Histoire des Canadiens-français, Tome VI/Chapitre 4

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Wilson & Cie (VIp. 43-54).

CHAPITRE IV


1689-1730


Les habitants ont la passion des armes. — État efficace de la milice. — Expéditions lointaines. — Récompenses militaires. — Principaux fonctionnaires de la colonie. — Troupes royales. — Bravoure des Canadiens. — Quelques opinions sur l’origine de la population canadienne.


F
aible comme chiffre de population, comparée à ses voisines de la Nouvelle-Angleterre, la colonie canadienne présentait néanmoins le spectacle d’une nation redoutable sur les champs de bataille et envahissante par systême. L’habitude de porter des armes et de repousser les attaques des sauvages date des commencements de la colonie, et cela non pas dans une certaine classe de la population canadienne seulement, mais dans toutes — les femmes et les enfants compris[1]. Si les Anglais nous eussent aidés tout d’abord à vaincre les Iroquois, le goût des combats ne se serait point développé parmi nous. L’élément militaire s’était ainsi constitué ou plutôt s’était emparé des habitants plusieurs années avant l’arrivée des troupes (1665). À partir de ce-moment le roi et ses ministres appuyèrent leur politique américaine sur la passion que les Canadiens nés dans le pays témoignaient pour le métier des armes, et ils cultivèrent celle-ci de plus en plus. Lorsque la France et l’Angleterre en vinrent aux prises (1689) notre milice était chose établie de longue date. Il n’en coûtait pas plus à un Canadien d’entreprendre des courses de cent lieues, en toute saison, qu’à un soldat ordinaire de faire étape d’une ville à l’autre. L’été, en canot d’écorce, l’hiver sur des raquettes, le milicien, peu embarrassé de son mince bagage, s’enfonçait dans les profondeurs des bois et vivait à même le pays qu’il parcourait. Dormir dans la neige, raccommoder chemin faisant son embarcation, ses armes, son vêtement ; conserver une bonne humeur inaltérable au milieu des épreuves de cette rude existence, voilà le type dont nulle colonie anglaise ou espagnole ne nous offre d’exemple. Lorsque les rivages inhospitaliers de la baie d’Hudson résonnaient au chant de la Claire Fontaine ; que les côtes de Terreneuve entendaient les refrains de nos chansons à boire ; que les flots du Mississipi et du golfe du Mexique portaient nos joyeux canotiers redisant des couplets d’amour, ou lorsque venait éclater aux oreilles des garnisons anglaises l’hymne de guerre des fils du Saint-Laurent, tout un continent rendait hommage à la race héroïque de ces campagnards devenus soldats par nécessité, découvreurs par goût et poètes par vocation. De tels hommes fondent des empires. C’était à la France à surveiller l’impulsion de leur ardeur, à tenir l’équilibre entre ces forces éparpillées au loin et le foyer d’origine, le Bas-Canada. Au lieu de leur fournir aide et protection, la mère-patrie exigea davantage des Canadiens, elle les poussa aux aventures, honora le métier des armes, puis cessa d’envoyer des cultivateurs ; elle fit peser sur ce petit peuple le dur monopole du commerce, et tendit enfin jusqu’à les briser les ressorts de cette machine admirable.

Frontenac, au temps de sa première administration, avait fait de la milice ce qu’elle devait être par la suite. Il écrivait en 1672 : « Les soldats ne reviendront pas plus cher (en les recrutant) ici qu’en France et je puis garantir qu’on les tiendra bien munis de toutes choses à raison de six sols de France par jour, sans qu’il soit besoin de faire venir que les étoffes et les équipements, qui seraient du reste retenus sur la paie. » Va sans dire que ceci a trait aux troupes royales, dans les rangs desquelles les volontaires canadiens commençaient à entrer. En temps de guerre tous les miliciens comptaient comme soldats. Le pays passa bientôt à une sorte de régime de caserne, voulu par les colons et trop encouragé par le roi. Des règlements furent promulgués. Étaient seuls exempts du service militaire les prêtres, les juges, les notaires, les procureurs-fiscaux, les greffiers et les seigneurs, encore ces derniers se regardaient-ils pour la plupart comme obligés de marcher à la tête de leurs censitaires. Il y avait un capitaine dans chaque paroisse un peu peuplée ; dans les grandes on en comptait deux ou trois ; les hommes composant une compagnie étaient tenus d’obéir aux ordres de cet officier. La colonie entière ayant ainsi des cadres de milice toujours au complet, on les utilisait en temps de paix pour la transmission des volontés du gouvernement — civil ou judiciaire. À la deuxième génération, ce mécanisme fonctionnait admirablement. Au milieu de ses fermes, le cultivateur faisait un continuel apprentissage de la guerre et de la discipline ; la jeunesse allait par les bois, se formant aux fatigues de la vie en plein air ; d’année en année, d’anciens soldats licenciés se joignaient aux habitants et entretenaient ainsi l’esprit militaire parmi eux. Les lieux d’étude des Canadiens, comme dit Parkman, étaient les lacs et les cours d’eau « et ils s’y montraient écoliers consommés. Forestiers experts, adroits et hardis canotiers, toujours prêts à combattre, servant souvent sans paie, ne recevant du gouvernement que les vivres et l’embarcation, ils étaient debout en un instant pour toute périlleuse entreprise ; dans la guerre d’escarmouche au milieu des forêts, il y en avait peu de comparables aux membres de cette vaillante organisation. » Les titres de noblesse accordés, et on pourrait dire prodigués, par Louis xiv en faveur des Canadiens de mérite, se complétaient par des grades dans l’armée et des décorations, jusqu’à la croix de Saint-Louis inclusivement ; des pensions, d’un bas chiffre il est vrai, mais qui se reportaient ordinairement sur la veuve ou sur la jeune famille récompensaient les services militaires. En un mot, des carrières étaient ouvertes à l’ambition et au courage des fils de l’habitant. Le chef de la colonie était toujours un homme qui avait gagné ses éperons ; son entourage se ressentait de cette influence. La haute classe de la société, bien que pauvre, était remplie de l’élan et de la fierté de cette ancienne noblesse qui voyait dans la guerre la seule occupation digne d’un gentilhomme et qui estimait la gloire des armes plus que les honneurs et la fortune.

