Histoire des églises et des chapelles de Lyon/II/10

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H. Lardanchet (vol. IIp. 349-372).
Balustrade gothique et gargouille, à Saint-Nizier.

CHAPITRE X

SAINT-NIZIER. — SAINT-JACQUES OU SAINT-JACQUÈME. — SAINT-LAURENT. — BLIE ET SAINT-BENOÎT — SŒURS DE L’IMMACULÉE-CONCEPTION, INSTITUTRICES DES AVEUGLES. — ÉCOLE OZANAM. — INSTITUTION DES CHARTREUX. — NOTRE-DAME DE BELLECOMBE.

Les dernières parties de cet ouvrage comprendront quelques-unes de nos plus importantes églises : Saint-Nizier qui avec l’église Saint-Jacques, ou Saint-Jacquème, reçut fréquemment dans ses murs les réunions de ce que nous appellerions aujourd’hui le Conseil municipal, et qui dès lors appartient presque autant à l’histoire consulaire qu’à l’histoire religieuse ; puis Saint-Bonaventure, que nous verrons un peu plus loin, et qui groupe autour de lui les organisations corporatives de la cité demeurant, jusqu’à la fin du xviiie siècle, le centre religieux des assemblées professionnelles, l’église du Travail et des petites gens.

SAINT-NIZIER

Les origines de Saint-Nizier sont fort obscures. Une tradition, malheureusement tardive, rapporte que saint Pothin arriva à Lugdunum, en remontant le Rhône, et qu’il établit un modeste oratoire dans le quartier actuel Saint-Nizier, au milieu des pêcheurs et des petits marchands à qui s’adressa d’abord son apostolat. Une autre opinion, récente, mais non dépourvue de probabilité, soutient que les réunions chrétiennes eurent lieu à Saint-Irénée, dans les cimetières qui avoisinaient la ville. Quoi qu’il en soit, une légende sujette à caution rapporte que les cendres des martyrs lyonnais jetées dans le Rhône par ordre des païens et pour empêcher tout culte chrétien, furent miraculeusement amenées sur le bord, et recueillies par les fidèles. Ce sac de cendres saintes fut vénéré à Saint-Nizier durant tout le moyen âge.

Au temps de l’historien Grégoire de Tours, l’église des Saints-Apôtres existait depuis longtemps ; elle prit, plus tard, le titre de Saint-Nizier, du nom de ce saint évêque, qui y fut enterré. À cette époque, l’église des Apôtres fut cathédrale, et cela pendant plusieurs siècles ; six évêques y eurent leurs tombeaux : saint Rustique en 499, saint Viventiole en 517, saint Sacerdos en 551, saint Nizier en 573, saint Priscus en 585, et saint Genis en 678.

Au temps de Charlemagne, Saint-Nizier était devenue abbaye, mais d’un genre particulier : « elle était canonicale, et non pas monacale, ses membres étaient clercs et n’étaient point liés par le serment de pauvreté que prêtaient les moines proprement dits. Elle subsista encore dans le même état jusqu’à la fin du xiie siècle, mais elle ne conservait que de faibles marques de son ancienne gloire. » Dans les statuts de l’église de Lyon, publiés en 1175, on mentionne l’ordre que les églises abbatiales gardaient entre elles : Saint-Nizier n’y est qu’au 3e rang après Saint-Just et Saint-Paul, et avant la Platière. « Deux bulles d’Innocent IV, de 1251 et 1252, prouvent que l’abbaye Saint-Nizier était supprimée à celte époque. Il en fut de même de celles de Saint-Irénée et de Saint-Paul, et le titre d’abbé de Saint-Just fut réuni à l’archevêché. » Dès lors, Saint-Nizier ne fut plus qu’une simple paroisse desservie par un curé ou recteur, avec des clercs qui l’aidaient à porter le poids des fonctions pastorales. Tel fut son état pendant tout le xiiie siècle. Vers la même époque, elle fut incendiée par les sectaires de Pierre Valdo, puis restaurée à la hâte.

« Louis de Villars, archevêque de Lyon, érigea Saint-Nizier en collégiale. Il y établit, en 1305, un corps de seize chanoines, et régla que l’un d’eux porterait le titre de sacristain, serait chef du chapitre et aurait la charge des âmes tant des chanoines que du reste de la paroisse. » Un autre chanoine fut nommé maître de chœur, pour le soin de l’office. L’archevêque annexa à la collégiale l’archiprêtré de Lyon et des suburbes. « À l’égard des seize chanoines, il ordonna que les six premiers seraient prêtres ; cinq autres, diacres, et cinq, sous-diacres. Deux ans après, le chapitre de Lyon s’adjoignit à son archevêque comme fondateur du chapitre de Saint-Nizier : dans un acte de 1307, il ajouta aux quatorze paroisses données par l’archevêque, celles de Genas et de Millery. »

Parallèlement à cette création du chapitre, l’archevêque fit beaucoup pour la construction de l’église ; il publia, en 1303, des indulgences en faveur de ceux qui contribueraient à cette bonne œuvre. En 1307, il renouvela ses instances après avoir donné, ainsi que le chapitre, un grand exemple de générosité, en fondant un patrimoine considérable pour la dotation des chanoines. »

Les constructions ou restaurations de la basilique n’avancèrent pas beaucoup pendant tout le xive siècle ; elles furent arrêtées en partie par les guerres civiles allumées entre les chanoines et les habitants de Lyon. Parmi les bienfaiteurs de cette époque, citons Jean de Marines, qui, avec grande générosité, commença à bâtir le sanctuaire vers 1303. « Ses armes sculptées au milieu de la voûte et aux piles extérieures qui la
saint-nizier
soutiennent du côté gauche, montrent qu’il en éleva une portion. »
Saint-Nizier. Les clochers vus du haut du transept.

André de La Fay fit construire le maître-autel. Plus tard, le sacristain, Jean Joly, plein de zèle, s’occupa, durant de longues années, à poursuivre à grands frais l’ouvrage commencé. » Outre le presbytère ou abside, dont il jeta les nouvelles fondations, il fit beaucoup d’autres réparations et construisit, du côté droit du sanctuaire, la chapelle de la Madeleine, qui marquait déjà la forme que devait avoir tout le reste de la basilique. Ce reste était encore bien considérable, puisqu’il était question de toute la nef avec les bas côtés et les chapelles. En 1454, on commençait à bâtir le clocher au-dessus de la porte de gauche, et l’on ébauchait la façade. L’église Saint-Nizier obtint pour cela, du chapitre de la cathédrale, de faire extraire de la montagne de Fourvière, de grosses pierres antiques provenant des ruines des monuments romains. En 1486, les confrères de la Trinité firent bâtir, à la suite de la chapelle de Saint-Sicaire, leur chapelle qui est une des plus grandes de cette église ; elle occupe deux arcades. Au même temps, l’héritier de Barthélémy Buyer fit élever la chapelle contiguë.

Pierre tombale de Nicolas Navarre, évêque auxiliaire de Lyon.

