Histoire des Canadiens-français, Tome III/Chapitre 7

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Wilson & Cie (IIIp. 103-114).

CHAPITRE VII


Mœurs et coutumes des premiers Canadiens : cultures, maisons, nourriture, disposition des terres.


F
aute de secours de France, les premiers Canadiens se tiraient d’affaire comme ils le pouvaient. La nourriture que leur fournissait la chasse et que donnaient les terres pouvait à la rigueur les dispenser des viandes et des blés de la mère-patrie, mais il n’en était pas de même du linge et des outils. On se tromperait donc beaucoup en pensant que les Habitants vivaient de salaisons et risquaient de mourir de faim, comme du temps de Champlain, lorsque les navires tardaient à paraître. Ce qui les gênait, c’était la restriction des droits du commerce, et avec cela la guerre des Iroquois ; car si, d’une part, les marchandises de provenance européenne étaient tarifées à des prix abusifs, le manque de protection contre l’ennemi rendait, de l’autre côté, l’existence du colon fort misérable. Dans quelques colonies, on avait l’habitude de défendre la culture du sol, afin d’enrichir les marchands ; mais chez nous, ce système n’a jamais existé, de sorte que nous avons vécu, à partir de 1636 à peu près, du produit de nos récoltes ; ce fut le cas pour Beauport et les Trois-Rivières. À Montréal, on se trouva plus gêné. « Dès le commencement de cette habitation (1642-3), dit M. Dollier de Casson, on avait bien semé un peu de pois et du blé-d’Inde, et on continuait fort cette agriculture tous les ans, mais cela n’était rien à tant de monde ; ils consommaient outre cela beaucoup de vivres qui venaient de France, encore cela n’était-il pas suffisant. » Les Cent-Associés, déjà tièdes à l’égard de Québec et des Trois-Rivières, étaient parfaitement froids vis-à-vis de Montréal, et, comme les Iroquois empêchaient les travaux des champs autour de ce dernier poste, la situation de ses habitants était des plus précaires.

« Environ vers ce temps (décembre 1645), on commença, dit le Journal des Jésuites, à faire le pain à la maison, tant à cause que celui qu’on nous faisait au four du magasin (des Cent-Associés) n’était pas bon, que parce que l’on se voulait servir du blé du pays, dont on ne se servait point au magasin. » Naturellement, les Cent-Associés faisaient venir leur farine de France, et se seraient bien gardés d’en acheter des Habitants. D’ailleurs, le sentiment de tous les Français s’écartait des gens du pays : les marchands ne désiraient que la traite ; les religieux, la conversion des sauvages. La mère de l’Incarnation tombe souvent dans cette erreur. Elle écrivait en 1650 : « Si l’Iroquois poursuit ses conquêtes et ses victoires, il n’y a plus rien à faire ici pour les Français. Le commerce ne pourra pas s’y exercer ; le commerce ne s’y exerçant plus, il ne viendra plus de navires ; les navires n’y venant plus, toutes les choses nécessaires à la vie nous manqueront, comme les étoffes, le linge, la plus grande partie des vivres, comme les lards et les farines dont la garnison[1] et les maisons religieuses ne peuvent se passer. Ce n’est pas qu’on ne travaille[2] beaucoup et qu’on ne fasse des nourritures, mais le pays ne donne pas encore ce qu’il faut pour s’entretenir[3]. La troisième chose qui retarde nos affaires est que, si le commerce manque par la continuation de la guerre, les sauvages, qui ne s’arrêtent ici que pour trafiquer, se dissiperont dans les bois ; ainsi, nous n’aurons plus que faire de bulle, n’y ayant plus rien à faire pour nous qui ne sommes ici que pour les attirer à la foi et pour les gagner à Dieu. Vous pouvez juger de là qu’un évêque ne viendra point ici dans un temps si plein de calamités ; outre que l’Église n’y ayant été que passagère, il n’y a que faire de pasteur : je parle dans la supposition que Dieu permît l’extrémité que l’on appréhende. » L’année suivante, elle disait : « Croiriez-vous que, pour quarante à cinquante[4] personnes que nous sommes, y compris nos ouvriers[5], nous n’avons plus (de farine) que pour trois fournées de pain, et nous n’avons nulle nouvelle des vaisseaux qui apportent des rafraîchissements à ce pays ! » Et en 1652 : « Nous avons encore souffert cette année une perte considérable par le débris du premier vaisseau, qui est venu faire naufrage au port, où il a échoué sur une roche. Toutes nos farines ont trempé dans l’eau salée, ainsi que tous nos autres rafraîchissements. Car encore qu’on ait sauvé une bonne partie des marchandises, néanmoins les eaux de la mer les couvrant toutes à chaque marée, elles ont entièrement diminué leur force et leur prix. » En même temps, parlant de la guerre civile qui désolait le royaume, elle ajoute : « On nous a fait voir les choses en tel état que nous craignons que la famine ne soit en France et que de là elle ne passe ici, puisque, s’il est ainsi, il y a sujet de craindre qu’on ne nous envoie rien l’année prochaine, ce qui mettrait le pays dans un pitoyable état. Ce n’est pas qu’on y mourrait de faim, parce qu’il y a du blé raisonnablement, mais il y a tant d’autres choses nécessaires à la vie, que si on laissait le pays seulement une année sans secours, il serait tout à fait bas, surtout par la disette du vêtement… Le pain d’ici a meilleur goût que celui de France, mais il n’est pas du tout si blanc ni si nourrissant[6] pour les gens de travail. Les légumes y sont aussi meilleures et en aussi grande abondance. » La Relation de 1653 fait un aveu : « Pour ce qui est de la fertilité des terres, elles sont ici de bons rapports. Les grains français y viennent heureusement, et nous pouvons en cela nous passer des secours de la France, quelque nombre que nous soyons ici. Plus il y aura d’habitants, plus serons-nous dans l’abondance. Le bétail et les lards sont une douceur au pays, qu’autrefois on n’osait espérer. Le gibier y foisonne, et la chasse des orignaux n’est pas pour y manquer. Mais l’anguille y est une manne qui surpasse tout ce que l’on en peut croire. L’expérience et l’industrie nous y ont rendus si savants qu’en une seule nuit, un ou deux hommes en prendront des cinq ou six milliers, et cette pêche dure des mois entiers, dont on fait provision abondamment pour toute l’année, car l’anguille est ici d’une excellente garde, soit séchée au feu, soit salée, et elles sont beaucoup meilleures que toutes les anguilles de France. La pêche du saumon et de l’éturgeon y est très abondante en sa saison, et à vrai dire c’est ici le royaume des eaux et des poissons. Le pays est très sain ; on y voit fort peu de maladies. Les enfants y sont très beaux et très faciles à élever. C’est une bénédiction particulière. »

