Histoire des Canadiens-français, Tome III/Chapitre 9

La bibliothèque libre.
Sauter à la navigation Sauter à la recherche
Wilson & Cie (IIIp. 125-136).

CHAPITRE IX


La Saint-Jean-Baptiste.


L
es Canadiens-français célèbrent tous les ans, avec une pompe extraordinaire, la fête de la Saint-Jean-Baptiste, qui est probablement la plus grande solennité nationale des deux Amériques, si l’on en excepte le Quatre-Juillet des États-Unis. En tous cas, la Saint-Jean est la plus ancienne fête que les Européens aient emportée avec eux dans le Nouveau-Monde, puisque ses origines datent des temps adamiques,


Lorsque le genre humain se nourrissait de glands.


La fête du solstice d’été — à présent la Saint-Jean — est donc antérieure à saint Jean-Baptiste lui-même !

Nous savons que les Perses, entre autres, honoraient la puissance suprême sous l’image du feu. Tant que les hommes n’ont pas connu le christianisme, ils ont été fidèles à cette superstition, après tout assez raisonnable puisqu’elle était un hommage rendu au Créateur ignoré. Le feu était censé tout produire — on l’adorait.

Les Gaulois nos aïeux, comme tous les peuples de l’antiquité, avaient des réjouissances publiques durant lesquelles ils allumaient de grands feux sur les hautes terres, les montagnes et les bords de la mer. Les habitants du pays de Galles, de la famille des Bas-Bretons (ils parlent encore la même langue), ont conservé l’habitude des feux du 24 juin.

Le christianisme, prudent et sage, n’attaqua pas de front les coutumes populaires ; il se contenta de leur imprimer un cachet religieux. Ainsi, il plaça sous le vocable de saint Jean-Baptiste l’antique cérémonie des feux du solstice d’été. Plus tard, au moyen-âge, lorsque les serfs étaient privés de leur liberté, il multiplia les fêtes religieuses qui forçaient les seigneurs de suspendre le travail manuel. Ces jours de repos, contre lesquels on s’est élevé si fortement par la suite, étaient tous à l’avantage de nos pères les Gaulois, écrasés sous le joug des Francs. Si nous avons perdu mémoire de ces bienfaits, il est juste de les rappeler en temps opportun. Ceux qui ont placé le coq gaulois sur le clocher de nos églises n’étaient pas indifférents aux besoins du peuple.

L’on ne songe pas généralement jusqu’à quel point les coutumes et les traditions populaires sont tenaces. Le cas qui nous occupe est remarquable.

En France, on voit, par les anciens auteurs, que, du moment où quelqu’un apportait une bonne nouvelle, chacun s’écriait à la ronde : Faites-en les feux ! ce qui voulait dire : réjouissons-nous, allumons les feux de fête.

Les paysans de l’Alsace dansent encore autour de brasiers allumés sur la place publique à l’occasion du 24 juin. Les fiancés, ceux qui doivent s’épouser dans les douze mois, sautent par couple, se tenant la main, au-dessus des tisons enflammés. Autrefois, à Paris, le roi assistait à la cérémonie du feu de la Saint-Jean, qui avait lieu sur la place de Grève, et cet usage remontait au moins au règne de Louis XI. On plantait au milieu de la place un mât d’une soixantaine de pieds de hauteur, hérissé de traverses de bois auxquelles on attachait un nombre considérable de bourrées, de cotrets et de pièces d’artifice, puis on amoncelait, au pied, du bois et de la paille. On avait aussi la coutume barbare de suspendre au mât un panier qui contenait des chats et des renards destinés à être brûlés vifs. Ces pauvres animaux poussaient des cris horribles qui réjouissaient le cœur des grands de la cour. Quand le feu avait tout consumé, le roi montait à l’hôtel-de-ville où on lui servait une collation.

Les Bretons conservent avec soin un tison du feu de la Saint-Jean, qu’ils placent auprès de leur lit, entre une branche de buis bénit le dimanche des Rameaux et un morceau de gâteau des Rois. Ces objets réunis doivent le protéger du tonnerre. Les jeunes filles qui désirent se marier dans l’année n’ont qu’une chose à faire : c’est de se mettre en danse, dans une même nuit, autour de neuf bûchers de la Saint-Jean ; la recette, paraît-il, vaut de l’or. En Poitou, on entoure d’un bourrelet de paille une roue de charrette ; on allume le bourrelet avec un cierge bénit, puis l’on promène la roue enflammée à travers les campagnes, qu’elle fertilise, si l’on en croit les gens du pays. À la Ciotat, en Provence, un coup de canon donne le signal pour allumer le feu, et, pendant que le bûcher élève ses flammes dans l’air, les jeunes gens se jettent à la mer pour s’y asperger réciproquement, ce qui figure pour eux le baptême du Jourdain. À Vitrolles, les habitants vont prendre, dans la même circonstance, un bain qui doit les préserver de la fièvre pendant toute l’année.