« Malgré tous ces travaux, la basilique n’était point achevée. Pierre Renouard, riche marchand de cette paroisse, et qui avait été échevin en 1499, 1509 et 1513, fut un des plus zélés pour terminer le tout. Outre les meubles et les ornemenls d’église dont il enrichit Saint-Nizier, il y fit plusieurs constructions considérables, fil abattre le maître-autel pour en élever un autre plus magnifique, mais il mourut en 1528, avant d’avoir pu l’achever. Il chargea ses héritiers d’y mettre la dernière main, ce qu’ils exécutèrent avec ardeur. » On leur doit la chapelle souterraine dite à tort Saint-Ennemond, puisque le corps du saint évêque de Lyon était en la possession de l’abbaye Saint-Pierre. « Il ne restait plus, pour achever l’édifice, qu’à élever un portail dont la magnificence répondît à celle de toute la basilique. Le célèbre Philibert Delorme, natif de Lyon, revenant d’Italie, où il avait passé une partie de sa jeunesse et acquis de grands talents en architecture, fut chargé, en 1536, de la nouvelle entreprise ; il la commença sur un plan tout nouveau et entièrement étranger aux formes adoptées dans le reste du monument. Son œuvre est fort belle, sans doute, en elle-même, mais son inopportunité a toujours frappé les esprits les plus prévenus. Il avait élevé déjà la façade jusqu’à la corniche, lorsqu’il fut appelé à Paris, par le cardinal du Bellay, son protecteur, qui voulait le produire à la cour. Depuis lors, son ouvrage est resté imparfait.

« Vers 1585, on reprit les travaux, et le portail méridional de la façade fut élevé d’après les dessins d’un architecte dont le nom n’est pas venu jusqu’à nous. En 1646, une délibération consulaire permit à la fabrique de faire bâtir des boutiques depuis celle qui existe sous le clocher jusqu’à la Fromagerie, pour subvenir à l’entretien d’un prédicateur pendant le carême, et aux autres charges de l’œuvre et marguillerie de Saint-Nizier. En 1730, l’extérieur du vaisseau fut réparé et toutes les cloches furent refondues. Le consulat donna mille livres à cet effet. Quelques années plus tard, on fit regratter tout le dedans de l’église ; M. Peysson, syndic du chapitre, fit alors détruire parles ouvriers une centaine d’armoiries qui marquaient la foule des bourgeois qui avaient contribué à la reconstruction de la basilique ; ce repiquage seul coûta près de 12.000 francs. Le chœur était alors. dans la nef et le maître-autel en était séparé par une balustrade en cuivre. Le chœur fut transféré à l’extrémité de l’église. Plus tard encore l’autel fut placé à l’intersection de la nef et des bras de la croix. M. Peyssou avait donné 1.000 écus pour le reconstruire en marbre, mais il ne vécut pas jusqu’à l’accomplissement de son projet. »

Saint-Nizier. Gargouille.

À la Révolution, Saint-Nizier subit bien des outrages ; l’édifice fut néanmoins préservé de dommages plus considérables, par le courage de P. Cayre, commissaire du Directoire, de II. Lenoir le père, enfin de l’abbé Navarre, ancien président du chapitre. Cayre demanda « que Saint-Nizier fût rendu à son ancienne destination. Grâce à sa persévérance courageuse et à son désintéressement, il triompha de l’opposition la plus vive, il obtint des ordres positifs pour prendre possession de l’église dont les clefs lui furent remises le 25 germinal an V. Le 7 brumaire an VI, l’église fut bénite de nouveau et consacrée par MM. Renaud et Ponçon. Le 1er ventôse an VIII, Primat, devenu évêque de Lyon, vint établir son siège à Saint-Nizier », qui devint ainsi la cathédrale du clergé assermenté. Mais, après la Révolution, elle fut réconciliée au culte catholique.

Saint-Nizier est un vaste édifice gothique à trois nefs avec chapelles latérales. La façade est, comme on la dit, de style Renaissance, elle est surmontée de deux tours avec flèches aiguës, dissemblables : lune du xvie siècle, de même ordre que la façade, l’autre, de style gothique, construite au xixe siècle, par M. Benoît, architecte.

Saint-Nizier. Galeries et pignons.

La façade est ornée de plusieurs statues ; ce sont : au-dessus de la porte principale, saint Nizier ; plus haut, le Sacré-Cœur ; enfin, au sommet, la Vierge Mère. Au-devant des deux clochers se trouvent les statues des saints Pierre et Paul.

Le maître-autel est de marbre blanc ; il est décoré d’un bas-relief représentant, séparés par des colonnettes, Notre-Seigneur et les apôtres. Une barrière de marbre blanc entoure le chœur par devant et sur les côtés ; de grandes boiseries revêtent les murs de l’abside et encadrent les buffets d’orgues situées à gauche et à droite de l’autel. Au milieu, à la hauteur de la tribune, se voit un grand Christ. La petite nef de droite renferme les chapelles, dont voici l’énumération.

1° Chapelle de la Croix ; l’autel de marbre blanc et noir est orné du monogramme du Christ.

2° Chapelle dans le transept, sous le vocable de Notre-Dame-de-Grâces. L’autel de marbre blanc est décoré d’un magnifique bas-relief, les apôtres se rendant au tombeau de Marie après son Assomption ; au-dessus de l’autel, statue historique de Notre-Dame-de-Grâces. Contre le mur on a placé, gravée dans le marbre, une bulle d’Innocent IV, adressée au recteur de Saint-Nizier, et dont voici la traduction : « Votre église eut le titre de cathédrale et fut la première établie à Lyon, elle possède un autel élevé par le bienheureux Pothin, premier archevêque de Lyon, et le premier dédié en Gaule à la Vierge Marie, où de nombreux miracles s’opèrent, dit-on. Désirant favoriser votre église et le culte qui est rendu à la Mère de Dieu, nous accordons quarante jours d’indulgence aux fidèles qui, après s’être confessés le samedi et les jours de fêtes de la Sainte Vierge, visiteront votre église. »

3° Chapelle Sainte-Élisabeth ; l’autel est de marbre blanc, rouge et gris. Le vitrail représente la sainte reine rencontrée par son mari pendant qu’elle visite les pauvres et les prisonniers ; suivant la tradition le pain qu’elle distribuait se changea en roses.

Saint-Nizier. Galerie et contreforts du nord.

4° Chapelle Saint-Joseph ; l’autel de marbre blanc est décoré d’un bas-relief doré : Joseph et Marie sont sculptés à mi-corps, celle-ci lient l’enfant Jésus qu’adore un ange. Au-dessus de l’autel est la statue de saint Joseph portant l’Enfant-Dieu. Le vitrail, géminé, représente, en haut, le saint palriarche avec Jésus entouré de deux anges ; plus bas à gauche, l’Adoration des bergers et dans le second plan les Mages conduits par l’étoile ; à droite, la Sainte Famille, et au second plan deux anges présentant la nouvelle flèche dont a été surmontée l’église. Au-dessous du vitrail, un monument de marbre blanc porte l’inscription : « À la mémoire de Mathieu Ménaide, chanoine d’honneur et curé de Saint-Nizier, décédé le 14 janvier 1855.