« Si la paix dure, disait, en 1654, la mère de l’Incarnation, ce pays sera très bon et très commode pour l’établissement des Français, qui se multiplient beaucoup et font assez bien leurs affaires par la culture des terres, qui deviennent bonnes, à présent que l’on abat ces grandes forêts qui les rendaient si froides. Après trois ou quatre années de labour, elles sont aussi bonnes et par endroits meilleures qu’en France. L’on y nourrit des bestiaux pour vivre et pour avoir des laitages. »

Le prix des marchandises était fixé par le magasin, ce qui veut dire les Cent-Associés avant 1645, et les Habitants après cette date. D’un côté comme de l’autre, le monopole existait. Point de commerce libre. L’arrivée de la flotte marquait un changement dans les valeurs mises en vente, voilà tout. Ce changement était subordonné aux volontés des directeurs de la compagnie, aux accidents de mer, aux mille choses que subit un établissement placé à grande distance de la mère-patrie. Nous voyons par certains contrats que le prix du lard était réglé sur l’arrivage des navires : on s’obligeait à donner un baril de cette viande après le déchargement des vaisseaux — non pas parce que le lard manquait dans le pays, mais parce que sa valeur devenait plus ou moins grande à raison de ce que la France nous envoyait ou ne nous envoyait pas de marchandises chaque année. Il est constant que ni le bœuf ni le lard ne nous ont fait défaut, dès les débuts de notre établissement. Les Iroquois le savaient bien, eux qui préféraient guetter et tuer des bestiaux que des Français. On a vu, dans de certains moments, plus de quatre-vingts têtes de bétail enlevées par ces maraudeurs.

En 1660, tout était encore dans le même état, d’après ce passage des lettres de la mère de l’Incarnation : « Sans le commerce, le pays ne vaut rien pour le temporel. Il peut se passer de la France pour le vivre ; mais il en dépend entièrement pour le vêtement[7], pour les outils, pour le vin, pour l’eau-de-vie et pour une infinité de petites commodités, et tout cela ne nous est apporté que par le moyen du trafic. »

L’argent monnoyé fut à peu près inconnu au Canada avant l’arrivée du régiment de Carignan (1665). Les blés, les viandes, les peaux de castors vendus au magasin étaient reconnus par des notes signées des commis ; en échange de ces billets, le même magasin livrait les outils et les effets d’habillement dont les colons ne pouvaient se passer et qu’ils n’étaient pas libres d’acheter ailleurs.