En 1606, le Jonas, navire de la Rochelle, capitaine Foulques, pilote Olivier Fleuriot, de Saint-Malo, portait la colonie de Poutrincourt. Le poète Lescarbot, qui était à bord, nous raconte qu’arrivé sur le banc de Terreneuve, le point du jour étant venu, « qui était la veille Saint-Jean-Baptiste, à bon jour bonne œuvre, nous passâmes la journée à la pêcherie des morues avec mille réjouissances et contentement… Sur le soir, nous appareillâmes pour notre route poursuivre, après avoir fait bourdonner nos canons, tant à cause de la fête de saint Jean que pour l’amour du sieur de Poutrincourt, qui porte le nom de ce saint. »

C’est le 24 juin, jour de saint Jean-Baptiste, 1610, que le révérend Jessé Fléché, prêtre, baptisa, au Port-Royal, vingt et un Souriquois, qui furent les prémices de la foi chrétienne chez les peuples de la Nouvelle-France.

En 1615, le jour de la Saint-Jean-Baptiste, les pères Jamay et Le Caron célébrèrent, à la rivière des Prairies, près la ville actuelle de Montréal, la première messe dite au Canada depuis les temps de Cartier et Roberval.

Naturellement, les premiers colons du Canada emportèrent avec eux la coutume de fêter la Saint-Jean. Les allures mondaines de cette démonstration ne durent pas inspirer au clergé la croyance que saint Jean-Baptiste serait jamais un patron « religieux » pour ce pays. Il devait être bien difficile, en effet, de métamorphoser en solennité de l’église une fête marquée depuis des siècles par les bruyants et peu scrupuleux ébats de la foule. En conséquence, on plaça le pays sous le vocable d’un patron moins suspect. M. Ferland, s’appuyant sur l’ouvrage du frère Le Clercq, intitulé : L’établissement de la Foi dans le Nouveau-Monde, dit : « L’année 1624 fut marquée, à Québec, par une solennité religieuse, à laquelle assistèrent tous les Français et plusieurs sauvages. Elle fut célébrée en exécution d’un vœu fait en l’honneur de saint Joseph, qui, dans cette occasion, fut choisi comme premier patron de la Nouvelle-France. Depuis ce temps, la dévotion envers saint Joseph s’est toujours conservée vive et efficace parmi les Canadiens, ainsi que l’attestent les nombreuses églises placées sous sa protection et les confréries établies en son honneur. » Nous supposons que, dans la pensée de ses fondateurs, la Saint-Joseph devait finir par supplanter la Saint-Jean. En tous cas, pendant quelques années, on s’efforça de lui faire prendre, en dehors de l’église, un caractère populaire rivalisant avec la vieille fête du feu.

Depuis l’origine de la colonie, nous avons eu notre fête patronale, la Saint-Joseph, et notre fête nationale, la Saint-Jean-Baptiste. Cette dernière avait pour elle, outre son ancienneté, l’avantage de tomber l’un des jours du solstice d’été, tandis que le 19 mars, époque de la fonte des neiges, des giboulées et très souvent du carême, n’a rien de comparable aux splendeurs du 24 juin.

Il nous a paru curieux de relever les passages suivants qui concernent la célébration de ces deux fêtes dans les premières années de la colonie :

1636. « Un sauvage, voyant la solennité qu’on fait la veille de la Saint-Jean, croyait qu’on faisait cette fête pour chasser le manitou, et disait que nous entendions bien mieux l’éloigner et le bannir de nous, que non pas eux ; c’est pourquoi nous vivions plus longtemps. Cela me confirme dans l’opinion que j’ai qu’ils font leurs tintamarres et battent leurs tambours pour chasser le diable, afin qu’il ne tue point les malades. Je crains que, l’un de ces jours, ils ne nous viennent prier de tirer nos canons pour les guérir. » — (Le père LeJeune.) La Relation de 1637 décrit longuement le feu d’artifice et toute la fête qui eut lieu cette année, à Québec, à l’occasion de la Saint-Joseph. Un croquis fort curieux accompagne le récit.

1646. « Le 18 mars, veille de saint Joseph, entre sept et huit heures du soir, se fit le feu de joie de la Saint-Joseph. Monsieur le gouverneur (M. de Montmagny) nous vint quérir ; nous soupions. Le père Vimont y alla, qui fit mes excuses (ceci est écrit par le père Jérôme Lalemant, supérieur) sur quelque incommodité que j’avais. M. le gouverneur mit le feu ; les soldats firent trois salues, et quatre coups de canon furent tirés ; il y eut aussi quelque fusée. Le 19, quand on sonna l’angelus, on tira un coup de canon, et à la messe à l’élévation trois ou quatre avec quelques salues de mousquets. » Après la messe et les vêpres, on alla au monastère des dames ursulines faire le salut de Saint-Joseph. (Journal des Jésuites.) Même année : « Le 23 juin se fît le feu de la Saint-Jean, sur les huit heures et demie du soir. M. le gouverneur envoya M. Tronquet (Guillaume Tronquet, son secrétaire) pour savoir si nous irions. Nous allâmes le trouver le père Vimont et moi (le père Jérôme Lalemant) dans le fort. Nous allâmes ensemble au feu ; M. le gouverneur l’y mit, et lorsqu’il le mettait je chantai l’Ut queant laxis et puis l’oraison. M. (Le Sueur) de Saint-Sauveur n’y était point ; il l’y faut inviter une autre fois. On tira cinq coups de canon et on fît deux ou trois fois la décharge de mousquets. Nous en retournâmes entre neuf et dix heures. » — (Journal des Jésuites.)