5° Chapelle Sainte-Catherine ; l’autel est de marbre polychrome, blanc, gris et rouge ; il est éclairé par un vitrail représentant la sainte qui confond les philosophes de son temps ; en haut, un ange lui apporte la couronne et la palme du martyre.

6° Chapelle Sainte-Philomène ; l’autel est de pierre et orné du monogramme de la sainte ; au-dessous on voit une peinture sur fond or, représentant cette vierge martyre. À droite de l’autel, sur un piédestal, on a placé la statue du bienheureux Vianney, curé d’Ars. Au-dessus, le vitrail, signé : Lavergne, offre les sujets suivants : le saint curé d’Ars ; à gauche, sainte Philomène ; à droite, un ange portant un instrument de musique.

La nef de gauche renferme les chapelles ci-après énumérées :

1° Chapelle du Sacré-Cœur ; elle contient un bel autel de marbre blanc, dont la face est ornée d’un bas-relief représentant la Cène. Le retable, aussi de marbre blanc, est élevé et possède quatre scènes sculptées, savoir, de gauche à droite : Jésus et la Samaritaine, Madeleine implorant son pardon aux pieds de Jésus ; le divin Maître et les disciples d’Emmaüs ; Jésus et les petits enfants. L’ensemble est couronné de la statue du Sacré-Cœur, aussi de marbre blanc, tandis que deux anges adorateurs sont peints à ses côtés.

Distribution de pain, par la confrérie de la Trinité, vitrail de L. Bégule, à Saint-Nizier.

2° Dans le transept de gauche se trouve la chapelle Saint-Nizier ; l’autel est de marbre blanc, noir et rouge ; il est surmonté de la statue de saint Pothin apportant à Lyon une statuette de la Vierge Marie. Contre le mur, on a placé une plaque de marbre sur laquelle est gravée une longue inscription, mention d’une indulgence accordée par Clément XIV, le 17 janvier 1760.

3° Chapelle de la Sainte-Trinité ; ou y remarque un magnifique autel de marbre blanc, surmonté d’un retable très élevé et décoré de sculptures : Dieu le Père, sous la forme d’un vieillard assis, montre son l^ils en croix, tandis qu’au-dessus plane le Saint-Esprit ; le groupe est abrité sous un dôme de marbre. Celle chapelle, la plus vaste de toutes, est éclairée par deux beaux vitraux, œuvre de notre collaborateur L. Bégule, et datés de 1894. Le plus près de l’autel porte l’indication : « Lecture des statuts de la confrérie de la Sainte-Trinité, fondée en l’église des Saints-Apôtres, le 6 décembre 1300. » Le deuxième : « Distribution statutaire des pains, par la confrérie, en la place des Cordeliers, le jour de la Sainte-Trinité. » Entre ces deux vitraux se trouve un petit édicule de marbre blanc élevé à la mémoire de Benoît Déroziers, ancien curé de Saint-Pierre, puis de Saint-Nizier.

Mosaïque de la crypte de Saint-Nizier, d’après une aquarelle de M. l’abbé Desgeorges.

4° Chapelle Saint-François de Sales ; l’autel de marbre blanc, est orné, sur le devant, du monogramme du saint. Le vitrail représente huit scènes de l* vie de cet évêque, parmi lesquelles on remarque : le prélat visitant son diocèse ; saint François donnant un règlement aux religieuses de la Visitation ; sa discussion avec Théodore de Bèze ; il bénit un enfant à son lit de morr.

5° Chapelle Saint-Louis de Gonzague ; l’autel, de marbre blanc, est à la manière antique en forme de table. Le vitrail représente plusieurs scènes de la vie du saint Jésuite : sa première communion ; il annonce à son père sa détermination d’embrasser la vie religieuse ; il soigne les malades ; sa mort ; les anges accompagnent son âme aux pieds de Noire-Seigneur.

6° Chapelle des Saints-Anges ; l’autel est de marbre blanc. Le vitrail représente Jésus au désert servi par les anges.

7° Chapelle des Fonts-baptismaux. En face de l’autel, contre le mur, se voit un bas-relief représentant le Saint-Esprit descendant dans l’âme de l’enfant baptisé, tandis que l’ange gardien veille sur lui. Le vitrail offre trois scènes : le baptême du Christ ; Jésus guérissant un malade ; le baptême de Clovis.

Dans la grande nef, vaste, et belle chaire de bois sculpté ; la cuve est ornée de statuettes : le Sauveur du monde ayant à ses côtés les quatre évangélistes encadrés par quatre anges.

Le chœur de l’église est éclairé par deux rangées de vitraux à dessins géométriques, séparées l’une de l’autre par les tribunes qui font le tour de l’église. La grande nef possède des baies géminées sans vitraux. Dans les transepts se trouvent deux rosaces : celle de droite représente le couronnement de Marie, entourée des chœurs des anges ; dans celle
Intérieur de Saint-Nizier.
de gauche, saint Jean repose sa tête sur le cœur de Jésus, tandis que tout autour de cette scène volent des Chérubins.

Au fond de la grande nef, sur la tribune, se trouvent de vastes orgues, éclairées par un grand vitrail représentant saint Pothin, qui offre l’image de Marie à la vénération des fidèles.

Nous avons omis à dessein, dans la description qui précède, les œuvres d’art éparses dans l’église afin de les réunir dans un même ensemble.

C’est d’abord, dans le transept de droite, au-dessus de l’autel, une Crucifixion qui n’est pas sans quelque mérite. À côté, la fameuse Vierge Mère, d’Antoine Coysevox. On sait qu’elle fut faite pour être placée à l’angle de deux rues, à l’extérieur d’une maison : c’est ce qui explique que la Mère et l’Enfant paraissent regarder de côtés différents.

Au fond du transept, une peinture moderne représente la Vierge Marie et l’Enfant-Jésus soutenus par les anges et debout sur une sphère. En descendant les chapelles de droite, on trouve une peinture médiocre de sainte Élisabeth de Hongrie, et plus bas un tableau assez remarquable de la Sainte-Famille, œuvre du xviiie siècle.

Dans la chapelle suivante, il faut remarquer aussi une Fuite en Égypte, assez pittoresque. En voici une description sommaire :

Sur la gauche, saint Joseph s’avance, de profil, et s’appuie sur un bâton de voyage. Il est vêtu d’une tunique bleue dégageant les jambes nues, et d’un manteau rouge relevé sur l’épaule. Plus au centre, la Vierge, de face, s’avance également vers la droite, vêtue de rouge avec un manteau bleu, tenant sur un linge blanc, 1 Enfant nu, endormi. A droite, deux hommes, l’un de face et agenouillé, l’autre debout et de profil, avec un bonnet rouge et pour unique vêtement une draperie sombre autour des reins, sont occupés à lever la pierre d’un tombeau. Aux derniers plans, dans le ciel, des têtes de chérubins.

Dans le transept de gauche, l’autel du Sacré-Cœur est entouré d’un beau retable gothique dessiné par MM. Benoit, père et fils, et exécuté par le sculpteur Vaganay. En haut de ce retable, au centre, le Christ montre son cœur ; au-dessous, dans des niches, quatre bas-reliefs représentent, de gauche à droite, Jésus e( la femme adultère, Jésus et Madeleine, les disciples d’Emmaüs, Jésus et les petits enfants ; enfin, devant l’autel, la Cène.