Les lignes suivantes de La Hontan sur l’administration du pays, ont leur place dans ce chapitre : « Le gouverneur-général de Québec a la disposition des emplois militaires. Il donne les compagnies, les lieutenances et les sous-lieutenances, à qui bon lui semble, sous le bon plaisir de Sa Majesté ; mais il ne lui est pas permis de disposer des gouvernements particuliers, des lieutenances de roi, ni des majorités de places. Il a de même le pouvoir d’accorder aux nobles, comme aux habitants, des terres et des établissements dans toute l’étendue du Canada ; mais ces concessions se font conjointement avec l’intendant. Il peut aussi donner vingt-cinq congés ou permissions par an, à ceux qu’il juge à propos, pour aller en traite chez les nations sauvages de ce grand pays. Il a le droit de suspendre l’exécution des sentences envers les criminels, et par ce retardement il peut aisément obtenir leur grâce s’il veut s’intéresser en faveur de ces malheureux ; mais il ne saurait disposer de l’argent du roi, sans le consentement de l’intendant, qui seul a le pouvoir de le faire sortir des coffres du trésorier de la marine. Il a vingt mille écus d’appointement annuel, y comprenant la paie de la compagnie de ses gardes et le gouvernement particulier du fort (de Québec) ; outre cela, les fermiers du castor lui font encore mille écus de présent. D’ailleurs, les vins et toutes les autres provisions qu’on lui porte de France ne payent aucun fret ; sans compter qu’il retire pour le moins autant d’argent du pays par son savoir faire[2]. L’intendant en a dix-huit mille ; et Dieu sait ce qu’il peut acquérir par d’autres voies[3] ; mais je ne veux pas toucher cette corde-là, de peur qu’on ne me mette au nombre de ces médisants qui disent trop sincèrement la vérité. L’évêque tire si peu de revenu de son évêché, que si le roi n’avait eu la bonté d’y joindre quelques autres bénéfices situés en France[4], ce prélat ferait aussi maigre chère que cent autres de son caractère dans le royaume de Naples. Le major de Québec a six cents écus par an. Le gouverneur des Trois-Rivières en a mille, et celui de Montréal deux mille. Les capitaines des troupes cent vingt livres par mois. Les lieutenants quatre-vingt-dix livres, les lieutenants réformés[5] cinquante, les sous-lieutenants quarante, et les soldats six sols par jour, monnaie du pays… Les conseillers qui composent le Conseil Souverain en Canada, ne peuvent vendre, donner, ni laisser leur charge à leurs héritiers ou autres, sans le consentement du roi, quoiqu’elles vaillent moins qu’une simple lieutenance d’infanterie. Ils ont coutume de consulter les prêtres ou les jésuites lorsqu’il s’agit de rendre des jugements sur des affaires délicates ; mais lorsqu’il s’agit de quelque cause qui concerne les intérêts de ces bons pères, s’ils la perdent, il faut que leur droit soit si mauvais, que le plus subtil et le plus rusé jurisconsulte ne puisse lui donner un bon tour. »