1647. « À la Saint-Joseph, on ne fît point de feu de joie la veille comme de coutume ; j’en fus (le père Jérôme Lalemant) une partie cause, comme ne goûtant guère cette cérémonie qui n’avait aucune dévotion qui l’accompagnât, et me semblait qu’un salut en l’honneur du saint était meilleur, comme en effet il fut fait la veille, à la paroisse, et le jour aux ursulines, où le Hic vir despiciens fut chanté en musique. On tira, cette même veille, un coup de canon à une heure, et le jour, à l’angelus du matin, quatre ou cinq coups de canons. » (Idem.) Même année : « On fit le feu de la Saint-Jean comme l’an passé. Je n’y assistai pas. M. de Saint-Sauveur fit l’office. » (Idem)

Ces deux textes montrent assez que le père Jérôme Lalemant ne goûtait pas le côté populaire des fêtes qui nous occupent. Pourquoi ? parce qu’il ne croyait pas devoir encourager ces pratiques ; il le dit clairement cette année, et en 1649 il réussit à « séparer le matériel d’avec le spirituel, » comme nous le verrons.

1648. « Le 23 juin, le feu se fit à l’ordinaire. J’y assistai, ainsi que le P. Le Jeune et le P. Greslon. M. le gouverneur me vint (le père Jérôme Lalemant) quérir sur les huit heures et demie. Nous allâmes promener en son jardin, et sur les neuf heures un quart nous allâmes au feu. M. le gouverneur (M. de Montmagny) le mit à son ordinaire. J’y chantai l’Ut queant laxis après le feu mis, le Benedictus et l’oraison de saint Jean, le Dominus salvum fac regem et l’oraison du roi, le tout sans surplis. Nous en retournâmes à dix heures. (Idem.)

1649. « On refit cette année le feu, la veille de saint Joseph, mais on sépara le matériel d’avec le spirituel. On fit le salut sur les six heures, et sur les sept M. le gouverneur (M. d’Ailleboust) me vint prier de m’y trouver et voulut que j’y misse le feu ; je l’y mis. Aux ursulines comme l’an passé, mais l’on oublia l’oraison pour la fondatrice, Pro devotis amicis. Le jour, le tout alla comme l’an passé et alla bien. » Le père Lalemant « mit le feu » sur les instances du gouverneur, mais « sans surplis » évidemment — comme l’année précédente.

1649. « On ne fit point de feu à la Saint-Jean aux Trois-Rivières, le gouverneur prétendant que le magasin le devait faire, et le magasin s’en remettant au gouverneur. On en fit à Québec ; ce fut le père Vimont au défaut d’autre. » Nouveau gouverneur-général ; nouveau gouverneur particulier aux Trois-Rivières ; grand nombre de nouveaux colons dans ce dernier lieu ; questions agraires ; diminution de la traite ; embarras du magasin des Habitants — il y a peut-être là-dedans de quoi expliquer le désaccord dont le père Jérôme Lalemant fait mention.

1650. « La veille de saint Joseph, il y eut un feu fort froid, c’est-à-dire tout simple, sans artifice ni fusée. M. le gouverneur me fit prier par sa femme d’y mettre le feu, lui étant indisposé ; je le fis avec une grande répugnance. On n’y chanta point parce qu’on doit supposer que le salut qui a précédé immédiatement, c’est-à-dire environ une heure devant, supplée à cela. » Inutile d’insister sur les répugnances du père Jérôme Lalemant ; toutefois, il ne faut pas dire avec un historien qu’elles s’expliquent par les dissensions survenues entre « nos anciens gouverneurs et Mgr de Laval. » M. d’Ailleboust s’accordait très bien avec les pères jésuites. Mgr de Laval ne vint dans le pays, pour la première fois, que dix années plus tard. Le « feu fort froid » de 1650 n’a rien à démêler avec lui.

