Histoire des Canadiens-français, Tome VIII/Chapitre 5

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Wilson & Cie (VIIIp. 47-58).

CHAPITRE V

1763 — 1840


Les Canadiens de l’Ouest, du Mississipi, du Texas, du Nord-Ouest, de la Colombie Anglaise et de la Californie.
A
u cours de plusieurs chapitres précédents, nous avons fait remarquer le mouvement d’émigration des Canadiens qui commença à se produire vers l’année 1678, alors que la France cessait de nous envoyer des colons. Depuis deux siècles, cet exode ne s’est point ralenti ; il a plutôt acquis de l’intensité. Le voyageur qui visite les vastes États de l’union américaine est partout étonné d’y voir des établissements canadiens, dont un bon nombre datent de longtemps et non seulement subsistent mais se développent au milieu de l’élément absorbant qui compose la grande république.

Vers la fin du dix-huitième siècle, nos gens étaient déjà répandus dans les États-Unis de l’Est. Isaac Weld et le duc de LaRochefoucauld, écrivant tous deux en 1795, parlent des Canadiens engagés dans les familles américaines. On en rencontrait jusqu’en Virginie. Encore actuellement, il y a dans le Maryland toute une colonie de nos compatriotes qui remontent à trois générations dans ces endroits. Plusieurs de ces familles vivent dans l’aisance.

« Pendant notre séjour dans le Haut-Canada, dit La Rochefoucauld, nous avons eu occasion de voir la caravane d’une famille de Canadiens émigrant pour la rivière des Illinois. Le mari avait été reconnaître, l’été d’avant, l’établissement. Il allait alors y fixer toute sa famille. Cet homme, sa femme et quatre enfants, étaient embarqués dans un canot d’écorce, long tout au plus de quinze pieds et large de trois. Le père et la mère pagayaient à chacun des bouts de la pirogue ; les quatre enfants étaient assis ou couchés sur les matelats ou autres effets de ces bonnes gens ; le plus âgé pagayait aussi, et tous poursuivaient, en chantant, ce voyage de onze cent milles au moins. C’est à Newarck (Niagara) que nous les avons rencontrés ; ils côtoyaient les bords, des lacs et des rivières, s’arrêtant tous les soirs, élèvant une espèce de tente qu’ils forment avec un de leurs draps de lit et qu’ils assujettissent avec deux perches qu’ils coupent sur place ; ils font leur petite cuisine, soupent, s’enveloppent dans leurs couvertures jusqu’au lendemain, repartent sur les huit heures, s’arrêtent dans le jour une fois pour manger et se remettent en chemin jusqu’au soir. Ils font généralement quinze à vingt milles par jour ; quand ils éprouvent du mauvais temps, quand ils rencontrent des rapides ou des portages, ils en font moins, quelques fois ils se reposent un jour entier. Ils étaient partis de Montréal. Leur route est par les lacs Ontario, Érié ; ils remontent la rivière Miamis, puis, par un portage de sept à huit milles ils gagnent la Theahikiriver qui donne dans celle des Illinois, ou celle de Wabash… Enfin ils se dirigent vers la partie du pays des Illinois où ils veulent s’établir. C’est ordinairement le long de la rivière de ce nom que se font ces établissements ; ils sont presque tous composés de Français-Canadiens. L’établissement des Illinois est un des grands comptoirs pour le commerce des fourrures ; c’est même le dernier comptoir principal dans cette direction, dont le chef-lieu est au fort Michillimakinac. Mais les agents poussent à cent milles plus loin et se mêlent pour leur trafic avec les Indiens de la Louisiane. Ce genre de commerce se fait principalement en rhum, mais aussi en fusils, en poudre, en balles, en couvertures, surtout en petits colliers de porcelaine, en petites boucles d’argent, en bracelets, en pendants d’oreilles, dont se chargent les Indiens, en raison de ce qu’ils sont plus ou moins riches. »

Avant 1763, les Canadiens avaient fondé à l’est du Mississipi, Kaskakia, Kaoquia, le fort Chartres, Saint-Philippe, la Prairie du Rocher, sans compter Vincennes, Ouatanon sur la rivière Ouabache et Saint-Joseph, au nord-est du lac Michigan. Au Détroit, les colons canadiens fixés sur les deux bords de la rivière, dans une étendue de trois lieues, formaient une population de deux mille deux cents âmes dont cinq cents personnes ayant porté les armes durant la guerre de sept ans.

En apprenant la cession du Canada à l’Angleterre, les Canadiens établis à l’est du Mississipi passèrent presque tous à l’ouest de ce fleuve, s’imaginant que de ce côté le roi de France avait réservé ses droits, tandis que au contraire le territoire en question venait d’être cédé à l’Espagne. C’est alors que nos compatriotes fondèrent Saint-Louis, Saint-Ferdinand, Carondelet, Saint-Charles, Sainte-Geneviève, Madrid et Gasconnade. L’Illinois, le Missouri, le Michigan, le Wisconsin, le Minnesota ne renfermaient que des colons de notre race vers la fin du dix-huitième siècle ; le Missouri seul en comptait plus de six mille.