En 1691, la solde de treize cent treize hommes, avec leurs officiers, coûtait deux cent dix-huit mille livres, soit cent soixante et six livres par homme. La population du Bas-Canada était alors de douze mille âmes. Quelques centaines de volontaires se trouvaient répandus à la baie d’Hudson, Terreneuve, l’Acadie et sur les frontières de la Nouvelle-Angleterre ; les hommes restés dans le Bas-Canada se plaignaient que Frontenac, tout à ses projets belliqueux, les écrasait de corvées, pour transporter les troupes, escorter les convois et travailler aux fortifications. La paix de Ryswick (septembre 1697) rendit les bras à l’agriculture et permit aux Canadiens de se réjouir de leurs nombreux succès durant une guerre de huit années. La population du Bas-Canada s’élevait alors à quinze mille âmes, y compris les sauvages domiciliés. Les Iroquois déposaient les armes dans une assemblée solennelle tenue à Montréal. Le commerce de l’ouest reprenait vigueur, ainsi que celui de la baie d’Hudson. Les troupes campaient dans les saisons propices ; on les dispersait chez les habitants pour aider à faire les récoltes ; une partie était employée à raccommoder les chemins du haut de l’île de Montréal. Le séminaire de Saint-Sulpice creusait le canal de Lachine. On élevait des retranchements à Québec « pour divertir les troupes. » D’Iberville fondait la Louisiane ; Lamothe-Cadillac établissait le Détroit. Les missionnaires se répandaient au delà des lacs, chez les Illinois, au Mississipi. Le tableau qui suit donne le résumé du recensement de 1698 :


BÂTISSES, DÉFRICHEMENTS, RÉCOLTES ET BÉTAIL.


POPULATION, SEXES, ÉTAT DE MARIAGE.


LOCALITÉS Population Sexes Mariés et veuvage Enfants et non mariés
H. F. H. F. Total H. F. Total
Québec 1,988 1,010 978 318 317 635 692 661 1,353
Malbaie 13 10 3 3 1 4 7 3 2
Baie Saint-Paul 75 46 29 12 12 12 34 17 51
Cap Tourmente 181 116 65 21 20 41 95 45 140
Sainte-Anne 222 117 105 34 34 68 83 71 154
Château-Richer 373 194 179 61 62 123 133 117 250
Ange-Gardien 315 160 155 49 49 98 111 106 217
Beauport
   Petit Village
444 252 192 76 69 145 176 123 299
Charlesbourg
   Petite Auvergne
   Saint-Bernard
   Saint-Claude
315 165 150 57 57 114 108 93 201
Saint-Romain
   Petit Saint-Antoine
99 51 48 25 22 47 26 26 52
Grand Saint-Antoine
   Route Sainte-Barbe
97 46 51 18 16 34 28 35 63
Comté d’Orsainville
   Bourg Royal
134 70 64 32 30 62 38 34 72
Notre-Dame des Anges 151 91 60 25 21 46 66 39 105
Petite Rivière 133 76 57 24 24 48 52 33 85
Saint-Jean
   Saint-Michel
   Sillery
188 109 79 36 35 71 73 44 117
Cap Rouge
   Gaudarville
   Champigny
107 61 46 21 20 41 40 26 66
Ancienne Lorette 68 39 29 13 9 22 26 20 46
Jeune Lorette 3 3 1 1 2 2
Demaure 244 134 110 39 39 78 95 71 166
Neuville
   Écureuils
534 261 273 78 88 166 183 185 368
Portneuf
   Échambault
168 94 74 39 30 69 55 44 99
Les Grondines 85 48 37 18 14 32 30 23 53
Lotbinière
   Rivière du Chêne
116 53 63 25 29 54 28 34 62
Sainte-Croix
   Villieu
136 77 59 25 23 48 52 36 88
Vincennes
   Côte Lauzon
397 211 186 60 50 110 151 136 287
Saut de la Chaudière 3 3 1 1 2 2
Beaumont
   Berthier
   La Durantaye
272 155 117 60 55 115 95 62 157
Rivière du Sud ou l’Espinay 146 73 73 25 25 50 48 48 96
Île d’Orléans
   Saint-Pierre
   Sainte-Famille
738 385 353 125 126 251 260 227 487
   Saint-François
   Saint-Jean
   Saint-Paul
734 395 339 120 121 241 275 218 493
Vincelot
   Gagnier
   Port Joly
   Bonsecours
   Rivière des Trois-Saumons
246 135 111 42 43 85 93 68 161
Grande Anse 89 50 39 15 15 30 35 24 59
Rivière Ouelle
   Bouteillerie
105 53 52 17 16 33 36 36 72
Rivière-du-Loup et le Bic 22 17 5 8 2 10 9 3 12
Îles aux Oies et aux Grues 40 26 14 7 7 14 19 7 26
Trois-Rivières
   Rivière-du-Loup
   Baie Saint-Antoine
   Tonnancour
   Labadie
358 182 176 57 50 107 125 126 251
Sainte-Anne 145 81 64 30 29 59 51 35 86
Batiscan 422 226 196 64 62 126 162 134 296
Champlain
   Gentilly
326 168 158 48 50 98 120 108 228
Cap de la Madeleine
   Rivière Puante
   Marsolet
   Bécancour
241 132 109 43 42 85 89 67 156
Saint-François 98 48 50 15 14 29 33 36 69
Ville-Marie (île de Montréal) 1,185 645 540 224 195 419 421 345 766
Berthier
La Valtrie
   D’Autray
Repentigny 80 45 35 15 13 28 30 22 52
La Chenaye 42 22 20 6 5 11 16 15 31
Île Jésus 13 9 4 3 2 5 6 2 8
Île Sainte-Thérèse 87 41 46 16 20 36 25 26 51
Pointe-aux-Trembles (et bas de l’île)
   Saint-François
   Saint-Martin
256 150 106 42 43 85 108 63 171
La Montagne 3 3 2 2 1 1
Rivière des Prairies 47 26 21 10 9 19 16 12 28
Rivière Saint-Pierre
   Lachine et (haut de l’île)
270 149 121 54 53 107 95 68 163
Sorel 59 33 26 11 12 23 22 14 36
Saint-Ours 79 43 36 16 19 35 27 17 44
Contrecœur 48 26 22 8 12 20 18 10 28
Verchères 36 17 19 6 6 12 11 13 24
Saint-Michel 39 23 16 6 10 16 17 6 23
Varennes 112 58 54 16 17 33 42 37 79
Boucherville (et les îles) 393 206 187 66 62 128 140 125 265
Tremblay
   Longueuil
223 118 105 42 34 76 76 71 147
Prairie de la Madeleine
   Saint-Lambert
225 114 111 36 35 71 78 76 154
Châteauguay 1 1 1 1
Île Saint-Paul 21 14 7 3 2 5 11 5 16
Saut-au-Récollet 1 1 1 1
Missions éloignées 24 24 24 24
      Total des Français 13,815 7,391 6,424 2,370 2,277 4,647 5,021 4,147 9,168
         Sauvages établis près des Français
Saut Saint-Louis 790 330 460 160 300 460 170 160 330
Montagne de Montréal 160 71 89 38 52 90 33 37 70
Saut-au-Récollet 113 57 56 28 36 64 29 20 49
Saut de la Chaudière 355 160 195 80 120 200 80 75 155
Jeune Lorette 122 67 55 24 38 62 43 17 60
      Total des Sauvages 1,540 685 855 330 546 876 355 309 664
      Grand totaux 15,355 8,076 7,279 2,700 2,823 5,523 5,376 4,456 9,832


