Histoire des églises et des chapelles de Lyon/II/05

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H. Lardanchet (vol. IIp. 141-190).
Table de communion art moderne (chapelle des P. Jésuites).

CHAPITRE V

LA PLATIÈRE. — SAINT-PIERRE ET SAINT-SATURNIN. — CARMES-DÉCHAUSSÉS. — PAROISSE DU BON-PASTEUR — NOTRE-DAME DE LA RETRAITE AU CÉNACLE. — LA CITÉ-RAMBAUD. — ŒUVRE DES SOLDATS À LA PART-DIEU.

Si le lecteur veut bien continuer à nous suivre dans notre promenade historique et archéologique à travers les monuments religieux anciens ou modernes de la cité lyonnaise, il sera émerveillé de la fécondité de l’Église, soit dans les œuvres d’art, soit dans la vitalité qu’elle déploie pour le bien spirituel de ses enfants. Elle sait s’accommoder aux exigences de tous les temps ; elle a fait éclore des communautés cloîtrées douées de règles rigides comme les religieux de la Platière, les Carmes-Déchaussés, les Bénédictines de Saint-Pierre ; mais, à notre époque, elle accueille les conceptions plus modernes de l’apostolat comme la Cité-Rambaud ou l’œuvre des Soldats.

NOTRE-DAME DE LA PLATIÈRE

La maison portant le n° 7 de la place de La Platière, récemment restaurée, aménagée pour un immeuble de rapport, après avoir abrité pendant de longues années l’hôtel de l’Écu de France, occupe l’emplacement de l’ancienne église Notre-Dame de La Platière. Les historiens lyonnais font remonter les origines de ce sanctuaire à une assez haute antiquité. Il aurait été fondé au ve siècle, par saint Eucher, pour servir de recluserie, sous le vocable de Notre-Dame-des-Bois ou Sainte-Marie-aux-Bois. Il se trouvait alors en dehors de la ville, étagée sur la colline de Fourvière ; plus tard, la ville s’étant étendue, il prit le nom de La Platière à cause de sa situation sur une petite place entourée d’arbres, Platea. Ce lieu est nettement déterminé dans une charte de 1092 : » Dans le faubourg de Lyon, sur la rive gauche de la Saône du côté de l’orient. » Plusieurs annalistes ont assuré que l’édifice primitif avait été reconstruit au commencement du ixe siècle par Leidrat. Cet insigne bienfaiteur de l’église de Lyon, dans sa lettre adressée à Charlemagne, mentionne comme ayant été réédifiées par ses soins les églises Saint-Nizier et Sainte-Marie. Mais aucune preuve ne vient étayer l’identification de cette dernière avec Notre-Dame de La Platière.

Les annales de La Platière restent encore obscures pendant près de deux siècles, jusqu’à l’époque où Gébuin (saint Jubin), archevêque de Lyon de 1077 à 1082, faisait don de l’église et de ses dépendances aux chanoines réguliers de Saint-Ruf. Cet ordre avait pris naissance dans le Comtat-Venaissin. « Mais, dit Nicolas Chorier, le nom de Saint-Ruf qui est son titre, n’est pas celuy de son instituteur, ni un choix qu’il ail fait. Amalde, Odilon, Ponce et Durand, prestres de l’Église d’Avignon, ayant résolu entre eux de mener une vie plus retirée, demandèrent, en 1039, à Benoît, leur évêque, deux églises dont il pouvoit disposer. C’étoient celles de Saint-Just et de Saint-Ruf dans son diocèse et auprès de la Durance. Il les leur accorda, et comme ils se logèrent aux environs de celle-cy, le nom leur en fut donné ; ils furent appelez et ceux qui vinrent après eux les chanoines de Saint-Ruf. Cet ordre s’est répandu en beaucoup de lieux ; sa règle est celle de saint Augustin et tous les membres reconnaissent l’abbaye de Valence pour leur chef Il donna trois papes à la chrétienté : Anastase IV, Adrien IV et Jules II. » (Hist. générale de Dauphiné.)

À la suite d’un différend suscité par les moines de l’Île-Barbe, qui avaient protesté contre l’introduction à Lyon des chanoines de Saint-Ruf, l’archevêque Hugues ratifia, par une charte du 22 juin 1092, la donation à ces religieux, par Gébuin son prédécesseur, de l’église Notre-Dame de La Platière et de ses dépendances, savoir : les églises Saint-André de Corcy, Saint-Marcel, Notre-Dame de La Boisse avec les chapelles de Girieu et de Montluel et l’église Saint-Julien de Condeyssiat. Par sa bulle du 19 septembre 1093, le pape Urbain II leur confirme encore Ecclesiam sancte Marie infra Lagdunensem. Plusieurs de ses successeurs contribuèrent à affermir les chanoines de La Platière dans leurs possessions. Adrien IV, le 7 janvier 1159, confirme la donation faite par Étienne, sire de Villars, de la part qui lui appartenait du port du Rhône, à Lyon, aux chanoines de La Platière ; Lucius III, le 7 novembre 1184, confirme la concession faite, par l’archevêque de Lyon, aux chanoines de La Platière d’un four, d’une place qui s’étendait de leur maison à la Saône et de leur part du port du Rhône ; enfin, le pape Innocent III, le 6 mai 1206, confirme toutes les possessions de l’ordre de Saint-Ruf.

Il est probable que le petit sanctuaire, plusieurs fois remanié, fut reconstruit sur de bien plus vastes proportions, peu après la prise de possession par les chanoines de Saint-Ruf, c’est-à-dire au commencement du xiie siècle. Le grand plan scénographique de Lyon, exécuté vers le milieu du xvie siècle, celui de Simon Maupin, en 1625, nous ont conservé la représentation de l’église de La Platière. C’était un édifice de dimensions moyennes, à une seule nef. Le clocher élevé au-dessus du chœur est à deux étages surmontés d’une flèche quadrangulaire, flanquée aux angles de quatre cornes ; il offre une grande similitude avec celui d’Ainay, construit à la même époque ; mais, si l’on admet l’exactitude des documents indiqués, il est plus élégant, la tour est moins massive, la flèche plus élancée. Le sanctuaire se termine par une petite abside à pans coupés, éclairée de trois fenêtres à plein cintre.

Église et cloître de La Platière (Restitution de M. Rogatien Lenail.)

L’année 1243 fut célèbre dans les fastes de La Platière. Le pape Innocent IV, qui avait été chanoine de Lyon, vint chercher dans cette ville un refuge contre les persécutions de l’empereur Frédéric II. C’est de là qu’il écrivit à tous les prélats, à tous les souverains de la chrétienté pour les inviter au concile qu’il se proposait de tenir à Lyon. Cette assemblée s’ouvrit le 28 juin 1243, dans l’église Saint-Jean, et compte comme le treizième concile général. Outre le pape et les cardinaux, il réunit les patriarches de Constantinople, d’Antioche et d’Aquilée, cent quarante archevêques et évêques, Baudouin empereur de Constantinople, Bérenger comte de Provence, Raymond comte de Toulouse ; d’autres princes et prélats s’y firent représenter par des ambassadeurs. L’empereur Frédéric II y fut excommunié et déposé. Pendant ce concile, disent quelques historiens, les cardinaux parurent pour la première fois avec l’habit de pourpre ; Innocent IV voulant leur rappeler ainsi, qu’ils devaient être toujours prêts à verser leur sang pour l’Église. Le concile s’occupa encore des incursions des Tartares, de la Croisade, de réformes dans l’administration de la justice et, raconte un pieux annaliste, qui a conservé l’anonyme, « l’on y traita de bien des choses de très grande importance, et après plusieurs beaux décrets qu’on y fit, l’on y arrêta, qu’en reconnoissance des faveurs qu’on y avoil reçu par l’entremise de la Très Sainte Vierge, et pour s’attirer toujours davantage sa protection particulière, on ajoûteroit dans toute l’Église, pour une plus grande solemnilé, une Octave à la fête de la Nativité, qui s’y célébroit déjà depuis longtemps. Et comme l’église de La Plattière étoit la seule dans cette ville consacrée à la Sainte Vierge, même dès les premiers siècles, et à la Nativité, elle eut l’honneur d’être choisie pour être la première ou se célèbreroit cette Octave, ce qui se fit pendant huit jours avec toute la piété et la magnificence digne du sujet, et de cette grande assemblée. La tendre dévotion qu’ont toujours eu les Lyonnais envers cette bonne Mère, leur a aussi toujours fait regarder cette première solemnité comme une règle et un décret de ce concile pour les années suivantes ; car, d’année en année, sans avoir jamais discontinué jusqu’à nous, cette Octave s’est célébrée dans cette même église, avec une telle pompe, dévotion et concours de toute la ville, qu’on peut assurer en vérité qu’il n’est pas d’église dans le monde où la Nativité de la très Sainte Vierge soit mieux célébrée. Voilà l’origine de cette dévotion, et comme cette solemnité a commencée. Voici comme elle est devenue Confrérie de Nôtre-Dame de Lorette : Sur la fin de ce même siècle, (?) c’est-à-dire en l’année 1291, la sacrée maison de la Sainte Vierge, où se sont opérez de si grands mystères, et où elle avoit pris naissance, ayant été détachée de ses fondemens, et transportée miraculeusement par les anges, de la ville de Nazareth, sur la petite montagne de Tersacte, en Dalmatie, proche de la mer Adriatique, où elle resta trois ans et trois mois ; et de cet endroit à l’autre côté de la mer en Italie, au milieu d’un bois appartenant à une Dame nommée Lorette, dont cette Sainte maison a retenu le nom ; et puis quelques mois après encore en deux autres lieux fort peu éloignez les uns des autres, au diocèse de Recanaty, et sur les terres du domaine du pape : elle attira d’abord par cet événement et ces changemens si prodigieux, la curiosité, le concours et la dévotion de toutes les provinces voisines ; et les merveilles et les miracles que Dieu y opéroit par l’intercession de la très Sainte Vierge, firent tant de bruit que, les siècles suivans, non seulement le commun des fidèles y accouroit de toutes les parties de la Chrétienté ; mais les empereurs, les rois, les princes et princesses, les personnes les plus distinguées par leur rang et par leurs vertus, les papes mêmes y venoient en personne, avec des présens inestimables, rendre à cette Reine des hommes et des anges leurs plus humbles soumissions et leurs vœux. Celle Dévotion alla si loin que l’on bâtissoit des églises, des chapelles et des oratoires presque par tout, sous le nom de Notre-Dame de Lorette. Ce qui fit prendre le dessein aux Lyonnais de témoigner aussi à la Sainte Vierge, d’une manière plus particulière, leur zèle pour sa sainte maison, en érigeant dans l’église de la Plattière, où ils honoroient déjà si solemnellement son berceau, une chapelle à l’honneur de Notre-Dame de Lorette, où ils pussent se présenter, comme à Lorette même, pour lui rendre leurs respects et leurs vœux, l’y invoquer et l’y visiter, participant ainsi, autant qu’il était en eux, au bonheur de ceux qui y alloient en dévotion. » (La Dévotion ou la Confrérie établie dans l’église de La Platière, Lyon, 1736.)

Il est vraisemblable que les cérémonies mémorables qui se déroulèrent dans l’église de La Platière à l’occasion de l’institution de la fête de l’Octave donnèrent lieu à la création de la confrérie de la Nativité. Quant à l’adjonction du vocable de Lorette, n’est-il pas un peu aventureux de le faire remonter à 1295 ? Il est incontestable que bien avant cette époque il existait à Lorette un sanctuaire dédié à la Nativité, qui était un lieu très fréquenté de pèlerinage. Mais on sait aujourd’hui que la tradition du transport par les anges de la maison de Nazareth, d’abord en Dalmatie, en 1291, et en Italie, en 1295, ne repose que sur une pieuse légende. Elle a pris naissance à la fin du xve siècle, grâce aux écrits d’un certain Pierre di Giorgi Tolomei, de Teramo, dit Terameno, attaché à l’église de Lorette de 1430 à 1473. Animé d’un zèle immodéré, Terameno voulait donner, à l’aide d’un fait surnaturel, une plus grande renommée au sanctuaire auquel il avait consacré son existence. La légende a été authentiquée par des actes pontificaux qui lui ont assuré une longue, quoique superficielle célébrité. Il n’en reste pas moins certain que la confrérie de la Nativité, établie dans l’église de La Platière, honorée d’une bulle du pape Innocent XI, du 4 janvier 1687, est une des plus anciennes de Lyon. Elle s’est perpétuée jusqu’à nos jours, ayant été rétablie en l’église Saint-Louis, lors du Concordat, par un induit du cardinal Caprara, légat en France du pape Pie VII, daté du 28 août 1804. Une ordonnance du cardinal de Donald, du 10 février 1863, transforma le vocable de Saint-Louis en celui de Notre-Dame Saint-Vincent, en souvenir des deux paroisses disparues Notre-Dame de La Platière et Saint- Vincent.

L’octave de la Nativité, depuis le jour où il fut inauguré dans notre petite basilique n’a pas cessé d’être célébré avec une pompe toute particulière au milieu de l’empressement des fidèles. Messire Millet, que nous retrouverons plus loin, raconte ainsi, en termes naïfs, les cérémonies d’une de ces fêtes commémoratives : « L’an mil six cent trente quattre elle huictiesme jour du moys de septembre, la feste de la Nativité Nostre Dame,… le Chappittre des révérendz pères capucins se tenant au couvant du petit Forest appellée par les dis pères maison de noviciat, situé à la montée de la Coste Saint-Sebastien,… le révérend père Gardien de la ditte maison, appelé Rev. père Cyrille, estant deuement adverty de l’ancienne dévotion, laquelle sexerce dans leglise de céans soubs l’intersession de la glorieuze vierge Marie, appelle la Confrérie de Nostre Dame de Lorreytte, cest addressé à révérend père Humbert Louys Dupuget, religieux profes de lordre de St Ruf, soubs la règle de saint Augustin et prieur du prieuré convantuel de céans, en luy remonttrant que, pandant ceste sainte Octave, leur maison estoit fournye des plus fameux prédicateurs de tous leurs ordres… Ce considéré, l’on a treuvé à propos de choysir… huict des plus zélés au service de la ditte Vierge pour faire la dicte fonction… Le texte de Lecture à la ditte prédication a esté faict et deduict par le reverend père George de Langes, gardien de Moullin, sur lescellance et admiration du saint Chandellier d’or pur et fin, duquel traicte Zacharie le prophete en son cap. iv… — Apprès a suivy, le landemain,… le révérend père Emanuel de La Richardy, gardien de Ryon, lequel a traictté… de l’une des sept lamppes du dit chandellier appellée pacifica ; après, le reverand père Lhoreaux de Tyzy, gardien de Beaune, lequel a traicté de la seconde lampe, appelée sanitas ; appres, le revérand père Florentin de Saint-Germain, gardien de Mascon, lequel a traicté de la troyziesme lampe, appellée vita indeficiens ; appres, le revérand père Aggatange de Saulieuf, gardien de Villefranche, lequel a traicté de la quattrième lampe appellée splendor ; appres, le revérand père Jehan Anlhoyne de Romand, gardien de Tornon, lequel a traicté de la cinquiesme lampe appelle seminatrix grattie ; appres, le revérand père Jehan François de Collombier, discret de Cremyeu, lequel a traicté de la sixziesme lampe appellée expultrix malorum : appres, le reverand père Davallon, gardien de Montbrison… lequel a traicté de la septiesme lampe, appellée evectrix sensuum carnatiium ; et le tout avec une si grande piété et devotion, que cela a attiré presque tous les habitans de la ville de Lyon : lesquels ont esté tous si satisfaict, qu’ilz ont souhaitté avec palion qu’il plut à la divine majesté faire naistre, touttes les années, semblables occasions, pour davantage faire paraistre les mérittes de la très immaculée Vierge Marie, contre loppinion fausse et herroné des herectiques calvinisttes : lesquels ont admiré les grandeurs des mérittes de la très saincte Vierge Marie contre leurs proppres sentimentz et oppinion, pour avoir esté auditeurs pandantz toutte la sainte Octave des susnommés predicateurs. »

En 1663, la prédication de l’Octave fut confiée au père Guillaume Raynaud,des Frères Prêcheurs, qui réunit ses sermons en un curieux petit opuscule intitulé : Le livre du Verbe mis au iour dans la naissance de Marie mère de Dieu, expliqué pendant l’Octave de sa Nativité.

Lorsque Lyon, en 1562, tomba aux mains des Protestants, le prieuré et l’église de la Platière n’échappèrent pas au sort commun des établissements religieux. Une supplique, dont le texte nous a été conservé, adressée à « Messeigneurs les Présidens et Conseillers du roy, nostre sire et commissaires députes par icelluy pour la pacification des troubles » par Étienne de Rivoire, chanoine de Lyon et prieur de La Platière, renferme d’intéressantes indications sur le personnel, l’église, les chapelles, les ornements sacrés et sur tout le petit tènement du prieuré. Les religieux et prêtres séculiers attachés à l’église étaient au nombre de dix-huit. « L’église était fort antique, meublée pour le divin service, savoir de plusieurs beaux et riches ornements et parements d’autels, chapes, chasubles, tuniques de drap d’or, toiles d’argent, velours cramoisy, satin cramoisy, velours, tafetas fort riches, amicts, nappes, serviettes, plusieurs calices d’argent valant le tout plus de dix mille livres… Encore le dit prieuré, outre les meubles nécessaires, était meublé de foin, paille, bois, grandissime quantité de vin, blé, tant froment que seigle, avoine, orge, et plusieurs vaisseaux à tenir vin, et cuve et pressoir. » Le prieur, le sacristain et le curé, « avaient chacun une maison à part adjacente à l’église ». Au-devant du prieuré, «(jointe la rue de La Platière y avait une belle chapelle dans le cimetière dédiée en l’honneur et sous le vocable de sainte Marie-Madeleine,… y avait une autre chapelle dédiée à saint Laurent, adjacente le corps de l’église du côté de vent. » Le cimetière clos de hautes murailles était au levant, sur la rue de la Lanterne, et près de la chapelle Saint-Maurice, « y avait une boutique où se tenait un notaire royal où il exerçait son état de laquelle le prieur prenait bon revenu ». Le clocher contenait six cloches. Les Huguenots « ont abattu les cloches du clocher et ycelles emportées. Ils ont rompu et emporté les grandes portes de l’église qui étaient en bois de noyer,… ont abattu la dite chapelle Saint-Laurenl, Sainte-Madeleine et boutiques adjacentes,… ont abattu les maisons des sacristain et curé, ayant mis en place publique les dites maisons ». D’après l’énoncé du chiffre de dix mille livres, somme considérable pour l’époque, le prieuré devait être somptueusement pourvu d’orfèvrerie et d’ornements sacerdotaux.