« La petite ville de Kaskakia, écrit M. Tassé, était située sur les confins de la civilisation de l’ouest. Fondée dans les premiers temps du pays par les Français, elle se faisait remarquer par le nombre de ses hommes distingués, de ses femmes accomplies et par les manières policées de ses habitants. »

En 1812 la baie Verte comptait une population canadienne d’environ deux cent cinquante âmes. Douze ans plus tard, on n’y voyait encore que sept ou huit familles américaines. La politesse, la sociabilité et la bonne humeur des Canadiens de ce lieu sont vantées par les voyageurs anglais qui l’ont visité.

Quelques uns des types décrits par M. Joseph Tassé, dans son beau livre : Les Canadiens de l’Ouest, méritent une mention dans notre travail, mais le lecteur devra toujours recourir, pour plus ample information, à la source où nous puisons nous-même. M. Tassé explore un champ plein d’intérêt et nous fournit une lecture que l’on n’oublie point après l’avoir faite.

Charles-Michel de Langlade était arrière-petit-fils de Pierre Mouet de Moras, officier au régiment de Carignan, établi (1668) aux Trois-Rivières. Il naquit à Michillimakinac (1729) suivit sa famille qui alla se fixer à la baie Verte du lac Michigan, en 1745. Ses aventures parmi les Sauvages rempliraient un volume. À l’époque de la guerre de sept ans, il commanda un parti des « nations » et déploya une intelligence militaire remarquable. On ne peut contester que si Montcalm eut écouté ses conseils, le combat de Montmorency devenait un désastre complet pour l’armée de Wolfe et que, peu après, aux plaines d’Abraham, il indiqua nettement ce qu’il y avait à faire pour repousser les Anglais. On le revoit à chaque phase de la guerre de sept ans, toujours plein d’ardeur et rendant des services signalés. En 1763, lors du siège du Détroit il fut encore utile par ses conseils et ses actions. Lui et son père continuèrent après cela à faire la traite des fourrures à la baie Verte. Lorsque la guerre de la révolution américaine éclata, Langlade repris le mousquet à la tête des Sauvages, pour le compte des Anglais et se montra digne de son passé. Devenu agent des Sauvages, il conserva cette charge jusqu’à sa mort, au mois de janvier 1800. Les Américains le nomment : le père du Wisconsin.

Jean-Baptiste Cadot, chef de poste, ou gouverneur, comme on disait, au sault Sainte-Marie, le dernier des commandants français qui amena son pavillon après le traité de 1763, groupa définitivement un certain nombre de ses compatriotes dans le lieu qu’il habitait, commerça avec les Sauvages, étendit ses opérations jusqu’à la Saskachewan et fit voir aux Anglais que, malgré la conquête, il fallait compter avec nos gens partout dans l’ouest.

Un descendant de Nicolas Perrot, nommé Jean-Baptiste Perrault, partit pour l’ouest, en 1783, après avoir fait son éducation au petit séminaire de Québec. Comme son père il était commerçant, et durant une soixantaine d’années il parcourut de vastes régions désertes, gagnant beaucoup d’argent, perdant ce qu’il avait amassé et se remettant à faire fortune sans jamais se décourager. Il a écrit ses souvenirs.

Charles Réaume, pourvu d’une bonne instruction, visita l’ouest, revint à Montréal, servit la cause anglaise durant l’invasion de 1775, alla se fixer à la baie Verte (1790) y fit le commerce des fourrures, se fit nommer capitaine des Sauvages, parcourut de vastes territoires, retourna à la baie, y prit la charge de juge, redevint traiteur, se créa un nom légendaire dans l’ouest et mourut sans amasser de fortune, après avoir gagné et dépensé beaucoup d’argent.

Jacques Porlier, jeune homme de talent, doué d’une instruction solide, était en 1791, lieutenant de milice à Montréal ; il émigra cette année à la baie Verte, s’adonna au commerce de fourrures, ouvrit une école élémentaire, parcourut le Mississipi, combattit en 1812 pour la cause anglaise, devint juge en chef du comté de Brown, et se trouva (vers 1820) l’homme le plus considérable du territoire de la baie Verte. Il laissa un nom intact et une mémoire respectée.

Jean-Baptiste Faribault, l’un des amis de jeunesse du héros de Châteauguay, partit pour le nord-ouest en 1796, voyagea beaucoup, s’établit marchand à l’entrée de la rivière Kankaki, fréquenta les Sioux, puis se fixa à la Prairie-du-Chien où il se mit en rapport avec Julien Dubuque. Ruiné par la guerre de 1812, il refit sa fortune, devint agent de la compagnie Astor, ouvrit des cultures, se fit aimer des tribus des prairies, fonda Faribautville et maintint sa réputation et sa popularité jusqu’à sa mort après avoir mené dans l’ouest une vie très agitée durant quarante ans.