1650. « Le 23 juin, le feu de la Saint-Jean, duquel je m’excusai (le père Jérôme Lalemant) prévoyant qu’on m’y ferait mettre le feu à l’ordinaire, et ne jugeant pas à propos de laisser courir cette coutume, qui n’avait point été pratiquée (par le supérieur des jésuites) du temps de M. de Montmagny. Ce fut monsieur le gouverneur qui y mit le feu. Le père Delaplace y assista en surplis et étole, avec (Martin Boutet dit) Saint-Martin, pour y chanter le Te Deum. »

1651. « La veille de saint Joseph il y eut un feu comme l’an passé, auquel M. le gouverneur (M. d’Ailleboust) me pria (le père Ragueneau) de mettre le feu. Je le fis avec beaucoup de répugnance. J’avais mené avec moi le père Le Mercier et le père Gareau. » Il n’y avait pas que le père Jérôme Lalemant qui allât au feu de joie avec répugnance.

Du Canada, transportons-nous un instant à Paris. Les lignes qui suivent sont empruntées au Journal d’un voyage à Paris, 1657-8, publié à Paris en 1862 par A.-P. Faugère. Les auteurs de ce journal sont deux jeunes gens appartenant à une des premières familles de Hollande, venus en France pour achever de polir leurs mœurs et compléter leur éducation. Ils s’appelaient MM. de Villiers : « Le 22 juin 1657, en passant par la Grève, nous vîmes qu’on y faisait de grands préparatifs de feux d’artifice, pour la veille de la Saint-Jean, qu’on devait allumer sur le soir. La maison-de-ville était fort bien tapissée par dehors et par dedans. MM. de la ville y donnèrent une belle collation de confitures au gouverneur, aux principaux officiers et aux dames les plus relevées. » Le gouverneur de Paris, accompagné de milices sous les armes, tambours battant, enseignes déployées, alla mettre le feu à la machine. « On a, dit le Journal, une superstition particulière pour cette fête, et telle qu’il n’y a presque pas un gentilhomme ou un bourgeois qui porte le nom de ce saint, qui ne fasse ce jour-là un feu devant sa porte. » Revenons au Canada. Texte du Journal des Jésuites :

1660. « Le 19, jour de saint Joseph, se dit ici la messe, à l’ordinaire, à six heures ou cinq heures et demie, sans exhortation, à raison de la première messe que devait dire M. de Bernières aux ursulines, qui en effet la dit à sept heures. M. de Charny l’assistait. On y alla confesser, et il y eut une très grande quantité de communions. Le père Dablon y dit ensuite la messe, et moi (le père Jérôme Lalemant) la grande messe ensuite où le père Dablon et le père Chaumonot me servirent de diacre et de sous-diacre. Le père Chastelain et Mons. l’évêque (Mgr de Laval, premier évêque du Canada, arrivé l’année précédente) y avaient dit la messe devant M. de Bernières. Il y eut indulgence plénière appliquée par monseigneur l’évêque, de trois qu’il avait pouvoir d’appliquer, outre trois autres avec oraison de quarante heures. Le sermon solennel fut fait à la paroisse l’après-dinée et celui des ursulines en même temps, sans solennité, à leur grille ; le salut ensuite solennellement, y fut fait par monsieur de Bernières, et la musique en la manière qui suit, le saint Sacrement y étant exposé : On commença en musique par le Pauge lingua, après quoi immédiatement les religieuses chantèrent un motet court du saint Sacrement, ensuite la musique recommença l’Iste Confessor, après quoi immédiatement les religieuses chantèrent un motet du saint, après quoi la musique reprit le Domine salvum fac regem, à la suite duquel M. de Bernières, officiant, dit la messe et les trois oraisons correspondantes ; après quoi les religieuses devaient chanter quelque chose pendant l’encensement et la bénédiction, ce quelles ne firent pas, pour n’en avoir été suffisamment averties. Le tout fut conclu par un Laudate Dominum chanté par la musique. On en fut fort satisfait et la chose parut belle et dévote. Toute l’église était remplie. On manqua de mettre au-dessus de la porte l’écriteau « indulgence plénière. » (Le père Jérôme Lalemant.)

1661. « À la Saint-Joseph, il y eut trois feux le soir (nos écoliers, M. Couillard et les ursulines). Point de diacre et sous-diacre aux ursulines, parce que ceux qui le pouvaient faire (étaient) empêchés aux confessions, qui durèrent en notre chapelle jusques à neuf heures. Le reste à l’ordinaire. Pour le salut aux ursulines, elles le firent seules, où le monde fut invité pour y gagner les indulgences. » (Le père Jérôme Lalemant.)

1661. Le 22 juin, le grand-sénéchal Jean de Lauson, avec plusieurs hommes, furent tués à l’île d’Orléans par les Iroquois. On les inhuma le 24, jour de la Saint-Jean-Baptiste. Il n’est pas fait mention de cette fête.

1662. « À la Saint-Joseph, aux ursulines, monseigneur, une basse messe à sept heures. La grande messe à huit, et la dernière fut dite là même, et non céans ; le salut solennel avec les instruments. » (Le père Jérôme Lalemant.)

