Histoire des églises et des chapelles de Lyon/II/03

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Frise du xiie siècle, Église d’Ainay.
(Relevée par M. R. Lenail).

CHAPITRE III

AINAY. — SAINT-MICHEL D’AINAY

Par son antiquité, Ainay eût mérité la première place dans cet ouvrage. Il n’est pas une de nos églises lyonnaises qui puisse revendiquer, dans son ensemble tout au moins, une ancienneté égale à la sienne ; il n’en est pas non plus, à part la Primatiale, qui offre au visiteur une telle abondance de souvenirs historiques et de curiosités archéologiques. On ne s’étonnera donc pas que nous insistions plus que de coutume sur cette église aujourd’hui décorée du titre de basilique mineure. L’histoire de l’ancienne paroisse Saint-Michel d’Ainay constamment associée à celle de l’abbaye sa voisine, méritait de lui être unie, aussi les avons-nous toutes deux rassemblées dans ce même chapitre.

SAINT-MARTIN D’AINAY

À l’époque gallo-romaine, le territoire occupé aujourd’hui par le quartier d’Ainay formait une île dont l’existence se prolongea jusqu’au moyen âge. Les chartes du grand Cartulaire d’Ainay, au xiie siècle, portent en effet « in insula Athanaco ». Ce territoire était occupé par des négociants, surtout en vins : il s’y trouvait de belles maisons de campagne dont on a retrouvé quelques débris, entr’autres de nombreuses mosaïques, et en particulier la mosaïque dite des jeux du cirque que l’on peut admirer au musée. Outre ces mosaïques, et des stèles avec inscriptions intéressantes pour l’histoire de Lyon, Colonia rapporte, en 1733, que dans la partie occupée actuellement par la place Bellecour, on trouva, de son temps, un édicule dont la destination demeurée incertaine était pour lui un ustrinum ou four, dans lequel on aurait brûlé les corps des martyrs. C’est, en effet, à Ainay que l’historien Grégoire de Tours place le martyre de saint Polhin et de ses compagnons, dans un amphithéâtre dont il ne reste plus de trace parce qu’il aurait été édifié en bois.

Cette opinion soutenue surtout par de Boissieu, est abandonnée depuis la découverte, d’un amphithéâtre faite par M. Lafont dans sa propriété de Fourvière. D’autre part, Grégoire de Tours, neveu de saint Nizier, et venu plusieurs fois à Lyon, parle du culte qui aurait été rendu aux saints martyrs. Pour concilier ces opinions avec les découvertes modernes, il est bon de rappeler que la loi romaine interdisait formellement d’ensevelir et de brûler les corps dans l’intérieur de la ville : les martyrs auraient donc souffert à Fourvière et leurs corps, transportés à Ainay, y auraient été brûlés, enfin leurs cendres jetées dans le fleuve suivant les termes de la lettre adressée par les chrétiens de Lyon à leurs frères d’Asie : « Après avoir laissé, dit ce document, les corps durant six jours, exposés sur la terre à toutes sortes d’ignominie, les païens s’avisèrent de les brûler et ils en jetèrent les cendres dans le Rhône, s’imaginant par là pouvoir ôter à Dieu la puissance de ressusciter les saints martyrs et aux martyrs l’espérance de ressusciter un jour dans leur corps. » La légende, mais non l’histoire, ajoute que les chrétiens auraient recueilli sur les bords du fleuve une partie des cendres des martyrs et les auraient transportées à Saint-Nizier, enfin que, plus tard, Ainay aurait hérité d’une partie de ces reliques.

Abbés réguliers. — Au ve siècle, apparaît à Ainay un solitaire appelé Badulphe, qui se serait établi près de l’endroit où auraient été brûlés les corps et aurait ainsi commencé le culte aux saints martyrs. L’histoire de Badulphe est fortement mise en doute, et de fait, aucun document historique n’en parle avant le xive siècle : La Gallia christiana, très réservée à ce sujet, s’exprime ainsi : « On croit que saint Badulphe fut le premier abbé d’Ainay, mais on ne sait à quelle époque il a vécu ; on célèbre sa fête le 19 août. » Son successeur aurait été Sabinus ; il est mentionné comme vivant au v^ siècle dans la vie de saint Romain, abbé de Joux (Ain), et y est appelé abbé Lugdunensis Interamnus, c’est-à-dire abbé d’une île qui se trouve à Lyon ; sa communauté est représentée comme florissante ; quoique le nom d’Ainay ne se trouve point dans le texte, il n’est pas douteux qu’il ne s’agisse d’Ainay, car il n’y avait aucune autre île à Lyon. À Sabinus succède Anselme vers 546 ; il est mentionné dans une chronique publiée par La Mure comme ayant fondé l’abbaye Saint-Pierre de Lémenc au diocèse de Genève. Après Anselme se trouve une lacune de trois cents ans, qu’on ne peut combler, et on arrive ainsi à l’année 859 où Aurélien restaura à Ainay et l’édifice et la vie monastique. Ce personnage, avec la permission de Gaucemar, abbé de Bonnevaux au diocèse de Chartres, amena douze religieux pour repeupler l’abbaye d’Ainay ; plus tard, il fonda le monastère de Cessieu en Dombes, devint abbé de Condat, aujourd’hui Saint-Claude, puis de Nantua, enfin archevêque de Lyon. Mentionnons encore au ixe siècle Utubaldus, abbé d’Ainay, dont on ne sait que le nom.

saint-martin d’ainay.
Le cloître d’Ainay en 1550. (Restitution de M. R. Lenail.)

Au xe siècle, les Hongrois détruisirent l’abbaye, incendièrent les bâtiments qu’Amblard restaura en 937, et d’abbé d’Ainay devint archevêque de Lyon. Les chartes et les chroniques signalent les abbés Egilbert ou Edelbert ; Austérius ou Astérius qui vivait sous l’archevêque Burchard, vers 980 ; Durand ; Renaud qui fonda le monastère Saint-Romain le Puy, assista à l’élection de Durand, abbé de Savigny, et enfin abdiqua ; Arnould qui fut présent à l’élection de Itier, abbé de Savigny, en 1018, puis démissionna ; Gérard, qui fit un échange de possession avec saint Odilon, abbé de Cluny, en 1022, et hérita d’un terrain à Cleppé ; Adalard, dont l’existence est incertaine ; Girard II, qui souscrit, vers 1055, aux lettres du légat Hildebrand, en faveur du monastère de Saint-Pierre de Vienne, et peu après à une charte concernant Saint-André de Vienne ; Guichard Ier qui assiste au concile d’Anse en 1070, et appuie l’élection de Hugues, abbé de Saint-Rigaud. La liste contient ensuite les noms de Garnier et Humbert Ier, sur lesquels on ne sait rien ; Artaud qui, dit la chronique, restaura le monastère ; Gaucerand ou Joscerand, à qui revient l’honneur d’avoir commencé, vers 1102, la construction de l’église. Celle-ci fut consacrée, le 29 janvier 1107, par le pape Pascal II, de passage à Lyon. Peu après, cet abbé fut élevé à la dignité d’archevêque de Lyon.