Dans les chapelles de gauche, se trouvent plusieurs peintures dont voici l’énumération : L’Ascension de Noire-Seigneur ; saint Irénée, évêque de Lyon, peinture du xixe siècle ; saint Pothin, sculpture de marbre blanc, par Chinard ; la Sainte Trinité, beau retable gothique moderne, en marbre blanc ; l’Adoration des Mages, tableau de grande dimension ; le Sacré-Cœur vénéré par des anges, peinture médiocre ; saint François de Sales apparaissant à une religieuse, et le baptême du Christ dans la chapelle des fonts baptismaux.

SAINT-JACQUES OU SAINT-JAQUÊME

François, cardinal de Tournon, archevêque de Lyon.

La confrérie des pèlerins de Saint-Jacques et de Notre-Dame de Montserrat, fut étal)lie à Lyon avant 1513. « À l’origine, dit M. de Valons, pour être membre de la confrérie de Saint-Jacques et de Notre-Dame de Montserrat, il fallait, outre les témoignages de bonnes mœurs et de piété, avoir accompli au moins un pieux voyage en Galicie et en Catalogne, et en présenter des lettres testimoniales. Les insignes des pèlerins, c’est-à-dire le bourdon, la gibecière, une longue robe, la ceinture et le rosaire, le chapeau à larges bords et le mantelet ornés de coquillages, devaient être revêtus par tous les membres pendant le voyage obligatoire, lors des fêles du saint patron, aux processions et aux inhumations des confrères. Plus tard, on se contenta d’une simple promesse de pèlerinage obligatoire. » La confrérie Saint-Jacques étant une des principales de la ville, jouissait de la considération publique et de la bienveillance des autorités ecclésiastiques. Parmi ses protecteurs, on cite plusieurs archevêque de Lyon, et en particulier le cardinal François de Tournon qui gouverna notre ville de 1551 à 1562. Les pèlerins qui, lors de la surprise de la ville par les Protestants, en 1362, avaient perdu tous leurs titres, renouvelèrent leurs statuts à diverses reprises et obtinrent, soit des bulles pontificales d’indulgences perpétuelles, en 1636, soit les approbations de l’archevêque en 1719 et 1730 ». Ne croyons pas que les voyages soient la caractéristique exclusive de notre siècle : la confrérie comptait, en 1730, quatre-vingt-neuf pèlerins de Compostelle. C’est un joli chiffre pour Lyon. Les officiers étaient un recteur, un vice-recteur, un trésorier, un secrétaire, un maître et un sous-maître de chœur, deux censeurs, quatre maîtres des cérémonies, deux infirmiers, quatre courriers. En 1735 la confrérie comptait cent vingt-huit pèlerins. « Elle faisait quatre processions solennelles par an : la première à Notre-Dame de Fourvière ; la seconde, en bateau, à Notre-Dame de l’Île-Barbe ; la troisième, le jour de la bénédiction des raisins ; la quatrième à la chapelle Saint-Roch. On y portait des bourdons uniformes à pommes rouges pour les simples confrères, dorées pour les anciens en charge. » L’association fut dissoute par la Révolution.

La chapelle Saint-Jacques, proche Saint-Nizier, « remontait avant le xie siècle. Le voisinage du pont de Saône a dû entraîner la fondation d’un oratoire ou d’un petit hospice avec chapelle, à son issue orientale comme à son débouché occidental. Les documents historiques constatent l’existence de ce petit monument dès l’année 1267 ». Pour la description de l’oratoire on ne saurait mieux faire que de citer l’étude si documentée de M. de Valons. « La chapelle, petit édifice, dont le flanc d’environ vingt mètres de longueur, se développait sur le côté méridional de la place Saint-Nizier et près de son angle
Saint-Jacques, peinture de M. Couvert, église Saint-Pothin.

sud-ouest, se composait intérieurement d’une seule nef voûtée, divisée en trois travées et terminée à l’orient par une abside semi-circulaire voûtée en cul de four et plus basse que la nef. Cette abside formait le chœur réservé aux pèlerins ; un peu en avant, s’élevait le grand autel qui anticipait sur la première travée. La deuxième travée constituait, pour ainsi dire, une chapelle à part, sous le vocable de Notre-Dame de Montserrat, dont l’autel s’adossait au mur méridional en face de la porte principale. La dernière travée était divisée dans sa hauteur en deux étages, dont l’inférieur formait le prolongement de l’édifice, et le supérieur, de six pas en saillie, servait d’oratoire particulier et n’avait vue sur la nef que par une fenêtre. On y parvenait au moyen d’un escalier intérieur, mais quoique l’usage de cette tribune fût réservé aux possesseurs de la maison contiguë, elle n’avait pas de communication directe et à niveau avec cette maison.

Notre-Dame de la rue Neuve, en 1550.

« À l’extérieur, la chapelle masquée au couchant par la maison dite de Chaponay, englobée au sud et à l’est dans les habitations particulières, n’avait de façade libre que sur la place Saint-Nizier encore sur la moitié de son étendue, la partie inférieure en était-elle cachée par une ou deux boutiques basses, une balustrade couronnait la muraille de cette façade soutenue par quatre contreforts ou piliers surmontés de clochetons dont l’un, à l’est, portait les armoiries des Chaponay et le dernier, à l’ouest, le même blason mi-parti de Palmier. La porte principale, au milieu de la façade, en face de l’autel de Notre-Dame, offrait les caractères architectoniques du xve siècle. Elle se composait de deux arcs concentriques reposant sur quatre colonnettes à chapiteaux décorés de coquilles. Au milieu, sur le tympan on sur le trumeau, une base rappelait l’existence d’une statue détruite vraisemblablement en 1562. La fenêtre au-dessus, de même style, était divisée, par un meneau, en deux baies de vitraux peints, représentant, le premier, un saint Jacques et les armes de la ville avec la date de 1375, le deuxième, le blason de la confrérie et la date de 1603, enfin tout en haut les armes de France dans le tympan. La partie orientale de la façade se trouvait ajourée d’une fenêtre éclairant le maître-autel, et du côté opposé, à droite de la grande entrée, une autre porte, surmontée d’une statue de la Vierge, donnait accès dans la chapelle par la dernière travée. Une rose percée dans le mur oriental, au-dessus de l’abside, ornée d’un vitrail portant en écusson les armoiries des Pupil, éclairait cet édifice sobrement décoré. Le plan de Simon Maupin indique, en outre, trois fenêtres sur le flanc méridional. Enfin une dernière porte, sans aucun caractère, s’ouvrait à l’occident, dans l’allée de la maison de Chaponay. Le clocher consistait en une muraille à deux arcades de huit pieds de hauteur avec faîtage de fer-blanc façonné en coquilles et en bourdons ; elle n’abritait qu’une cloche mise en branle au moyen d’une corde traversant la voûte et tombant dans la première travée à peu près en face du grand autel. »

À la notice relative à Saint-Jacquême, il convient de joindre un modeste oratoire dédié à la Sainte Vierge, sous le nom de Notre-Dame de la rue Neuve. Cette église n’a guère d’histoire, mais pour que le souvenir n’en soit point effacé, il nous a paru bon d’en donner ici une vue d’après le plan scénographique.

