulins, Tours, Valence, Digne, Limoges, Dijon, Nîmes, Carcassonne, Poitiers, Luçon, Angers, Amiens et dans l’Asie-Mineure : Adana, Césarée, Sivas. En 1891, répondant à l’appel du Révérend Père provincial de la Compagnie de Jésus, la supérieure générale a accepté la fondation de trois établissements dans les missions de l’Asie-Mineure, et déjà plus de 500 élèves fréquentent les écoles dirigées par les sœurs.

La chapelle des religieuses Saint-Joseph est de style roman. Dès qu’on y pénètre, on est frappé par l’heureuse disposition adoptée par l’architecte. L’espace disponible était relativement restreint, et la communauté fort nombreuse : aussi a-t-on décidé et réalisé la construction de vastes tribunes, les plus vastes peut-être des églises lyonnaises. L’architecte a, pour ce motif, été obligé de surélever la hauteur des voûtes, ce qui donne à l’intérieur de l’édifice un aspect de grandeur peu commun. Les tribunes sont soutenues par de belles colonnes suffisamment espacées pour ne pas masquer la vue d’ensemble.

Le chœur surtout est remarquable par la pureté de la ligne et les richesses dont on l’a revêtu. Les peintures dont on l’a orné sont l’œuvre de l’artiste Sublet et méritent une description détaillée.

Trois plans superposés partagent l’abside. Sur le premier, d’un mètre et demi de hauteur, sont peints neuf tableaux richement encadrés. Au centre, celui de la Nativité, où l’on remarque l’expression touchante du bœuf et de l’âne réchauffant de leur souffle l’Enfant-Dieu, et l’astre miraculeux qui projette des flots de lumière sur la crèche, à travers un groupe de quatre anges adorateurs ; à droite et à gauche, saint Pothin et saint Irénée, debout, ornés de leurs vêtements épiscopaux : le premier porte une croix et un tableau de la Vierge avec l’Enfant-Jésus, le second tient d’une main un livre et de l’autre la palme du martyre. Plus loin, à gauche, saint Joseph éveillé par un messager céleste et, en regard, à droite, la Fuite en Égypte. Suivent immédiatement, des deux côtés, saint François de Sales, second patron de la congrégation, et sainte Thérèse, modèle des religieuses. Le second plan, haut de soixante-dix centimètres n’est, à proprement parler, qu’une frise. La ville de Jérusalem peinte à gauche, la ville de Rome à droite, représentent l’ancienne et la nouvelle loi ; de chacune des deux cités symboliques sortent six agneaux allant se réunir, dans le centre, au Divin Agneau immolé, dont la tête auréolée est surmontée d’une croix et qui porte au cœur une blessure d’où jaillit un ruisseau de sang vermeil, le fleuve de la vie rédemptrice. Le troisième plan occupe plus des deux tiers de l’abside. Tandis que sur les autres, les personnages sont inférieurs à la grandeur naturelle, ici ils la dépassent. Au centre, paraît le Christ plein de mansuétude ; au-dessus, le Père Éternel étend majestueusement les mains. Entre le Père et le Fils, au sommet de la croix, plane et repose l’Esprit-Saint. Une auréole elliptique de séraphins aux ailes de feu, environne les trois personnes de la Sainte-Trinité. Au pied de la croix se tiennent, à droite la Sainte Vierge et sainte Madeleine, à gauche saint Jean et Marie Salomé. La hauteur de ces personnages atteint les genoux du Sauveur et coupe l’auréole séraphique. Plus haut encore, sur les bras du Christ s’avancent, rompant également l’auréole, deux anges aux ailes déployées, aux tuniques flottantes, les yeux baignés de larmes et portant chacun un calice d’or, où ils recueillent l’un le sang et l’autre l’eau sortis du flanc divin. Près du calvaire, à droite, entre deux palmiers, l’on voit le groupe des personnages qui furent les causes ou les précurseurs des mystères de l’Incarnation et de la Rédemption : Adam et Eve à genoux, dans l’attitude de coupables repentants ; devant eux saint Jean-Baptiste montrant l’Agneau de Dieu. À gauche, dans un antre groupe, entouré aussi de palmiers, se trouvent Abel, un genou en terre, tenant dans ses bras un agneau égorgé ; Abraham agenouillé, armé du glaive étincelant avec lequel il s’apprête à immoler Isaac que figure un second agneau ; Melchisédech offrant le pain et le vin d’une vigne au vert feuillage qui entrelace gracieusement de ses pampres les branches des palmiers.

Les deux plans du tympan supérieur représentent : le premier, les quatre évangélistes avec leurs attributs ; le second, la sainte Famille dans la gloire, environnée du cercle symbolique de l’éternité, et assis sur des trônes d’une éclatante blancheur au milieu d’esprits célestes.

Les fresques des chapelles latérales ont pour sujets l’Annonciation et la Mort de saint Joseph. Ces chapelles sont dédiées l’une à la sainte Vierge, l’autre à saint Joseph. Elles possèdent des autels de marbre blanc et les fresques sont l’œuvre d’un bon élève de Sublet.

FRANCISCAINES DE SAINTE-MARIE-DES-ANGES

Les œuvres de Dieu germent et se préparent dans le silence et la prière. Il en fut ainsi pour la congrégation Sainte-Marie-des-Anges , dont la maison-mère se trouve à Angers, mais qui est lyonnaise et par son fondateur et par sa communauté établie dans notre ville. Le Père Chrysostome, de Lyon, des frères Mineurs Capucins, venait de prononcer ses vœux au couvent de Marseille. Désirant partir pour les missions, il fut désigné pour le Brésil. Sa famille désolée fit des démarches à Rome pour empêcher son départ. Arrivé à Aix-en-Provence, en septembre 1856, il apprit que son départ était retardé, et qu’il était désigné pour le couvent de cette ville. Sa vie s’écoulait calme et paisible : il prêchait, confessait et priait plus encore. C’est dans la prière qu’il eut le désir de fonder Chambilly, en Saône-et-Loire, Chessy-les-Mines, Morancé, Sain-Bel, Lérigneux, un peu plus tard Limonest et les Ardillats. À Barcelonnette, elle fit construire un hospice pour les vieillards. Elle prêta ses sœurs au grand séminaire d’Ajaccio pour l’administration de l’infirmerie, de la lingerie et de la cuisine, et à l’école des Carmes de Paris pour les mêmes occupations. Mais c’est à Lyon surtout qu’elle se multiplia. Elle fonda, en 1851, dans cette ville, pour laquelle elle éprouvait une légitime prédilection, deux salles d’asile, l’une établie d’abord sur la paroisse Saint-Jean, puis rue Dorée, l’autre rue des Trois-Passages, sur la paroisse Saint-François. La même année, elle organisa une crèche où les religieuses gardent les enfants pour faciliter les mères pauvres travaillant au dehors. Pour suffire à cet heureux accroissement d’œuvres, elle dut agrandir la maison de Lyon, que mère Saint-Jean avait déjà augmentée d’un nouveau corps de logis ; elle acheta dans ce but un clos limitrophe, et lorsqu’on parut lui faire quelques remontrances sur son audace, elle alla de l’avant et n’eut pas à s’en repentir.

Chapelle des religieuses Saint-Joseph aux Chartreux.

En 1853, la Guillotière lui demanda des religieuses pour une salle d’asile, et Saint-Rambert-sur-Loire pour un hôpital, tandis qu’elle fondait, sans la vaine crainte de l’avenir, Magneux, Dompierre, Montbellet, Magnet, enfin un pensionnat à Vernaison. Cependant, elle se plaignait d’une ombre à ce beau tableau ; depuis longtemps, elle souffrait de l’exiguïté et de la pauvreté de la chapelle de la maison-mère. La mort de madame Tézenas l’ayant mise en possession de sa fortune, elle résolut de la consacrer tout entière, s’il le fallait, à cet objet qui lui tenait au cœur : « Je veux la simplicité pour la maison, dit-elle à l’architecte, M. Bresson, mais pour l’habitation de Dieu, il n’y aura rien de trop beau. Le cardinal de Bonald bénit solennellement la première pierre de la nouvelle chapelle, à la fin de 1833. L’édifice et les peintures qui le décorent ne furent achevées qu’après et n’eurent plus désormais qu’un cœur et qu’une âme pour aimer, se dévouer et correspondre au zèle infatigable dont chaque jour voyait de nouveaux fruits. De l’exercice de la charité, ces nobles chrétiennes passèrent vite à la vie religieuse. La nouvelle communauté naquit le 2 août 1871, fête de la Portioncule ou de Notre-Dame-des Anges, à qui elle était dédiée.