Salomon Juneau, établi sur les bords de la rivière Milwaukee (1818) à l’endroit où se trouve de nos jours l’un des plus beaux édifices de la ville superbe de Milwaukee. Il eut la gloire de combattre les bêtes fauves qui lui disputaient le terrain et il mourut après avoir été premier magistrat de la grande ville qu’il avait fondée. Cet homme extraordinaire suffirait seul à attester de la valeur de nos compatriotes dans l’ouest, si nous n’avions à mettre en ligne vingt autres caractères aussi nobles, aussi glorieux que le sien.

Joseph Rolette né à Québec en 1781, fut instruit au séminaire de cette ville et voulut d’abord se faire marin. Vers 1806, il se rendit au Détroit, puis à la Prairie-du-Chien, sur le Mississipi, où il s’occupa de la traite. À la guerre de 1812, il se rangea du côté de l’Angleterre, comme la plupart des Canadiens de l’Ouest, reçut un grade dans la milice, servit à Michillimakinac, retourna vivre dans ce lieu après 1815 mais y fut persécuté par les Américains, fit la lutte politique avec courage, reprit sa position, devint agent général de la compagnie Astor, commanda en quelque sorte la contrée dans laquelle il opérait, encouragea l’agriculture, vendit du blé jusqu’à la rivière Rouge du nord, et ne voulant pas être le second dans Rome, dit M. Tassé, se fit le premier personnage de son district.

Jean-Baptiste Mallet, né à Michillimakinac, se fit coureur de bois dès sa première jeunesse, puis résolut de se fixer sur les bords du Mississipi où il fonda Péoria, en 1778, en compagnie d’une cinquantaine de Canadiens. À peine établi, il leva un corps de volontaires et, à la tête de ceux-ci, s’empara du fort Saint-Joseph, à l’est du lac Michigan, pour se venger de certains actes d’hostilité de la part des Anglais. Ducharme et Mallet étaient des chefs de bandes qu’il ne faisait pas bon de mécontenter. Peoria, ou la ville à Mallet eut des commencements difficiles, on y faisait la guerre, sans s’occuper de ce qu’en pensaient les rois de l’Europe. En 1812, la colonie fut dispersée par les Américains, mais déjà Mallet avait péri dans un combat laissant à ses fils le soin de continuer sa tradition, ce à quoi ils ne manquèrent pas.

Julien Dubuque, fixé à la Prairie-du-Chien en 1780, exerçait un prestige étonnant sur les Sauvages de ces contrées et se fit accorder d’immenses concessions de terres où il exploita des mines de cuivre sur un grand pied. Son souvenir est encore vivant sur les bords du Mississipi, et de nombreuses familles se disputent sa riche succession.

Pierre Ménard, né à Québec en 1767 et pourvu d’une bonne instruction, se dirigea vers les Illinois (1785) et s’arrêta au poste de Vincennes fondé (1772) par Bissot de Vincennes un autre enfant de Québec. Employé d’abord à la traite, il prit un ascendant énorme sur les Sauvages, ouvrit un magasin à son compte, se lança dans de grandes affaires, conclut au nom du gouvernement américain, des traités avec les Sacs et les Renards, et donna naissance à la ville de Keokuk, sur les rives du Mississipi. Choisi (1800) l’un des trois membres de la législature de l’Indiana, il devint président du conseil législatif, se conduisit dans ces fonctions avec valeur et dignité, fut lieutenant-gouverneur, reçut Lafayette avec éclat (1824) et laissa son nom à l’un des comtés de l’Indiana.

François Ménard, frère de Pierre, partit de Québec en 1796, s’établit à Kaskakia, se familiarisa avec la navigation du Mississipi, commanda des bateaux sur ce fleuve, y gagna une célébrité de courage et d’adresse, et laissa un nom que l’on répète encore aujourd’hui avec éloge.

Hyppolite Ménard, frère de Pierre, s’adonna à la culture, aux environs de Kaskakia, y acquit de l’aisance, devint représentant du peuple et vécut honoré de ses concitoyens.

Jean-Baptiste-Louis Roy se signala par son courage et son dévouement filial, à l’attaque de la Côte-sans-Dessein par les Sauvages, en 1814. Ce lieu est sur le Missouri. L’héroïque défense de ce poste est devenue légendaire dans l’Ouest. Roy fut récompensé de sa belle conduite par un fusil d’honneur que lui présentèrent les jeunes gens de Saint-Louis.

Antoine Leclerc, habitant de Peoria en 1809, se fit nommer interprète de langues sauvages par le gouvernement des États-Unis, prit part à des traités importants, se distingua dans la guerre, acquit de vastes terrains, fonda la ville de Davenport, et, comme plusieurs Canadiens qui ont donné naissance à des cités florissantes de l’ouest, vécut respecté et influent au milieu des luttes de parti et des crises commerciales.

Jean-Baptiste Beaubien, dont la famille était au nombre des fondateurs du Détroit, prit part à la guerre de 1812, fit la traite, s’enrichit, fut, avec ses frères, des premiers colons de Chicago, acquit dans cette ville des terrains qui feraient la fortune d’un nabab, puis ayant tout perdu, s’en alla mourir dans le Bas-Canada, laissant une nombreuse famille, active, respectée et fière de ses traditions.