À partir de ce moment, la chronologie des abbés d’Ainay devient plus sûre et l’on marche sur un terrain documenté. Bernard de Talaru-Chalmazel gouverna l’abbaye de 1107 à 1112. Ponce lui succéda ; il est connu par une charte de Sibille, comtesse de Beaujeu, et par un échange de possession entre le chapitre de Saint-Jean et Étienne, abbé de la Chaise-Dieu. Ses successeurs furent Ogier 1131-1139 ; Bérard Augier ; Hugues Ier Palatin 1135, dont il est peut-être question dans une lettre adressée par saint Bernard à l’archevêque de Lyon, où le saint religieux se plaint que l’abbé d’Ainay ait été injustement condamné par ce prélat. Guichard II, qui obtient, en 1153, du pape Eugène III une bulle de protection ; Étienne qui transige avec l’évêque de Mâcon en 1186 ; Humbert II, dont on retrouve la signature dans une charte de Jean, archevêque de Lyon, en 1190 ; il éprouve des difficultés avec les Templiers, et construit, dit-on, la chapelle abbatiale ; Ermendric ou Aymendric qui, en 1200, échange des possessions avec Renaud de Forez, archevêque de Lyon ; et en 1210, en qualité de légat apostolique, tranche le différend survenu entre l’église de Beaujeu et une nommée Pétronille ; plus tard, il abdique sa charge abbatiale, et se retire dans le prieuré de Saint-Julien en Jarez ; Jean Ier le Roux, 1212-1215, né à Yzeron, a lui aussi des difficultés avec les Templiers, et construit le château de Vernaison ; Renaud III, 1217, et Jean, 1221, deux abbés omis par la Gallia christiana, et cités par M. Vachez, Guillaume de Sartines, 1225-1229 ; Girin de Clermont, 1230-1250, qui signe un traité avec le monastère de Saint-Oyend, aujourd’hui Saint-Claude, et en 1236, donne une maison aux Frères-Prêcheurs de Lyon ; Ayglier, 1252-1268, d’abord abbé d’Ainay, puis chapelain du pape, enfin archevêque de Naples : c’est en cette dernière qualité qu’il fonda plusieurs anniversaires dans l’abbaye d’Ainay dont il avait gardé le meilleur souvenir ; Gaudemar, 1268-1272, transige avec Thomas, abbé de Saint-Sulpice en Bugey ; Joscerand de Lavieu, 1274-1300, d’abord prieur de Saint-Julien en Jarez ; il assiste au concile de Lyon en 1274, reçoit l’hommage de Guichard de Marzé, fait une transaction avec Isoard de Bron, devient l’exécuteur testamentaire de Sibille, comtesse de Savoie, enfin passe un traité avec Briand, seigneur de Rochebaron.

Nous voici au xive siècle, époque où l’abbaye jette un lustre particulier ; les abbés sont : Antelme Rigaud, 1300-1307 ; Humbert III de Varey ou de Vergy, 1307-1313, qui reçut l’hommage de Jean de Fontanelle de Chazay, assiste à la reconnaissance des reliques de saint Ennemond, et abdique avant sa mort ; Jean II de la Palnd, 1314-1324, qui échange des possessions avec Catherine, abbesse de Notre-Dame de Brienne, près d’Anse ; Guillaume de Laire, 1328-1330 ; Barthélémy de Civins, 1332-1361, personnage important, docteur endroit, auparavant prieur de Tence ; il demande au pape d’être exempté de certains points de la règle monastique, conclut un traité avec Henri de ^’illars, archevêque de Lyon, au sujet de certaines possessions de l’abbaye que réclamait ce prélat, enfin transige avec Hugues de Genève, seigneur d’Anthon, il fut enseveli à l’entrée du cloître, près de la salle capitulaire ; Guillaume d’Oncieux, 1363-1370, qui prête serment de fidélité à l’église Saint-Jean de Lyon, cède la chapelle Notre-Dame de Châtillon-les-Dombes, et conclut un traité avec Pierre, abbé d’Ambronay ; Adam du Mont, 1380 ; Barthélémy, 1394 ; Antoine de Bron, 1400-1411, qui transige avec Guillaume, abbé de Bèze (Côte-d’Or), et assiste à la
Façade de l’église abbatiale d’Ainay au xvie siècle.
(Restitution de M. R. Lenail.)
Abside de l’église abbatiale d’Ainay au xvie siècle. Au premier plan, le Rhône près de son confluent avec la Saône. (Restitution de M. R. Lenail).

translation des corps de saint Irénée et de ses compagnons martyrs ; Guillaume de la Grange, et Jean de Barjac, 1418, ajoutés sur la liste par M. Vachez Antoine ; du Terrail, 1438-1454, fils de Pierre du Terrail, seigneur de Bayart, qui mourut à la bataille d’Azincourt ; d’abord prieur d’Alancon, puis vicaire général de Lyon, il obtient une bulle de protection du pape Calixte III et dote la chapelle Saint-Sébastien à Ainay, où il est inhumé en 1457 ; Théodore du Terrail, neveu du précédent et oncle du chevalier Bayart, 1431-1505 ; élevé dans les belles-lettres, il construit plusieurs édifices dans l’abbaye ainsi que la chapelle du prieuré, puis celle de Chazay d’Azergues, le château et la chapelle de Pollieu, meurt à soixante-dix ans et est enterré dans la chapelle Saint-Sébastien ; on peut lire son éloge dans le Royaume des Allobroges, ouvrage composé par son neveu Symphorien Champier. À sa mort, l’abbaye tombe en commande. Depuis quelque temps, la lutte entre le pouvoir royal et l’Église s’accentuait, la cour s’emparait des revenus des riches monastères et les livrait à des abbés commendataires. Quelques années plus tard, le Concordat conclu, en 1518, entre Léon X et François Ier, ratifiera cet état de choses. Abbés commendataires. — Le premier qu’on rencontre est Philibert Naturel, 1507-1529 ; d’origine italienne, ce personnage cumule sa dignité avec de nombreuses autres : il est prévôt d’Utrecht en Hollande, abbé de Villard, chancelier de l’ordre de la Toison d’or, ambassadeur de France auprès de l’empereur Charles-Quint. Son successeur est Louis Ier de Bourbon-Vendôme, cardinal de Luxembourg, évêque de Laon, puis abbé d’Ainay en 1532. Viennent ensuite Antoine III de Talaru, archidiacre de Lyon, mort en 1540 ; Nicolas de Gaddi, né à Florence, cardinal, évêque de Sarlat, abbé commendataire de Jouy, enfin abbé d’Ainay de 1543 à 1552 ; François Ier de Tournon, archevêque de Lyon et abbé d’Ainay de 1554 à 1562 ; Hippolyte d’Esté, archevêque de Lyon, abbé d’Ainay de 1562 à 1567 ; Vespasien Gribaldi, archevêque de Vienne, abbé d’Ainay de 1568 à 1579 ; Louis de la Chambre, vicaire général de ^’ienne, abbé d’Ainay de 1582 à 1587 ; Pierre II d’Épinac, 1588-1596, en même temps archevêque de Lyon ; Michel Chevalier, 1599 ; Guillaume V Fouquet de la Varenne, évêque d’Angers, mort en 1620 ; Camille de Neuville de Villeroy, archevêque de Lyon et abbé d’Ainay, 1621-1693. En 1685, il obtint du Saint-Siège la sécularisation de l’abbaye ; les moines furent ainsi transformés en chanoines.

Louis Charrier de la Roche, dernier prévôt d’Ainay, plus tard, évêque constitutionnel de Rouen, puis évêque concordataire de Versailles.

Abbés séculiers. — Les abbés commendataires devinrent séculiers, mais sans résider davantage ; en voici la liste complète : François-Henri de Nettancourt d’Haussonville de Vaubecour, nommé abbé le 8 septembre 1693 ; puis plus tard, évêque de Montauban ; il meurt à Paris le 17 avril 1736. C’est à lui que l’on doit l’ouverture de la rue qui porte son nom, rue prise sur les terrains de l’abbaye ; Henri Oswal de la Tour d’Auvergne, archevêque de Tours et de Vienne, enfin cardinal, mort à Paris le 23 avril 1747 : Frédéric-Jérôme de la Rochefoucaud, archevêque de Bourges, abbé d’Ainay le 7 mai 1747, cardinal l’année suivante, mort à Paris le 29 avril 1757 ; Pierre de Guérin de Tencin, cardinal archevêque de Lyon, mort le 2 mars 1758 ; Lazare Victor de Jarente de la Bruyère, abbé d’Ainay en 1758, il l’était encore à la Révolution et avait sa résidence à Marseille dans l’abbaye Saint-Victor dont il était aussi titulaire.

Les abbés ne résidant pas, le chapitre était gouverné par un prévôt, nous dirions aujourd’hui curé ; il paraît superflu d’établir la liste des prévôts ; contentons-nous de mentionner le dernier dont le nom est bien connu : Louis Charrier de La Roche, naquit à Lyon, le 17 mai 1738, fut nommé prévôt en 1771, évêque constitutionnel de Rouen le 20 mars 1791, évêque concordataire de Versailles en 1801 et mourut le 17 mars 1827.

