Histoire des Canadiens-français, Tome III/Chapitre 3

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Wilson & Cie (IIIp. 33-52).

CHAPITRE III

1648-53.


Quelques seigneuries. — M. de Lauson, gouverneur. — Situation du Canada. — Nouveaux colons à Montréal.
O
n pourrait faire de la chronique des années 1645-1665 trois ou quatre gros volumes, tant les détails abondent sous nos yeux, grâce aux recherches des écrivains qui, depuis un quart de siècle, se sont tournés vers l’étude de notre histoire. Nous nous bornerons à retracer les grandes lignes du tableau, tout en appuyant sur les faits que nous tenons à mettre en lumière dans ce travail particulier qui est, avant tout, la chronique des Habitants.

Les concessions de terre, de 1648 à 1651, sont à peu près sans importance, ce qui s’explique par le malaise général qui régnait dans la colonie. Le dernier acte de ce genre que M. de Montmagny paraît avoir fait est daté du 15 août 1648 ; c’est l’échange d’un morceau de la seigneurie des jésuites, aux Trois-Rivières, pour un autre lopin, d’égale étendue, situé dans la banlieue actuelle. Les six cents arpents concédés aux pères (1634) se trouvaient contigus aux propriétés des habitants. Tout le plateau de la haute-ville était déjà en culture ; il ne restait plus (1648) d’espace pour un pâturage en commun ; les pères s’opposaient à la cession d’une lisière demandée pour cette fin. Le conflit de 1646, au sujet du Cap-de-la-Madeleine, se renouvela, et on en vint aux menaces, si bien que les religieux durent céder. Plus tard, nous verrons que la lutte n’était qu’engagée.

Michel Le Neuf du Hérisson, passé en France, l’automne de 1648, y fut retardé quelques mois par suite du départ de la cour de Paris pour Saint-Germain : on était en pleine guerre de la Fronde. Le calme s’étant rétabli, au printemps de 1649, ce seigneur se fit donner une lieue de terre de front sur cinq lieues de profondeur, à prendre dans la banlieue des Trois-Rivières, à la suite des terrains des jésuites ; c’est aussi en cette occasion que furent accordés le marquisat du Sablé, dans la ville actuelle, à Jacques Leneuf de la Poterie ; l’île aux Cochons, dans les bouches du Saint-Maurice, au même la Poterie ; et que les pères jésuites décidèrent d’appeler des colons dans leur seigneurie du Cap-de-la-Madeleine (voir tome II, page 141), où ils établirent une résidence en 1651. De plus, Leneuf de la Poterie activait le défrichement de sa concession de Portneuf, en ayant fait renouveler le titre l’année 1647. Le 29 mars 1649, la compagnie des Cent-Associés concède à Anne Gagnier, veuve de Jean Clément du Wault, chevalier, seigneur de Monceaux, commandant un régiment de chevaux-légers, une demi-lieue sur cinq de profondeur, qui forme la seigneurie de la rivière Jacques-Cartier ; et un arpent de terre, à prendre « dans l’enceinte désignée pour la ville de Québec, ou aux Trois-Rivières ». Le nom de la rivière Jacques-Cartier était adopté dès cette époque. Madame de Monceaux est citée à Québec en 1649 ; l’année suivante, elle fit un voyage en France et revint en 1651… Le petit fief Pachirini, dans la ville des Trois-Rivières, occupé par les jésuites depuis 1634, fut accordé à ces pères, le 5 juin 1651, en pure roture, « à condition d’y faire bâtir la renclore fermée du village de ce lieu. » La même année, fut signé en leur faveur le titre définitif de la seigneurie du Cap-de-la-Madeleine.

M. Jean de Lauson paraît avoir quitté le Dauphiné vers 1650. À cette époque, sa femme, Marie Gaudart, était décédée. Son fils aîné, Jean, avait visité Québec en 1644, puis il était entré dans le régiment de Navarre, ensuite dans celui de Picardie, où il était fort considéré du duc d’Épernon et devint capitaine vers l’âge de quinze ou seize ans. Les affaires du Canada s’embrouillaient ; la compagnie des Habitants s’était endettée à la Rochelle ; les charges qu’elle avait assumées pour l’entretien du pays étaient onéreuses ; la guerre des Iroquois gênait les transactions ; les différends soulevés au sujet du choix des prêtres et de la nomination d’un évêque compliquaient la situation. Le 2 janvier 1651, le bureau des Cent-Associés se réunit chez M. A. Cheffault, son secrétaire, et « ayant mis en délibération qu’attendu que les trois ans du gouvernement de M. d’Ailleboust… étaient expirés… et, suivant qu’il est accordé à la compagnie présenter au roi et à la reine régente trois associés en la dite compagnie, pour par l’un d’eux faire et exercer la dite charge pendant trois ans, il a été résolu que les sieurs de Lauson, conseiller ordinaire du roi en son conseil d’État et privé, Duplessis-Guerbodo et Robineau Bécancour, associés en la dite compagnie, seront présentés au roi et à la reine pour être l’un des trois qu’il leur plaira. » Le 17 janvier, le roi signa la commission qui suit :

« Étant le nécessaire, pour le bien de notre service, de pourvoir d’un gouverneur et notre lieutenant-général dans toute l’étendue du fleuve Saint-Laurent, au lieu et place du sieur Daillebout, dont le tems, qui ne doit être que de trois ans, ordonné par nos règlemens pour le dit pays, est expiré, savoir faisons que pour l’entière confiance que nous avons de la personne de notre amé et féal conseiller de notre conseil d’état, le sieur de Lauzon… établissons par ces présentes… gouverneur et notre lieutenant-général dans toute l’étendue du fleuve Saint-Laurent en la Nouvelle-France, isles et terres adjacentes de part et d’autre du dit fleuve, et autres rivières qui se déchargent en icelui jusqu’à son embouchure, à prendre dix lieues près de Miscou[1], du coté du sud et du côté du nord, autant que s’étendent les terres du dit pays, de la même sorte et tout ainsi que l’avait, tenait et exerçait le dit sieur Daillebout, pour trois ans seulement[2] qui commenceront du jour que le dit sieur de Lauzon arrivera à Québec ; auquel nous donnons plein pouvoir… de commander dorénavant tant aux gens de guerre qui sont et pourront être ci-après en quelqu’endroit que ce soit, que tous nos officiers, ministres et sujets d’icelui ; juger de tous les différends qui pourront naître entr’eux, faire punir les délinquans, et même exécuter à mort, si le cas échet, le tout souverainement et sans appel ; leur ordonner tout ce qu’il verra et connaîtra être nécessaire pour notre service et le bien de nos affaires, et la garde et conservation du dit pays en notre obéissance ; et ce aux mêmes droits et honneurs et prérogative que les précédens gouverneurs, pendant les dites trois années[3]. »

La compagnie de la Nouvelle-France ayant droit de haute, moyenne et basse justice, elle songea, probablement à l’instigation de M. de Lauson, à mettre les tribunaux du Canada sur un pied plus solennel. Par un acte[4] du 13 mars (1651), on voit que un grand-sénéchal avait été nommé pour tout le pays ; c’était Jean de Lauson, fils aîné du nouveau gouverneur, un enfant, qui avait commencé à servir dans l’armée ; comme il était impossible de prendre au sérieux un pareil juge en chef, il fallut nommer un homme rompu au métier à qui l’on confiât les fonctions de lieutenant-général civil et criminel : il se nommait Nicolas Le Vieux, écuyer, sieur de Hauteville ; son tribunal devait être fixé à Québec ; des lieutenants particuliers pour les causes en première instance devaient être nommés aux Trois-Rivières et à Montréal. Les appels venaient devant le gouverneur-général, qui avait pouvoir de juger en dernier ressort. Ainsi donc, la charge du grand-sénéchal n’était qu’un titre honorifique ; la justice était administrée au nom d’un homme de paille, par des officiers compétents, auxquels on adjoignit, dans chaque centre, un procureur fiscal, remplissant, devant les magistrats ou juges de seigneuries, les fonctions de procureur-général dans les cours du roi.