Michel Branamour Ménard, né à Laprairie en 1805, neveu du colonel Pierre Ménard, lieutenant-gouverneur de l’Illinois (1824) fit la traite à Kaskakia, devint chef des Chânis, fut sur le point de former une confédération de cent mille Sauvages des plaines qui reconnaissaient sa valeur et son adresse et vers 1833, émigra au Texas, se jetta dans un mouvement insurrectionnel contre le gouvernement mexicain, dissuada les Sauvages de se prononcer en faveur du Mexique, combattit comme un lion aux frontières et après la déclaration d’indépendance, forma partie de la convention nationale (1836). Il acheta alors des terrains sur lesquels s’élevèrent bientôt les premières maison de Galveston, capitale de l’État. Comme Juneau, Guérin et plusieurs autres de nos compatriotes, Ménard avait le coup d’œil des fondateurs de grandes villes. En 1838, il représenta le comté de Galvesten et se signala par la passation de lois sur les finances qui eurent les plus heufeux résultats. Son esprit, sa parole souple, ses connaissances, son caractère énergique, tout se réunissait pour lui assurer une place honorable dans les affaires publiques. Au moment de sa mort (1856) les Chânis le suppliaient de redevenir leur grand chef.

Vital Guérin, fondateur de la grande ville de Saint-Paul au Minnesota, était né à Saint-Rémi, en 1812. Fils d’un voyageur de l’ouest, il était en 1832 au service du fameux Gabriel Franchères. En 1839 il se fixa sur le site actuel de Saint-Paul et fut obligé de s’entourer d’une véritable garde de voyageurs canadiens pour se maintenir dans ce lieu, déjà convoité par d’autres traiteurs. M. Tassé a recueilli les noms de ces pionniers aventureux ; c’étaient Pierre Parent, Michel Leclerc, Abraham Perret, (Suisse) Edward Phelan, Joseph Rondeau, William Evans, Benjamin Gervais, Pierre Gervais, Joseph Rainville, Denis Cherrier, Édouard Brissette, Joseph Laboissière, François Désiré, Alexis Cloutier, François Maret, Antoine Pépin, Joseph Desmarais, Louis Larivière, Xavier Delonais, Joseph Gobin, Guillaume Dugas, Charles Basile, Léonard-H. Laroche, François Chenevert, David Benoit, David Lambert, François Robert, Antoine Robert, Charles Cavelier, David Faribault, Charles Rouleau, Louis Desnoyers, Joseph Montour, Frédéric Olivier, G.-A. Fournier, André Godefroy, Pierre Bottineau, David Hébert, Olivier Rousseau, Marsile, Couturier, Archabault, Pilon, Charles Mousseau et Guillaume Beaumette, la plupart anciens chasseurs de la rivière Rouge du nord. Guérin se livra à l’agriculture. Les Sauvages et les coureurs de bois le pillaient constamment, mais il se défendait avec courage, leur menait la guerre et ne s’en laissait pas imposer. Après avoir acquis de la fortune, il perdit tout par suite de son imprévoyante générosité. Un monument lui a été élevé par la ville qu’il a fondée.

Noël Levasseur, né à Yamaska en 1799, est un autre type des Canadiens fondateurs de l’ouest. Il commença par trafiquer dans le Wisconsin, chez les Illinois et les Sioux, prit du service dans la compagnie Astor, courut des dangers nombreux, enfin s’établit à Bourbonnais, dans le Kankakee, endroit nommé d’après François Bourbonnais, natif de Beauharnois. C’est Levasseur qui fonda la ville de Bourbonnais, car possédant les terres de ce lieu, il employa l’influence qu’il exerçait sur les Canadiens à ouvrir des cultures et à faire prendre racine à ses compatriotes dans ce sol privilégié. C’est l’une des villes les plus complètement canadiennes des États-Unis.

Jean-Baptiste Lefebvre, premier habitant de Superior-City, en 1853, eut pour compagnons dans ce lieu alors désert Basile Saint-Jean, François Roy et Jean-Baptiste Saint-Jean. C’était un voyageur, un marcheur émérite, un « canadien errant » dans toute la force du terme. Les touristes lui ont fait une renommée de guide fidèle et intrépide.

Jean-Marie Ducharme était d’une famille notable de Lachine. Après avoir refusé de servir les Anglais durant l’invasion de 1775, il fut obligé d’endosser l’uniforme rouge et malgré cela vendit des vivres aux Américains, ce pourquoi on le mit temporairement en prison. Une fois libéré il partit pour l’ouest, trafiqua à Michillimakinac, parcourut le Missouri, se dirigea du côté des possessions espagnoles, eut des démêlés avec un gouverneur, fut emprisonné, condamné à mort, perdit ses marchandises, s’échappa, organisa une expédition de guerre contra la ville de Saint-Louis, enleva le fort de ce lieu (1780) fit un massacre des Espagnols et traça dans l’histoire une date mémorable : « l’année du grand coup. » Laissant son frère Dominique et son cousin Laurent Ducharme, dans les postes de l’ouest, il retourna à Lachine en 1800 et y passa le reste de ses jours jouissant de ses revenus. Ses fils, Joseph, Dominique et Paul, trafiquèrent aussi dans l’ouest. Paul se fixa au Wisconsin ; Dominique, agent des sauvages du lac des Deux-Montagnes, se distingua durant la guerre de 1813, près de Niagara.