À la Révolution, les chanoines se séparèrent, le palais abbatial passa entre les mains de locataires laïques et fut rasé, les maisons canonicales vendues ou renversées pour faire place à des rues, l’église elle-même dévastée et fermée. Au retour de la paix religieuse, Ainay fut de nouveau érigé en paroisse et administré, pendant le xixe siècle, par des curés qui tous ont laissé bon renom de leur passage ; ce furent successivement : M. Régnier, 1825 ; M. Ferrand, 1825-1844, qui, avec l’architecte Pollet, fit dans l’église les modifications et additions signalées ci-dessous ; M. Boué, 1844-1868, archéologue distingué, auteur de notices sur les anciennes églises et les cryptes de Lyon , qui s’occupa aussi des restaurations de l’église ; M. Dutel, 1868-1887 ; M. Delaroche, curé actuel, à qui est due la restauration de la chapelle Sainte-Blandine et les fresques de la coupole.

(Restitution de M. R. Lenail, architecte).

i. Saint-Martin d’Ainay.
ii. Chapelle Sainte-Blandine.
iii. Chapelle adossée à l’église.
iv.        adossée à l’église.
v. Entrée de la chapelle Saint-Pierre.
vi. Chapelle Saint-Pierre.
vii.        N.-D. des Anges.
viii. Cloître.
ix. Salle capitulaire ; au rez-de-chaussée, sacristie.
x. Service ecclésiastique.
xi. Maison des dignitaires, bibliothèque, infirmerie.
xii. Dortoirs et réfectoire.
xiii. Remises.
xiv. Dapiferie
xv. Écoles.
xvi. Cour de l’église.
xvii. Maison du grand Prieur.
xviii et xix. Prévôté, prisons et divers.
xx. Entrée de l’abbé.
xxi. Abbatiales.
xxii. Entrée de l’abbaye.
xxiii. Jardin abbatial.
xxiv. Abbatiales.
xxv. Chapelle de l’abbé.
xxvi. Bâtiments des étrangers.

Jetons maintenant un coup d’œil sur l’ensemble des bâtiments de l’abbaye, avant la Révolution ; la chose ne sera pas difficile si l’on s’aide du plan scénographique de 1550 et de celui dressé par Simon Maupin en 1625. L’abbaye est entourée de murailles fortifiées ; au centre, se trouvent l’église et les bâtiments. L’église est accompagnée au flanc nord, du cloître détruit par les Protestants ; la chapelle Saint-Pierre lui fait suite. Les bâtiments claustraux sont distribués au nord et à l’est et entourés de superbes jardins ; à l’ouest se voit le palais abbatial dont la porte est aujourd’hui conservée au n° 15 de la rue Vaubecour. L’entrée principale de l’abbaye est du côté de la Saône, sur la place Saint-Michel actuelle ; au sud, et toujours du côté de la Saône, se trouve la porte de Neuville qui donne également accès dans l’abbaye. À l’extrémité du confluent, se trouve le pré d’Ainay : là, dit-on, eut lieu le tournoi où Bayard fut vainqueur ; il est vrai que d’autres auteurs placent ce fait d’armes dans le pré avoisinant le cimetière de la Madeleine aujourd’hui désaffecté ; le pré d’Ainay servit également, lors de la peste du xvie siècle, à loger les malades, sous des baraquements édifiés à la hâte.

Il va sans dire que l’abbaye d’Ainay subit de grandes fluctuations dans sa prospérité. Sa plus belle époque s’étend du xii}e au xive siècle ; une bulle d’Innocent IV, datée de 1250, donne la liste des biens du monastère ; à cette époque, elle possédait 71 églises ou prieurés, non seulement dans le diocèse de Lyon, mais encore dans ceux de Vienne, du Puy, de Valence, Mâcon, Saint-Paul-Trois-Châteaux, Belley, Grenoble, et même de Genève, Lausanne, Sion, Aoste, Novare et Verceil.

Ainay en 1818, d’après une lithographie de Lefebvre.

Pour ne citer que quelques-unes de ces possessions, on trouve les églises de Béchevelin à la Guillotière, Champagneux, sur l’emplacement duquel a été construit l’hospice de Saint-Jean-de-Dieu, Chasselay, Châtillon-sur-Chalaronne, Cuire, près Lyon, Dommartin, Meyzieu, l’église de la Roche, aujourd’hui Saint-Pierre de Saint-Chamond, Saint-Michel à Lyon, Saint-Priest, Saint-Sébastien à Lyon, la Tour de Salvagny, la chapelle Saint-Ennemond à Saint-Chamond, Saint-Julien en Jarez, Saint-Symphorien d’Ozon, le prieuré de Vaise, Vaux-en-Velin, etc. Après le xiiie siècle, Ainay acquit encore une vingtaine d’églises et de prieurés dans le diocèse de Lyon ou les diocèses voisins, parmi lesquels Charly, Yzeron, Lozanne et Thurins.

Pour se faire une idée complète de l’importance des possessions de l’abbaye, il est nécessaire de se reporter aux deux publications qui ont été faites des chartes du monastère, la première dite : Petit cartulaire d’Ainay, édité par Auguste Bernard, à la suite de la publication du Cartulaire de Savigny ; la seconde : Grand cartulaire d Ainay, par MM. de Charpin-Feugerolles et Guigne, avec introduction de M. Vachez.

Les prieurs et curés des églises dépendant d’Ainay devaient chaque année verser à l’abbé un tribut en argent ou en nature, en signe de sujétion. Cet usage persévéra même après la sécularisation du monastère et prit le nom de : Droit du bâton de Saint-Martin. Ainsi en novembre 1717, ce droit consistait en deux cent quarante cierges d’un tiers de livre, neuf torches de chacune trois livres et quatre de six livres pour la messe et les vêpres, le dîner et le souper de la fête de Saint-Martin. Ce droit est payé successivement par les prieurs qui dépendent du chapitre ; ils doivent tous assister à la fête patronale. En 1748, on estimait à trois cents livres la dépense du bâton de Saint-Martin.

Le nombre des moines varia avec les époques, mais sans cependant être très nombreux ; on trouve à ce sujet les renseignements suivants donnés par Clapasson, en 1741 : après la sécularisation d’Ainay, en 1685, le chapitre était composé d’un abbé commendataire, non astreint à la résidence, mais qui touchait les revenus ; d’un prévôt curé, de dix-neuf chanoines en titre, de six chanoines d’honneur, de quatre habitués et de six enfants de chœur ; pour être reçu chanoine, il fallait faire preuve de noblesse de deux degrés du côté paternel, sans compter le récipiendaire.

Ainay en 1820, d’aprés une gravure de Sarsay.

Abordons maintenant la description de l’église d’Ainay, et des bâtiments qui l’entouraient. À quelle époque remonte la première chapelle ? Il est impossible de le dire en l’absence de tout document. La crypte Sainte-Blandine, dans son état actuel, est classée par quelques auteurs, Revoil en particulier, comme antérieure au xie siècle. Il y avait sans doute jadis une grande église abbatiale, qui a disparu et dont peut-être il resterait la base du clocher construite en blocs qui diffèrent des constructions subséquentes. Ce qui est certain, c’est que l’église actuelle commencée par l’abbé Gaucerand, était assez avancée en 1107 pour que le pape Pascal II pût la consacrer à son passage à Lyon. Les matériaux qui servirent à la construction de l’édifice paraissent empruntés en partie à des constructions antérieures, soit qu’ils aient été amenés d’ailleurs, soit qu’ils aient été pris sur place : les quatre colonnes, par exemple, qui soutiennent la coupole, ont été amenés par les moines du tènement de la Varissonnière, au pied de la côte Saint-Sébastien, qui leur appartenait ; c’étaient les colonnes de l’autel dédié à Rome et à Auguste. Aux constructions primitives : chapelle Sainte-Blandine et église abbatiale, s’adjoignirent plus tard des additions successives : au xve siècle, la chapelle Saint-Michel ; et de nos jours, les chapelles de la Vierge, de Saint-Joseph et des fonts baptismaux.