Voilà où en étaient les Habitants, après une lutte de quinze années : ils subissaient de plus en plus la loi des influences, et, au moment où M. de Lauson, qui personnifiait le génie de la spéculation et le manque de bonne foi des Cent-Associés, devenait gouverneur-général, son ancienne alliance avec les jésuites mettait virtuellement le Canada sous la main de ces derniers ; car nous savons avec quelle adresse ce corps religieux s’introduit dans les gouvernements et les mène.

Jusqu’à 1650, les jésuites avaient tenté principalement la conversion des sauvages. Malheureusement, ils n’y avaient pas réussi ; cette entreprise généreuse nous paraît avoir été chose impossible, étant donné le caractère des races huronne et algonquine. Par surcroît, la mauvaise administration des Cent-Associés (qui ne visaient qu’aux bénéfices de la traite) et les conseils des jésuites (qui faisaient porter les secours vers les missions sauvages) augmentèrent les difficultés. Il eût fallu s’en tenir à la politique de Champlain : former une colonie solide de sujets français et catholiques, et après cela tenter la conversion des indigènes.

Les calculs erronés ayant produit les catastrophes que l’on sait, les missionnaires redevinrent hommes d’État : ils dirigèrent leurs forces du côté du gouvernement de la colonie. M. de Lauson était désigné par la nature même des services qu’il avait rendus à ces religieux, services que certains historiens regardent comme ayant été utiles au Canada, mais qui n’ont fait que du mal à nos pauvres Habitants.

Ce gouverneur, accompagné de son fils Jean, grand-sénéchal, déjà seigneur de la côte de Lauson ; de son autre fils, Louis (le quatrième), à qui il avait passée récemment le domaine de la Citière ; de Guillaume Guillemot, écuyer, sieur Duplessis-Bochart-Kerbodot, nommé gouverneur des Trois-Rivières, et de Nicolas Le Vieux de Hauteville, débarqua à Québec le 14 octobre 1651. Le père Ragueneau fait à ce moment une peinture navrante de la situation du pays, et il ajoute : « Nous recommandons toujours cette mission aux prières de Votre Révérence et de tous ceux qui ont de l’affection pour la conversion des sauvages, puisque, après tout, c’est en Dieu seul que nous jettons nos confiances et qu’il est vrai que le ciel, plutôt que la terre, remplira l’attente de nos désirs. » La terre, dans ce langage, signifie les Cent-Associés : — pourquoi ne remplissaient-ils pas leurs obligations ? La colonie française, devenue forte et prospère, eût fait bon marché des Iroquois, et les missions s’en seraient ressenties. Toutes les Relations s’écartent de la cause des Habitants.

Le 18 octobre, dit le Journal des Jésuites, M. le gouverneur vint dîner en notre réfectoire. M. Duplessis, M. le sénéchal et M. de la Citière, M. de Hauteville, M. de Tilly, M. de Repentigny, M. Robineau, M. Dauteuil : une heure après midi, les écoliers reçurent M. le gouverneur dans notre nouvelle chapelle, latina oratione et versibus gallicis, etc. Les sauvages dansèrent. » Un mot des personnes ci-dessus :

Jean-Baptiste Le Gardeur de Repentigny, né 1632 en France, arrivé (1636) avec son père, Pierre Le Gardeur, épousa (1656) Marguerite, unique enfant de Jean Nicolet, et laissa une nombreuse et belle descendance.

René Robineau, fils de Pierre Robineau de Bécancour, l’un des Cent-Associés, épousa (été 1652) Marie, fille de Jacques Leneuf de la Poterie. Sa descendance s’est distinguée au Canada et en Acadie. Vers 1654, il y avait, dans le cercle des beaux-esprits de Paris, une demoiselle Robineau que Mlle de Scudéry a peinte sous le nom de Doralise.

Denis-Joseph Ruette, sieur d’Auteuil, maître d’hôtel général du roi, était à Québec en 1650. Sa femme, Claire-Françoise, fille de madame de Monceaux, faillit être enlevée par les Iroquois, à Québec, le 1er mai 1651 ; elle alla demeurer à Beauport, en attendant sa mère et son mari, partis ensemble pour la France, l’automne de 1650, d’où ils revinrent le 20 septembre 1651. Madame de Monceaux épousa (1655) l’ingénieur Jean Bourdon. Le Sieur d’Auteuil fut procureur-général, et plus tard aussi l’un de ses fils occupa la même charge. Sa descendance est encore parmi nous.

Le juge Le Vieux de Hauteville épousa à Québec, en 1654, Marie, fille de Vincent Renardin de la Blanchetière ; une de ses filles devint religieuse hospitalière, et mourut en 1713 à Québec.

Le sieur Duplessis-Bochart, que nous n’avons pas revu depuis 1635, paraît s’être marié vers 1646 avec Étiennette, fille de noble homme Nicolas Després (décédé avant 1651) et de Madeleine Leblanc. Cette dernière accompagna ses enfants au Canada : Étiennette, ci-dessus ; Anne, dont nous allons parler ; Geneviève, qui épousa (1653) Louis Couillard de l’Épinay ; Guillaume, et Nicolas, noyé en 1652.

Le 21 octobre 1651, Jean de Lauson, grand-sénéchal et « lieutenant au gouvernement de la Nouvelle-France, » signa son contrat de mariage avec Anne Després ci-dessus nommée ; la cérémonie eut lieu à l’église deux jours plus tard. Signatures au contrat : Jean de Lauson, Anne Després, De Lauson, Thiennète Després, Geneviève Després, Duplessis Querbodo, Paul Ragueneau, supérieur, Barthélémy Vimont, curé, Louis de Lauson, Guillaume Després.

Les appointements du gouverneur des Trois-Rivières venaient d’être fixés à cinq mille deux cent cinquante francs, et cette charge confiée à M. Duplessis-Bochart, qui en prit possession vers le 15 novembre. Pour compenser cette augmentation de dépense, on retrancha mille francs à M. de Maisonneuve sur ce qui lui était versé annuellement, pour lui et sa garnison, ce qui le réduisit à trois mille. Le gouverneur-général, dont l’intervention est visible dans toute cette affaire, obtint pour lui-même un supplément de deux mille livres, sans autre charge que d’accroître la garnison de Québec de trois soldats. M. de Lauson, cependant, passa pour mesquin aux yeux des gens du pays ; car il ne mit jamais, paraît-il, sa maison sur un pied digne du rang qu’il tenait ici. D’un autre côté, Montréal ne plaisait que médiocrement à ce fonctionnaire, et il ne manqua point les occasions de le témoigner. « À Québec, écrit M. l’abbé Faillon, le conseil attribuait des pensions aux jésuites, aux ursulines, aux hospitalières, à la fabrique de la paroisse, au chirurgien, au boulanger et à beaucoup d’autres, et il n’y avait pour Villemarie que trois mille livres, destinées au gouverneur et à sa garnison, et quatre cents livres pour le garde-magasin de la compagnie des Habitants. »

L’été de 1651, les Iroquois étaient devenus tellement nombreux dans l’île de Montréal, que l’on avait dû abandonner les cinq ou six maisons habitées par des familles françaises, et que Mlle Mance, ne se voyant pas en sûreté à l’hôpital, en sortit pour se réfugier au fort avec tout le monde. Elle pressa M. de Maisonneuve de se rendre à Paris, d’y voir madame de Bullion et de prendre des arrangements pour relever leur colonie, sans quoi, pensait-on, il valait mieux s’en retourner en France. Ce gentilhomme, tout dévoué à l’œuvre méritoire qu’il poursuivait depuis plusieurs années, descendit à Québec et commença par plaider la cause de Montréal auprès de M. de Lauson ; mais tout ce qu’il put obtenir fut la promesse d’un renfort de dix soldats. Il avait laissé son poste entre les mains de M. d’Ailleboust[5] des Musseaux[6], ne voulant pas y rappeler M. Louis d’Ailleboust, probablement à cause des vues de ce brave officier, lesquelles ne s’accordaient pas avec celles de M. de Lauson — et l’on croyait prudent de ne point susciter d’antagonisme entre deux hommes placés à la tête du pays. M. de Maisonneuve s’embarqua pour la France le 5 novembre 1651. La plupart des missionnaires, revenus du pays des Hurons, retournèrent aussi en France ; il resta trente jésuites au Canada. Cinq religieux de cet ordre avaient péri, depuis six ans, de la main des Iroquois : les pères Jogues (1646), Daniel (1649), Brebeuf (1649), Garnier (1649), Chabanel (1649), et l’année 1652 vit succomber le père Buteux.