Pierre Boucher écrivait en 1663 : « Je suppose que je parle à des personnes qui ne viennent s’établir dans le pays à autre dessein que d’y faire un revenu, et non pas pour y faire marchandise. Il serait bon qu’un homme qui viendrait pour habiter apportât des vivres du moins pour un an ou deux, si faire se peut ; surtout de la farine, qu’il aura à beaucoup meilleur marché en France, et même n’est pas toujours assuré de trouver ici pour son argent ; car s’il venait grand monde[8] de France sans en apporter, et qu’il arrivât une mauvaise année pour les grains, comme Dieu nous en garde, ils se trouveraient bien empêchés. Il est bon aussi de se fournir de hardes, car elles valent ici le double qu’en France. L’argent y est aussi plus cher ; il y a hausse du quart, en sorte qu’une pièce de quinze sous en vaut vingt : ainsi à proportion du reste. Un homme qui aurait de quoi, je lui conseillerais d’amener ici deux bons hommes de travail, pour défricher les terres, ou davantage même s’il a le moyen : c’est pour répondre à la question, si une personne qui emploierait trois ou quatre mille francs pourrait faire quelque chose ; il se mettrait en trois ou quatre ans bien à son aise, pourvu qu’il veuille user d’économie, comme j’ai déjà dit. La plupart de nos habitants qui sont ici sont des gens qui sont venus en qualité de serviteurs, et après avoir servi trois ans chez un maître, se mettent à eux : ils n’ont pas travaillé plus d’une année qu’ils ont défriché des terres et qu’ils recueillent du grain plus qu’il n’en faut pour les nourrir. Quand ils se mettent à eux, d’ordinaire ils ont peu de chose ; ils se marient ensuite à une femme qui n’en a pas davantage ; cependant, en moins de quatre ou cinq ans, vous les voyez à leur aise s’ils sont un peu gens de travail, et bien ajustés pour des gens de leur condition. Tous les pauvres gens seraient bien mieux ici qu’en France, pourvu qu’ils ne fussent pas paresseux ; ils ne manqueraient pas ici d’emploi, et ne pourraient pas dire ce qu’ils disent en France, qu’ils sont obligés de chercher leur vie, parce qu’ils ne trouvent personne qui leur veuille donner de la besogne ; en un mot, il ne faut personne ici, tant homme que femme, qui ne soit propre à mettre la main à l’œuvre, à moins que d’être bien riche. Le travail des femmes consiste dans le besoin de leur ménage, à nourrir et à panser leurs bestiaux ; car il y a peu de servantes ici ; ainsi les femmes sont contraintes de faire leur ménage elles-mêmes ; toutefois, ceux qui ont de quoi prennent des valets, qui font ce que ferait une servante… Dans mon voyage de France, je rencontrai quantité de personnes qui me demandaient si le blé venait en la Nouvelle-France, et si l’on y mangeait du pain. C’est ce qui m’a obligé à faire ce chapitre pour désabuser ceux qui croyent que l’on ne vit en ce pays ici que de racines, comme on fait aux îles Saint-Christophe. Ils sauront donc que le blé froment y vient très bien ; et on y fait du pain aussi beau et aussi blanc qu’en France. Les seigles viennent plus que l’on ne veut ; toutes sortes d’orges et de pois y croissent fort beaux, et l’on ne voit pas de ces pois verreux pleins de cosson, comme on en voit en France ; les lentilles, la voisse, l’avoine et le mil y viennent parfaitement bien ; les grosses fèves y viennent bien aussi ; mais il y a de certaines années qu’il y a de grosses mouches qui les mangent quand elles sont en fleur. Le blé sarazin y vient aussi ; mais il arrive quelquefois que la gelée le surprend avant qu’il soit mûr. Le chanvre et le lin y viennent plus beaux et plus haut qu’en France. Les grains que cultivent les sauvages, et qu’ils avaient avant que nous venions dans le pays, ce sont gros mil ou blé-d’Inde, faizoles ou haricots, citrouilles d’une autre espèce que celles de France ; elles sont plus petites et ne sont pas si creuses, ont la chair plus ferme et moins aqueuse, et d’un meilleur goût ; du tournesol, de la graine duquel ils font de l’huile qui est fort délicate et de très bon goût ; de l’herbe à la reine, ou petun, dont ils font leur tabac, car les sauvages sont grands fumeurs et ne se peuvent passer de petun. Voilà en quoi consiste la culture des sauvages. Toutes sortes de naveaux et rabioles, betteraves, carottes, panais, cercifis et autres racines viennent parfaitement et bien grosses. Toutes sortes de choux y viennent aussi en leur perfection, à la réserve des choux à fleur que je n’y ai point encore vus… On n’a point encore planté ici d’arbres de France, sinon quelques pommiers qui rapportent de fort bonnes pommes et en quantité, mais il y a bien peu de ces arbres… Il y a une autre espèce d’arbre qu’on appelle érable qui vient fort gros et haut ; le bois en est fort beau, nonobstant quoi on ne s’en sert à rien qu’à brûler, ou pour emmancher des outils, à quoi il est très propre, à cause qu’il est extrêmement doux et fort. Quand on entaille ces érables au printemps, il en dégoutte quantité d’eau qui est plus douce que de l’eau détrempée dans du sucre, du moins plus agréable à boire… Pour des fleurs, on n’en a pas encore beaucoup apporté de France, sinon des roses, des œillets, tulipes, lys blancs, passeroses, anemones et pas-d’alouette qui font tout comme en France. » Quelques années auparavant, la mère de l’Incarnation disait : « Vous me demandez des graines et des oignons de fleurs de ce pays. Nous en faisons venir de France pour notre jardin, n’y en ayant pas ici de fort rares ni de fort belles. Tout y est sauvage, les fleurs aussi bien que les hommes. » Écoutons encore M. Boucher : « Quelle boisson boit-on à l’ordinaire ? Du vin dans les meilleures maisons ; de la bière dans d’autres ; un autre breuvage que l’on appelle du bouillon[9], qui se boit communément dans toutes les maisons ; les plus pauvres boivent de l’eau, qui est fort bonne et commune en ce pays-ici. »