1663. « La Saint-Joseph venant le lundi de la semaine sainte, fut fêtée et point transportée. » (Le père Jérôme Lalemant,)

1664. « À la Saint-Joseph, on ne fit céans ni salut la veille ni le jour. Il se fit aux ursulines le jour. » (Le père Jérôme Lalemant.)

1666. « La solennité du feu de la Saint-Jean se fit avec toutes les magnificences possibles, monseigneur l’évêque revêtu pontificalement avec tout le clergé, nos pères en surplis, etc. Il présente le flambeau de cire blanche à M. de Tracy, qui le lui rend et l’oblige à mettre le feu le premier, etc. » (Le père Le Mercier.) Cette cérémonie était relevée, sans doute, par la présence des soldats du régiment de Carignan, arrivés l’année précédente.

Les origines de la Saint-Joseph et de la Saint-Jean-Baptiste nous sont donc clairement indiquées. La première de ces fêtes a gardé son caractère religieux ; l’autre, ses allures populaires, sans se séparer de la religion ; celle-ci réunissait les deux qualités voulues pour devenir notre fête nationale, lorsque M. Ludger Duvernay lui donna une constitution (1834).

M. de Gaspé a écrit un joli chapitre de ses Anciens Canadiens au sujet de la Saint-Jean-Baptiste, telle qu’on la célébrait au temps de sa jeunesse, durant le dix-huitième siècle, dans les paroisses du bas du fleuve, au-dessous de Québec. Il met en scène un Écossais et un Canadien qui parcourent le pays : « — Vous, monsieur, qui expliquez si bien les merveilles du ciel, vous plaîrait-il d’abaisser vos regards vers la terre, et de me dire ce que signifient toutes ces lumières qui apparaissent simultanément sur la côte du nord aussi loin que la vue peut s’étendre ? Ma foi, je commence à croire à la légende de notre ami José ! Le Canada est vraiment la terre des lutins, des farfadets, des génies, dont ma nourrice berçait mon enfance dans mes montagnes d’Écosse.

« — Ah ! dit mon oncle Raoul, arrêtons-nous ici un instant : ce sont les gens du nord qui, la veille de la Saint-Jean-Baptiste, écrivent à leurs parents et amis de la côte du sud. Ils ne se servent ni de plumes ni d’encre pour donner de leurs nouvelles ! »

Plus loin, il parle de l’habitude qu’ont les Habitants d’allumer sur les hauteurs des feux d’avertissement, sorte de communications télégraphiques du genre de celles employées par les anciens Grecs et les Latins.

« — Oui, reprit mon oncle Raoul, et si nous étions sur la côte du nord, nous verrions des signaux semblables sur la côte du sud. Si le feu une fois allumé, ou que l’on alimente, brûle longtemps sans s’éteindre, c’est bonne nouvelle ; s’il brûle en amortissant, c’est signe de maladie ; s’il s’éteint tout à coup, c’est signe de mortalité. Autant de fois qu’il s’éteint subitement, autant de personnes mortes. Pour un adulte, une forte lumière ; pour un enfant, une petite flamme… Les mêmes signaux, continua mon oncle Raoul, sont connus de tous les marins, qui s’en servent dans les naufrages pour communiquer leur détresse.

« Les Canadiens de la campagne avaient conservé une cérémonie bien touchante de leurs ancêtres normands : c’était le feu de joie, à la tombée du jour, la veille de la Saint-Jean-Baptiste. Une pyramide octogone, d’une dizaine de pieds de hauteur, s’érigeait en face de la porte principale de l’église ; cette pyramide, recouverte de branches de sapin introduites dans les interstices d’éclats de cèdre superposés, était d’un aspect très agréable à la vue. Le curé, accompagné de son clergé, sortait par cette porte, récitait les prières usitées, bénissait la pyramide et mettait ensuite le feu, avec un cierge, à des petits monceaux de paille disposés aux huit coins du cône de verdure. La flamme s’élevait aussitôt pétillante, au milieu des cris de joie, des coups de fusils des assistants, qui ne se dispersaient que lorsque le tout était consumé. »

« Autrefois, écrit M. l’abbé Maurault, dans l’Histoire des Abénaquis, la fête de saint Jean-Baptiste était toujours célébrée avec solennité, et se terminait par un feu de joie ; ce qui procurait aux sauvages une belle récréation. Voici ce que l’on faisait. Dans un lieu retiré du village, on plantait dans le sol un arbre long de vingt-cinq à trente pieds et dépouillé de ses branches, moins quelques-unes qu’on laissait au sommet. Puis, on élevait au pied de cet arbre un petit bûcher de bois sec. Le missionnaire s’y rendait et bénissait le feu qu’il mettait au bûcher. Bientôt les flammes s’élevaient le long de l’arbre ; pendant ce temps, les jeunes gens, rangés en demi-cercle à vingt ou vingt-cinq pas du feu, tiraient à balle vers le sommet de l’arbre, et celui qui abattait le bouquet de branches recevait une récompense. On accordait trois ou quatre récompenses, qui étaient distribuées à ceux qui faisaient ensuite tomber, chacun, un bout de l’arbre. Il n’y a environ que quinze ans (c’est-à-dire vers 1850) que cette coutume a été abandonnée à Saint-François. »

Le docteur Hubert LaRue a raconté comment cette fête était célébrée dans l’île d’Orléans vers le commencement de notre siècle.