Les justes revendications du prieur restèrent sans effet. Trente-six ans plus tard, l’office divin n’avait pas encore repris son cours régulier dans l’église dévastée de La Platière. Les paroissiens portèrent leurs doléances devant l’abbé général de l’ordre de Saint-Ruf, Guillaume Manuel. Celui-ci procéda de sa personne à une enquête et à une visite, qui eurent lieu le 28 mai 1598. Sur le grand autel de l’église, on trouva une custode d’argent, que le sacristain dit « avoir par emprunt, n’en sachant au prieur aucune autre ». Il déclare « un seul calice et patène d’estaing, 4 chasubles de diverses couleurs, une autre chasuble et deux tuniques noyres et une chape de satin rouge, un missel à l’usage de Saint-Ruf » et il assure « ne plus rien savoir autre appartenant au prieur ». Le récit de la visite de l’église se poursuit ainsi : « Nous avons visité une chapelle sous le vocable de Notre-Dame-de-Grâce, estant proche et au-dessous du grand autel, lequel nous avons trouvé bien préparé de tapisseries, le devant d’iceluy sans aucuns ornements. — Item, avons visité une autre chapelle estant dans ladite église soubs le vocable de saint Laurent qu’on nous a dictet déclaré être la chapelle de la paroisse de La Platière : l’autel de laquelle avons trouvé tout découvert, sans aucun parements ni napes. — Item, avons visité une autre chapelle soubs le vocable de Notre-Dame-de-Laurette, laquelle avons trouvée bien préparée, tous les ornements de laquelle le sacristain nous a dit appartenir aux confrères d’icelle chapelle. Item, avons visité une autre chapelle intitulée Sainte-Anne que nous avons trouvée en même état que la susdite. »

On voit dans quel dénûment était réduit l’opulent prieuré ; les déprédations touchant les immeubles étaient à l’unisson. Il fallut de longues années pour en effacer les traces. Messire Millet nous racontera comment les religieux s’y employèrent avec une louable constance. Au cours du xviie siècle, l’église paraît avoir retrouvé son éclat. De Bonbourg écrit en 1675 : « À la Platière il y a trois belles chapelles, la première est Nostre-Dame de Lorerte, où il y a un très beau tableau peint par Albert Durer, qui représente la Nativité de la Vierge ; la seconde qui appartient à M. Dupuy, toute peinte par Périé ; la troisième appartient aux maistres moliniers de soye, où il y a un tableau qui représente l’Assomption de Nostre-Dame, peint par Adrien d’Assié. » Clapasson,en 1741, complète ainsi la description de l’église : « Elle est d’une construction fort ancienne, le sanctuaire a été embelli sur le dessein de Blanchet quia peint les cinq tableaux qui s’y voyent ; la famille sainte en figures à demi-corps, dans une chapelle du côté de l’épître, est un bon ouvrage d’Alexandre Varotari, de Vérone. »

Le prieuré et ses dépendances immédiates s’étendaient sur un vaste emplacement, au nord de l’église. Le prieur Humbert-Louis du Puget avait fait construire, en 1633, de forts beaux immeubles rue Lanterne, démolis lors de l’élargissement de cette rue. Les ressources ne devaient point manquer aux chanoines de Saint-Ruf, qui liraient de bons loyers de plusieurs maisons ; il y avait aussi de nombreuses fondations de messes, établies par d’importants personnages inhumés dans l’église et dans le cloître. La famille de Masso, dit M. Emm. Vingtrinier (Lyon de nos Pères), avait fondé la chapelle du Saint-Esprit pour y établir la sépulture de ses membres. Les chapelles de confréries et de corporations étaient richement dotées. Le 21 septembre 1637, le même Louis-Humbert du Puget concédait, moyennant 18 francs de rente annuelle, aux maîtres gantiers et parfumeurs « désirant conserver leur dévotion à sainte Anne, leur patronne, la chapelle ci-devant appelée Saint-Maurice, à présent vide, n’ayant que les murailles ». Par un autre accord du 2 novembre suivant, le prieur s’engage à faire lambrisser la chapelle et à édifier une arcade de pierre à l’entrée (nous avons vu plus haut que l’ex-chapelle Saint-Maurice était hors de l’église) ; de plus « il sera permis de faire mettre les armoiries d’iceux gantiers aux lambris et audit sieur prieur les siennes à la clef de l’arcade en entrant ». La redevance annuelle est alors fixée à 20 livres.

Les cures qui dépendaient autrefois d’un chapitre, d’une abbaye ou d’un prieuré, étaient généralement desservies par des prêtres séculiers aux gages des curés primitifs. Un de ces ecclésiastiques, Pierre Millet, qui remplit les fonctions de curé de La Platière, de 1629 à 1651, en qualité de vicaire perpétuel, nommé par le prieur, a laissé de très curieuses notes sur la vie intérieure du prieuré et de la paroisse pendant une vingtaine d’années. Rédigées sous la forme de journal ou d’éphémérides, écrites au jour le jour sur les registres paroissiaux de La Platière, conservés aux archives municipales de Lyon, elles mentionnent aussi les événements divers qui se passaient dans la ville. Ces notes ont été publiées, en 1888, par la Société des bibliophiles lyonnais ; imprimées à petit nombre, pour les seuls membres de cette compagnie, elles ont presque toute la saveur de l’inédit ; nous y avons puisé largement.

En 1635, le 6 juillet, « Il est arrivé un tourbillon de vens avec une pluy remplie de greslle si effroyable que la moindre ressambloit à un œuf de pigeon » ; le 15 septembre 1639, arrivée de Louis XIII ; 3 octobre 1640, réjouissances pour la naissance du duc d’Anjou ; 12 septembre 1642, supplice de Cinq-Mars et de Thou sur la place des Terreaux ; 5 septembre 1646, pose de la première pierre de l’Hôtel de Ville de Lyon.

Revenons à La Platière : Le 6 juillet 1631, Germain Barro remplace comme sacristain Simon Barbier, décédé la veille, « affligé de la malladie contagieuse ». Le 6 juin 1635, noble Claude Gombet, capitaine au quartier de la Pêcherie « esmu de dévotion et pietté, a faict construire et œdiffier le tabernacle à ses frais et despantz, lequel est posé sur le grand autel de céans… Le premier jour du moys daoust 1635, le couver de la tour du prieuré a esté mis à bas, lequel estait de lauteur presque de quarante pied de Roy, tout de fer blanc ; mais la crainte que l’on a eu d’une ruine totalle du dit couver, a faict que l’on la ressindé et diminué, pour plus grande sûreté, tant de la ditte cour que des deux corps de logis ausquelz scert la dilte tour de montée et dessanlte : le tout au frais et despantz de… messeigneurs Humbert-Louys Dupuget, prieur dudit prieuré. L’an mil six cent quarante et un, le huictième jour du moys de may, veille de l’Assantion de Notre Segnieur, Messire Humbert-Louys Dupuget, religieux de l’ordre de saint Ruff et prieur du prieuré convantuel de Notre Dame de La Plattyere à Lyon, du dit ordre de saint Ruff, a faict mettre et pozer les deux figures a dextre et senestre du crucifix placé sur lantrée et principalle porte du cœur de la ditte église : sçavoir celle de Notre Dame et celle du bien aymé saint Jehan l’Évangeliste et dissiple de Notre Sauveur ; lesquelles figures ont esté eslabourrée et construictte par Me Anthoyne Perrier, très escellant sculpteur, lequel avait desja faict le susallégué crucifix. » Le 20 octobre 1641, le même prieur Louis Dupuget bénit la nouvelle chapelle de Notre-Dame de Lorette « novellement construitte dans l’enclos de la nef de leglise, au lieu et place où estait l’entrée de la grande et principalle portte de laditte église, laquelle chapelle estoit dès longues années érigiée dans la ditte église, et pour aggrendir la nef et pour la commodité des assistants et parrochiens a esté trasporttée dans le lieu susallégué ». Le 3 juin 1643, Claude Combet a fait encore présent d’un « eau-bénitier dargent avec lasperges aussi dargent, le tout pesant la quantitté de quattre mars et six onces dargent, revenant au prix et somme de deux cents et treize livres. » On relève, entre les actes de baptême du 12 et du 14 mai 1644, la notice suivante : « Premier en l’année mil six cent quinze et le sixzième jour du moys dapvril, messire Louys (sic) a commencé à travailler ; et le dexzième du dit il a achevé ces eschaffaulx tant dedans ledit doucher que par dehors, ayant mis par dehors ledit doucher un sercle detine pesant qualtre-vingt livres et avec icelluyila prinsla carrure du sommet du doucher, qui est de deux pieds quattre pouces ; et, le 15 dudit moys, il a pozé la pierre du sommet dudit doucher, laquelle peze 400 : 63 livres, avec un sertain affaneur appelé Claudel Courceu ; et le 16 dudit moys il a pozé la croix, laquelle peze 155 livres ; et le 21 dudit moys il a pozé le poullet, lequel contient en cavité deux posts et demy, mezure de Lyon, et pour plomber laditte croix il a fallu quattre vingt huict livres de plomb ; le tout pour la gloire de nostre créateur. » Le 15 novembre 1644, décès de Louis-Humbert Dupuget, prieur de La Platière « aagé de 59 et tant dannés, lequel a possédé le dit prieuré lespasse de 17 et tant dannés ». « L’an mil six cent quarante neuf et le vinte-quatrième jour dû moys de novembre, par grand accident et malleuheur, toute la veyzelle et argenlerye de leglise de céans a esté voilée et desroubée dans la chambre du sieur sacristain, entre les huict et neuf heures du soir ; sçavoir : une grande croix dargent, donée par feu M. le thresorier Gal' de France Chomel, du prix de 50 escus ou env. ; une aultre petitte croix douée par feu M. le prieur de céans Humbert-Louys Dupugel, du prix de 60 livres ou env. ; un benestié dargent avec lasperges aussj dargent, doné par noble Claude Combel, capitaine du carlier de la Pescherye, du prix de 50 escus ; deux chandelliers dargent du prix de 50 escus les deux… ; un ansanssoir avec la navette et culier d’argent, du prix de 100 livres… ; une coronne dargent du poids de 40 liv. ou env. L’an 1650 le cinquième jour du moys de janvier, entre six et sept heures du soir, le Sr Faure, marchand chappellier résidant à la rue de la Lenterne,… m’eslaut venu appeler pour aller soupper avec M. Nesme bourgeois de Lyon ; par grâce specialle de la divine majesté, lorsque jay esté dessandu de ma chambre, une lenterne en main, à cause de loscurité de la nuict, nous avons Ireuvé à la porte, à la faveur de ma lenterne, le benestié avec lensenssoir dargent, sauf que lencien et lasperges dargent ny sont pas : le tout concassé et enveloppé dans un linge fort salle ; le bon Dieu nous fera la grâce de treuver le reste qui a esté desrobbé a leglise de ceans. » Le 25 mars 1650 eut lieu la bénédiction, par Guillaume de Riverie, prieur de « la chapelle soubs le vocable de Nostre Dame de Pitié construitte et battye dans ceste église de Nostre Dame de la Plattyere, église parrochialle, aux frais et despandz de sieur Jehan-Mathieux Dupuis, italien de nation et a presant bourgeois de ceste ville de Lyon et capitaine lieutenant au cartier de la Pescherye. »

La paroisse de La Platière, à la fin du xviiie siècle, était fort étendue ; elle comprenait le vaste espace circonscrit de nos jours par la place de La Platière au midi ; la rue Lanterne, la rue Terme, la montée de la Grand’ Côte, la grande rue de la Croix-Rousse à l’est ; la rue du Nord et le passage de la Voûte, au nord ; la rue de l’Enfance, la rue Tourette, la côte des Carmélites, la rue du Sergent-Blandan et la Saône, à l’ouest.

À la Révolution, l’église de La Platière fut une des premières fermées au culte. Le 1er octobre 1791, M. Pressavin, officier municipal, à la tête d’une escouade de gardes nationaux, envahit l’église, ordonna à toutes les personnes qui s’y trouvaient de se retirer, procéda à la fermeture et se fit remettre les clefs. Les biens du prieuré furent vendus comme propriété nationale, en trois lots. Le premier qui se composait de l’église, du clocher, des chapelles, des sacristies, du petit cimetière et de la moitié du cloître fut adjugé 75.600 livres ; le deuxième lot fut adjugé 34.000 livres et le troisième 58.400. Le Directoire du district décide, à la demande du trésorier des pauvres incurables de la ci-devant paroisse de La Platière, que l’adjudicataire du troisième lot retiendra 6.457 livres représentant la perte pour la non-jouissance des locaux occupés par l’Œuvre des pauvres ; s’il les expulse, il sera tenu de verser cette somme au trésorier des pauvres (Charléty, Vente des biens nationaux, Lyon, 1906).

De l’église même, il ne subsiste plus rien. On lit à ce propos, dans la Revue du Lyonnais, livraison de février 1869 : « Les dernières traces de l’église de Notre-Dame de La Platière viennent de disparaître par suite de la démolition des restes de l’abside, que l’on pouvait encore apercevoir à l’angle des rues Lanterne et de La Platière ; les amateurs de vieux souvenirs, pendant que l’on mettait à bas ces antiques murailles de forme semi-circulaire, ont pu facilement observer les petites ouvertures à plein cintre rappelant le xie siècle (?) et chargées d’éclairer l’abside. »

Prieuré de La Platière. Clef de voûte de la chapelle Notre-Dame-de-Pitié, aux armes de la famille Dupuis.

Du prieuré et des dépendances, on voit encore une assez jolie tourelle à pans coupés, située à l’angle nord-est de la grande cour d’entrée du n° 8 de la place de La Platière. Si l’on pénètre à l’intérieur des bâtiments, par la maison portant le n° 4 du quai de la Pêcherie, après avoir traversé une cour et une immense salle, on arrive à une petite chapelle, signalée par Saint-Olive en 1868 ; ce n’est plus qu’un entrepôt à l’usage de MM. Loras. L’édicule mesure 3 m. 10, sur 3 m. 90 ; le sol primitif est sensiblement plus bas que celui actuel. Les murs conservent des traces de peintures. Les arêtes de la voûte surbaissée sont ornées de riches torsades en stuc dont les retombées se terminent par des consoles à volutes. La clef de voûte est formée par un écusson surmonté d’un casque à lambrequins et entouré d’un encadrement conforme au moulurage des arêtes. Le blason, encore lisible, reproduit les armes de la famille Dupuis alias Pozzo : d’or, au puits de gueules accosté de deux dragons de sinople, affrontés et regardant dans le puits. Cette chapelle n’est autre que celle fondée par Mathieu Dupuis, et dont Messire Millet a relaté la bénédiction, le 25 mars. 1650. Elle n’était pas dans l’église de La Platière, mais dans le tènement du prieuré, distante de 50 mètres environ du cloître et de l’église, dans la direction du nord-ouest. Jean-Mathieu Dupuis, seigneur de la Sarra, mourut à l’âge de 80 ans, et fut inhumé dans la chapelle Notre-Dame-de-Pitié qu’il avait fondée.

Non loin de là, dans une salle du rez-de-chaussée, on peut admirer une cheminée monumentale de pierre sculptée, qui paraît remonter à l’époque de Henri IV ou de Louis XIII ; elle garde des traces de polychromie et de dorure. La partie supérieure repose sur des cariatides ; les montants de la partie inférieure se composent de pilastres ornementés supportant des consoles de fort relief. Ce ne sont, hélas, que des vestiges relativement modernes ; de cet antique sanctuaire, il ne reste plus que le souvenir des gloires passées bien imparfaitement rappelées dans celle notice.

SAINT-PIERRE ET SAINT-SATURNIN

Des nombreux couvents qui existent dans notre ville, il en est peu qui puissent se flatter de remonter à un passé aussi lointain que l’abbaye Saint-Pierre. Après avoir passé en revue les diverses opinions émises sur l’antiquité du couvent, on signalera les transformations subies par le monastère au cours des temps et on verra à quelle époque il faut attribuer la construction du monument tel qu’il existe aujourd’hui.

Des hypothèses plus ou moins vraisemblables ont été émises sur l’origine de l’abbaye Certaines légendes la font remonter aux temps apostoliques ; saint Paul, de passage à Lyon, aurait renversé un autel païen existant à cet emplacement, et aurait érigé un autel dédié à la Sainte Vierge ; il aurait appris à des jeunes filles à honorer la Vierge qui avait enfanté, et les aurait rassemblées en ce lieu, d’où serait sorti plus tard le monastère des religieuses Saint-Pierre. Cette légende, faut-il le dire, est dénuée de fondement ; en effet, aucun document historique n’indique que saint Paul ait été de passage à Lyon, ou y ait fait un séjour. On s’est appuyé sur un passage de ses épîtres pour affirmer qu’il était venu chez les Gaulois et, sans doute, à Vienne, avec son disciple Crescent ; mais il s’agit plus probablement des Calâtes ou Gaulois d’Orient et quant à Crescent, sa légende est aujourd’hui abandonnée par les historiens.

Il reste à examiner deux autres opinions relatives à la date d’origine du monastère. Certains auteurs sont d’avis de placer cette fondation vers l’an 546, et l’attribuent à saint Sacerdos, évêque de Lyon. Ce prélat fit construire, vers 550, une église dédiée à saint Paul ; or, disent-ils, il semble convenable qu’il ait déjà rendu cet honneur à saint.

Pierre, comme chef des apôtres. Cette église Saint-Pierre serait celle existant dans le monastère de ce nom, et aurait été érigée vers 546. On avouera qu’un tel argument a peu de portée. D’autres historiens attribuent à saint Ennemond, évêque de Lyon, la fondation de l’église et de l’abbaye Saint-Pierre vers l’an 664. Ce qui infirme cette dernière opinion, c’est que, d’après les documents, saint Ennemond aurait seulement fait un don en faveur des religieuses de l’abbaye : celle-ci aurait ainsi existé auparavant.

On ne saurait donc, faute de documents suffisants, assigner une date précise à la fondation du monastère. Ce qui est certain, c’est qu’il est d’origine ancienne, puisqu’en 664, il comptait déjà une certaine période d’existence. Cette antiquité est, en outre, confirmée par plusieurs anciennes inscriptions découvertes dans l’enceinte de l’abbaye. Un second point non moins certain, c’est que le couvent fut, dès son origine, dédié à la Sainte Vierge, dont les filles qui y habitaient prirent le nom et l’habit. Cette assertion est justifiée par l’existence de peintures qu’on y voyait autrefois, et qui furent détruites, plus tard, par les protestants. Ces fresques décoraient le cloître et le dortoir ; elles représentaient des religieuses vêtues d’une robe blanche et d’un voile bleu.

On ignore sous quelle règle vivaient les premières religieuses, mais, d’après les documents, on sait que, vers 665, elles prirent la règle et l’habit de saint Benoît, et furent ainsi une des premières congrégations de l’ordre bénédictin. Ces documents fournissent également plusieurs détails sur le costume des religieuses, leur vie intérieure, et les vertus pratiquées dans le monastère.