L’abus de l’eau-de-vie était devenu, vers cette époque, une véritable plaie pour la colonie. La rigueur du climat favorisait l’usage des boissons alcooliques, comme aussi la consommation des viandes grasses. Il est probable que les boudins, les riches tourtières, les pannes, les porcs-frais, les graisses de rôts, les saucisses, les Saintes-Ménéhoulds, les cochons de lait et les gretons étaient déjà en faveur parmi nos gens lorsque M. Boucher écrivait. Ce côté caractéristique de la cuisine canadienne n’est pourtant pas canadien : il est français et a ses origines dans les temps les plus reculés de l’histoire de France. Au Canada, il est répandu partout, à la grande surprise des Européens qui nous visitent et qui ne se rendent pas compte des causes qui ont favorisé ses développements. L’auteur de la Vie privée des Français nous explique très bien que cette nourriture avait quelque chose de distingué et de tout à fait particulier dans les coutumes de la vieille France : « Dès les premiers temps de la monarchie, dit-il, les Français faisaient usage de la chair du bœuf et du mouton ; l’agneau, le veau et le chevreau étaient également employés pour la table. Ils faisaient une grande consommation de la chair du porc ; la partie la plus opulente de la nation, les évêques, les grands, les rois même en entretenaient beaucoup dans leurs domaines, tant pour la consommation de leur table que pour l’augmentation de leur revenu. Il est parlé de ces troupeaux dans le testament de saint Rémi. Le saint archevêque laisse ses cochons à partager également entre ses deux héritiers. Mappinius, archevêque de Reims, écrit à l’évêque de Metz uniquement pour lui demander combien coûtent les porcs, et Charlemagne, dans ses capitulaires, ordonne aux régisseurs de ses domaines d’y nourrir force cochons. À Paris, quand le bourreau venait faire une exécution sur le territoire de quelque monastère, entre autres rétributions on lui donnait une tête de cochon. L’abbaye de Saint-Germain la lui payait annuellement. Il venait, le jour de Saint-Vincent, assister à la procession ; il y marchait le premier, et après la cérémonie recevait la tête. Sous la première race, nos rois, toutes les fois que, dans l’enclave de quelqu’un de leurs domaines, se trouvait une forêt qui ne leur appartenait pas, jouissaient du droit d’y envoyer paître leurs cochons. Si le lieu n’offrait point de pâture, ils pouvaient, en compensation, exiger un tribut. En (720), Clotaire renonça à ce double privilège. Les habitants des villes, qui ne pouvaient, comme ceux des campagnes, avoir un troupeau entier, élevaient au moins chez eux un ou deux cochons, que, pendant le jour, ils lâchaient dans les rues et laissaient vivre au dépens du public. Cette mauvaise police avait des inconvénients sans nombre. La mort du prince Philippe, fils de Louis le Gros, en offre un exemple. Un cochon étant venu se jeter entre les jambes de son cheval, comme il passait dans les rues de Paris, l’animal, effarouché, se cabra et renversa le prince auquel il cassa la tête. Par la suite, il fut défendu de nourrir des porcs dans la ville : mais ce règlement fut mal observé. Les religieux de Saint-Antoine surtout, en vertu du privilège de leur patron, qu’ordinairement on représente avec un cochon à ses côtés, prétendirent n’être point assujétis à cette défense, et obtinrent même la permission de laisser vaquer leurs porcs dans les rues de la capitale. Le bourreau avait le droit de saisir tout cochon qui n’appartenait point aux antonins ; il le conduisait à l’hôtel-de-ville, et pouvait en exiger la tête ou cinq sous[10] en argent. Quelquefois il y avait des festins où l’on ne servait uniquement que du cochon. Ces repas étaient nommés baconiques, du vieux mot bacon[11], qui signifie porc. À Paris, le chapitre de Notre-Dame, dans certains jours de cérémonie solennelle, était traité ainsi. Telle est l’origine de cette ancienne foire au jambon que l’on tenait, il n’y a pas longtemps, sur le parvis de la cathédrale. À Noël et à la Saint-Martin, jours qui, depuis le commencement de la monarchie, sont, comme on le sait, des jours de réjouissance et de fête domestique[12], les particuliers aisés tuaient un cochon, qu’ils salaient ensuite pour leur provision de l’année. Ceux qui n’étaient pas assez riches pour fournir seuls à cette dépense se réunissaient plusieurs ensemble. On faisait des boudins, des saucisses, dont on envoyait des présents à ses parents et amis[13], et on les mangeait en famille. Ces coutumes subsistent encore dans nos provinces. À Pâques, on se décarêmait avec un jambon, et c’était là la friandise par excellence. La religion s’était prêtée même à sanctifier, en quelque sorte, le mets principal de ces petites agapes. Le jambon ou le lard qu’on y destinait étaient bénis à l’église. La vente du cochon en détail appartint pendant longtemps aux bouchers. Quelques personnes, dont la profession était de donner à manger, s’avisèrent de vendre du porc cuit et des saucisses ; bientôt ce commerce devint lucratif et fut embrassé par tant de gens, que le parlement fut obligé de le limiter. Par un règlement de 1419, il l’interdit aux chandeliers et aux corroyeurs, qui s’en mêlaient. Pendant tout le carême, la vente du porc était interdite ; les charcutiers s’en dédommageaient en vendant du hareng salé ou du poisson de mer. » Le Canadien qui lira ces lignes reconnaîtra plus d’un trait de mœurs de nos campagnes, conservé, comme tant d’autres, sans qu’on se demande d’où ils viennent.