Les paroisses situées au-dessus de Québec n’étaient pas en arrière des autres. À Saint-Jean d’Échaillons et aux Trois-Rivières, ces coutumes subsistaient dans toute leur beauté il y a vingt ans ; elles sont encore suivies, mais la fête a lieu le jour du 24 même et non la veille au soir. Les feux allumés sur les hauteurs donnaient de côte en côte le signal des réjouissances publiques. Le premier bain dans le fleuve se prenait le soir du 23, aux éclats des chansons et de la gaîté générale. Au collége de Nicolet, depuis au moins soixante ans, grand congé, grand pique-nique, promenades sur l’eau,

Telle qu’elle est depuis 1834, l’association Saint-Jean-Baptiste a pour emblèmes un castor entouré d’une guirlande de feuilles d’érable. Sa devise est : « Nos institutions, notre langue et nos lois. » Voyons jusqu’où remontent ces trois choses. Le castor rappelle 1° le commerce de fourrures des premiers temps de la colonie ; 2° le travail persévérant des colons qui, malgré tant d’obstacles et n’ayant que des moyens restreints, se sont créé une patrie nouvelle dans ce pays sauvage. M. l’abbé H.-A. Verreau signale dès 1673 la mention du castor comme symbole du Canada ou de l’élément canadien — lequel, on le sait, fut toujours bien distinct de l’élément « français ». À la date en question, le gouverneur Frontenac conseillait au ministre du roi de placer un castor dans les armes de la ville de Québec. Un castor figure sur la médaille frappée en 1690 pour commémorer la défense de Québec. En 1736, dit encore M. Verreau, la Nouvelle-France et les autres colonies françaises de l’Amérique portaient sur leurs armes trois fleurs de lys d’or. Pas de castor. L’Histoire de la Nouvelle-France, du père de Charlevoix, imprimée en 1744, porte une vignette sur sa page de titre qui représente une ruche d’abeilles et deux castors placés sous des branches d’arbres.

Selon l’Antiquarian publié à Montréal (t. III, 190), une institution financière appelée Canada Bank existait en 1792, et sur l’un de ses billets, qui nous a été conservé, on voit un castor rongeant le pied d’un arbre. Décidément, le castor paraît avoir orné notre écusson depuis très longtemps.

La « question du drapeau » occupait nos pères en 1807. On exprimait, d’un côté, le vœu d’avoir un drapeau canadien, et, d’autre part, on prétendait que celui de l’Angleterre nous devait suffire, de même que celui de la mère-patrie nous avait suffi sous le gouvernement français. Un poète milicien s’écrie ; « À notre brave milice — Quoiqu’il manque des drapeaux — On rendra bonne justice — En admirant ses travaux… — Yankés, Autrogoths, Vandalles — Ils braveront tous vos traits ; — Vous sentirez, cannibales, — Si la mort a des attraits. » La pièce se termine par ces deux vers prophétiques :

Oui, fiers Anglais, n’en doutez pas :
Pour vaincre vous aurez nos bras ! »

C’était prédire Châteauguay à six ans de distance. Pas mal pour un poète qui fait ses dents !

Vers 1815, M. le commandeur Viger avait fait dessiner un castor dans un écusson de fantaisie. Vers 1830, il le fit mettre dans les armes de la ville de Montréal. J’ignore, ajoute M. Verreau (de qui ceci est encore emprunté), si Québec eut jamais sous le gouvernement français des armes particulières. En tous cas, le castor que Frontenac voulait lui donner est aujourd’hui à Montréal.

Dans le Canadien du 26 novembre 1806, on trouve un indice du choix que les Canadiens auraient déjà fait de l’érable comme arbre national. C’est à propos des attaques francophobes du Mercury :

L’érable dit un jour à la ronce rampante :
      Aux passants pourquoi t’accrocher ?
Quel profit, pauvre sotte, en comptes-tu tirer ?
      Aucun, lui répartit la plante :
      Je ne veux que les déchirer !

Rare partout ailleurs, l’érable a dû frapper agréablement les découvreurs du Canada. On peut supposer que les colons français lui prêtèrent une attention particulière et s’accoutumèrent à le regarder comme l’arbre canadien par excellence.