Ce recensement est daté du 14 octobre 1698. Les renseignements manquent pour les paroisses de Berthier et Lavaltrie. On estimait alors toutes les forces de la milice du pays comme suit : — entre 3 à 4,000 français et 1,000 sauvages.

Il y avait donc près de seize cents sauvages domiciliés sous la protection des blancs. Ce chiffre n’a été dépassé à aucune époque ; quelque mince qu’il soit, il fait honneur aux missionnaires dont les bourgades en question étaient l’œuvre. En 1695, il y avait cinq de ces bourgades, dont trois sont indiquées au recensement de la même année, savoir : le saut Saint-Louis, 485 ; la montagne de Montréal, 216 ; la jeune Lorette, 152 ; total 853 âmes, ou à peu près 170 guerriers. Bécancour et Saint-François du Lac renfermaient aussi quelques familles abénaquises et algonquines. Sillery était abandonné, Dix années auparavant (1685) la population sauvage établie avait été presque double de ce chiffre : le saut Saint-Louis 682, et 68 cabanes ; la montagne de Montréal 222, et 36 cabanes ; Sillery 488, et 17 cabanes ; Lorette 146, et 18 cabanes ; total : 1538 âmes et 139 cabanes. En 1680, il n’y avait que 960 sauvages domiciliés dans la colonie. Ces pauvres gens étaient venus à nous après la destruction des bandes ou petites nations auxquelles ils appartenaient et la pitié les avait recueillis. Leur histoire, poussée au delà de ces simples limites, est de l’exagération toute pure. Deux faits, qui ne contredisent point cette donnée générale, nous montrent quelques différences dans l’origine de deux de ces villages : au saut Saint-Louis et à la montagne de Montréal, les jésuites et les sulpiciens avaient commencé par rassembler des Iroquois chrétiens, ou disposés à le devenir, et ce n’est que plus tard que ces lieux servirent de véritables refuges aux autres sauvages réduits à la misère et à l’abandon, par suite des combats qui anéantissaient leurs tribus, ou des fléaux (la picotte par exemple) dont celles-ci avaient souffert les ravages. Les Hurons de Lorette, les Abénaquis de Bécancour et Saint-François, les Iroquois des environs de Montréal venaient du Haut-Canada, de l’État de New-York et de l’Acadie. Quant aux sauvages du Bas-Canada, les Algonquins, ils eurent, durant quelques années, un établissement à Sillery, puis un autre, de courte durée, au cap de la Madeleine ; ensuite on les voit dispersés à Saint-François, à Bécancour et au lac des Deux-Montagnes, en compagnie de nations diverses attirées comme eux par le besoin de se mettre sous l’égide des Français.