Les dix soldats promis arrivèrent à Montréal, le 10 décembre, dans un tel état de pénurie qu’on « les prenait pour des spectres vivants qui venaient, tout squelettes qu’ils étaient, affronter les rigueurs de l’hiver, » dit M. Dollier de Casson. L’un de ces hommes, André Charly dit Saint-Ange, natif de la paroisse de Saint-Gervais de Paris, épousa, à Montréal (1654), Marie Dumesnil, de l’Anjou, et laissa une nombreuse descendance. Un autre, Honoré Langlois dit Lachapelle, chapelier, aussi de Paris, se maria (1661), au même endroit, avec Marie Pontonnier.

Le mère de l’Incarnation parle de l’arrivée d’un grand nombre de personnes en 1651. Nous avons tenté de réunir leurs noms dans les tableaux que le lecteur trouvera plus loin.

L’octroi de quelques seigneuries marque les débuts de l’administration du nouveau gouverneur-général. Madame Éléonore de Grandmaison, veuve de M. François de Chavigny, demeurait à l’île d’Orléans, mais elle tenait à conserver les deux fiefs de Chavigny concédés à son époux en 1640 et 1647. C’est pourquoi, le 1er mars 1652, M. de Lauson lui accorda le titre suivant : « L’intention de la compagnie de la Nouvelle-France ayant toujours été de faire le possible afin de peupler la Nouvelle-France, et de veiller sur ceux qui, sous prétexte d’avoir ce dessein, auraient obtenu de la même compagnie des concessions avec des conditions avantageuses, pour, en cas de négligence de leur part, en gratifier d’autres particuliers, pour les faire valoir, et sur le rapport qui nous a été fait que François de Chavigny, sieur de Berchereau, ayant quitté la Nouvelle-France, il y aurait abandonné tout ce qu’il y possédait, et que, laissant les affaires en cette incertitude, cela pourrait empêcher d’autres particuliers de cultiver les dits lieux au bénéfice du pays, et ayant ci-devant fait publier notre ordonnance[7], par laquelle nous avons enjoint à tous particuliers ayant concession de la compagnie non-seulement de se faire mettre en possession, mais de travailler incessamment au défrichement, autrement déchus de leurs concessions, desquelles nous disposerons en faveur d’autres personnes qui les feraient valoir — à ces causes… nous avons, par ces présentes, disposé des lieux par lui ainsi abandonnés… en faveur de damoiselle Éléonore de Grandmaison… aux mêmes charges, clauses et conditions… (Signé) De Lauzon. Et plus bas : par monseigneur : (signé) Le Sieur[8]. » On remarque combien est sévère M. de Lauson au sujet de l’obligation de défricher et mettre les terres en valeur. Excellente pratique dont il ne tenait pas beaucoup compte lorsque sa famille était en cause. La concession ci-dessus mesurait une lieue au fleuve ; elle passa à Jacques-Alexis de Fleury Deschambault, marié (1671) à Marguerite de Chavigny. Un autre fief, voisin, d’une lieue de front, fut accordé, en 1672, à Éléonore de Grandmaison, mariée en secondes noces avec le sieur Jacques Descailhaut de la Tesserie. De cette manière, la seigneurie dite Deschambault s’étend de celle de Portneuf à celle des Grondines.

Le 8 février 1652, le gouverneur-général accorda à l’un de ses fils la seigneurie décrite ci-après : « La compagnie de la Nouvelle-France, depuis son établissement, ayant été en continuelles recherches de personnes de condition qui voulussent, en favorisant leur dessein, concourir avec eux à la peuplade de cette vaste et grande province ; sur la certitude que nous avons que Louis de Lauson, escuyer, seigneur de la Citière et de Gaudarville, aurait volonté avec le temps de s’habituer en la Nouvelle-France et de faire défricher et déserter, et ensuite le plus de familles qui lui serait possible, afin de fortifier le pays contre ceux qui y voudraient entreprendre… concédons au dit sieur de la Citière les lieux situés dans l’étendue des bornes qui ensuivent, c’est à savoir : aboutissant d’un côté à la ligne qui sépare la concession accordée aux sauvages (Sillery, 13 mars 1651) ; d’autre côté tirant une ligne parallèle et de séparation et qui prendra pour borne la rivière du Cap-Rouge icelle rivière comprise ; et par devant aboutissant à la route qui va de Québec au Cap-Rouge et qui prend le derrière des concessions d’Antoine Martin dit Montpellier, Nicolas Chaigneau[9], Pierre Garement[10], François Boulé[11], René Mézeré, François Boucher, Charles Gaultier dit Boisverdun[12], Guillaume Boisset, Pierre Gallet, Jacques Archambault, Nicolas Ruelle et Étienne Dumetz, la dite route, entre deux lignes parallèles ci-dessus écrites, commençant, l’une derrière la concession du dit Dumetz, sur la rivière du Cap-Rouge, et l’autre derrière celle du dit Montpellier, étant en partie sur la concession des sauvages et l’autre en la censive de la compagnie, jusqu’à quatre lieues de profondeur et ainsi aboutissant aux terres non-concédées… à même droit que la compagnie de la Nouvelle-France en jouit… (Signé) De Lauson ; et plus bas : par monseigneur : (signé) Limero[13]. » Le nom de Gaudarville donné à cette seigneurie vient de Marie Gaudard, première femme de Jean de Lauson et mère de Louis, le concessionnaire. Le 15 novembre 1653, fut accordé le titre que voici : « Les irruptions continuelles des Iroquois paraissant journellement aux habitants du Cap-Rouge, où ils ont fait plusieurs massacres et enlevé nombre d’habitants, le peu d’habitations qu’il y a demeurent abandonnées, soit par la mort de ceux qui les faisaient valoir, soit parce que effectivement les habitants les ont quittées, de manière que ce lieu court fortune d’être entièrement perdu pour être éloigné de tous secours et avoir besoin de quelque personne puissante qui, avec l’assistance de ses amis, put soutenir l’effort de ces barbares, y faisant construire quelque réduit ; et jugeant que Louis de Lauson[14], escuyer, sieur de la Citière et Gaudardville, se pourrait résoudre à la défense de ce poste, si on lui voulait accorder ce petit espace[15] de terre et le joindre ensemble, la censive qui est sur icelui, à sa terre et Seigneurie de Gaudarville… lui accordons l’espace de terre qui est enclos entre sa dite concession de Gaudarville, la ligne qui borne la concession des sauvages, le fleuve Saint-Laurent, et à la rivière du Cap-Rouge, icelle rivière du Cap-Rouge comprise… (Signé) De Lauson ; et plus bas : par monseigneur : (signé) Durant[16]. » Depuis ce temps, la seigneurie est bornée au nord-est par Sillery et Notre-Dame-des-Anges, au nord-ouest par Saint-Augustin ou Des Maures, en arrière par la rivière Jacques-Cartier, et en front par le fleuve ; elle mesure quarante-cinq arpents sur quatre lieues de profondeur.