SAINT-LAURENT

Saint-Laurent de la Quarantaine, en 1550.

Aux notices sur les hôpitaux, se joint tout naturellement celle de Saint-Laurent, dont on dira peu de chose parce qu’il en a été incidemment question dans le premier volume, chapitre de la Charité. Saint-Laurent situé près des murs de la ville, à la Quarantaine, servait, comme le nom l’indique, à mettre en quarantaine, en observation, les mendiants, vagabonds, malades qui arrivaient du dehors et auraient pu apporter la contagion en ville. On y plaçait aussi, en temps de peste, comme dans un lazaret, les contaminés. La vue, que nous donnons, de Saint-Laurent au xvie siècle, dispense, en partie, d’une longue description.

BLIE ET SAINT-BENOÎT

Aux couvents de religieuses Bénédictines déjà décrits, les Chazeaux et la Déserte, il faut en joindre deux autres qui seraient oubliés, si le nom de place Saint-Benoît ne rappelait le souvenir du second.

Blie est une modeste commune du département de l’Ain dont le couvent eut son heure de célébrité. Au xviie siècle la prieure écrivit au cardinal de Richelieu, archevêque de Lyon, que ses religieuses « étaient exposées en des périls imminents et en de grands dangers de leurs personnes et de leurs consciences, par les gens de guerre ennemis de la France, qui font des courses dans les provinces de Bresse et Bugey, y exerçant toutes les violences, ravages, insolences et cruautés qu’ils peuvent ».

Le digne archevêque répondit qu’il favoriserait l’établissement des religieuses de Blie dans la ville de Lyon, à condition que le Chapitre de Saint-Paul abandonnerait toute supériorité à leur égard. Les chanoines de Saint-Paul « louèrent le zèle de ladite dame prieure et pour le faciliter, ont quitté, remis et cédé audit seigneur archevêque de Lyon, toute supériorité qu’ils avaient sur le prieuré de Blie ».

« Les religieuses, dit M. l’abbé Vachet, habitèrent d’abord dans le quartier Saint-Georges ; mais bientôt le petit couvent s’installa à l’un des côtés de la place Louis-le-Grand, à Bellecour, non loin de la Charité, « vers les allées de Tillots » comme s’exprime Chappuzeaux. Sur le plan de Siraucourt, on voit très nettement l’emplacement du couvent de Blie : il est sur la rue du Peyrat, sur cette masse de terrain circonscrite par les rues Saint-Joseph, de la Sphère et Boissac, et pour parler un langage plus moderne, le couvent de Blie devait se trouver là où l’on a ouvert la rue Victor-Hugo. » Ce prieuré fut supprimé en 1751.

L’origine de Saint-Benoît est relativement récente, Gabrielle Dugué, religieuse professe de l’abbaye Saint-Pierre, et sa sœur, Marie Dugué, aussi religieuse de ce couvent, sortirent de Saint-Pierre, et avec la permission des supérieurs, se retirèrent au monastère de Blie. Peu après, dit M. l’abbé Vachet, elles allèrent d’abord à la montée Saint-Barthélémy, demander asile au monastère des Ursulines ; puis elles habitèrent quelque temps la maison de Bel-Air, vis-à-vis de l’abbaye de Chazeaux, « et comme il est de la discipline religieuse de vivre dans un couvent de leur ordre pour observer la règle sous laquelle elles se sont soumises, après s’être longtemps consultées, elles firent dessein de fonder en cette ville un prieuré sous le vocable de saint Benoît ». Elles achetèrent, en 1658, une propriété considérable, quai Saint-Vincent, près de la place actuelle Saint-Benoît, y firent construire un vaste couvent. La communauté, après des fortunes diverses, fut supprimée par la dévolution.

SŒURS DE L’IMMACULÉE-CONCEPTION, INSTITUTRICES DES AVEUGLES

Chapelle de Balmont.

Il existe depuis longtemps, à Lyon, une maison pour les jeunes aveugles. À cette tâche s’était vouée une famille lyonnaise, la famille Frachon, soutenue par les subsides des pouvoirs publics. Lorsque moururent le directeur et la directrice, une femme d’énergie et de grand cœur, Mme Finet-Eslreignat, ouvrit, le 1er octobre 1879, une nouvelle maison d’aveugles, située rue de la Tourette à la Croix-Rousse, dans un immeuble qui, paraît-il, fut une maison de plaisance de Louvois. La directrice s’entendit avec M. l’abbé Dassy, de Marseille, qui vint installer dans la maison les religieuses de l’Immaculée-Conception, dont la première supérieure lyonnaise portait le nom d’une grande famille du Midi : Claire de Bouillane-Colombe. Plus tard, en 1897, les aveugles se transportèrent chemin de Saint-Simon, au pied du château de la Duchère, dans un tènement qui faisait autrefois partie de celte belle propriété de Balmont, dont nous avons raconté l’histoire dans le tome premier, et qui était en partie occupée par l’œuvre des sourds-muets, dirigée par M. Forestier. Cette dernière œuvre, nous l’avons dit, possède une belle chapelle, dont nous donnons ici la vue intérieure. Quant à l’œuvre des aveugles, sa maison de Saint-Simon fut bénite le 28 octobre 1897, par le cardinal Coullié, et son directeur actuel est M. le chanoine Lémann, directeur également de l’orphelinat de Balmont, qui a succédé à la maison des sourds-muets fondée par M Forestier.

INSTITUTION DES CHARTREUX

Le chanoine Peyre, ancien supérieur des Minimes, l’un des restaurateurs de l’enseignement libre au xixe siècle.

Nous eussions aimé, dans ce volume, faire une plus large place aux maisons d’enseignement, rappeler le souvenir de ceux qui, après la Révolution, présidèrent à la réorganisation de cet enseignement libre, de nouveau et plus que jamais menacé, qui le firent refleurir au cours du dernier siècle, les Thibaudier, les Hyvrier, les Peyre, et d’autres encore. L’espace restreint dont nous disposons ne le permet pas, et nous n’oublierons pas que nous avons spécialement à décrire les églises et chapelles.

Toutefois, nous ne pouvons point omettre de tracer en quelques lignes l’histoire et la description de la chapelle de l’Institution des Chartreux et de l’École Ozanam, deux monuments récents qui font honneur à notre ville.

La chapelle fut bâtie sur les plans de M. Tony Desjardins, architecte départemental et diocésain. Elle fut consacrée en 1865, par Mgr Donnet, archevêque de Bordeaux, en présence de M. Vaïsse, préfet du Rhône, de La Saussaye, recteur d’Académie, et d’une nombreuse et choisie assistance.