Le chêne des Gaulois a été remplacé par l’érable dans l’affection des Canadiens. Cela se comprend à la moindre réflexion. Habitant un pays couvert d’immenses forêts, les Gaulois se nourrirent longtemps des fruits sauvages de leurs arbres, et surtout du fruit de différentes espèces de chêne qui s’étaient fort multipliés chez eux. Le respect particulier qu’ils portaient à ce dernier arbre, le cérémonial pompeux avec lequel le grand-prêtre venait, tous les ans, couper le gui parasite qui s’y attache, le nom même de ces druides, dérivé du celtique deru (chêne), tout semble indiquer ce qui servit de première nourriture à nos aïeux. Ce fut celle de la plupart des peuples originairement barbares. Les Canadiens virent dans l’érable un arbre majestueux, l’égal du chêne pour le port, plus beau que lui en certaines saisons — le printemps où il revêt sa parure vert tendre, et l’automne quand il s’empourpre aux morsures du froid. Bientôt ils s’aperçurent que son bois admirable était d’un secours précieux pour divers usages, et que la sève de ce roi des montagnes et des plaines donnait un sucre abondant, supérieur à tous les autres ; ils s’y attachèrent, comme les Gaulois avaient fait à l’égard du chêne.

Au premier banquet de la société Saint-Jean-Baptiste, qui eut lieu à Montréal, le 24 juin 1834, on remarquait, dans les décorations de la salle, un faisceau de branches d’érable chargées de feuilles. Lorsqu’on proposa officiellement à la même société d’adopter la feuille d’érable pour emblème national (1836), M. D.-B. Viger s’exprima en ces termes : « Cet arbre qui croît dans nos forêts, sur nos rochers, d’abord jeune et battu par la tempête, languit, en arrachant avec peine sa nourriture du sol qui le produit ; mais bientôt il s’élance, et, devenu grand et robuste, brave les orages et triomphe de l’aquilon. L’érable, c’est le roi de nos forêts. C’est l’emblême du peuple canadien ! » La même année, M. Étienne Parent disait : « La feuille d’érable a été, on le sait, adoptée comme emblème du Bas-Canada. »

Ce même écrivain rétablit le Canadien en 1829 et lui donna pour devise : « Nos institutions, notre langue et nos lois, » résumant ainsi toute la politique qu’il avait embrassée. « C’était là, disait-il souvent, mon étoile polaire, ou, si vous voulez une autre comparaison, mon lit de Procuste : tout ce qui n’entrait pas dans cette mesure, je le repoussais, je le combattais. » Les besoins du temps, en inspirant ce mot d’ordre, venaient de compléter la bannière de la Saint-Jean-Baptiste. En 1880, toute la Confédération réclame le castor et la feuille d’érable. Nous voyons des Anglais qui croient avoir inventé ces emblèmes ! Alors, pourquoi n’acceptent-ils aussi « Nos institutions, notre langue et nos lois » ? On n’est pas Canadien sans cela — et tous les Anglais veulent maintenant être Canadiens.

Il y aurait une jolie étude à faire sur nos fêtes publiques en général ; car les démonstrations et les appels à la gaîté sont toujours les bienvenus parmi nous. En cela, le Canadien est resté absolument Français.

Nous avions autrefois nos fêtes de paroisse, qui ne différaient de la Saint-Jean que par les nombreuses visites que se faisaient les campagnes entre elles. C’était un branle-bas général. La « côte » entière s’en mêlait. Plusieurs « rangs » s’agitaient à la fois. On festoyait à bouche que veux-tu. De vraies saturnales, en plus d’un cas.

Si bien que monseigneur de Pontbriand entreprit (1755) une réforme. Il attaqua aussi les fêtes des corporations de métiers, telles que la Saint-Éloi des forgerons et la Saint-Thibault des charbonniers.

Plus tard (1804), lorsque Mgr Denaut supprima la fête de Beauport, chacun sait le tapage qui en résulta. Une insurrection en règle eut lieu dans une partie de la paroisse. La justice s’en mêla. Ce fut toute une affaire.

Au fur et à mesure que l’occasion s’en présentait, nos évêques abolissaient ces réjouissances. Ce fut Mgr Signaï qui y porta la dernière main, vers 1834, en même temps que M. Duvernay organisait la Saint-Jean-Baptiste.

Peut-être a-t-on essayé, sous le gouvernement français, de nous imposer la Saint-Louis, mais nous n’en avons vu de trace nulle part.

La Saint-Louis a dû être observée par la noblesse française venue en Canada, et même par la noblesse canadienne, qui tenait à la cour de France par ses parchemins ; mais notre peuple, gaulois avant tout, n’a jamais mis le 15 août au niveau de son jour par excellence, la Saint-Jean.

Dans le comté de Terrebonne, vers 1820, la Saint-Louis donnait lieu à une importante foire aux chevaux qui se continue. Autrefois, dans les « bonnes années, » c’était l’occasion d’une série de fêtes qui duraient trois et quatre jours.

Vers 1825, quelques citoyens de Québec, qui sentaient le besoin de nous doter d’une fête nationale, voulurent introduire la mode de la Saint-Louis ; mais, après une dizaine d’années d’existence, cette nouveauté disparut — vers 1834, au moment où M. Duvernay fondait la Saint-Jean-Baptiste.