Le 15 avril 1653, M. de Lauson avait accordé à ce même fils, Louis, une étendue de terre de trois lieues de front sur trois lieues de profondeur, comprenant la rivière au Saumon, vis-à-vis l’Île-Verte ; et, le 31 décembre (1653), il lui concède vingt arpents de front au fleuve, sur une profondeur d’une lieue et demie[17]. Le jeune Louis, ainsi pourvu, songea à se marier. Le 3 octobre 1655, il épousa Catherine, fille de feu Jacques Nau de Fossambault, conseiller du roi et procureur-général des finances en Berry, et de Catherine Granger, demeurant à Pau. Cette jeune personne (née 1634) avait été envoyée à Québec (1655) par la duchesse d’Aiguillon pour être religieuse à l’Hôtel-Dieu. « Elle avait beaucoup d’esprit et de piété, mais point de vocation. » Sa sœur, Marie-Thérèse, se maria (1663) avec Joseph Giffard.

Jean de Lauson, grand-sénéchal, ne fut pas oublié. Le 1er septembre 1652, on lui donna la rivière du Petit-Pré, consistant en vingt-huit arpents au fleuve sur une lieue et demie de profondeur. Puis, le 3 octobre 1653, il reçut une autre seigneurie, entre celle de Lauzon et celle de Bellechasse, avec pareille profondeur dans les terres. Ensuite (14 août 1655), il eut dix arpents de terre faisant partie de la ferme de la Grange, avec la cour et les bâtiments. En compensation, Jean, qui possédait aussi la seigneurie de Lauzon, concéda diverses terres sur cette côte, de 1652 à 1658 ; l’une d’elles fut accordée (1652) à « messire Charles de Lauzon, chevalier, seigneur de Charny, grand maître des eaux et forêts en la Nouvelle-France[18]. »

Charles de Lauzon, troisième fils du gouverneur, était arrivé à Québec le 23 juin 1652, et, bien que âgé à peine de quinze ans, il était déjà revêtu d’une charge en apparence considérable et qu’on venait de créer pour lui ; les eaux et forêts de la Nouvelle-France, c’était quelque chose de plus étendu que les ombrages de Fontainebleau ! Dès le 12 du mois d’août suivant, il épousa Marie-Louise, fille de Robert Giffard, seigneur de Beauport, âgée de treize ans et cinq mois.

L’année suivante, Giffard fit reculer les bornes de sa seigneurie du côté de Montmorency, et reçut la concession de Mille-Vaches[19] : « trois lieues de front sur le fleuve, du côté du nord, au dessous de Tadoussac et les grandes et petites Bergeronnes, avec quatre lieues de profondeur… suivant la coutume du Vexin-le-Français[20] enclavée de celle de Paris[21]. » M. de Lauson avait des vues du côté de Tadoussac.

La situation du Canada devenait de plus en plus critique. Chaque semaine était signalée par quelque meurtre ou des enlèvements qui fournissaient des victimes aux Iroquois. La femme d’Antoine Primot, de Montréal, soutint un long combat contre l’un de ces barbares, et réussit à sauver sa vie. Aux portes de Québec, les maisons de la campagne étaient attaquées à tout moment. Le poste des Trois-Rivières restait nuit et jour sous les armes. On se battait sans cesse, et le nombre des maraudeurs semblait augmenter. Vers le printemps de 1652, le père Buteux, qui revenait de son second voyage dans le haut Saint-Maurice, fut tué près des chutes de Shawinigan, avec un soldat, Pierre Legros dit Fontarabie, qui l’accompagnait. Au mois d’août, M. Duplessis-Bochart fit une sortie contre les bandes qui infestaient la contrée, et tomba sous leurs coups, ainsi qu’une vingtaine de Français, dont plusieurs chefs de famille. Et cependant, M. de Lauson supprima le camp volant, à cause de la dépense qu’il occasionnait. Les campements des Attikamègues dans le Saint-Maurice, visités en 1651 et 1652 par le père Buteux, furent emportés de vive force, et il s’y commit des horreurs que la plume se refuse à décrire.

« On ne voit goutte, écrit la mère de l’Incarnation, on marche à tâtons, et quoiqu’on consulte des personnes très éclairées et d’un très bon conseil, pour l’ordinaire les choses n’arrivent point comme on les avait prévues et consultées. Cependant, on roule, et lorsqu’on pense être au fond d’un précipice, on se trouve debout. Cette conduite est universelle, tant dans le gros des affaires publiques que dans chaque famille en particulier. Lorsqu’on entend dire que quelque malheur est arrivé de la part des Iroquois, comme il en est survenu un bien grand (le désastre des Trois-Rivières) depuis un mois, chacun s’en veut aller en France ; et au même temps, on se marie, on bâtit, le pays se multiplie, les terres se défrichent, et tout le monde pense à s’établir… Il y en a qui regardent ce pays comme perdu… Si nous avions connaissance des approches de l’ennemi, nous ne l’attendrions pas, et vous nous reverriez dès cette année. Si je voyais seulement sept ou huit familles françaises retourner en France, je croirais commettre une témérité de rester… Les mères hospitalières sont dans la même résolution. Mais pour vous parler avec simplicité, la difficulté qu’il y a d’avoir les nécessités de la vie et du vêtement, fera plutôt quitter, si l’on quitte, que les Iroquois : quoiqu’à dire la vérité, ils en seront toujours la cause foncière, puisque leurs courses et la terreur qu’ils jettent partout arrêtent le commerce de beaucoup de particuliers. C’est pour cela que nous défrichons le plus que nous pouvons… On ne craint point les Iroquois dans les habitations, mais dans les lieux écartés et dans les maisons qui sont proches des bois. L’expérience qu’on a qu’il n’y a rien à gagner à les poursuivre, fait qu’on se tient seulement sur la défensive, et c’est bien le meilleur. Les Iroquois craignent extrêmement les canons, ce qui fait qu’ils n’osent approcher des forts. Les habitants, afin de leur donner la chasse et de la terreur, ont des redoutes en leurs maisons pour se défendre avec de petites pièces… Si Dieu ouvrait les yeux à cet ennemi, qui est assez fort pour tout perdre, tout le pays serait en grand hasard. » Elle ajoute, faisant allusion à la guerre civile qui désolait la France et où la barbarie des Iroquois était imitée à la lettre : « Je viens de vous parler de nos disgrâces, mais quand j’ai appris les troubles et guerres de la France, j’ai ressenti dans mon âme une douleur qui m’a fait oublier toutes les croix que nous souffrons en ce bout du monde. »

Le camp volant, qui, le 7 juillet 1652, existait encore, sous les ordres de M. des Mazures, se trouva réduit à rien l’automne de la même année. M. de Lauson le réorganisa durant l’hiver qui suivit. On attendait des secours de France, surtout de la part de M. de Maisonneuve ; mais ce gentilhomme était découragé ; il écrivait, au sujet de Montréal : « Je tâcherai d’amener deux cents hommes… Si je n’en ai pas du moins cent, je ne reviendrai point, et il faudra tout abandonner, car aussi bien la place ne serait pas tenable. » Au printemps de 1653, une barque armée, envoyée à Montréal, retourna à Québec annonçant que les Français de ce lieu devaient être morts ou faits prisonniers, parce qu’on n’y voyait aucun signe de vie, et qu’on avait cru prudent de ne point s’aventurer à terre sous ces circonstances. Les pauvres colons de Montréal étaient tellement renfermés dans leur fort que la place, en effet, paraissait déserte.

Le 7 juillet (1653), le camp volant, composé de cinquante Français sous les ordres de Eustache Lambert, se mit en branle, à Sillery, pour remonter le fleuve. Ce faible secours pouvait à peine gêner quelques bandes d’Iroquois ; il était de beaucoup insuffisant pour s’opposer à une armée de cinq cents Agniers qui bloquaient les Trois-Rivières. Lorsque la nouvelle de ce péril parvint à Québec, le père Lemercier, supérieur des jésuites, courut encourager les habitants du poste et les inciter, écrit-il, à élever des fortifications ; il va même jusqu’à leur reprocher de n’avoir pas travaillé à mettre la bourgade en état de défense ; mais nous savons à qui attribuer cette faute : aux pères eux-mêmes qui, par l’acte de concession du fief Pachirini, s’étaient obligés de construire la palissade sans retard, et n’en avaient rien fait. Un homme de mérite, l’une des plus belles figures de notre histoire, se révéla dans ces circonstances redoutables. Pierre Boucher, capitaine de milice, défendit la place en l’absence de son gouverneur, Jacques Leneuf de la Poterie, alors à Québec. Après plusieurs jours d’escarmouches et d’alertes, il repoussa l’ennemi dans un combat qui donna à réfléchir aux barbares. En même temps, le père Poncet fut enlevé, un peu au dessus de Québec. Pour des raisons qui ne sont pas très bien connues, les Iroquois se décidèrent brusquement à parler de paix, et tout se régla à l’amiable. Le père Poncet fut libéré ; M. Boucher descendit à Québec, où M. de Lauson le complimenta et le nomma gouverneur des Trois-Rivières. On crut un instant que le calme était rétabli.