La façade de la chapelle est particulièrement élégante. Dans le tympan qui surmonte le porche, on a sculpté un Christ enseignant des enfants réunis autour de lui. Le haut de la façade se termine par une statue de la Mère de Dieu abritée sous un dais de pierre sculptée. Le maître-autel est de pierre sculptée ; il porte au-devant un magnifique bas-relief représentant le Christ accompagné de saint Jean l’Évangéliste, saint Polycarpe, saint Pothin et saint Irénée, quatre personnages dont se réclame l’église de Lyon à ses origines, puisque saint Pothin fut envoyé à Lyon par saint Polycarpe, disciple de l’apôtre saint Jean. Le retable de l’autel est en forme de créneaux peints et dorés. Dans le chœur, à droite et à gauche, sont placés deux petits autels dédiés l’un à saint Irénée, second évêque de Lyon, dont la statue hiératique surmonte l’autel, l’autre à la Vierge Marie. Tout à côté, contre le mur de l’abside, doux fresques, œuvres du peintre Sublet ; signalons également les riches boiseries et les stalles sculptées, placées le long des murs de la nef.

Chapelle de l’Institution des Chartreux.

La chapelle est éclairée par douze vitraux, cinq dans le chœur, six dans la nef et un à la grande baie de façade ; les dessins en sont dus à M. l’abbé Dubois. Ces verrières sont divisées en trois compartiments, et chacun d’eux comporte six médaillons représentant des scènes que nous décrirons ci-dessous. Au bas de la nef, s’ouvre une vaste tribune sur laquelle est placé l’orgue.

M. l’abbé Hyvrier, fondateur de l’Institution des Chartreux, voulait, par les vitraux de sa chapelle, offrir une prédication aux regards de ceux qui viendraient s’y agenouiller. M. l’abbé Dubois, dont nous avons cité le nom, alors professeur à l’institution, expert en iconographie, fut chargé de réaliser ce désir. L’éminent supérieur suivit dans tous ses détails le projet de composition des vitraux, le fit soumettre à l’approbation du célèbre Père Cahier, à Paris, et confia le dessin des carions à Steinheil père, peintre de la Sainte-Chapelle dont Viollet-le-Duc achevait la restauration. Cette œuvre exécutée d’un seul jet, avec toutes les délicatesses d’un autre âge, demanda trois années d’un travail ininterrompu.

Depuis 1864, les vitraux de la nef étalent les sept dons du Saint-Esprit aux regards des générations d’élèves. À chaque verrière correspond l’exposé d’une des sept vertus que l’Esprit saint fait germer dans l’âme du confirmé : d’abord esquissée par un des justes de l’ancienne loi, jeune le plus souvent, comme Samuel, Daniel, David, elle est réalisée par les saints de la Loi de grâce, après que Jésus l’a inscrite, au sommet du vitrail, par un acte de sa vie mortelle. Au sanctuaire de la chapelle, les vitraux théologiques de Bourges sont reproduits dans la Nouvelle alliance, l’Apocalypse, le Jugement dernier qui enseignent la doctrine de l’Église en s’aidant des scènes émouvantes de la passion du Sauveur et de la « Légende » de la Vierge Marie. Le cycle des deux Ève et des deux Adam de notre primatiale de Lyon est reproduit à la grande rose de la façade, au-dessus du septième don : la Crainte de Dieu, qui domine la tribune de l’orgue.

L’ensemble de ces douze verrières, dit M. l’abbé Dubois, séparées par les seuls piliers de la chapelle, forme une immense mosaïque lumineuse, sans aucune ouverture fatigante pour les regards. Le verre très irrégulièrement coulé qu’on y a employé, donne mille scintillements diamantés ; et l’harmonie des nuances est celle que l’on admire dans le tissu des cachemires des Indes. »

ÉCOLE OZANAM

Édifiée en 1906-1907 sur les plans de M. Pascalon, architecte, la nouvelle chapelle de l’école Ozanam s’élève à l’angle des deux rues récemment percées, et parallèlement au monument expiatoire des Brotteaux.

Lorsqu’en 1881, M. l’abbé Girodon, disciple et collaborateur du digne abbé Thenon, vint abriter les débuts modestes d’un externat de lycéens dans la partie du vieux couvent des Capucins louée à cet effet, la possibilité d’y construire une chapelle ne fui même pas envisagée : trop de nécessités immédiates absorbèrent à la fois la sollicitude du fondateur et les ressources dont il disposait. On se contenta donc tout d’abord d’un obscur réduit resserré entre deux chambres de directeurs et aménagé vaille que vaille en oratoire commun. Les anciens de l’école ont cependant gardé un souvenir ému de cette première chapelle, « si petite, dit un spirituel chroniqueur, que la flamme timide de la veilleuse en faisait le tour plus d’une fois ».

Cette installation provisoire, devenue rapidement trop étroite pour le nombre croissant des élèves, dura trois ans à peine et fut remplacée par un édifice bien simple encore et fort éloigné de la conception classique, mais dont l’inaugural ion fui saluée comme un véritable événement.

La cour de l’ancienne chapelle, aujourd’hui disparue, de l’école Ozanam.

Au flanc franche du vieux monument des Victimes, près de la porte du caveau, s’amorçait une salle oblongue, divisée en petits compartiments et éclairée de fenêtres inégales : elle avait servi jusque-là aux bons Pères de « Pénitencerie » pour la confession des hommes. On abattit les cloisons, et l’espace ainsi dégagé devint la nef de la nouvelle chapelle. Peu de temps après, on construisit à la suite, un transept et une abside dont la voûte cintrée fut raccordée tant bien que mal au plafond surbaissé de la salle. On meubla, on orna peu à peu l’intérieur pendant qu’à l’extérieur une végétation luxuriante de vigne vierge et de lierre envahissait les murs bruts, et là, pendant plus de vingt ans, se concentra toute la vie religieuse de la maison : messes, bénédictions, catéchismes et conférences. Plus rien ne reste aujourd’hui de cette chapelle rustique ni de la funèbre pyramide qui la couvrait de son ombre : sur leur emplacement soigneusement nivelé s’aligne la rue Créqui et les passants indifférents foulent aux pieds leurs communs souvenirs.

Chapelle de l’école Ozanam.

L’édifice actuel, dû à l’initiative laborieuse de M. l’abbé Genevet, successeur de M. Girodon, et à la générosité de l’Association des anciens élèves qui en a soldé les frais, s’adosse en partie à l’extrémité sud des bâtiments de l’école. La vue, de l’extérieur, en est imposante. D’immenses verrières, encadrées de pierre blanche, découpent les façades ; celles-ci sont terminées, à l’est et à l’ouest, par un pignon orné d’une corniche composite qui se prolonge sur les deux autres côtés. Le soubassement sur les rues, haut d’environ trois mètres, est en pierre de Saint-Martin-Belle-Roche : il est percé d’ouvertures pour l’aération du sous-sol.