M. J.-D. Mermet, officier du régiment des Meurons, qui se reposait des fatigues de la guerre de 1812 au milieu de nos campagnes, a décrit en vers les boucheries canadiennes.

Voici un extrait de sa composition :

La victime s’étend sur le bûcher de paille,
Sur son corps l’eau bouillante est versée à grands seaux ;
Les plus légères mains font glisser les couteaux
Qui du grognon défunt enlèvent la dépouille ;
Et bientôt sont formés la succulente andouille,
Le boudin lisse et gras, le saucisson friand,
Et plusieurs mets exquis savourés du gourmand.
Ainsi le bon pourceau change pour notre usage,
Et ses pieds en gelée, et sa tête en fromage.
On taille, on coupe, on hache, et des hachis poivrés
Sortent les cervelas et les gâteaux marbrés.
L’un remplit les boyaux, l’autre enfle les vessies ;
On partage, on suspend les entrailles farcies ;
Un lard épais et blanc étale ses rayons ;
Ici brille la hure, et plus loin les jambons ;
Et là se met à part la côtelette plate,
Qu’un sel conservateur rendra plus délicate ;
Tous les morceaux enfin, même le plus petit,
Sont rangés avec art et flattent l’appétit.

Faisons toujours parler les témoins de l’ancien temps, et parmi ceux-ci M. Boucher, l’un des plus en état de nous instruire : « Y a-t-il des chevaux dans le pays ? Je réponds que non. N’y a-t-il pas des prairies pour faire du foin ? L’avoine n’y vient-elle pas bien ? Parfaitement bien, et il y a de très belles prairies : mais il est assez dangereux d’avoir le foin tant que les Iroquois nous feront la guerre, et surtout aux habitations des Trois-Rivières et de Montréal ; car les faucheurs et les feneurs sont toujours en danger d’être tués par ces Iroquois. Voilà la raison pourquoi on fait moins de foin, quoique nous ayons de belles et grandes prairies, où il y a de très bonne herbe propre à ce faire. Mais il y a encore une autre raison qui empêche d’avoir des chevaux : c’est qu’il coûterait beaucoup pour les faire venir de France ; il y a peu de personnes qui aient de quoi faire ces dépenses ; et d’ailleurs on craint qu’étant venus, les Iroquois ne les tuent comme ils font de nos autres bestiaux, ce qui serait bien fâcheux à celui qui aurait fait la dépense de les faire venir. Et puis, on espère toujours que notre bon roi assistera ce pays-ici, et qu’il fera détruire cette canaille d’Iroquois… Les journées des hommes y sont-elles chères ? Vingt sols étant nourris pendant l’hiver, et trente sols[14] étant nourris pendant l’été. » La mère de l’Incarnation, autre témoin précieux pour notre histoire, disait en 1651 : « C’est une chose étonnante combien les artisans et les manœuvres sont chers ici ; nous en avons à quarante-cinq et à cinquante-cinq sols par jour. Les manœuvres sont trente sols par jour avec leur nourriture. Notre accident[15] étant arrivé inopinément, nous étions dépourvues de tous ces gens-là ; c’est ce qui fait qu’ils nous coûtent cher ; car dans la nécessité nous en faisons venir de France à un prix plus raisonnable. On les loue pour trois ans, et de la sorte ils trouvent leur compte et nous aussi. Quatre bœufs, qui font notre labour, traînent les matériaux de bois et de sable ; nous tirons la pierre sur les lieux. » Ces citations expliquent mieux l’état du pays et le mode d’existence des habitants que les chapitres les plus soignés dus à la plume des écrivains de nos jours.