Les membres de la Saint-Louis, recrutés d’abord dans la classe commerciale, professaient une foi politique et nationale hostile à l’Angleterre, ou tout au moins, à sa manière de nous gouverner. Les ouvriers et les entrepreneurs du faubourg Saint-Roch s’y associèrent en grand nombre.

Il y avait aussi à Québec, vers 1820, un cercle de bonapartistes, la plupart nés en Europe et réfugiés ici après les guerres de l’empire. Les jours de fête, un ruban tricolore placé sur leur poitrine tenait suspendue une figure d’aigle éployée qui soutenait dans ses serres un médaillon d’argent portant au centre la tête de Napoléon couronnée de lauriers, avec ces mots autour : « Napoleon primus imperator et rex. Ubicumque felix. » Les nombreux serviteurs du grand capitaine, dispersés à cette époque dans les villes et les campagnes du Canada, furent mis à la gêne par le comte de Dalhousie (ennemi déclaré de Bonaparte), devenu gouverneur-général en ce pays.

On vient de le voir, les éléments constitutifs d’une fête nationale existaient parmi nous dès le commencement de ce siècle. Jusque là, notre race avait été presque seule à se partager le Canada : mais cette situation allait changer. Les Anglais apportaient la Saint-Georges, les Écossais la Saint-André, les Irlandais la Saint-Patrice. Cette dernière avait même été célébrée aux Trois-Rivières en 1776 par les troupes du congrès de Philadelphie. Quelque chose d’analogue devenait nécessaire parmi les Canadiens. Nos hommes politiques, de leur côté, cherchaient un moyen d’action de ce genre. On en a vu un exemple dans la tentative de la Saint-Louis. Il fallait un drapeau commun aux patriotes, un cri de ralliement. Tout était préparé pour cela. On attendait un homme qui sût donner le signal. Pour peindre ce moment décisif, disons un peu comme Boileau : « Enfin, Malherbe vint ! »


Enfin, Duvernay vint ! Son instinct admirable
Réunit la Saint-Jean sous la feuille d’érable.
L’industrieux castor tressaillit dans les bois,
De clocher en clocher chanta le coq gaulois :
« Nos institutions, notre langue et nos lois ! »


Car il nous semble que la chose est claire : à l’instar des citoyens de Québec, M. Duvernay cherchait à organiser une fête nationale. Il eut le coup d’œil plus juste en choisissant la Saint-Jean-Baptiste, déjà entrée dans nos mœurs, que la Saint-Louis ou tout autre patronage. Il en agit de même à l’égard des emblèmes et de la devise, que la coutume avait sanctionnés.

Une anecdote a été racontée comme étant apparemment ce qui avait donné à M. Duvernay l’idée d’adopter saint Jean-Baptiste à titre de patron du pays. Nous ne saurions l’accepter, puisque les notes ci-dessus attestent d’une toute autre origine. Voici l’anecdote : Durant la guerre de 1812, plusieurs miliciens portant le nom de baptême de Jean-Baptiste, répondaient à un appel. L’officier anglais s’en montra très étonné. « Mordine ! s’écria-t-il, ce sont tous des Jean-Baptiste ! » Le mot « Jean-Baptiste » s’appliqua, parmi les militaires, aux Canadiens-français. Ce nom devait aussi être regardé comme « civil », puisque dans le Spectateur, publié à Montréal en 1813, on lit plusieurs lettres d’un patriote qui signe : Jean-Baptiste.

Les voies étaient préparées. La Saint-Jean-Baptiste avait une existence deux fois séculaire sur les bords du Saint-Laurent. Au lieu de créer, d’innover, d’improviser, il suffisait de mettre en pratique des idées reçues et de leur donner du corps. « Heureux, dit Sainte-Beuve, ceux qui sont d’un pays, d’une province, qui en ont le cachet, qui en ont gardé l’accent, qui font partie de son caractère. » Les mots : « fête de Saint-Jean-Baptiste » réveillaient chez les Canadiens des souvenirs puissants. C’était l’un des beaux jours que nos ancêtres aimaient à célébrer. En le choisissant, M. Duvernay agit avec un instinct, un tact parfait, ce qui assura l’existence à sa fondation. Deux ans après, le Canadien (1836) adoptait pour emblème le castor et la feuille d’érable, lesquels, à partir de ce moment, se répandirent dans toutes nos paroisses.

Il ne nous manque plus qu’un chant national ; mais, par exemple, c’est bien le merle blanc à trouver ! Heureusement, nous avons assez de chansons frappées à notre effigie, pour nous passer longtemps d’un hymne façonné dans les règles. Pour notre part, nous préférons la Claire Fontaine, ou : Vive la Canadienne, à toutes les Marseillaises. C’est moins brutal et non moins poétique.



----