À l’intérieur, le vaisseau est d’une seule nef de 10 mètres de largeur sur 24m50 de longueur, prolongée par un chœur à pans coupés de 7m50 de largeur sur 6m50 de
Intérieur de la chapelle de l’école Ozanam.}}

profondeur. Le maître-autel en bois peint et le vitrail signé Bégule qui se voit au-dessus, sont, avec le confessionnal et la table de communion, des reliques de l’ancienne chapelle. Le plancher en ciment armé recouvert de linoléum a une peule de 15 millimètres par mètre sur toute la longueur de la nef, jusqu’aux deux marches qui surélèvent le chœur. La voûte en plein cintre est formée de briques minces recouvertes d’une chape en chaux lourde armée : elle mesure à son sommet 13m50 au-dessus du sol. Au fond s’étage la tribune principale où se trouvent deux autels ; quatre antres petits autels garnissent en bas les coins de la nef. Une seconde tribune de forme « loggia » est prise au nord dans l’épaisseur du bâtiment voisin : ici le mur est percé de trois baies séparées par des piliers à chapiteaux ioniques supportant une corniche et formant des pénétrations dans la voûte. De ce même côté sont les trois porte par où l’on accède dans l’édifice : il n’y a pas d’entrée sur les rues.

Cette nouvelle chapelle a été bénite le 26 juillet 1907. L’inauguration solennelle en a été faite quelques mois plus tard, le jour de la confirmation (28 novembre), par le cardinal Coullié.

NOTRE-DAME-DE-BELLECOMBE

Le quartier situé derrière la gare des Brotteaux, qui confine d’une part aux Charpennes et de l’autre à Villeurbanne est resté, durant de longues années, loin de tout centre religieux. Cette région dépendait de Sainte-Anne du Sacré-Cœur et ne comptait que quelques habitations éparses. Vers 1885, un grand propriétaire foncier qui était en même temps un chrétien fort généreux, M. Serre, offrit à l’administration ecclésiastique un vaste terrain pour construire une église, des écoles et des œuvres. On se mit promptement à l’œuvre et en un an, s’élevait, dans ce quartier autrefois déshérité, une belle église gothique à la flèche élancée et entourée de vastes bâtiments pour les usages paroissiaux.

L’administration de la paroisse fut confiée à M. l’abbé Marnas, aujourd’hui vicaire général chargé des œuvres. Sous sa direction expérimentée, et sagement audacieuse, ce quartier fut évangélisé au fur et à mesure de l’extension matérielle qu’il prenait. M. Jarosson, successeur de M. Marnas, continue celle tradition de dévouement.

L’église est, nous l’avons dit, de style gothique à trois nefs avec chapelle absidiale.

Notre-Dame de Bellecombe.

La façade de l’église porte au tympan une statue de Marie Immaculée foulant aux pieds le serpent, elle est placée dans une gloire et entourée de douze étoiles.

Le maître-autel est de pierre blanche, orné sur le devant, d’un bas-relief représentant les disciples d’Emmaüs, ainsi que les quatre évangélistes avec leurs symboles. Contre le mur, est un grand Christ. Derrière le chœur se trouve une chapelle absidiale, dédiée au Sacré-Cœur, avec autel de pierre blanche formant table, soutenue par trois colonnettes de marbre rouge, et surmontée d’une statue du Sacré-Cœur. À droite est placée la chapelle de la Sainte Vierge ; l’autel est de pierre blanche, avec retable portant les noms de Jésus et Marie ; il est surmonté d’une statue de la Vierge-Mère en marbre blanc, œuvre d’Aubert. La chapelle de gauche est sous le vocable de saint Joseph ; l’autel de pierre est orné, au-devant, de lis sculptés en relief. Au-dessus de l’autel est une statue de marbre blanc signée : L. Castex, représentant saint Joseph méditant sur le mystère de l’Incarnation ; de la main droite, il lient une hache, symbole de son humble métier ; il porte l’index de la main gauche sur la bouche en signe de réflexion.

Église de Bellecombe, intérieur.

L’église est largement éclairée par de nombreuses baies ; celles du chœur et de la nef sont de simples grisailles, mais autour de l’abside on a placé quatre vitraux représentant : la Naissance du Sauveur, Jésus et les disciples d’Emmaüs, la Crucifixion et l’Ascension. La chapelle du Sacré-Cœur est éclairée par trois vitraux à dessins géométriques ; celle de la Sainte Vierge par trois verrières illustrées par des anges. Le vitrail du fond du transept représente la Présentation de Jésus au temple, il est signé : Paquier Sarrazin, Lyon, 1902. Au fond de la petite nef de droite, une verrière offre l’image de l’Agonie de Notre-Seigneur. La chapelle Saint-Joseph est éclairée de trois vitraux : la Vierge-Mère accompagnée de deux prophètes annonçant les gloires de Marie. La verrière située au fond du transept représente la Sainte Famille et des anges, dont les uns portent les instruments de la passion, tandis que les autres admirent ou adorent ; au bas de la nef de gauche se trouve le baptistère avec vitrail : le Baptême de Notre-Seigneur.

L’église de Bellecombe possède une chaire en bois sculpté et un beau chemin de croix, peinture en gris et noir sur cuivre avec filets or.

BIBLIOGRAPHIE DU CHAPITRE X

SAINT-NIZIER

Confrérie de Notre-Dame de Grâces. Le culte de la sainte Vierge et de saint Pothin dans l’église de Saint-Nizier, coup d’œil historique, d’après quelques documents nouveaux : par l’abbé Lapra, vicaire à Saint-Nizier. Lyon, Pitrat, sans date, in-32, vi-216 p., grav.

Adoration perpétuelle de Notre-Seignieur Jésus-Christ dans le Très Saint-Sacrement de l’autel, établie dans la paroisse de Saint-Nizier de Lyon. Lyon, 1692, in-12.

Indulgences et statuts de la confrérie de la très sainte et très adorable Trinité, érigée dans l’église collégiale et paroissiale de Saint-Nizier, l’an 1300 et renouvelée en 1728. Lyon, 1728, in-24.

Avantages et prérogatives de la confrérie de la très sainte Trinité de Saint-Nizier. Lyon, 1746, in-12.

Règlemens de la compagnie des Dames unies pour le secours des pauvres incurables de la paroisse de Saint-Nizier de Lyon. Lyon, Valfray, 1717, in-8, viij-37 p.

Indulgence plénière en forme de jubilé accordée à perpétuité à l’église de Saint-Nizier de Lyon. Lyon, Valfray, 1761, in-18.

Mémoire pour les chanoines & chapitres des trois collégiales de Saint-Just, Saint-Paul & Saint-Nizier de Lyon, intervenans comme d’abus & demandeurs, contre M. l’archevêque de Lyon, intimé & défendeur, en présence de MM. les chanoines-comtes de l’église primatiale de Lyon, appellans & intimés. Paris, Ph.-D. Pierres, 1777, in-4°, 40 p.

Mémoire pour M. l’archevêque & comte de Lyon, primat de France, intimé & défendeur, en présence du chapitre primatial de la même église, comte de Lyon, aussi intimé & défendeur, contre les chapitres des églises collégiales de Saint-Just, Saint-Nizier & Saint-Paul de ladite ville de Lyon, intervenans & adhérens à l’appel comme d’abus et interjetté par neuf chanoines de ladite église primatiale comtes de Lyon, des mandemens & ordonnances de publication de la nouvelle liturgie du diocèse & d’une délibération du chapitre primatial, contenant acceptation de cette liturgie. Paris, Simon, 1777, in-4°, 14 p.