Le Père Chrysostome Potton, fondateur des religieuses Franciscaines de Sainte-Marie-des-Anges.

Au noble cœur de leur fondateur et père, Dieu avait uni celui de Mlle Rurange, cœur non moins généreux et dévoué, qui, brisant tout ce que le monde a de plus séduisant, venait sacrifier au salut des âmes de belles espérances, les liens de sa famille et les plus pures jouissances du cœur. Fondatrice et supérieure, mère Marie Chrysostome de la Croix possédait la foi et le courage nécessaires à de telles entreprises. Capable des plus grands sacrifices, elle savait alléger le fardeau lourd à de faibles épaules, et rendre heureuses celles que le ciel lui confiait. Telles furent les deux âmes que Dieu plaça à la tête de ses enfants, et sous la conduite desquelles le devoir devint désormais facile et l’épreuve moins rude. Les trois religieuses dont on a parlé, réunies dans une modeste chambre, reçurent des mains de leur fondateur, le cordon de l’ordre séraphique, et le chapelet à l’aide duquel elles connurent la joie dans les tribulations et la force dans les épreuves.

Le 5 août, fête de Notre-Dame-des-Neiges, eut enfin lieu l’ouverture du petit monastère. Les travaux indispensables à l’établissement de l’orphelinat étant à peu près terminés, Mgr Freppel tint à bénir lui-même le berceau des humbles filles de Saint-François. Déjà huit petites filles, privées de l’appui paternel et réduites à implorer les secours de la charité, avaient été abritées, soignées et protégées. Ce jour, où Dieu couronna la foi et les efforts de ses fidèles servantes, la petite maison de la rue Saint-Eutrope avait changé d’aspect ; elle respirait un air de fête ; la cour et la chapelle, richement décorées par la piété des dévoués bienfaiteurs, annonçaient à tous la solennité du jour. Mgr Freppel fit son entrée dans la pauvre demeure de la Reine des Anges : il était accompagné du père Chrysostome, du curé de Saint-Laud, paroisse de la nouvelle communauté, et du Père Leduc, premier bienfaiteur de l’œuvre. Sa Grandeur célébra la première messe, bénit la petite maison et l’œuvre dont il se nomma désormais le bienfaiteur. Le Père Monsabré, religieux Dominicain, conférencier de Notre-Dame de Paris, prêta son concours à la fête. Sa voix éloquente retentit dans l’humble chapelle, appela sur les sœurs les plus précieux dons du ciel et rendit gloire au triomphe de la Reine de ces lieux. Après la cérémonie, les joyeuses orphelines se réunirent à la communauté pour offrir à Sa Grandeur la naïve expression de leur reconnaissance.

La joie ne fut pas passagère, grâce à la bienveillance de Mgr Freppel, permettant aux sœurs de garder le Saint-Sacrement dans leur petite chapelle : il leur laissa par là consolation et force. Elles purent, dès lors, commencer l’œuvre si désirée de sœur Marie Chrysostome delà Croix : l’adoration, but principal de leur institut, joint cependant à une œuvre de charité extérieure, comme l’était le soin des orphelines de la guerre. Chaque jour, interrompant leurs fatigues et leurs travaux, elles venaient, tour à tour, au pied du simple autel de bois, où repose Jésus, épancher leur cœur et ranimer leur courage. Deux fois par semaine le Père Chrysostome célébrait la messe, les autres jours les sœurs allaient à la paroisse, malgré le froid d’un hiver rigoureux, et d’autant plus sensible qu’habituées aux douceurs de l’existence elles durent rompre tout d’un coup avec le bien-être de la vie. Ce n’était pas sans humiliation qu’elles assistaient au saint sacrifice ; la loueuse de chaise, toujours avide du modeste gain qui lui était dû, leur demandait avec opiniâtreté le sou, parfois oublié, plus souvent encore nécessaire à la petite famille. Car tout manquait à l’orphelinat. Les heureux du monde ne se doutaient pas de la misère qui y régnait, et Dieu seul savait comment vivaient les sœurs. Le froid excessif faisait sentir toute sa rigueur et jamais la moindre lueur d’un feu bienfaisant ne venait réchauffer le pauvre intérieur. Pourtant un vicaire général, M. Grimaud, appelé auprès delà supérieure, et témoin des privations dont elle était la première à souffrir, lui remit un jour une aumône pour acheter du bois. Parfois, non seulement le feu mais encore le vivre faisait défaut, on devait se contenter de légumes avariés. Lorsque le dîner était suffisant, la sœur cuisinière pouvait à peine l’apprêter, la cuisine ne renfermant pas les ustensiles nécessaires. Aussi plus d’une fois, alors que les orphelines ne manquaient de rien, les sœurs mangèrent-elles de bon cœur un peu de pain, ajoutant forcément mais gaiement un jeûne de plus à ceux que prescrit la règle.

Cependant la Vierge Marie veillait sur ses enfants, et, par un coup inespéré de grâce, elle vint à leur secours. Bientôt, en effet, les religieuses abandonnèrent la petite maison de la rue Saint-Eutrope, prirent possession d’un local spacieux et d’un jardin assez vaste pour leur permettre de se livrer plus facilement aux exercices de la vie religieuse, en leur donnant à la fois plus d’air, plus d’espace et plus de liberté. Le déménagement fut bientôt fait, le mobilier, simple en qualité et en quantité, étant facile à transporter. Un soir de janvier 1872, n’ajoutant à leur toilette qu’un vêtement propre à les garantir des rigueurs de la saison, elles transportèrent elles-mêmes, à la faveur des ténèbres, le pauvre contenu de leur premier nid. Le lendemain matin, après avoir entendu la messe avant le lever du jour, elles recommencèrent leur pénible travail ; puis, rentrées chez elles dès les premiers rayons du soleil, elles préparèrent les voyages de la soirée : trois jours se passèrent ainsi, partagés entre la prière et le travail. La nouvelle maison était bien ; le jardin contenait une grande serre dont on fit une chapelle ; il la fallut vaste parce que le nombre des orphelines était monté à trente-quatre. Le 6 juin 1872, les trois premières sœurs, dont nous avons cité les noms, reçurent l’habit religieux des mains de Mgr Freppel.

Le Père Chrysostome, s’appuyant sur les traditions de l’ordre séraphique, dont les religieuses reçurent la règle appliquée au tiers-ordre, composa les constitutions, le coutumier, le cérémonial et le règlement des novices. Comme il fallait un moyen d’existence, les sœurs jetèrent les fondements d’un pensionnat dont les ressources devaient aider à l’entretien des enfants pauvres. Dieu bénit ces premiers efforts, et, après des épreuves de tout genre, le nouvel institut fut en possession du magnifique immeuble où se trouvait autrefois le prieuré bénédictin de Saint-Sauveur, autrement dit l’abbaye de l’Esvière, dont l’enclos renfermait la vieille chapelle de Notre-Dame-Sous-Terre, vénérée pendant près de cinq siècles dans la ville d’Angers. La chapelle fut splendidement restaurée, la Vierge replacée dans son sanctuaire, et le concours des pèlerins redoubla. En même temps l’institut se répandit hors d’Angers, et des maisons furent fondées à Saint-Servan, à Hyères, à Lyon en 1894, à Villeurbanne près de Lyon le 15 août 1897, à San-Rémo (Italie) ; enfin quatre maisons dans les Indes, province du Rajpoutana : à Mhow, Ajmere, Kurda et Indore.