Une fois fixée, d’une manière approximative, la date de la fondation du monastère, il reste à étudier les diverses transformations qu’il eut à subir avant de devenir le monument imposant qu’on admire aujourd’hui. Le couvent, dès son origine, fut habité par des dames de familles illustres, et favorisé de plusieurs fondations royales. Au viiie siècle, par exemple, on trouve une donation du roi Lothaire pour le rétablissement de l’abbaye en partie détruite par les Sarrasins : c’est ce qui explique que le couvent fut pendant longtemps un lieu de sépulture pour les grands personnages. Ceci paraît extraordinaire, mais les règles du couvent étaient très différentes de ce qu’elles furent dans la suite ; les seuls lieux réguliers du monastère étaient alors l’église, le chapitre et le réfectoire ; les religieuses semblent avoir été libres dans les autres parties de l’enclos, et chacune y faisait construire à sa guise une habitation où elle passait le temps non occupé parles exercices communs. Aussi l’abbaye fut-elle richement dotée par les dames qui y apportaient une partie de leur fortune et par des dotations royales. L’abbesse portait la crosse et insérait dans son titre : « par la grâce de Dieu ». Au xive siècle, le monastère ne fut malheureusement pas exempt des désordres qui s’introduisirent alors dans les ordres religieux ; plus tard il fut envahi et dévasté par les protestants.

D’après les renseignements certains d’une statistique de 1668, l’abbaye Saint-Pierre comptait alors 40 religieuses, 4 novices, 12 sœurs laïques ou converses ; il s’y trouvait en outre 8 servantes et 4 valets pour les divers emplois subalternes.

Pour se rendre compte des changements survenus dans l’abbaye jusqu’à la construction du monument actuel, il semble nécessaire d’indiquer rapidement la disposition du quartier et du monastère, tel qu’il a existé. L’église n’a pas changé de place ; le clocher surmontait la façade actuelle : il ne fut démoli qu’au xviiie siècle comme menaçant ruine. Au devant se trouvait un cimetière transformé ensuite en une place. À côté de l’église on voyait le logement de l’abbesse, appelé hôtel abbatial ; sur la même ligne, les maisons particulières, bâties par les religieuses, se prolongeaient jusqu’à la rue Pizay. Sur la rue du Plâtre se trouvaient les dortoirs et galeries. Une enceinte assez vaste s’étendait au nord, bordée d’un mur, et à l’intérieur de ce vaste périmètre les dépendances et jardins. L’ancienne muraille de la ville, avec ses tours et contreforts, longeait la face nord du monastère ; les deux murailles n’étaient séparées que par une étroite ruelle. Aussi, lorsqu’en 1536, il fut question de démolir les anciennes fortifications et de combler les vieux fossés, à cause de l’accroissement de la population, une contestation s’éleva entre la ville et l’abbaye. Celle-ci en effet prétendait que l’espace compris actuellement entre le Rhône, la rue Lafont et la rue Puits-Gaillot relevait du couvent et qu’on ne pouvait rien y faire sans autorisation : l’abbesse craignait que des bâtiments y fussent construits qui auraient vue sur le monastère. Il y eut transaction ; le Consulat s’engagea à ne laisser construire aucun édifice approchant les murailles du couvent et à transformer en place publique les fossés et l’emplacement occupés aujourd’hui par la place des Terreaux et l’hôtel de ville. Il surgit un nouveau différend, lorsque, en 1646, on empiéta sur le terrain pour la construction de l’hôtel de ville. Le monastère obtint en compensation de faire une nouvelle construction projetée depuis longtemps, avec façade sur la place des Terreaux, et de faire construire tels bâtiments et boutiques que bon semblerait ; enfin la ville devait fournir une certaine somme pour faciliter la construction de la façade. L’architecte qui dressa les plans de cette colossale construction se nommait La Valfenière ; il avait présidé à la construction de nombreux monuments dans diverses villes. La première pierre du nouveau monastère fut posée en 1659 ; l’abbesse Anne d’Albert d’Ailly de Chaulnes dirigea les travaux qui furent achevés, après sa mort, par sa sœur qui lui avait succédé dans cette charge. La construction d’un monument aussi important ayant vile épuisé les ressources du monastère, il devint nécessaire de recourir à un emprunt difficilement réalisé. C’est ce qui explique que les travaux traînèrent en longueur, par manque de ressources et défaut d’unité dans la direction : en sorte que, en 1686, le bâtiment n’était pas encore terminé. Le manque de ressources empêcha aussi de couronner le monastère par un dôme imposant, comme on en avait eu l’intention.

Quelques renseignements sur l’organisation intérieure du monastère permettront de voir à quel usage étaient destinées les diverses salles qu’on admire aujourd’hui. La salle principale qui, après la Révolution, a longtemps servi de Bourse, était le réfectoire ; et celle située à l’est du grand escalier, la salle du chapitre. Au premier étage, du côté de la place des Terreaux et avançant sur la cour, se trouvait l’appartement de l’abbesse ; sous les cloîtres du premier étage s’ouvraient les cellules ou chambres des religieuses. Dans une pièce à l’angle nord-ouest était une chapelle dite du Saint-Sépulcre, parce que les religieuses défuntes y étaient exposées avant d’être portées à l’église. La salle de réunion des sociétés savantes était probablement la salle de communauté.

Saint-Pierre et Saint-Saturnin (Restitution de M. R. Lenail).

Après avoir retracé l’histoire de l’abbaye et indiqué les diverses transformations subies par les bâtiments du monastère, il reste à parler de l’église proprement dite, ou plutôt des églises qui se sont succédé.

Une donation de 587 et celle du roi Lothaire de 864 déterminent sa position entre le Rhône et la Saône dans le faubourg de Lyon. L’archevêque Leidrat avait fait reconstruire l’église et le couvent, depuis les fondements, ainsi qu’il l’explique dans sa lettre à Charlemagne, vers l’an 807. Il ne doit rien en subsister, à l’exception peut-être des gros murs de la nef et du clocher.

Une lettre circulaire de Guichard, archevêque de Lyon, du 14 août 1173, adressée à tout le clergé, explique qu’il existe dans sa cité épiscopale, une noble église appartenant aux religieuses Saint-Pierre, laquelle menace ruine, à cause de son antiquité ; il ajoute que l’abbesse a entrepris, tant avec les ressources de la maison, qu’avec des secours étrangers, de la restaurer élégamment ; que ses ressources sont insuffisantes pour achever un monument si important ; aussi fait-il appel à la confraternité des archiprêtres, prêtres et prieurs, les suppliant de bien accueillir les envoyés du monastère et d’engager leurs paroissiens à verser des aumônes pour cette œuvre. L’appel paraît avoir été entendu puisque le portail, le porche et une fenêtre qui subsiste encore sur le flanc latéral et éclaire la deuxième travée, présentent le caractère de l’architecture romane du xiie siècle : ce sont évidemment des ouvrages de la restauration de l’église à cette époque.

En outre, l’on peut apprécier les dispositions alors adoptées, en consultant le plan scénographique de Lyon au xvie siècle et celui de Simon Maupin daté de 1625, qui représentent l’édifice avant les modifications subies plus tard. L’église ne se composait alors que d’une seule nef précédée d’un porche surmonté d’une tour à trois étages et fermée par une abside à cinq pans moins élevée que la nef, et placée à l’endroit où commence à présent le sanctuaire. Le mur du fond de la nef, au-dessus de l’arcade où s’ouvrait le sanctuaire, était percé d’une rosace et de deux fenêtres. À une époque qu’on ne saurait préciser, on appliqua au flanc sud de la nef la chapelle de la Sainte Vierge qui forme actuellement la dernière chapelle à droite, sous le vocable du Sacré-Cœur. C’était une sorte de petite église ; son abside circulaire orientée comme celle de l’église principale et son petit clocheton sont fort bien indiqués dans les plans dont on a parlé. La chapelle était accompagnée de cinq autres, deux à droite et trois à gauche, savoir : Saint-Sauveur, Saint-André, Sainte-Agnès et Sainte-Catherine, lesquelles formèrent plus tard une sorte de bas côté par l’ouverture d’arcades entre elles.

L’église paraît avoir conservé ces anciennes dispositions jusqu’au xviie siècle, époque où le monastère fut reconstruit, comme on l’a dit, sur les plans de François de Royers de La Valfenière, né à Avignon vers 1575, mort le 22 mars 1667. La première pierre du nouveau monastère fut posée le 18 mars 1659. On dut exécuter quelques travaux pour accorder les deux édifices. Le chœur des religieuses fut maintenu, comme il paraît avoir été de toute antiquité, au-dessus de la porte d’entrée et des premières travées de l’église : c’est à cause de cette disposition que le grand escalier du xviie siècle a été reporté vers l’angle sud-ouest, afin que du premier palier de la rampe, on pût arriver de plain-pied à cette tribune par un passage voûté et jeté sur une cour, lequel existe encore quoique transformé en habitation particulière. En 1678, l’abbesse Antoinette d’Albert d’Ailly de Chaulnes fit exécuter, sur les dessins du peintre architecte Thomas Blanchet, une décoration du sanctuaire selon le goût de cette époque. Les sculpteurs Nicolas Bidau, Simon Lacroix et Emmanuel Vaigneux y furent employés. Blanchet lui-même exécuta, pour ces travaux, cinq tableaux qui lui furent payés chacun trente louis d’or.

L’abbesse Anne de Melun (1738-1 772) fit entièrement accommoder l’église à la moderne, par l’architecte de Gérando ; on démolit la tribune formant chœur et on en construisit une autre derrière le sanctuaire. La nef fut décorée de nouveau, et l’on ouvrit latéralement de grandes fenêtres. Le rond-point du sanctuaire fut modifié une seconde fois. Un Saint Pierre aux Liens, sculpté par Bidau, fut enlevé ainsi qu’un tableau de Blanchet représentant La Cène : le Saint-Pierre resta longtemps entreposé au bas du grand escalier et la Cène fut transportée à l’église de Décines ; on ignore ce que ces œuvres sont devenues.

La Visitation, groupe sculpté (église Saint-Pierre).

Michel Perrache exécuta le nouveau maître-autel. Un tableau de forme ovale de Claude Spierre, donné par le maréchal de Villeroy, représentant aussi Saint Pierre aux Liens et composé, selon Mariette, « d’une grande manière et d’une fière exécution », couvrit la surface inférieure du sanctuaire, et au-dessus on éleva la grille du chœur, beau travail en fer doré. Les sacristies furent placées au-dessous du chœur supporté par des voûtes d’une grande hardiesse qui motivèrent les contreforts qu’on remarque encore latéralement au chevet de l’église. La démolition d’une partie de ces voûtes et la construction d’une nouvelle abside au fond des sacristies, ont permis d’agrandir l’église au xixe siècle et de lui donner l’aspect qu’elle présente aujourd’hui.

L’orgue se trouvait près du chœur, au temps de l’abbesse de Chaulnes. Anne de Melun en fit établir deux, un au fond de l’église et l’autre dans le chœur. Le clocher actuel remonte aux dernières années de l’administration de cette même abbesse : on lui persuada que l’ancien menaçait ruine et pourrait entraîner avec lui la chute de la façade ; on en démolit trois étages, et on construisit une œuvre vulgaire et disgracieuse qui coûta fort cher et où les anciennes cloches ne purent entrer qu’avec difficulté.

Rien ne rappelle plus à Saint-Pierre actuellement la mémoire de saint Ennemond qui fut inhumé dans cette église. Malgré un procès qui eut lieu entre les Dames de Saint-Pierre et le chapitre de Saint-Nizier, procès qui fut terminé, le 21 juillet 1486, par la victoire de ce dernier, il a été récemment démontré que la vérité historique était en faveur de Saint-Pierre.

On a déjà donné quelques renseignements sur les améliorations apportées au xviiie siècle à l’église récemment reconstruite. Il ne sera pas sans intérêt d’ajouter ici quelques détails donnant une idée de la richesse exceptionnelle du monument. Tout d’abord la chapelle fut enrichie de décorations, d’après les dessins exécutés par l’architecte Thomas Blanchet. L’ensemble se composait de pilastres d’ordre ionique, en marbres de couleur, couronnés par un entablement, au-dessus duquel étaient de petits anges alternés avec des cassolettes. Dans les espaces entre les pilastres furent placés des tableaux représentant les événements de la vie de saint Pierre. Au milieu un espace plus grand était destiné à recevoir une peinture représentant La Cène. Au-dessus de ce tableau était un enfoncement en forme de grotte, dans lequel on avait mis un Saint Pierre aux Liens. Cette statue commencée par les sculpteurs Lacroix et Vaigneux, fut achevée par le célèbre Hidau et coûta 600 livres. Ces aménagements entraînèrent l’exhaussement des murs, le bouchement des anciennes fenêtres et la construction à nouveau de la voûte, enfin la reconstruction du maître-autel qui n’avait pas encore subi de retouche sérieuse. Une magnificence exceptionnelle fut apportée à cette réédification. L’autel fut formé de marbres de couleur, comme les pilastres ; au milieu se trouvait un panneau rempli par un bas-relief en argent représentant L’Adoration des pasteurs à la naissance du Christ, travail exécuté par Martin Villette, maître-orfèvre de Lyon. Le tabernacle était en bronze doré et orné de statuettes mobiles également en argent ; quatre figures représentaient des enfants, dont deux sur le devant et deux sur le fronton. Les côtés étaient décorés de deux têtes de chérubins ; la porte du tabernacle représentait l’Apparition de l’ange à saint Pierre, au sépulcre, après la résurrection : le tout exécuté en argent. Un orgue fut aussi placé dans une tribune construite spécialement à cet usage et dont on ne sait la position exacte. Devant le maître-autel fut mise une balustrade, composée de douze pilastres et d’autant de panneaux dont deux représentaient des armoiries d’abbesses ; le sanctuaire fut aussi dallé en losange de pierre noire et blanche. En même temps l’orfèvre Michel-Paul Mouton fabriqua divers objets destinés au service du culte ; on citera particulièrement six burettes, une aiguière et un bénitier en argent ; divers chandeliers, une croix en argent de plus d’un mètre de hauteur. Cette argenterie était enrichie de figures et marquée aux armes du monastère, ou des abbesses qui avaient fait fabriquer ces objets.

Tous ces embellissements si riches, qui nécessitèrent des ressources considérables, furent l’œuvre exclusive de l’abbesse Antoinette d’Albert de Chaulnes dont le nom a déjà été rappelé, et qui dirigea le monastère Saint-Pierre de 1072 à 1708. Elle possédait une grande fortune personnelle et avait le goût de l’ostentation : son train de maison se composait de nombre de domestiques et d’une écurie bien fournie. Cette particularité, qui paraîtrait ridicule aujourd’hui, rentrait dans les mœurs de l’époque.

Des transformations successives, opérées dans la suite, vinrent s’ajouter à celles déjà faites. Deux orgues furent établies, un dans le fond de l’église et l’autre à l’opposé, dans le chœur des religieuses. Afin d’agrandir l’église devenue trop petite pour ceux qui y affluaient, une partie de la voûte fut démolie, et une nouvelle abside construite. Pendant l’invasion des protestants à Lyon, on avait enfermé les objets précieux dans une tribune et l’escalier y conduisant avait été muré. L’ouvrier qui avait fait le travail trahit le secret : ces objets d’une valeur inestimable furent mis au pillage et un grand nombre perdus sans retour.

Chanoine Dérozier, curé de Saint-Pierre, puis de Saint-Nizier.

L’église Saint-Pierre possédait, avant la Révolution, plusieurs tableaux de maître, qu’il sera d’autant plus utile de rappeler qu’on ignore ce qu’ils sont devenus. Au témoignage de Clapasson et de Debombourg, on remarquait, dans la chapelle des enfants du Plâtre, une peinture représentant La Sainte-Trinité, par Blanchet le cadet, et dans celle des maîtres Futainiers une Nativité de In Vierge, par Thomas Blanchet ; contre un pilier, du côté de l’évangile, au-dessous d’un autel, se trouvait un Saint Sébastien et un Saint Roch, d’un peintre inconnu, mais dont le travail était bon et dans la manière flamande ; enfin, d’après d’Expilly, on voyait, en 1766, à l’entrée de la nef, Saint Benoit donnant l’habit à Sainte Scholastique et Saint Benoit distribuant des aumônes.

Parmi les huit tableaux qui se trouvent présentement à Saint-Pierre, et qui tous proviennent d’églises dévastées à la Révolution, quatre sont de Trémolières, un de Restout, un de Frontier, un de Crelet et un de La Fosse ; tous furent réservés, en 1797, pour le Muséum et l’École de dessin, par les artistes Cogell et Jayet chargés de choisir, parmi les nombreuses toiles saisies dans les églises et couvents, celles qui présentaient un intérêt artistique. Ces tableaux furent mis sous la surveillance de l’École centrale du département du Rhône, avec un très grand nombre d’autres, dont on possède la liste, et où figurent des Stella, des Blanchet, des Sarrabat, des Vanloo, et de nombreuses copies. On ignore l’époque où ces peintures furent données à Saint-Pierre. La description de l’église actuelle, qu’on va entreprendre ici, serait promptement achevée, si l’édifice ne contenait ces remarquables œuvres d’art, sur lesquelles nous insisterons particulièrement.

L’église actuelle se compose d’une nef orientée, précédée d’un porche et accompagnée de bas côtés sur une partie seulement de sa longueur. L’édifice étant entouré de maisons ou de cours intérieures de tout côté, ses façades latérales n’offrent aucun intérêt, à l’exception d’une fenêtre datant du xiie siècle, d autres sont probablement masquées parles constructions parasites, qui en auront empêché la destruction. Le clocher est également enfoui dans les maisons du côté sud ; il n’offre aucun intérêt. Le portail, enserré dans des habitations particulières, contient la partie inférieure de l’ancien clocher dont on a démoli trois étages au xviiie siècle. Il est formé de deux larges contreforts encadrant la porte d’entrée au-dessus de laquelle s’élève une haute surface lisse construite en maçonnerie d’énormes pierres de taille percée d’une étroite fenêtre, et couronnée par un bandeau d’arcatures très simples. L’ensemble de cette bâtisse semble appartenir à une époque plus éloignée que celle de la porte qui doit être attribuée à latin du xiie siècle. Celle-ci se compose d’une arcade décorée de moulures, de pilastres, de colonnes et de chapiteaux d’un travail remarquable et d’une riche ornementation ; toutefois l’arcade à plein cintre a été un peu surbaissée par des tassements. Les vantaux de la porte datent de la fin du xviiie siècle, et méritent l’attention par leur sculpture. Le porche occupe la base de l’ancien clocher dans lequel est ouverte la porte d’entrée ; il est voûté en ogive ; l’ouverture qui le sépare de la nef reproduit l’architecture de la porte d’entrée, sauf l’arc qui est enrichi de petites arcatures.