Au milieu du va-et-vient des ennemis, on avait constaté qu’un certain nombre de Hurons les accompagnaient et enlevaient les Français, lorsqu’ils ne les massacraient pas. Les familles fixées à l’île d’Orléans avaient eu des pourparlers avec les maraudeurs dans le dessein de quitter les environs de Québec et aller vivre avec les cinq nations. C’étaient là de tristes alliés pour les Français ; car leur attitude redoublait les dangers de la situation.

Le 9 août, malgré les troubles, les habitants firent les élections de leurs représentants. « Fut faite et déclarée, dit le Journal des Jésuites, la nomination de M. d’Ailleboust au syndicat ; Thomas Hayot, adjoint du Cap-Rouge, y compris Sillery ; M. de Tilly, adjoint de la Côte-Sainte-Geneviève ; M. Denis, adjoint de Québec ; le sieur de la Meslée, adjoint de la côte de Notre-Dame-des-Anges ; Guillaume Peltier, adjoint de Beauport ; François Belanger, adjoint de la Longue-Pointe ; Pierre Picard, adjoint du Cap-Tourmente ; M. Buissot, adjoint de la côte de Lauson. »

Nous avons tenté de réunir dans un tableau, que l’on trouvera à la suite de cette page, les noms de tous les Français de Montréal, entre les années 1641 et 1653, c’est-à-dire avant l’arrivée de la fameuse colonie amenée par M. de Maisonneuve, l’automne de 1653. Le lecteur comprendra que le chiffre indiquant la date de l’arrivée de chaque individu se rapporte, dans certains cas, à la plus ancienne mention connue ; car la véritable date de l’arrivée fait parfois défaut. Ces recherches nous ont pris beaucoup de temps.

Les années 1641-44 fournissent la moitié des soixante et douze hommes que renferme ce tableau, ce qui correspond de bien près aux quarante hommes que l’on dit avoir été envoyés dans ce poste pour le fonder, sous les ordres de M. de Maisonneuve.

Nous indiquons les provinces d’où sont sortis quarante et un de ces hommes et celles de vingt-six femmes sur les trente-six, qui se sont mariés avant ou après 1653. Vingt et un de ces ménages sont antérieurs à l’année 1654. Vingt-sept colons ont reçu des terres à titre d’habitants. Trente-deux hommes, ou près de la moitié du nombre total, ont péri de la main des Iroquois durant les vingt premières années.

Que de réflexions inspirent ces simples chiffres ! Et quel respect ne devons-nous pas avoir pour les courageux fondateurs de la grande ville !

Les quatorze ou quinze hommes cités comme étant arrivés de 1651 à 1653 inclusivement appartiennent plutôt aux dix années antérieures, puisque nous savons dans quel état de délaissement Montréal était tombé après 1651 ; néanmoins, faute de pièces justificatives, nous n’osons leur assigner une autre date que celle où on les trouve mentionnés pour la première fois.

Si, maintenant, nous calculons le nombre des hommes, des femmes et des enfants arrivés avant 1653, nous formons un total approximatif de cent âmes au moins, peut-être cent vingt. Les ménages restant, à la date de 1652, ou l’été de 1653, devaient être de douze ou quinze, et toute la population, de quatre-vingt-dix à cent âmes. Les annales du temps parlent de cinq ou six maisons construites en dehors du fort, et dont quelques-unes abritaient probablement deux ménages.

Mademoiselle Mance n’avait avec elle ni sœur ni élève. Jeanne Loisel, née le 21 juillet 1649, est la première fille du poste qui ait survécu après être sortie du berceau ; elle venait d’atteindre l’âge de quatre ans lorsque la sœur Bourgeois arriva, en 1653.

HOMME Arrivé à Montréal Marié PROVINCE FEMME ÉTAT Reçoit une terre Tué par les Iroquois Observations
Nom Prénom Surnom Homme Femme Nom Prénom
Chomedey Paul de Maisonneuve 1641 Champagne Militaire
Closse Lambert 1641 1657 Touraine Moyen Élizabeth Id. 1650 1662
Gadois Pierre 1641 1630 Perche Perche Manger Louise 1648
Godé Nicolas 1641 1630 Id. Id. Gadois Françoise Menuisier 1650 1657
Damien Antoine 1641 Normandie
Gorry Jean 1641 Bretagne
Émery Pierre 1641 Normandie
Robelin François 1641 Paris
Hébert Jean-Augustin Jolicœur 1641 1646 Normandie Paris Duvivier Adrienne 1651
Barbier Gilbert Minime 1641 1650 Nivernois1 Lorraine Delavau2 Catherine Charpentier 1650 1 De Saint-Aré de Dezile, sur Loire.
2 Amenée, 1650, par Mlle Mance.
Prudhomme Louis 1641 Paris Perche Gadois Roberte Brasseur 1650
Caillot Jean Lyon
Primot Antoine 1642 Normandie Normandie Messier Martine 1650
Belanger 1643
Touze David de la 1643
Didier Pierre 1643
Quesnel Pierre 1643
Saint-Père Jean de 1643 1651 Gatinois Perche Godé Mathurine Notaire 1650
1651
1654
1657
Philippe Jean 1643 1643
Boni Jacques
Caron Jean 1643
Davenne Jean-Bte 1643
Serrurier Mathurin 1643
D’Ailleboust Louis Coulonge 1643 1638 Champagne Paris Boulongne Barbe Militaire
Godé François 1643 1649 Auvergne Bugeon3 Françoise Menuisier 1648 3 Amenée de France par Maisonneuve, 1647.
Léger César 1643 1644 Saintonge Perche Gadois Roberte
Boissier Guillaume Guilling Limousin 1643
Lucault Léonard Barbeau 1643 1648 Id. Perche Poisson4 Barbe 1648 1651 4 Amenée par Maisonneuve, 1647.
Berte Bernard Boëte Lyonnais 1643
Laforest Pierre Lauvergnat 1643
Haudebert Jacques 1643
Mattenasse Jean Charpentier 1644
Bigot Pierre 1644
Lebeau Guillaume 1644
DeCelles Gab. Duclos de Sailly 1645 1651 Noraie Perche Poisson5 Barbe Juge 1654 5 Veuve de Léonard Lucault.
Archambault6 Jacques 1645 1620 Toureau Françoise 1650
1654
5 Arrivé avec sa femme, son fils et trois filles.