Règlement pour les courriers de la confrérie du Saint-Sacrement, établie dans l’église Saint-Nizier. Lyon, 1787, in-8.

Procession de la paroisse de Saint-Nizier de Lyon à la chapelle de Notre-Dame de Fourvières, le 12 septembre 1815. Lyon. Boursy, 1815, in-12, 23 p.

Instructions, exercices de piété, règlement à l’usage des fidèles associés à la confrérie du Sacré-Cœur de Jésus, canoniquement érigée dans l’église paroissiale de Saint-Nizier de Lyon : [par J.-F. Besson]. Lyon, Rusand, 1818, in-12, 397 p.

Règlement de la société des dames établie pour le soulagement des pauvres incurables des paroisses de Saint-Nizier et de Saint-Bonaventure. Lyon, P. Rusand, 1824, in-18, 33 p.

Règlement de la confrérie de Notre-Dame de Grâces, rétablie à la suite de la mission de 1826 dans la paroisse de Saint-Nizier de Lyon, accompagné de quelques considérations ; par M. H. A., missionnaire de France, et suivi des considérations sur les mystères de la sainte Vierge, par l’auteur de l’Âme élevée à Dieu. Lyon, Rusand, 1827, in-18. 270 p.

Lyon ancien et moderne : par les collaborateurs de la Revue du Lyonnais, sous la direction de Léon Boitel ; avec des gravures à l’eau-forte et des vignettes sur bois, par H. Leymarie. Lyon, Boitel, 1838-53, in-4°, 2 vol. — T. II, p. 271, article de H. Leymarie sur Saint-Nizier.

Savy (J.-E.), Observations sur les restaurations actuelles de nos églises et nécessité de mettre au concours le projet de réédification de la façade de l’église de Saint-Nizier, avec plusieurs réflexions critiques sur l’architecture gothique, mémoire lu à la société académique d’architecture de Lyon, dans sa séance du 4 mars 1843 ; par J.-E. Savy, architecte. Lyon, Pommet. 1813, in-8. vi-32 p.

Vital de Valous, La confrérie de la Trinité, à propos de la porte de Saint-Nizier, dans : Revue du Lyonnais, (1880), série IV, t. I., p. 106.

Église Saint-Nizier à Lyon, notices sur les verrières consacrées à saint François de Sales et saint Louis de Gonzague, exécutées par Claudius Lavergne, né à Lyon, syndic-président de la corporation des artistes-peintres verriers de France, 1880-1885. Paris, J. Mersch, 1885, in-8, 8 p. [Signé :] Noël Lavergne.

Lapra (abbé), Confrérie de Notre-Dame-de-Grâces. Le culte de la sainte Vierge et de saint Pothin dans l’église de Saint-Nizier, coup d’œil historique, d’après quelques documents nouveaux ; par l’abbé Lapra, vicaire à Saint-Nizier. Lyon, Pitrat, 1885, in-32, vii-161 p., grav.

Lapra (abbé), Confrérie de Notre-Dame de Grâces de Saint-Nizier, notice et règlement. Lyon, Pitrat, 1885, in-32, 2 f,-216 p., grav.

Paroisse de Saint-Nizier. Petit manuel de la confrérie de Notre-Dame de Grâces et recueil des prières les plus anciennes, des coutumes et des indulgences particulières à celte association. Aux zélatrices de la confrérie de Notre-Dame de Grâces, en témoignage de leurs efforts pour la propagation de la confrérie et la restauration de la crypte. Lyon, Pitrat, 1886, in-24, 72 p., grav.

Descvernay (F.), La confrérie de la Sainte-Trinité de Lyon, dans : Revue du Lyonnais, (1897), série V, t. XXIV, p. 215.

Le livre des confrères de la Trinité de Lyon, 1306-1792, publié, d’après le manuscrit original, par Georges Guigue, ancien élève de l’École des chartes. Lyon, Georg, 1898, in-8, lxviii-257 p.

Inventaire du trésor de Saint-Nizier de Lyon, 1365-1373, liste des sépultures de la paroisse, 1316-1318, documents inédits publiés, d’après des textes originaux, par Georges Guigue, ancien élève de l’École des chartes. Lyon, Waltener 1899, in-8, xviii-87 p.

L’écho de Saint-Nizier, revue paroissiale, paraissant le 1er du mois, novembre 1903, n° 1. Lyon, imp. J. Vernay. In-8°, 8 p. — Périodique mensuel, 1903-1908.

[Condamin (J.)], Notice sur la crypte de l’église Saint-Nizier à Lyon. Lyon, Vitte, 1906, in-8, 35 p.

Abbé J.-B. Vanel, curé de la Demi-Lune, Le prône du deux brumaire an XI, à Saint-Nizier, conférence prononcée, le 9 mars 1906, aux facultés catholiques de Lyon. Extrait de l’Université catholique. Lyon, E. Vitte, 1906, in-8, 43 p.

SAINT-JACQUES OU SAINT-JACQUÊME

Statuts et règlemens pour la confrérie des pèlerins de Saint-Jacques et de Notre-Dame de Montserrat, érigée dans la chapelle de Saint-Jacques de la ville de Lyon, depuis plusieurs siècles, contenant un ajouté aux susdits statuts, la manière de recevoir les confrères. Lyon, Réguillat, 1755, in-8, 256 p.

La chapelle de Saint-Jacquême ou de Saint-Jacques de Lyon, notice rédigée sur les documents originaux, par V. de Valous, avec un essai de restitution figurée, par A. Steyert. Lyon, Brun, 1881, in-8, 62 p.-1 f., grav.

BLIE, SAINT-BENOÎT

Arrest du conseil d’étal du roi, qui ordonne que par le sieur archevêque de Lyon, il sera procédé à la suppression du prieuré de Blies, ordre de saint Benoît, situé dans la ville de Lyon, en la forme portée par ledit arrêt du 10 octobre 1750, extrait des registres du conseil d’État. Lyon, P. Valfray, 1752. — Décret de son éminence monseigneur le cardinal de Tencin, archevêque et comte de Lyon, portant suppression du titre du prieuré régulier de Notre-Dame-des-Anges de Blies en Bugey, ordre de saint Benoît & de la conventualité dans le monastère de Blies, situé dans la ville de Lyon ; de même que l’union des biens, meubles & immeubles, droits, fruits Prévenus desdits prieuré & monastère, au chapitre régulier des nobles chanoinesses de Neuville en Bresse, aux charges et conditions y énoncées, du 21 septembre 1751, in-4°, 2 parties, 22 et 20 p.

Les anciens couvents de Lyon ; par l’abbé Ad. Vachet, missionnaire de Lyon, de la maison des Chartreux. Lyon, E. Vitte, 1895, in-8, 3 f.-662 p.-l f., grav. — Pag. 139-41, notice sur Blie ; pag. 145-60, notice sur Saint-Benoît.

SŒURS DES AVEUGLES

[Castellan (D.), Les Jeunes aveugles de Lyon-Vaise, chemin Saint-Simon, 12. — Happorl par M. l’abbé D. Castellan, directeur des instituts des jeunes aveugles et des sourds-muets de Marseille, in-8°, 20 p.