Pénétrons dans l’intérieur de l’église. Elle se compose d’une nef séparée des bas côtés par six arcades de chaque côté, dont les pieds-droits, décorés de pilastres ioniques, supportent un entablement servant de base à la grande voûte en berceau ornée d’arcs doubleaux peu saillants. Des baies, ménagées dans.lés pénétrations à la partie basse du berceau, éclairent la nef ; elles sont décorées de clefs composées alternativement de têtes de chérubins et de consoles historiées. Trois arcades, de chaque côté en entrant, sont aveugles, les bas côtés ne commençant qu’à la quatrième ouverture.

Nous voici au chœur. Six colonnes d’ordre ionique, engagées contre les pieds-droits des piliers, accusent le sanctuaire qui est revêtu, en bas, d’une boiserie avec couronnement dans le fond en bois sculpté supportant un crucifix. Le chœur est orné de peintures importantes qui vont être décrites.

Sur la paroi de gauche, L’Adoration des mages, signée en bas et au milieu : « Trémolières invenit et pinxit, 1736 ». Cette toile, qui vient probablement de l’église des Carmes-Déchaussés, est mentionnée dans l’inventaire descriptif de 1797 signalé plus haut. La Vierge et l’enfant Jésus portent leurs regards à gauche ; derrière eux, se trouvent saint Joseph, les mages, et divers personnages ; enfin dans le haut des anges et le bas d’un édifice.

À la paroi de droite, on a placé L’Adoration des bergers, tableau non signé ; il est pourtant de la même main que le précédent, et fut exécuté par Trémolières, pour l’église des Carmes Déchaussés. Il ne vaut pas le précédent, qui était fort estimé à l’époque où il fut exécuté. Ce tableau figure également dans l’inventaire des tableaux mis en réserve, en 1797.

Au fond du sanctuaire, sur la paroi de gauche : L’Assomption, toile signée en bas et au milieu : « Trémolières, 1736. » Dans le haut, la Vierge est soutenue par les Anges, tandis qu’au-dessous, les apôtres sont groupés autour du tombeau vide que recouvre un suaire. Au témoignage de Clapasson, il existait dans la chapelle du Confalon, avant la Révolution, une Assomption de cet artiste, composition accompagnée de sept autres dues à différents peintres, parmi lesquels figurait une Visitation de La Fosse. La toile dont nous nous occupons, est découpée par le haut, de la même forme que celle qui lui fait pendant, ce qui indique qu’elles proviennent toutes deux de la chapelle du Confalon.

Église Saint-Pierre, chapiteaux du porche. Dessin de M. R. Lenail.

Elle figure dans l’inventaire de 1797. Sur la paroi de droite est placée : La Visitation, peinture de Charles de La Fosse, qui figure dans l’inventaire de 1797. Le maître-autel, isolé, appartient au style usité au début du xixe siècle. Dans le coffre se trouve L’Ensevelissement de la Vierge, bas-relief en marbre, provenant de la chapelle des Pénitents du Confalon, et attribué à Bidau. Une balustrade en fer sépare le chœur de la nef ; elle fut exécutée par Jean Maliard, serrurier lyonnais, dont on conserve des dessins à la bibliothèque du musée d’art et d’industrie au palais du commerce.

Le chœur décrit, on va parcourir la grande nef, en commençant par le bas et à gauche. Au milieu de la première travée se trouve un bénitier formé d’un balustre décoré de guirlandes et d’un socle avec mascarons, la coupe est de marbre blanc ; c’est un travail du xviie siècle. En suivant la paroi de gauche, on trouve, dans la première travée, les fonts baptismaux du xviie siècle, dont la cuve est en marbre de couleur. Au fond, en stuc, le baptême du Christ, entre deux grands palmiers sur fond or. La deuxième travée est ornée d’une toile : La Circoncision, attribuée à Trémolières, par l’inventaire des tableaux mis en réserve en 1797. Saint Joseph présente l’enfant Jésus au grand-prêtre ; au second plan, à droite, la sainte Vierge, ou une figure de femme dont on ne voit que le buste, et un autre personnage ; au premier plan, à gauche, un jeune homme tient un plateau, sur lequel se trouvent divers ustensiles ; derrière lui, un personnage muni d’un flambeau ; enfin, dans le haut, volent des chérubins.

Dans la troisième travée, on admire : L’Exaltation de la Croix, signée au bas et au milieu : « Restout, 1748. » Ce tableau fut exécuté pour l’église Sainte-Croix de Lyon et figura à l’exposition de 1748 ; le livret l’annonça ainsi : « La vraie croix et un grand nombre de chrétiens ayant été pris, l’an 616, par Chosroës, roi des Perses, elle fut rendue, quatorze ans après, par Siroës, son fils, par un traité de paix qu’il fit avec Héraclius ; il lui rendit aussi tous les captifs chrétiens et entre autres Zacharie, patriarche de Jérusalem. C’est ce qui a donné lieu à la fêle de l’Exaltation de la sainte Croix. » L’instrument de supplice est présenté à la foule ; Héraclius ou Zacharie est agenouillé à droite ; tout à côté, des personnages tiennent un casque, une croix processionnelle et des flambeaux ; au fond on voit le péristyle d’un temple. Ce tableau est également marqué dans l’inventaire descriptif de 1797. Au quatrième pilier est adossée la chaire en bois, sans caractère artistique et couronnée par une statue de saint Pierre. En reprenant au bas de l’église, adroite, on rencontre, dans la deuxième travée, un tableau remarquable : Les Disciples d’Emmaüs. Cette toile qui était presque carrée a été augmentée en haut et en bas, afin de pouvoir figurer en face de la Circoncision. Le coloris puissant est poussé au noir, sur lequel se détachent en clair les têtes et les extrémités. Le tableau est de Cretet ; il est indiqué sous le titre inexact de : La Fraction du pain, par Clapasson, dans sa description de la chapelle du Confalon, avant la Révolution. Le Christ au milieu delà table, rompt le pain ; les deux apôtres sont assis à l’angle gauche. Un vase riche se voit par devant ; un serviteur ou une servante sort d’une porte à gauche et apporte un plat ; au fond, à gauche se trouvent deux personnages, beaucoup plus petits, puis des édifices et des arbres éclairés par le soleil couchant.

La troisième travée contient : Moïse et le serpent d’airain, signé au bas et au milieu : « Frontier, 1743. » L’auteur s’était fixé à Lyon, et J.-J. de Boissieu fréquenta son atelier pendant quelque temps ; il mourut à Lyon le 2 septembre 1763. Le tableau est très expressif : Moïse elle serpent sont sur une éminence, et les malades au premier plan ; au fond, à gauche, on voit les tentes des Juifs. Ce tableau, comme son pendant de la paroi de gauche, faisait partie, d’après Clapasson, de la décoration du chœur do l’église Sainte-Croix. Il figura à l’exposition de 1743, et fut réservé, en 1797, pour le musée et l’école de dessin.

Saint-Pierre (façade projetée de la nouvelle église).

Au quatrième pilier, est adossé le banc d’œuvre, bon travail de la fin du xviiie siècle ; il est composé d’un fronton avec deux pilastres corinthiens et corniche, accompagnés, dans le bas, de consoles enrichies d’ornements. À l’extrémité de la basse nef de gauche : Le Crucifiement de saint Pierre, toile moderne. Contre le deuxième pilier, adossé à la paroi de gauche une Mater dolorosa, peinture ancienne. Contre la même paroi, au-dessous de la fenêtre éclairant la troisième travée du bas côté : La Visitation, bas-relief de marbre, provenant de la chapelle des pénitents du Confalon ; on l’attribue à Bidau. Sur le pilier de la chaire : La Vierge, l’Enfant Jésus, saint Joseph et saint Bruno, toile ancienne, anonyme ; Marie et l’Enfant Jésus sont sur un nuage, saint Joseph et saint Bruno au bas, à droite et à gauche.

Après avoir décrit la nef, il reste à dire quelques mots des chapelles. Près de l’entrée latérale est placé un bénitier en marbre de couleur, style italien du xviiie siècle, dans l’écusson duquel on a peint, en utilisant les veines du marbre, La Fuite en Égypte. Ce morceau très intéressant, est à moitié effacé par le frottement des mains des fidèles ; il mériterait d’être transporté dans un emplacement présentant plus de sécurité. Au-dessous se voit : Saint Pierre, à mi-corps, toile ancienne. Dans la chapelle du Sacré-Cœur, située en haut de la petite nef de droite, l’autel est moderne, de marbre de couleur et de style indéterminé ; il porte des médaillons d’anges en bronze. Sur le tabernacle se trouve une statue du Sacré-Cœur, en marbre, œuvre de Dufraisne, sculpteur lyonnais.

La chapelle de la Sainte-Vierge est située au sommet de la petite nef de gauche. L’autel isolé, de style napolitain, est de stuc et marbres de couleur ; il appartint primitivement à l’église d’Ainay, puis fut cédé par M. Boue, curé de cette paroisse, à l’église Saint-Pierre. Dans le coffre est couché un Christ au tombeau, statue de marbre ; la table est supportée par deux cariatides. Sur le tabernacle, se trouve La Vierge et l’Enfant Jésus, groupe de marbre.

À l’extrémité de la petite nef de droite se voit : Saint François de Sales au pied du Sacré-Cœur, toile moderne. Contre la paroi, en face de la première travée, La Fuite en Égypte, peinture ancienne ; enfin, vis-à-vis de la deuxième travée : Saint Jérôme dans le désert, tableau ancien.

Un décret ministériel ayant annoncé la désaffectation de Saint-Pierre, l’honorable curé M. Pangaud, a confié à M. Gaillard architecte, la construction, rue du Bàt-d’Argent, d’une nouvelle église destinée à remplacer celle qui malheureusement disparaîtra. L’édifice est commencé depuis un an, il comprendra une crypte, une église supérieure, et pardessus, la cure et les écoles. L’église sera de style gothique.

SAINT-SATURNIN

Tout près de l’église Saint-Pierre, dont elle formait une annexe, existait une église dite Saint-Saturnin, vulgairement Saint-Sorlin ; elle était paroissiale, et on y faisait toutes les fonctions curiales. Après un long procès, un arrêt du parlement, du 26 août 1699, réserva à l’abbesse de Saint-Pierre le patronage de la paroisse. Certains ont prétendu qu’une des nefs de cette église aurait été restaurée et serait devenue la nef de droite de l’église Saint-Pierre. Cette opinion ne paraît guère admissible, vu que entre les deux églises, il existait un certain intervalle libre ; aussi cette église a-t-elle pu être démolie sans entraîner aucune transformation pour Saint-Pierre. D’ailleurs on a vu plus haut que la nef droite de l’église avait été formée par la démolition des murs faisant la séparation entre les chapelles latérales. D’après certains renseignements, Saint-Saturnin aurait été construit, on ne sait dans quel but, par l’abbesse Rolinde vers 930 ; elle aurait été rasée par les protestants et reconstruite à nouveau. Elle a ensuite été vendue comme bien national ; c’est ce qui explique sa disparition et son remplacement par une maison particulière sous la Restauration.

CARMES-DÉCHAUSSÉS

Avant que le pic du démolisseur ait fait disparaître la chapelle de l’ancien couvent des Carmes-Déchaussés, nous croyons devoir en rappeler les origines et l’historique jusqu’à nos jours.

La partie déclive de la colline de Fourvière qu’occupe le bâtiment des Carmes-Déchaussés était couverte, du temps des Romains, par des villas et des jardins qui terminaient Lugdunum du côté nord. Elle formait une sorte de plateau à mi-côte, dont le prolongement suivait le chemin actuel de Montauban, où, à plusieurs reprises, on a cru découvrir des vestiges de voie romaine, jusqu’au rocher de Pierre-Encise, que la tradition dit avoir été entaillé par Agrippa pour prolonger la via Strata qui gagnait le Rhin. Ce plateau surplombe la Saône par un précipice presque à pic, d’une cinquantaine de mètres de hauteur, ne donnant place à aucune construction inférieure jusqu’au quai.

On comprend qu’à cause même de leur situation escarpée et en retrait, les villas romaines de ce lieu ne pouvaient être ni vastes, ni nombreuses. C’est tout ce que permettent de supposer les inductions historiques sur ce terrain, à l’époque romaine. Le moyen âge sera plus riche en souvenirs.

Deux points se précisent alors : 1° le nom de Thunes donné à ce lieu ; 2° la recluserie qu’on y rencontre. D’où vient cette dénomination de Thunes donnée à la partie inférieure du tènement qu’on nommait auparavant la Thibaudière ? Les avis sont partagés. D’aucuns prétendent qu’elle la doit à des pestiférés venus de Tunis et relégués dans ce lieu. D’autres que c’est en souvenir de saint Louis, mort dans les environs de Tunis. Cependant Thunes, s’écrivant par un h, ne saurait être assimilé à Tunis qui n’en a point. Quelle que soit l’origine de ce nom, une recluserie fort ancienne, dont le vocable n’a point été conservé, s’élevait à cet endroit. Elle dut disparaître de bonne heure, car elle n’est point mentionnée dans les listes des recluseries reconnues du moyen âge.

On retrouve ensuite ce tènement divisé en deux parties appelées Grand et Petit Thunes, et devenu une taverne renommée, où le peuple allait boire et manger, et qui jouissait d’une singulière réputation de bonne chère, puisque, jusqu’à nos jours, on s’est servi de cette locution familière faire thunes ou thuner, comme on disait autrefois, faire ripailles, en souvenir de la vie délicate et somptueuse que le duc de Savoie Amédée VIII menait à Ripailles, sur les bords du lac de Genève.

Le chemin de Montauban, qui y donnait accès, facilitait ces ébats, car il était très fréquenté, soit par les familiers et les hommes d’armes du Chapitre de Saint-Jean, en rapports incessants avec le château fort de Pierre-Scize, résidence des archevêques, soit par les officiers du gouverneur de la ville depuis l’époque (1468) où Louis XI enleva cette forteresse à l’archevêque Charles de Bourbon, pour en faire une prison d’Etat.

À l’extrémité de ce tènement de Thunes, placé comme en vedette sur la roche nord coupée à pic, se dresse encore un pavillon carré, aux fenêtres croisillonnées, d’une époque antérieure au couvent, ayant tous les caractères du temps des Valois : on l’appelle quelquefois pavillon François 1er. En réalité, on ne connaît de son histoire qu’un fait, c’est que les religieux Carmes, après leur fondation, s’en servaient comme d’hermitage.

En effet, en souvenir de la vie solitaire qu’ils avaient menée primitivement, il était de tradition que, dans chaque maison, un religieux vécût en ermite, pendant un mois, dans une cellule isolée du couvent, où les frères lui apportaient ses aliments. Les Carmes affectèrent à cet usage le coquet pavillon style Henri II : fin inattendue pour ce belvédère qui avait dû être témoin antérieurement de joyeux devis et de copieux festins.

À gauche de ce vestige du moyen âge, sur un double étage de terrasses, soutenues par de pittoresques arcades qui font corps avec le rocher, l’ancien couvent des Carmes-Déchaussés développe ses bâtiments d’habitation et sa vaste chapelle que dominent un fronton grec et un petit clocher, le tout d’aspect italien. Quelles en sont l’origine et l’histoire ?

Un premier couvent de Carmes, appelés Grands-Carmes, avait été fondé à Lyon, en 1303, sur des terrains que leur avait concédés Louis de Villars, et qui formaient là partie comprise actuellement entre la place de la Miséricorde, la rue Terme et la rue des Auges. Mais, à Lyon, comme ailleurs, l’ordre s’était relâché de sa première discipline, au point que plusieurs saints personnages, tels que saint Jean de la Croix et sainte Thérèse, résolurent, au xvie siècle, de le réformer. Ceux qui embrassèrent cette réforme s’appelèrent Carmes-Déchaussés, parce que, contrairement au grand ordre, ils marchaient nu pieds, avec des sandales.

Plusieurs notables de Lyon, au début du xviie siècle, s’efforcèrent de favoriser cette réforme et d’y introduire de nouveaux religieux. Parmi eux, il faut citer Philibert de Nérestang, grand-maître de l’ordre de Saint-Lazare, et premier grand-maître de l’ordre des chevaliers du Mont-Carmel, érigé par Paul V, ainsi que le marquis d’Halincourt, gouverneur de Lyon.

Il ne fallut rien moins que ces protecteurs puissants pour vaincre l’obstruction du consulat et des recteurs de l’Aumône générale qui estimaient que l’ordre ayant déjà un couvent à Lyon, il était inutile pour la ville et préjudiciable aux intérêts de la population d’en entretenir deux. Mais « sur la requeste présentée par les RR. PP. Bernard de Saint-Joseph, provincial, et Joseph de Sainte-Marie, religieux Carmes réformés, la dicte supplique tendant à ce que, en conséquence de la volonté du roi, par ses lettres patentes du mois de mai 1611, il plaise au consulat de Lyon de consentir et permettre que l’ordre établisse une de ses familles en ladicte ville, les consuls décident, en délibération du 19 septembre 1617, que pour l’honneur et le respect que les ditz sieurs veulent et doivent porter à la pieuse intention et volonté de sa majesté et à la glorieuse mémoire du roi sainct Louis, fondateur en France de l’ordre des dictz religieux de Nostre Dame du Mont Carmel, il a été convenu, comme il est dit ci-dessus, entre le prévôt des marchands et échevins d’une part, et les recteurs des deux hôpitaux d’autre part, qu’ils donneront leur consentement à l’établissement requis, mais à la condition que, préalablement et avant toutes choses, les religieux Carmes devront présenter au consulat les contractz de dotation et de fondation qu’ils espèrent, pour y être cogneu de la quantité, qualité, certitude ou incertitude du revenu qu’ils se promettent, etc. »

Le marquis de Nérestang et le gouverneur de Lyon ne se contentèrent pas d’appuyer la demande des Carmes-Déchaussés. En 1618, ils achetèrent les deux maisons appelées alors Grand et Petit Thunes, et leur assignèrent un revenu de mille livres pour l’entretien de huit religieux, dont le nombre s’éleva bientôt jusqu’à vingt, au moyen de nouveaux biens qu’ils acquirent.

Église des Carmes-Déchaussés.

L’occasion de rendre à la ville les services qu’ils en avaient obtenus se présenta du reste bientôt aux Carmes. On sait que le terrible fléau de la peste fit d’affreux ravages dans Lyon, à partir de 1628, dix ans après leur fondation. En tête des communautés d’hommes qui se signalèrent par leur dévouement aux pestiférés, nous trouvons les Carmes-Déchaussés qui, avec leurs voisins, les grands Capucins, et les Capucins du Petit-Forest, rivalisèrent de courage et tombèrent bientôt en grand nombre, victimes de leur admirable charité.

La belle conduite des Carmes leur valut les sympathies tardives mais définitives du consulat, qui leur fit plusieurs fois don de sommes importantes. C’est à l’aide de ces subsides qu’ils feront construire successivement la chapelle moins le portail, puis un grand corps de logis « où, dit l’historien Saint- Aubin, l’utile et le nécessaire disputent de la préférence, et l’avantage avec l’agréable, tant il est bien pris ».