Quelques troupes envoyées ici après la guerre et licenciées, se mirent à ouvrir des habitations le long du fleuve, dans le gouvernement de Montréal, vers 1699. C’était l’heure où Vauban proposait au roi un plan de colonisation militaire, trop militaire, quoique très bon sous certains rapports, et dont la mise en pratique eût porté la population du Canada au chiffre de cent mille âmes en 1730. Vingt années après 1699, nous n’avions pas reçu cent soldats, et peut-être encore moins de colons.

Au plus fort de la guerre de la succession d’Espagne (1709), le gouvernement de Québec fournissait deux mille deux cents miliciens ; celui de Montréal douze cents, et celui des Trois-Rivières quatre cents. On comptait deux cent matelots, trois cent cinquante hommes des troupes royales et cinq cents sauvages.

Dans un mémoire que M. Aubert de la Chesnaye écrivit vers ce temps, il s’exprima de la façon suivante : « Pour ce qui est de la bravoure des Canadiens, quand elle ne serait pas née avec eux en tant que Français, la manière de faire la guerre des Iroquois et autres sauvages de ce continent qui brûlent vifs quasi toujours leurs prisonniers, avec des cruautés incroyables, met les Français dans la nécessité d’envisager la mort ordinaire dans les combats comme un bien, au prix d’être pris vifs ; ce qui fait qu’ils se battent en désespérés et avec une très grande indifférence de la vie. » Après avoir dit que les gens de Montréal ne veulent pas fortifier leur ville et qu’ils se reposent beaucoup sur leur valeur, Charlevoix ajoute : « Nos Canadiens ont tous, sur cet article, assez bonne opinion d’eux-mêmes, et il faut convenir qu’elle n’est pas mal fondée, mais par une suite de la confiance qu’elle leur inspire, il n’est pas si malaisé de les surprendre que de les battre… Il n’y eût jamais de troupes par lesquelles on réussit moins par la hauteur et la dureté que les milices canadiennes, très aisées d’ailleurs à conduire lorsqu’on sait s’y prendre d’une manière toute opposée et qu’on a su gagner leur estime. » Plus tard, M. de Vaudreuil, deuxième gouverneur de ce nom, rendait témoignage en ces termes devant une commission royale : « En général, les Canadiens semblent être nés soldats ; une éducation mâle et toute militaire les endurcit de bonne heure à la fatigue et au danger. Le détail de leurs expéditions, de leurs voyages, de leurs entreprises, de leurs négociations avec les naturels du pays, offre des miracles de courage, d’activité, de patience dans la disette, de sang-froid dans le péril, de docilités aux ordres des généraux, qui ont coûté la vie à plusieurs sans jamais ralentir le zèle des autres. Ces commandants intrépides, avec une poignée de Canadiens et quelques sauvages, ont souvent déconcerté les projets, ruiné les préparatifs, ravagé les provinces et battu les troupes des Anglais huit à dix fois plus nombreuses que leurs détachements. »

La guerre était virtuellement terminée en Amérique dès 1711, mais en Europe la France subissait échec sur échec ; lorsque la paix d’Utrecht (1713) mit fin à cette longue et sanglante querelle, l’Angleterre reçut l’Acadie, Terreneuve et la baie d’Hudson pour sa part de bénéfice. La puissance française ne s’est pas relevée en Amérique depuis ce moment ; elle n’a fait que décroître et tâtonner, tandis que les Anglais, devenus plus clairvoyants, s’appliquaient à se fortifier et à s’étendre. Les exemples de courage et de patriotisme que les Canadiens avaient donnés à la mère-patrie ne servirent qu’à persuader aux ministres que le Canada pouvait se défendre lui-même. Le développement des colonies anglaises n’ouvrit les yeux ni au souverain ni à ses conseillers. Lorsque mourut Louis xiv (1715) nous étions entrés dans le gouffre qui devait engloutir la Nouvelle-France.