Louis-Vital Baugy, fils d’un Canadien né aux Cèdres, près de Montréal, continua la tradition de son père, homme intègre et de forte intelligence, colon de la Nouvelle-Orléans. Instruit à une école de campagne, il s’éleva ensuite par de bonnes études, et prit un rang distingué au barreau, après avoir passé par le commerce. Lors de la guerre de Black-Hawk (1832) il servit comme volontaire avec Abraham Lincoln. Reçu avocat, il s’établit à Saint-Louis. Élu (1840) à la législature du Missouri, quoiqu’à peine âgé de vingt-sept ans, il se forma à la politique, puis se transporta dans son comté natal à Sainte-Geneviève de la Nouvelle-Orléans et devint l’un des chefs du parti démocrate. Son éloquence, la facilité de sa plume, l’urbanité de ses manières le rendirent très populaire en peu de temps. En 1854, il rentra dans la législature du Missouri et y joua, durant de longues années, l’un des premiers rôles. Menant l’exploitation de l’industrie de front avec les matières de loi, il acquit de la fortune et, en 1866, on lui confia l’agence des affaires des Sauvages, position équivalent à un portefeuille de ministre. Son parti le choisit comme candidat au poste de lieutenant-gouverneur (1868) mais il refusa et se fit élire président du conseil municipal de Saint-Louis. En 1873, l’État du Missouri le nomma sénateur au congrès de Washington ; il mourut dans cette charge en 1878, après avoir fait honneur à ses compatriotes et s’être montré constamment fier de son origine canadienne.

François-Xavier Aubry a laissé dans l’ouest une renommée tellement extraordinaire que nous pourrions lui consacrer un chapitre entier sans parvenir à en épuiser le sujet. Né à Maskinongé (1824) il apprit à lire, écrire et calculer, puis entra dans le commerce. En 1843 il partit pour l’ouest, avec le louable dessein de gagner de l’argent pour racheter la terre paternelle qui venait d’être vendue. Après une station à Saint-Louis, on le retrouve au Nouveau-Mexique, ensuite sur le haut Mississipi, une seconde fois au Nouveau-Mexique. Il était lancé dans cette carrière de voyages à travers le continent où il a brillé plus que tous ses contemporains. Les caravanes qu’il conduisit, au milieu des dangers de tous genres, sur des espaces qui effrayent l’imagination, ses coups de fortune, ses désastres financiers, ses relèvements au lendemain d’une chute commerciale, ses explorations de routes nouvelles, ses combats avec les Sauvages, ses marches incroyables, ses traits d’audace, son dévouement à ses compagnons, tout cela est de l’histoire vraie et populaire dans les territoires du sud-ouest. Il venait de réédifier sa fortune et s’était rendu célèbre par la découverte de plusieurs passes de montagnes et ailleurs, pour la construction des chemins de fer, lorsqu’il fut assassiné à Santa-Fé en 1854. Nous avons de lui un précieux journal de voyage.

M. Tassé dit. « Le premier gouverneur de l’Illinois fut un Canadien, le colonel Pierre Ménard ; le dernier sénateur du Missouri au congrès de Washington, Louis-Vital Baugy n’avait que du sang français dans les veines. M. Crépeau, qui fut gouverneur du Michigan, il y a quelques années, était aussi de descendance franco-canadienne… M. E. Malhiot a été sénateur de la Louisiane. Dans le territoire du Wisconsin, au commencement du siècle, plusieurs Canadiens furent nommés juges, ainsi Michel Brisebois, Jacques Porlier, Joseph Rolette, François Bouthillier, Nicolas Boivin. »

Mais donnons un coup d’œil au nord-ouest.

Joseph Rainville, né chez les Sioux, instruit dans le Bas-Canada, grand voyageur, interprète officiel, commanda les Sioux pour le compte des Anglais dans la guerre de 1812, avec le grade et la solde de capitaine de l’armée régulière, et en 1816 se retira à demi-paie ; puis il entra au service de la compagnie de la baie d’Hudson dans le territoire de la rivière Rouge du Nord.[1] En 1822 il fut l’un des fondateurs d’une grande maison de commerce et alla finir ses jours au Lac-qui-Parle, jouissant d’un empire suprême sur les tribus des Sioux.

Louis Provençal, trafiquant chez les Sioux, fut l’un de ces hardis pionniers du nord-ouest qui contribuèrent si puissamment, après la cession du Canada, à maintenir nos rapports avec les nations éloignées et à obliger les hommes blancs étrangers à notre race de se conformer à notre volonté dans un pays devenu le leur mais qu’ils ne savaient pas comprendre.