Le bienfaiteur principal des religieux, le marquis Philibert de Nérestang, ne put voir terminer son œuvre. Peu de temps après l’achèvement de l’église, en 1628, il tombait mortellement blessé à la bataille des Ponts-de-Cé ; son corps, ramené à Lyon, fut inhumé près du maître-autel.

Comme l’église des Carmes était la partie la plus intéressante et la plus stylée du couvent, nous en ferons la description, telle qu’elle se présentait au xviie siècle, à l’époque de sa splendeur.

L’adoration des mages (premier fragment) (peinture de M, P. Borel).

Un large escalier de douze marches descendait dans la cour d’honneur qui précède l’église. La façade, telle que nous la connaissons, est une œuvre du xviie siècle, d’une grande simplicité, rappelant l’art italien : elle est ornée d’un écusson aux armoiries de l’ordre, avec cet exergue : « Zelo zelatus sum pro Domino meo », le tout surmonté de cette inscription latine s’adressant à Marie : « Dedisti nobis signum protectionis tuæ. Vous nous avez donné un signe de votre protection », allusion à l’imposition du scapulaire à saint Simon Stock, religieux carme.

Parmi les documents inédits qui se trouvent aux archives départementales, il importe d’en signaler quelques-uns qui ont trait à l’église des Carmes. Voici, par exemple, le perron de devant la chapelle qui est réparé le 22 décembre 1731 ; le boisage de la grande chapelle le 20 octobre 1730 ; celui du chœur le 3 mars 1679 ; le parquetage de l’église le 14 janvier 1738 ; la confection d’un tabernacle en 1663 ; la fourniture en 1742 d’un devant d’autel de marbre ; la pose, le 2 novembre 1730, d’une balustrade à l’entrée de la grande chapelle de l’église, coûtant 1400 livres payés à Marc Chabry, sculpteur de Lyon ; deux tableaux placés aux côtés de la grande chapelle, payés 1200 livres au peintre de Lyon Daniel Sarrabat, le 8 juin 1730.

L’église était très irrégulière ; elle se composait d’une seule nef, dans le goût italien du xviie siècle, terminée par un chœur sans abside ni transept. Derrière le sanctuaire se trouvait le chœur des religieux séparé du maître-autel par une galerie vitrée. Quatre chapelles, deux à gauche et deux à droite de l’unique nef, attiraient les regards. Dans la première de droite, à l’entrée, se voyait un beau tableau représentant sainte Geneviève, peint par Vignon, élève de Vouët, et surmonté des armes des Besset : d’or à l’aigle éployé de sable, au chef d’azur chargé de trois étoiles d’or.

La chapelle suivante était réputée la plus riche de Lyon, au xviie siècle. Le retable à colonnes accouplées, l’autel, le pavé et les balustres étaient des plus beaux marbres d’Italie. Elle avait été édifiée sous le vocable de sainte Thérèse, réformatrice de l’ordre. Là, au centre du retable, un excellent tableau du Guerchin représentait une apparition de Jésus-Christ à sainte Thérèse. Un peintre flamand avait décoré les parois et la voûte. Une inscription, placée au-dessus d’une porte de communication avec la chapelle précédente, apprenait « qu’elle avait été construite aux despens de noble Barthélémy de Lumagne, des Grisons, seigneur de la Haye, qui y était inhumé avec sa femme Anne du Bourg ». Au sommet de l’arc plein cintre se trouvait le blason des Lumagne : de gueules à trois escargots d’or, au chef cousu d’or, chargé d’une fleur de lys du même. Un document des archives, daté du 1er juillet 1627, parle de cette chapelle Sainte-Thérèse, située la première proche le grand autel, côté de l’épître ; Barthélémy Lumagne, bourgeois de Lyon, s’était engagé à fournir l’autel et les ornements. Le 7 septembre 1730, on changea la balustrade de cette chapelle.

L’adoration des bergers (second fragment) (peinture de M. P. Borel).

Les archives mentionnent, le 14 juillet 1683, la concession de la chapelle Saint-Joseph à Annet Ranicie, bourgeois de Lyon. Celle-ci, située la première du côté de l’évangile, est, le 15 septembre 1635, concédée à demoiselle Pernette Boissier, veuve Gratiani. Le 12 août 1734, on passe une convention pour réparer, moyennant 2.000 livres, la chapelle Saint-Joseph, appartenant à Messieurs Albanet. Elle était ornée d’un remarquable Saint Joseph, œuvre de Perrier. À mentionner aussi la concession, le 15 septembre 1666, d’une chapelle près la porte des Trois-Maries à Jacques Regioli, bourgeois de Lyon.

Le grand autel, dont s’est enrichi depuis l’église de la Charité, était composé de deux ordres de colonnes en marbre noir avec des niches qui recevront, au xviiie siècle, les statues des quatre évangélistes, et de saint Pierre et de saint Paul, par le célèbre sculpteur Chabry. Le même sculpteur élèvera aussi une chaire en marbre rehaussé d’or, du plus bel effet, qui deviendra, après la Révolution, la chaire de la Charité. Enfin, dans le chœur, on remarquait, au milieu, un tableau de Dassier, deux de Sarrabat sur les côtés, et, dans la nef, une Descente du Saint-Esprit, copie médiocre du Guide, enfin trois bonnes toiles de Trémolières : Les Bergers à la crèche, La Purification, L’Adoration des Mages.

Parmi les objets précieux possédés par les Carmes, on mentionnera un crucifix de bois légué par Émeraude Rival veuve Taure aux religieux du Tiers-Ordre de Saint-François de la Guillotière ; il lui avait été donné par monseigneur Alphonse de Richelieu, archevêque de Lyon ; des pères du Tiers-Ordre, il passa aux mains des Carmes, le 27 janvier 1681. Ils possédaient aussi une relique de saint Jean de la Croix enchâssée dans un reliquaire d’arquemie, accordée à Rome le 7 juin 1727.

La chapelle des Carmes qui vient d’être démolie, mesurait 32 mètres de longueur sur 14 mètres 50 de largeur, et se composait d’une seule nef et des quatre chapelles latérales, dont il sera question plus loin. Elle était dédiée à Notre-Dame du Mont-Carmel.

Le maître-autel était orné d’un bas-relief représentant la sainte Vierge donnant le scapulaire au bienheureux Simon Stock, Carme. Le chœur était décoré de trois statues : Notre-Dame du Mont-Carmel, saint Jean de la Croix et saint Élie. Au sommet de la nef, près de la voûte, se trouvaient six grandes statues dont le style accusait le xviiie siècle : à droite, saint Paul, saint Marc et saint Jean ; à gauche saint Pierre, saint Matthieu et saint Luc. Deux tableaux ornaient également la nef : Notre-Seigneur apparaissant à sainte Thérèse et La Flagellation.

Quatre vastes chapelles latérales s’ouvraient, comme on l’a dit, sur la grande nef. Elles ont subsisté jusqu’à la démolition toute récente de l’église. La première, sous le vocable de sainte Thérèse, était ornée d’un tableau représentant la réformatrice du Carmel ; la deuxième, autrefois dédiée à saint Jean de la Croix, passa ensuite sous le vocable des âmes du purgatoire. Au-dessus de l’autel on voyait un tableau signé Cl. Barriot, Lyon, 1867, représentant la Sainte Vierge secourant les âmes souffrantes. À gauche, la première chapelle, dédiée à saint Joseph, était décorée d’un tableau en mauvais état représentant saint Joseph, conduisant l’Enfant Dieu.

Le reste du bâtiment des Carmes se composait, comme dans les autres couvents de l’ordre, d’un grand parloir à l’entrée, au rez-de-chaussée, puis, sur la même ligne, d’un vaste réfectoire et de plusieurs autres salles dont l’enfilade faisait un assez grandiose effet. La galerie du cloître et un escalier desservant le premier étage, où se trouvaient les cellules des religieux, terminaient le claustral du côté nord.

Ajoutons, en finissant, cette description, qu’un petit oratoire, dans une des chambres du cloître, est orné de ravissantes fresques de P. Borel, peintes en 1862, représentant l’Adoration des Mages et la mort de saint Joseph. C’est bien, à notre avis, cette peinture franchement religieuse, évoquant le parfum de l’évangile, inspirée par une ardente dévotion, obtenue au dire de Huysmans, « sans pastiches des primitifs, sans tricheries de corps gauches, sans apprêts et sans dois ». Pour être moins connue, cette œuvre de Borel n’est pas la moins remarquable. Dans la démolition actuelle de la chapelle, ces peintures seront heureusement conservées. Mais reprenons l’histoire du couvent.

Après les années de prospérité, le couvent des Carmes-Déchaussés vit venir l’épreuve, qui n’a pas discontinué depuis plus d’un siècle. En 1789, il ne comptait déjà plus que huit pères et six frères convers. Bientôt éclata la tourmente révolutionnaire ; en 1792, les religieux furent renvoyés dans leurs familles et leurs maisons aliénées comme biens nationaux.

Dans la première moitié du xixe siècle, les bâtiments servirent à différents usages jusqu’au moment où la municipalité les loua et les disposa pour caserner les troupes de passage. En 1848, ils furent occupés par une troupe d’insurgés, appelés Voraces, qui durent s’y trouver bien, car on eut, paraît-il, de la peine à les en retirer à la fin des troubles.

Le célèbre P. Hermann, juif converti et musicien renommé, racheta, en 1860, la maison à l’État pour y rétablir l’ordre du Carmel : les religieux reprirent alors possession de leur ancienne propriété, après l’avoir entièrement restaurée. À cette époque, le P. Hyacinthe Loyson y séjourna à plusieurs reprises et prêcha dans Lyon avec le succès que l’on sait.

Après le 4 septembre 1870, et en vertu d’un arrêté de l’autorité municipale, les religieux durent abandonner leur demeure et se disperser devant une troupe de garibaldiens qui commirent toutes sortes de déprédations. L’église surtout fut littéralement ravagée, l’orgue démonté, les confessionnaux et les bénitiers souillés. Après cette nouvelle tourmente, les Carmes rentrèrent de nouveau en possession de leur maison. Ils n’étaient pas au bout de leurs tribulations. En vertu des décrets du 29 mai 1880, deux commissaires de police, assistés de nombreux agents, pénétrèrent violemment dans le monastère, arrachèrent les religieux à leurs cellules et les jetèrent à la rue, en apposant les scellés sur les portes.

Les Carmes, n’espérant plus y rentrer, louèrent leur couvent à un institut préparatoire aux écoles du gouvernement, qui subsista jusqu’en 1899. Une quatrième fois, pourtant, à la faveur d’une accalmie politique relative, les religieux tentèrent de s’y rétablir. Trois ans après, en 1902, les décrets les dispersèrent de nouveau et leur couvent vendu fut acheté par le gouvernement qui, après transformations, y installera les archives départementales.

À gauche du portail de l’église des Carmes, un arc ogival, en pierre de Couzon très dégradée, attire l’attention de l’archéologue. S’il pénètre dans le jardin auquel cette porte donne accès, il se trouve en face d’une maison à deux étages, avec rez-de-chaussée en arcades plein cintre et tourelle carrée à droite, le tout d’aspect irrégulier et délabré. C’est la maison Mascranni, ainsi nommée de ses propriétaires, originaires des Grisons. Les Mascranni vinrent s’établir à Lyon vers 1580, et furent naturalisés Français en 1622 ; ils devinrent seigneurs de Laverrière et de Thunes : ce dernier titre indique parfaitement leur propriété sur le coteau de Fourvière. Leurs possessions s’étendaient sur la plus grande partie du terrain jusqu’au plateau supérieur dit tènement de la Thibaudière. Ce fut Paul Mascranni, banquier, prévôt des marchands en 1667, qui vendit aux Lazaristes la maison où ces religieux établirent leur communauté. Devenue à la Révolution bien national, elle fut achetée plus tard par les Frères des Écoles chrétiennes qui y fondèrent un vaste pensionnat appelé Les Lazaristes du nom des anciens religieux qui l’avaient occupé. Paul Mascranni mourut en 1675 et fut inhumé dans l’église des Grands Capucins.

La maison Mascranni, voisine des Carmes, a subi des changements notables et perdu une partie de son aspect primitif. Il existe un dessin de l’état ancien, reproduit dans l’Histoire de Saint-Paul, par MM. les abbés Duplain et Giraud (1899).

Alexandre Mascranni, prévôt des marchands en 1642, avait épousé, en 1648, Cornélie Lumagne, une des bienfaitrices du couvent des Carmes. La famille Mascranni s’intéressa elle-même à la nouvelle fondation. En même temps, elle devenait insigne bienfaitrice de Saint-Paul. L’église Saint-Laurent, annexe et paroisse de la collégiale Saint-Paul, était, par suite de vétusté, menacée, au commencement du xviie siècle, d’une ruine complète, au point que le Consulat en avait ordonné la démolition. Le chapitre ne pouvant faire les frais de reconstruction, on s’adressa à la bienfaisance des paroissiens, et, en 1639, les quatre frères Mascranni, banquiers, habitant le quartier, s’engagèrent à fournir une somme de neuf mille livres. Dans la suite, ils en dépensèrent trente-six mille. En échange, la chapelle Saint-Claude, dans l’église Saint-Laurent, devint leur propriété, et ils eurent le droit d’apposer leurs armes au dehors et au dedans de ladite église.

Une branche de cette famille possédait, sur la ’place Bellecour, une maison appelée Maison Rouge, construite en briques de cette couleur, « où le roi logea, dit Spon, quand il fut à Lyon, en 1659 ». Elle était connue aussi sous le nom d’Hôtel de la Valette ou de Malte, parce qu’une fille de Paul Mascranni avait épousé, en 1667, Laurent Pianelli de la Valette, dont le père, Jean-Baptiste, trésorier de France en 1628, avait lui-même épousé Marie Besset. C’est sans doute par suite de cette alliance que se trouvaient dans l’église des Carmes-Déchaussés les armes des Besset.

On a vu aussi que Cornélie Lumagne, une des bienfaitrices des Carmes, avait épousé Alexandre Mascranni, le prévôt des marchands de 1642. Les deux familles de Lumagne et Mascranni étaient unies non seulement par les liens du sang, mais aussi par ceux de la même profession. Voici un trait intéressant, qui fixera sur la puissance de leur fortune, leur notoriété et leurs relations.

Lorsque Marie de Médicis vit que la perte de ses favoris Concini et Eléonora Galigaï était décidée dans les conseils royaux, elle prit ses précautions, et envoya son argent, dont elle était toujours à court à cause de ses folles dépenses, à Rome et à l’étranger. Un matin, le 13 janvier 1617, elle manda au Louvre le banquier Jean-André Lumagne, âgé de cinquante ans, originaire des environs de Baguse, anobli en 1003, fabricant, marchand, trafiquant d’argent dans toute l’Europe ; associé à Sainctot et à Mascranni, il était l’agent obligé de toute opération financière internationale. La reine lui expliqua qu’elle avait résolu de mettre de l’argent en sûreté hors du royaume, et qu’il fallait, coûte que coûte, le faire passer au delà des Alpes pour le placer sur les monts-de-piété italiens, allemands ou anversois. Elle lui remit aussitôt, contre reçu, deux cent mille livres en pisloles. M. Lumagne les adressa immédiatement à Lyon à son associé Paul Mascranni, qui leur fit passer les Alpes. On sait comment se terminèrent ces événements : par le meurtre de Concini, l’arrestation de Galigaï et l’internement de Marie de Médicis au Louvre et à Blois. Mais cette relation révèle que Lumagne et Mascranni, bienfaiteurs des Carmes-Déchaussés, passaient pour les banquiers les plus sûrs et les plus riches du royaume.

LE BON-PASTEUR

La coquette église du Bon-Pasteur, dont la flèche élancée se profile sur la colline de la Croix-Rousse, est de construction récente. Ce fut en 1855 que Mgr de Bonald songea à créer une nouvelle paroisse pour mieux desservir le quartier ouvrier situé entre les Chartreux et Saint-Polycarpe : il confia cette tâche à M. Callot, missionnaire diocésain de Lyon. Celui-ci « préoccupé à la fois de la paroisse à fonder et de l’église à bâtir, commença par réunir autour de lui quelques bons paroissiens, capables de l’aider de leurs lumières et de leurs efforts ; c’était le commencement de son conseil de fabrique. Le plus pressant était d’entreprendre la construction d’une église où les nouveaux paroissiens du Bon-Pasteur pourraient se réunir pour prier.

« En considération de M. Callot et du caractère de la nouvelle paroisse, entièrement composée d’ouvriers en soie, la Chambre de Commerce voulut bien disposer de la somme de 25.000 francs ; diverses souscriptions furent aussi ouvertes soit dans la paroisse, soit dans la ville. Avec ces premières ressources, M. le curé put sans retard prendre ses mesures, et commença par acheter un emplacement pour construire l’église.

« Il jeta les yeux sur la propriété de la famille Bavilliers, qui comprenait, outre une grande maison, actuellement n" 34 de la rue du Bon-Pasteur, un vaste clos y attenant et une petite maison (n° 38), qui devait servir de cure. C’est dans ce modeste édifice qu’avait habité l’abbé Rozier, célèbre botaniste lyonnais qui fut ensuite tué par une bombe dans son lit, rue Vieille-Monnaie, pendant la nuit du 29 septembre 1793. C’est encore dans cette maison que naquit une femme illustre. Mlle Violette Roux, qui, épouse de Joseph Michaud, de l’Académie française, eut un des salons les plus attrayants de la Restauration. Doublement historique, mais peu commode, cette maison ne servit de cure que trois ans à peine. Après avoir été, pendant une trentaine d’années la propriété de la famille Palud, cette maison devint « l’ermitage » d’Auguste Vettard, poète lyonnais, mort en 1894.

On se mit à la construction de l’église provisoire, et « le dimanche 16 mars 1856, celle-ci fut solennellement ouverte aux fidèles de la nouvelle paroisse, placée sous le patronage de Saint-Vincent-de-Paul. La cérémonie se fit au milieu d’un concours extraordinaire et d’une satisfaction générale, pendant que le canon de nos forts annonçait à la France la naissance du prince impérial ». C’est alors que parut l’esprit ingénieux du nouveau curé. Le lendemain, M. Callot apprit « que leurs majestés impériales adoptaient, en qualité de parrain et de marraine, tous les enfants de la France, nés le 16 mars 1856. M. le curé, lui aussi, était père depuis la veille, et cet enfant, c’était sa paroisse. Pourquoi l’empereur ne l’adopterait-il pas » ? Le digne curé s’empressa d’écrire à l’empereur, et revendiqua l’adoption solennelle de son enfant spirituel. Quinze jours à peine s’étaient écoulés, lorsqu’un décret impérial, du 29 mars 1856, établissait l’existence légale de la paroisse du Bon-Pasteur.