Les religieuses Sainte-Marie-des-Anges, dont un essaim est revenu à Lyon, lieu de naissance de leur fondateur, possèdent ici deux chapelles. L’une est située aux portes de Lyon, sur la commune de Villeurbanne, paroisse des Charpennes, l’autre à Lyon même, rue Tronchet. Ces deux chapelles ne sont pas apparentes au dehors, mais ont été disposées dans l’intérieur de la maison ; n’étant pas faites pour le public, elles sont plutôt d’humbles oratoires.

La chapelle de la rue Tronchet est ornée d’un autel simple d’aspect comme le mobilier liturgique qui l’accompagne. L’autel est presque toujours orné de fraîche verdure et des fleurs sans cesse renouvelées par les mains des religieuses adoratrices. Au fond de la chapelle se trouve un petit harmonium pour l’accompagnement des chants de l’office. La chapelle du couvent des Charpennes possède un bel autel de pierre orné sur le devant de colonnettes et d’un bas-relief : le Bon Pasteur. Par côté, deux anges prosternés adorent le Saint-Sacrement, et derrière l’autel, on a placé des statues de la sainte Vierge et de saint Joseph.

PROPAGATION DE LA FOI

En 1834, le petit séminaire Saint-Jodard, au diocèse de Lyon, avait pour l’un de ses directeurs les plus zélés l’abbé Moyne, qui ajoutait au professorat l’administration d’une paroisse voisine privée de curé, et maintes bonnes œuvres, car aucune misère ne s’offrait à lui qu’il ne s’efforçât de la soulager. Une de ses pénitentes paraissait réduite à toute extrémité par les longues suites d’une hydropisie dont elle souffrait depuis plusieurs années ; personne, sinon elle-même, ne doutait que sa fin fut proche ; elle ne pouvait se résigner à la mort, par une apparente opposition aux volontés de Dieu, encore qu’elle fut d’une piété marquée. « Un sentiment plus fort que moi », disait-elle, « me fait espérer ma guérison ».

L’abbé Moyne, après lui avoir donné tous les conseils nécessaires à son cas, eut la pensée d écrire au cardinal prince de Hohenlohe pour recommander à ses prières cette pauvre malade et tout ensemble un projet déjà mûri dans le secret de son cœur et dont il verrait qu’il était agréé ou refusé de Dieu selon qu’il y aurait guérison ou mort de la moribonde. Le célèbre thaumaturge répondit au prêtre, qui lui était parfaitement inconnu, en lui marquant le jour où il commençait une neuvaine à son intention, et en lui envoyant une prière en l’honneur du saint Nom de Jésus. L’avant-dernier jour de la neuvaine, on vit disparaître l’enflure qui enveloppait tout entier et couvrait de plaies le corps de l’hydropique, laquelle, peu après, se proclama délivrée de son mal.

Chapelle des Franciscaines de la Propagation de la foi.

L’abbé Moyne lui confia la pensée dont sa guérison lui semblait l’approbation d’en haut : c’était la fondation d’une congrégation qui aurait pour but unique de consacrer ses prières et le fruit de son travail à l’œuvre lyonnaise de la Propagation de la foi et aux missions lointaines. Cette confidence faite, il dut quitter le séminaire Saint-Jodard pour la cure de Couzon. En 1836, il s’ouvrit de son dessein, qui était devenu une sérieuse résolution, à l’un de ses plus vénérables confrères, curé des Chartreux à Lyon. Celui-ci entrant dans ses vues, le mit en relation avec trois ouvrières qu’il estimait propres à jeter les fondements de l’œuvre. L’année suivante, plusieurs personnes vinrent en accroître le nombre.

La communauté fervente et insouciante des succès humains travaillait la soie sur le métier et apportait au moins le tiers de son gain à la caisse de la Propagation de la foi. En 1839, elle acquit une maison où elle se logea définitivement. En 1840, le cardinal de Bonald bénissant les cloches de Couzon, l’encouragea et lui témoigna une particulière affection qui lui en attira beaucoup d’autres. Mgr Douarre, vicaire apostolique de la Nouvelle-Calédonie, disait notamment : « Mes sœurs, vous demeurerez cachées à Nazareth pendant au moins trente ans, puis vous vous étendrez au loin : je ne suis pas prophète, mais je vous le prédis ». Prophète ou non, il avait parlé juste : jusqu’en 1844, les épreuves les plus douloureuses, contradictions, persécutions et qui pis est, désertions, assaillirent, décimèrent la congrégation naissante.

Dans le courant de 1844, elle fut affiliée par M. Moyne au tiers ordre de Saint-François, avec la permission de l’archevêque de Lyon ; le 6 août, l’abbé Allibert donna l’habit religieux aux huit sœurs qui le composaient ; le 2 juillet 1846, il bénit la chapelle en compagnie de l’abbé Cognet, chanoine de la primatiale, reçut en religion les huit premières professes et prononça lui-même sa profession ; il mourut en 1854. L’humble société ruinée et dispersée en 1848 par l’incendie de ses métiers et rentrée en possession de sa demeure Tannée suivante après avoir établi de nouveaux ateliers à la Croix-Rousse et à Caluire, n’était pas encore au bout de ses peines ; toutefois la Providence veillait jalousement sur elle, et elle ne tarda pas à en donner des preuves.

Mgr de Marion-Brésillac, évêque titulaire de Pruse, avait fondé, à son retour des Indes, la congrégation des Missions-Africaines de Lyon et était mort à Sierra-Leone, regrettant de ne pas avoir pour auxiliaires des sœurs missionnaires.

Le 6 février 1867, M. Planque, son successeur dans la direction de l’œuvre, demanda à Couzon quelques religieuses pour le Dahomey. Les sœurs envoyèrent aussitôt une colonie à Lyon, auprès du séminaire des Missions-Africaines et une seconde le 24 janvier 1868, qu’elles nommèrent proprement les sœurs missionnaires. Celles-ci, après avoir prié Notre-Dame de Fourvière de bénir leur voyage, s’embarquèrent à Marseille, le 26 janvier, à bord du Maris Stella, avec l’abbé Tillier, des Missions-Africaines, huit jeunes Dahoméens que cette congrégation avait instruit chrétiennement dans la colonie agricole de Bouffarik en Algérie, enfin une jeune négresse nommée Philomène. Elles firent une heureuse traversée et fixèrent leur résidence à Porto-Novo, où elles firent beaucoup de bien.

En 1872, elles fondèrent une seconde maison à Lagos, puis furent contraintes de les quitter toutes deux, un peu avant l’expédition française au Dahomey. Mais, comme il arrive presque toujours aux instituts religieux à leur commencement, cette poussée en avant avait fortifié à l’intérieur les Franciscaines de la Propagation de la foi : elles s’augmentèrent par de sérieuses vocations.

En 1872, elles transportèrent leur noviciat à Lyon, au quartier de Monplaisir, puis elles furent appelées à diriger à Lille un hôpital pour enfants des deux sexes qu’elles nommèrent la Maison Saint-Antoine de Padoue et qui est un modèle du genre, ainsi que l’asile des Cinq-Plaies dit des Incurables et des idiotes, où elles entrèrent peu après et dont il n’est plus aujourd’hui qu’une annexe. À ne citer qu’un chiffre, ces deux hôpitaux logèrent en 1894, 600 enfants.

Les principaux établissements des Franciscaines de la Propagation de la foi sont, en plus des maisons de Lyon et de Lille, une clinique chirurgicale et une maison de santé à Boulogne-sur-mer ; à Belleville-sur-Saône et à Couzon, des hôpitaux d’incurables, orphelinats, ouvroirs, et dans la seconde de ces villes, en outre, une salle d’asile. En janvier 1901, on fonda une mission à Maryabad dans le Pundjab, et, en 1902, une autre à Lahore dans les Indes occidentales.