Lemoine Charles de Longueuil 1646 1653 Normandie Normandie Tierry Catherine Interprète 1653
Meunier Mathurin Mounier 1646 1647 Anjou Id. Fafard7 Françoise 7 Amenée, 1647, Par Maisonneuve. Premier mariage à Montréal.
Chauvin Michel Saint-Suzanne 1647 16478 Maine Aunis Archambaul Anne 8 Mariés à Québec.
Loisel Louis 1647 1648 Normandie Charlot9 Marguerite Serrurier 1654 9 Amenée, 1647, par Mais’ve.
Juillet Blaise Avignon 1647 1651 Avignon Liercour Antoinette de 1648 Noyé, 1660, à la guerre.
Basset Bénigne Deslauriers 1647 1659 Vauvilliers Jeanne Notaire
Tessier Urbain Lavigne 1647 1648 Anjou Aunis Archambault Marie Charpentier 1650
1654
Mariés à Québec.
Desroches Jean 1647 164710 Bourgogne Perche Godé11 Françoise 1650 10 2e mariage à M’réal.
11Amenée par Maisonneuve, 1647.
Richeaume Simon 1648
Tessier Pierre La Tremblade 1648 Rochelle 1650 1650, abjure le calvinisme.
Messier Jacques 1648 Inconnu 1650 1653 Mariés en France.
Bonenfant Mathurin 1648
D’Ailleboust Ch-Joseph Musseaux 1648 1652 Paris Normandie LeGardeur Catherine Militaire
Trottier Gilles 1649 Donna ses biens à l’église.
Boudart Jean Grand-Jean 1649 12 Rochelle Rochelle Mercier13 Catherine 1651 12 Mariés à la Rochelle.
13 Enlevée par les Iroquois, 1651.
Pappe Jean 1649
Léodarius César 1649
Sicotte Jean 1649 1662 Rochelle Mechin Marguerite Scalpé par les Iroquois. Il survécut plusieurs années.
LeBer Augustin 1650
Perrin Henri 1661 Merrin Jeanne 1650
Davenne François 1650
David André 1650 1652
Archambault Denis 1651 Tué, 1651, par un canon qui creva.
Olivier Petit-Breton 1651 1654
Roos Antoine 1651
Langlois Honoré Lachapelle 1652 1661 Paris Pontonnier Marie Chapelier
Thibaut Étienne Lalochetière 1652
Charly André Saint-Ange 1652 1654 Paris Anjou Dumesnil Marie Soldat
Leduc Jean 1652 Perche Soulinié Marie 1653
Lemoine David 1653 Normandie
Villain14 Pierre 1653 1654 Poitou Anjou Lorion15 Catherine 1653 14 Tué par un arbre, 1655.
15 Elle s’est mariée quatre fois.
Noila Michel 1653
Beauvais Jacques Saint-Jême 1653 1654 Perche Anjou Soldé Jeanne
Cavelier Robert Deslauriers 1653 1654 Normandie Paris Duvivier Adrienne Armurier Veuve de Jean-Aug. Hébert.
Picot Jean Labrie 1653 Brid Id. Grandin Marie
Jarry Éloi Lahaye 1653 1654 Perche Poitou Merrin Jeanne Charron 1649
Milot Jean Millet 1653 1654 Paris Anjou Pinson16 Marie-Marthe Taillandier 1661 16 Envoyée par la Dauversière.

À Paris, le gouverneur de Montréal avait obtenu de madame de Bullion de forts secours en argent. Il s’occupa d’enrôler des hommes, jeunes, robustes, de divers métiers et de bonnes mœurs, pour augmenter sa colonie. M. de la Dauversière et son frère, M. Le Royer de Boistaillé, juge à la Flèche, lui aidèrent avec succès dans ce travail. À la Flèche, au printemps de 1653, on passa l’engagement de cent vingt hommes, et ailleurs trente-quatre autres. Les contrats étaient faits pour cinq années. L’Anjou, le Maine et le Mans contribuaient pour les deux tiers, ou une centaine d’hommes dans cette recrue. Venaient ensuite Paris et ses environs, une douzaine ; la Normandie, une dizaine ; les autres provinces ne comptaient que pour un chiffre insignifiant. D’après les pièces visitées à la Flèche par M. l’abbé Faillon, il y avait dans cette troupe : trois chirurgiens, trois meuniers, deux boulangers, un brasseur de bière, un tonnelier, un chaudronnier, un pâtissier, quatre tisserands, un tailleur d’habits, un chapelier, trois cordonniers, un sabotier, un coutelier, deux armuriers, trois maçons, un tailleur de pierre, quatre couvreurs, neuf charpentiers, deux menuisiers, un taillandier, un cloutier, un serrurier, un paveur, deux jardiniers, soixante défricheurs ou bêcheurs dont plusieurs étaient scieurs de long, un maréchal.

La sœur Bourgeois écrit qu’il ne débarqua à Montréal que cent huit hommes de ce contingent ; M. de Belmont dit cent cinq. Notre tableau (pages 48-51) constate que cent un se retrouvent à Montréal dans les années qui suivirent. Les cinquante-trois manquant étaient ou restés en France ou arrêtés à Québec, ou, s’ils se sont rendus à Montréal, il n’existe plus d’acte constatant leur présence en ce lieu.

M. de Maisonneuve avait bien de la besogne sur les bras. Il comprenait que le salut ou la perte de la colonie entière dépendait du résultat de ses démarches, et, en homme de cœur, il voulait faire face à la situation. C’est à Paris, à la Flèche et en Champagne qu’il trouva les ressources dont le Canada avait besoin. Étant allé saluer ses parents, à Troyes, et surtout sa sœur, Louise de Chomedey, sœur de Sainte-Marie, supérieure de la congrégation de Notre-Dame, il rencontra mademoiselle Marguerite Bourgeois, native de Langres, alors âgée de trente-trois ans, qui désirait, depuis plusieurs années, se vouer aux missions de la Nouvelle-France. Sans hésiter davantage, cette courageuse personne partit pour Saint-Nazaire, près de Nantes, où devait se faire l’embarquement. C’était au mois de juin 1653.

M. de la Dauversière, procureur de la compagnie de Montréal, avait envoyé à Saint-Nazaire, entre autres gens choisis, Marie-Marthe Pinson, de la ville de la Fèche, qui, l’année suivante, épousa Jean Millot ; Marie du Mans ; une autre femme avec son mari et quelques jeunes filles. Sous le rapport moral, cette troupe, tant hommes que femmes, était irréprochable ; on en vit la preuve dans la conduite d’un chacun une fois rendu à Montréal.

Le Saint-Nicolas-de-Nantes, capitaine le Besson, mit à la voile le 20 juin, avec plus de cent colons ; mais c’était un mauvais navire qui faisait eau de toutes parts, et il fallut retourner à terre. La traversée définitive ne commença que le 20 juillet. Comme on arrivait en vue de Québec, le 22 septembre, un accident faillit faire couler le bâtiment.

Toucher le port n’était pas la fin des contretemps. M. de Lauson voulut contester le droit qu’avait M. de Maisonneuve d’agir comme gouverneur de Montréal, vu l’arrêt de 1648 qui limitait la durée de cette charge à trois années. Une lettre de cachet, datée du 8 avril 1653, dont M. de Maisonneuve s’était muni, coupa court à la contestation ; mais alors, le gouverneur-général, prétextant que les secours devaient être répartis autant à Québec qu’à Villemarie, réclama une proportion des hommes qui venaient d’arriver. S’appuyant de nouveau sur la lettre du roi qui le rendait libre à cet égard, M. de Maisonneuve refusa. Lorsqu’il fallut partir pour remonter le fleuve, les barques se trouvèrent à manquer. Enfin, le 16 novembre, une centaine d’hommes étaient rendus à Montréal.

M. de Lauson, qui, plus que tout autre, savait jusqu’à quel point les Cent-Associés avaient oublié leur devoir, se montrait mécontent des secours envoyés à Montréal. Il craignait, sans doute, que la traite ne tombât entre les mains de ceux qui n’étaient pas absolument sous son contrôle. La colonie pouvait dépérir, pourvu que les Cent-Associés en retirassent quelques bénéfices. L’intendant Bigot (1755-59) n’agissait pas autrement.