Là ne devaient pas se borner ces rapports si providentiellement commencés. On sait le voyage accompli, en 1860, à Lyon par l’empereur et l’impératrice. Ceux-ci traversèrent, le dimanche 10 août 1860, la paroisse qu’ils avaient prise sous leur protection, et passèrent devant la modeste église du Bon-Pasteur. « M. Goiran, maire du premier arrondissement, accompagné de ses adjoints, attendait devant la porte principale de l’église, avec M. le curé, son conseil de fabrique et l’élite de ses paroissiens. Leurs majestés firent arrêter leur voiture à quelques pas ; M. le maire et M. le curé purent alors présenter leurs hommages. L’empereur témoigna à M. le curé le plaisir qu’il éprouvait de la coïncidence de la naissance du prince impérial avec l’ouverture de son église. M. le curé fit des vœux pour le prince impérial et pour l’église née le même jour, et ajouta : « Ils grandiront tous deux ! »

Les circonstances vont permettre de faire mieux. En 1869, l’impératrice et le prince impérial manifestent le désir de poser la première pierre de l’église définitive. M. Callot, devenu évêque d’Oran, accourt de cette ville pour présider la cérémonie dont voici le procès-verbal officiel :

« À la gloire de Dieu, l’an du Seigneur 1869, le 25 août, sous le pontificat de S. S. le pape Pie IX, sous l’épiscopat de S. E. Mgr le cardinal de Bonald ; Napoléon III,
Le Bon-Pasteur, façade latérale et flèche.

empereur ; S. E. M. Duvergier, ministre de la Justice et des cultes ; M. Henri Chevreau, sénateur, chargé de l’administration du département du Rhône ; a été posée par sa majesté l’impératrice et son altesse le prince impérial, la première pierre de l’église qui doit remplacer la chapelle provisoire, ouverte le 16 mars 1856, jour de la naissance du prince impérial. Mgr Callot, évêque d’Oran, fondateur et premier curé de la paroisse, a présidé la cérémonie et béni cette première pierre en présence de M. l’abbé Durand [François-Joseph), curé actuel de ladite paroisse, de MM. Béraud et Magand, ses vicaires, de M. Tisseur, architecte de la nouvelle église, de M. Lachaise, maire du 1er arrondissement, de Messieurs ses adjoints et de Messieurs les membres du conseil de fabrique. »

M. Clair Tisseur, architecte — que les lettrés lyonnais connaissent sous le pseudonyme de Nizier de Puitspelu — avait dressé « le plan, qui plus tard, dans le courant de 1875, fut soumis à l’examen du Conseil municipal. Il en fut question dans plusieurs séances : on vota 400.000 francs pour la construction, payables en huit années, à partir de 1870. Pour la façade, il était convenu qu’on construirait un perron de 4m50 de longueur avec une rampe d’escaliers droits de chaque côté. Sur le devant, on simulerait les portes de la crypte. Pour l’exécution entière du plan, on promettait de dégager le devant de l’église en démolissant la caserne, tout en l’émettant l’exécution de ce dernier point à une époque ultérieure indéterminée. Y eut-il véritablement promesse ferme de faire disparaître la caserne, et quelle est la personne autorisée qui se fit le garant d’un tel engagement ? Aucune pièce officielle ne l’indique.

« Cette démolition ne pouvait dépendre seulement de la municipalité, mais ressortissait du ministère de la guerre. M. Durand alléguait bien certaines paroles du général de Miribel, certaines promesses de la ville, mais de là à des engagements formels et décisifs il y a loin. M. Durand, tout rempli de l’espoir de voir un jour se réaliser son rêve, supposait déjà tous les obstacles renversés. » Ce n’est hélas qu’un rêve qui a abouti au triste résultat de rendre l’église inaccessible par la façade.

Intérieur du Bon-Pasteur.

M. le curé Durand fit des efforts considérables pour la construction du monument, et c’est à lui que revient l’honneur d’avoir doté notre ville d’une nouvelle et belle église. On ne saurait pourtant passer sous silence trois sérieux griefs à lui reprocher. Il a placé son église à l’extrémité de la paroisse, escomptant pour plus tard une nouvelle délimitation qu’il n’a pas obtenue ; il a, comme on l’a vu, privé son église d’accès par la façade, espérant, bien à tort, la démolition d’une caserne ; enfin il a voulu une flèche élevée, dominant la ville, et cela contre les règles de l’architecture romane, voici quelques détails a ce sujet :

« Pour se conformer au style de l’époque à reproduire (xie-xiie siècles), l’architecte voulait construire un clocher du genre de celui d’Ainay, c’est-à-dire avec la forme d’un tombeau antique et flanqué à son sommet de quatre cornes tumulaires. Un clocher de ce genre eût été évidemment bien adapté à l’église, mais qui l’eût vu d’un peu loin ? Il fallait dominer la ville. M. Durand se refusa à laisser construire un tel clocher : il gagna à sa cause M. Malleval, premier commis de M. Tisseur, et on commença un clocher octogonal. M. Tisseur envoya à M. le curé, par main d’huissier, l’ordre de démolir ce commencement de clocher : M. Durand s’y refusa, et, par sa ténacité, obtint enfin l’achèvement d’un clocher tel qu’il le voulait : octogonal, à deux étages de fenêtres et surmonté d’une flèche. »

Le 11 juin 1883, l’édifice étant terminé, on procéda à sa consécration. » Comme le cérémonial exige que le prélat consécrateur puisse entrer par la porte principale de l’édifice, M. le curé demanda à la municipalité la permission de construire un escalier provisoire pour ce jour-là. La permission ayant été refusée, M. Durand passa outre, et, pour la circonstance, un escalier de bois à deux rampes conduisit au portail. Mgr Caverot procéda aux cérémonies liturgiques suivies d’une messe solennelle, dite par un des vicaires généraux, à l’autel majeur qui seul avait été consacré. »

Deux ans plus tard, nouvelle cérémonie imposante. Mgr Gonindard, sacré, le 10 mai 1885, évêque de Verdun, allait donner à l’église du Bon-Pasteur, les prémices de son ministère épiscopal. « Quinze jours après, le lundi de Pentecôte, 25 mai, le nouvel évêque vint procéder aux cérémonies de consécration de l’autel de la Sainte-Vierge. »

Mgr J.-B. Callot, curé du Bon-Pasteur, puis évêque d’Oran (1867-73).

Au-dessus de la porte principale, dans un tympan, est représenté le Bon Pasteur enseignant tous les âges. Les portes latérales possèdent également des tympans ornés des sujets suivants à droite : L’Adoration des Mages et à gauche Saint Joseph, patron de l’église universelle.

Pénétrons dans l’église et entrons dans le chœur ; le maître-autel, de marbre blanc, est vaste et décoré par devant d’un bas-relief représentant les disciples d’Emmaüs, la mise au tombeau et la résurrection ; au retable sont sculptés des ornements avec sujets tirés de la vie de Notre-Seigneur.

Dans la voûte de l’abside se déroule une magnifique fresque, sur fond or, œuvre de M. Tollet. Le Christ est assis et montre son cœur, il est entouré de saints et saintes, savoir : à gauche, la Vierge Marie, la bienheureuse Marguerite-Marie Alacoque, sainte Catherine de Sienne, sainte Gertrude, sainte Mecthilde, enfin Jeanne d’Arc tenant l’étendard ; à droite, saint Joseph, saint François de Sales, le P. de La Colombière, Jésuite, le P. Eudes, Pie IX et un zouave pontifical portant le drapeau du Sacré-Cœur. Sur les murs du sanctuaire se détachent, en relief, les statues des quatre évangélistes avec leurs symboles ; ils encadrent deux peintures ; à droite, Moïse rendant grâce à Dieu, tandis que le peuple recueille la manne dans le désert ; à gauche, le miracle de La multiplication des pains par Notre-Seigneur. Derrière l’autel on a placé les orgues, et, de chaque côté, les stalles en chêne sculpté. Le sanctuaire est fermé par une première table de communion, en marbre blanc, décorée de colonnettes et de colombes. Une seconde barrière sépare le chœur des trois nefs. Tout autour des murs de la grande nef, ainsi qu’au fond de l’église, s’ouvrent les tribunes. La chaire occupe le milieu de l’église ; elle est en pierre avec dossier orné d’une statue de Moïse ; les panneaux de la cuve sont décorés du Christ, des évangélistes et des docteurs de l’église. Au fond de la nef on a gravé, sur deux plaques de marbre, les noms des principaux bienfaiteurs de l’église.

À droite de la grande nef s’ouvre la chapelle de la Sainte-Vierge. L’autel, de marbre blanc, est décoré d’un bas-relief représentant le couronnement de Marie avec retable où sont sculptés des anges. L’autel est surmonté d’une statue de pierre représentant la Vierge Mère, encadrée d’un haut retable de pierre sculptée avec scènes :d’un côté, Marie donnant le rosaire ; de l’autre, elle remet le scapulaire. Contre les deux pilastres de la chapelle, on a placé les statues de saint Antoine de Padoue et de sainte Philomène. Au fond de la petite nef de droite se trouvent les fonts baptismaux ; ils sont en pierre et ornés d’un retable avec ange sculpté portant un enfant, ainsi que de bas-reliefs représentant le paradis terrestre et la chute originelle.

Dans la petite nef de gauche s’ouvre la chapelle Saint-Joseph ; l’autel est de marbre blanc avec bas-relief : la mort du bienheureux patriarche, et des anges sculptés. L’autel est surmonté de la statue de saint Joseph entourée d’un retable élevé dans lequel sont sculptés deux scènes : le mariage de saint Joseph avec la Vierge Marie et le songe du saint patriarche. Contre les pilastres sont placés la statue du Sacré-Cœur et le tableau de la Sainte Face. Au fond de cette nef, adossé au mur, se trouve un petit autel dédié à Notre-Dame de Pitié ; il est surmonté d’un groupe représentant Jésus mort dans les bras de sa mère assise au pied de la croix.

L’église est éclairée par de nombreux vitraux ; les cinq verrières du chœur sont l’œuvre de M. Laurent, de Tours ; elles représentent le Bon Pasteur portant la brebis et entouré, à gauche des saints Pierre et François de Sales, à droite, des saints Paul et Vincent de Paul. Dans la grande nef six vitraux, de chaque côté, œuvre de notre collaborateur, L. Bégule, offrent la représentation, à droite, des saints Jean l’évangéliste, Polycarpe, Pothin, Irénée, Just et Bonaventure ; et à gauche, des saintes Blandine, Cécile, Clotilde, Catherine, Claire et Élisabeth. Dans la tribune on a placé les trois vitraux : la Foi, l’Espérance et la Charité. Enfin les petites nefs sont éclairées par des verrières géminées, imitant l’art ancien, et dont les sujets sont les enseignements de Notre-Seigneur et ses paraboles.

NOTRE-DAME DE LA RETRAITE AU CÉNACLE

La congrégation dite Notre-Dame au Cénacle prit naissance dans ces montagnes du Vivarais que saint François Régis avait évangélisées au xvie siècle, et où, par ses prédications incessantes et ses héroïques pénitences, il avait converti nombre de protestants et de pécheurs. L’institut fut fondé par le père Jean-Pierre-Étienne Terme, mort en 1834 à l’âge de 43 ans. Ce prêtre, qui remplissait dans le diocèse de Viviers les fonctions de missionnaire diocésain fut secondé, dans cet établissement, par une de ses premières recrues Marie-Victoire Couderc, plus tard en religion sœur Thérèse. Le but était de procurer une retraite aux personnes qui venaient passer quelques jours près du tombeau de saint François Régis pour s’y sanctifier ; on pourrait aussi établir des maisons d’enseignement ; la maison-mère et le noviciat de La Louvesc devaient rester le noyau de la congrégation. La fondation connut, dès son début, le dénuement de Bethléem, et, en 1830, quatre ans avant la mort du fondateur, un Jésuite le P. Deslages, donnant la retraite annuelle aux religieuses, jugea la pauvreté trop absolue. Les sœurs n’avaient point de cellules et leur lit ne se composait que de deux tréteaux avec une paillasse de maïs ; on mangeait du pain de seigle, et la nourriture, des plus communes, était servie dans une faïence brune très grossière.

Chapelle des religieuses de la Retraite.

En 1838, la supérieure générale sœur Thérèse Couderc dut céder sa charge à une autre religieuse, et vécut dès lors dans l’effacement le plus complet jusqu’au seuil de l’extrême vieillesse ; retirée à trente-trois ans, elle mourut octogénaire en 1885, et ne vit que bien tardivement la société tout entière, que des mains imprudentes avaient trop longtemps dirigée, se retourner vers elle dans un mouvement de vénération unanime. Sa démission inaugura pour le Cénacle une période pleine de souffrances et de périls ; elle prit fin avec l’épiscopat de Mgr Guibert, futur archevêque de Paris, qui la sauva du schisme, de la mort peut-être, en la ramenant d’autorité à son organisation antérieure et légitime. L’ère des difficultés intérieures close, le Cénacle pacifié s’étendit, après que ses constitutions eurent reçu de l’église une première approbation canonique. Le 10 mars 1857, Mgr Guibert transférait à l’archevêque de Paris son titre et ses droits de supérieur du Cénacle ; dès lors l’institut transporta sa maison-mère et son noviciat dans la rue du Regard à Paris. À dater de cette époque on peut appliquer à la communauté ce mot prononcé à propos d’une supérieure générale : elle fut extraordinaire à force d’être ordinaire. A partir de 1877 le mouvement de propagation s’accéléra et s’étendit en Italie, en Angleterre, en Belgique, en Suisse et jusqu’en Amérique, où quelqu’un disait à l’une des religieuses nouvellement débarquées de France : « Nous autres, Américains, nous connaissons une neuvième béatitude, qui est de rendre service. » On fil mieux que le dire, on le prouva.

Disons un mot des règles de l’institut qui fut approuvé solennellement par le Saint-Siège le 17 mars 1891. Rattachées à la règle primitive de saint Augustin, les constitutions du Cénacle tiennent de près à celles de la Compagnie de Jésus ; elles ont une double lin commune : recherche de la perfection, exercice du dévouement apostolique, union à Dieu et service du prochain. Malgré le transfert de la maison mère à Paris, La Louvesc demeura le berceau de l’œuvre et le centre qui rayonnait au loin ; il est toujours le Cénacle embaumé par les vertus qui s’épanouirent à l’origine.

À côté de La Louvesc et des autres fondations de l’institut à travers le monde, Lyon figure au premier plan. L’année 1841 vit les laborieux préliminaires de cette fondation. La montée Saint-Barthélémy où le Cénacle lyonnais s’établit, ne fut d’abord qu’un poste avancé. La vie des religieuses y était une sorte d’exil ou de captivité : peu ou point d’œuvres possibles ; point d’aumônier ; il fallait aller chercher au dehors l’absolution et la sainte messe ; la journée se passait à travailler pour gagner le pain quotidien et le loyer de la maison qui était à la charge des religieuses. La Providence fit bientôt cesser cette épreuve. Une vaste maison toute voisine de la chapelle de Fourvière fut acquise grâce à mère Thérèse qui sut déjouer les menées dont l’objet était d’écarter le Cénacle de cette précieuse acquisition. De nos jours la persécution a momentanément dispersé les religieuses ; mais aucune loi humaine ne saurait prévaloir contre l’esprit de cet institut que le fondateur voulut humble et caché au point de dire à ces filles ces paroles mémorables : « Soyez si petites que tout le monde puisse marcher sur vous. »

La chapelle de la Retraite au Cénacle, est l’œuvre de M. Franchet, architecte, sous la direction de M. Bossan ; elle est aujourd’hui fermée au public. Le saint sacrifice n’y est plus célébré et les voûtes ne retentissent plus des offices et des chants liturgiques ; mais l’oratoire a conservé son cachet architectural et ses ornements.

Il est de style roman et se compose d’une abside, d’un chœur et de cinq travées. Le maître-autel est de pierre blanche, la table d’autel est supportée par trois piliers de marbre d’un gracieux effet. Au-dessous, un bas-relief représente la scène de la mort de saint Joseph, groupe d’une belle expression. Au-dessus de l’autel le retable est décoré de fleurons sculptés, et le tabernacle de pierre est incrusté d’ornements en cuivre doré. Une niche pour le Saint-Sacrement surmonte le tout. Dans le chœur, à droite et à gauche, on a placé les statues de saint Joseph et de saint François Régis. La chapelle est éclairée par cinq vitraux décorés de grisailles. Au bas de la nef, nef unique, se trouve une grande statue du Sacré-Cœur ainsi qu’une peinture sur toile, représentant le même sujet. Dans le fond de la nef s’ouvre une tribune : une seconde tribune se trouve près de l’autel majeur. Vis-à-vis du chœur, mais perpendiculairement à celui-ci est placé le chœur des religieuses, séparé de la nef par une grille de bois ouvragé. Cette partie réservée aux sœurs est éclairée par six petites fenêtres. Au dehors, la chapelle ne présente pas de caractère particulier.

LA CITÉ DE L’ENFANT JÉSUS DITE CITÉ-RAMBAUD

Le fondateur de cette œuvre si populaire, Camille Rambaud, naquit à Lyon, rue Lafont, le 17 mars 1822. Son père, tulliste à Lyon, était originaire de Sigoyer (Hautes-Alpes), et sa mère Catherine Cécile Geoffray venait de la Bresse. Ses débuts au lycée de Lyon ne furent pas brillants ; le dessin, la mécanique, les sciences physiques eurent plus d’attrait pour sa nature positive que les belles-lettres : c’est pourquoi son père le retira et en fît un commis en soieries. Cette nouvelle situation l’intéressa ; il prit goût au commerce, et, en peu de temps devint l’associé de M. Potton son patron. L’activité déployée par Camille Rambaud, son intelligence des affaires placèrent bientôt la maison Potton-Rambaud dans un des premiers rangs. La Révolution de 1848 et surtout l’insurrection des tisseurs de la Croix-Rousse apprirent au futur prêtre les misères insoupçonnées qui règnent dans un ménage d’ouvriers sans travail. C’est à la suite de ces événements qu’il conçut le projet d’établir une société de secours mutuels et une caisse de retraite pour les ouvriers en soie. Le gouvernement du prince Napoléon-Bonaparte, qui avait projeté tout un plan de réformes ouvrières à son profil, fit avorter ce projet, et, par l’intermédiaire de M. de Colmont attaché au ministère des finances, réduisit cette généreuse conception à une simple société mutuelle.