En pénétrant dans l’intérieur de l’église Saint-Martin, on est frappé de la simplicité et de la majesté de l’édifice. Cette église romane, avec son plan basilical, ses trois nefs et transept, demeure comme un bon spécimen d’unité de style. La nef, jadis lambrissée en charpente, est aujourd’hui voûtée à plein cintre en briques. L’abside semi-circulaire, voûtée en cul-de-four, est éclairée par trois baies à plein cintre. Les intervalles des fenêtres sont occupés par des pilastres curieusement sculptés d’animaux, rinceaux, ornements géométriques d’une très grande variété, de la fin du xie siècle.

Le transept, soutenu par les colonnes monolithes du temple de Rome et d’Auguste, est surmonté d’une coupole octogonale sur trompe ; son tambour, percé de quatre fenêtres. est orné de colonnettes avec chapiteaux, dont quelques-unes ont peut-être appartenu à un édifice antérieur. La grande nef, à quatre travées, est séparée des nefs latérales par des arcades reposant sur huit colonnes à chapiteaux dérivés du corinthien. Les murs des nefs latérales sont percés de chaque côté de quatre fenêtres à plein ceintre destinées à éclairer l’église, et, dans les intervalles, décorés de pilastres, coiffés de chapiteaux ornementés de sculptures variées, dont les motifs décoratifs sont des feuilles d’acanthe, des palmiers, des animaux affrontés, tels que lions, biches, enfin l’Arbre de vie, trahissent une influence étrangère. Les nefs se terminent chacune par une absidiole semi-circulaire, voûtée en cul-de-four et ornée de pilastres plus simplement sculptés que ceux de l’abside principale. Les deux travées du chœur destinées à faire communiquer l’abside et les absidioles possèdent des pilastres surmontés de chapiteaux dont les sculptures sont importantes pour l’histoire de l’art. Du côté de l’épître : la tentation d’Adam et d’Ève ; l’Annonciation ; le Christ entouré des quatre animaux symboliques ; du côté de l’évangile : Dieu bénissant l’offrande d’Abel et se détournant de Caïn ; saint Michel terrassant le dragon ; le meurtre d’Abel ; saint Jean-Baptiste annonçant la venue du Sauveur.

Fresque de l’abside d’Ainay, par Hippolyte Flandrin.

Parmi les objets dignes d’attirer l’attention, il importe de signaler la fresque due au pinceau d’Hippolyte Flandrin exécutée en 1855, décorant l’abside. Au centre de la composition, le Christ est debout ; à sa droite, la Vierge lui présente sainte Blandine et sainte Clotilde ; à sa gauche, se trouvent saint Michel, saint Pothin et saint Martin. L’abside est éclairée par trois fenêtres ornées de vitraux récents, inspirés de ceux du xiie siècle ; chacun d’eux est composé de petits sujets en médaillons, tels que Crucifiement, Mise au tombeau, etc. Au milieu de l’abside, le maître-autel commandé spécialement pour Ainay par M. le curé Boue, et exécuté par Poussielgue-Rusand, sur les dessins de Questel, architecte des monuments historiques ; cette œuvre d’art excita l’admiration des visiteurs de l’Exposition universelle de Paris en 1854. Ce maître-autel fut consacré le 8 décembre 1855. De cuivre doré, repoussé, et incrusté, sa facture a été inspirée par le célèbre maître-autel de Bâle, actuellement au musée de Cluny : sous cinq arcades à plein cintre se trouvent le Christ et quatre patriarches : Aaron, Abel, Abraham et Melchisédech. En avant de l’autel, au milieu d’une mosaïque récente, mais copiée sur des parties anciennes encore existantes, se voit la mosaïque dite du pape Pascal II : un personnage de grandeur naturelle, mitre, porte dans ses mains la reproduction de l’église d’Ainay. Au devant, une inscription, en partie refaite, contient ces mots : « Hanc ædem sacram Paschalis papa dicavit », c’est-à-dire : ce saint édifice a été consacré par le pape Paschal. À droite et à gauche, deux inscriptions du xiie siècle, en vers léonins, également en mosaïque, contiennent une invocation à l’eucharistie.

Peintures de M. Lamerre, dans la coupole d’Ainay.

L’absidiole de droite est sous le vocable de saint Badulphe, elle ne présente de remarquable que la fresque d’Hippolyte Flandrin : saint Badulphe bénissant l’abbaye qu’il a fondée. L’absidiole de gauche, consacrée à saint Benoît, possède une fresque du même artiste : le patriarche des moines donnant sa règle aux religieux d’Ainay.

La coupole du transept a été récemment l’objet d’une somptueuse décoration, due au peintre Lamerre. La fresque représente, au centre, la Vierge immaculée, entourée de quatre anges, et au-dessous, sur les faces principales de la coupole, saint Joseph et les prophètes David, Ézéchiel et Daniel. Les quatre trompes sont ornées des animaux symboliques. À la coupole est suspendu un lustre, réminiscence de celui d’Aix-la-Chapelle en cuivre doré et émaillé ; il représente les murailles d’une ville flanquée de tours. Le long des murs, on a récemment placé un chemin de croix en cuivre émaillé dû à l’artiste si connu de Lyon, Armand-Caillat. Dans la grande nef, la chaire est à signaler ; c’est une œuvre du sculpteur lyonnais Fabisch : elle est de marbre blanc ; la cuve octogonale, ornée de panneaux sculptés, est supportée par six colonnes.

À droite de la grande église, du côté de l’épître, et communiquant avec le chœur par de grandes arcades, se trouve la chapelle Sainte Blandine. On ne saurait mieux faire pour donner une idée exacte de ce monument, que de transcrire en partie la description si exacte donnée par M. Thiollier, dans ses Vestiges de l’art roman en Lyonnais (1893) :

« La chapelle Sainte-Blandine est une construction de dimensions restreintes de sept mètres de long sur neuf de large, extérieurement. Elle se com2)ose d’une seule nef voûtée dont les murs n’ont pour toute décoration que d’étroites et hautes arcades appliquées. Le sanctuaire, élevé de soixante-dix centimètres au-dessus de la nef, se termine par une abside carrée intérieurement et extérieurement, mais formant néanmoins à l’intérieur une demi-coupole reposant sur trois arcs soutenus par huit colonnettes, dont quatre sont accouplées deux à deux. L’arc triomphal repose lui-même sur deux colonnes. Cette partie de l’édifice n’est éclairée que par une seule fenêtre, mais, au-dessus, le mur de la nef est percé d’un oculus et de deux fenêtres ; deux autres sont ouvertes dans le flanc méridional de la nef. Celles qui ont dû exister sur le côté septentrional sont masquées par l’église du xie siècle. Dans l’intérieur, à remarquer les dix colonnes à chapiteaux ornementés de feuillages et entrelacs

Chapelle Sainte-Blandine (xeou xie siècle).

« Au-dessous, une crypte rectangulaire, voûtée en berceau, supportée aux quatre angles par des pilastres dont les chapiteaux sont représentés par des billettes. En face de la porte d’entrée, un oculus ; à droite et à gauche, deux ouvertures carrées donnant sur deux petits réduits. » Les baies de la chapelle sont ornées de vitraux représentant, l’un, sainte Blandine, l’autre une colombe avec palmier. À gauche de l’autel, un petit monument contient le cœur de M. Dutel, curé d’Ainay, de 1868 à 1887.

Du même côté, et s’étendant parallèlement à la nef, s’ouvre la chapelle de la Vierge, construite au xixe siècle. Elle est séparée de Sainte-Blandine, par un couloir qui fait communiquer la grande église à la sacristie, et de la nef de l’église par de grandes arcades. L’autel, de marbre blanc, est une œuvre de Fabisch. Il est orné d’un bas-relief représentant le couronnement de la Vierge.