Les constitutions de la congrégation ont été approuvées, le 17 août 1862, par le cardinal de Bonald. La chapelle, située route d’Heyrieux, 179, à Monplaisir, ne comporte qu’une seule net. L’autel de pierre est décoré, par devant, de colonnettes de marbre rouge, encadrant deux rosaces dans lesquelles, sur un fond imitation mosaïque, se détachent des épis et des raisins entrelacés, symboles eucharistiques. Au-dessus de l’autel, on a placé une niche pour l’exposition du Saint-Sacrement, dont le dôme est porté par quatre anges, et, derrière l’autel, une statue du Sacré-Cœur. Le chœur est éclairé par trois modestes vitraux en grisailles. De chaque côté de l’autel, deux anges, placés sur des colonnes, adorent le Saint-Sacrement. À droite du chœur se trouve la chapelle de la Sainte-Vierge, dont l’autel est décoré d’un bas-relief offrant la scène de la Présentation de Marie : le grand-prêtre reçoit la Vierge des mains de ses parents pour l’introduire dans le temple. Au-dessus de l’autel se trouve une belle statue de la Vierge Mère. Plus bas, dans la nef, on a consacré une chapelle à saint François d’Assise : l’autel est orné des armoiries de l’ordre séraphique, c’est-à-dire les bras unis et croisés de Notre-Seigneur et de saint François, et une devise latine dont le sens est : Mon Dieu et mon tout.

À gauche du maître-autel se trouve la chapelle Saint-Joseph, dont l’autel est décoré d’un bas-relief représentant la mort du saint patriarche. Vis-à-vis de chapelle Saint-François d’Assise est placée celle de Saint-Jude, apôtre, surnommé le patron des causes désespérées. Le bas-relief qui décore le devant de l’autel représente le martyre de ce saint apôtre. Au fond de la chapelle se trouve une vaste tribune, sur laquelle on a placé d’un côté la grotte de Lourdes, près de laquelle vont prier les malades de la maison, et de l’autre, la statue de Notre-Dame de Pellevoisin. Dans la chapelle, on voit également à droite les statues de saint Antoine de Padoue et de sainte Élisabeth de Hongrie ; à gauche, celles de sainte Anne et de saint François Xavier.

SŒURS SAINT-FRANÇOIS-D’ASSISE DE LA TOUR-PITRAT

Le 15 décembre 1837, Anne Rollet, issue d’une honorable famille lyonnaise, qui tirait d’Oullins son origine, et Anne Marillon, sa nièce, prirent l’habit du Tiers-Ordre franciscain des mains de M. Allibert, chanoine et secrétaire général de l’archevêché, qui tenait ses pouvoirs du ministre général des frères Mineurs de l’Observance. Le 1er mai 1838, leur mère et grand’mère, madame veuve Rollet, suivit leur exemple. La première s’appela en religion sœur Agnès de la Conception, la seconde sœur Marie de la Croix, la troisième sœur Marie-Françoise.

Toutes trois, dans leur maison des Chartreux et sous l’habit religieux que leur permit Mgr de Pins, administrateur apostolique du diocèse de Lyon, s’appliquèrent à suivre la règle séraphique et à procurer les vertus qui en sont les fruits. Quelques jeunes personnes au courage éprouvé, se joignirent à elles, en entraînèrent d’autres, et ainsi se forma une modeste communauté, ardente à la prière et aux œuvres. Sœur Marie de la Croix, ancienne élève des religieuses franciscaines de Sainte-Élisabeth, était retournée cependant quelques mois dans ce couvent pour s’y perfectionner dans les usages et pratiques du grand ordre. Elle devint, après ce second noviciat, maîtresse des novices de la communauté naissante, dont sœur Marie-Françoise était supérieure et sœur Agnès assistante.

Chapelle des sœurs Saint-François d’Assise de la Tour-Pitrat.

Trois ans écoulés, M. Chauvet, curé de Juliénas en Beaujolais, demanda à la nouvelle congrégation de pourvoir à la direction de l’école de sa paroisse. Sœur Marie de la Croix, accompagnée de deux religieuses, se rendit à cet appel ; en 1834, elle installa à Juliénas un second noviciat de sœurs enseignantes, et devint ainsi la véritable fondatrice. La maison-mère de Lyon était demeurée sous forme d’atelier ; celui-ci fut dévasté, en 1848, par des ouvriers défiants et jaloux. Plusieurs des sœurs qui en sortirent n’y rentrèrent pas, et le noviciat de Juliénas, devenu désormais unique, s’établit, peu après, à Lyon. Sœur Marie-Françoise mourut paisiblement, en 1853, à l’âge de quatre-vingt-neuf ans ; sa fille, sœur Agnès, succomba deux ans plus tard à des douleurs longues et aiguës. Sœur Marie de la Croix succéda à sa grand’mère dans la charge de supérieure générale : sous son gouvernement, la congrégation prit un essor considérable, et fit de toute part des fondations. La maison-mère des Chartreux ne suffisant plus, on acheta un emplacement assez vaste avec maison connue sous le nom de Tour-Pitrat, dont le premier usage fut consacré, le 31 mai 1856, à abriter cinq cents pauvres inondés du Rhône. En 1870, la supérieure logea dans la même maison quatre cents mobiles.

La congrégation avait alors grandement prospéré, puisqu’elle comptait, en 1860, plus de vingt maisons. La part principale de cet accroissement revient à mère Marie de la Croix. C’était une grande âme, instruite, pieuse, expansive, ne croyant que peu au mal, ce qui est le meilleur moyen de le vaincre ; en revanche, elle avait toute foi au bien et à sa multiplication naturelle. Elle mourut le 27 août 1875, après avoir patiemment enduré de longues souffrances.

Les sœurs Saint-François-d’Assise ont gardé, seules de toutes les Tertiaires régulières, ce nom entier, qu’elles méritent ; elles se dévouent essentiellement à l’éducation des enfants, dans les paroisses et les orphelinats, ainsi qu’au soin des malades. Leur second apostolat consiste dans le service des hôpitaux, séminaires et collèges, et dans celui des vieillards et des nouveaux-nés. Avant la loi de 1901 persécutrice des congrégations, elles possédaient trente-quatre maisons habitées par deux cent vingt religieuses. La maison-mère est située à la Tour-Pitrat, rue Saint-François-d’Assise, sur la colline de la Croix-Rousse, en face de Fourvière, d’où on domine toute la ville. À la suite de la fermeture d’un florissant externat, les religieuses ont installé une clinique et une maison de santé dont la prospérité s’affirme de jour en jour.

La chapelle des Franciscaines, spécialement aménagée pour la communauté, n’est pas destinée au public, aussi est-elle de dimensions réduites ; toutefois sa simplicité même, conforme au style des églises franciscaines, la rend attrayante. Elle ne compte qu’une seule nef, avec deux chapelles au bas du chœur et une abside circulaire. Le maître-autel est de marbre blanc, le chœur est entouré de trois statues représentant le Sacré-Cœur, sainte Anne et saint François. À la voûte, on a peint le monogramme du Christ. La chapelle est éclairée par quatre fenêtres avec vitraux de grisailles. Deux autres baies et une rosace éclairent la tribune située au fond de la nef. La chapelle de droite est dédiée à la Sainte-Vierge : l’autel de marbre blanc est surmonté de la statue de la Mère de Dieu. Celle de gauche est sous le vocable de saint Joseph, et, au-dessus de l’autel, également de marbre blanc, on a placé la statue du saint.

SAINT-BERNARD

Au début de l’année 1852, quelques habitants de la place Colbert, paroissiens de Saint-Polycarpe, frappé des inconvénients que présentait l’éloignement de l’église paroissiale pour les fidèles qui habitaient sur la pente orientale de la Croix-Rousse, s’adressèrent à l’administration diocésaine, et sollicitèrent l’érection d’une nouvelle paroisse près de la place Colbert. Le cardinal de Bonald se rendit à leur désir, et chargea M. l’abbé Jean-François Dutel, premier vicaire de Saint-Polycarpe, de cette fondation. Le 17 mars 1852, une pétition fut adressée au maire de Lyon en vue d’obtenir son concours pour la construction d’une chapelle provisoire. L’adresse était revêtue des signatures de l’abbé Dutel et de cinq membres du comité : MM. Frédéric Willermoz, Teste, Mathieu, Lacroix et Boisset. M. Willermoz offrait, pour cette construction, un terrain situé à l’angle sud-est des rues de Sève et Vaucanson. La chapelle devait mesurer 39 mètres sur 6.