À cette époque, Rambaud, plein de jeunesse et d’esprit, s’était lancé dans la société brillante de Lyon ; la crise de 1848 vint l’orienter vers de nouvelles pensées. Le problème de la pauvreté avec toutes ses horreurs et ses souffrances réveilla le sentiment chrétien qui sommeillait en lui. Il commença l’apprentissage de l’apostolat en entrant avec ses amis Louis et Ferdinand Potton dans la Conférence Saint-Vincent-de-Paul de la paroisse Saint-Pierre. À quelque temps de là, la Providence lui fît rencontrer un enfant de douze ans, qui n’avait jamais fréquenté l’école ; M. Rambaud eut l’idée, après s’être concerté avec ses amis, de réunir quelques-uns de ces malheureux le dimanche, de les instruire de la religion et de leur donner quelques leçons élémentaires. Le succès couronna leurs efforts. Il fallut promptement agrandir le local où se tenait les réunions hebdomadaires : en automne 1830, M. Rambaud fit construire, derrière l’église Saint-Pothin, une maison avec petite chapelle. Chaque dimanche matin une soupe de choux au lard attendait les enfants ; puis, on les conduisait à la messe, et le reste de la matinée était employé à remplir le programme indiqué. Celle œuvre charitable ne pouvait satisfaire le zèle de l’apôtre laïc. Ayant eu l’occasion de visiter l’œuvre des Dames du Calvaire, il lui sembla qu’aidé de ses amis, il devait tenter la même œuvre pour les hommes : on commença à la réaliser en installant dans la maison des Brotteaux deux enfants infirmes couverts de plaies. C’était, dans une touchante émulation, à qui panserait ces hideuses infirmités.

Dieu ne laissa pas sans récompense tant de dévouement, et donna à ces apôtres la vocation sacerdotale. Louis Potton entra, en 1850, chez les Dominicains, Mathevon l’y suivit peu de temps après ; puis ce fut le tour de Brosse ; trois ans plus tard, Ferdinand Potton quittait le commerce de la soierie pour revêtir à Marseille la robe de capucin. M. Rambaud était prêt depuis longtemps à quitter le monde, la mort de sa mère vint hâter sa résolution et, en mai 1854, après avoir résilié son contrat d’association avec M. Potion, il loua à la commission des hospices de Lyon, l’emplacement qui devait porter plus tard le nom si connu de Cité de l’Enfant Jésus, ou Cité-Rambaud. Il y bâtit une maison pour loger les enfants retirés de la rue et vint habiter avec eux.

Chapelle de la Cité de l’Enfant-Jésus.}}

Ce changement de vie, l’habit d’ouvrier qu’il revêtit furent cause que la plupart de ses amis l’abandonnèrent. Mais la Providence le récompensa de sa persévérance en lui envoyant un aide dans M. Paul du Bourg, jeune homme de grande famille, qui sacrifia son avenir pour se dévouer à l’œuvre commune. Ce dernier ne craignait pas d’aller à travers Lyon recueillir les aumônes nécessaires pour faire vivre la colonie qui augmentait sans cesse. Une catastrophe, l’inondation de Lyon en 1856, faillit compromettre l’œuvre. L’eau envahit la maison de refuge jusqu’au premier étage. À la hâte les malades furent dirigés sur Chasselay où Mmes Lacour leur donnèrent une généreuse hospitalité. De son côté, M. Rambaud offrit la Cité aux malheureux ouvriers victimes du fléau, et en peu de jours, elle se peupla de plus de cent personnes. Ému de voir tant de familles entassées pêle-mêle, M. Rambaud conçut le projet de bâtir une vaste maison pour y hospitaliser les malheureux qu’il logeait provisoirement. Encouragé par le cardinal de Bonald, il recueillit en peu de temps plus de 30.000 fr.

Cette conception de cité ouvrière reposait hélas sur une erreur financière et une erreur morale. Les ouvriers considéraient les dons reçus par leurs bienfaiteurs comme destinés à payer les dettes, et refusaient d’acquitter leur terme ; or on avait emprunté 400.000 fr., et on construisit pour plus de 600.000.

L’échec moral s’ajouta à la gêne financière : la cité contenait non des hospitalisés, mais des locataires libres de pratiquer ou non leur religion, et la maison fondée pour instaurer le règne de Dieu fut parfois témoin de scènes de désordres. Au milieu de ces ennuis financiers, l’appui que les Pères Capucins avaient donné à la cité naissante vint à manquer.

Heureusement un vicaire de Saint-André, l’abbé Chevrier, s’offrit à partager une vie qui répondait à ses secrets désirs. Pour mener l’œuvre à bien, M. Chevrier conseilla à M. Rambaud de recevoir l’ordination. Celui-ci se rendit à ce conseil, et, en décembre 1860, reçut le diaconat à Rome, où il était allé faire ses études théologiques, et, à la Trinité suivante, il fut ordonné prêtre. Dès le lendemain, il déclara que c’était au tour de M. du Bourg de partir pour faire ses études. Après avoir hésité, Paul du Bourg se rendit au séminaire de Romans, dirigé par les Jésuites, et dont il connaissait le supérieur ; il fut ordonné à Lyon en 1864. Pendant les études de M. du Bourg, l’abbé Rambaud fit terminer la chapelle de la Cité. La situation financière n’était pas brillante ; or, cette détresse eut une conséquence inattendue : les négociants lyonnais, qui soutenaient l’œuvre, abandonnèrent l’argent qu’ils avaient confié à M. Rambaud, et l’engagèrent à transformer les immeubles en asile gratuit pour les vieillards.

Pendant l’exécution de tous ces travaux, l’instruction des enfants fut confiée aux Frères des Écoles Chrétiennes. Mais le système pédagogique rêvé par le fondateur étant incompatible avec la méthode des Frères, ceux-ci se retirèrent. Mlle Picolet et Mlle Godin, mises au courant de la méthode de M. Rambaud, et formées par lui, se chargèrent de l’éducation des enfants. Les idées pédagogiques du fondateur, perfectionnées par la pratique, se trouvent développées dans le livre qu’il publia, en 1869, sous le titre de : Méthode d’enseignement raisonné. Cette publication fut approuvée par Pie IX comme capable « de former l’âme des enfants et des adolescents à l’amour de la religion, de l’honneur, de la famille et de la patrie, ainsi qu’au goût du travail et de l’industrie ». M. Rambaud employait avec succès la méthode socratique pour enseigner la philosophie à l’école primaire.

Lorsque la guerre de 1870 éclata, l’abbé Rambaud suivit en Allemagne nos soldats prisonniers, en qualité d’aumônier militaire. Il eut alors l’occasion de montrer son activité et son zèle en se faisant, tour à tour, professeur, fournisseur de vivres et de vêtements. Les soldats manquaient de chaussures : il acheta des basanes, des bottes et des souliers mis au rebut, et créa un atelier de galoches ; il installa ensuite un atelier de reliure ; enfin, pour connaître plus sûrement les besoins, et soulager plus efficacement les misères des soldats, il fonda une société Saint-Vincent-de-Paul. Pour avoir une idée de son activité, il faut lire ses deux ouvrages publiés à l’époque de la guerre, et intitulés l’un : Le siège de Metz ; l’autre : Six mois de captivité à Koenigsberg.

La mauvaise nourriture et les grandes fatigues qu’il avait supportées pendant la guerre, lui causèrent une inflammation d’entrailles qui faillit le conduire à la mort. À peine revenu à la santé, il construisit une école sur le modèle de celles qu’il avait visitées en Prusse et de nouveaux bâtiments pour ses vieillards. Bien plus, il osa rompre avec nos habitudes pédagogiques routinières, et voulut donner aux jeunes filles un enseignement philosophique, dont leurs frères tiraient déjà un profit si évident. La réussite dépassa les espérances. Par sa nature propre, la jeune fille, outre la culture générale, a besoin d’une formation particulière, puisqu’elle doit être épouse et mère. Pour elle, M. Rambaud dicta aux sœurs chargées de l’école et leur fit enseigner un corps de doctrine résumé dans un livre exquis intitulé : La Mère de famille ou la Maîtresse de maison, ouvrage réimprimé depuis et qui est peut-être le chef-d’œuvre de ce pédagogue populaire.

M. Rambaud était l’homme de son temps ; il ne pouvait lui échapper que la ville de Lyon s’accroissant et s’étendant de plus en plus dans la plaine du Daupliiné, les populations suburbaines avaient besoin de secours religieux. Vers 1874, M. Renard, grand teinturier, avait transporté à la cité Lafayette son importante usine ; M. Rambaud, muni des autorisations ecclésiastiques nécessaires, s’empressa de construire, sur un terrain cédé par ce généreux industriel, un asile de vieillards et une salle de catéchisme, enfin une chapelle ouverte le 25 août 1879. Un an plus tard, de concert avec M. Gillet père, un nom impérissable dans les annales de la charité lyonnaise, M. Rambaud élevait une autre chapelle dans le quartier de l’Industrie au nord de Vaise, et y ajoutait une maison abritant soixante-dix vieillards. Pour soutenir ces œuvres, il fallait de grandes ressources ; le prêtre pauvre se trouva parfois dans de cruelles perplexités ; mais des bienfaiteurs discrets tirèrent toujours d’embarras l’apôtre des ouvriers, qui donnait et construisait sans compter.

M. l’abbé Rambaud.

Ces œuvres matérielles ne l’empêchèrent pas de publier, en 1887, un nouvel ouvrage : Économie sociale et politique ou science de la vie. Ce livre, très ouvert à toutes les réformes légitimes, plein de pitié virile pour le pauvre, rempli de hauts et sages conseils pour le riche, est animé d’un admirable optimisme, fruit des connaissances profondes acquises par l’industriel rompu aux affaires, qu’était M. Rambaud. C’est une œuvre profondément originale par son inspiration spiritualiste, sa sympathie pour le monde moderne, et son intelligence des besoins sociaux. La composition de cet ouvrage n’absorba pas toute l’activité de M. Rambaud. À la demande de Mme Morel, présidente de la Société d’encouragement à l’allaitement maternel, il ne cessa, depuis 1882 jusqu’à sa mort, de prêter son concours le plus actif à une œuvre qui répondait à ses plus constantes préoccupations.

L’Académie de Lyon, dès qu’elle fut en possession du legs Lombard de Buffières, tint à honneur de couronner non seulement la Méthode d’enseignement raisonné, publiée par M. Rambaud en 1869, mais surtout le zèle et le dévouement du créateur de cette école primaire fondée sur l’enseignement philosophique. Le rapporteur de l’Académie, M. Heinrich, faisait pourtant quelques réserves, en indiquant d’un trait la difficulté de l’entreprise : « La tentative de M. Rambaud me paraît une de ces œuvres individuelles qui valent ce que vaut l’homme et ne produisent leur fruit que sous sa direction absolument exceptionnelle. » M. Rambaud fut sensible à cette observation qui répondait à ses secrètes inquiétudes. La difficulté de trouver des maîtres rompus à cette méthode pédagogique, lui fit chercher à perfectionner sa méthode et à en publier les points principaux pour les rendre plus accessibles. Ce fut un travail de douze années. Quand il crut avoir amené son système à l’unité et à la clarté nécessaire, il le publia sous ce titre : La Philosophie.

La réputation du prêtre lyonnais s’accentuait de plus en plus, à Paris plus encore peut être qu’à Lyon. Son livre : Économie sociale et politique fut couronné par l’Académie des sciences morales et politiques. Le rapport de M. Picot contenait un juste et caractéristique éloge de M. Rambaud, « maître admirable, qui a créé à Lyon, dans un quartier pauvre, des logements pour les misérables ; qui a construit des écoles, et qui a créé des méthodes ».

Il ne sera pas inutile de dire ici que le cœur de cet apôtre généreux fut déchiré par l’apparition de La France juive de M. Drumont ; comme prêtre et comme économiste, il protesta contre la thèse qui mettait les Juifs hors la loi, dans une lettre publique qu’il répandit abondamment. Toute générosité de cœur le ravissait, surtout chez ceux qui n’avaient pas le bonheur de posséder sa foi. Il était lié d’amitié avec le pasteur Monod, et un jour que le pasteur Æschimann venait le visiter, M. Rambaud dit aux personnes présentes : « Il appartient à l’âme de l’Église. »

Depuis longtemps, M. Rambaud se proposait d’écrire une exposition raisonnée de la foi chrétienne. Poussé par ses amis et par le cardinal Foulon, il se décida, en 1892, à faire imprimer ce nouvel ouvrage. On a appelé avec raison cette œuvre : la théologie du cœur. Ce livre, écrit avec tant d’amour, fut le tourment de ses dernières années. Certains professeurs ne concevaient pas que l’on pût facilement allier la théologie affective aux austères et strictes définitions de la scolastique. Et pourtant que de conquêtes lui valut cette méthode : pour ne citer que deux noms, n’est-ce pas sur ce terrain qu’il se lia d’amitié avec MM. Lucien et Félix Mangini. Ces deux grands personnages animés l’un et l’autre d’un invincible optimisme et d’une haute générosité, étaient en communication constante avec M. Hambaud, dont ils admiraient la religion large, pure, élevée.

Le 19 décembre 1893 fut un véritable triomphe. Tout ce que Lyon compte d’hommes remarquables se pressait dans la vaste salle du Palais des Arts. L’Académie venait d’attribuer à M. Rambaud le prix Livet. Mgr Coullié tint à |honneur de remettre lui-même au créateur de la Cité de l’Enfant-Jésus, la médaille d’honneur. Presque au lendemain de cette séance, une congestion de la rétine priva de la vue M. Rambaud. Après quelques jours de tristesse causée par la pensée d’être livré à une main étrangère pour le conduire, il se reprit, et adressa au pasteur Monod cette belle parole : « Je sais ce que c’est que servir Dieu en y voyant clair, il m’apprendra ce que c’est que le servir en aveugle. » Dès ce moment, il reprit plus fortement sa tâche d’éducateur, de consolateur, d’ami des pauvres, de promoteur d’œuvres et d’idées. Son infirmité ne l’empêcha pas de publier : L’Histoire des idées philosophiques, ouvrage qui forme le complément de sa Psychologie.

Au milieu de ce travail, qui, en occupant sa pensée lui conservait la vie, il lui arriva, à peu d’intervalle, une joie et bientôt une cruelle douleur. L’Académie des sciences morales et politiques lui décerna, en 1895, pour son Économie sociale et politique, le prix Audiffred, de 15.000 francs, sa plus haute récompense. Mais peu de temps après, l’abbé P. du Bourg perdait un œil par accident et mourait le 1er janvier 1898. Ce fut un coup terrible pour M. Rambaud, privé ainsi du compagnon de sa vie, de celui à qui il était attaché par des liens plus forts que le sang, les liens de la charité et du dévouement. Lui-même ne devait pas survivre de longues années. Une chute, survenue dans l’escalier de la Cité de l’Industrie, donna une secousse fatale à l’organisme débilité de M. Rambaud. Brusquement il sentit ses forces défaillir. Le 9 février 1902, il se fit conduire à l’église, au milieu des vieillards qu’il avait tant aimés, leur fit ses dernières recommandations, et, le 13 février, il rendait sa belle âme à Dieu. M. Augagneur, maire socialiste de Lyon, accorda de suite l’autorisation d’ensevelir M. Rambaud dans la chapelle de la Cité : a pour un tel prêtre, dit-il, on ne refuse rien. » C’est là qu’il repose à côté du Père du Bourg, au milieu des vieillards et des enfants auxquels ils ont consacré leur vie.

Église Saint-Camille de l’Industrie.

La chapelle est un beau monument de style gothique, comportant une grande nef et deux petites. Le chœur est éclairé par cinq verrières avec chacune deux sujets, savoir : la sainte Vierge portant l’Enfant Jésus et saint Joseph ; les saints apôtres Pierre et Paul ; saint Thomas et saint Barthélémy ; saint André et saint Jacques ; enfin saint Jean Baptiste et saint Jean l’Évangéliste complètent la couronne des apôtres qui entourent la sainte Famille. Au-dessous des vitraux, un grand Christ et un reliquaire renfermant des parcelles de la vraie croix, dominent l’autel. Celui-ci est en pierre, vaste, et entouré d’une barrière de pierre gracieusement sculptée. Sur les murs de l’abside, deux plaques de marbre portent les noms des bienfaiteurs.

À droite et à gauche de l’abside, s’ouvrent deux chapelles dédiées l’une à Notre-Dame de la Salette, l’autre à saint Joseph.

Dans la première, sur le mur, on lit l’inscription suivante : « Vœu rendu à N.-D. de la Salette ; le P. Camille Rambaud, aumônier libre dans le IVe corps de l’armée du Rhin et des prisonniers à Kœnigsberg (Prusse), a été rendu aux vieillards de la Cité de l’Enfant-Jésus le XVII mai M. DCCC LXXI. Reconnaissance à Marie, notre protectrice. » Vis-à-vis s’ouvre la petite nef de droite ; elle est éclairée par le vitrail de la descente du Saint-Esprit sur les apôtres ; au-dessous une vaste plaque de marbre contient les noms des bienfaiteurs de l’œuvre. Au fond de cette petite nef la verrière du couronnement d’épines éclaire un Christ au tombeau de pierre blanche.

La chapelle de gauche est dédiée à saint Joseph ; elle renferme les corps des deux fondateurs : sur la pierre sont gravées les inscriptions suivantes : « Ici reposent les fondateurs de la Cité de l’Enfant-Jésus, Camille Rambaud, né à Ljon le 17 mars 1822, ordonné prêtre le 25 mai 1861, décédé à la Cité le 13 février 1902. Paul Du Bourg, né à Lyon le 25 juin 1827, ordonné prêtre le 21 mai 1864, décédé à la Cité le 2 janvier 1898. In morte quoque non sunt divisi. »

La basse nef de gauche est éclairée par les vitraux de la Flagellation et de la Visitation.

Le transept de droite contient un autel dédié à saint Benoît-Joseph Labre, surmonté d’un portrait du célèbre mendiant, vis-à-vis se trouve une autre peinture représentant ce même saint partageant son repas avec les pauvres. Une statue du Sacré-Cœur complète la décoration de ce transept éclairé par le vitrail de saint François d’Assise et de sainte Claire. Le transept de gauche renferme un autel dédié à sainte Anne et les statues de l’Ecce Homo et de saint Antoine de Padoue ; il est éclairé par le vitrail de sainte Élisabeth et de saint Louis, roi de France.

Au fond de l’église, se trouve une vaste tribune, au-dessus de laquelle est un vitrail décoré de l’image des trois archanges : saint Michel, portant le glaive, saint Gabriel, le lis de l’Annonciation, et saint Raphaël, le bâton de voyageur.

Au-dessus de la tribune s’élève un élégant clocher surmonté d’une flèche élancée, une des plus élevées de Lyon ; elle est l’œuvre de M. Gaillard, architecte. Sur la façade de l’église on a récemment placé une belle œuvre de M. Vermare, le buste de M. Rambaud, aveugle, mais reflétant sur son visage la joie surnaturelle dont il jouissait à l’intérieur.

SAINT-CAMILLE DE L’INDUSTRIE

À la notice sur la chapelle de la Cité-Rambaud se rattache tout naturellement l’histoire de ses deux filles : la Cité Lafayette et la Cité de l’Industrie. La première fut fondée par le vénérable prêtre, en 1879, chemin Saint-Antoine, sur la paroisse de Villeurbanne, avec les ressources fournies, comme on l’a dit, en majeure partie, par le grand industriel M. Renard. Elle comprend une maison occupée par dix ménages de vieillards, des salles où sont reçus les enfants du quartier, enfin une gracieuse chapelle, assez fréquentée le jeudi et le dimanche.