On a placé au-dessus de l’autel une belle statue, due au ciseau de Bonnassieux, représentant la Vierge immaculée. La chapelle, insuffisamment éclairée, ne permet pas d’apprécier cette œuvre remarquable, ce dont l’artiste se plaignait au moment de la mise en place. Le 1er mai 1851, la statue de la Vierge fut bénite, et le 8 décembre de la même année, l’autel consacré par Mgr de Bonald. La chapelle se termine au bas par une petite salle quadrangulaire, dans laquelle on remarque un confessionnal monumental en bois de noyer, dû aux artistes Tivi et Botton, et commandé, en 1853, par M. Boue, curé d’Ainay ; sur une face latérale, est scellé dans le mur, un petit édicule en marbre blanc, contenant le cœur de ce pasteur, monument exécuté, en 1869, par l’artiste lyonnais Fabisch : les fabriciens avaient tenu à conserver ainsi le souvenir de ce prêtre à qui est due une grande partie des constructions et embellissements de leur église.

Du côté de l’évangile, s’ouvrent successivement trois chapelles : Saint-Michel, Saint-Joseph et les fonts baptismaux.

La chapelle Saint-Michel fut construite, à la fin du xve siècle, par Simon de Pavie ; elle est très élancée, et sa voûte est composée d’arcs multiples, s’entrecroisant et se perdant dans les colonnes des murs latéraux, ce qui indique la dernière période du gothique. Le mur d’ouest est percé de grandes baies ornées de verrières, œuvre de notre éminent collaborateur, M. L. Bégule ; elles ont été données par des paroissiens et notamment la famille de Longevialle. Les murs ont été décorés, par l’artiste Razuret, de fresques à ornements géométriques. Sur la paroi faisant retour du côté de la nef sont appliquées les grandes orgues construites par Cavaillé-Coll en 1866. Elles furent remplacées en 1880 par des orgues plus considérables avec double buffet, construites par M. Michel de la maison Merklin. Au-dessous de la chapelle est un vaste caveau, aujourd’hui muré, dans lequel se trouvent des cercueils et des ossements sans aucune indication.

Piscine du xve siècle dans la chapelle Saint-Michel de l’église d’Ainay.

La chapelle Saint-Joseph fut construite, en 1831, par M. le curé Ferrand et par lui dédiée en premier lieu à saint Martin. L’abside est décorée de colonnettes avec chapiteaux du xiie siècle, provenant de l’église Saint-Pierre-le-Vieux, aujourd’hui démolie. L’autel est de marbre blanc, entouré de peintures et dessins géométriques qui décorent le chœur et les murs de la nef.

L’édifice où se trouvent les Fonts Baptismaux termine la chapelle Saint-Joseph et communique avec elle par un large porche, dont les matériaux proviendraient, d’après Fleury La Serve, de l’ancienne abbaye d’Ainay. En voici la description. Le linteau supérieur est décoré d’une grecque de marbre, portant au centre la main de Dieu qui bénit. Les pilastres cannelés supportent un entablement très simple. Les chapiteaux sont intéressants ; une partie est ancienne, une autre a été refaite : à gauche se trouvent des animaux fabuleux, griffons, serpents et un berger ; puis Noé dans l’arche ; à droite, Jouas vomi par le monstre, puis la naissance de l’Enfant-Jésus ; enfin les bergers se rendant à l’étable. L’intérieur de l’édicule a ses quatre faces ornées d’arcades, soutenant une petite coupole à lanterne centrale ; les colonnes sont surmontées de chapiteaux du xiie siècle, provenant de l’Île-Barbe.

Il est temps de présenter au lecteur une description de l’extérieur du monument ; conduisons-le d’abord dans le porche sur lequel s’élève le clocher. De style primitivement roman, ce porche a été transformé au xiiie siècle en style ogival ; l’intérieur, de forme carrée, a des murs ornés d’arcades borgnes, avec voûtes à croisées d’ogives retombant sur les colonnettes des angles. À l’est et à l’ouest, deux portes donnent accès dans l’église et au dehors.

Colonnettes de la chapelle Saint-Joseph à Ainay, provenant de Saint-Pierre-le-Vieux.

Le clocher est un spécimen intéressant de l’art roman en Lyonnais. Il se compose de trois étages ; l’inférieur est construit en blocs énormes, ce qui faisait penser à Steyert, que cette partie datait de la reine Brunehaut, qui avait doté richement l’abbaye. La porte de la façade, qui donne accès dans le porche, est ornée d’une archivolte richement sculptée, reposant sur des pilastres récents, placés lors du nivellement de la rue vers 1850 : le niveau de la rue s’était, en effet, tellement exhaussé, dans le cours des siècles, qu’il fallait enlever un mètre environ de déblais ; aussi descendait-on dans l’église par un escalier de huit marches. Les trois autres étages du clocher sont percés de fenêtres simples ou accouplées, cernées de colonnettes. Le haut est terminé par une pyramide quadrangulaire surmontée d’une croix, et accompagnée aux angles de quatre pyramidions.

Colonnes et chapiteaux de la chapelle des Fonts Baptismaux à Ainay, provenant de l’Île-Barbe (xiie siècle).

Les faces du clocher présentent une décoration originale : des incrustations losangées de briques rouges, alternant avec des pierres blanches, forment des dessins variés, autour des archivoltes des fenêtres ; de plus, au milieu du troisième étage, une grande croix est incrustée. On remarque aussi une frise composée de rectangles de pierre, sur lesquels sont sculptés les signes du zodiaque, et autres scènes ; cet ornement, assez fréquent dans notre région, se retrouve sur la façade du clocher de Sainte-Foy-lès-Lyon, et se voyait autrefois sur celui de Saint-Martin et Saint-Loup à l’Île-Barbe, il existe encore à Saint-Rambert-en-Forez. Chaque étage est séparé du suivant par un cordon de pierres sculptées : quadrifeuilles et ornements semblables, présentant une réelle analogie avec la décoration de l’ancienne manécanterie de la Primatiale.

Dans le clocher se trouvent quatre cloches ; la plus ancienne existait avant la Révolution ; les trois autres ont été fondues par Burdin ; elles ont été bénies le 8 décembre 1834, par Mgr de Bonald et portent les noms de Benoît, Marie et Élisabeth. À droite et à gauche du clocher, l’architecte Pollet a fait construire, vers 1830, deux porches latéraux avec tribunes ; ils contrebuttent le clocher principal et leurs portes servent de dégagement à l’église. À la suite, à gauche, se voit la façade des fonts baptismaux sur le mur extérieur desquels on a encastré un tympan, qui pendant longtemps orna la porte du cloître. La sculpture de ce tympan, grossière et fort endommagée, représente des scènes de la vie de saint Jean-Baptiste : le festin d’Hérode, la danse de Salomé, la décollation du Précurseur et son ensevelissement. Au-dessous on a scellé la dalle funéraire de Bonnet, chantre d’Ainay.

Intérieur de l’église d’Ainay.

La façade latérale sud donne sur un petit jardin, dans lequel ont été heureusement conservés quelques urnes gallo-romaines, trouvées dans les fouilles, et des chapiteaux du moyen âge, dont plusieurs du xiie siècle ne sont pas sans intérêt. Sur cette même façade sont ouvertes les fenêtres de la chapelle récente de la Vierge, et au-dessus, celles de la basse nef de la grande église : ces baies, actuellement à plein cintre, en ont remplacé d’autres de style ogival qu’on voit représentées dans les gravures de 1820 environ. En continuant vers l’est, on trouve la nouvelle sacristie, puis le mur latéral de la chapelle Sainte-Blandine.

À l’est, se trouve d’abord l’abside carrée de la chapelle Sainte-Blandine, abside percée d’une fenêtre à plein cintre, et, au-dessus, d’un oculus. Le mur est décoré d’incrustations en briques rouges et blanches, en forme d’épis et de damier. Le toit est à deux rampants ; la partie qui déborde le mur est soutenue par des modillons à corbeaux, analogues à ceux de Notre-Dame-du-Port, à Clermont. Entre ces corbeaux, le dessous du toit est décoré de soffites ou pierres sculptées d’ornements géométriques, avec cuvette centrale.