Du reste, la situation du Canada était affreuse. « Jamais il n’y eut plus de castors dans nos lacs et dans nos rivières, écrivait, cette année, le père Le Mercier, mais jamais il ne s’en est moins vu dans les magasins du pays. Avant la désolation des Hurons, les cents canots venaient en traite tous chargés de castors. Les Algonquins en apportaient de tous côtés, et, chaque année, on en avait pour deux cent et pour trois cent mille livres. C’était là un bon revenu, de quoi contenter tout le monde et de quoi supporter les grandes charges du pays. La guerre des Iroquois a fait tarir toutes ces sources… le magasin de Montréal n’a pas acheté des sauvages un seul castor depuis un an. Aux Trois-Rivières, le peu qui s’y est vu a été employé pour fortifier la place, où on attend l’ennemi. Dans le magasin de Québec, ce n’est que pauvreté. Et ainsi, tout le monde a sujet d’être mécontent, n’y ayant pas de quoi fournir au paiement de ceux à qui il est dû, et même n’y ayant pas de quoi supporter une partie des charges du pays les plus indispensables. » De son côté, la mère de l’Incarnation disait, le 12 août : « Il vient du secours de France (M. de Maisonneuve et sa troupe), ce qui console tout le pays, car c’eût été une chose déplorable s’il eût fallu venir à cette extrémité que de quitter (retourner en France). Plus de deux mille Français qui l’habitent et qui ont fait de grandes dépenses pour s’y établir, n’ayant point de bien ailleurs, eussent été misérables. Et de plus, les sauvages (alliés des Français) n’ayant pas assez de force pour résister aux Iroquois, ils eussent été en des hasards continuels de perdre la vie et peut-être la foi. Mais enfin, nous attendons le secours que M. de Maisonneuve, gouverneur de Montréal, amène de France, où il est allé exprès. »

En ce moment, les Iroquois préparaient une ruse de guerre digne de leur génie. Elle consistait à offrir la paix, qui ne pouvait manquer d’être acceptée, et, par ce moyen, se rapprocher des Hurons, afin de les détacher des Français et s’en faire des alliés contre la colonie. M. de Lauson leur prêta l’oreille, ne pouvant faire autrement, et, presque aussitôt, les jésuites consentirent à envoyer des missionnaires dans les cantons. En dessous, la bourgade huronne de l’île d’Orléans s’entendait avec les délégués iroquois Onnontagués descendus à Québec.

HOMME Marié PROVINCE FEMME ÉTAT Reçoit une terre Tué par les Iroquois Observations
Nom Prénom Surnom Homme Femme Nom Prénom
Anselin Pierre Picardie
Audru Jacques Paris
Avisse François Paris
Balue Jacques Anjou
Barbouson Valère de Champagne
Bardet Michel Anjou
Bareau Pierre Id.
Bastard Ives 1653 1654
Baudry Antoine Lépinette 1665 Maine Paris Guyard Catherine Né 1638
Beaudoin Olivier
Beauvais Pierre Maine
Bélanger René Anjou
Béliot Charles-Jean Id.
Benoit Paul Livernois 1658 Nivernais Paris Gobinet Isab.-Élizabeth Charpentier 1655
Benard René Bourjoly1 1661 Anjou Picardie Sédillot2 Marie 1 et dit Carignan.
2 Veuve Bert. Fafard
Biards Gilles Id.
Biteau Louis Id.
Boivin Jacques 1665 Id. Maine Blois Marguerite
Bondy René Bourgogne 1664
Bonneau Jean Lafortune Anjou Richer Jeanne Mourut à Québec, 1656
Bouchard Étienne 1657 Paris Boissel Marguerite Chirurgien
Boudu René Bondu Anjou
Boullay Augustin
Boutelou Jacques Maine
Bouvier Michel 1663 Anjou Desbordes Mathurine
Bouzé Pierre Bruzé Id. 1655
Brassier Jacques 1660 Né 1635
Brossard Urbain 1660 Anjou Hodiau Urbaine Maçon
Cadet René Id.
Cadieu Jean 1663 Id. Rochelle Valade Marie
Chartier Louis la Broqueterie Chirurgien 1660, noyé.
Charretier Guillaume 1663 Anjou Faucon Marie Tailleur
Chaudronnier Jean Id.
Chauvin Pierre 1658 Id. Auteuil Marthe 1654
Chesneau Jean Id.
Chevalier Louis Normandie
Chevasset Antoine
Cormier Nicolas Anjou
Coubart René Id.
Coudret Mathurin Id.
Crondeux François Id.
Crusson François Pilote 1660 Né 1634
Dany Honoré Tourangeau 1668 Touraine Mans Bidard Marie Charpentier
Daroudeau Pierre Anjou
Daubigeon Julien 1652 Le Mounier Perrine 1654 1655
Dauvin Honoré Touraine

Davoust Jean Anjou 1657, noyé.
Demers André 1654 Normandie Picardie Chefdeville Marie 1653 Premier homme de la nouvelle recrue qui prend une terre.
Demers Jean 1654 Id. Anjou Vedille Jeanne Né 1630.
Deniau Marin Sully 1659 Anjou Bretagne Le Breuil Marie-Thérèse
Déprès Simon Berri 1653 1664
Desautels Pierre Lapointe 1666 Rémi Marie Né 1631.
Descarries Jean Le Houx 1654 Artus Michelle 1653
Dessommes Jessé Maine
Desorson Zacharie 1655
Doguet Louis Anjou
Dolbeau Jean Paris
Doussin René 1660 Né 1630
Druzeau Jean
Druzeau Marin
Ducharme Fiacre 1659 Paris Saintonge Pacrau Marie Menuisier 1654 Né 1628.
Duval Nicolas Brie 1654 1660
Fleury Jacques Orléanais
Fontaine Louis 1656 Normandie Canada Brassard Marie-Madeleine Pilote Né 1633.
Foucault Étienne Maine
Faucault François Maine
Frénot Jean Mans 1654
Fricquet Gilles Anjou Chirurgien
Fréjeau Pierre Anjou
Fruitier Jean
Gaillard Christophe Anjou
Galbrun Simon Id. 1653
Gallois François Id.
Gasteau Jean 1667 Id. Picardie Coguenne Charlotte 1655
Gendron Guillaume la Rolandière 1664 Bretagne Paris Loiseau Anne
Gervaise Jean 1654 Anjou Aunis Archambault Anne Proc.-fiscal
Gilles Noël Id.
Godin Pierre Chatillon 1654 Champagne Saintonge Rousillon Jeanne Charpentier 1654
Graveline Urbain Baudreau 1664 Anjou Canada Juillet1 Marguerite Syndic 1 Elle s’est mariée à l’âge de treize ans.
Grégoire Louis
Guertin Louis Sabotier 1659 Anjou Paris Le Camus Élizabeth 1654
Guésery Pierre Déséry Id.
Guyot Jean Id.
Hardy Pierre Id.
Hardy Pierre Id. 1655
Hérissé François Id.
Houray René 1679 Damaré Denise
Hubay
Hudin François Anjou
Hunaut Toussaint Deschamps 1654 Normandie Normandie Lorgueil Marie 1653
Hurtebise Marin 1660 Maine Anjou Alton Étiennette Né 1633.
Hurtebise André Id. 1654
Janot Marin Lachapelle 1655 Champagne Mans Bénard Françoise Charpentier 1654
Jette Urbain 1659 Anjou Paris Charles Catherine
Jouanneaux Mathurin Id.
Jousselin Nicolas Id. 1660 Né 1631.
Jousset Mathurin La Loire 1661 Id. Lothier Catherine 1655
Lafôrêt Jean Maine Armurier
Lair Étienne Le Roi 1658 Lorion2 Marie 1654 Né 1621. 2 Agée de quatorze ans.
Langevin Mathurin Lacroix 1654 Anjou Orléanais Renault Marie 1653 Né 1636.
Larcher François Id.
Lasoudray Louis de
Lauson Gilles 1656 Normandie Archambault3 Marie Chaudronnier 1654 3 Douze ans.