« Les personnes, dit M. Boucher, qui sont bonnes dans ce pays-ici sont des gens qui mettent la main à l’œuvre soit pour faire ou pour faire faire leurs habitations, bâtiments et autres choses ; car, comme les journées des hommes sont extrêmement chères ici, un homme qui ne prendrait pas soin et qui ne serait pas d’économie se ruinerait ; mais pour bien faire, il faut toujours commencer par le défrichement des terres, et faire une bonne métairie, et par après on songe à autres choses ; et ne pas faire comme quelques-uns que j’ai vus, qui ont dépensé tous leurs biens à faire faire de beaux bâtiments qu’ils ont été contraints de vendre après, à beaucoup moins qu’ils ne leur avaient coûté… De quoi sont bâties les maisons ? Les unes sont bâties toutes de pierres, et couvertes de planches ou aix de pin ; les autres sont bâties de collombages ou charpente, et maçonnées entre les deux ; d’autres sont bâties tout à fait de bois ; et toutes les dites maisons se couvrent comme dit est, de planches. »

Ces maisons des premiers temps ne ressemblaient pas, on le conçoit, aux élégantes villas qui bordent aujourd’hui les routes de nos campagnes ; mais de tout temps elles ont eu cet avantage d’être construites en vue du confort et des besoins du pays. Les doubles-portes ouvrant sur l’extérieur, les bourrelets de flanelle qui s’ajustent si bien aux ouvertures, les doubles-châssis qu’on enlève le printemps et qu’on replace l’automne, rien ne manquait à ces demeures commodes. Les planchers en bois, recouverts de catalogues fabriquées par les Canadiennes, sont clos et propres. La cave est comme une seconde maison, chaude l’hiver, fraîche l’été. Toute la construction offre des chambres de plein pied : on ne circule pas mieux dans un palais. Le terrain étant spacieux, il n’y a point à se gêner ; le bois de chauffage est sous la main en abondance — on fait une grande maison pour se mettre à l’aise l’été, et l’hiver on chauffe hardiment.

Bientôt aussi s’introduisit la coutume de ne point grouper les habitations à la mode de France. Ni hameaux ni villages, mais des files de maisons. Le mot village ne nous est connu que par les livres. Nos terres, étroites et longues, s’alignent par un bout à une rivière : c’est là que passe la route, laquelle mérite plutôt le nom de grande rue. Toutes les maisons regardent couler l’eau. Les voyageurs et les passants vont pour ainsi dire d’une porte à l’autre. Aussi les auberges et les hôtelleries ont-elles été rares, très rares parmi nous durant plus de deux siècles : on n’en sentait pas le besoin.