Nous voici à l’abside de l’église. Elle se compose de plusieurs parties : on remarque d’abord l’abside proprement dite, semi-circulaire, dans laquelle s’ouvrent trois fenêtres à plein cintre, cantonnées de colonnettes ; puis deux absidioles carrées, percées chacune d’une baie ; enfin l’abside de la chapelle Saint-Michel. Tout à côté se trouve un petit bâtiment servant d’école, dont un mur appartient à la chapelle Saint-Pierre, aujourd’hui disparue.

Le transept gauche de l’église d’Ainay.

Tout au-dessus, se profilent les toitures de l’église ; entre le toit conique de l’abside et celui à double rampant de la nef, s’élève le clocher lanterne, carré, trapu, recouvrant la croisée du transept et sa coupole. Il est surmonté d’une croix dorée. Les quatre faces sont percées, chacune de deux baies géminées, avec colonnettes et chapiteaux sculptés de feuilles grasses. La façade latérale nord ne présente aucune particularité : elle se trouve sur l’emplacement de l’ancien cloître, dont il existe encore une arcade dissimulée sous le badigeon du mur, ainsi qu’une porte à arc surbaissé qui servait de communication entre l’église et le cloître, avant la dévastation de ce dernier par le baron des Adrets. Le mur de clôture donnant sur la rue des Remparts-d’Ainay, est percé d’une porte à plein cintre, formée de débris antiques et notamment d’un linteau orné de rinceaux et soutenu par deux colonnettes avec chapiteaux romans.

Dans l’intérieur de l’église abbatiale, du cloître et des bâtiments claustraux, il existait jadis un certain nombre de chapelles, ou d’autels aujourd’hui disparus, signalés pourtant dans les documents, et dont, pour certains, l’emplacement est inconnu.

De plus, certaines chapelles ont plusieurs fois changé de vocables, ce qui prête parfois à confusion : dans la grande église, par exemple, la chapelle Saint-Benoît, qui se trouvait jadis à droite en entrant, est actuellement placée dans l’absidiole de gauche ; la chapelle de la Vierge aurait été primitivement, d’après certains auteurs, la chapelle actuelle Saint-Michel ; transportée ensuite dans l’absidiole de droite, elle occupe aujourd’hui le bas-côté de droite. Dans les documents on trouve également mentionnés les chapelles ou autels, Saint-Joachim, Notre-Dame du Cloître et Saint-Sébastien.

Deux oratoires, disparus de nos jours, méritent une mention particulière : la chapelle de Saint-Pierre aurait été consacrée, en 1040, par Amédée, archevêque de Lyon ; orientée comme la grande église, elle était placée sur son flanc gauche, parallèlement à Saint-Michel. Elle a été coupée par la rue Adélaïde-Perrin, anciennement rue du Puits d’Ainay ; il n’en reste de nos jours, comme on l’a dit, que le mur du bâtiment servant d’école. Au nord de Saint-Martin, dans les bâtiments claustraux, existait au xviiie siècle une petite chapelle, appelée Notre-Dame-des-Anges.

La sacristie occupait jadis la chapelle actuelle Sainte-Blandine, dont la crypte servait de dépôt de charbon. M. Dutel rendit à cette chapelle sa destination primitive et fit construire la sacristie actuelle, achevée en 1886.

L’abbaye d’Ainay possédait, avant les dévastations des Protestants, un riche trésor de reliques, dont il existe un inventaire détaillé dans un missel imprimé spécialement pour l’abbaye, en 1531, par les soins de Balthazar de Thuers, prieur claustr.d ; parmi ces reliques se trouvait un doigt de saint Jean-Baptiste, du sang de saint Étienne, des cheveux de la Vierge, le corps de saint Badulphe, etc. Le trésor, reconstitué plus tard, fut pillé de nouveau par la révolution. Actuellement il ne comporte que quelques pièces modernes.

La tentation d’Adam et d’Ève, chapiteiu du xiie siècle. (Dessin de M. H. Lenail).

SAINT-MICHEL

Une église restée ouverte pendant douze siècles et dont la fondation fut liée à des faits mémorables de l’histoire nationale mérite que son souvenir soit conservé. Une place du quartier d’Ainay qui rappelait naguère le nom de l’église Saint-Michel vient d’en recevoir
La pointe de la presqu’île d’Ainay, l’église et le cloître en 1550. (Restitution de M. Rogatien Lenail, architecte).
un autre. Il appartient à ceux qui savent et se souviennent de retracer les faits historiques que l’on n’efface pas comme un nom sur une plaque municipale.

L’église Saint-Michel, fondée à la fin du ve siècle, et, pour se servir d’une expression qui n’a rien d’archaïque, désaffectée en 1690, était située entre l’ex-place Saint-Michel et la Saône. D’après Steyert, elle s’élevait sur l’emplacement des maisons qui bordent la rue Martin au nord, son bas-côté méridional débordant sur le sol qui est la chaussée actuelle de cette rue. Les anciens plans de Lyon nous la montrent au contraire un peu à gauche du prolongement de la rue Sainte-Hélène, par conséquent à la place des maisons bâties au sud de la rue Martin.

L’histoire de sa fondation est connue par une inscription latine de vingt-six vers, tirée d’un vieux manuscrit et insérée au recueil de Duchesne, Scriptores historiæ Francorum, qui a sauvé de l’oubli tout ce que l’on sait de sa royale fondatrice. Carétène, femme d’un roi bourguignon, née vers l’année 453, morte en 500, fit bâtir une église qu’elle dédia à saint Michel Archange, avec un monastère, où elle-même se consacra à Dieu, mourut et fut enterrée, et où, suivant une croyance fondée sur de sérieuses données, elle avait formé, à l’ombre du cloître, l’esprit de la jeune Clotilde, qui devait épouser Clovis et exercer une si grande influence sur la conversion des Francs.

Une opinion assez répandue est que Carétène fut la femme de Gondioc, roi de Bourgogne, père de Gondebaud et de Chilpéric et par conséquent l’aïeule de Clotilde, fille de ce dernier. D’autres historiens et parmi eux MM. Allmer et Dissard, auteurs des Inscriptions antiques du Musée de Lyon, rejettent cette opinion parce que Carétène n’avait que huit ans à la mort de Gondioc et croient que Carétène fut la femme de Gondebaud ; ils s’appuyent sur le récit de Grégoire de Tours et sur diverses considérations historiques. Suivant eux, Carétène aurait été la tante de Clotilde. Alphonse de Boissieu a consacré dans son livre, Les Inscriptions antiques de Lyon, une dissertation à l’épitaphe de Carétène. Opposant le témoignage de saint Avit, contemporain de celle princesse, à celui de Grégoire de Tours, il a refait l’histoire de Gondebaud et de Clotilde et montré que parmi les fils de Gondioc, Chilpéric est le seul dont elle ait pu devenir la femme. Elle ne fut donc ni l’aïeule, ni la tante de Clotilde ; elle fut sa mère. Du reste, les diverses hypothèses permettent de lui attribuer le rôle d’éducatrice de la future reine des Francs. Il est dit dans son épitaphe : præclaram sobolem dulcesque gavisa nepotes ad veram doctos sollicitare fidem. Ces mots peuvent laisser entendre que ce ne fut pas seulement à sa descendance directe qu’elle s’appliqua à enseigner la vraie foi. Le souvenir de sainte Clotilde s’est conservé à Lyon par le culte qui lui est rendu à Ainay dont elle est une des patronnes secondaires, où elle a eu une statue, où elle figure dans la fresque d’Hippolyte Flandrin, enfin par la fondation que son fils Childebert fit, en 542, du plus ancien hôpital lyonnais, un des premiers créés en France.