Benjamin Gervais, natif de la Rivière-du-Loup (en haut) s’était rendu à la rivière Rouge en 1803. Émigré plus tard à Saint-Paul du Minnesota, il y vendit ses propriétés et fonda le Petit Canada, à huit milles de cette ville. Élu en 1849, avec son compatriote Louis Robert, à la charge de commissaire il joua un rôle important dans le comté de Ramsay et mourut en 1876 dans une extrême vieillesse.

Joseph Robidou, chasseur du Missouri, fonda Saint-Joseph (1803) se fit l’ami des touristes, devint l’homme marquant de la région qu’il habitait, laissa son nom à une rivière et de plus une excellente réputation. Deux de ses frères, Jules et Antoine, ont été aussi fort connus et estimés dans tout l’ouest. Antoine étendit son trafic jusqu’aux Montagnes-Rocheuses ; il conduisit, comme guide et interprète, le général Kearney, dans une campagne (1846) contre le Nouveau-Mexique, et y reçut de graves blessures. Se dirigeant ensuite vers la Californie, il y demeura quelques années, puis s’établit au Nouveau-Mexique, et finalement retourna finir sa carrière à Saint-Joseph, où il mourut en 1860.

Antoine Leroux, véritable type du trappeur canadien du sud-ouest. La carabine sur l’épaule, il a parcouru des régions immenses, connu tous les Sauvages, tous les blancs, du Mississipi au Pacifique, et dirigé des expéditions d’ingénieurs à travers des contrées nouvelles qu’il paraissait connaître comme ses propres domaines. Le désert, la forêt, la montagne n’avaient pas de secret pour lui, Le gouvernement américain a su apprécier ses services. Il a laissé un bon journal de voyage.

« Après la conquête, écrit M. Tassé, l’émigration franco canadienne continua de se porter dans le nord-ouest. Non seulement elle alla grossir les anciens postes de traite exploités par les Français, mais poussant toujours en avant, elle fournit les premiers groupes de colons de la plupart des États de l’ouest, ainsi que de la rivière Rouge du Nord. Elle ne s’arrêta que sur les bords de l’océan Pacifique, où elle jetta le germe des importants établissements de Vancouver et de l’Orégon… En 1838 il y avait sept ou huit cents Canadiens dans ce dernier territoire, et vingt ans plus tard l’élément français y constituait encore la majorité de la population. »

Joseph Rolette, fils de Joseph Rolette que nous avons vu figurer à la Prairie-du-Chien, avait reçu de l’instruction. En 1852, lorsque le Minnesota fut constitué en territoire, Rolette devint membre de la législature, avec Antoine Gingras et Norman W. Kitson. En 1856, il représenta Pembina dans le conseil législatif ; c’était l’un des hommes les plus remuants des deux chambres. Sa gaîté, sa générosité, sa bonhomie le rendaient populaire partout. Sa maison de Pembina est devenue historique par les réceptions qu’il y tint. Rolette prit une part active à l’insurrection de la rivière Rouge (1869) et mourut l’année suivante, laissant un souvenir inaltérable chez nos compatriotes du nord-ouest.

Louis Riel était natif du nord-ouest, mais il avait reçu de l’instruction dans le Bas-Canada. En 1838 il entra au service de la compagnie de la baie d’Hudson, voyagea beaucoup, épousa une Canadienne, s’établit cultivateur, construisit un moulin à farine et gagna l’estime de ses compatriotes par ses conseils et l’affection qu’il leur témoigna au milieu de leurs difficultés avec la compagnie de la baie d’Hudson. La question du monopole du commerce des fourrures dégénéra en une prise d’armes (1849) et Riel se plaça à la tête du mouvement. Capable à la fois d’organiser la résistance et de porter la parole, il obtint un véritable triomphe en plaidant, devant la cour de justice la cause de quelques insurgés. Le succès dont il s’agit fut dû autant à l’éloquence de l’avocat improvisé qu’à la détermination qu’il montra de vider le procès en enfonçant la prison. Non content de cela, il proclama le commerce libre de sa propre autorité — et la Compagnie se le tint pour dit. Riel mourut vers 1865, entouré du respect général, laissant un fils qui devait prendre sa place dans l’histoire du Canada.

Pierre Falcon est le poëte du nord-ouest. Depuis 1816 ses chants ne cessent de résonner dans les solitudes de son pays natal — car c’est un enfant des plaines. Les touristes ne manquent jamais de le mentionner dans leurs récits avec force éloges. Il a d’abord été traiteur dans la compagnie du nord-ouest puis s’est fixé à la prairie du Cheval-Blanc où il coule aujourd’hui une paisible vieillesse. En 1869, lors de l’insurrection, il voulut reprendre le fusil comme en 1816, mais ses enfants l’en empêchèrent à cause de son âge avancé. Poëte et patriote il mérite un bon souvenir.