La cité de l’Industrie fut établie, en 1880, sur un plan beaucoup plus vaste ; le principal bienfaiteur en fut M. François Gillet père. L’établissement comporte une maison où logent soixante-dix vieillards ; des salles pour les œuvres, enfin la chapelle. Celle-ci a été l’an dernier érigée par Mgr Coullié en église paroissiale sous le vocable de Saint-Camille, patron du digne fondateur, et confiée par lui au zèle éclairé de M. Giraud, ancien chapelain de la Primatiale. L’église ne comporte qu’une seule nef, mais d’une largeur de onze mètres et sans colonnes, ce qui fait un vaisseau capable de contenir une assemblée fort nombreuse. Le maître-autel dédié à Notre-Dame de Rochecardon — il eût été plus à propos de dire Notre-Dame de l’Industrie — est surmonté d’une niche éclairée par le haut et contenant une statue de la Mère de Dieu. Dans la nef à droite est dressé l’autel Saint-Joseph et à gauche celui de Sainte-Claire. Tout autour de l’église se trouvent le presbytère et des locaux pour les œuvres paroissiales.

CHAPELLE DES SOLDATS À LA PART-DIEU

Ce qu’on nomme aujourd’hui le quartier de la Part-Dieu fut presque désert jusqu’au xixe siècle, à peine y voyait-on quelques modestes constructions qui ne faisaient guère présager l’accroissement considérable qu’allait prendre, de nos jours, ce quartier. Lorsque sous l’Empire on construisit la caserne de cavalerie, il s’est bâti tout autour de modestes maisons, transformées parfois en de confortables édifices. Tout près de la caserne, s’élèvent la chapelle et les bâtiments du cercle militaire. M. l’abbé Clot fut le principal artisan de cette fondation.

Grâce à son zèle, une société civile se constitua : il fut résolu qu’on louerait aux hospices de Lyon un vaste terrain et qu’on y construirait des bâtiments appropriés à la destination projetée. Ce que voulaient les fondateurs de l’œuvre, ce n’était point de créer une association de soldats, ni un cercle militaire ; leur but essentiel était d’offrir aux soldats, à leur sortie des casernes, le moyen de passer sainement et moralement les moments de loisir que leur laisse le service, et, en même temps, de leur faciliter l’accomplissement de leurs devoirs religieux. La poursuite de ce double but nécessitait la création de salles de récréation, de lecture, la formation de bibliothèques et enfin l’adjonction à l’œuvre d’une chapelle, avec un service religieux spécialement réservé aux soldats. Au bout de peu de temps l’œuvre fut installée rue de la Part-Dieu à la satisfaction des soldats très sensibles aux multiples avantages qu’ils y rencontraient. Leur affluence toujours croissante récompensa le vaillant aumônier du dévouement dont il ne cessait d’entourer ses troupiers.

C’est pour se procurer les ressources nécessaires à une entreprise d’un entretien coûteux, que M. l’abbé Clot établit l’œuvre Notre-Dame-des-Soldats. Or, les ressources furent assez abondantes pour permettre à l’aumônier d’étendre son rayon d’action dans les diverses villes de garnison du diocèse. Les familles chrétiennes, par l’intermédiaire des curés, furent invitées à soutenir, par des souscriptions annuelles, les œuvres militaires établies ou à établir dans la région, et à sauvegarder ainsi les intérêts moraux et religieux de leurs enfants durant le temps du service.

Lorsque le titre et la fonction officielle d’aumônier militaire furent supprimés, M. Clot ne se découragea pas : on lui enlevait son traitement, mais on lui laissait ses œuvres. Le cardinal Caverot, désireux de voir se maintenir l’aumônerie militaire, ne craignit pas de s’imposer les plus lourds sacrifices pour subventionner les aumôniers.

C’est au travers de toutes ces difficultés administratives et financières, que M. Clot dut poursuivre sa noble et utile mission. Les obstacles qu’il rencontrait et que sa prudence contribuait à écarter ou à diminuer, ne semblaient véritablement servir qu’à stimuler son zèle. Il créa, dans son bel établissement de la rue de la Part-Dieu, des attractions nouvelles capables de retenir davantage encore le soldat dans sa maison, puis il acquit et développa considérablement la revue mensuelle L’Ami du Soldat, où il se plut à entretenir dans un style sobre et plein d à-propos, le bon esprit militaire, et à relater chaque semaine ce qui était de nature à intéresser les soldats.

En 1890, M. l’abbé Clot fut nommé, par le cardinal Foulon, chanoine honoraire de la Primatiale ; il était depuis longtemps chevalier de l’Ordre du Saint-Sépulcre ; à ces distinctions s’ajouta, en 1894, le prix Livet de 4.000 francs que lui décerna l’Académie de Lyon. En dehors de son œuvre militaire, l’aumônier de la Part-Dieu fut encore pendant de longues années le directeur des Prêtres adorateurs du Saint-Sacrement.

La Part-Dieu au xvie siècle. (D’après le plan scénographique de 1550).

Malgré tant de soucis et de fatigues, le chanoine Clot avait gardé longtemps la vigueur de la jeunesse ; mais, en 1904, brusquement, lorsqu’il vit fléchir, sous les coups de la persécution, l’œuvre qui lui avait coûté tant de peines, sa santé chancela, et, dès lors, il alla toujours en déclinant. Ayant remis entre les mains de son archevêque le fardeau de ses fonctions, il se retira dans la maison des Chartreux qu’il avait longtemps habité autrefois. C’est dans cette atmosphère sacerdotale qu’il se prépara à la mort ; trois jours avant ce redoutable moment, le 18 octobre 1907, il avait reçu, en pleine connaissance, les derniers sacrements. Ses funérailles eurent lieu le 24 octobre suivant au milieu d’un concours considérable de prêtres, d’amis et de militaires accourus pour donner ce dernier témoignage d’affection et d’estime au directeur de l’œuvre Notre-Dame-des-Soldats.

La chapelle, située rue de la Part-Dieu, 88, dépourvue de tout caractère architectural, n’est qu’une grande salle dont l’aménagement intérieur répond à sa destination : tentures rouges agrémentées de drapeaux entourant le chœur où s’élève l’autel principal surmonté d’une belle Pietà ; murailles et plafond décorés à la fresque, fenêtres à vitres peintes et représentant des motifs militaires ; autel latéral dédié au Sacré-Cœur ; en face, statue de Notre-Dame de Lourdes sur un socle ; harmonium auprès des chaises et prie-Dieu réservés à MM. les officiers ; enfin, faisant face à l’autel de la Pietà et tout au fond de la chapelle, près de l’entrée, deux superbes tableaux dus à la palette du peintre Chevalier, et représentant l’un, la confession d’un soldat blessé, étendu le long d’un talus sur la lisière des bois où se déploient des tirailleurs ; l’autre, l’ensevelissement après la bataille et la bénédiction donnée par un aumônier à la dépouille des soldats tombés au champ d’honneur. Dans son ensemble, cette chapelle qui tient tout le rez-de-chaussée de l’établissement et qui n’est soutenue, malgré son ampleur, par aucun pilier, produit un effet sobre, mais saisissant.

BIBLIOGRAPHIE DU CHAPITRE V

LA PLATIÈRE

Advertissement : frère Thermes de Villars, prieur de la Platière de Lyon et en ceste qualité deffendeur en requeste contre Antoine la Riuée, fermier du chasteau de Vaulx-en-Velein, demandeur. S. 1. n. d., in-1, 5 p.

À monseigneur, monseigneur l’illustrissime et révérendissime archevêque et comte de Lyon, primat de France. (Signé :) Thomas de Neyrieu de Domarin, sacristain pour le chapitre de la Platière. S. t. n. d. (vers 1748), in-folio, 14 p. Au sujet de préséance dans les processions.

Le livre du Verbe mis au jour dans la naissance de Marie mère de Dieu, expliqué pendant l’octave de sa nativité en l’église Notre-Dame de la Platiére de Lion, l’année 1665. Lyon, François Comba, 1668, in-8, 218 p.

La dévotion ou la confrérie établie depuis plusieurs siècles dans l’église parroissiale de la Plattière de Lyon, à l’honneur de Notre-Dame de Lorette. À Lyon, chez Laurent Langlois, imprimeur, au Point-du-Jour, MDCCI, avec approbation & permission, in-12, 6 f.-167-54 p.

La dévotion ou la confrérie établie depuis plusieurs siècles dans l’église parroissiale de la Plattière de Lyon, à l’honneur de Nôtre-Dame de Lorette. Lyon, Journet, 1736, in-12, 6 f.-220 p.-4 f.

Saint-Olive (Paul), Mélanges historiques et littéraires. Lyon, 1868, in-8.

Récits de messire P. Milliet, curé de la Platière, 1629-1651, publiés et annotés par Ferdinand Frécon. Lyon, Pitrat, 1888, in-8, grav.

SAINT-PIERRE

Absolution d’une excommunication lancée par un député du saint-siège contre François de Rohan et ses grands vicaires, au sujet des censures obtenues par l’abbesse et le couvent de Saint-Pierre, 5 février 1511. Manuscrit, bibliothèque de Lyon, fonds Coste, n° 2774.

Tableau historique de l’abbaye royale de Saint-Pierre à Lyon, 1783 par Gaspard de Berger de Moydieu, conseiller au parlement de Dauphiné. Manuscrit, bibliothèque de Lyon, fonds Coste. n° 2764, in-folio, 3 vol.

Extraits des titres contenant les privilèges, transactions, procès de l’abbaye de Saint-Pierre. Manuscrit, bibliothèque de Lyon, fonds Coste, n° 2763, in-folio.

Archiconfrérie du Sacré-Cœur de Jésus, paroisse de Saint-Pierre de Lyon. Lyon, Pitrat aîné, sans date, in-8, 8 p., 1 vue de la chapelle du Sacré-Cœur.

Association pour honorer le Sacré-Cœur de Jésus, établie dans l’église paroissiale de Saint-Pierre à Lyon, l’an 1721 et renouvellée en 1804. Gravure in-folio, sans date.

Ministère de l’instruction publique et des beaux-arts, Histoire et description de l’église Saint-Pierre à Lyon ; par E. L. G. Charvet, inspecteur de l’enseignement du dessin et des musées. Paris, Plon-Nourrit, sans date, grand in-8, 1 f. p. 356 à 362-1 f. (Extrait de l’inventaire des richesses d’art de la France).

Éloge funèbre de très haute et très puissante dame madame Anne d’Albert de Chaulne, abbesse du royal monastère de S. Pierre de Lyon, prononcée en carême, le 31 de mars 1672, dans l’église abbatiale et paroissiale de S. Pierre, au service solennel célébré par Mre Louis de Villette, par r. p. Antoine Beauchamps ; avec carte généalogique des maisons d’Albert et de Chaulne. Lyon, M. Libéral, sans date, in-4, x-62-23 p., grav.

Notice historique sur l’abbaye de Saint-Pierre de Lyon, à l’occasion de l’installation de l’Académie royale des sciences, belles-lettres et arts, dans les bâtimens de ce monastère, discours lu en séance publique, le 20 août 1824, par M. Guerre, membre de l’Académie. Lyon, Barret, sans date (1824), in-8, 16 p.

Titres concernant la paroisse et l’abbaye royale de Saint-Pierre-de-Lyon depuis 1245 Jusqu’en 1604. — Sans date, in-folio.

Vie de Madame Marguerite d’Arbouze ; par J. Ferraige. Paris, 1628, in-12.

Constitutions recueillies de la règle de s. Benoist et des anciens statuts du royal monastère de S. Pierre de Lyon, par les soins de madame Anne Dalbert de Chavlnes, très digne abbesse du mesme monastère et appreuuées par monseigneur l’illustriss. & reuerendissime arclieuesque & comte de Lyon, primat des Gaules. À Lyon, chez Vincent de Coevrsillys, 1655, in-8, 4 f.-224 p.

Recueil des usages, coutumes et cérémonies qu’on observe dans le royal monastère de Saint-Pierre de Lyon, dressé et mis en ordre par Mme Guionne Françoise-Judith de Cossé-Brissac, abbesse. Lyon, 1718, in-12.

Reglemens pour la Société des personnes charitables, établie pour le soulagement des pauvres incurables, des pauvres malades, et des pauvres honteux de la paroisse de S. Pierre et S. Saturnin de Lyon. Lyon, Delaroche, 17 18, in-12, 58 p.

Vie des dames françaises qui ont été les plus célèbres dans le xviie siècle, par leur piété et leur dévouement pour les pauvres, précédées de trois dialogues et trois lettres sur les services que les femmes peuvent rendre à la religion dans l’exercice des bonnes œuvres ; troisième édition, revue, corrigée et augmentée de plusieurs nouvelles vies, dont deux inédites. Lyon et Paris, M. P. Rusand, 1825, in-12, 2 f.-i.x-360 p. — P. 134-57, vie de Mme Marguerite d’Arbouze, religieuse de l’abbaye Saint-Pierre.

Dévotion du saint rosaire à l’usage de la confrérie de la paroisse Saint-Pierre de Lyon. Lyon, Barret, 1836, in-18.

Lyon ancien et moderne ; par les collaborateurs de la Revue du Lyonnais, sous la direction de Léon Boitel ; avec des

gravures à l’eau-forte et des vignettes sur bois, par H. Leymarie. Lyon, Boitel, 1838-53, in-8, 2 vol. — T. I, p. 69, article de Jane Dubuisson sur l’abbaye Saint-Pierre.

Les sept monuments chrétiens de Lyon, antérieurs au xie siècle ; par le Vse Fernand de Saint-Andéol. membre de l’académie delphinale, de l’académie impériale de Savoie, de la société des sciences et arts industriels de l’Ardèche. Lyon, bureaux de la France littéraire, 1864, in 16. xxj-104 p., plan.

Charvet (L.). Notice sur François de Royers de la Valfenière et l’abbaye de Saint-Pierre à Lyon, biographie, dans : Mémoires de la Société littéraire, de Lyon, IS69. — Tirage à part, sous ce titre : Biographies d’architectes, les de Royers de Valfenière. Lyon, l870, in-8.

L’antiquité, l’establissement, le lustre, le bien spirituel et le temporel de la royale abbaye de Saint-Pierre de Lyon, avec les merveilles de la Providence, les changements & les divers accidents que l’on y a vus ; par J. de Saint-Aubin. Lyon, Georg. 1S78, in-16, viii-63 p.

Obituaire de l’abbaye de Saint-Pierre de Lyon, du ixe au xve siècle, publié, d’après le monument original, et annoté par M.-C. Guigue. Lyon, Mougin-Rusand, 1880, in-16, xlii-127 p.-l f.

[Montalembert], La merveilleuse histoire de lesperit qui depuis nagueres cest apparu au monastère des religieuses de sainct Pierre de Lyon, laquelle est plaine de grant admiration, comme l’on pourra veoir par la lecture de ce présent liure. [À la fin :] Cy fine ce présent traicté, nouvellement imprimé à Paris, en la rue Sainct Jaques, à l’enseigne du Chasteau rouge, près les Mathurins, lequel fut achevé d’imprimer le xv iovr doctobre lan mil cinq cens xxviij. [Au début :] Cette nouvelle édition a été tirée par les soins de la société des bibliophiles lyonnais à 100 exemplaires numérotés. Se trouve à Lyon sur le Rosne, chez Avgvste Brvn, libraire, en rve dv Plat, à l’enseigne de la Providence, M.D.CCC.LX..VI1. [À la fin :] Movgin-Rvsand. typographe, à Lyon, en rve Stella, 3 ; in-8. 58 fnc, goth., grav.

Abbé J.-B. Martin, Les revenus de l’abbaye et les aumônes de la paroisse Saint-Pierre de Lyon au xviiie siècle, dans : Revue du diocèse de Lyon, 8 juillet 1892.

Monographie ou notice des diverses œuvres de la paroisse de Saint-Pierre de Lyon : [par F. Pangaud, curé de Saint-Pierre]. Lyon, Paquet, 1893, in-16, 100 p.

Manuel de l’Œuvre par excellence, établie en l’église de Saint-Pierre de Lyon. Lyon, imp. M. Paquet, 1898, in-32, 38 p.-1 f.

CARMES-DÉCHAUSSÉS

Les abbés L. Duplain et J. Giraud, vicaires à Saint-Paul, Saint-Paul de Lyon, étude d’histoire lyonnaise, avec 3 plans. 24 gravures hors texte et 3 feuilles de blasons. Lyon, A. Rey, 1899, in-8, 296 p.-1 f. — Il est question des Carmes, p. 170, etc.

J. Giraud, Le couvent des Carmes-Déchaussés de Lyon ; dans : Bulletin historique de Lyon (1907), vi, 147-55. — Tirage à part : Lyon, Vitte, 1908, in-8, 13 p., grav.

BON-PASTEUR

À sa majesté l’empereur Napoléon III, Lyon, Perrin, sans date (1860), in-4. 11 p. — Contient des documents officiels sur la paroisse du Bon-Pasteur.

[Bergeron (abbé)]. Manuel de Saint-Polycarpe, recueil de prières, de chants liturgiques et de cantiques. Lyon, imp. M. Paquet, 1S96, in-32, liv-391 p. — Contient une notice sur le Bon-Pasteur.

La paroisse et l’église du Bon-Pasteur de Lyon : par l’abbé J. M[ury] de la paroisse du Bon-Pasteur. Dépôt à la librairie Saint-Augustin, à la sacristie du Bon-Pasteur, chez Mme veuve Mury, s. d. (1893), in-16, 107 p., grav.

L’abbé J. Mury, Une paroisse lyonnaise pendant 50 ans : le Bon-Pasteur. Lyon, Crozier, 1906, in-32, 86 p., 1 grav.

RELIGIEUSES DE LA RETRAITE AU CÉNACLE

La société de Notre-Dame du Cénacle, origines et fondateurs : par le r. p. G. Longhaye, de la Compagnie de Jésus. Paris, Victor Retaux, 1898, in-8. xv-212 p.-1 f.

CITÉ RAMBAUD

La vie et les œuvres sociales de l’abbé Camille Rambaud, de Lyon ; par Joseph Buche ; préface d’Ed. Aynard ; avec six phototyphies hors texte. Lyon, Cumin & Masson, 1907, in-8, xxii-332 p., portrait et grav.

PART-DIEU ET ŒUVRE DES SOLDATS

La donation de la Part-Dieu aux hospices, lu légende et l’histoire : par A. Vachez, avocat, docteur en droit, membre de l’académie et de la société littéraire de Lyon. Lyon, Mougin-Rusand, 1888. [Au début :] Extrait de la Revue du Lyonnais, in-8, 14 p.-1 f.

Œuvre de Notre-Dame-des-Soldats, diocèse de Lyon. Les œuvres militaires, ce qu’en pense l’épiscopat finançais. Lyon, Pitrat aîné. [Signé :] A. Clot, directeur de l’œuvre de Notre-Dame-des-Soldats, in-8, 15 p.