Le quartier d’Ainay, à l’époque où Carétène y fondait une église et un monastère, n’était pas un lieu désert, comme pourrait le faire croire sa situation dans une île séparée de la presqu’île par un canal qui mettait les deux fleuves en communication avant le confluent. Ce territoire était traversé par une voie romaine devenue la rue Sainte-Hélène, bordée d’habitations et de monuments dont les ruines exhumées à diverses époques sont aujourd’hui déposées au musée du palais Saint-Pierre, ou bien sont restées enfouies dans le sol après avoir été vues par les témoins des fouilles. Substructions d’édifices, débris de statues, mosaïques, inscriptions trouvées le long de la rue Sainte-Hélène, sous les maisons de la rue Martin ou dans le lit de la Saône, tels sont les restes de l’ancien quartier in Canabis mentionné dans l’inscription du négociant Minthatius Vitalis trouvée dans les fondations de la maison Martin, avec celle de C. Apronius Raptor, décurion de la cité de Trêves, patron des Nantes de la Saône et des marchands de vin établis à Lugdunum.

Saint-Michel d’Ainay au xvie siècle (d’après le plan scénographique).

À croire la légende, l’église Saint-Michel ne fut pas le premier monument chrétien élevé à Ainay, où l’on dit que le culte des martyrs lyonnais fut en honneur dès le iiie siècle. De tout temps, du reste, ce fut la prétention des moines d’Ainay que leur abbaye était plus ancienne que Saint-Michel. Dans un mémoire dressé par les chanoines qui succédèrent aux religieux d’Ainay, pour faire valoir un droit de propriété sur l’église Saint-Michel et ses dépendances, ils établissent qu’elles furent toujours dans leur domaine et dans leur juridiction.

Suivant Ménestrier, il y a quelque apparence que ce fut de l’église de Saint-Michel qu’Avit, archevêque de Vienne, célébra la dédicace dans une de ses homélies dont il ne reste qu’un fragment et qui, si nous l’avions complète, donnerait de précieux renseignements sur l’histoire de Saint-Michel et de sa fondatrice. L’anniversaire de cette dédicace se célébrait chaque année le 3 février.

Les religieuses du monastère Saint-Michel que l’on voit qualifiées dans les vieux titres « nonnains de Saint-Michel ou moinesses d’Ainay », embrassèrent la règle de saint Benoît qui était celle des moines d’Ainay. Leur maison fut supprimée par le quatrième concile de Latran qui prit une pareille mesure contre tous les couvents de filles trop voisins des religieux du même ordre. Ménestrier rapporte, dans l’Histoire civile et consulaire de la ville de Lyon, que le souvenir des religieuses d’Ainay était conservé dans les anciens obituaires de l’abbaye par la mention de plusieurs abbesses au jour de leur mort, et que, vers la fin du xvie siècle, on démolit, pour l’établissement de l’arsenal, une chambre où, sur les murs, étaient peintes des religieuses.

Autour de la fondation de Carétène, il se forma de bonne heure un groupe d’ habitations lions, le bourg ou village Saint-Michel, qui, en 1388, n’était pas encore compris dans l’enceinte de la ville. Lorsque les religieuses de Saint-Michel furent supprimées, l’église devint paroissiale. Elle est ainsi qualifiée dans la bulle d’Innocent IV de 1230, et resta paroissiale jusqu’à la fin du xviie siècle. L’abbé d’Ainay était curé primitif de Saint-Michel, et nommait le curé ou vicaire perpétuel tenu de payer une redevance annuelle de quarante sols viennois et deux livres de cire. Le curé de Saint-Michel était Jacques Manlia en 1382, Jean Degrangier en 1470, Thomas Daillères en 1509, François Gayffier en 1567, François Thomazet en 1670, Constant en 1692, Pierre Mey en 1712. François Gayffier fut le premier à tenir des registres paroissiaux à dater de 1566. Chaque année, le dimanche des Rameaux et le jour de la fêle patronale, les religieux d’Ainay officiaient eux-mêmes à Saint-Michel.

L’étendue de cette paroisse était considérable et embrassait tout le terrain compris entre les Jacobins et le confluent, puis l’île Mognat au delà du confluent, enfin sur la rive gauche du Rhône, le quartier de la Guillotière où s’élevait la chapelle de la Madeleine, contiguë au cimetière de ce nom ; Sainte-Madeleine, annexe de Saint-Michel, avait été érigée en remplacement de l’église paroissiale Saint-Jean-de-Béchevelin détruite par les Protestants en 1562.

Mais si la paroisse Saint-Michel avait un grand territoire, elle fut longtemps peu peuplée et ses ressources étaient minimes. En 1512, à l’occasion d’une contribution du clergé aux dépenses des fortifications de la ville, tandis que l’abbé d’Ainay était taxé à 300 livres, Saint-Michel n’avait à payer que 3 livres seulement. Lorsque saint François de Sales mourut, le 28 décembre 1622, dans la maison du jardinier de la Visitation de Bellecour, on crut que ce ne serait pas faire assez d’honneur à l’illustre défunt, de célébrer ses obsèques dans la modeste église. paroissiale Saint-Michel située tout auprès. Son corps fut exposé d’abord à la Visitation, puis porté à Saint-Nizier et de là, accompagné par le Chapitre de cette église jusqu’aux portes de la Croix-Rousse, où se forma le convoi qui l’emmena à Annecy. Il n’est pas trace dans les souvenirs de la Visitation d’un prétendu dépôt qui aurait été fait du corps de saint François de Sales à Saint-Michel, rapporté par quelques historiens. Par contre, soixante-dix ans plus tard, mourait à la Visitation de Bellecour une religieuse, la princesse Marie-Anne de Wurtemberg, fille du prince Ulrich de Wurtemberg et de la princesse Isabelle d’Aremberg. Elle avait demandé à être enterrée dans l’église paroissiale Saint-Michel, en une chapelle dédiée à la Vierge : son désir fut respecté.

Saint-Michel dut au zèle de ses paroissiens quelques œuvres intéressantes. Des dames charitables, fondèrent, en 1681, avec le concours des Filles de la Charité, l’Œuvre de la Marmite, dans le but d’assister les pauvres honteux et malades, sous la présidence du curé de Saint-Michel. Le 10 septembre 1681, Mme la comtesse de la Liègue donne une pension annuelle de cinquante livres. Le 5 mars suivant, Pierre Perrachon, marquis de Saint-Maurice, lui cède trois rentes annuelles faisant ensemble quarante-sept livres. De nos jours les paroisses Saint-François-de-Sales et Sainte-Croix participent aux secours distribués par l’Œuvre de la Marmite, parce qu’elles sont des démembrements de l’ ancienne paroisse Saint-Michel, devenue, au xviie siècle, la paroisse d’Ainay. Vers le même temps, Françoise de la Pérouse, femme de Claude Pécoil, lègue une somme de 40 livres pour donner le pain aux pauvres des petites écoles de la paroisse Saint-Michel. En 1688 est érigée à Saint-Michel, puis transférée plus tard à Ainay, une pieuse confrérie enrichie d’indulgences par le pape Innocent XI, sous le titre de Rénovation des promesses du Saint-Baptême et sous l’invocation de saint Jean-Baptiste.

Au mois de septembre 1404, saint Vincent Ferrier vint à Lyon, et donna à la Madeleine, annexe de Saint-Michel, une série de prédications qui durèrent seize jours, devant un auditoire si nombreux qu’il dut prêcher en plein air dans un pré appartenant à Jean Maignet, recteur de la chapelle de la Madeleine, qui reçut de la ville, à cette occasion, une indemnité de 10 livres pour réparation des dégâts causés chez lui par la foule.

Ainay et Saint-Michel en 1625 (d’après le plan de Simon Maupin).

L’église Saint-Michel était petite, très simple et fut longtemps sans clocher. L’abside seule était voûtée, la nef et les bas côtés ne l’étaient pas et mesuraient ensemble seulement vingt mètres en largeur sur vingt-cinq mètres en longueur. Sur le plan scénographique de la ville de Lyon au xvie siècle, l’église se termine à l’est par une abside et a son entrée au midi du côté de la Saône. Le plan de Simon Maupin de 1625 montre au contraire la façade, percée d’une rosace et de deux baies latérales et tournée du côté du levant. Y avait-il eu, dans l’intervalle, une transformation de l’édifice ? Quelques mots du mémoire écrit, en 1715, par les soins du Chapitre d’Ainay, à l’appui de sa prétention à la propriété de Saint-Michel, donneraient lieu de le croire. Il y est dit, en effet, que l’église avait été agrandie par la construction d’un nouveau chœur du côté ouest, à la place où était autrefois l’entrée principale. À la voûte du chœur on sculpta en relief les armes de l’archevêque Camille de Neuville. À la fin du xvie siècle, on éleva le clocher.