Une conférence, écrite en 1848 par M. Guillaume Levesque, expose fort bien cette situation : « Toutes les lignes qui limitent les propriétés ont eu le fleuve pour base, et en sont parties perpendiculairement, et comme ces lignes droites toutes rattachées à la dominante se sont continuées sans dévier vers l’intérieur, les rangées d’établissements se sont échelonnées les unes derrière les autres, en suivant les mêmes proportions dans la répartition du terrain, de sorte qu’aujourd’hui le plan cadastral du Bas-Canada présente un échiquier formé de parallélogrammes à base très étroite sur une grande hauteur… Dans ces premiers temps, personne ne voulait s’éloigner des rives du Saint-Laurent ; et si, aujourd’hui encore, les terres qui les bordent ont une valeur plus grande que les autres terres, une valeur d’affection j’ose dire, elles devaient à cette époque avoir un attrait beaucoup plus grand encore. De sorte qu’il fallait contenter ce goût uniforme et commun à tous. De là vient que toutes les concessions ont peu de largeur sur le front, et une profondeur démesurément grande. Et cette règle suivie sur les bords du Saint-Laurent s’est étendue aux autres rivières et a été appliquée non-seulement aux concessions des seigneuries, mais aussi aux terres dans quelques townships. Cet amour des bords du fleuve était tellement vif, qu’avant même qu’un second rang de terres fussent occupées à une demi-lieue du rivage, toutes les côtes du fleuve étaient peuplées d’un bout à l’autre du pays. Et ce n’est que depuis un demi-siècle environ que les Canadiens, ne trouvant plus de terres sur le front, se sont décidés à s’avancer de quelques lieues dans l’intérieur… Dans les pays du nord de l’Europe, autrement distribués que le nôtre, presque toutes les communications sont interrompues à plusieurs reprises et souvent pendant des semaines entières. Les chemins sont encombrés de neige, et il faut attendre qu’il survienne un dégel, à la suite duquel la neige forme une croûte assez forte pour porter les chevaux. Alors seulement on peut se mettre en voyage ; au moins c’est ce que j’ai lu de la Suède et de la Russie. Grâce à ce que les habitants de nos campagnes ont tous leurs habitations sur une même ligne et le long des grands chemins, et que les rangs ne sont jamais très éloignés les uns des autres, ces interruptions de longue durée ne sauraient avoir lieu dans les communications, et il est impossible qu’un canton soit jamais pendant plusieurs jours isolé du reste du pays. C’est là un avantage immense et dont le prix ne se fait sentir qu’à ceux qui en sont privés… Des établissements du Saguenay se trouvent dans ce cas ; ils sont renfermés dans leur canton durant tout l’hiver, faute d’un chemin bordé d’habitations, qui y conduise depuis le fleuve ; leurs pressantes demandes seront sans doute écoutées par le gouvernement, et on en reviendra, quoiqu’on en dise, à l’ancien système canadien de former des établissements en ligne, afin d’avoir des chemins d’hiver praticables. Cette distribution du pays en « côtes » et en « rangs » était donc conforme aux exigences de notre climat ; et elle a eu les résultats les plus utiles ; à ce point que les voyageurs sont beaucoup plus nombreux en hiver qu’en été, et cela est dû à ce qu’ils sont plus faciles et plus rapides même qu’en cette saison partout où l’on n’a pas à sa disposition ces puissants moyens de transport accéléré que la vapeur fournit alors ; car ce moteur si puissant cède devant la rigueur de l’hiver, et les modifications qu’il a apportées à notre manière de voyager ne se font sentir que durant la moitié de l’année[16]. Aussi, rien n’a été changé à nos moyens de communication pendant le temps que la terre est couverte de neige et que les fleuves sont glacés, depuis les premiers temps du Canada… Il n’est guère de pays où l’esprit de sociabilité se soit plus développé qu’en Canada, et il n’en existe certainement aucun où les relations de connaissance et de société s’étendent à de si grandes distances. Outre que notre nature française nous y portait instinctivement, la distribution des établissements et les loisirs de l’hiver ne pouvaient manquer d’augmenter ce penchant de sociabilité qui se serait peut-être éteint dans d’autres circonstances. Tous les Canadiens sont voisins les uns des autres, et c’est le voisinage qui fait naître et conserve l’intimité qui existe entre eux ; elle se forme dans ces rencontres de chaque instant, dans ces visites journalières, dans cette réciprocité de bons offices qui en résultent. Or, pour peu que vous ayez le goût de la société, et que ceux qui vous avoisinent d’un peu plus loin aient la même disposition, vous devenez visiteur amical et serviable ; et quand les visites sont rendues faciles par de bons chemins, elles deviennent fréquentes, elles vont encore plus loin, et la société s’agrandit et couvre un plus grand espace à mesure que le nombre des amis augmente. J’allais dire le « cercle des amis » ; j’ai tort, messieurs, de me servir de ce mot par rapport à la sociabilité de notre pays ; cette expression n’est applicable, à la campagne, qu’aux pays où les habitations sont disséminées sans ordre sur la surface du terrain, ou groupées en villages et en hameaux, comme dans toute l’Europe. Il en est autrement dans notre pays. Les Canadiens sont tous en ligne et par rang, et c’est là la véritable cause de l’extension et de la généralisation des relations sociales. Par cette disposition particulière des habitations, il n’y a pas un seul Canadien qui n’ait un voisin assez rapproché pour se rencontrer avec lui et causer plusieurs fois le jour, et en même temps il n’est pas un seul groupe d’habitations qui soit assez isolé pour que les habitants fassent bande à part. Aussi, arrive-t-il que les habitants d’une paroisse, d’un comté tout entier et jusqu’à de grandes distances au-delà, se connaissent presque tous, se visitent et se fréquentent constamment. Ces relations s’étendent aussi par des alliances formées au loin. Le Canadien va très souvent chercher une épouse au-delà de sa paroisse, et établir l’intimité entre sa famille et celle dans laquelle il entre ; les liens se resserrent ainsi entre les habitants de parties les plus lointaines du pays, des communications fréquentes ont lieu entre eux, et ils ne peuvent jamais devenir étrangers les uns des autres. À cette disposition des habitations en ligne continuelle d’un bout à l’autre du pays, et à la facilité des communications qui en est la conséquence, ainsi que je viens de le dire, est dû un avantage plus précieux encore, et qui est le complément de tous les autres. Je veux parler de cette uniformité de mœurs, d’habitudes et de langage qui s’est établie et se maintient dans tout le pays ; uniformité si grande qu’elle fait l’admiration de tous les voyageurs qui l’ont parcouru. Le Canadien de Gaspé est le même que celui des bords de l’Outaouais, celui de Beauharnois le même que le montagnard du Saguenay. Et cette uniformité dans les mœurs, les habitudes et le langage qui n’est que le résultat de la distribution des établissements suivant les exigences du terrain et du climat, est d’autant plus admirable qu’elle entraîne cette uniformité de sentiment et de pensée, qui fait de tous les Canadiens pour ainsi dire un seul homme. C’est un peuple qui semble n’avoir qu’un même cœur et qu’un même esprit, et c’est là le plus beau trait dont il puisse s’enorgueillir. C’est à la fois sa vertu et sa force et sa sauvegarde, c’est là le principal avantage que nous retirons de cet ordre admirable ; il en est un autre, messieurs, qui répand le charme sur notre existence de tous les jours, qui fait des Canadiens de la campagne un peuple poli, un peuple bien élevé : c’est celui de voir la femme mêlée en tous temps à la société des hommes, de la voir dirigeant la conversation, répandant la douceur et l’aménité dans nos mœurs ; et cela encore est dû à ces relations de voisinage, à cette facilité de communications qui permet à chaque Canadien de pénétrer dans la famille de son voisin ; à sa femme, à sa fille, d’y rencontrer la femme et la fille de son voisin, et de s’inspirer tous ensemble de leur douceur, de leur grâce et de leur beauté, et de réfléchir ces impressions si tendres dans tous les faits de la vie… Et c’est un hommage que nous devons aux fondateurs du Canada civilisé, de reconnaître la justesse de leur coup d’œil et la grandeur de leurs vues en découvrant des terres nouvelles et en se conformant aux exigences de la nature, dès le début des premiers établissements qu’ils ont formés. Leurs pensées d’ordre, qu’ils ont établies d’accord avec la nature, ont dominé presque sans modification jusqu’aujourd’hui. »