La réponse ne se fit pas attendre : dès le surlendemain, 19 mars, la préfecture autorisait l’édifice projeté, en mentionnant toutefois que la construction, faite de bois et de briques, devrait être, suivant les règlements de voirie, éloignée de 30 mètres de toute habitation. Le 21 mars, M. Willermoz faisait remise du terrain, situé à l’extrémité d’un vaste emplacement cédé gracieusement par lui aux Petites-Sœurs des Pauvres.

Saint-Bernard, état actuel.

De suite, on commença les travaux, confiés à M. Boisset, entrepreneur. Le 18 juin 1852, l’édifice ne paraissant pas assez solide, on dut procéder à des améliorations. Les dépenses totales s’élevèrent à près de 40.000 fr., compris un supplément de construction auquel avait présidé M. Laresse, entrepreneur. La chapelle achevée, M. Dutel obtint de M. Barou, vicaire général, l’autorisation de la bénir. La cérémonie eut lieu le 22 août 1852. Elle débuta par l’installation de M. Dutel, présidée par M. Chaumont, curé de Saint-Polycarpe, au nom du cardinal de Bonald. M. l’abbé Rigothier était en même temps choisi comme vicaire. M. Dutel procéda ensuite à la bénédiction de l’édifice ainsi que d’une cloche fondue chez Burdin ; le parrain en fut M. Frédéric-Jacques Willermoz, et la marraine Mme Madeleine Willermoz, née Perret. Le nouveau curé organisa ensuite le spirituel de la paroisse et l’enrichit de plusieurs confréries. Le 3 septembre 1852, il érigea le Chemin de Croix ; établit, le 3 octobre, la confrérie du saint-Rosaire, et, le 5 décembre 1852, celle du Saint-Sacrement. Entre temps, on avait nommé une commission de six membres chargée de la construction de l’église définitive : MM. Boisset, Tournessus, Gibaud, Gurcet, Jaillet et Giraud. Ils choisirent comme architecte M. Desjardins père, architecte du diocèse et de la ville de Lyon, lequel fit un devis s’élevant à la somme de 165.000 francs. M. Baron, vicaire général, transmit, le 14 juillet 1853, un décret, daté du 4 juin, par lequel saint-Bernard était érigé en succursale et qui permettait la nomination des fabriciens. Ceux-ci furent : MM. Teste, Bernard, Guénard, Tournessus, Gurcet, Duport, Matthieu, Giraud et Cousançat. Un terrain d’une étendue de 2.580 mètres avait été légué à la ville de Lyon, le 25 septembre 1850, par M. Frédéric Willermoz pour la construction de l’église, à condition qu’elle fût sous le vocable de Saint-Bernard, en souvenir du monastère des Bernardines, à qui ce tènement avait appartenu avant la Révolution ; M. Willermoz, estimait son terrain 100.000 fr., se contentait d’une somme de 25.000 comme dédommagement, et exigeait cinq messes par an pour sa famille.

Le 12 juin 1856, le legs fut reconnu par autorité impériale, et, le 4 février 1858, on prit possession du terrain. Les travaux toutefois ne furent commencés que le 12 janvier de l’année suivante, sous la direction de M. Desjardins, architecte, par MM. Bénassy et Renvoisé, entrepreneurs. Lorsque les fondations sortirent de terre, la première pierre fut bénite, le 28 mai 1860, par le cardinal de Bonald. À cette cérémonie assistèrent : MM. Dutel, curé de Saint-Bernard ; Chaumont, curé de Saint-Polycarpe ; Ferdinand Willermoz, frère de Frédéric, donataire du terrain ; Goiran, notaire du 1er arrondissement ; Desjardins, architecte ; Jean-Pierre Vacher et Jean-Angélique Fontbonne, vicaires.

Façade de Saint-Bernard (d’après le projet non encore exécuté).

On construisit d’abord les fondations, l’abside et deux travées de la grande nef de 1859 à 1862, puis on s’arrêta, faute de ressources. En juillet 1862, le conseil de fabrique voulant poursuivre l’édifice, demanda un devis à l’architecte : celui-ci, après étude, estima à 428.000 francs la dépense totale du monument, sauf la façade. On se remit à l’œuvre et les sculptures intérieures furent confiées à Aubert, sculpteur à Lyon.

L’édifice fut presque achevé en quatre ans, de sorte que, le 18 août 1866, M. Dutel bénissait l’église à 10 heures du soir et sans cérémonie, parce que l’église devait être consacrée le lendemain. Le 19, eut lieu la prise de possession, présidée par M. Pagnon, vicaire général. Le 20, la paroisse montait à Fourvière en pèlerinage de reconnaissance. Le 4 octobre, on procédait à l’érection d’un Chemin de Croix provisoire, et en avril 1867 au définitif. Les dépenses de la construction avaient dépassé toutes les prévisions : les fondations avaient coûté 30.000 francs, le chœur 167.000, les deux premières travées 50.000, les quatre autres 130.000, divers travaux imprévus, engagés sans autorisation, 144.000 francs, soit un total de 521.000 francs.

À M. Dutel succéda Jean-Joseph Claraz qui, de curé de Sainte-Anne du Sacré-Cœur, fut appelé à gouverner Saint-Bernard, le 15 novembre 1868. Son installation eut lieu le 29, par M. Chaumont, curé de Saint-Polycarpe, en présence de MM. Parel, curé de Saint-Augustin ; Napolier, curé de Saint-Eucher ; Durand, curé du Bon-Pasteur ; Fond, curé de Saint-Bruno ; Fontbonne, Berjon et Moral, vicaires de Saint-Bernard. Le nouveau pasteur, pour contribuer à l’embellissement de l’église, fit exécuter, en 1870, les barrières du chœur, en fer forgé, par Traverse de Lyon. En 1874, l’architecte Desjardins, consulté sur l’achèvement de la façade de l’église, estima la dépense à 250.000 francs, mais, faute de ressources, on ne put donner suite à ce projet. Il a déjà été question des vicaires de la paroisse ; ils étaient, en effet, au nombre de trois, mais un seul était reconnu et payé par l’administration, les deux autres restant à la charge de la fabrique. Le 5 novembre 1874, M. Claraz obtenait la reconnaissance d’un second vicaire. Il demanda à la maison Merklin de placer des orgues derrière le maître-autel ; elles se composaient de seize jeux et coûtèrent 16.000 francs. L’inauguration en fut faite le 3 mars 1878, et Mgr Mermillod prononça, à cette occasion, un de ses discours appréciés.

François-Régis Chaumienne, curé de Saint-Jean-Bonnefonds, fut appelé à succéder à M. Claraz ; son installation eut lieu le 25 janvier 1880 et fut présidée par Mgr Pagnon, vicaire général, assisté de MM. Chabanne, curé de Saint-Polycarpe ; Gorand, curé de Saint-Pierre, et Durand, curé du Bon-Pasteur. Son successeur, M. Joannès Pallière, vicaire d’Ainay, fut installé curé de Saint-Bernard le 10 octobre 1886, par M. Breul, curé de Notre-Dame-des-Victoires à Roanne, délégué par Mgr l’archevêque. Ce n’est pas blesser la modestie de M. Pallière, aujourd’hui chanoine titulaire, c’est faire œuvre d’historien, que de rappeler combien l’église et la paroisse Saint-Bernard sont redevables à ce prêtre généreux et dévoué. En 1891, il fit placer des dossiers aux stalles et des boiseries dans le chœur, œuvre de Fréby, menuisier-sculpteur, d’après les dessins de M. Desjardins, fils de l’architecte ; l’année suivante, il fit exécuter par M. Bégule des vitraux dignes de la réputation conquise par l’éminent peintre verrier. Il procéda ensuite à la transformation des orgues demeurées inachevées ; il les porta de seize à dix-neuf jeux, et transporta de chaque côté du chœur les tuyaux d’orgue qui, placés derrière le maître-autel, détruisaient la perspective des belles lignes de l’église. Cette opération coûta 12.000 francs. Soucieux du spirituel de la paroisse, comme du matériel de l’église, il assura à ses paroissiens, en 1894, le bienfait d’une mission.