En 1666, l’église et la maison curiale étaient dans un imminent péril de ruine. L’archevêque, les échevins, l’abbé d’Ainay et les paroissiens contribuèrent à la restauration ; la ville donna 3.000 livres ; l’intendant Dugué et sa femme, paroissiens de Saint-Michel, firent une donation. La nef et les bas-côtés reçurent des voûtes ; on reconstruisit le chœur. Les vieux murs du temps de Carétène subsistèrent.

Ces restaurations ne devaient guère prolonger l’existence de Saint-Michel. Sa destruction, que le temps n’avait pu achever, ne devait pas tarder à devenir l’œuvre de ceux-là mêmes qui payaient de leurs deniers ces travaux de conservation.

En 1685, l’abbaye d’Ainay fut sécularisée. Ce que ne pouvaient pas faire des religieux bénédictins, s’occuper du service paroissial, devenait possible pour les nouveaux chanoines qui n’avaient pas les mêmes raisons pour entretenir hors du chapitre un curé chargé d’un service dont ils pouvaient s’acquitter eux-mêmes ; d’autant plus que la paroisse Saint-Michel, longtemps peu peuplée et seulement de pauvres gens, avait vu sa population s’accroître et des familles notables abandonner les vieux quartiers de la rive droite de la Saône, pour se fixer à Bellecour et aux environs, depuis que les améliorations opérées dans la presqu’île l’avaient rendue plus habitable.

Le Consulat, consulté au sujet de la sécularisation d’Ainay, émit un avis favorable fondé sur la nécessité d’en faire une église paroissiale, afin de soulager l’église Saint-Nizier seule, dit la délibération, au service d’une population supérieure des deux tiers à la population habitant du côté de Fourvière.

Le motif donné par le Consulat à l’appui du projet de translation de la paroisse à Ainay peut paraître étrange, car, au nord de Saint-Nizier, se trouvaient Notre-Dame de la Platière, Saint-Saturnin et Saint-Vincent, et au sud, Saint-Michel. Mais il s’agissait moins de soulager Saint-Nizier que de supprimer Saint-Michel. Cette suppression était si bien dans la pensée de ceux qui faisaient, en 1685, la sécularisation d’Ainay, qu’en 1688, Camille de Neuville, abbé d’Ainay et archevêque de Lyon, fit procéder à une enquête sur le projet d’établir à Saint-Michel une communauté de Lazaristes s’adonnant à la prédication.

Enfin, le 17 octobre 1690, l’archevêque rend une ordonnance qui prononce la déchéance de Saint-Michel, et décide que l’église d’Ainay sera désormais paroissiale. En même temps, il prononce que la chapelle du Saint-Esprit, joignant le pont du Rhône, est érigée en succursale de la nouvelle paroisse et que le curé de Saint-Michel, obligé de quitter sa cure, sera logé dans une maison de l’enclos d’Ainay, en avancement sur le rempart. Du reste, si le curé de Saint-Michel était désormais sans paroisse, le titre et la dignité subsistaient, et l’on retrouve, même après 1690, plusieurs personnages ainsi qualifiés.

Le curé de Saint-Michel, au moment de la suppression de la paroisse, était François Thomazet, dont le nom mérite d’être recueilli, car une note manuscrite de Spon, sur un exemplaire de l’un de ses ouvrages, rapporte que François Thomazet eut soin de conserver l’épitaphe en vers latins de Carétène, précieux document sans lequel on ne saurait rien de la fondatrice de Saint-Michel.

Le curé Thomazet eut gravement à souffrir de la suppression de sa paroisse. En le privant de ses revenus, on laissait à sa charge les dettes qu’il avait dû contracter, en 1666, pour la réparation de l’église et la construction d’une nouvelle maison curiale. Il s’en suivit plusieurs différends. Les paroissiens de Saint-Michel ne voulurent payer que les dépenses relatives à l’église. Une procédure, engagée par le maître-maçon Lacombe, contre le curé Thomazet, et continuée après leur mort entre les ayants droit de l’un et de l’autre, n’était pas terminée en 1712. Il y eut, à la requête des créanciers, le 6 novembre 1694, saisie de la maison curiale et même, plus tard, de l’église qui avait été transformée en magasin à poudre pour le service de l’arsenal.

Pour empêcher l’adjudication des immeubles saisis, et prévenir un procès avec les héritiers Lacombe au sujet de la propriété de ces biens, le Consulat, par acte du 9 mai 1712, acquit de ces héritiers leurs droits contre le curé et les paroissiens de Saint-Michel, pour la somme de 3.198 livres 8 sols 6 deniers, montant de leur créance en capital et intérêts. Le 18 mai 1731, l’emplacement de Saint-Michel, la maison curiale, le cimetière et autres dépendances étaient adjugés, par sentence de la sénéchaussée, au prévôt des marchands et échevins, pour le compte de la commune, moyennant une rente foncière perpétuelle de 600 livres, à payer à la paroisse d’Ainay.

Le Consulat fit cession de ces mêmes immeubles aux recteurs de l’hôpital de la Charité pour la somme de 14.620 livres, dont 12.000 livres formant le capital de la rente de 600 livres due par la ville à la paroisse d’Ainay, et 2.620 livres pour droits, frais et loyaux coûts. Cette cession était consentie sous la condition que les acquéreurs établiraient que le terrain cédé une boucherie publique. Mais la ville ayant fait construire, vers le même temps, la boucherie des Terreaux, par un accord intervenu entre le Consulat et les recteurs de la Charité, et sur la proposition de la compagnie des fermiers-généraux, il fut convenu que la boucherie serait remplacée par un grenier à sel.

Finalement, par contrat passé en 1785, les recteurs de la Charité vendirent au roi Louis XVI le sol et les bâtiments de l’ancienne église Saint-Michel et ses dépendances et de plus une maison acquise par eux des héritiers Bossu, le tout destiné à agrandir l’arsenal et pour la somme de 43.000 livres.

Dans la nuit du 24 août 1793, les canons de Dubois-Crancé incendièrent l’arsenal et les maisons du quartier. Ce qui restait des bâtiments de Saint-Michel fut détruit par le feu. L’église elle-même avait été démolie un demi-siècle avant la Révolution.

Le Christ et les quatre évangélistes. Chapiteau du xiie siècle, à Ainay. Dessin de M. R. Lenail.

BIBLIOGRAPHIE DU CHAPITRE III

Arch. départ., série D., 522.

Arch. comm., BH., 221 et 232.

Arch. Hosp., H., 123.

Mémoire pour établir que l’église de Saint-Michel d’Ainay, fermée depuis 1690, avec ses dépendances, appartient bien à Messieurs du Chapitre d’Ainay et non aux paroissiens de Saint-Michel. Manuscrit, année 1715, à la bibliothèque de Lyon, fonds Coste, n° 2858.

Abbé Vachet, Les anciens couvents de Lyon, p. 420, 617, 648.

État des revenus de la paroisse Saint-Michel d’Ainay, aux Arch. départem. série E., 1309.

Abbé Martin, dans Bulletin historique du diocèse de Lyon, novembre 1901.

F. Frécon, L’Œuvre de la Marmite à Ainay aux xviie et xviiie siècles, dans Revue du Lyonnais, 1887.

Rénovation des promesses du Saint Baptême et pratiques de piété pour vivre en vray chrétien, Lyon, 1692, in-12. — Bibliothèque de Lyon, fonds Coste, n° 3017.

Péricaud, Notes et documents, septembre 1404, 1512, septembre 1688, 17 octobre 1690.

Pariset, Souvenirs lyonnais de 1496 à 1896, dans : Revue au Lyonnais, 1897.