Si, pour compléter ce tableau, on joint aux qualités sociales des Canadiens-français le goût du plaisir qu’ils tiennent de la France, la prodigalité qui est comme l’essence de ce continent, la richesse du sol qui fournit toujours plus que le nécessaire, l’indépendance de fortune qui est le résultat d’ensemble de cette situation, et la vie heureuse qu’elle représente, on comprendra le mot d’un homme public, un Anglais, M. Stuart, disant : « Le Canadien-français est un peuple gentilhomme. »

Il n’est pas jusque au langage des habitants qui ne surprenne les étrangers et leur indique la France de l’ancien temps. Rien ici ne peut être appelé patois, en dépit de la critique anglaise qui semble avoir adopté pour mot d’ordre de traiter la langue du Canada de barbare. Nous avons conservé tant et de si gentilles expressions d’autrefois, que les gens instruits, comme M. Claudio Jannet, nous disent : « Parlez ! c’est le dix-septième siècle que j’entends par votre bouche. » L’accent canadien est pur, franc sans rudesse, et uniforme d’une extrémité à l’autre du pays. Si donc les mots en usage parmi nous sont français, et si notre accent est clair, intelligible, français enfin, que devient la critique faite par des écrivains incapables eux-mêmes de parler français !




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  1. Les soldats ne produisant rien, il fallait les nourrir des provisions apportées de France.
  2. Les habitants travaillaient pour eux.
  3. Nous croyons que les habitants, dès 1650, récoltaient suffisamment pour leur nourriture. Mais restait la classe des religieux et des religieuses, qui s’élevait à pas moins de cent personnes. C’est de cette classe que parle ici la mère de l’Incarnation.
  4. Ceci ne s’applique pas aux hospitalières ni aux jésuites.
  5. On reconstruisait le monastère détruit l’année précédente par un incendie.
  6. Il était donc bien mal fait !
  7. Ceci, encore, s’applique plus aux communautés religieuses, qu’aux habitants.
  8. Les arrivages d’émigrants commençaient à être nombreux.
  9. Dans l’inventaire des meubles de Jacques Hertel, en 1651, il est fait mention de cinq barriques de bouillon. Ce breuvage, qui n’est plus connu en Canada, était, au dix-septième siècle, très répandu parmi les pauvres gens en Picardie. Le dictionnaire de Trévoux note qu’il avait beaucoup de rapport avec le chousset des Turcs, lequel est fait de pâte crue mais levée, qu’on cuit dans un chaudron plein d’eau, et quand elle est rassise puis séchée, l’on en prend la grosseur d’un œuf qu’on jette dans l’eau pour boire.
  10. Celui qui possédait cinq sous, à cette époque, pouvait acheter ce qui, de nos jours, coûte un écu au moins.
  11. Les Anglais se servent encore de ce mot.
  12. Noël et les Rois sont les grands jours de table des Canadiens.
  13. Nous pratiquons ces coutumes largement.
  14. Avec un sou de ce temps, on se procurait ce qui nous coûte aujourd’hui cinq sous.
  15. L’incendie du monastère des ursulines.
  16. Il y a trente ans, la vapeur ne s’appliquait encore qu’à nos bateaux. Aujourd’hui, les chemins de fer sillonnent le pays, hiver comme été.