En 1888, on construisit le funiculaire, qui de la Croix-Pâquet se rend à la Croix-Rousse. Le percement du tunnel qui passe à l’angle sud de l’église occasionna des affaissements de terrain considérables, en sorte que l’église donna coup. Après de longs pourparlers, la ville prit à sa charge les réparations qui montèrent à la somme de 89.000 fr. ; elles furent commencées en juillet 1899, sous la direction de MM. Hirsch, architecte en chef de la ville, et Monod, entrepreneur. Quatre ans après, le 29 juin 1903, M. Pallière recevait la récompense de son zèle et était nommé chanoine titulaire ; on lui donnait pour successeur M. Chabrier, curé de Saint-Alban.

Après avoir retracé l’histoire de la paroisse et de son église, nous terminerons cette étude par une rapide description du monument. L’église Saint-Bernard est de toute part dégagée ; de plus, par sa situation au milieu du coteau de la Croix-Rousse, sur le flanc oriental, elle domine une partie de la ville, et des Brotteaux on voit très bien se dessiner son profil aux belles lignes gothiques. Saint-Bernard appartient au style ogival du xiiie siècle ; il se compose de trois nefs avec chapelles latérales au nombre de douze, d’un transept, du chœur avec une abside à sept côtés éclairée par de hautes fenêtres, et de deux sacristies, l’une à l’est, l’autre à l’ouest. De chaque côté du chœur, en avant des sacristies, est disposé un sanctuaire, ouvert sur le transept.

Intérieur de l’église Saint-Bernard.

Le plan de la façade non encore exécutée comporte, en face de l’entrée principale, un vaste perron à double rampe, partant de la place Colbert, et dont le développement permettra d’établir des terrains en pente recouverts de gazon. En haut du perron est une esplanade régnant dans toute la largeur de la façade, destinée à faciliter l’arrivée et le mouvement des voitures devant le porche. Le clocher s’élèvera au-dessus de l’entrée principale, à une hauteur de 57 mètres à partir du sol de l’esplanade. Au moyen de dix marches établies dans la largeur du porche, on parviendra au niveau du sol intérieur de l’église sur un large palier, où prend accès la grande porte décorée de colonnettes, recevant des arcs doubleaux dont le tympan sera rempli par un bas-relief symbolique. À droite et à gauche se trouvent les portes des basses nefs.

Les dimensions principales de l’ensemble du monument sont : largeur mesurée au transept, 30 mètres ; longueur totale, compris le clocher, 68 mètres ; hauteur de la grande nef du sol aux clefs de voûtes, 18 mètres 50 ; hauteur des bas-côtés, 9 mètres 50.

Le maître-autel de pierre est orné d’un bas-relief représentant le bon Pasteur. Aux angles sont sculptés les saints apôtres Pierre et Paul. L’abside est éclairée par des vitraux représentant la Cène, le Crucifiement et le Baptême de Notre-Seigneur. Le pourtour de l’abside est revêtu de boiseries, et le chœur meublé de stalles en bois sculpté. À l’entrée du chœur, se trouvent, adossées aux piliers, les statues du patron principal et du patron secondaire de l’église : à droite saint Bernard prêchant, à gauche saint Sébastien tenant en main les flèches de son martyre et la palme de sa victoire.

À droite du chœur s’ouvre la chapelle de la Sainte-Vierge. L’autel de pierre est surmonté de la statue de la Mère de Dieu et éclairé d’un vitrail représentant l’apparition de Notre-Dame à saint Bernard. En descendant la basse-nef on trouve une suite de chapelles dont voici l’énumération : 1° Chapelle Sainte -Madeleine. Au-dessus de l’autel de pierre se trouve la statue de la sainte tenant une urne de parfums ; sur le vitrail on a représenté saint Frédéric et saint Ferdinand, en souvenir de la famille Willermoz ; enfin, contre le mur, on vénère une statuette de saint Antoine de Padoue. 2° Chapelle Notre-Dame de Pitié, ornée d’une Pietà, éclairée d’un vitrail sur lequel deux anges de la Passion tiennent la couronne d’épines et le voile de Véronique. 3° Chapelle Sainte-Anne avec statuette de la sainte tenant par la main la Vierge enfant ; le vitrail représente saint Jean-Baptiste et saint Jean l’Évangéliste. 4° Chapelle Sainte-Philomène avec verrière où se trouvent sainte Cécile et sainte Catherine. 5° Chapelle Saint-François d’Assise : au-dessus d’un autel de bois, statue du patriarche d’Assise dans l’attitude de la prière.

À gauche du chœur s’ouvre la chapelle du Sacré-Cœur. Le vitrail qui l’éclairé représente Jésus bénissant les ouvriers, les malades, les enfants. À la suite, dans la petite nef : 1° Chapelle Saint-Joseph ; sur le vitrail on a peint les deux Joseph : le patriarche fils de Jacob et l’époux de la Vierge Marie. 2° Chapelle Saint-Pierre : l’autel est décoré d’un bas-relief avec clefs et tiare ; la verrière n’existe pas encore. 3° Chapelle des anges. Sur le devant de l’autel un bas-relief représente les trois archanges : Michel terrassant le démon, Gabriel tenant le rouleau de l’Annonciation, Raphaël avec le poisson qui guérit Tobie ; au-dessous on a placé une statue de l’ange gardien. 4° Chapelle Saint-François de Sales, 5° Chapelle Sainte-Thérèse, contenant les fonts baptismaux. 6° Chapelle du bienheureux curé d’Ars, avec autel en bois, inachevé.

SAINT-EUCHER

La Croix-Rousse tire, on le sait, son nom d’une croix rouge plantée, au xvie siècle, au carrefour de la montée de la Boucle et de la grande roule qui allait de la porte Saint-Sébastien, par Montluel, vers la Suisse et la Champagne. Elle fut plusieurs fois abattue et restaurée. Quant on la détruisit, en dernier lieu, elle occupait le centre de la place. Des auberges pour les rouliers s’étaient autrefois groupés tout autour : telle fut la première population de ce quartier. En 1624, les Augustins-Déchaussés s’établirent sur le plateau même, où ils furent chargés du service religieux relevant au spirituel des trois paroisses du bas de la colline : Saint-Vincent, Notre-Dame de la Platière et Saint-Pierre-Saint-Saturnin.

Après le Concordat, l’ancienne chapelle Augustine fut convertie, sous le nom de Saint-Denis, en église curiale du faubourg considérablement accru, et on lui attribua tout l’espace compris au delà des remparts, entre le Rhône et la Saône, jusqu’aux confins de Cuire et de Caluire, c’est-à-dire l’étendue de toute une ville. Au demeurant, la Croix-Rousse portait dès lors ce titre, et commençait à montrer l’activité industrielle qui devait donner à Lyon une juste célébrité. La population dépassant bientôt 20.000 âmes, il fallut diviser le territoire en de nouvelles églises. Le premier démembrement par la fondation de Saint-Charles de Serin, en faveur des riverains de la Saône, qui étaient, de fait, les plus éloignés de Saint-Denis, date de 1824. Mais les habitants du cours d’Herbouville et des rues situées vers le versant oriental ne tardèrent pas à trouver aussi que trop de distance les séparait de Saint-Denis, outre qu’il fallait, pour y venir, gravir les pentes escarpées de la montée Rey, de la montée du Boulevard ou des Gloriettes, la montée Bonnafous n’existant pas encore.