Lecomte Jean Maine 1660
Lecomte Michel Id.
Lefebvre Pierre 1659,  décède à Montréal ;  donne ses biens à l’église.
Léger Maurice Anjou
Lemercher Jean Laroche 1654 Paris Anjou Hureau Catherine Menuisier 1653
Le Pallier Joachim Anjou
Leprince Olivier id.
Le Roux Sébastien 1645 Maine Maine Lemercier Marguerite
Leroi Simon 1658 Anjou Picardie Godard Jeanne 1655 1662
Lorion Martin 1643 Id. Anjou Barbier Marie
Louaire Claude de Maine
Louvart Michel Desjardins 1658 Anjou Rochelle Nadereau Franç.-Jacquel’e Menuisier 1662
Massé Julien Mans
Maillet René Anjou
Martin Olivier Bretagne 1661
Martin Pierre Larivière 1660 Anjou Pontonnier Marie 1661
Maugrison Jean Id.
Millet Nicolas Beauceron 1657 Beauce Anjou Lorion Catherine
Millot Jacques 1660 Maine Canada Hébert Jeanne
Mojin Michel Mans
Motais Guy Motin Maine
Moulières Pierre Anjou
Mousseau Jacques Laviolette 1658 Touraine Rochelle Sauviau Marguerite 1653
Noël Jacques Anjou 1657
Nocher François Maine
Oger Jean Le Baron 1660 Grisard Louise
Olivier Jean 1654
Papin Pierre 1665 Anjou Pelletier Anne 1655
Pechart Jean Picard Mans 1661
Picard Hugues Lafortune 1660 Liercour Antoinette de Veuve Blaise Juillet.
Pichon Jean Perche
Piron François Maine 1654
Piron Pierre Du Long 1663 Anjou Anjou Lorion Jeanne Chirurgien
Prestot Jean Id.
Proust Pierre 1670 Id. Gauthier Marie
Reguindeau Pierre Saint-Germain 1659 Rebours Marguerite 1665
Rennes Bertrand de 1653
Richard Mathurin Anjou
Robin Étienne Desforges 1660
Robutel Claude Lanoue1 1659 de Gabrielle Suzanne Seigneur 1 Sieur de Saint-André.
Rodailler René Sépulture 1653 à Montréal,  22 nov’bre.
Roger Chrystophe Anjou Sépulture 1656 à Montréal (noyé).
Roisné François Bouné 1658 Id. Le Mourrier Perrinne Veuve de Julien Daubigeon.
Salmon Pierre Id.
Sépuré André Id.

Tavernier Jean La Rochetière Armurier 1660
Théodore Michel Gilles 1658 Lagrange Jacqueline Maçon 1663
Truffault René Maine
Tupin Simon Mans
Vacher Sylvestre Saint-Julien Berri 1659
Valets Jean Vallays Maine 1650 1660
Valiquet Jean Laverdure 1658 Anjou Maine Loppé Renée Armurier
Vigueux Charles Paris


Nous lisons ce qui suit dans le Journal des Jésuites au sujet de la fête du jubilé : « Le 8 septembre (1653), les Onnontagués voient la procession où il y avait plus de quatre cents fusiliers en bel ordre. » La Relation dit : « On fit marcher quatre cents mousquetaires bien armés qui, faisant leurs décharges de temps en temps, bien à propos, donnèrent de l’épouvante aux Iroquois, qui étaient descendus pour parler de la paix. »

Les Iroquois firent semblant d’être épouvantés — cela ressort de toute l’histoire de cette malheureuse époque. Ces barbares pouvaient mettre deux mille hommes sous les armes, et les Français à peine deux cents, et encore au prix de tels sacrifices que l’abandon du Canada eût été préférable. Les quatre cents « mousquetaires » mentionnés ci-dessus devaient être les Algonquins de Sillery et les Hurons de l’île d’Orléans — parade de sauvages, bande indisciplinée et peu fidèle, dont la valeur se réduisait à zéro en temps de guerre. Si ces quatre cent « fusiliers » eussent eu quelque valeur, on les eût rencontrés, au mois d’août (1653), lorsque soixante et dix Français de Québec et des environs coururent au secours du père Poncet, et les lettres écrites cette même année ne seraient pas remplies de lamentations sur le sort du pays ; et surtout, après l’arrivée des cent hommes de M. Maisonneuve, on n’eût pas proclamé avec tant d’enthousiasme que, par sa seule présence, ce faible détachement sauvait le Canada.

Nous estimons la population fixe, c’est-à-dire les habitants du Canada, été de 1653, à six cent soixante et quinze âmes, distribuées comme suit, dans les trois gouvernements : Québec, 400 ; Trois-Rivières, 175 ; Montréal, 100. Nos calculs sont plutôt exagérés que réduits.

Si la mère de l’Incarnation ne se trompe pas, il y avait, à la même date, « plus de deux mille Français » dans le pays, ce qui correspondrait, en chiffres ronds, à sept cents Canadiens et treize cents Français ; mais il nous paraît impossible que le nombre de ces derniers ait été si grand. Les postes de traite des Trois-Rivières, de Tadoussac et de Miscou n’employaient probablement pas dix personnes chacun. Il y aurait donc eu plus de douze cents Français à Québec ? — et à quoi bon tout ce monde ? Nous sommes d’avis que le texte de la mère de l’Incarnation doit se lire ainsi : « plus de mille Français, » ce qui signifie Français et Canadiens réunis.

Ceux qui se sont occupés de ce genre de statistiques savent combien d’erreurs se cachent dans les documents qu’il faut consulter. Les lettres qui nous restent de ces temps reculés ne sont ni écrites ni imprimées avec plus de précaution que les articles de nos journalistes ou les critiques de la presse périodique ; elles demandent à être contrôlées soigneusement, quand ce ne serait que pour y découvrir les fautes typographiques dont fourmillent la plupart des livres d’histoire. Tous nos renseignements autorisent à penser que la population du Canada, en 1653, ne dépassait pas un millier d’âmes.

Les actes des notaires, les registres des paroisses, les recensements nominaux, tous les manuscrits dont on fait usage pour compléter l’histoire du Canada demandent à être étudiés avec la plus grande précaution ; aussi n’est-ce pas sans regret que le véritable antiquaire voit paraître tant de livres et de brochures qui ont la prétention de reproduire les textes de nos vieilles archives, et qui ne font qu’ajouter à la somme déjà énorme des erreurs historiques. Telles personnes se sont fait une renommée parmi nous au moyen de ces publications, sans se douter qu’elles contribuent à embrouiller l’histoire du Canada.

Ce n’est pas tout que de découvrir un manuscrit ; il faut le lire et, ce qui est plus difficile, le comprendre. Il faut savoir le soumettre à l’analyse, à la critique historique, et l’annoter, le corriger par des observations ou tout autre renseignement nécessaire à l’intelligence du sujet.




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  1. Depuis 1645, la traite du Saint-Laurent, au dessus de Miscou, appartenait aux Habitants.
  2. M. de Lauson, qui était un homme de poigne, garda sa commission six ans.
  3. Édits et Ordonnances, III, 16.
  4. Titres seigneuriaux, 51.
  5. Le 8 septembre 1650, arriva de France « M. d’Ailleboust le jeune, » avec Mlle Mance, dit le Journal des Jésuites.
  6. Le 16 septembre 1652, à Québec, il épousa Catherine, fille de feu Pierre Le Gardeur de Repentigny.
  7. Pas connue d’ailleurs.
  8. Titres seigneuriaux, p. 378.
  9. Sa femme, Louise…, avait été tuée dans sa maison par les Iroquois, au mois de septembre 1651.
  10. Enlevé, le 10 juin 1653, par les Iroquois. Son fils Charles, enlevé avec lui, fut racheté par les jésuites.
  11. Tué par les Iroquois vers ce temps.
  12. Le Journal des Jésuites mentionne un combat qu’il soutint sur sa terre contre les Iroquois.
  13. Titres seigneuriaux, 383.
  14. Il devait être âgé de quinze ans à la date de l’acte ci dessus.
  15. Mentionné dans l’acte précédent comme appartenant encore aux Cent-Associés.
  16. Titres seigneuriaux, 384.
  17. Société historique de Montréal, 1859, p. 95. Bouchette, article « Verte ».
  18. Idem, 1859, p. 95
  19. Ainsi nommée en raison du grand nombre de vaches marines qui se rencontraient dans le voisinage.
  20. Première mention de cette coutume au Canada.
  21. Titres seigneuriaux, 352, 388.