Après les nombreux textes que nous avons cités pour démontrer les origines de la population canadienne, on s’étonne de lire dans une dépêche de M. de Meulles, en 1682 : « Le vice a obligé la plupart de chercher ce pays comme un asile pour se mettre à couvert de leurs crimes. » Le vindicatif intendant nous paraît avoir généralisé par trop quelques cas isolés qui avaient pu se produire. On ne voit pas de trace des gens dont il parle, et l’expression « la plupart » est manifestement une exagération, puisque « la plupart » des habitants du Canada à cette époque provenaient de sources bien connues et à l’abri du soupçon. D’ailleurs, il est temps de le dire, M. de Meulles poussait la haîne contre ceux qui lui déplaisaient jusqu’à écrire au ministre des choses qu’il savait être fausses. En comparant sa correspondance avec les faits bien constatés, nous l’avons pris en flagrant délit de mensonges. Il dit par exemple que Gaspard Boucher était cuisinier des jésuites — et cela afin de ravaler le fils, Pierre Boucher, qui ne s’en laissait pas imposer par l’intendant ; il écrit que la ville des Trois-Rivières ne renferme que sept ou huit misérables maisons — parcequ’il veut prendre le pas sur M. de Varennes, gouverneur de cette place ; il déclare que Nicolas Denys demande son pain dans les rues de Paris — pour empêcher le renouvellement de la commission de Denys de Fronsac. Or la vérité est que : Gaspard Boucher a été fermier des jésuites durant quelques années ; que la ville des Trois-Rivières renfermait trente-six bonnes maisons, et que Nicolas Denys était allé à Paris faire renouveler ses titres sur la baie de Saint-Laurent — et qu’il fut écouté. Toutes ces assertions inexactes sont contenues dans une seule dépêche de l’année 1685. Aux yeux de M. de Meulles, il n’y avait ici que des manants et des gueux. Le noblesse pauvre n’est pas prise par lui en pitié, mais méprisée ; le peuple est un vil bétail — il n’y a qu’à lire les dépêches de cet officier pour connaître son caractère. Nous en sommes encore, après deux siècles, à découvrir comment a vécu ici l’étrange population qu’il signale et où elle a passé, car elle était évidemment différente de celle que les documents les plus dignes de croyance nous font connaître. Lorsque le baron de La Hontan parle des filles de mauvaise vie arrivées en Canada de 1665 à 1672, et que M. de Meulles s’attaque aux criminels réfugiés dans la colonie, tous deux se mettent en contradiction avec les nombreuses sources de renseignements que nous possédons sur le sujet — nos lecteurs ont pu en juger. En 1682, la France cessait de nous envoyer des colons ou plutôt elle avait cessé depuis cinq ou six ans. L’accord entre les chiffres des recensements, à toutes les époques antérieures à 1682, et les pièces officielles et autres qui touchent aux origines de la population canadienne est tellement parfait que la place manque pour en loger davantage dans ces calculs.

Le chevalier de Beauchesne qui dit avoir été élevé partie dans une paroisse du gouvernement de Montréal et partie chez les Iroquois, a livré à Le Sage des notes dont ce romancier a composé un livre curieux. Beauchesne affirme que l’on expédiait en bloc au Canada, de 1690 à 1700, des fils de famille trop prodigues et des femmes légères ou compromises et qu’on les mariait à l’aveuglette en mettant le pied à Québec. L’invraisemblance de ces récits, de telles situations, les circonstances relatées et un mode de peuplement aussi peu conforme aux choses du pays, ne soutiennent pas un instant la critique. C’est du Le Sage, agréable si l’on veut, mais en dehors de toute vérité possible.

À l’égard des envois de filles aux îles françaises de l’Amérique, nous devons remarquer que s’il y a eu des erreurs de commises, ce n’était point le résultat d’un plan de bannissement des mauvais sujets des grandes villes du royaume, quoiqu’il y ait à mentionner des cas de cette nature, que l’on peut considérer comme des exceptions à la règle. De 1682 à 1685, sur la demande des planteurs des îles, on avait embarqué des troupes de cinquante, cent et cent cinquante filles, presque toutes tirées de l’hôpital général de Paris, et un petit nombre de mauvaise vie, ce dont on s’aperçut bien vite ; des plaintes très vives furent adressées au ministre (Seignelay) qui enjoignit de ne plus admettre sur les bâtiments en partance « celles qui sont enfermées pour leurs débauches. »

Le 7 février 1686, Seignelay écrivait à l’intendant du Canada, lui proposant de prendre les forçats et faux-saulniers invalides et ceux qui étaient condamnés à vie, afin de les engager chez les habitants. Il ne paraît pas que le projet fut accepté.[6]

Plus tard (1698) Frontenac et Champigny s’adressant au ministre et lui dépeignant la situation des Canadiens, disaient : « La plupart des Français qui se fixaient en Canada étaient des soldats, auxquels on donnait congé à condition qu’ils se marieraient et resteraient dans la colonie. » Ceci est tout à fait conforme à la vérité. En 1704, l’évêque de Poitiers sollicita la permission d’exiler aux colonies deux gentilshommes qui occasionnaient des scandales dans son diocèse. M. de Pontchartrain lui répondit : « L’on m’envoye personne de force en Amérique. »