MM. Cabias, maire, Peysselon, adjoint, Sandier, Dugas, Pallière, Dallemagne, Picquet, firent des démarches afin d’obtenir l’érection d’une troisième paroisse pour la Croix-Rousse. De concert avec les principaux propriétaires et sans autre délai, ils se mirent à édifier une église près de la place de la Boucle. Le 7 avril 1840, M. Peysselon écrivit à Mgr de Pins, évêque d’Amasie et administrateur apostolique du diocèse de Lyon, lui demandant un curé. Sa Grandeur ne fil pas attendre sa réponse et, dès le 14, nomma un prêtre en qui il avait toute confiance, son aumônier particulier, M. Benoît-Honoré Giroud, né à Lyon, en 1800, et déjà chanoine d’honneur de la primatiale. Le 19 avril, jour de Pâques, M. Giroud bénit l’édifice, aussitôt envahi par une foule recueillie. Les autorités civiles étaient au complet. La grand’messe fut célébrée avec des ornements d’emprunt sur un autel improvisé ; la musique militaire suppléa aux chantres. Le grand séminaire avait député quatre clercs, pour officier plus solennellement. Mmes Bertrand-Arnoux et Gamot-Bianchi firent une quête employée à l’achat d’un premier ornement qui servit le dimanche suivant. Par une généreuse émulation, les notables s’empressèrent de fournir les objets les plus indispensables : calice, ostensoir, chandeliers, chasubles, aubes, rochets, surplis, enfin des confessionnaux et des chaises. Citons parmi ces bienfaiteurs, MM. Dugas, Sandier, Pallière, Picquet, Oulevey, Fougasse, Bertrand, Ochs, Philippe.

Mgr de Pins avait choisi pour patron de la nouvelle église saint Eucher, lequel n’avait patronné jusque là, au moyen âge, que la recluserie de Fourvière. Il était réservé à notre âge de réparer ainsi envers ce docte et grand évêque de Lyon, comme envers saint Pothin, l’indifférence des siècles précédents. Aussi bien quelques mots de biographie sur ce prélat ne seront point superflus. Certains des faits qu’on va lire sont douteux, contestés et attribués à un autre personnage du même nom d’Eucher, mais comme ce n’est point ici le lieu d’engager des discussions historiques, il suffira de rapporter la légende telle qu’on la trouve communément relatée par les historiens.

Eucher naquit en Provence, vers la fin du ive siècle ; fils d’un sénateur, sénateur lui-même, il joua un rôle important au milieu des bouleversements de l’empire. Il possédait d’immenses domaines sur les bords de la Méditerranée, en face des îles de Lérins ; il épousa la noble patricienne Galla, aussi riche en vertus qu’en biens de ce monde, et en eut deux fils, Salonius et Véran, devenus plus tard tous deux évêques, et deux filles, Tullia et Consorce, dont l’église a conservé la mémoire dans le calendrier. Quand il eut achevé d’instruire ses enfants, il se résolut, d’accord avec sa femme, à quitter le monde et à embrasser la vie monastique. Il se retira à Lérins sous la discipline et le patronage de saint Fortunat, puis dans l’île de Léro, aujourd’hui Sainte-Marguerite, enfin dans une grotte du cap Roux où, en 431, le clergé et le peuple de Lyon vinrent le chercher pour le mettre sur le siège primatial des Gaules.

Saint-Eucher.

Eucher fut vingt ans évêque de notre ville, fit progresser la foi dans les vastes campagnes de son diocèse, assista à plusieurs conciles, en présida quelques-uns. II avait une prédilection pour le monastère de l’Île-Barbe, dont l’abbé Maxime devint son auxiliaire dans l’administration du diocèse ; il aimait à s’enfermer dans le monastère de cette île célèbre, pour étudier et méditer.

Eucher écrivit et prononça nombre d’homélies dont huit sont restées fameuses et dont l’une, consacrée à sainte Blandine, est un chef-d’œuvre d’élévation et de piété ; il mourut vers 454. Saint Mamert, évêque de tienne, affirme qu’Eucher fut, et de beaucoup, le plus grand des prélats de son temps. Le savant cardinal Baronius a voulu qu’il y ait eu, sur le siège de Lyon, deux Eucher, dont il place le second entre saint Viventiol et saint Loup, de 520 à 528, non sans lui prêter une partie de la vie et des travaux du premier. L’opinion la plus probable assure qu’il y a là une confusion. S’il parut un autre Eucher que le nôtre, ce fut, selon toute vraisemblance, un évêque d’Avignon du vie ou du viie siècle siècle.

Revenons à l’histoire de la paroisse Saint-Eucher. La première fête du saint patron fut célébrée, le 29 novembre 1840, avec tout l’éclat possible. Le supérieur du grand séminaire prêta une chaire en bois, mais qui fut bien occupée. L’abbé Plantier, professeur d’hébreu à la Faculté de théologie, y parut une résurrection d’Eucher lui-même et par sa parole brillante et par son visage d’ascète. Des auditeurs ravis prophétisèrent qu’il deviendrait lui aussi évêque. On sait que Mgr Plantier illustra le siège de Nîmes.

L’église appartient au style grec et la voûte en est romane. L’intérieur mesure 46 mètres de long sur 14 de large. Un pourtour règne derrière l’autel ; le chœur est vaste et commode, l’acoustique parfaite. L’édifice repose, indépendamment des murs d’enceinte, sur huit piliers et dix-huit colonnes ; il est éclairé par trente-trois fenêtres, dont vingt sont ornées de vitraux divers. Le maître-autel, celui de Notre-Dame-du-Rosaire et celui de Saint-Joseph sont en marbre blanc ; ceux du Sacré-Cœur et de Notre-Dame de Pellevoisin en bois peint. Le buffet de l’orgue est combiné de telle façon qu’il laisse apercevoir du fond de la nef, l’image du Sacré-Cœur, rayonnante, derrière la croix, sur le vitrail de l’abside. Une belle fresque représente, dans la coquille de la voûte, la fraction du pain à Emmaüs. Quatre médaillons dessinent les évangélistes au-dessus des piliers du chœur. La chaire en marbre de Carrare, inaugurée le 13 janvier 1841, fut par malheur une méprise de l’auteur, M. Andouin : il donna au pourtour extérieur les mesures fixées pour l’intérieur et ne fit, malgré la correction et l’élégance de la forme, qu’un monument trop étroit et de mesquine apparence ; la partie inférieure se termine par une pomme de pin renversée, en mémoire des armoiries parlantes de Mgr de Pins.

Au résumé la décoration générale de l’édifice est sobre, en harmonie avec le style, et d’un effet à la fois ample et gracieux. La cloche porte le nom du cardinal de Bonald, son parrain : Maurice. Ajoutons que Saint-Eucher possède une relique de la vraie croix, provenant de celle que l’on connaît sous le nom de grande croix de saint Bernard.

Le maître-autel de marbre blanc porte au bas l’inscription : « D.O.M. Sub invocatione S. Eucherii. » La coupole de l’abside est ornée d’une belle fresque : Jésus et les disciples d’Emmaüs, et, au fond, derrière les orgues, se voit le vitrail du Sacré-Cœur, celui-ci est entouré de l’invocation : « Salut de ceux qui espèrent en vous. » Contre les piliers du chœur on a placé les statues de saint Eucher et de saint Irénée.

Dans le transept de droite, s’ouvre la chapelle Saint-Joseph ; au-dessus de l’autel la statue du saint est entourée de deux bas-reliefs de terre cuite : la Fuite en Égypte et l’Atelier de Nazareth. Le vitrail de la chapelle représente la mort du saint patriarche. En descendant la nef de droite on voit, au-dessus de la porte de la sacristie, une statue de l’ange gardien conduisant un enfant. Les petites nefs sont éclairées par des verrières avec sujets, dont voici l’énumération : 1° la Cène, vitrail donné par la confrérie du Saint-Sacrement ; 2° Notre-Seigneur apparaît à saint François d’Assise et lui accorde l’indulgence de la portioncule ; 3° Communion de saint Louis de Gonzague, vitrail donné par les jeunes gens du cercle paroissial. Dans le fond de l’église, du côté droit, un petit oratoire fermé contient un groupe en prière représentant Notre-Dame de Pitié ; sur le socle de la statue est écrit : « Consolatrix afflictorum ». Derrière le groupe on a peint une fresque représentant les saintes femmes vénérant les instruments de la Passion : la croix, le suaire, la couronne d’épines. Dans le vitrail dédié à Notre-Dame des Sept-Douleurs, la Vierge se tient auprès de la croix.

Au milieu de la nef droite se trouve une modeste chapelle du Sacré-Cœur : l’autel est décoré d’un cœur accosté du monogramme du Christ ; au-dessus de l’autel, un tableau représente Jésus accompagné de la bienheureuse Marguerite-Marie Alacoque et saint François de Sales. Dans cette chapelle se dit, chaque jeudi, une messe réparatrice.