À l’arrivée des premiers employés et traiteurs anglais au grand lac des Esclaves (1778) ils trouvèrent des Canadiens dans cette région. En 1793, Alexander Mackenzie fit son célèbre voyage accompagné de François Beaubien, Joseph Landry, Charles Doucet, Baptiste Bisson, François Courtois, Alexandre Mackay et Jacques Beauchemin. Déjà, sur tout le parcours du fleuve Mackenzie les localités avaient reçu des noms français qu’ils portent encore aujourd’hui. Les territoires du nord-ouest sont, de notre temps, habités par une population presque toute française, sortie du Canada, et qui sous la forme de trappeurs blancs, de métis, ou bois-brûlés, y maintient nos traditions comme avant la conquête.

Allons plus loin, cependant, suivons les Canadiens jusqu’aux rivages du Pacifique, et cherchons un pays lointain, un endroit écarté où ces courageux pionniers n’ont pas introduit notre civilisation, notre langue, nos coutumes, et où ils n’ont pas conquis sur les Sauvages cette influence surprenante qui frappe les étrangers voyageant aux confins de l’Amérique septentrionale. « Où les Canadiens n’ont-ils pas pénétré ! » s’écriait le Père DeSmet au milieu des Montagnes-Rocheuses. « Tous les Canadiens, disait en 1848, M. Guillaume Levesque, veulent voyager pour voir du pays et comme ils s’expriment, parcourir les pays haut pour rouler parmi les Sauvages, sous l’étoile du nord, ou traverser les montagnes de Roches et peupler la Colombière. »

La Colombière c’est la Colombie anglaise, le terminus de notre gigantesque chemin de fer. Avant tous les autres, nos compatriotes ont connu cette contrée. Avec Lewis et Clarke, en 1805, il y avait des Canadiens qui se sont arrêtés dans la vallée de la Ouallamette et y ont formé des établissements prospères. Citons François Quesnel, François Rivet, Philippe Dargy, Étienne Lussier, François Duprat, Louis Labonté, Joseph Gervais, André Longtin, Michel Laframboise, tous de Sorel ou de Saint-Hyacinthe. Leurs familles sont encore là, heureuses, fières de leur sang français et attendant que l’ancien Canada aille les rejoindre sur le ruban d’acier qui se pose en ce moment à travers les territoires du nord-ouest. On ferait un livre des aventures de ces explorateurs et de ces pionniers incomparables. Deux ou trois noms parmi les plus célèbres doivent prendre place dans ce chapitre.

Gabriel Franchère naquit à Montréal, le 3 novembre 1786. Muni d’une bonne instruction il voulut faire son chemin dans le commerce et s’engagea teneur de livres dans la compagnie Astor. Il partit pour New-York, en 1810, avec une quinzaine de Canadiens et tous ensemble s’embarquèrent sur un bâtiment qui les transporta à la Colombie anglaise, en passant par le cap Horn. Un fort de traite, Astoria, fut fondé dans ce pays sauvage, et alors commencèrent les explorations et les courses périlleuses dans l’intérieur des terres, Les Canadiens étaient en majorité parmi les hommes de la compagnie Astor. On combattait les tribus hostiles, on luttait contre le climat et les mille privations de la vie du trappeur. Nos compatriotes dépassent en constance, en force et en adresse, dans ces rudes entreprises, les voyageurs de toutes les nations civilisées. Les récits de Franchère nous les montrent sous un jour tout à fait romantique. En 1814, l’intrépide explorateur revint au Canada par la voie de terre, coupant le continent presque en ligne droite, et visitant les postes de la compagnie du nord-ouest, où il rencontra partout nombre de Canadiens. À Montréal, il se maria, devint agent de la compagnie dite du Sud, qui trafiquait dans l’Amérique du Sud, puis en 1834, il alla s’établir au saut Sainte-Marie et s’adonna au commerce des fourrures. Vers 1840, il fonda, à New-York la maison Gabriel Franchère et compagnie et se fixa dans cette ville. Esprit éclairé, très patriote, il a mêlé son nom à plusieurs œuvres qui doivent à sa munificence une partie de leur prospérité.

Pierre-Chrysologue Pambrun, né à l’Islet, le 17 décembre 1792, partit avec son père qui allait s’établir à Vaudreuil. En 1812, il s’enrôla dans les Voltigeurs, compagnie Jacques Viger, combattit à Châteauguay, et, après la guerre, prit la route du nord-ouest, pour le compte de la Baie d’Hudson. En 1821, on le retrouve à Cumberland House sur le 53e degré de latitude. Il avait acquis de l’importance et exerçait un commandement en rapport avec ses capacités reconnues. Plus tard, étendant toujours les opérations qu’on lui confiait, il se rendit à la baie d’Hudson, mais il voulait pénétrer jusqu’au Pacifique et vers 1830 il arrivait à Vancouver. Deux ans après, il commandait au fort Oualla-Oualla et y attirait la traite des Sauvages mieux que n’avaient su faire ses prédécesseurs. Les missionnaires de cette région trouvaient en lui un protecteur influent. On raconte qu’il avait promulgué un code de loi auquel toutes les tribus et même les blancs se soumettaient avec plaisir. La considération dont il jouissait le rendit précieux à la compagnie de la baie d’Hudson qui le traita constamment avec de grands égards.