M. Garneau a dressé la liste des lieux d’origine des colons mentionnés dans les actes des notaires du gouvernement de Québec jusqu’à l’année 1700 : — « Île de France, presque tous de Paris, 358 ; Normandie 341 ; Poitou 239 ; Pays d’Aunis 190 ; Saintonge 91 ; Bretagne 87 ; Picardie 76 ; Angoumois 56 ; Anjou 44 ; Beauce 43 ; Orléans 35 ; Touraine 34 ; Maine 30 ; Bourgogne 32 ; Champagne 32 ; Limousin 21 ; Guienne 21 ; Brie 20 ; Perche 20 ; Languedoc 18 ; Gascogne 18 ; Berri 17 ; Lyonnais et Forez 12 ; Périgord 9 ; Flandre française 8 ; Lorraine 8 ; Auvergne 8 ; Dauphiné 8 ; Île de Ré 7 ; Artois 7 ; Blaisois 6 ; Provence 6 ; Bourbonnais 6 ; Île d’Oléron 4 ; Cambrésie 4 ; Angenais 3 ; Avignon 3 ; Navarre 2 ; Gatinais 2 ; Vexin-le-Français 1 ; Nivernais 1 ; Bresse 1 ; Messin 1 ; Ouercy 1 ; Pyrénées 1 ; différents lieux de France 45. Pays étrangers : — Portugal 5 ; Allemagne 4 ; Angleterre 4 ; Suisse 3 ; Irlande 2 ; Savoie 2 ; Espagne 1 ; Hollande 1 ; Écosse 1 ; Piémont 1 ; Italie 1 ; Nouvelle-Angleterre 1 ; total : 1976. On a cru, jusqu’ici, que les Canadiens descendaient presque tous d’émigrés sortis de la Normandie[7], mais cette erreur, répandue par Charlevoix, ne peut plus subsister. Des recherches, faites avec soin dans les archives, nous permettent de dire que les ancêtres des Canadiens-Français sont venus du nord-ouest de la France, c’est-à-dire de cette partie de la France qui est située entre les Pays-Bas, Paris, Bordeaux et l’Atlantique. La Normandie, le Poitou, le pays d’Aunis, la Saintonge, la Bretagne, la Picardie, l’Angoumois, paraissent avoir fourni séparément plus d’émigrés qu’aucune autre province, mais la ville de Paris en a fourni à elle seule plus qu’aucune de ces provinces. » Il faut noter que le groupe de Paris est venu en dernier lieu, c’est-à-dire après 1665. Il y a apparence que la plupart des soldats se disaient de Paris.

Pour la deuxième fois, en 1710, on proposa d’envoyer en Canada les faux-sauniers que l’on condamnait aux galères. Ce n’étaient point, à proprement parler, des gens de mauvaise vie ou des criminels, mais de simples contrebandiers. Les fermiers de la gabelle, qui avaient eu cette idée, ne furent pas écoutés. Cependant, l’année suivante, on la soumit de nouveau. Elle fut reprise en 1714 par M. de Pontchartrain, qui, à force d’être sollicité de fournir des bras pour l’agriculture, suggéra d’établir une colonie pénale. M. de Vaudreuil parut l’accepter, ne voyant pas d’autre moyen d’obtenir des secours de France. Il écrivit donc au ministre : « Il y a tous les ans (dans le royaume) un nombre considérable de faux-sauniers condamnés aux galères, dont le roi a peu de besoin, et qui deviennent inutiles pour la culture des terres ; leur dépense est payée par les fermiers-généraux et le roi pourrait en accorder à la colonie du Canada cent cinquante tous les ans. Les fermiers-généraux les feront conduire à la Rochelle, et payeront pour chacun cent cinquante livres, moyennant qu’ils en seront déchargés pour toujours. Il n’y en a pas un qui ne leur coûte cent francs par an, il n’y en a point qui n’y soit plus de dix-huit mois, et il y en a tel qui y demeure dix ans et plus. Tout ce qui restera à désirer aux fermiers-généraux, est qu’ils ne reviennent point en France, et j’en réponds. Si le roi accordait cette grâce, on pourrait obliger les vaisseaux qui vont en Canada, à passer ces cent cinquante hommes, et donner cinquante livres pour chacun à leur arrivée. Dans la colonie on les distribuerait aux habitants, pour les faire travailler comme engagés, et cela pendant trois ans, après quoi ils seraient libres, sans toutefois pouvoir retourner en France ; et pour les mettre en état de faire quelque chose, on pourrait mettre entre les mains de leurs maîtres les cent livres restant de la somme de cent cinquante livres fournies par les fermiers-généraux, et obliger ces maîtres à leur donner cinquante écus après les trois années de service. Les habitants se trouveraient très heureux d’avoir des hommes à ces conditions, et cela serait insensiblement une augmentation d’hommes, accoutumés au travail. » Les marchands de la Rochelle offrirent (1717) de transporter les faux-sauniers à raison de cinquante livres par tête, mais dit M. Déping, Vaudreuil fut blâmé par les habitants et rien ne se fit. Enfin, en 1722, on nous envoya cinquante prisonniers dont les uns furent incorporés dans les troupes et les autres répartis dans les campagnes à divers titres, mais, écrit M. Rameau, « au bout de peu de temps, leur présence donna lieu à de tels inconvénients, que les réclamations unanimes de l’évêque, du gouverneur, de l’intendant, s’élevèrent, en 1725, contre cette dangereuse immigration. À la suite de ces remontrances, la transportation fut arrêtée, ou tout au moins profondément modifiée[8], car on conserva longtemps encore l’usage de diriger tantôt sur le Canada, tantôt sur les autres colonies, les jeunes vauriens en faveur desquels les familles bourgeoises et même celles de qualité, obtenaient des lettres de cachet. Un de ces jeunes débauchés, le sieur Lebeau, fils d’un bon bourgeois de Paris, nous a conservé la relation de son exil et de ses aventures. Ce Lebeau fut placé comme commis, et sur quelque méfait qui lui advint, il prit la fuite, vécut quelque temps parmi les sauvages, puis passa dans les colonies anglaises, d’où il revint en Europe et publia ses aventures, qui ne laissent pas que d’être curieuses, quoique devant être consultées avec réserve. »