Dans le transept de gauche s’ouvre la chapelle de la Sainte-Vierge ; l’autel est surmonté d’une statue de la Mère de Dieu ; de chaque côté deux niches contiennent les statues de sainte Catherine, et de sainte Philomène. Le vitrail qui éclaire la chapelle représente sainte Anne et la Vierge enfant. Dans la nef de gauche on a placé un saint Antoine de Padoue. Plus bas, s’ouvre la chapelle Notre-Dame de Pellevoisin : la statue de la Vierge porte le scapulaire ; elle est surmontée d’une peinture : la Flagellation. Au fond, un oratoire fait face à celui de Notre-Dame de Pitié ; il renferme les fonts baptismaux ; le vitrail représente le baptême de Clovis.

Arrêtons-nous quelques instants aux vitraux de l’église ; en voici l’énumération : 1° saint Dominique reçoit le rosaire, verrière donnée par la confrérie du saint Rosaire ; 2° sainte Françoise Romaine distribue du pain aux pauvres ; c’est un don des dames de Charité à leur patronne ; 3° le bon Samaritain, avec la sentence : « Allez et faites de même » ; 4° la Présentation de la Vierge au temple ; donné par les enfants de Marie.

Au-dessus de la porte principale, on a placé un grand crucifix. La chaire est de marbre, mais simple. Contre les deux premiers piliers se trouvent les statues de saint Pierre et de Notre-Dame de Lourdes.

BIBLIOGRAPHIE DU CHAPITRE IX

COMMANDERIE SAINT-ANTOINE

Extrait du « Lyon médical », nos des 23, 30 août et 6 septembre 1903. Les anciens hôpitaux de Lyon : la contracterie de Saint-Antoine, hôpital du Port-Chalamont (?), les Antonins, la commanderie de Saint-Antoine, hôpital Saint-Antoine, par le Dr Drivon, médecin honoraire des hôpitaux de Lyon. Lyon, association typographique F. Plan, directeur, 1903, in-8, 28 p.

MISSIONNAIRES SAINT-JOSEPH

Lettre adressée à M. Picheret, supérieur général des missionnaires de Saint-Joseph de Lyon. S.I.n.d., [15 septembre 1723], in-12, 48 p.

Liste des erreurs enseignées dans le séminaire de Saint-Joseph de Lyon, par Mrs les missionnaires surnommez Cretenistes. S. I. n. d., in-12, 35 p.- 1 f.

La vie du vénérable Jacques Cretenet, prestre et instituteur de la congrégation des prostrés missionnaires de Saint-Joseph de la ville de Lyon, avec un abrégé de la vie de la vénérable mere Magdeleine de Saint-François, premiere religieuse & superieure du premier monastère de Sainte-Élisabeth de Lyon, par un ecclésiastique. Lyon, Hvgves Denoüally, Girin et Rivière. 1680, in-8, 19 f.-604 p.-4 f., portr.

Ozanne, Vie du vénérable Jacques Crestenet, prêtre et instituteur de la congrégation des prêtres missionnaires de la congrégation de Saint-Joseph de Lyon. Lyon, 1658, in-8.

Parallèle des erreurs enseignées par les missionnaires de Saint-Joseph de Lyon, surnommez Cretenistes, avec celles de Bajius, de Jansénius, de Quesnel et d’autres, condamnées par l’église. Sans lieu, 1722, in-12, 1 f.-203 p.

Lettre instructive, adressée à Mrs les missionnaires de Saint-Joseph de Lyon, surnommez Cretenistes sur leur attachement aux erreurs du tems ; au mois de juillet 1723. Sans lieu, in-12, 4 f.-158 p.-4 f.

SAINT-ROCH

Statuts et règlemens pour les fidelles associez de la dévote confrérie, établie dans l’église de Saint-Roch dehors la porte Saint-George de Lyon. Lyon, 1724, petit in-12.

Joseph Vingtrinier, La peste à Lyon, la chapelle de Saint-Roch à Choulans. Lyon, Waltener, 1901, in-8, 89 p., 3 grav.

RELIGIEUSES SAINT-JOSEPH

Constitutions povr la petite congrégation des sœurs de Saint-Joseph, establie au Puy en Vellay par monseigneur de Maupas, évoque du Puy, première édition. À Vienne, chez Laurens Cruzi, imprimeur & marchand libraire, MDC.LXXXXIV, avec aprobation (sic) & permission, in-24, 20 f.-566 p.-5 f.

Constitutions pour la petite congrégation des sœurs de Saint-Joseph, approuvées par Mgr Camille de Neuville, archevêque de Lyon. Lyon, 1730, in-12.

Constitutions pour la petite congrégation des sœurs de Saint-Joseph, approuvées par monseigneur Camille de Neuville de Villeroy, archevêque de Lyon. Lyon, veuve Rusand, 1788, in-24, xj-393 p.

Vie de Mgr Henri de Maupas, évêque du Puy et fondateur de la congrégation des dames religieuses de Saint-Joseph, par M. l’abbé Chaumeil, aumônier du couvent de Saint-Joseph de Saint-Flour, chanoine honoraire de cathédrale, membre de l’institut historique, ancien curé d’Allanche. À

Saint-Flour, chez l’auteur ; au couvent de Saint-Joseph, 1837, in-12, 106 p.

F.-Z. Collombet, Les sœurs de Saint-Joseph, dans : Revue du Lyonnais, 1846, 1re série, XXIV, 396-9.

Constitutions pour la petite congrégation des sœurs de Saint-Joseph établies dans le diocèse de Lyon. Deuxième édition. Lyon, Girard et Josserand, 1S58, in-18, xii-600 p.

Histoire de la révérende mère du Sacré-Cœur de Jésus (née Tézenas du Montcel), supérieure générale de la congrégation des sœurs de Saint-Joseph de Lyon, précédée d’une notice sur les origines de cette congrégation et sur la révérende mère Saint-Jean, née Fontbonne, première supérieure générale, par M. l’abbé Rivaux, chanoine honoraire, ancien directeur du grand séminaire de Grenoble, auteur de l’Histoire ecclésiastique. Lyon, Briday ; Grenoble, Baratier et Dardelet, 1878, in-8, xxxii-472 p.

À la mémoire de la révérende mère Marie-Émilie, née Blaffard, supérieure générale des religieuses de Saint-Joseph de Lyon, élue le 29 août 1853, décédée le 18 mars 1886. Lyon, librairie et imprimerie Vitte & Perrussel, 1886. [Titre courant] : Allocution prononcée dans la chapelle de la maison-mère au retour du cimetière le jour des funérailles, 22 mars 1886, par M. Richouo, vicaire général, supérieur de la congrégation, in-12, 22 p.

FRANCISCAINES DE SAINTE-MARIE-DES-ANGES

Notes d’archives communiquées par les religieuses.

P. Norbert, franciscain, Les religieuses Franciscaines, notices sur les diverses congrégations de sœurs du tiers-ordre régulier de Saint-François, établies actuellement en France, avec divers appendices, ouvrage illustré, approuvé par le ministre général de l’ordre de Saint-François. Paris, librairie Ch. Poussielgue, 1897, in-18, xvi-478 p.-1 f., portraits et gravures. — Pag. 202-16, article sur les Franciscaines de Sainte-Marie-des-Anges.

FRANCISCAINES DE LA PROPAGATION DE LA FOI

P. Norbert, Les religieuses Franciscaines, (1897), p. 291- 305.

SŒURS SAINT-FRANÇOIS-D’ASSISE DE LA TOUR-PITRAT

P. Norbert, Les religieuses Franciscaines, (1897), p. 283- 93.

SAINT-BERNARD

Archives paroissiales obligeamment communiquées par M. le chanoine Pallière, ancien curé de Saint-Bernard.

SAINT-EUCHER

P. Bauron, Petite notice sur la paroisse de Saint-Eucher à Lyon. Lyon, impr. de Mougin-Rusand, 1896, in-16, 47 p., grav. — 2e édition, ibid., 1897, in-16, 63 p.