Joseph Larocque fut un de ceux qui contribuèrent le plus au succès de la compagnie du Nord-Ouest. Dès 1807 il avait appris les langues sauvages et s’était fait remarquer par ses patrons. Son frère aîné, François-Antoine, remplissait des charges de confiance dans les postes les plus avancés. En 1815, Joseph se rendit à Oualla-Oualla comme traiteur en chef. Après trente années de cette vie aventureuse, il se retira, possédant de gros revenus. Il est mort à Ottawa le 1er décembre 1866.

Le 11 septembre 1881 se terminait l’existence de Simon Plamondon âgé d’un siècle moins huit mois, l’un des premiers Canadiens établis en Orégon. Durant sa longue carrière de colon, d’interprète, de guide, il avait reçu les éloges d’une foule de voyageurs et de fonctionnaires publics, trop heureux d’avoir recours à son expérience et à son extrême bonne volonté. Ce fut dans sa maison, écrit le major Edmond Mallet, que le saint sacrifice de la messe fut célébré par M. le grand-vicaire Blanchet en 1838, lors de sa première mission au milieu de ces contrées.

Dans les territoires du nord-ouest et jusqu’à l’océan Pacifique, les premiers évêques catholiques ont été des Canadiens. Monseigneur Joseph-Norbert Provencher, natif de Nicolet, prit la direction du diocèse de Saint-Boniface en 1820 ; Mgr Alexandre-Antoine Taché lui succéda en 1853. Mgr François-Norbert Blanchet, de Saint-François de la rivière du Sud, était en Orégon dès 1838 ; son frère Mgr Augustin-Magloire Blanchet, dans la vallée de Walla-Walla sept ans plus tard. Mgr Modeste Demers, de Saint-Nicholas, près Québec, devenait évêque de Vancouver en 1844. Nos religieuses, répandues dans l’ouest et le nord-ouest dès le commencement du siècle, ne tardèrent pas à franchir les Montagnes-Rocheuses ; on les retrouve dans toutes les directions — et jusqu’au Texas, au Nouveau-Mexique, à la Californie.

Et que dire de la Californie ! En 1849, à l’annonce de la découverte des mines d’or, un flot de Canadiens se dirigea vers la côte du Pacifique. Plusieurs sont revenus. D’autres ont fondé des familles et se sont multipliés dans ce paradis de l’Amérique. Le touriste y rencontre des villages canadiens, des exploitations agricoles ou industrielles qui font honneur à notre race. Les Beaudry et les Giroux sont les principaux hommes parmi ces intrépides fondateurs de villes.

Prudent Beaudry, de la famille de ce nom si bien connue à Montréal, alla s’établir à Los Angeles, Californie, en 1852 et y fit du commerce avec succès. Il revint en 1855, organisa une compagnie de volontaires, à Montréal, et se livra au commerce comme de coutume. Au bout de six ans, il était de nouveau à Los Angeles, et se mettait à exploiter des mines d’or et d’argent ; puis il acheta des terrains, les revendit, accumula une belle fortune, se vit à la tête de plusieurs entreprises publiques, devint maire de Los Angeles — et à l’heure où nous écrivons il jouit encore de tout son prestige dans cette ville. Son frère Victor, arrivé en Californie à l’époque de la fièvre des mines (1849) se dirigea ensuite vers l’isthme de Panama où il s’occupa d’entreprises de navigation, rejoignit Prudent à Los Angeles et y surveilla les mines de son frère, fut nommé fournisseur de vivres de l’armée américaine en 1861, retourna à Los Angeles en 1865 et se voua à l’exploitation des mines depuis ce moment jusqu’aujourd’hui.

Ainsi, de l’est à l’ouest des États-Unis, nous avons non seulement découvert l’intérieur de ce continent, mais nos gens y ont pris racine partout et s’y sont perpétués. Ils composaient un avant-garde magnifique, qui attendit longtemps le gros de l’immigration française — laquelle ne vint pas. Les Canadiens tentèrent l’impossible pour suppléer à ce manque de patriotisme de notre ancienne mère-patrie. Jusque vers 1840, tout espoir n’était pas perdu. Mais alors, les nations de l’Europe envahirent l’Amérique et ce flot montant couvrit les vastes espaces réservées, au prix des plus lourds sacrifices, à l’élément français. L’ouest devint irlandais et allemand. Toutefois, les Canadiens conservèrent leurs villes, leurs établissements et presque tout leur prestige. Au nord-ouest, nous nous maintenons encore parce que les étrangers y sont arrivés plus tardivement. Vers l’est, la création des manufactures, à partir de 1830, a attiré une foule de nos compatriotes — si bien que leur présence y est à présent un sujet de considération importante dans les calculs des hommes politiques.

Enfin, nous sommes plus de trois cents mille aux États-Unis, formant un corps de nation qui n’a pas dit son dernier mot.

  1. La rivière Rouge du Sud tombe dans le Mississipi non loin de la Nouvelle-Orléans. La rivière Rouge du Nord se décharge au lac Manitoba.