M. l’abbé de La Tour, né en 1700, venu à Québec en 1729, reparti en 1731, nous a laissé une phrase qui rappelle M. de Meulles. Selon lui, le Canada se composait « d’une foule d’aventuriers, ramassés au hasard en France, presque tous de la lie du peuple, la plupart obérés de dettes et de crimes. » L’exagération poussée à ce point se passe de critique. En admettant que, de 1722 à 1731, on nous eût envoyé cent vagabonds par année, ce qui est un gros chiffre, cela n’aurait fait que huit ou neuf cents individus sur une population de plus de trente mille âmes, population dont l’immense majorité remontait à trois quarts de siècle et avait un passé sans tache.

Peter Kalm écrivait ceci, en 1749 : « Il vient chaque année en Canada, un ou deux vaisseaux du roi, amenant des recrues pour remplacer les soldats morts au service, ceux qui ont obtenu la permission de s’établir comme colons dans le pays, ou qui s’en retournent en France après avoir fini leur temps. Le nombre de ces recrues est actuellement de cent à cent cinquante, sans compter les contrebandiers, dont on envoie un bon nombre en même temps. Autrefois, on les condamnait aux galères ; à présent, on les dirige sur les colonies, où ils sont libérés dès leur arrivée, mais à condition de ne pas sortir du pays sans un permis spécial du roi. »

Une comédie, comme on en écrivait beaucoup à cette époque, fut jouée à Paris en 1734. Elle est intitulée Les Mariages de Canada. L’auteur ne risque point son nom, mais il est visible qu’il a puisé ses traits et ses anecdotes dans La Hontan, Le Sage, Lebeau et La Tour. Son canevas couvre par conséquent les années 1665-1734. Les petits vers en sont mal faits ; tout y est cru et brutal. Les personnages ont des états de service qui les recommandent peu à la révérence du public. Les anachronismes se succèdent de la première à la dernière scène. À peine débarqués à Québec, on range les émigrés par couples, (les femmes sont masquées) et « madame Bourdon » prononce les paroles sacramentelles. Les mariages ainsi faits passent pour bons et valables ; de suite, les femmes se dévoilent ; surprise agréable des uns ; dépit des autres ; une barque attend les époux ; on vogue « sur le Mississippi » et l’on se rend à dix, trente, cinquante lieues de Québec, en falbalas et en culottes de soie, défricher le sol, et construire une chaumière !

  1. Parmi les anecdotes du temps, il en est d’assez curieuses. En 1693, un vieux garçon courtisait une veuve à Lachesnaye. Durant la soirée les Iroquois se montrèrent. Les amoureux saisirent chacun un fusil, chassèrent les maraudeurs, et reprirent la conversation interrompue.
  2. Ce que l’on nomme vulgairement le tour du bâton.
  3. Il dit, parlant de M. de Meulles, « je crois qu’il n’a pas négligé ses propres affaires ; il y a même apparence qu’il a fait un certain commerce souterrain qui est un vrai petit Pérou. » Ce même M. de Meulles dénonçait avec chaleur les gentilshommes canadiens engagés dans la traite sans permission.
  4. Le roi avait fait réunir les deux manses de l’abbaye de Maubec en faveur de l’évêché et du chapitre de la cathédrale de Québec, sous Mgr de Laval ; l’abbaye de Benevent fut ajoutée à ces bénéfices du temps de Mgr de Saint-Valier.
  5. Ceux qui, après un temps de service, sont détachés des troupes.
  6. G. B. Déping : Correspondance administrative du règne de Louis xiv, Paris 1850.
  7. Le premier groupe était de la Normandie et des bords de la Loire. Ceci est antérieur à 1660.
  8. En 1739 et 1742, les faux-sauniers et les contrebandiers désertaient aux Anglais. (Voir Édits et Ordonnances, I, 560).